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RONDES ET JEUX CHANTÉS

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Academic year: 2022

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(1)NICOLE LAMOUROUX, CPD GIRONDE ; SUZANNE PESQUIE, CPD BOUCHES-DU-RHONE. RONDES ET JEUX. CHANTÉS Voici le deuxième dossier de la série abordant les problèmes de « L'enfant et le temps ». Comme le précédent qui traitait des danses collectives, ce dossier est accompagné d'un disque où le lecteur pourra retrouver la mélodie des 50 rondes et jeux décrits dans ce document. Toutefois, nous tenons à préciser que, pour rester en accord avec la démarche proposée, les petits doivent chanter les mélodies en dansant ; ce disque a donc été réalisé non pour accompagner les évolutions des enfants mais pour permettre aux institutrices d'apprendre ou de se remémorer les musiques. Pourquoi des rondes et des jeux ? Nous pensons qu'ils constituent une activité particulièrement bien adaptée aux enfants et les raisons qui nous conduisent à une telle affirmation sont développées dans le premier chapitre de ce dossier (Rondes et jeux : activité enfantine). Ils peuvent être considérés, sans nul doute, comme un moyen éducatif, parmi d'autres bien entendu, car ils facilitent l'intégration au groupe, la disponibilité corporelle, la structuration de l'espace, la compréhension du temps, l'enrichissement de la langue orale et contribuent à la formation de la personnalité (cf. chapitre : Rondes et jeux, moyen éducatif). Le lecteur ne trouvera dans ces pages aucune leçon type, aucun exercice. « Il n'est pas question ici d'apprentissage mais simplement de mise en jeu globale et ludique des formes de locomotion habituelles.. Nous pensons qu'il incombe, aujourd'hui, à l'éducateur, alors que la transmission de ces formes ludiques se fait de plus en plus difficilement, de prendre en charge cette activité en « l'insérant dans son programme d'éducation physique » (cf. chapitre : Démarche pédagogique). Le répertoire qui est offert dans ces pages concerne plusieurs niveaux. Les évolutions et musiques dont certaines sont plus complexes que d'autres, sont susceptibles de s'adresser à un éventail d'âges allant de 2 à 7 ans. Un répertoire peut naître à partir de sources différentes mais « pour entretenir l'intérêt de cette activité enfantine et l'utiliser comme moyen éducatif, l'éducateur devra posséder un large répertoire, donnant lieu à des situations variées » (cf. chapitre : Répertoire et classification). Le dossier comporte le texte de 50 Rondes et Jeux. En regard, sont données les explications des évolutions ; mais, parfois, il revient à l'enfant, lui-même, d'inventer évolutions et pas. Exemples : « Un éléphant ça trompe ; Mams'elle voulez-vous », etc. Faire jouer, chanter, danser les petits ne nécessite aucune compétence technique particulière de la part du maître qui sera vite convaincu que la première valeur des Rondes et Jeux réside « dans la joie qu'ils procurent ». Ce dossier n'est pas le dernier que nous publierons dans la série « l'enfant et le temps ». Il sera suivi de travaux sur « l'expression corporelle » (dossier n° 3) « rythme et petit matériel » (dossier n° 4).. Photos: J. Perrier 33 Revue EP.S n°153 Septembre-Octobre 1978. ©Editions EP&S. Tous droits de reproduction réservés.

