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Femmes et formation

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Academic year: 2022

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(1)

Book

Reference

Femmes et formation

BOLLI, Michèle, et al.

BOLLI, Michèle, et al . Femmes et formation . Genève : Université de Genève Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, 1985, 57 p.

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:92864

Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.

(2)

UNIVERSITE DE GENEVE

FACULTE DE PSYCHOLOGIE ET DES SCIENCES DE L'EEHJCATlOi\i

Michèle Bo/li, Martine Chaponnière, Rosiska Darcy de Oliveira, Michèle Monnier

Cahier Ne 38

Pour toute correspondance Section des Sciences de !'Education

UN! 1 l 1211 - Genève 4 (Suisse)

JUIN 1985

(3)

édition : Groupe de travai! de la section des Sciences de l'Education Préparation, composition, réalisation graphique : Serge Oucloz

Martine Chaponnière INTRODUCTION Rosiska Darcy de Oliveira

TABLE DES MATIERES

LES PIERRES DANS LA POCHE DU FEMINISME Notes

Michèle Bo/li

FEMMES ET SAVOIRS: MOUVEMENTS D'APPROCHE Notes

Michèle Monnier

INVESTIGATIONS ET REFLEXIONS SUR LES NOTIONS D'ECHEC ET DE REUSSITE CHEZ LA FEMME

Bibliographie Martine Chaponnière

LES FEMMES ET LA RECHERCHE Références

1

23 n

25 41

43 55

(4)

INTRODUCTION

Le seul fait d'évoquer un enseignement universitaire consacré au thème

"Femmes et formation" suscite généralement un œil curieux et une queston abruptement posée : "Mais c'est quoi, la formation des femmes ?" L'interro­

gation est d'autant plus pertinente que, profane ou expert, chacun a une idée plus ou moins vague de ce qu'est la formation et plus ou moins précise de ce qu'est - ou devrait être - une femme.

La publication de ce Cahier vise à lever quelques confusions en retr2çant l'évolution des notions de femme et formation telle qu'elle s'est fa:te au cours de ces dix dernières années dans le cadre des cours et séminaires donnés en section des Sciences de l'éducation.

C'est en 1975, en effet, que fut pour la première fois institué, à i'Univers\té de Genève, un enseignement relatif à la formation des femmes. Celui-ci était largement tributaire de l'avènement du néoféminisme dans !es années 70, e"ë, plus particulièrement, du processus d'éducation des adultes qui s'y dérouia•t spontanément, à l'intérieur de petits groupes dits "groupes de conscience".

En découvrant et en faisant découvrir au monde ia dimension coliect:ve du malaise féminin, du "mal sans nom", comme !'a appelé Betty Friedar:, :es femmes en mouvement ont ouvert la voie à une réflexion et à une recherche toujours plus poussées autour de l'identité féminine.

Ce Cahier est conçu comme un reflet des différentes étapes qu'ont traversées le mouvement des femmes et les enseignements et recherches qui en sont is­

sus. L'agencement des articles suit une logique qui évoque à ia fo;s i'évolution du contenu de l'enseignement et le cheminement des participant(e)s. Ainsi, d'une réflexion essentiellement individualiste sur "l'être-femme" pendant les premières années du cours (voir l'article de Michèle BoHi) est né tout un courant de recherche centré sur la signification de l'appar-::enar.ce à u:, groupe social (voir l'article de Martine Chaponnière}.

Dans un premier article, Rosiska Darcy de Oliveira retrace cette ";;rise d'ado­

lescence" qu'a connue le féminisme dans les années 70, suscitée par ,·ambi­

guïté de l'identité psycho-sociale des femmes. Le prix à payer de l'intégration au monde des hommes fut le refoulement du féminin. Aujourd'hui, dix ans après, c'est dans la redéfinition de ce féminin expurgé que se situe i'avenir du mouvement. Comment s'est traduite cette évolution dans !e contexte

(5)

âcadémique ? Les trois â,ticies ql:i suîvent �eflètent les différents stades de cett2 réflexlcn.

L2 ;Jrer:,:ère étape c'E ce chemi;iement telle qu·elle s'est traduite dans l'uni­

versité est 1!1ustrée par l'article de Michèle Bol Ji : "Femmes et savoirs:

mo"ve:nents <l'app:-oche". C'est :e moment du questionnement à partir du vécu, de �a quête C'[dentité, de la verbarisat!ori du malaise d'être femme dans ce contexte universitaire perçu comme masculin. A partir des travaux rédigés par les étudiantes entr-e 1977 et 1981, l'auteur restitue ce difficile parcours qu'est la constitution d'un savoir propre et les tentatives d'accéder à une intégrité intellectuelle. La plupart de ces textes so;;t rédigés à !a première personne du singulier - comme en témo:gnent les extraits cités - et déno­

tent u:,e grands souffrance dans cette quête de re-connaissance de soi-même p2f so�-mêrne et p2r \es aut1es. D2ns ce questloiînement, deux mots revien­

nent sa:1s cesse . ceux cféchec -2t �2 c1...:!pa:Ji!ité.

