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Cours de philosophie
ORIENTATIONS
Le travail humanise le monde, façonne une nouvelle nature. Si l’homme disparaissait de la terre, non seulement nos villes tomberaient en ruines mais les plantes mêmes qui poussent dans nos champs seraient en une seule saison remplacées par de mauvaises herbes. Aujourd’hui, même à la campagne, je ne vois partout que l’œuvre de l’homme et la nature offre à l’homme comme en un miroir le visage de l’homme.
La route goudronnée où je marche, les champs qu’elle borde, le papier sur lequel j’écris, ma montre que je consulte négligemment, tous ces objets qui m’entourent sont le résultat de ce travail humain qui ne cesse de transfigurer la nature matérielle, travail qui, disait Marx, « saisit les choses, les ressuscite d’entre les morts ».
Introduction : Le travail : de la servitude à la noblesse
A l’origine, le mot travail vient du latin tripalium et signifie un instrument à 3 pieux servant à immobiliser les animaux pour pouvoir les ferrer. Le mot évoque donc l’idée de peine, de souffrance, de douleur. C’est ce sens qui traverse d’autres mots tels : travalleor. (ouvrier, bourreau) et labor (peine et souffrance). Ainsi le travail se présente sous le signe de l’aliénation. L’homme, en effet, pour satisfaire ses besoins élémentaires (manger, loger, se vêtir) est obligé de lutter contre les forces hostiles de la nature. C’est pourquoi le travail répugnait aux grecs et aux latins.
Chez les Grecs, le travail était l’expression de la misère et ne pouvait rendre compte de la noblesse de l’homme. Selon Platon, par exemple, c’est aux esclaves (les habitants de la caverne) qu’il faut confier le travail appliqué au monde de la matière tandis que le sage se livrera à la contemplation dans le monde des idées.
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LE TRAVAIL
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Chez les Romain, le travail (negotium absence de loisir) était opposé au loisir (otium). Le travail était négatif.
Chez les Chrétiens, le travail est une punition due au péché originel. Dieu dit à Eve :
« tu enfanteras en travail des enfants » et à Adam il dit : « tu mangeras à la sueur de ton front ». « En travail » signifie la douleur de l’enfantement ; « à la sueur de ton front » traduit la souffrance. Les deux idées montrent une connotation négative du travail. Mais bientôt il y aura renversement de situation et le travail lui-
même sera intégré dans un système de valeurs. En quoi consiste-t-il ?
I- VALEURS DU TRAVAIL a)Valeur chrétienne
Dans la perspective chrétienne, il y a également l’idée que le travail est possibilité de rachat. Dans ce sens, le travail développe l’esprit et éloigne les vices. Le travail est un hommage au Dieu créateur. Selon le Père Chenu, il est une participation consciente à l’œuvre divine ; le travail, c’est une création continue. De plus, le travail va paraître comme une libération. C’est ce que va révéler le sens philosophique.
b) La valeur de la philosophie
Le travail procure la liberté. Par le travail, l’homme dompte les forces redoutables de la nature. C’est ce que montrent Hegel et Bergson.
• HEGEL : Présente le travail comme moyen de salut et instrument de libération. Il le montre admirablement dans la fameuse dialectique du maître et de l’esclave. Par le travail l’esclavage s’affranchit et se libère de la servitude à l’inverse du maître qui devient désormais esclave (d’où l’idée de dialectique). Le travail apparaît comme l’expression de la liberté reconquise.
• BERGSON : selon lui, le travail est l’acte humain par excellence. L’homme qui par le travail invente les outils, transforme sa nature pour servir ses fins, fait preuve d’intelligence. Il se distingue de l’animal qui est seulement présent à la nature et ne subit que la loi de ses instincts. L’animal aussi transforme la nature, mais à la différence de l’homme, il n’a pas de finalité consciente. C’est ce qui fait dire à Marx : « Ce qui distingue l’architecte le plus maladroit de l’abeille la plus habille, c’est que l’architecte porte d’abord la maison dans tête ». Le
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travail n’est pas une modification quelconque de la nature, il a toujours une utilité.