(2) DOSSIER TIERS-TEMPS - EPS 153/2. On observe dans les cours de récréation des écoles maternelles et élémentaires une forme d'activité globale, ludique, que les enfants vivent avec joie et souvent sans l'aide de l'adulte : ils chantent en dansant ou bien jouent à la balle ou à la corde en s'accompagnant de comptines. Les paroles, les mélodies nous sont connues, les gestes et les évolutions nous sont familiers ; ces rondes et ces jeux, chantés ou mimés, où le geste et le rythme sont étroitement associés, se transmettent de génération en génération. Leur survivance chez nos enfants est significative de l'intérêt qu'ils suscitent. La plupart de ces formes, très anciennes, « créées sans doute par des enfants, dans le mouvement, dans le jeu même » à partir des emprunts faits, par bribes, au répertoire des adultes, se transmettent par le jeu, oralement, ce qui explique des formes variées, des versions différentes, des paroles parfois désuètes, voire des formules incompréhensibles. Telle quelle, cette forme d'activité ludique est toujours présente. C'est une matière vivante où paroles et scénario peuvent être à tout moment remaniés par l'enfant ou, au contraire, inlassablement répétés dans une forme quasi figée. Il n'est que d'observer le plaisir d'un petit qui les vit pour comprendre leur persistance : ces jeux répondent chez l'enfant à un besoin d'activité qui associe le plaisir du chant et le plaisir du mouvement. A un répertoire traditionnel dont la transmission est de type «folklorique » peut s'adjoindre un répertoire apporté par l'adulte, par l'enseignant, que l'enfant fait sien et réinvestit dans une activité qui s organise spontanément.. 34. Rondes et jeux chantés : activité enfantine Les jeux enfantins, vécus par des enfants, retenus par des enfants, sont en fait, adaptés aux enfants. Ils répondent à leurs intérêts, à leurs besoins. Leur première valeur réside sans doute dans la joie qu'ils créent : l'enfant aime chanter mais n'aime pas chanter sans bouger. Ils sont la première des formes authentiques de « collectif » chez, les petits. Apprendre les mêmes paroles, mémoriser les mêmes formes, donner les mêmes intonations, s'accorder au même temps sont autant de manifestations du « vouloir faire ensemble ». du « vouloir jouer avec ». Ils sont adaptés à la sensibilité musicale d'un enfant en général plus orienté vers la mélodie que vers l'harmonie. « Pour le tout jeune enfant, c'est la voix humaine qui paraît la plus propice pour transmettre les premiers messages musicaux. De plus, la voix est le moyen le plus naturel, le plus proche de l'enfant, celui qui touche le plus sa sensibilité ». Ils sont adaptés aux possibilités vocales de l'enfant. William Lemit, dans son livre « Les jeux chantés enfantins du folklore français », analyse les aspects musicaux de ces petits chants : • L'octave n'y est jamais dépassée, les intervalles musicaux sont relativement restreints. « Il est frappant de constater que plus les jeux chantés s adressent à de petits enfants, plus leur étendue est réduite ». Exemples : « Au jardin de ma tante » (deux notes). « Rondin Picotin » (quatre). • L'allure générale de la mélodie est simple. « Si nous examinons la configuration mélodique, nous verrons, par exemple, que l'exécution est facilitée à l'extrême par le fait que... les airs des jeux chantés ne procèdent guère que par intervalles conjoints, c'est-à-dire que la plupart des notes sont voisines... » • L'aspect rythmique est souvent remarquable. « Les rythmes pointés sont très exceptionnels et la division quasi constante du temps, au moins dans les chants s'adressant aux enfants... correspond bien aux possiblités vocales des enfants ». Ils sont adaptés aux possiblités motrices des enfants. Les seuls pas qu'ils comportent sont, en effet, les modes de déplacement spontanés à cet âge : marche, course, sautillés, sauts à deux pieds, galops. Il n'est donc pas question d'apprentissage technique mais simplement de mise en jeu globale et ludique des formes de locomotion habituelle.. Rondes et jeux chantés : moyen éducatif « Toute éducation si elle doit suivre l'élan spontané de l'enfant, ne peut être efficace que si elle est consciente de ses fins, si elle voit lucidement le chemin à parcourir, si elle organise, si elle ordonne ». Par leur dynamisme ludique, leur forte charge affective, les rondes et jeux chantés sont un moyen de : • Favoriser les relations dans le groupe. • Faire accéder l'enfant à : • une meilleure disponibilité corporelle ; • une meilleure structuration de l'espace ; • une meilleure compréhension du temps : • un enrichissement de la langue orale ; • Contribuer à la formation de sa personnalité. INTEGRATION AU GROUPE La première ronde des « bébés » de l'école maternelle n'est qu'un regroupement d'enfants et chacun reste isolé au sein du groupe. Progressivement l'enfant chantera avec la maîtresse, prendra conscience de la présence de ses camarades, participera avec joie à une action commune. Les jeux à deux, jeux de tresse, jeux de mains, favorisent la relation « duelle », relation première. Ils ne font pas intervenir la notion de « couple » et sont aussi bien acceptés par les garçons que par les filles. Les autres jeux chantés qui regroupent un nombre indéterminé de participants sont souvent une combinaison d'actions collectives et d'actions individuelles : on est appelé, aux yeux de tous, à « entrer dans la danse » ; mais les plus timides, dont l'action est bien définie et soutenue par le chant savent qu'ils retrouveront bien vite la sécurité et l'anonymat dans la ronde. L'action individuelle peut être déclenchée par : - Un choix réel qui. selon les situations, laisse à l'enfant la possibilité de participer : cf. « J'ai un petit nid de lièvre » ou de refuser : cf. « Petit Arlequin ». - Un élément extérieur : le comptage, cf. « La bonne galette » ; la fin de la phrase chantée, cf. « Ah ! laissez passer les alouettes ». - Le hasard : celui qui choisit a les yeux fermés, cf. « Voilà Colin Maillard ». Le rôle de soliste est ressenti, le plus souvent, comme valorisant d'où la difficulté, pour l'enseignant, de conduire certains jeux du type « Le cordonnier » (jeu de poursuite) ou « Oh grand Guillaume » (jeu de groupement) dans lesquels l'enfant, volontairement, se fait prendre ou refuse le groupement pour être le soliste.. Revue EP.S n°153 Septembre-Octobre 1978. ©Editions EP&S. Tous droits de reproduction réservés.

