P ASCAL B OLDINI
Structuration cognitive et logique intrinsèque
Mathématiques et sciences humaines, tome 121 (1993), p. 49-70
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STRUCTURATION COGNITIVE ET
LOGIQUE INTRINSÈQUE
Pascal
BOLDINI1
RESUMÉ - A travers l’étude d’un modèle de représentation des connaissances comme catégorie de faisceaux de
traits localement
définis ;
ce texte montre que la théorie des topoï permet de décrireformellement
l’émergenced’une
logique intrinsèque
à partir d’une approche relationnelle,qu’elle
soit structurale ou cognitive. On peut alors caractériser mathématiquement ledéfaut
d’intensionnalité des modèlesclassiques,
et montrer qu’une solution estdans la mathématisation de structures entièrement relationnelles.
ABSTRACT 2014
Cognitive
structuration and intrinsic logicThrough the
study
of aknowledge
representation model as a sheaf category of locallydefined features ;
this paper shows that topos theory enables us todescribe formally
the emergence of an intrinsiclogic from
a relational approach, whatever it may be, structural or cognitive. Then we can mathematically characterize the lack of intensionality in classical models, and show that a solution is the mathematization of fully relational structures.1. INTRODUCTION
L’approche cognitive qui
s’estdéveloppée
dans de nombreux secteurs des sciences humainesest un pas de
plus
dans la remise en cause desconceptions logicistes ;
et de manière inattendue la démarchecognitiviste
serapproche
de la traditionstructurale,
en mettant en avant lesproblèmes
de structure et de structuration.Il ne
s’agit
pas de sous-estimer les différences fondamentales entreapproche
structurale etapproche cognitive (soulignées
par Rastier dans[17]),
d’autant que cette dernière est loin d’avoir atteint larigueur conceptuelle
de lapremière ;
mais d’insister sur des convergences. Enlinguistique,
toutes deux nient lesséparations classiques
entresyntaxe
etsémantique
etprennent
comme
primitives
des ensembles structurés de relations.Evidemment,
les relations sont denature radicalement différentes : dans le
premier
cas, le sens estpositionnel,
défini à un niveaulinguistique
autonome, ilémerge
desoppositions
de traits distinctifs(qui
sont des unitéslinguistiques)
dans des classes minimales(Rastier [16]) ;
dans le deuxième cas, c’est des relationsconceptuelles
que dérivent le sens et en dernier lieu lagrammaire (Langacker [11]).
La
psychologie aussi,
à travers l’étude desphénomènes
decatégorisation
et la discussion de modèles comme celui de Rosch(Rosch [ 18],
Lakoff[ 10] ),
nousoblige
à penser les processus de structuration de manière différente. Il faut en effet renoncer à considérer lescatégories
1 Laboratoire d’Intelligence
Artificielle etSystèmes Cognitifs,
Ecole NationaleSupérieure
desTélécommunications de Bretagne.
comme des ensembles définis par des conditions
d’appartenance
nécessaires etsuffisantes,
etenvisager
des formesd’organisation
diverses faisant intervenir le rôlegénérateur
et/ouagrégatif
d’éléments
particuliers
comme lesprototypes. Quelle
que soitl’option théorique choisie,
on nepeut plus
fairel’impasse
sur les processusgénétiques qui président
à la formation descatégories ;
ceci entraîne lerejet
desapproches logico-symboliques
pour desapproches mathématiques
seulescapables
degénérativité.
Pour autant il ne
s’agit
pas derejeter
tout niveaulogico-symbolique,
cargrande
est lanécessité d’établir une
logique
véritablement intensionnelle(Desclés [2]).
Un des apports denotre recherche est de fournir une mesure
précise
du défaut d’intensionnalité deslogiques qui
seprétendent telles ;
et pour yremédier,
on verraqu’il
faut revenir à desmathématiques qui
comme la théorie des
topoï permettent
la construction delogiques intrinsèques.
Tout ceci fait
qu’une
réflexion abstraite sur lesrapports
entre structures nous semble nécessaire. Ellepermettrait
d’évaluer dansquelle
mesure une structurepeut émerger
d’une autrestructure, et gagner peu à peu son
autonomie,
et si deplus
onpeut envisager
un passage formel d’un niveausymbolique
à un niveaulogico-symbolique.
Un cadreadéquat
nous semble être lathéorie
mathématique
descatégories,
que l’onpeut
voir comme la théorie des constructionsmathématiques.
Le travailprésenté ici, qui
s’insère dans une réflexionplus large
sur lesprocessus
d’émergence
et la théorie descatégories (Boldini
&Barthélemy [1]),
essaie demontrer
qu’il
estpossible
d’aborder lesproblèmes cognitifs
etsémantiques
en termes destructurel ;
et que de lalogique émerge
de cette structuration.Précisément,
la structure seraappréhendée
en termestopologiques
et modélisée par unfaisceau ;
l’évolution de ce faisceau se fera au sein de lacatégorie
des faisceaux surl’espace topologique considéré ;
cette dernière étant untopos,
on s’intéressera à lalogique
interne decelui-ci. On voit donc que ce cadre
théorique
nouspermet
de traiter naturellement lesprincipaux problèmes évoqués :
articulationlocal/global
etémergence
d’un niveaulogico-symbolique.
