Reflets du Valais
e année N o 9 Septembre 1973\ Le numéro 3 Irsi
1973
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1973
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La le ttre d ’o u tre -m e r
N o u s avons pu b lié dans le n u m é r o de fé v rie r d e rn ie r u n a rticle de n o tr e colla b o r a te u r R a p h y R a p p a z in titu lé « Postes et diligences en Valais ».
L ’in te rv e rs io n de deux chiffres dans une d ate nous a v alu u n e a m u s an te re m a rq u e d u ré v ére n d Père F. C o u p p y , m issionnaire à C h a m p -B o rn e (île de la R é u n io n ) et fidèle abo n n é de « T reize Etoiles » :
Sombres prédictions
M onsieur R a p p a z se p re n d sans doute pour N ostradam us. C o m m e M adam e Soleil à Paris, il p réd it l’année où les com pa triotes d ’A stér ix v o n t envahir le Valais !...
Ces lignes marginales, tracées au stylo rouge su r une d é co u p u re du passage in c r i m iné, éta ien t adressées (oh ! b ien g e n ti m e n t) à M. R a p p a z — q u i n ’en p o u v a it mais, son m a n u s c rit é ta n t co rrect.
Voici du reste, ce passage: « ...C ette c o n cession f u t rég u lièrem en t renouvelée jus q u 'à l’o c c u p a tio n de la Suisse et d u Valais p a r les tro u p es françaises en 1978. N o t r e c a n to n d e v in t alors m em b re de la R é p u blique helvétique... etc. »
La ré d a c tio n endosse la responsabilité de l’e r r e u r comm ise e t décelée t r o p ta r d p o u r être corrigée. Elle p rie M. R a p p az de la lui p a r d o n n e r, co m m e le lec te u r a u ra rétabli l ’o rd re des chiffres et lu 1798.
B ridg e !
Messieurs,
Je v o u d rais vous féliciter p o u r v o tre rev u e et s u r t o u t d ’av o ir réservé u n e place au bridge. Je pense que vous êtes les seuls en Suisse, b ra v o !
Avec mes c om plim ents.
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M" E d m o n d G ay R é d acteu r en chef : Félix C a rru zz o Secrétaire de ré d actio n : A m a n d Bochatay C o llab o ra teu rs-p h o to g rap h es : O sw ald R uppen, R ené R itler A d m in istratio n , impression, ex pédition : Im prim erie P illet S. A., avenue de la G are 19, 1920 M a rtig n y 1 / Suisse A bonnem ents : Suisse Fr. 30.— ; étran g er Fr. 35.— ; le n um éro Fr. 3.— Chèques p o stau x 1 9 -4 3 2 0 , Sion Service des annonces : Publicitas S. A., 1951 Sion, téléphone 027 / 3 71 11
23e année, N ° 9 Septem bre 1973
Sommaire
U n s ere K u r o r t e m eld en Sons de cloches Le m u r e t L ’adieu aux barrages T h e Valais - S w itz erla n d ’s c o rn u co p ia M ots croisés P o tin s valaisans L ’a n te n n e de Babel Le d în e r de vendanges D e rb o re n c e E d z a rd Schaper « Z ig e u n e rb a ro n » in Visp - « Le b a r o n tzigane » à Viège La m o n ta g n e in sp iratrice C e r v in Bridge L e ttr e d u L ém an Le G r a n d C a p u cin La jeunesse au C o m p to ir de M a rtig n y U n m ois en Valais Le liv re du mois P e tite c h ro n iq u e de l’U V T P e tit « p iq u eto n ... »
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C ’est peut-être le dernier grand m ur de béton qui coupera une de nos vallées. A construire ces im menses barrages le Valais s’est donné un esprit nouveau d ’initiative. Il a compris que l’impossible n’existait pas. Il a vu grandiose. Une race de conducteurs d ’hommes est née sur les chantiers d ’altitude, une levée de jeunes ambitieux a fleuri autour des galeries et des tunnels. M aintenant ils ont déserté les hauteurs et s’activent à d’autres tâches avec, toujours, l’ardeur et la confiance en eux qui leur viennent de la participation à la construction de Dixence, M attm ark, Mauvoisin... Un Valais nouveau ? Attendons un peu. Pour le m om ent le petit muret qui sépare deux parchets de vigne est une barrière plus infranchissable que la masse de béton d’Emosson. Il y a des m onta gnes en nous et entre nous.
L'ADIEU
l’ampleur exaltante de ces enJ ’ai été saisi de nouveau p a r treprises, le côté ailes déployées, toutes voiles dehors de ces grands chantiers d ’altitude.Mais il s’agit de correspon dre (et non pas se vendre) au grand large que nous portons en nous, que le Valais porte.
U ne nouvelle géographie
naît. U ne montagne est sciée et basculée dans une gorge. Des
routes noyées disparaissent
dans un lac, d ’autres aux lacets répétés comme des brouillons
d ’écriture sont abandonnées
mais à leur place des tunnels s’enfoncent et débouchent sur un autre lac aux longues plages ardoisées et dont la digue sera engloutie. La première ten ta tive est rayée, dépassée. L an çons-nous sur le boulevard actuel, on frôle une carrière. U n chantier m ort est sinistre. Ici le mauvais silence, là le gai tintam arre. Superposées au vide les baraques de planches s’ali gnent sous les tours à l’envers, les immenses silos à béton qui gouvernent le barrage sembla ble à un p o n t de navire. Les planches, le ciel bleu, les tôles rouges, les rochers nus, un flanc d ’herbes rases: je me crois dans un p o rt de Norvège.