(3) DISPONIBILITE CORPORELLE Les rondes et jeux chantés contribuent à faire acquérir à l'enfant une disponibilité corporelle qui va de la mise en action des différentes parties du corps, de la maîtrise des déplacements naturels à une coordination dynamique générale de plus en plus complexe. Les premiers «jeux de doigts, jeux de mains » apportent aux petits non seulement la connaissance de ce « jouet-outil » merveilleux qu'est la main mais sa maîtrise progressive au travers de gestes de plus en plus précis. En outre, l'accord du geste et du langage, qui accompagne l'activité, constitue une étape importante dans le développement harmonieux de l'enfant. Dans un vécu plus global, les jeux tels que « J'ai un pied qui remue », « La Toumba » développent l'indépendance d'une partie du corps, renforcent la latéralisation sans enfermer l'enfant dans des formes gestuelles rigides et artificielles. Aussi, n'oublierons-nous pas tous les jeux de tresse les frappers, les moulinets à deux ou à plusieurs où le rôle des bras est prépondérant. Les rondes et les jeux se font le plus souvent en déplacement marché ou sautillé, parfois en galops latéraux, toujours dans des modes de locomotion naturels pour l'enfant. Certains utilisent un seul mode de déplacement : exemple : la marche dans « Le bois fleuri » ; d'autres voient se succéder deux modes différents : l'un pour le couplet, l'autre pour le refrain ; exemple : le galop succède à la marche dans « Et quand serons-nous sages ? ». Enfin, l'initiative est laissée au « soliste » qui se trouve au centre de la ronde à choix et qui réalise parfois de véritables prouesses que l'adulte n'aurait jamais osé proposer. STRUCTURATION DE L'ESPACE Les rondes et les jeux chantés participent à la structuration de l'espace par : - L'organisation de l'espace proche : se trouver devant, derrière, à côté d'un camarade : être à l'intérieur ou à l'extérieur de la ronde : changer de place avec un partenaire... - Les diverses organisations du groupe dans l'espace : la ronde, formation la plus fréquente : mais aussi la file, la ligne, le tunnel, l'arche, etc. - Les évolutions collectives dont il ne faut pas méconnaître la complexité car elles ne concernent pas seulement le niveau de. l'espace vécu mais aussi celui de la représentation mentale de cet espace. Ainsi « tourner la ronde » en lui gardant sa forme, changer de sens, respecter des alignements, sont des difficultés majeures pour le petit enfant. Que dire lorsqu'il s'agit de retrouver sa place dans une ronde qui tourne ou de se trouver à un endroit précis à un moment précis ! COMPREHENSION DU TEMPS Pouvoir accorder le geste et le rythme c'est : - à un moment précis, s'arrêter, partir, changer de sens, dire, faire, etc. - être sensible à la pulsation, à la vitesse, aux accélérations, aux ralentissements.. - « sentir organiquement les élans et les pauses ». - « sentir l'écoulement organisé de la durée remplie par la succession de phénomènes » la phrase musicale est perçue dans son ensemble ou dans son organisation et sa composition. ENRICHISSEMENT DE LA LANGUE ORALE Dès le plus jeune âge, parents et enseignants devraient, par tous les moyens possibles d'expression et de communication, donner aux enfants le goût de l'utilisation de la langue orale. La pratique des rondes et des jeux chantés enrichit le vocabulaire d'un enfant, améliore le langage, met en jeu l'ensemble du système articulatoire. régularise chez les petits l'émission vocale. Les comptines, les formuleltes, donnent l'occasion d'articuler et surtout de répéter.. amenant ainsi les enfants à mémoriser de petits textes rythmés. « En même temps qu'il joue avec ses mouvements, l'enfant va jouer avec les mouvements plus subtils du larynx et s'introduire ainsi activement dans le domaine des sons ». Notons un problème particulier aux sections de « bébés » : le débit oratoire étant hésitant, il n'est pas question d'y greffer des déplacements rythmés ou de demander un ajustement moteur. La pratique d'une langue orale rythmée permet une synchronisation inconsciente avant toute analyse, des durées irrégulières dans des temps réguliers (exemples : dans certains jeux chantés, il faut dire des prénoms plus ou moins longs pendant. un intervalle de temps