D'une année à l'autre, les thématiques abordées dans les cours n'ont guère varié : il s'agissait -et il s'agit toujours - d'identifier les éléments qui peu­

vent se révéler être des catalyseurs dans la formation ou, au contraire, des obstacles, et cela particulièrement dans la trajectoire de vie féminine, mar­

quée par la discontinuité. Ce qui a changé, en revanche, c'est la manière d'aborder ces questions. La nécessité d'une distanciation par rapport au vécu

"brut" est apparue indispensable pour avancer dans la réflexion sur la forma­

tion des femmes. L'article de Michèle Monnier témoigne de cette évolution, en approfondissant une observation posée dans l'article de Rosiska Darcy de Oliveira : "La peur de l'échec cache la peur de la réussite". Les "Investiga­

tions et réflexions sur la notion d'échec et de réussite chez la femme" cons­

tituent te travail de fin d'année qu'a réalisé Michèle Monnier en tant qu'étu­

diante dans le séminaire "Femmes et formation''. En conjuguant sa pratique.

comme infirmière-enseignante avec l'analyse de quatre ouvrages sur la psy­

chologie féminine, elle tente d'éclairer ce que représentent, pour des femmes en formation, les notions d'échec et de réussite telles qu'elles ont été intério­

risées, et telles qu'elles interfèrent sur la notion de carrière.

Quels sont aujourd'hui les courants qui se manifestent dans la recherche rela­

tive aux femmes? C'est ce qu'examine Martine Chaponnière, en replaçant la thématique de la formation des femmes dans un contexte pius large, sur le plan chronologique comme sur le plan géographique. De quels discours tenus sur elles depuis deux siècles les femmes héritent-elles ? Comment s'est fait le passage entre "la femme" en tant qu'objet d'étude et "les femmes"

en tant que sujet de recherche ? Comment ia prise de parole par les femmes, balbutiente au début, a-t-elle amené ce qu'on appelle aujourd'hui la recher­

che féministe ?

Nous avons délibérément cmis d'inclure dans ce Cahier des contributions relatives au sexisme des manueis d'enseignement, à la discrimination sexuel­

ie encore en vigueur dans un certain nombre de programmes scolaires, au problème de la cana1isation des filles dans un nombre réduit de filières pro-

Martine Cnaponnière

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LES PIERRES DANS LA POCHE DU FEM I NI SME par Rosiska Darcy de Oliveira

Les utopies seraient ce qu'il y a de plus confortable si elles n'en étaient pas moins un risque de vie. Parmi les "ismes" de notre temps, ie féminisme est peut-être le projet d'avenir le plus utopique et le plus déroutant, à le -fois !e plus gai et le plus triste. Réponse aux mésententes d'une époque, i l blesse de la manière la plus profonde et la plus secrète.

Deux corps submergés. Rosa Luxembourg avec une ba!le dans ie dos, tirée par l'ennemi de classe; Virginia Woolf avec la poche remplie de ::iie�res qu'elle-même a choisies. L'une s'est noyée dans un canal de Berlin; !'autre dans un ruisseau de son jardin. L'une victime de !'Histoire; l'autre de sa bio­

graphie. Laquelle des deux est aujourd'hui la plus morte ?

Rosa, qui voulait ressembler aux hommes, a laissé des lettres criant ;.;n im­

mense besoin d'amour, adressées à l'homme qu'elle n'était pas (1 ) . . !'o.. son mari et meilleur ami, Virginia a laissé un billet demandant pardon de sen ar.­

goisse qui leur avait brisé la vie, cette vie qu'elle avait cessé de voulolr vivre.

L'androgynie d'Orlando a survécu dans la fiction; dans la vie réelle, Virginia a succombé (2).

Utopies évanescentes que ce!les de ces deux femmes, reprises par !es génér::­

tions d'aujourd'hui, parfois dans une version myope qui rédu it le féminisrn.e à l'égalité des salaires. Aucun destin n'est plus prévisible que celui d':_rne !Jtc­

pie, sûre et certaine de vieillir défigurée. Et pourtant, si !'on y pense bien, le féminisme est jeune. Cu, s'il n'est pas jeune, comme le savent bien ies hi,toriens des révolutions sociales ainsi que les connaisseurs de la littérnture anglaise, il a eu une crise d'adolescence dans les années soixante-dix. C'est l'issue de cette crise qui préoccupe aujourd'hui les femmes qui !'on'; vécue, ainsi que tous ceux q.Ji ont souffert de ses conséquences : maris, ama!"!ts, camarades, amis et patrons.

Plongé dans la perplexité, le mouvement des femmes s'inter�oge su;- ses chances d'avenir. Toutefois, l'incertitude et le doute face au désarro: d\.J;-i mouvement né pour affronter la société se dévoile, avant tout, dans et p2,

le face à face des femmes avec elles-mêmes.

On parle beaucoup de lassitude dans le mouvement des femmes. Certaines regardent le portrait de leur grand-mère suspendu au mur avec une certaine nostalgie de l'époque où tout était clair : trajectoires de vie, rêves et projets.

(7)

Nostalgie du temps où le lieu social, psychique, affectif des femmes et des hommes était clairement démarqué. Cependant, ce sont bien les femmes qui ont repoussé l'héritage culturel féminin, qui ont rejeté. les rôles sociaux stéréotypés et qui sont descendues dans la rue en revendiquant l'égalité.

Toutes celles qui ont emprunté cette voie ne soupçonnaient pas combien ce choix allait les faire marcher sur le fil du rasoir. l'espoir d'égalité comme objectif immédiat et la certitude qu'un éventail de possibilités toujours plus grand allait s'ouvrir aux femmes sont en train, par l'usure, de s'effilocher.

Ces derniers dix ans ont été les années héroïques d'une génération charnière qui a voulu tout faire : acœs aux études, au travail salarié, à la participation sociale et politique. Génération qui a dû donc superposer toutes ces conquê­

tes à la couche épaisse et ancestrale de tâches et responsabilités qui reviennent au monde féminin. Janus, une face tournée vers la maison ·et l'autre vers la rue, les femmes ont dO faire un effort d'androgynie pour assurer le maintien de la différence homme/femme qui préserve l'attirance magnétique. Effort

de survie lors de la cassure d'un code culturel millénaire, ce pari des femmes a eu un prix qu'elles sont en train de payer toutes seules.