Le
chapitre
suivant est consacré à laprésentation
dumodèle, baptisé
modèledes faisceaux de
traits, qui
à ce stade dedéveloppement
relèvedavantage
duprototype
ou de lamaquette,
que de la modélisationachevée,
maisqui
nouspermet
d’aborder certainspoints fondamentaux,
etd’indiquer
des issuesprometteuses.
2.
PRÉSENTATION
DUMODÈLE
2.1. Le modèle des
faisceaux
de traitsIl repose sur un
postulat :
lesobjets
surlesquels portent
la connaissance et le discours sontcognitivement
structurés. Cette structuration est locale et différente de la classe au sensensembliste du terme. A ces
objets
sont associés destraits,
desdescripteurs,
définislocalement ;
c’est à dire localementpertinents.
Dans ces conditions la structure
mathématique qui s’impose
est cellede faisceau.
Ceci nousoblige
à considérerl’espace primitif
desobjets
comme un espacetopologique,
et les traitscomme des fonctions booléennes définies localement. Un faisceau
représente
donc unestucturation de la connaissance relative aux
objets
donnés. La théoriemathématique
descatégories
etparticulièrement
la théorie destopoï
font uneplace
essentielle auxcatégories
defaisceaux et ont
permi
d’obtenir des résultatsremarquables.
Enparticulier,
à lacatégorie
deslIl est réconfortant de constater que des
préoccupations
identiques conduisent au même cadrethéorique
(Thiopoulos [19]).faisceaux sur un espace
topologique,
on peut associer de manièreintrinsèque
unlangage logique qui
la décrit : sonlangage
interne. Le fait que cettelogique
soit nécéssairement intuitionnistesouligne
le caractère fondamentalement constructif de cetteapproche.
Nous serons donc amenés à
reprendre
l’ensemble de cettedémarche,
pour éventuellementl’appliquer
à notre casparticulier:
lacatégorie
des faisceaux de fonctions booléennes localement définies.La restriction d’une structure ne va
jamais
sansproblème.
Nous montreronsqu’a priori
cettecatégorie
ne forme pas untopos,
et discuterons des conditions suffisantes pourqu’elle
ledevienne.
Cependant,
tous lesobjets qui
caractérisent lestopoï parmi
lescatégories s’interprètent
aisément dans cettedernière ;
et le faitqu’elle
soit dans tous les cas une sous-catégorie
d’untopos
luipermet
d’hériter de lalogique
intuitionniste de celui-ci.Notons
qu’à
ce stade d’élaboration rien n’est dit sur la nature de latopologie adoptée ;
nousnous contenterons d’une vague idée de
proximité cognitive.
Demême,
nous assumons laséparation
artificielle entreobjets
et traits(ou descripteurs).
Cesprésupposés insupportables
pour une modélisation
intéresssante,
doivent être élucidés dans un même mouvement. Notre conviction est que les notionsd’objets
et depropriétés émergent conjointement
d’un réseau de relationsqui
forme la structuretopologique
del’espace
deréférence.
C’est l’ambition de mettre en forme cette intuitionqui
nous a conduit vers le formalismecatégorique
utilisé ici.2.2. Structure et
logique
L’évocation de structures
engendrant
unelogique
intuitionnisterappelle
immédiatement la"sémantique
des mondespossibles"
deKripke ([7], [8]).
A ce propos nous voudrions faire deux remarques.Tout
d’abord,
nousopérons
un renversement deperspective :
lasémantique
deKripke
a étéproposée
àl’origine
pour lalogique
intuitionniste dupremier ordre ;
c’est à dire suivant la démarchequi
va d’unesyntaxe
cohérente à unesémantique.
Dans la théorie destopoï,
lacatégorie
estpremière,
elleengendre
lelangage
dont elle est un modèle. Plusfondamentalement,
si lasémantique présentée
a des allures desémantique
deKripke,
c’est pour des raisonsmathématiques profondes.
Il se trouve que lasémantique proposée
parKripke
estun cas
particulier correspondant
à untopos spécifique :
celui des foncteurs entre un ensemblepréordonné
et lacatégorie
des ensembles.Certes,
les faisceaux sont desfoncteurs,
mais des foncteursparticuliers :
leur structure est enrichie localement.Enfin,
onpeut
dire que lasémantique
deKripke
estensembliste,
comme le montrent lesapplications qui
en sont faites dans la Grammaire deMontagüe (Dowty
& alii[3]) :
lesobjets primitifs
sont lesindividus,
lespropriétés
sont desensembles,
lespropriétés
de ces dernièresétant des ensembles d’ensembles. Ce que notre modèle montre, c’est
qu’il
estpossible
decasser la dualité extensionlintension en partant de termes
généraux (les traits) portant
sur desobjets,
et d’établir unelogique qui
prenne en compte la structurationtopologique
de l’ensemble desobjets.