Je sens cet accord étonnant de la laideur et de la beauté. L ’essor d ’une fête foraine : les grues, les téléfériques, les blon- dins, mouvements de câbles, de roues et de chariots aériens dans lesquels sont pris les nuages balay an t leurs cris de choucas avec la calligraphie de l’ombre sur le grand mur, l’instant de peintre chinois de la benne ; les explosions, les fumées, les gerbes d ’eau ; les charpentiers suspendus aux échafaudages et
l’un d ’eux s’accrochant p ar les mains à deux m ontants de bois saute sur une barre de fer qui sert de boulon, saute sur cent quatre-vingts mètres de vide, d ’un coup de rein, d ’un coup de pied il dévisse son propre appui, quel geste ! tout à fait celui du carillonneur de C han- dolin dans le clocher quand il s’élance, suspendu lui aussi et on voit son gilet qui remonte le long des côtes sur la chemise blanche, q u and il se détend des quatre membres pour chasser la grosse cloche, les charpentiers, les monteurs, les serruriers, les soudeurs avec leurs masques et leurs étincelles bleues, les m i neurs de plein air encordés à une falaise. Une sorte de fête envoûte le travail, la peine (terrible aussi) est cachée.
Mais c’est vrai qu ’il y a un vent salubre, les cimes blanches, et on les respire. Le paysage grandiose des glaciers nous h a bite peu à peu. La joue du M ont-Blanc contre le mur. « Et c’est le plus beau m ur de b a r rage, le plus élégant profil que j’aie vu » ai-je dit à l’ingénieur « incurvé comme un pétale de lys gris mouillé p a r la pluie ». — « Il y a un surplomb, une crête de dix mètres. » — « Et que fait donc cet homme dans cette baraque isolée, face au mur, qui sort de temps en temps au soleil, je vois la bouffée de sa cigarette ? » — « Il contrôle des échanges d ’eau. Plus bas vous avez une station de p o m page. » U n ermitage p o u r moi, un loisir utile ! Le soir j ’aurais gagné p a r la longue échelle de bois, les escaliers du rocher, le
vaste réfectoire, (bourdonne
ment, rapidité, boulimie) et j’aurais été un parm i deux cents
visages avec une bière devant moi. La solitude puis la can tine. J ’aime le choc brutal du groupe et le corps qui s’y en fonce.
U n barrage est une œuvre épique.
C hacun le sent et à la fin d ’une grande œ uvre on peut éprouver presque une panique. D e vieux ouvriers refusent de changer de chantier a v an t la fin. « Ç a sent le silence » répète un contrem aître. « La nostalgie me serre la gorge » m ’avoue un géomètre. Les formidables euclides baillent contre leur falaise. O n démonte les béton- neuses sur un terre-plein, assis dedans on les gratte, on les
nettoie. E t je vais trouver le concasseur, l’obus qui broyait mille tonnes à l’heure. — « O ù ira-t-il ? » — « En Afrique peut-être, celui de la G rande Dixence travaille au C anada. » L ’aventure des barrages con tinue hors des Alpes, dans les jungles, les steppes, les Colo rados.
« O n reçoit le choc en plein été » reprend le géomètre « la fin du barrage coupe la saison. A la Dixence, cela a fini en septembre, c’était plus doux. » Ils parlent du m ur comme d ’une maîtresse qui vous quitte.
Plaisir de rom pre ! U n rêve de fraternité devient tangible au m oment où les équipes se
séparent, où la destinée se dis sout. Mais les soucis se m atéria lisent. Dans le bureau du direc teur on a traqué une souris morte. Les chiens, les chats puis les haches ont fouillé le p la n cher.
Est-ce un symbole ? ce point noir introuvable et nauséabond tout à la fois.
Nous parlons amicalement et je note cette remarque sur la notion de progrès : « Les ou vriers diminuent volontaire m ent la dose d ’effort physique mais leur attention et leur ha bileté augmentent, le rendement s’est accru. »
La sécurité a été bonne : un unique m ort au barrage même,
sept ailleurs. Mais le progrès a été net si je pense aux dizaines et dizaines et dizaines d ’acci dents mortels survenus sur d ’autres chantiers.
J ’inscris aussi ces chiffres sur mon calepin : salariés à l’heure, trois cents Italiens, quarante Espagnols et Portugais, quinze Suisses... Je dis adieu à une partie de ma vie, à des amis, à un certain Valais fragile et puissant puisque j ’ai été égale ment p en d an t deux ans sur les feuilles dé paie d ’un chantier qui bousculait les fleuves — que j ’aimais sauvages plutôt qu ’emprisonnés !
Las ! le Valais dit adieu à lui-même.
Le lac d ’Em osso n ; au fo n d , le b ar rag e de B arberin e q u i sera b ie n tô t noy é
Les ea ux d ’E m oss on, à gauch e, m o n t e n t à l’assaut d u m u r de B ar b erin e
Je préfère malgré tout, je souligne malgré tout, le Valais des barrages (si ta n t est que les barrages lui appartiennent...) à celui des spéculateurs du to u risme.
Je ne puis adm ettre que les autorités disent p a r exemple : « Personne ne se plaint, ne plai gnons personne. » Cela peut
justifier toutes les pressions, toutes les ignorances.
Les ombres doivent être dites sinon ceux qui ont intérêt aux ombres nous obscurciront.
Le Valais dit adieu aux b a r rages.
Moiry, Emosson, Gebiden, Cleuson, Mauvoisin, R aw yl, M attm ark , G rande Dixence.
Il y a eu de la grandeur dans ces entreprises.
Je cite ce chiffre, ce prix qui n ’a jamais été révélé :
Le Valais a connu depuis le début de « la conquête » trente mille cas de silicose.