La séparation entre monde des hommes et monde des femmes compris en tant que savoir, faire, espace physique et psychique. a toujours été un inva­

riant

dans l'histoire des sociétés. Pour le garçon, être reconnu comme adulte signifie beaucoup plus que simplement traverser une classe d'âge. Les rites d'initiation sont certes la confirmation de la maturité, mais ne -Constituent pas moins la cérémonie d'adieu au monde des femmes. Devenir un homme, c'est tourner le dos au monde féminin dans lequel on a vécu son enfance et entrer, par la connaissance du mystère, dans le monde adulte qui est, par définition, le monde des hommes. Dans un seul et même mouvement, il faut quitter les femmes et l'enfance, condamnés à rester ainsi confondus pour toujours dans un magma indifférencié et enfoui dans les territoires du

féminin (3).

C'est certainement une réminiscence inconsciente de cette tradition qui fait qu'aujourd'hui encore un courant majoritaire de la psychologie américaine continue à définir l'être adulte en lui attribuant toutes les qualités du monde masculin (autonomie, agressivité, rationalité, etc.) . et la femme normale avec les attributs du monde infantile (dépendance, émotivité, inconstance, etc.). Ce qui aboutit à l'équation suivante : ou bien être femme, ou bien être adulte. La femme adulte est un paradoxe (4).

Cette séparation si ancienne, cette coexistence compartimentée de l'arc et du panier dans laquelle chaque monde gardait son identité propre, son mode de vie et son symbolisme, s'est rompue de manière asymétrique. L'industria­

lisation et l'urbanisation ont transformé les ménagères non seulement en enseignantes et en infirmie}res, mais aussi en ouvrières de la métallurgie, en avocates et en cadres. Cendrillon en complet cravate ou Souillon en bleu de travail, toujours au nom de la modernité et de l'égalité.

Que cette promesse d'égalité se soit transformée s�uleme�t ;n :1:;i_ta�on. _'.;'.�

même en caricature, n'a rien d'étonnant. Par?e. qu elle e�, _nee d�1,a :·'

�?_' :­

à-faux et c'est sur un malentendu que s'est bat1e la strateg1e politique u c5_.- milation.

Contrariant les lois de la psychologie sociaie �'après l_esqueli;s aucu_n rô:e r,e"

peut être joué en solo, lois �ui i�si�tent sur l'1ntera:�1on :t ��11�.e�d��e;�ar�c� entre les rôles sociaux et qui prevo1ent que, s, un ro;e chan\cJv, , aut, ': .ydépend pour se définir doit aussi changer, contrariant tout cela, le rc!e u

�"11;:­

,.,e .. _ nin a changé sans que le rôle masculin en soit fondamentaiemen·, affecte \o).

Les femmes ont passé la frontière du monde des hor::mes .refouiant ,ie_côté fém inin de ia vie. Elles ont affronté la concurrence dans_l·espace puc\:c, ..

portant avec elles, cachées, les rncines dans l'espace prive; concurr_erce ce�-"

loyale mais assumée par elles avec courage. Les. fe1;1mes on= es,say:_ d: r�:�·-­ compatibles, autant que possible, deux styles_ ae v,e, de�� , e�1str1-� ·���e·_·�-� �'·

tueis et affectifs, deux modèles de vie quotidienne_. Ce ,a1�an.,, e,i,e�:�,a!t:"'­

de se conformer au nouveau profil de femme qui emergea,t ae I agv.:,e '-' u : 1 paradigme.

Définies par une norme et un modèle qui leur étaient imposés, elie_s.'.'.nt a�;_, cepté le paradoxe de l'universel et du particulier,_ posé par u�e socie�e �l.H :c, universalise comme productrices et les particularise ccmme ':mm_es. L�,

�essage est double et contradictoire : pour êtr� respect�e so�� u�;v:rse�.'.� •c.(pense, agis et travaille comme un homme) ; mais, pour etre a,mee, "on .1, .u_

à être femme. Sois homme et sois femme.

Et c'est ainsi que le rêve de l'égalité a b�té su'. l'imposs)ble. Pa;;�e .c�une �!'h�m­

me, lui, est seulement homme, et que c. est lui q�1- represente 1 :':'�'.�

���=

,_

auquel Ja femme doit être la même et 1 Autre. fv1a1s personne n= "'e'"' , e ., - "

la fois le même et l'autre.

La crise de l'identité psycho-socîaie des femmes, ferment d_u féminisme, est le résultat de ce message double et contradictoi'.e. �lie dev�ent ��a�!a,n: P/_us perceptibie au fur et à mesure que les femmes s affirment ;.;ans , d v,� ,n .. e.

lectuelle et professionnelle.

Dix ars d'expérience comme enseignante à l'�niversité, e__n :cntact ave�0des : étudiantes m'ont permis une observation surprenan,e. Souvent ,_s Jeunes étudiantes renoncent à un pro Jet intellectuel et pro. ess1?_nne , pre��A �; , · �-·:_peur des stéréotypes qui circulent concernant 1 1_n�ompetence es e;1, _ · -�·c à petit j e m e suis rendu compte que son origine est b�au�oup p,u\1-1de l'échec. Cette insécurité m'est apparue comme ernnt 1 :nter,o, ,sa._iv", . _ ,. · f · d f mes po,-i-,­1 ·� vtani- Ir�fo1,'�e ,;

et complexe. La peur de l 'échec cache la peur de la re�ss1�e, a•1ec .• o� ,es '.e�

conséquences que cela comporte sur le plan de l'organ1sat1on de 1a vie quo- tidienne, affective et familiale.