Certains philosophes s’emploieront à montrer le sens humain du travail. Mais en quoi consiste le travail ? Il engendre le progrès et fait évoluer l’homme. C’est pourquoi il faut considérer comme nul et absurde le travail de Sisyphe condamné à rouler continuellement la pierre. Le travail humanise l’homme.
En outre, le travail nous introduit dans l’univers social ; il ne peut se concevoir qu’à l’intérieur d’une société d’hommes. Les sociologues parlent d’une solidarité horizontale qui lie les travailleurs entre eux par le biais des échanges mutuels de service d’une part, et d’une solidarité verticale qui permet de profiter du travail de nos prédécesseurs. Ainsi, travailler c’est sortir de soi-même. Aujourd’hui, le travail se présente comme l’un des droits fondamentaux de l’homme. Il lui donne la conscience d’avoir une valeur. On peut aisément imaginer la peine des chômeurs.
Finalement, comme le dit Mounier « tout travail travaille à faire un homme en même temps qu’une chose ». Autrement dit dans le travail, il y a double gain : l’homme se réalise en fabriquant.
II- EVOLUTION DU TRAVAIL a) L’ère de l’outil
Il s’agit de l’ère qui s’étend de la préhistoire jusqu’aux machines de l’ère atomique.
Ce qui caractérise cette ère est l’outil. L’outil est le prolongement direct du corps.
Par exemple, le bâton est le prolongement de la main ; au Moyen âge, l’homme utilisera la force animale, la force du vent ou de l’eau comme outil pour actionner les moulins. Seulement, dans le cas de l’outil, le moteur reste le corps. Tel ne sera pas le cas pour la machine.
b) L’ère de la machine
Cette ère commencera avec l’utilisation des forces industrielles. Trois révolutions marquerons cette période : la machine à vapeur, l’électricité, l’énergie atomique.
Avec le machinisme la puissance de l’homme sur la nature s’accroît prodigieusement. Le machinisme devient le phénomène majeur de notre temps. Il traduit le triomphe de la science et de l’ingéniosité technique de l’homme.
25385075/75788181/73983030 Cependant, il suscite des débats et objection.
Objections : Jean Rostand a fait remarquer que : « la science a fait de nous des dieux, avant que nous méritions d’être les hommes ».
Bergson pense que le machinisme a rompu l’équilibre de l’âme et du corps, notre âme est restée la même tandis que notre corps revoyait sa puissance accroître prodigieusement par la force de la machine. Ce qui manque à la civilisation machiniste affirme Bergson, c’est un « supplément d’âme ».
Ricardo attribue au machinisme la responsabilité du chômage.
Marx répond à ces objections : la révolution industrielle a permis aux hommes de faire un grand pas en avant par l’accroissement de la production et parallèlement, de la productivité. Selon les marxistes, les problèmes évoqués par les anti-machinistes (déshumanisation, chômage) ne sont pas imputables au machinisme en tant que tel, mais à l’organisation sociale des hommes dominés jusque-là par les intérêts de classes.
Ainsi, le progrès technique ne se traduit pas par un progrès réel dans les conditions de vie et de travail de l’ouvrier mais par un accroissement de gains du capitaliste.
III- LA QUESTION SOCIALE Qu’appelle-t-on «question sociale»?
a) Les aspects de la question sociale
Au sens large, on entend par question sociale l’ensemble des problèmes relatifs à la vie économique. Au sens strict c’est l’ensemble des problèmes humains qui intéressent le régime de la propriété, les relations du travail et du capital, la division de la société en classes. Finalement, la question sociale est un tout qu’on ne peut dissocier. Cependant, on peut distinguer plusieurs aspects.
* L’aspect technique ou technologique
*
: c’est la division du travail, les méthodes de productions, le machinisme.
L’aspect économique
*
: c’est la reproduction des richesses.
L’aspect social
*
: c’est la distribution, la répartition des richesses.
L’aspect politique : comprend les institutions, les règles qui régissent les régimes économiques.