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-Tèe Valais
—Switzerland’s cornucopia
F ew people lo o kin g d o w n on the p a tc h w o r k o f orchardsa n d vegetable gardens w h ic h cover the R h o n e V a lley fr o m M a rtig n y to Sion, realize th a t th e y are the result o f the foresight o f a f e w Valaisans a n d f i f t y years o f exp erim en ta tio n a n d hard w o rk .
A f t e r the R h o n e R iv e r w as d a m m e d b etw een 1862 a n d 1874, the fa rm ers w h o settled on the va lle y b o tto m d id n o t k n o w h o w to ex p lo it the rich allu via l soil fo r m e rly deposited there b y the fr e q u e n tly flo o d in g river. T h e m o n k s o f the G reat Saint B ernhard w h o , in 1881, h a d fo u n d e d a sm all agricultural school a t Ecône near Sion, w ere unable to shake the farm ers o u t o f their a n cestral w o rk in g m ethods. These farm ers stoically accep ted the fa te o f h a vin g their entire crop d estroyed b y late frosts or b y insects, such as the red spider or the p la n t louse o f C alifornia.
I t w a s a m a n fr o m the V a l de Bagnes, M aurice T roil- let (1880-1961), w h o m o v e d heaven a n d earth to shake his people out o f their fata listic lethargy. D u rin g W o rld W a r I, it appeared th a t the Valais could s u p p ly the co u n try w ith im p o r ta n t quantities o f fr u it a n d vege tables. H o w e v e r , these w ere o f p oor q u a lity com pared w ith those im p o rte d fr o m France, Spain a n d I ta ly im m e d ia tely a fte r the war.
I n 1923, the m odern agricultural school o f C hâteau- n e u f near Sion replaced th a t o f Ecône, a n d things began to im p ro ve. This school ta u g h t y o u n g farm ers to regroup their scattered fields a n d to c u ltiva te th em rationally w ith m achines th e y could rent or b u y a fte r h a vin g fo u n d e d cooperative societies w ith neighbours. The school’s exp erim en ta l sector ad vised th em w h ic h plants w ere best a d a p ted to the clim ate a n d w a rn ed th em o f praticing m on o cu ltu re to p r e v e n t their w h o le crop fr o m being destro yed b y late fro st or some other natural catastrophy. T h u s one sees in the Valais orchards altern a tive groves o f apricot, pear a n d apple trees, w here im p r o v e d m eth o d s o f pru n in g , fe rtilizin g a n d treating the trees against insects are n o w p r o d u cing excellent fru it. A p a r t fr o m this scientific d e v e lo p m en t, the su n n y h o t climate, tem p ered b y cool night air descending fr o m the A lp s, greatly influences the taste and q u a lity o f the fru it. I t is rare in S w itz e r la n d to see cherries g ro w a t 1000 m eters a bove sea level, b u t in the Valais th e y g ro w even higher in som e areas. V e r y sm all cherries, sw eet as h o ney, ripen there in A u g u st. A n d w here else b u t in the Valais can one get apricots w hose d a rk golden flesh is so p e r fu m e d — p r o v id e d th e y are
le ft to ripen on the trees, th a t is.
B u t g ro w in g fr u it is n o t all, one also has to sell it. A n d here the Valaisans m e t w ith a great handicap.
W h e n the orchards are in fu ll bloom in the R h o n e V alleey — a sight w o r th a trip to Sion — strawberries
a n d apricots im p o rte d alm ost green fr o m Spain, Ita ly or France, appear on the m a rkets o f the big Sw iss cities a n d people b u y this unripe fru it. B y the tim e the Valais fr u it is ripe, the customers are either fe d up and w a n t some n e w exotic fr u it, or else Sw iss hom em akers are on h o lid a y on some foreign seashore.
A f t e r the end o f the second W o r ld W a r, the Valais e x p o rte d y e a rly some three h u n d red ra ilw a y trucks o f C anada R einettes to Paris a n d Berlin. B u t n o w the C o m m o n M a rk e t countries h ave closed their frontiers a nd, as the Sw iss do n o t like this particular apple, seve ral hundreds o f thousands o f trees h a d to be felle d and replaced b y G olden Delicious, a n e w a pple fa v o r e d b y Swiss. C onsidering th a t it takes 15 years fo r an apple tree to bear enough f r u it to p a y fo r its care, chances are th a t the fic k le consumers w ill h ave d r o p p e d their fa d fo r the G olden Delicious a n d w a n t a n e w k in d o f apple b y th a t time.
For all these reasons, the growers fo u n d e d cooper ativ e societies to rationalize their w o r k , a n d organized the U nion valaisanne p o u r la v e n te des fru its et légumes to sell their crops. T h e O ffic e de propagande p o u r les p ro d u its de l ’agriculture valaisanne (O P A V ) advertises them in S w itz e r la n d a n d abroad. B u t even so, the g ro w ers o fte n m eet w ith difficu lties. A lth o u g h the num ber o f to m a to p lants, fo r exam ple, has been reduced in recent years, th e y seem to a lw a ys bear more fru it. A n d i f this happeens in a yea r w h e n the canton o f Tessin has had a cold spring, ripening their tom atoes a t the same tim e as those o f the Valais instead o f some w eeks earlier, there is one m ore danger th a t tons o f tom atoes w ill spoil a n d h a ve to be destroyed.
I t is therefore n o t surprising th a t ever fe w e r V alai- san y o u th w a n t to sta y on the fa rm . For one thing, the earth is m ig h ty lo w d o w n to p ic k strawberries or aspara gus, o f w ich the la tter are h a rd ly cu ltiv a te d anym ore. N o w th a t fa rm in g is no longer a fa m ily business a n d the fa th e r has to e m p lo y foreign w o rkers a t increasing wages, the price o f asparagus can no longer com pete w ith th a t o f those im p o rte d fr o m France.