Le succès intellectuel et professionnel est vécu par les femmes comme un couteau à double tranchant. D'une part elles le cherchent comme un: pro- messe de liberté; d'autre part elles Je craignent comme une transgression qw

(8)

compromet, au fond d'elles-mêmes, l'identité sexuelle. L'image caricaturale de i'intellectuel le vieille fille un peu masculine nous hante comme un épou­

var,tail. Avoir du succès sur un terrain traditionnel!ement masculin signifie jouer avec des cartes truquées. Qui gagne perd; qui perd gagne.

hce at.: dilemme posé pa; ces choix impossibles, confrontées à une situation de double bir:d, :2 réponse des femmes ne pouvait rien être d'autre que :'ambigu·tté (8).

L'être arnbtgu - c'est 1a iitté:ature psychanalytique qui nous l 'apprend - ne se perçoit pas comme tel. li essaie de faire coexister en lui-même des for­

ces -:onf!ictuei1es, des ciési:-s qui s'an;,ulent ou qui se superposent sans inté­

gration possible. l ! se déplace d'un désir à l'autre, d'une existence à l'autre.

d·'u;-ie persannalité à l'autre, dans un effort désespéré de ne rien perdre, d'§t,e tout e:1 r:,ême temps. L'être ambigu est celui qui n'accepte pas l'échec et oui n 'est pas capable de faire le deuil pour un désir inassouvi (7).

Les féministes o:.t vécu 9!ongées dans l'ambiguïté, faisant coexister en ei!es­

'nêmes ies -:cntradictions qui leur étaient imposées de l'extérieur. E!!es ont

�épc,-;du âUX choix impossibles par !e refus de choisir et ont épuisé leur én8r­

gie personnelie d2ns :'exercice de cette amb:guïté. D 'où la fatigue, le doute, rangoisse et lâ frustrô.tlon.

Cet étêt de dépressior. du mouvement coïncide, à mon sens, avec le début d'une ré2ct:cr. iu-:ide à la situation d'ambiguïté, avec la prise de conscience du fai, que •e pari est impossib!e parce qu'il est mal formulé.

L;;: transformation d:.; statut des femmes ne peut pas s'opérer uniquement en ei ies et grâce à eiies, par !'accumulation de fonctic:1s sociales, comme elles on, essayé de !e faire jusqu 'à r:,aintenant. Là où beaucoup voient un épuise­

ment et un reflux du féminisme, je vois non la fin du mouvement, mais la fin de la situation d'ambiguïté, et l 'émergence de propositions qui permettent de la dépasser.

Les femmes corr:mencent à voir p!us clair; mais ceci ne veut pas dire néces­

sairerne;ct voir plus simple ou p!us gai. Elles se trouvent face à de nouvelles questions,. ci1une extïême compiexité.

La pensée conservatrice a, comme toujours, les réponses sur le bout de la iangue. Ce sont les femmes qui ont vou !u l'égalité; si elles ne sont pas heureu­

ses avec ce qui ieur advient, elles n 'ont qu'à rentrer à la maison. Or, à mon avis, !a seule issue consiste â repenser le concept mêrne d'égalité. I ! faut exté­

r:oriser !'angoisse que chacune �orte en soi comme une faute collective. I l faut cesse, d e vivre J e conflit et l e déchirement comme une blessure person­

nelle et ies transposer sur le plan de la société. L'avenir du mouvement des femmes c'est d'angoisser La société, posant â l'ensemble du corps social les problèmes que, jusqu'à maintenant, elles ont tenté de résoudre seules.

Ge deux choses l 'une : ou bien les femmes refoulent le côté féminin de leur vie, renonçant à une dimension essentielle d'elles-mêmes comme tribut payé

à une intégration sur pied d'égalité avec les_ hommes; �u bien alies adop���-:

une démarche conflictuelle, visant à négocier avec les.n?m mas 1,l;�

:_� n =. "'.�'.'!

d'une occupation par les deux sexes et de l'espace puolic et de , cS"ac� P• .v�.

La première option ouvre une discussion complexe s_ur_(e_destin .�� l_a vie ,.,,.

orivée et sur la relation entre l'Etat et l'intimité des 1n?1v1dus. L ei.o_:gr:�1:1�:/

· ·f des femmes de ia prestation de ce que certains appellen , :es -�e. ·· ,­

progress1 • 'as' ·m-· 1 -- -r

� h ains" (la responsabilité des enfants et des personnes �ge� , 1 !.f-" c;�c­

�es um · · li � d r·-hes a· ·x ma -

rait le développement d'un réseau d'inst1tut1��s a an, . es\�� ,., ' · ' sons de retraite, capable de prendre soin des non-proaucv . s .

,..

. tte solution déjà utilisée dans les pays capitalistes avancés, a été _:riti�-�ée 1..,e ' ' . . t ' C C"'"'·e ev�, .. ,on pas les femmes en Scandinavie par exemp,e, qui vo1en oa�- - " _0.u,. :'

!e danaer d'un: institutionnalisation grandissante des relat1?n.�_!:iuma1nes ��t.: s :n-<:ime; et plus fondamentales, codifiées dans !'anonymat oe : t:tat ou de ,c grande entreprise industrielle.

Ceux aui se sont habitués à voir dans le féminisme un effo�t des ferr:mes cour . . , ' t V t cer�a-r."rnen� "'T""'ge 6 h ux limitations de ia v1e menagere mu en , . , ·- · ": -- �-·.