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* L’aspect moral
b) Le droit et les conditions de la propriété
: intéresse les devoirs qui incombent à l’homme dans l’ordre de la vie économique, la réponse donnée aux impératifs de justice et de dignité. Mis à part ces aspects, la question de la propriété tient une place de choix.
* Le droit de propriété :
La déclaration des droits de l’homme de 1789 plaçait le droit de propriété au rang du droit naturel, inaliénable et sacré. Pourtant, le droit de posséder, de détenir des biens et d’en user comme on l’entend sans aucun partage avec autrui donne lieu à de vives controverses. Les partisans et les adversaires de la propriété s’expriment :
- Arguments en faveur de la propriété privée :
La propriété privée est l’extension naturelle de la personne sur le plan des biens physiques nécessaires à la vie. Elle est une garantie de liberté et d’indépendance pour l’individu et particulièrement en présence des exigences totalitaires de l’Etat moderne. Elle est un stimulant efficace de l’activité économique. Elle est le fruit du travail.
-Arguments contre la légitimité de la propriété privée :
La propriété privée est une source d’inégalité. Elle serait une garantie des libertés si tous y avaient accès et qu’elle fût exclusivement le fruit du travail. Or il se trouve que certains travaillent sans rien posséder tandis que d’autres possèdent sans travailler : prolétaires d’une part, capitalistes de l’autre. Le principe de l’héritage rend impossible l’égalité de départ ou de chances puisqu’il consiste pour l’héritier à recevoir, sans aucun mérite ni effort de sa part, des biens ou des valeurs qui lui confèrent un avantage, un privilège dont les autres ne bénéficient pas.
• Les conditions de la propriété :
Certains partisans de la propriété privée posent cependant des conditions car cette propriété ne saurait constituer un droit absolu, le droit d’user et d’abuser de ce que l’on possède sans égard pour autrui ou l’intérêt de la collectivité. D’où l’idée que le propriétaire a des droits mais aussi des devoirs envers la société. C’est la position de Léon XIII et de Pie XI exposée respectivement dans les encycliques Rerum Novarum et Quadragesimo Anno. La thèse consiste à dire que la propriété est une fonction sociale impliquant des devoirs auxquels on ne doit pas se soustraire et qu’il
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existe même des biens dont la possession doit revenir à la collectivité. L’Etat doit intervenir dans le contrôle de la puissance de la propriété en instituant des impôts proportionnels à l’importance du bien. Mais il est une propriété dont le fondement est directement mis en cause dans la question sociale. C’est celle des moyens ou instruments de production, matières premières, mines, usines, transports, sols, machines. C’est sur ce terrain que s’affrontent les principales doctrines économiques.
IV- LES GRANDES DOCTRINES ECONOMIQUES
Il existe plusieurs doctrines relatives à l’organisation économique (par exemple celle de Keynes PI 60 ou celle de Marcuse P. 162-165). Tentons seulement de présenter ici les deux principales entre lesquelles oscillent souvent les systèmes économiques.
a)
•
Libéralisme et Capitalisme
Le principe de la thèse libéraliste c’est qu’il faut respecter le libre jeu de l’économie qui dépend à la fois de l’initiative personnelle et des lois lui sont immanentes. En matière de production, la circulation, de consommation de richesse, « il faut laisser faire et laisser passer ». Ainsi joueront la loi de l’offre et de la demande, la concurrence. Dans ces conditions, la propriété privée sera le meilleur stimulant de l’activité économique. Ce système va générer des couches sociales :
Le patron
•
: qui possède le capital (d’où l’idée de capitalisme) c’est-à- dire les ressources nécessaire (argent, outil, terre etc.)
L’ouvrier : qui travaille avec ses bras pour faire passer les matériaux bruts à un produit fini.
Stuart Mili,
• la liberté du travail, des échanges, des transactions, des capitaux.
l’un des grands théoriciens du libéralisme économique estime que le moteur de l’économie réside dans l’intérêt personnel : ce principe qui pousse les hommes à rechercher le maximum de satisfaction avec le minimum d’effort. Cette recherche n’est pas, la selon lui, contraire au bien commun puisqu’elle augmente la prospérité et se trouve conforme à l’intérêt général. Dés lors on sauvegarde :
• Le droit de propriété individuelle.