H o w e v e r , a fte r f i f t y years o f e ffo r ts a n d success, w e sim p ly cannot let the fertile soil o f the Valais go to w aste once more. I f producers, interm ediaries a n d custo mers all p u t their heads together, a w a y to p re v e n t this can surely be fo u n d .
p ar R a p liy R appaz 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 H o r iz o n ta le m e n t
1. Il y a celui de Sion et celui de C o n - th ey . 2. Il s’en c o n s tr u it de plus en plus en Valais. - R êche. 3. G r a n d baillif de la R é p u b liq u e in d ép e n d a n te du Valais. 4. En Mex. - Ville d ’Italie qu i a d o n n é son n o m à u n e c ertain e vaisselle. 5. Sigle d ’une ad m in is tr a tio n fédérale. - Frisé. 6. A f f ir m a t io n étran g ère. - Il d o n n e le to n . - C o n j o n ctio n . 7. C élèbre c o u r e u r australien. - C o u leu r. 8. Sans lui, pas de gu erre possible. - T erm in aiso n de participe. - Exhalaison. 9. Cachés. - Sigle d ’u n c a n to n suisse. - P r é cédé de La, c’est u n c h a r m a n t h am eau du val d ’H é ren s . 10. Presque sot. - E ducatif. 11. Réalise dans le m auvais sens. - Bond.
Verticalem ent
1. D e n t o u alpage de C h am o s o n . 2. T o u jo u rs v e rt, mais pas en a m o n t de M a rti- gny. - Tas de chiens ou tas de gens. 3. Dans u n gâteau. - F ra c tio n . 4. C ’est ainsi q u ’on appelait les prem ières m o to cy clettes. - P h o n é tiq u e m e n t : a b an d o n n e r. 5. P r é n o m fé m in in . - A rticle. 6. F le u r des Alpes valai- sannes. - P ré fe ctu re d u V ieux-C hablais. 7. E n Valais, désigne u n e certaine m o n té e plus im p o r t a n te autrefois que de nos jours. - En tel. 8. Il n ’y a ni village, ni h a m e a u dans c ette vallée valaisanne. - S’éreinta. 9. G u e t ta. - N o n loin de Loèche. 10. Ville b ib li que. - Se jette dans la M orge. 11. N o m d ’u n e vallée valaisanne e t valdotaine. - A r d eur. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
E
8 °
IV
,
jams
I/MAISIXNS
Mon cher, L e ttre à m o n a m i F a b ie n , V a laisan ém igré J ’ai lu quelque p a r t que dans une de nos stations valaisannes, on com ptait environ sept mille « âmes » à la m i-août alors que les domiciliés et votants sont en fait au nombre d ’un millier. Cela te donne l’image de ce pays, en été, car cette proportion se retrouve évidemment ailleurs.
Mais fort heureusement l ’invasion est sympathique, bienvenue pour beau coup, et s’il y a parfois des exceptions, car on ne peut dem ander à une foule aussi dense qu ’elle ne soit composée que de gens polis, on doit bien reconnaître que les « recevants » ne sont pas toujours d ’un empressement affolant et d ’une distinction hors de pair.
D ans le secteur « touristique », comme disent les économistes, il est m ain tenant plus facile de trouver des clients que du personnel et je n ’ai personnelle ment pas pu toujours éviter q u ’une serveuse, pour me rendre la monnaie, me la jette sur la table en regardant p a r la fenêtre.
M a philosophie, ici comme ailleurs, et cela fait quelques années que je l’ai mise au point, consiste à adm ettre qu ’il faut prendre les gens comme ils sont et non comme on vo u d rait qu ’ils soient. Q u an d tu as compris cela, tu cesses de passer ta vie à vouloir faire que les autres agissent ou pensent comme toi ou à te gâter le caractère parce que tu n ’y arrives pas.
Evidemment, ce laisser-faire a des limites, et tu as certainement entendu parler cet été de cette colonie de vacances où p a r définition l ’on ne colonisait rien du tout, car on voulait voir — 'les dirigeants — jusqu’où on peut aller trop loin dans l ’absence d ’éducation de jeunes enfants.
La pédagogie du néant, cela peut nous mener fort loin, d ’ailleurs. Ainsi, p a r exemple, on peut très bien imaginer qu ’un jour on ferme les écoles de manière à perm ettre à nos enfants de se « réaliser » eux-mêmes comme disent les nouveaux pédagogues.
En attendant, à propos d ’écoles, celles-ci ont recommencé et des milliers d ’enfants sont retournés à leurs bancs ou y sont allés pour la première fois.
D onc, l’instruction publique tient le coup. E t même q u ’on leur enseigne les maths modernes, à ces enfants, de sorte qu ’il ne leur sera plus nécessaire de mémoriser prosaïquem ent que dix fois dix font cent. Ça leur viendra p a r intuition. E t l’allemand on va l’introduire en classes primaires p a r des moyens «audio-visuels». Ce sera, para ît-il distrayant, mais mon ami N o rb e rt au ra it dit certainement que « l’audio-visuel » a cet avantage q u ’il y a toujours une oreille et un œil pour oublier ce que l ’autre a enregistré. Il ne croyait qu ’à la vertu du vieux moyen classique qui consiste à fournir un effort de compréhension. Bref ! O n souhaite que nos enfants p arle n t plus ta rd « indistinctement » les deux langues, mais pas trop to u t de même.
E t p ourtant, après cent ans d ’instruction obligatoire en Valais, on a dû introduire l a traduction simultanée au G ra n d Conseil parce q u ’au niveau des députés il ne se trouve q u ’une minorité pour avoir fait l’effort de com prendre leurs collègues de l’autre langue et ce ne sont pas ceux d ’en bas qui donnent ici le meilleur exemple. Et p ourtant, ce sont les élites !