_c apper a . , E , ·� · ,, ,, s'ac··> ,-.-s ae cette revalorisation soudaine de l'e�pa;e p_nve. n ve;i 'e; .'; _n� � v" .;�,; ;-;­

v-lo·is0 < er un féminin poétisé, constitue urnquernern oe s,e, eo �y..,es. L , :-9;:

h fi" .._ 1\ ,..,PO ;""'t"O�e �-1 _..,.,.., r10·-

d ' redéfinir dans et par une dée ,e marc e con 1ccue, e, ":,�-· · :--· -' ·:� · t 1· nos··-,-·e d ' ·11c:-,•· ':-:�.

dans cette vie quotidienne déch:rée en deux,_ par,agee en re ·�. • . ;"·!3• · - oassé révolu et l'adhésion à un projet d'avenir attrayan-<: et ,ecout".

·s;

'e Lérn'nin a toujours été défini comme le contraire ou l'envers�:_; ".'ascu i i n,

, i i • · • d ' .. . Ï O """' � o 1 ',':lx1c:te;1,..c-

Cette définition aujourd'hui ne tient pas con:i�te . e 1a oiv 1 s_ " uv : � -�-� ·.,::�_

de la multiplicité de l'expérience, de '.a_c��ao1t�ti_�� d� i_og�q�:s

���,-'°

v:"�'-­

,. ..- 11 faut trouver une nouvel le def1 n 1t1on ce ! egal 11:e. �eiJ _-c, , ,_ 5- , -s

msen ,. h . " co�o-or

·t lus à l'accès des femmes au monde des ommes, mats e1_1e . ,,,:_ 1 -· ··

mera1 P d . +.orr·i·o· rp- ,,. ,

cirait une exigence de contrepartie, l'accès es nommes aclX •-· -• - ,. -0 _ .., féminin.

A t;tre d'exemple les premières manifestations de cette :endance se tr�u'.en_-�

dan's les revendica,tions du travail à temps parti�l _pour les_hommes e\�u or�i, au congé paternité, afin que Je père puisse part1c1per auss; aux prem1.,, s mo,s de !a vie de ses enfants.

Cette élasticité et cette interpénétration des rô!es sociaux avec ..-me r_:=d1stri­ bution du temps et une occupation dive�sifiée �es �spaces ?e vie n;, ,orn�-:r�"­

pas du ciel. Sa transformation en un pro!e_t soc1�l v1ab!e_ exige que , o.n an,.� ..

te une infinité de problèmes d'ordre politique, �conom1q�e, �t.surtou,t �s'y,_

h. e \1 ne s'agit pas d':anorer ces obstacles ni de formu ,er_,c1 �es p,_o�osi c iqu . . "" . ï ' � d' rlen�,L,or _..., tions qui paraîtraient aujourd'hui des vœux pies. iv,a:s ! s agi , '.- · "" ·,-· ""

quoi le mouvement des femmes est novateur et c��able de_ q�est1onner ' .e , 'i théorie et la pratique des relations sociales. ldent1f1er aussi eu et po�:.quo, t , court le risque de perdre son originalité, qui repose s�r un double de, ! redéfinir l e féminin et, par l à même, l e masculin aussi.

(9)

Si ies femmes qui occupent en ce moment les lieux les plus divers dans Je monde des hommes :-efusent ie mimétisme et affirment leur manière à elles d'être au monde et de vivre lô vie, elles ouvriront, à travers cette expérience, ia pcssibiiité de changemer.ts pour elles-mêmes et pour ceux avec qui elies vivent et travailient. Redéfini, le Iéminin, c'est cesser de se référer avec nos­

taigie à un passé que :'on a repoussé, cesser égaiemer.t d'avoir un modèle masc'.J�i� vers te�uei Oli tend.

La prése:1ce cies hommes dans îe monde des femmes offre une possibilité symétrique de reconstruction du mascuiin. Peut-être, alors, pourra-t-on parier d'égaiits parce que l'égaiité vraie est acceptation de la différence sans hiérar­

chie. Et la cerfr':ucie de ia différence restera inscrite dans le corps, dans le corps qui est ie lieu de la rencontre îa plus féconde.

Aujoucci'hi_;i ie mouvement des femmes rappelle tous les jours le désaccord homme/fomrne aussi bien que ia mésentente des femmes avec elles-mêmes.

(i es: do:.c dans sa nature mêrne d'évoluer dans le terrain miné des relations 2r:,ou,euses, de toucher aux désirs les p!us intimes avec tout ce que cela ccrn­

po,te ds périlieux. Voilà justement pourquoi le mouvement des femmes ne peut pas re:-;cncer 3 son d9st!n utopique.

Ei: si Rosa Luxe;-nbo:..;rg avait crié son besoin d'amour hors de ses lettres secrètes et cachées ? :::t si Virginia Woolf avait pu deviner combien de femmes eHaier(c, :::omr,,e e::e, se débattre avec !'angoisse de l'inadaptation à un fémi­

nin médiocre et traditionnel ? Ce besoin i ncompris d'amour, cette angoisse indicible sont les pierres dans ia poche du féminisme. Il faudrait vite les enlever, tout en prenant garde de ne blesser personne, afin qu'elles cessent de tirer les femmes au fond. Il faudrait aussi que les femmes puissent les mon­

-::,er, sans honte ni regret, à ceux qui vivent avec e!les. Il faud rait qu'elles réussissent à transformer ces pierres en projets politiques, brisant les silences,

!es normes et les impositions.

i__a plus folie des utopies, c'est d'essayer d'inaugurer enfin dans !'Histoire un dialogue ami entre homme et femme.