déterminé par deux frappés réguliers de mains : Marie. Dominique. Marie Madeleine). CONTRIBUTION A LA FORMATION DE LA PERSONNALITE On ne se rend pas toujours compte de ce que représente pour un enfant de 4 à 6 ans. dans le domaine de la décision, le simple fait de choisir un camarade, de changer de partenaire rapidement, d'être le premier de la file, de la conduire « où on veut ». de s'arrêter « quand on veut », de se mettre à la fin de la file, etc. Les diverses situations rencontrées au hasard des jeux chantés où on trouve à certains moments liberté complète dans les évolutions, à d'autres moments textes précis et gestes définis, participent à la formation du caractère et de la personnalité d'un enfant. (Voir suite page 46). DOSSIER TIERS-TEMPS - EPS 153/3. Comme dans tous les autres jeux collectifs, des réseaux de communication enfants-enfants, éducateur-enfants, s'établissent de façon d'autant plus riche que les situations sont très diversifiées.. 35 Revue EP.S n°153 Septembre-Octobre 1978. ©Editions EP&S. Tous droits de reproduction réservés.

(4) Suite de la page 35. DOSSIER TIERS-TEMPS - EPS 153/14. Démarche et procédés pédagogiques On peut se demander jusqu'à quel point il incombe à des éducateurs d'enseigner des rondes et jeux chantés, activités enfantines auxquelles on souhaiterait voir l'enfant s'adonner librement. Il se trouve que ces formes ludiques tendent à disparaître : on ne chante plus ou presque, la radio et le disque ont remplacé le chant aussi bien dans le milieu familial qu'à l'école. De plus, non seulement les enfants ne disposent pas toujours des espaces suffisants mais une ségrégation de plus en plus nette entre les grands et les petits fait que ces derniers sont très rarement associés aux jeux de leurs aînés. Devant cette carence de la transmission, c'est à l'éducateur de prendre en charge cette activité enfantine en l'insérant dans son programme d'éducation physique. La démarche pédagogique, bien que semblable à celle recommandée dans les autres activités motrices, devra tenir compte en particulier de l'alliance constante du mouvement et de la parole. Le chant sera appris dans le mouvement pour mettre en relation les sensations vocales et les sensations motrices, il y gagnera ainsi en précision rythmique. Les paroles peuvent parfois être étudiées sans la mélodie à condition de le faire sous forme jouée : le maître dit une partie ou la totalité de la phrase en modifiant soit la vitesse d'élocution, soit l'intensité sonore, soit le timbre de la voix ; les enfants répondent en imitant : jeu de « questionréponse ». La qualité du chant dépend de la hauteur et de l'intensité de la voix : il faut éviter de faire chanter les enfants trop bas ou trop fort. De plus, le tempo, qui est souvent celui de l'adulte qui mène le jeu. peut être trop lent : non seulement le chant tourne à la rengaine mais l'accord déplacementmusique ne peut plus se faire. C'est donc en faisant chanter et danser en même temps et en observant l'allure optimum du groupe que l'on améliorera à la fois la qualité du chant et celle du mouvement. On remarquera toutefois que les très jeunes enfants ne chantent pas d'une façon continue au cours des rondes et jeux chantés. Ils insèrent leur voix dans le chant de la maîtresse, au début quelques syllabes, le dernier mot de la phrase, puis progressivement des bribes de phrases et enfin la phrase entière. C'est l'adulte qui assure la continuité de la mélodie, la persistance du tempo, et sa participation est si importante sur le plan affectif que la voix d'un disque ne devrait jamais se substituer à la sienne.. Sur le plan des apprentissages moteurs, 11 conviendra d'éviter des rigueurs d'exécution tout à fait inutiles, telles que « partir du pied gauche ou du pied droit ». Il ne faut pas transformer en exercices fastidieux ce qui doit être un jeu. il vaut mieux, dans un premier temps, sacrifier un peu de la précision pour préserver ce qui est essentiel : la joie de chanter et de danser ensemble. Des modifications du jeu. des créations même, sont parfois proposées par les enfants : les pas, les évolutions se modifient à leur initiative. Cet esprit de créativité ne peut être qu'encouragé à condition que ces innovations respectent. le