E t je suis certain q u ’après dix ans d ’audio-visuel on en sera au même point. La démocratie suisse tient par la merveilleuse juxtaposition de gens qui ne se com prennent pas. Si c’était le contraire elle serait déjà p a r terre assurément.
... Ceci dit, apprête-toi à venir vendanger, car la récolte sera si forte q u ’il faudra des bras complémentaires pour en venir à bout. Je dis bien des « bras » et non des « têtes », car au mom ent des vendanges les gens du tertiaire sont absolument inutiles.
E t le vin sera bon aussi. Tu côtoieras notre monde vigneron qui a son allure et son comportement. O n le retrouve sous tous les cieux. M ’étan t rendu à la foire des vins de la vallée d ’Aoste avec mon épouse, nous nous sommes amusés à m ettre des noms de gens de Fully, de Saillon et de V étroz sur les figures de ces paysans qui constituaient la m ajorité des participants.
Les ressemblances étaient frappantes et l’on se rendait compte que ces visages étaient façonnés p a r les mêmes gestes, les mêmes soucis, les mêmes réflexions et, soyons francs, le même goût du vin donnant au bout d ’un certain nombre d ’années, à la peau, ce coloris caractéristique.
Le vin se vendra cette année, dit-on, car il en manque. O n souhaiterait cependant, dans de nombreux milieux, q u ’il restât, sur un litre, a u ta n t d ’argent au vigneron qui a transpiré sur ses coteaux q u ’à la personne qui l’a servi, parfois en oubliant de sourire et de saluer.
Brcntjong (du côté de Loèche)
L'OREILLE
DU SATELLITE
T exte Pascal T h u rrePhotos C y rille C le rc
Brentjong ! A tlantique nord ou Asie du Sud ? N e cherchez plus. C ’est en Valais. Quelque p a rt du côté de Loèche !
C ’est ici que se construit la première station terrienne de notre pays.
La Suisse branchée sur satellite ! La Suisse p a rla n t avec le reste du monde non plus p a r câbles sous-marins ou p a r fils, mais directement p a r la voie du ciel via « Intelsat », lequel se ballade autour de l’axe terrestre à plus de 36 000 kilomètres de nous.
Le regard espiègle, la technique fourm illant au bout des doigts, une volée de Japonais dirigés p a r Masao O m u ra est venue renforcer les tech niciens valaisans, allemands ou français qui construisent dans un décor de roc et de raccards cette oreille géante de 30 mètres de diamètre.
Cette antenne captera, grâce au relais inter spatial, les mille signaux que la terre lui enverra à l’intention des Suisses : communications télé phoniques, télégrammes et demain, si nécessaire, les programm es de radio et de télévision.
M êlant dans cette station de Babel gestes, sourires et fendant, dans l’enchevêtrement des langues et des patois, l’équipe travaille en fait à la compréhension des hommes.
A la tê te de l ’éq ui pe e t le ce rv eau de la s ta t io n t e r r ie n n e : Masao O m u r a , de la « N i p p o n E l ectr ic C o m p a n y », q u i g r o u p e plus de 10 000 em ployé s au J a p o n
La nouvelle antenne sera mise en service cette année encore. Elle nous reliera directement tout d ’abord avec les Etats-Unis, le C anada, le Brésil et Israël. D ’autres circuits suivront. Ils triple ront de 1974 à 1980.
Si la Suisse a choisi Brentjong, c’est p o u r des raisons multiples. Il fallait un prom ontoire dé gagé, dirigé sans encombre sur le satellite : il fallait des conditions climatiques perm ettan t des liaisons sans bavure, l’absence de tout bruit p ertu rb ateu r et la possibilité tout de même d ’acquérir 2 0 0 0 0 0 mètres carrés de terrains sans trop d ’ennuis.
L ’antenne parabolique, qui devra résister s’il le fa u t à des ouragans d ’une vitesse de 200 km ./ heure, pèse près de 2000 tonnes.
— Incroyable, la précision q u ’il fa u t ! La
partie mobile de l ’antenne pointée vers le fir m am ent pèse à elle seule 400 tonnes, et l’on exige d ’elle à toute heure, p a r tous les temps, une précision d ’un centième de degré.
Q u a ran te millions de francs ont été investis dans cette réalisation, quarante millions dont le tiers ira à des entreprises valaisannes... presque a u tan t qu ’aux Japonais !
D e Brentjong, un câble coaxial p a rtira sur Sion, reliant du même coup le satellite au
Ja p o n ais, Valaisans, A ll e m an d s .. . c ’es t l’O N U des t é lé c o m m u n i c a t io n s
réseau national. En janvier déjà, C apharnaiim p o u rra parler à Epinassey et la Maison-Blanche être reliée à la cabine publique de la P la n ta ! T out cela passait jusqu’ici p a r des câbles sous- marins.
— De ce fait les communications seront plus
rapides, plus sûres et beaucoup plus propres. Mais cela n ’a rien à voir avec la pollution des mers... comme essayait de nous le faire croire un ingénieur de la N ip p o n Com pagny, l’œil bridé
LE DINER
DE VENDANGES
T exte Pascal T h u rre P hotos O sw ald R up pe n
N o n ! Nous ne dresserons pas sur le coteau valaisan de m onum ent à la gloire de Charles Benz, ni même à celle du Sédunois Isaac de Rivaz. Le m oteur qu ’ils ont inventé a tué le dîner des vendanges !
Jadis, ce repas patriarcal pris en commun au pied de la vigne, sur un talus d ’herbes sèches
ou sous l’a v an t-to it d ’une guérite, faisait partie du rite des vendanges.