NOTES

( 1 ) Camarada e Amante , cartas de Rosa Luxemburgo a Leo Jogiches, Paz e Terra, R io de Janeiro, 1 983.

(2) \/. Woolf, Orlando, Quantin Bel l , London, 1 928.

(3} S. Mos�ovici, La société contre la nature, U.G.E., Paris, 1 972.

G. Lapassade, L 'entrée dans ia vie, Minu it, Paris, 1 963.

(4; R . Darcy de O! iveira, " De la santé des femmes", Document !DAC, No 22, Genève, 1 981 .

(5} 1. Broverman et al., "Sex-role stereotypes : A current appraisal", Journal of Social Issues, No 28, 1 972.

(6) G . Bateson, Steps to an Eco/ogy of Mind, !ntertext Books, London, 1 982.

(7) J . Bleger, Symbiose et ambiguïté, P . U . F . , Paris, 1 98 1 .

FEMMES ET SAVO I RS : MOUVEMENTS D'APPROCHE par Michèle Bo/li

LIMINAIRE

"Et, que d'ombres dorment encore au berceau des abîmes ... "

L. ! rigaray

Ce texte a été écrit après la re-lecture de l'ensemble �es_ tr�vau: ��é�u�i�:,tes de

1977

à

7981,

réalisés dans le cadre des cours et s_emm�1res. 1�-'·:

:/

,, t· des -'emmes" à la Faculté de Psychologie et oes Scie. ,ce� ""

forma /On " ' · J ·ve-"n+s

l'éducation de /'Université de Genève. Il ten'.e,de_rest1tuer es_moL ,,-'�':. /�c d'approches et d'appropriations du champ tneonque,.oa: les

r:'7!"'.-� .�"- --

les ui se sont dressés au long de ce parcours. il aonne a v_o.r ufic; , c:-:::::iire ;ècente où s'originent certains gestes encore mal assur�s :é:/::sen,,

mais aussi la dynamique qui porte !'ensemble de ces recherches ve. s eu, épanouissement dans un futur tout proche.

· " · " et donc toujours su beaucoup de choses, ses Si la femme a tou1ours appris • 1 . t 1 +ôt de connaissances l1ees aux exper .... �r. , , '""" :tauons �;+ ; � • uc __ ;-;_

savoi rs re eva1en P U L · . _ , _ fli A; o; !,o· iennes qu'elle gardait en mémoire et transm, 1 ettait a ,es , .. es. , .n-,, �-� . ,

o é .... Ud'Cntc n :-, . lO;.J

"arts féminins civilisateurs", comme ies a nommes UiL ' :-· �-./�' : '.-,,,"- uri rôle important dans le développement de !_a cu\t�re hu�'a:n\_u

-to-

���c;_

· · ·t e'+e' quel quo peu perturbee par 1es mou ,_r,:_n -- · • .. ,,. - leur "transm:ss1on a1 L - , �- ) _ , ,, -' nt teurs des populations (séparateurs des liens rnere-, !l!e., ces,a

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-1:-0�,c-·''-�nc·

, , d d'aucuns ont nornme s '--' ' "-� "'-" ·-, toujours presents. 1 ls relevent e ce que . " h oo d' ;110• ·ro ont

· _ i ues· savoirs en relations humaines ; !es ,omm-_- "· ··-"· -

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:���i1r

�fv����pé �e type de savoir mais dans les domaines qui les ccnce�.sa!c" t

alors, par exemple : !a chasse. _ _ . ,

Au cou-s de l'histoire les hommes qui détenaient le po�vo1r sur 10_�-œs_,,_e�­

structu�es symboliques de la société : parenté-écon�m1�-pa:.o�e-�::�re,\ "' · d · , uel 'es femmes trop occupees a ma1nœ .. 1. ,a 1._

autre type e savoir auq , , , p

dans les micro-sociétés (maternité-nourriture) , n'eurent pas acces. ar

(10)

feur statut scclai elles s'en éicignèrent de plus en plus jusqu'au jour où elles prirent conscience que leur infériorité sociale s'originait peut-être en ce lieu.

Alors, elles commencèrent à revendiquer l 'accès au savoir qui s'était, entre­

temps, structuré et développé à travers fa prolifération d'écoles et bientôt d'universités.

Esqu issons en passant queiq:.;es traits caractéristiques du maître de ce nouveau territoire de savoir : universaiisable ou reçu comme tel, il a permis la compré­

hension de phénomènes icngtemps attribués aux dieux, faute d'une autre exp!ication. Ce savoir-là a servi aux humains de tremplin pour sortir de la pensée magico-animiste afin d'accéder au penser rationnel et scientifique.

Ce savcir-i2 rép2rti en sciences exactes et sciences humaines se transmet vofcnt/e,s par une paroie "ex cathedra" ou par un texte théorique.

C.ue!ques femmes en ont, au cours de !'hisine,1tarnables qui durer.t user de ruses pour se faire accepter.toire, réclamé le partage; pionnières A leur suite une plus grande partie des femmes formule 12 même demande, qu'il paraît possible de décomposer en trois moments : d'abord ceiui d'une demande massive d'accès à ce savoir; puis une dénonciation de la collusion entre savoir et norme masculine et par voie de conséquence un refus du savoir théorisé au profit du maintien de l'identité féminine (les deux aspects paraissant inconciliables). On a vu apparaître ici nombre de travaux concer­

nant le corps féminin, la vie affective et ses droits, la sexualité : thèmes abo

dés par les voïes psychanalytique et anune demande d'accès à ce savoir demeure; mais thropologique. Aujourd'hui, enfin, en lui imposant un question­

r:ement eu !ieL' de i'identité féminine à propos par exemple de son référent, du iieu de sa producc:ion, de :::e!ui ou celle qui en est le producte-ur. Les deux premiers moments de cette démarche générale réapparaissent à des degrés divers dans ies travaux actueis, qui tous convergent vers le troisième moment, celui du questionnement.