déroulement mélodique. « Ce n'est pas porter atteinte aux valeurs traditionnelles que d'essayer de traduire par nousmêmes, en évolutions, le sens musical des mélodies ». Que les enfants aient appris ou aient improvisé une ronde ou un jeu, l'intérêt qu'ils leurs accorderont sera variable et souvent imprévisible : certaines formes sont répétées inlassablement et avec le plus grand plaisir, d'autres vite délaissées. Pour pouvoir entretenir l'intérêt de cette activité enfantine et l'utiliser comme moyen éducatif, l'éducateur devra posséder un large répertoire donnant lieu à des situations variées.. Répertoire et classification Le répertoire doit être différent selon l'âge des enfants, bien qu'il soit difficile de l'établir avec précision en fonction de ce seul critère. J.-M. Guilcher situe l'âge des jeux chantés entre 3 et 10 ans. Il serait vain de croire (l'expérience quotidienne nous le prouve) que les jeux chantés n'intéressent que des petits enfants ; des « cours moyens » les intègrent quelquefois avec beaucoup de bonheur dans leur activité. « Un jeu devient utilisable à partir du moment où les enfants possèdent les moyens vocaux et moteurs nécessaires à son exécution. Il cesse d'être utilisable à partir du moment où il est jugé trop puéril par le groupe »... Remarquons simplement que l'adulte est parfois étonné de la réaction des enfants face à des jeux que lui. adulte, juge trop puérils. L'adhésion à un jeu. ou son rejet, se font en fonction de critères variables que l'éducateur doit pouvoir analyser : paroles, mélodies, choix du partenaire, mixité, images suggérées, etc. Un répertoire de jeux et de rondes peut se constituer à partir de différentes sources : l'observation des jeux de cour, la lecture de certains ouvrages dont on trouvera la bibliographie dans cet article, les stages organisés à cet effet, etc. Remarquons, ici, que la transmission de ces formes ludiques est souvent orale donc incertaine et que l'on peut trouver le même jeu sur plusieurs chants différents ou inversement plusieurs versions de jeux sur un même chant. Tout en respectant l'aspect traditionnel de ces jeux, ne nous érigeons pas en « propriétaire du si bémol de la Capucine ». Motivé pour élargir ses connaissances dans ce domaine, l'enseignant se rend compte qu'il existe de multiples situations adaptables aux besoins du moment et permettant des apports très divers : telle. ronde se fait en sautillés, telle autre en galops ; tel jeu s'organise selon des évolutions différentes en fonction des phrases musicales ; tel autre met en valeur un dessin rythmique qu'on frappe avec les mains ou les pieds ; telle mélodie bien scandée permet des jeux de balles au mur ou des sauts à la corde, telle autre favorise des bercements ou des balancements, etc. Nous proposons, à titre d'exemple, un essai d'analyse de certaines rondes et de certains jeux (voir tableau), pouvant permettre à la maîtresse : • de mettre de l'ordre dans son répertoire : • de clarifier et d'organiser ses connaissances afin que le choix, fait en fonction des enfants, sous-tende une réelle intention. • de comprendre la difficulté ou la complexité de telle ou telle ronde en notant toutes les notions qu'elle met en jeu. Pour faire cette analyse, il convient de noter successivement et avec précision : • les actions, les gestes, les schèmes moteurs, les formes de déplacement fondamentales ou dérivées, employés (doit-on se tourner, s'accroupir, frapper, marcher, sauter ? etc.). • les groupements ou les évolutions dans l'espace d'action (est-on en ronde, en ordre dispersé, seul, à deux ? etc.). • l'organisation de ces actions ou de ces évolutions dans le temps (tel jeu voit se succéder deux évolutions qui s'organisent selon un phrasé, tel autre, au contraire, utilise la même évolution sur toute la mélodie. Une ronde fait apparaître un changement de sens au milieu d'une phrase musicale, une autre une action précise à un moment précis. Tel jeu est chanté par tous les enfants, tel autre nécessite une alternance dans les chants du soliste et du groupe, etc.). L'analyse qui est faite ici. très articielle, nous le reconnaissons, ne prétend pas. 46 Revue EP.S n°153 Septembre-Octobre 1978. ©Editions EP&S. Tous droits de reproduction réservés.