Tandis que les retardataires finissaient leurs lignes et qu ’au loin sur la muraille l’on voyait revenir les « brantards », la mère de famille déballait le contenu de son grand panier d ’osier recouvert d ’un linge blanc. Le barillet, ou parfois
même le tonnelet, entam ait la ronde des hommes encore debout près des échalas. O n entendait les femmes dire : « Allez ! venez à présent. Faites- vous pas prier ! »
O n se faisait de grands signes d ’un tab lard à l’autre où la p lu p a rt des dîners se ressemblaient. Il y avait invariablement au menu : pommes de terre en robe des champs et sérac, que précédait parfois une soupe aux légumes que l’on versait dans les couvercles ou les assiettes, directement du bidon, chacun tiran t à lui « l’épais » en s’aidant de la cuiller.
Parfois c’était ces m orceaux de lard au liseré jaunâtre q u ’accompagnait la soupe à l’orge.
Les hommes aux moustaches garnies de fils blancs n ’en finissaient plus de tailler des copeaux de from age dans leur soupe. Ils disaient en rian t : « Il fau t que ça tienne, car le raisin ça creuse ! » Et le vin donc ?
Il était de coutume, à cette époque où le cercle des grandes familles ne s’était pas encore effrité, de voir toute une parenté participer à la même vendange et p artag er ainsi le même repas. O n allait tous ensemble, « aujourd’hui p o u r l’un, demain, p o u r l’autre... », et l’on sympathisait ainsi autour d u même pain, sans
p o u r cela attendre les repas d ’enterrem ent ! Le dîner des vendanges n ’a p o u rta n t pas com plètement disparu du Valais. Mais il est devenu un brin folklorique. Il se déroule encore, lorsque le temps s’y prête, à l’heure de la dernière bos- sette et que l’on vendange tout un parchet a p p a r tenant au même encaveur, à une hoirie ou aux chanoines du Chapitre.
La raclette est alors de mise. O n se passe les pommes de terre de main à main, comme des braises. Les assiettes en carton volent d ’un groupe à l’autre. Les rires fusent.
Maîtres du coteau, les vendangeurs contem plent la plaine où s’a tta rd e n t les premières b ru mes d ’automne.
O n oublie pour un instant le tracteur et l’auto qui vous obligent à galoper, comme dans la vie de tous les jours, d ’une vigne à l’autre.
Il arrive même que l’on prenne le temps de s’allonger un instant dans l’herbe rousse. O n savoure l’heure de la récompense dans l’odeur enivrante des grappes où les guêpes se taq u i nent.
O n sent déjà respirer l’hiver, tout proche. E t octobre a p p a ra ît alors comme une action
Tous les Valaisans o n t en m ém oire ce beau rom an de R a m u z qui chante D er- borence a vec une poésie fo rte, naturelle et qui, par-delà les m ots, vo u s touche si p ro fo n d é m e n t, au p o in t que vo u s en gardez les échos co m m e des souvenirs. R a m u z éta it m o n té là-haut, im pressionné p a r le décor de cette vallée abrupte, a u x dépressions vertigineuses, puis séduit par cette cu v e tte rom antique où les eaux d ’un lac m iro ita n t lui faisaient, à l ’en croire, m ie u x v o ir le paysage. Il éta it descendu dans l’auberge qui, au n o rd du lac, s’accroche à la colline a n n o n çant les pâturages. Son regard se p o r ta it ta n tô t sur la belle fo r ê t de sapins et de mélèzes qui, au sud des eaux, s’étage progressivem ent jusqu’à m o u to n n er l’alpe d ’évanescences verdâtres. D ’un v e r t qui, d ’abord très v i f , s’a tténue avec l’été, puis ja u n it et, fin a le m e n t, se fro n ce jusqu’à épouser les ocres et les rouilles de l’a u to m n e venu.
D ’un côté, R a m u z v o y a it la m on ta g n e, dure, couturée de couloirs d ’avalanches, pleine d ’estafilades, ridée, burinée, et ne p o u v a it ainsi s’em pêcher d ’évoquer les bergers qui la bra va ien t d ’année en année et qui, face à face, se fo rtifia ie n t du co m b a t incessant q u ’ils livra ien t a u x hum eurs de ces géants capricieux cra chant leur colère en des orages dantesques. Beauté d ’un p a ys d o n t la rigueur détei gnait sur les hom m es ! C e tte beauté-là, m êm e dans ce qu’elle recélait de tragique, R a m u z la m esurait a vec la précision de son talent et cette sensibilité propre à l’artiste, capable de créer des vies au sein des choses !
Derborence dem eure un site privilégié p o u r qui sait encore regarder a vec son c œ u r et sentir a vec ses y e u x , p o u r reprendre la m étaphore de R a m u z . I l y a d ’abord cette vallée encaissée, sauvage, a u x coulées im p ito ya b les, jalonnée d ’arbres arrachés, torturés, ou de racines rapiécées, q u ’une route sinueuse, m oulurée dans le fla n c de la fo rêt, serpente, ta n tô t a vec l’audace de la découverte, ta n tô t avec la nostalgie de la prom enade, jo u a n t a vec les tunnels, avec les rochers, creusant un ourlet, traçant un fe sto n ou d é c riv a n t une sorte de ja b o t de verdure. La route va , tourne, descend, rem onte, se hérisse, se calme, s’assagit ou s’ém eut m êm e, selon que la vallée tem père sa détresse ou adoucit sa sévérité.
A n d r é G ide, la re m o n ta n t un jour, disait : « C ’est le chem in d ’une autre vie... » E t Pierre B enoît, lui qui s’y connaissait en « terres m erveilleuses », depuis « L ’A tla n tid e », de s’écrier : « O n y rem onte le cours du tem ps ! »
C ’est que, p o u r qui sait adm irer, la vallée de D erborence, com m e le n o m du lieu, p a r t a vec une rigueur quelque p eu rébarbative, puis la nguit a v a n t de s’o u vrir dans la lumière.