Coo1c.emant ie Eeu de diffusion de ce savoir théorique, l'université, écoutons / 'u�e d'elles s'exprime:

"Au départ /'uni est auréolée de nombreuses illusions : celle d'un lieu d'épa­

nouissement pour la personnalité, et celle d'une promotion sociale, d'un but qui semblait presque inaccessible. Une fois à !'uni la plupart des femmes sont déçues. Elles sont confrontées a des cours �x cathedra', des examens, une ambiance assez individualiste ... Pour les femmes, /'uni était quelque chose de rêvé pendant longtemps, entouré d'illusions. Face à la réalité c'est la dés!Ï/u­

sion totale. Elles attenc/aient autre chose que l'accès à une profession." (2) Ainsi !a décisio� d'un ble se prendre sur la de ce lieu. Une part de base d'un malentendu certain nombre de réalisme pourtant dans femmes d'entrer à révélé par ce qu'elles attendleur volonté d'entamer unl'université esem­nt

. 1 - t ·t à la discrimination dont font !'objet parcours univer

,s ita1re : h�e

dl u e q

tr��:i l r�� qui les fera rechercher les meilleures

les femmes sur e marc e , , . qualifications pour tenter de s'en premunir.

. , . . .

Un autre obstacle qu'el les mentionnent : l'univers1te vecue comme Lm mon de masculin : "On dit : une université, nom femmm smgu ,er. ',po , . . . 1. E� urtant je la ressens ; "' - � -r1 de comme un monde masculin, utilisant un langag_e d lwm;mt 1...� , e

��;"'r�'s universitaires comme un regard d'homme port� sur ma,, du

.- e:7'

�":_ -,,6 " "' p;ofesseur sur l'étudiante qui me rappelle ce/w des ense,gna, iLS sur ' _Je;;_

que j'étais.

, I , de ra nue 1·e OQ"X . t f. ·r Je doutD qui me vient quant a a va1eur -- -, . -�

De quo, es a,

s:.:��:rd des théoriciens a-t-i! le pouvoir de faire fondre le Sâvair que j'aj

u ·s ailleurs et autrement ? . . -

8;o�'ment prendre la parole sur ce que brusquement ;e crois etre un r.on- savoir ? Quelle valeur l'institution université reconnait-elle a "e savoir , '-· �"'- ' � - . d'f':!>rc-:� ?" f"j

: , ,.., Ce U'elles ont parfois oublié ou occulté c'est le pouvoir qui s� troL

_'ve l;� au q . h , . e dont e'les ne savent souvent que tres ma a ' j 0'rn·�e,.,..,��T -,erer v , L · " -' ' : ,;

��va;'. t �or1qu

ir � ac uérir n'est pas gratuit mais lié à un but : !mp_oser 1 attribution. Ce savo q

. 1 f ·re reconn-î->rp · -"' eu, :xo- son idée, sa volonté à autrui ou tout au m,oins_ a ,a1 + ,,, 0 _·- - , �:

:�u,·

voque un malaise chez les femmes mal preparees a ce .ype o_ role pa.

<>ducation : . ., , - . b 'i p !-.

�' ... je crois que c'est une différence

_a�_niveau d�: e�ucat,or . on o J,g_ .a fille à obéir, on ne lui apprend pas a s imposer... (41

, · - soul'igne cette difficulté qu 'éorouvent bie'.1 des rnm:-nes

K. Rogers ,u 1-meme - . - ,

nt subi certaines pratiques éducatives :

. , :

�{:s femmes ont souvent des difficultés à développer u_n con�ep;, ae s�:��s:·

tif, car e/!es

1prennent à leu pr

é�:;:::i7::c:::� ·�e;�:P:��::t;:,�:�;�!t;�t;;;_s et évaluent eur propre ex De uis /'enfance, /es femmes se forment une tm�ge . d'elles-mêmes à travers

·� , - ,, ,

"' le :1egard d'autrui Elles confondent leur propre ,dent/Le avec / ;�ee qu�/:

fait leur entoura;e. Elles sont souvent culpabi/isé�s de se :egarcer e�.;� ��r:- mêmes. Il est difficile d'accepter ses propres sentiments e, de leur fa1, - fiance. " (5)

. . f �·an avec le lieu de savoir nouveau va provoquer une

�;;� �:dans sa réat�:s���l:�:��lité la plus fL�'une identité féminine qui n'était pas touj�ur� anc�éeorte. Une chance peut-être pour !a femme oe even,r ce qu'elle est.

. . , . Les plus solides d'entre e l les vont exprimer u�e s�rie d'inte�r.�gat�on� v:��a-v1s du savoi r théorique : de ses limites, de ce qu'il tait de son rereren,, ce SE;_

rejets, de ses non-dits.

(11)

"Qu 'est-ce que la théorie ? Qu'est-ce que la fiction 7 Qu'est-ce que la littéra­

ture 7 Où placer les frontières entre ces types. de "dits" ? La pratique litté­

raire se- situerait selon R. Barthes au 'carrefour du sujet et de l'histoire' (6).

Le texte de fiction serait 'un texte qui déclare son rapport avec le lieu singu­

lier de sa production', 'qui re-situe /'affectif à la chose qu'il traite', 'qui inclut le 'je' et sa relation à l'objet de sa recherche' (7).