(5) organiser et préciser et qui expliquent devrait permettre une meilleure répartiquelquefois les difficultés et les échecs tion du répertoire au cours de la scolarité. relatifs. Chaque enseignant peut et doit avoir un Elle débouche sur ce qui semble être répertoire personnel, qu'il connaît bien, une diffférence de niveaux et elle dans lequel il se sent à l'aise, suffisamment varié pour que les situations proposées soient diverses. Il pourra aussi tenir compte du fait qu'il existe : • des chansons correspondant à des formes de jeux fixes que l'enfant apprend comme tels. • des chansons correspondant à des formes de jeux plus souples qui permettent l'adaptation et de courts moments d'improvisation. • des chansons qui. par leur rythme, leurs paroles, suscitent des évolutions, invitent à danser, à créer des formes libres, à esquisser des pas. Il n'est pas question alors que l'enseignant invente quelque chose pour les enfants mais avec eux.. Conclusion Les rondes et les jeux sont un excellent moyen éducatif mais nous ne prétendons pas qu'il soit le seul. Ils font partie des activités motrices au même titre que les parcours, la danse, les jeux, etc. Ils peuvent se dérouler dans n'importe quel lieu même à l'intérieur de la classe ou de l'école. Ils ne nécessitent, pour le maître, aucune compétence technique particulière mais seulement le goût du jeu et du chant. Ils mettent l'enfant dans des situations globales, ludiques, concrètes, qui l'amènent à résoudre des problèmes corporels, temporels, spatiaux et relationnels. Leur première valeur réside dans la joie qu'ils procurent. N. Lamouroux, S. Pesquié REFERENCES ET BIBLIOGRAPHIE 1. W. Lemit.- Les jeux chantés enfantins du folklore français.- Scarabée. 2. M. Abadie et A.-M. Gillié.- L'enfant dans l'univers sonore - Colin Bourrelier. 3. S. Petit et G. Delaunay.- A la découverte des rythmes et des sons.- Colin Bourrelier. 4. J.-M. Guilcher.- Rondes et jeux dansés.- Flammarion. 5. A. Ravize.- Chansons rondes et jeux.- Bourrelier. 6. M. Aristow-Journoud.- Le geste et le rythmeColin Bourrelier. 7. A. Ravize.- Florilège des enfants.- Armand Colin. 8. W. Lemit.- Au p'tit bois charmant.- Scarabée. 9. H. Goldenbaum.- Chansons à danser.- Scarabée 10. W. Lemit.- Ensemble.- Salabert. 11. J. Gudin.- Chanter pour danser.- Fleurus. I 2. J. Gudin.- Rondes et jeux de tresse.- Fleurus. 13. J. Gudin. M.-C. Maine. J. Brun.- Formulettes pour jouer et chanter.- Fleurus. 14. W. Lemit.- A la douzaine.- Scarabée. 15. A. Ravize.- Comptines et formulettes.- Colin Bourrelier. 16. Album du Père Castor.- Premiers jeux. Jeux de nourrice.- Flammarion. 17. Ch. Boucquey.- Le rythme. Revue EPS. 18. Documents de stages Karl Orff avec Jos Wuytack.. 47. Revue EP.S n°153 Septembre-Octobre 1978. ©Editions EP&S. Tous droits de reproduction réservés. Extrait de la revue « EDUCATION PHYSIQUE ET SPORT »N°153 - Septembre Octobre 1978 - 1 1 , av. du Tremblay, 75012 Paris.. déboucher sur un classement rigide et mathématique. Elle essaie, simplement, de faciliter la compréhension de toutes les notions mises en jeu (espace, temps, relations, coordination) que l'enfant doit.

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