Si le v a llo n possède une verdure luxuriante, le plateau de D erborence, lui, expose une vég éta tio n particulière : des forêts, bien sûr, mais aussi des pierriers q uasim ent rabotés ou alors tru ffé s d ’herbages fleuris, d ’arbrisseaux emmêlés, d ’arbustes disparates qui sem b len t a vo ir été oubliés là au hasard d ’une fantaisie poétique.
Les rochers et les arbres y jo u en t à cache-cache. D ’un m o n ticu le à l ’autre, les fleurs, m odestes ou hautaines, s’enchaînent, co m m e les constructions agrestes qui ensem encent l’alpe tranquille qui v a m o u rir au p ie d de la m ontagne.
Le lac, dans le fo n d , est reposant, m agique et in v ite à la rêverie. Il reproduit le paysage a vec d ’autres form es, d ’autres nuances, une géom étrie inversée qui séduit jusqu’à l’e n vo û tem en t. O n ne sait plus dès lors laquelle des images est la plus belle : de celle que révèlent les eaux ou de l’autre, que couronne le ciel ! A u to u r d u lac, ce sont les chem ins qui s’allongent avec nonchalance tissant dans la fo r ê t ce réseau de rides enchevêtrées qui « irriguent » un visage. Le silence, ici, dispense la paix. E t je ne connais rien de plus réco n fo rta n t q u ’une m é d ita tio n , dans le soir qui to m b e ou le m a tin qui n a ît, en ce bois de Derborence. U n regret cependant : tous ces touristes qui y d ébarquent p o u r savourer une broche e t qui s’en v o n t en laissant sur place les reliefs de leur repas, a u ta n t d ’injures à une nature id y lliq u e ! Il est é v id e n t que le site gagnerait à être am énagé dans le sens où l ’on interd ira it a u x gens à s’installer n ’im p o rte où et à faire n ’im p o rte quoi ! Protéger le p a y s est une chose, le soigner en est une autre !
I l fa u d ra it e n fin que l’on a p prenne a u x touristes, p ar le texte et l’image, à regarder, d ’où l’ém erveillem en t incessant d o n t parle Jules R e n a rd à propos des paysages qui s’em p riso n n en t eux-m êm es dans le regard... q u a n d ils so n t bien compris... O ui, il v a u t la peine de m o n te r là -h a u t en août, en septem bre et en octobre, su rto u t lorsqu’in te rv ie n n e n t la poésie des teintes et la douceur de la tem pérature. O n p re n d conscience alors de la richesse d ’un p a y s qui of f re to u t
au cœur... M aurice M étrai.
N im m
T exte M a u rice M é tra i P h o to Oscar D a rb e lla y
Distanz und Absenz von tiefinnen
Edzard Schaper
zum fünfundsechzigsten Geburtstag
N och h a t er nicht resigniert ob der illiteraten Oberflächlichkeit um ihn her ; noch h at er sich nicht dankend verabschiedet von der arroganten Zerstörungsw ut analphabetischen Walliser All tages ; noch ist er heiligen Zornes m ächtig über den von mediokren Bibliographen inszenierten Selbstmord der Kirche durch Neue Liturgie (die G o tt der M acht des Wortes unfreiwillig entle digte) ; noch gibt es das weite Feld der Ge schichte, darin Westen und Osten ungeteilt er scheinen, und die Heiligen Bücher, die Luther und unsere Sprache werden Hessen ; noch tut sich Verlorenes auf, Menschen und Räume, und
w ird in der Absenz eigentlich ; es grünen noch unbestechliche Bäume, Vögel kommen zurück, auch wenn m an es ihnen schwer m acht ; noch schweift Faselhans Fuchs nachts um sein H au s : wie lange ?
E d zard Schaper fräg t sich nicht mehr. Ihm ist die Zeit des Wissens gekommen. H a t er A n t w orten ? Gewiss. Ein ganzes Lebenswerk voll A ntw orten. H a t er die A n tw o rt ? K aum . D a ist er zu lange A u to r und ein zu guter, als dass er nicht sähe, wie die Fragen den A n tw o rten da- vonlaufen.
Dies ist sein Them a — und h at wohl zu vielen Missverständnissen geführt, die aus dem Bekenner Schaper gern einen klerikalen A utor gemacht hätten, eine A rt höheren Katecheten, ein katholisches Gegengift zu den Sartre, Camus, Brecht oder Benn, ein von den Industriellen der Fröm m igkeit zensuriertes schreibendes Brevier für höhere Töchter, höhere Prälaten, höhere Frauenvereine und M ännerkongregationen.
Was er zuletzt ist, nicht sein will und nicht sein k ann : dazu ist er als D ichter zu differen ziert und zu komplex. So fällt denn nicht gerade ein W erm utstropfen in seinen R uhm , m an könnte auch nicht Resignation nennen, was leise aus ihm spricht, es ist eher ein m ännlicher Galgenhum or, der sich dam it abfindet, von falschen Verehrern umgeben zu sein. Was ja schon Rilke passierte, un d der w a r auch nicht ohne...
E r kam von weit her, liess ein bewegtes Leben zurück, als er sich bei uns einrichtete, und vieles ist tot nun um ihn : Kassner, dessen G rab in Siders er hütet ; H egner, der grosse V er leger, G ottseidank musste er den Ruin seiner Epigonen nicht mehr erleben. G ottseidank ! Eine Lieblingsvokabel Schapers, die in etwa seine elegische Gefühlslage bezeichnet, wenn er vom Gestern und vom H eu te spricht.
Sein Balkan ist auch tot, und Schaper rü h rt ihm eine verhaltene Trommel, klagend, doch m it viel afición.
Bon anniversaire !