Quant au texte théorique : il apparaît comme nécessité aussi bien dans le champ des sciences humaines et sociales que dans celui des sciences exactes.

Caméléon prenant la couleur du milieu qui le produit, 11 vise l'objectivité qu'il traduit par une forme- syntaxique neutre, garantissant ainsi la valeur et la véracité de son discours. Confrontée à la multiplicité des champs scientifi­

ques ainsi qu'a celle de leurs productions textuelles, il nous ;r paru intéressant dans le champ linguistique de ce-mer les critères morpho-syntaxiques à partir desquels un texte peut être dit 'théorique'. Pour ce faire deux démarches s'offraient à nous. La première : partir des indices linguistiques prétendus spécifiques du discours théorique et en vérifier la pertinence jusqu'à ses limi·

tes : discours théorique/fiction, discours philosophiques, discours théorique/

narration. C'est la seconde démarche que nous avons choisie, plus empirique, partant de nos propres productions théoriques, nous nous sommes interro­

gées sur la productivité d'un texte. De quels lieux s'origine le discours théo·

rique ? Quelles sont les conditions énonciatives de production de ce texte ? Ce sujet impersonnel que et qui cache-t-il ? Que révèle le texte théorique de son appartenance ph;/osophique et idéologique.: sa prétendue aseptisation est-elle illusoire ?" (8)

Ce !:x1g extr2it :-:.entre un êype d'interrogation à l'œuvre dans le champ

!inguistique, pris en conpte par des femmes.

D'autres poursuivront l'interrogation du théorique :

"Qu'est-ce que cela veut dire que d'exclure de tout savoir établi l'intuition ... "(9) '�--au nom de quoi effectuer la différence entre le savoir et la créativité, l'un étant très important, l'autre superflu ... " (10)

"Nous les femmes ne devons pas tomber dans la même erreur et séparer le savoir de la créativité : les deux sont comme une respiration : aspirer-savoir/

expirer-créarivité. " (1 1)

T:m ides tentatives pour être reconnues dans leur manière d'aborder et de produire un savoir. L'une d'elles interroge encore :

"Faut-if que ie traduise ma parole pour être entendue ?" (12)

Remarque pertinente ! En particulier dans le champ des sciences humaines où l'étudiant, le chercheur homme ou femme ne sont jamais tout à fait in·

dépendants du contexte personnel et socio-culturel dans lequel ils agissent.

Trop souvent le travail de théorisation des femmes ne peut être pris en compte qu'une fois produit et dûment jug�, jaugé par leurs pairs (selon des critères qui leur sont communs). Mais il faut se demander alors comment celles qui doivent le produire peuvent y parvenir, avec quels points d'appui, sans se trahir ? Incontournable écueil ? Difficulté, en tout cas, qui accentue

1 art de "flou" dont sont auréolés les premiers travaux théoriques fémi�ins.

1�/ont beau jeu, ceux qui réduisent tout le potentiel féminin à ces balbutie- ments.

Sachant pourtant que l'existence détermine la conscience il est aisé de cons­

tater que les femmes vivent un moment historique où le descellemen! d_e leur identité affecte leurs productions symboliques, leurs !an_g�ges, leurs ecm:s.1

Cela nous autorise-t-il à remarquer que le pe�ser au fem1?1n s�n;ibl: emp;.un· 7 ter d'autres chemins que le penser au masculin pour acceder a I un1versai1sme . Question ouverte, en gestation !

Savoir : Une étudiante formule ainsi sa propre définitio� �e ce ?ernier :

"Le savoir me paraît être une construction unique �t or'.g1?ale _a ch�que etr�

qui peut en partie recouper celui de ses voisins, mais qUJ n est 1ama1s, en tous points, identique a lui. " (13)

Le savoir serait alors une sorte d'hybride entre les lois universalis?bles qui régissent Je monde et leurs appropriations dans un espace marque par le per­

sonnel et le culturel. JI ne sera donc, si on suit le mode de penser le plus courant, que très partiellement trans-culturel et trans-personnel : hors de l'instance "corporelle".

Dire encore que du savoir ce qui paraît transmissible se répartirait sur deux fronts : _ des manières de faire et/ou d'être (dans lesquelles e 1en au con ex1 1 . t + fa·t ce

partie de la connaissance) ; . . , .

_ des schèmes-lois-modèles-algorithmes dont la reference contextuelle,_ Olen que non nécessaire à leur validation, ser�irait de tr':�plin à leur poss��le appropriation par autrui. ( Dans les prat1qu�s _: la r�;':rence .sen;ble_ 1�1 Ie plus souvent occultée au profit de l'image 1deal; : , e_pure de I ingen,eu. r laissant le geste du constructeur-créateur dans I oubli.)

Cette manière de rendre compte des connaissances, pour ai�si_dire hors du_ , temps, constituera une difficulté pour certaines femme� qui r:pugnent, sou­

vent par une volonté délibérée, à séparer le concret et I abstrait.

Une série de heurts

L'ensemble de cette confrontation entre les lieux �t les dén:ia.rches du savoir théorique et l'identité féminine classique va produire une serie de heurts, dont nous rendons ici l'écho

Heurt : devant l'objet d'étude, devant sa pr�sentat_ï,on da!'�, le c�nte�t: uni-_

versitaire, malgré le désir violent qui les habite de ça-voir . Mais aussi tentc.- tive d'affirmer ce qu'elles découvrent.

"La découverte des autres, l'écoute, la présence, le sent1men; pas encor�

découvert entièrement de son propre potentiel ont constitue mes premiers pas, pourrai-je dire. " (14)

Références

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