• Le droit de s’approprier des sources d’énergies (mines, usines)
• Le droit d’héritage.
25385075/75788181/73983030 C’est à ce système que s’oppose le marxisme.
b)
•
Le Marxisme et Communisme
Marx, dans son Capital, fait une sévère critique du capitalisme et du
libéralisme. Examinons sa pensée à travers quelques concepts-clefs de sa philosophie.
La plus-value ou théorie de la valeur : Le salaire de l’ouvrier dans le
•
système capitalisme, selon Marx, n’équivaut pas au travail qu’il fournit.
L’ouvrier a juste ce qu’il faut pour maintenir la force de ses bras. Ce décalage entre la valeur du travail et le salaire crée un profit au patron et fait renflouer ses capitaux. C’est ce que Marx appelle la plus-value.
Les lois de l’économie capitaliste
Lénine traduit cette idée en disant que « l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme » pour dire que l’impérialisme permet au capitalisme d’exporter ses produits ; mais lorsqu’il aura tout occupé, la surproduction reviendra.
: Marx les dénonce et montre qu’elles conduisent à la prolétarisation et à la paupérisation des masses. Par exemple la loi de l’accumulation croissante des capitaux montre, en fait, que les richesses sont simplement gérées par un minimum de propriétaire, ce qui génère des inégalités. La loi de la concentration des capitaux débouche sur une surproduction.
• La lutte des classes : l’ouvrier, Marx l’appelle le prolétaire, vend son travail.
Dans le système capitaliste, le travail est une marchandise que le prolétaire est obligé d’échanger au patron contre un salaire (voir la plus-value). Il se forme alors dans ces conditions deux classes : une classe dominante (la bourgeoisie : propriétaire des capitaux) et une classe dominée (la masse des prolétaires). Pour sortir de cette exploitation, les ouvriers doivent lutter « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous
•
! ». Cette lutte, si elle est bien organisée devrait conduire à la Révolution sociale ou l’instauration du communisme qui se fixe le projet de bâtir une société sans classe.
Le travail sous le communisme : Après l’avènement de la Révolution, le système politique et économique qui se met en place s’appelle le socialisme. Il est la main
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mise de l’Etat sur l’économie nationale, la suppression de la propriété privée et la remise à la collectivité des moyens de production. Il a également pour principe la répartition des biens matériels selon le travail fourni. La transition du socialisme au communisme implique au travail hautement productif capable d’assurer l’abondance des articles de consommation. C’est alors que la société pourra abolir l’ancienne estimation d’après la quantité et la qualité du travail fourni et inscrire sur ses drapeaux :
« À chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins ». Lénine définit ainsi le travail sous le régime communiste : « le travail communiste au sens le plus étroit, le plus stricte du mot, c’est le travail fourni gratuitement au profit de la société... C’est un travail volontaire fourni en dehors de toute norme sans attendre une rémunération... un travail conditionné par l’habitude de travailler pour la collectivité et par le sentiment de la nécessité de travailler au profit de la collectivité, un travail répondant à un besoin de l’organisme sain ».
Critique : Il serait intéressant d’étudier d’une telle théorie et de voir en quoi elle échappe à l’utopie où y plonge ses racines.
Conclusion
• En guise de conclusion, réfléchissons sur ces points de vue :
« Je n’ai plus de travail ».
« Il n’y a pas de sot métier ; il n’y a que de sottes gens ».
« Pas d’embauche ! ».
« Le licenciement est légitime ».
« Qui ne travaille pas qu’il ne mange pas non plus »
« Un chômeur est un homme mort ».
« Ceux qui travaillent ce sont ceux qui musclent ».
Karl Marx : « En tant que produit des valeurs d’usage, qu’il est utile, le travail indépendamment de toute forme de société, est la condition indispensable de l’existence de l’homme, une nécessité éternelle, le médiateur de la circulation matérielle entre l’homme et la nature ».
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