« T reize Etoiles » a rendu visite au g rand écrivain alle m a n d E d za rd Schaper qui fê te son soixante-cinquièm e anniversaire.
E d z a r d Schaper, d o n t la v ie f u t f o r t m o u vem en tée, v i t depuis p lu s de v in g t ans à Brigue et à M ünstér.
N o u s lui souhaitons de p o u v o ir continuer longtem ps encore son œ u v r e de poète.
Was heilig w a r am Wallis, ist vorbei.
D a ru m vielleicht k ann dieses verrucht unschuldige Land einem Dichter wie E dzard Schaper als Freiheitsraum dienen, von dem aus er, letzter, entlegener Zeuge, seine entschwun dene H e im a t sucht und erforscht.
D istanz und Absenz : wenn m an dam it leben kann, ist es nicht nur ein Thema, sondern p r ä destiniert geradezu zum Schreiben. Schaper, als Wissender, h a t jeglichen T a n d hinter sich ; nichts hält ihn ab von seiner « recherche du temps p erd u et du temps à venir ».
Ich kenne einen, der die Absenz dermassen in den Knochen hatte. M an h at ihn füsiliert 1936, bei G ran ad a, w o er zuhause w a r und daheim. Schaper w a rd zweim al zu Tode v eru r teilt. So kommen, über Zeiten und Räume, der von Posen und der von G ra n ad a zusammen. A uf jener Ebene, die nur ihnen gehört.
A n fa n g einer Festspiel tra d itio n :
« Zigeunerbaron »
in Visp
Ic h erinnere m ic h vergangener Z e i ten, als m eine Schwester und ich, siebzehn M e te r über dem E rd bo de n, auf dem D ach des alten Schulhauses damals, den kle in e n H u n d e in h o lte n und, ausser einer älteren Frau, die v o n oben ganz o p e re tte n h a ft aussah, niem and uns davon abhalten k o n n te, w e il unsere E lte rn , w ie ganz V isp u n d die umgebenden T äle r, zum , glaube ich, dre ize hn te n oder v ie r zehnten M a l in der O p e re tte w aren. M a n k a n n sich inzw ische n über vieles streiten.
M anches ist anders gew orden in zwischen.
D ie beinahe k u ltis c h zu nennende A ffe k t io n der V is p e r z u r O p erette is t geblieben.
N u n haben sie alles : In Eugen M e ie r einen m usikalischen L e ite r, der quasi U n m ö g lich e s le is te t ; in Franziskus A b g o tts p o n n ic h t n u r einen einheim ischen P ro fi, der die Regie blendend zu leisten verm ag, sondern auch noch einen M a n n , der d a fü r besorgt ist, dass ausserordent liche K rä fte an diesem G em ein schaftsw erk einer ganzen R egion spontan und m it Freude m itm a chen.
D arüb e rh in a u s einen G em einde präsidenten, der etwas f ü r K u ltu r ü b rig h a t und sich d a fü r einsetzt. C hö re , O rchester, ein bisschen Geld. Plus ein D o r f, das ganz u nd gar da h in te r steht.
M it anderen W o rte n : V isp ist festspielreif.
D e r « Z ig e u n e rb a ro n » bewies, dass es m ö g lic h ist. U n d w ie !
W ir w ünschen den V isp e rn den selben Einsatz b e im nächsten M al.
U n d die gleich gute Besetzung. D e n n dass es, bei diesen Vorausset zungen w e ite r gehen w ir d , scheint uns ausser Frage.
Was diesesmal geleistet w urde, muss A n s p o rn sein. Z u gleichem .
D é b u t d ’u n e tra d itio n th éâtrale :
«Le baron tzigane»
à Viège
Je m e rappelle. M a sœ u r e t m o i à dix-sept m ètres au-dessus d u sol, su r le to it de l ’ancienne m aison d ’école, nous étions allés c h e rc h e r le p e ti t chien et, à p a r t une vieille fem m e, p erso n n e n ’avait p u nous re te n ir parce que nos p a r e n ts et t o u t Viège e t to u te s les vallées d ’a le n to u r, é ta ien t allés p o u r la treizièm e o u la q u a to rz ièm e fois, je crois, à l’o p é rette.
O n p e u t d iscu ter de b e au c o u p de choses. Beaucoup de choses o n t changé e n tr e tem ps. P a r c o n tr e l’a ffection presque c u l tuelle des Viégeois p o u r l ’o p é re tte est de meurée.
C ’est q u ’ils o n t t o u t : E ugène M eier, un d ire c te u r m usical q u i o b t ie n t p resq u e l’i m possible ; F ranziskus A b g o tts p o n , p ro fe s sionnel de l’e n d r o it qu i n o n seulem ent assure b rilla m m e n t la régie, mais aussi se p ré o cc u p e de faire p a rtic ip e r s p o n ta n é m e n t e t avec joie des forces e x tra o rd in aires à cette réalisation collective de to u te une région.
E t en o u tr e u n p ré s id e n t de c o m m u n e qu i a le sens de la c u ltu re et qu i s’engage p o u r elle. Des choeurs, u n o rc h es tre et un peu d ’a rg e n t ; plus u n e cité q u i collabore to ta le m e n t.
E n d ’au tres term es : Viège est m û re p o u r le th éâ tre. Le « B aro n tzigane » a d é m o n tré que c ’éta it possible. E t c o m m e n t !
N o u s so u h aito n s aux Viégeois le m êm e enthousiasm e p o u r la p ro c h a in e fois. Ce qu i a été réalisé c ette année d o it être u n e n c o u ra g em e n t à reco m m en cer.
P ierre Im hasly.
Des r é p é tit io n s sous la plu ie, mais ni l'e n t h o u s i a s m e ni le m o ra l ne f u r e n t en tam é s