3. CADRE FORMEL
Nous supposerons connus les
concepts
fondamentaux de la théorie descatégories qui
sontexposés
dans les ouvragesclassiques
cités enréférence,
mais nous donnonscependant
lesprincipales
définitions en annexe. Dans ceparagraphe
onprésente
les définitions etrésultatsl
deIL’essentiel
du matériel mathématique présenté ici est issu du remarquable ouvrage de Lambek et Scott [14].la théorie des
topoï pertinents
pour notreapproche.
Ceux-ci forment le cadremathématique
danslequel
s’insère notre construction. Nombre de définitions et de théorèmes sont d’uneinterprétation difficile ;
ils sontcependant
mentionnés pour que le lecteur mesurel’aspect remarquablement synthétique
de cette théorie. C’est auparagraphe suivant,
dans un casparticulier,
que seront données lesinterprétations indispensables.
3.1.
Catégories
etsystèmes déductifs
En considérant les
objets
comme des formules et les flèches comme des preuves, unecatégorie
est un
système
déductif(Lambek [12], [13])
danslequel
les preuves vérifient leséquations
suivantes :
Ainsi,
àpartir
d’unsystème
déductifquelconque,
on obtient unecatégorie
enimposant
unerelation
d’équivalence (une égalité)
entre les preuves.3.2.
Catégories
cartésiennesfermées
DÉFINITION
3.2.1. Unecatégorie
cartésiennefermée
est unecatégorie ’C possédant
desproduits
finis(elle
a donc unobjet terminal)
et telle que, pour toutobjet
B de’C,
le foncteur(-)xB:
G 9 G a unadjoint droit,
noté(-)B:
G 9 G . Cequi
veut dire que pour toutobjet A,
B et C deG ,
il existe unisomorphisme: Homc (AXB, C) ù HomC(A, CB)
De
plus,
cetisomorphisme
est naturel enA,
B et C.NOTATIONS 3.2.2.
·
L’objet
terminal d’unecatégorie
est noté 1.·
L’unique
flèche entrel’objet
A et 1 est notéeDA.
· Soit les flèches f: C9 A et g:
C9 B , l’unique
flèche de C vers leproduit
Ax B(s’il existe)
estnotée
f,
g>.Les
projections canoniques
sont notées11 A,B: A)(B-+ A et 1T’A,B: A)(B-+ B.
~ Si
C),
on noteg# l’homomorphisme
associé dansCB).
~ La flèche
EA B: AB XB 9 A
estappelée
la fonction d’évaluation.En tant que
système déductif,
unecatégorie
cartésienne fermée est un calcul intuitionnistepositif
vérifiant leséquations :
INTERPRÉTATION
3.2.3.·
L’objet terminal 1
est un termereprésentant
le "vrai".· Le
produit x
estinterprété
comme laconjonction
A.· Les
projections
et larègle
E3correspondent
à l’élimination de A..
BA correspond
à A~B.. E4
correspond
au théorème de la déduction.En
adjoignant
une flèche indéterminéex: Ao~ A
augraphe sous-jacent
à unecatégorie ~,
eten considérant la
catégorie
librementengendrée
par cegraphe,
on obtient unecatégorie polynômiale C [x].
Des conditionsappropriées
sur les flèches font de t[x]
unecatégorie
cartésienne fermée dans le cas où C est elle-même cartésienne fermée. Les flèches de la
catégorie Gjx] peuvent
être vues alors comme despolynômes
en x.Du
point
de vuesystème déductif,
les formulesde C[x]
sont lesobjets
de~,
et les preuvesde G[x]
sont formées àpartir
des flèches de t et de la nouvelle flèche x:Ao~ A
par lesrègles
d’inférences. Les flèches de la
catégorie C [x]
sont donc des preuves sousl’hypothèse
x.L’égalité
des preuves dans cettecatégorie
sera notée =x.Cette construction s’étend sans difficulté aux
polynômes
deplusieurs
variables.THÉORÈME
3.2.4.(Complétude
fonctionnelle descatégories
cartésiennesfermées).
Pour toutpolynôme cp (x):
B~C d’indéterminée x:1-~ A sur unecatégorie
cartésienne fermée~,
il existeune flèche
unique
f: AXB 9 C dans G telle que =xcP(x).
3.3.
Topoï
DÉFINITION
3.3.1. Un topos(élémentaire)
T est unecatégorie
cartésienne fermée dont le foncteur desous-objets
estreprésentable.
Cequi s’exprime
par l’existence d’unobjet Q, appelé
le
classificateur
desous-objets,
et d’unisomorphisme
naturel : Sub =-Hom(-,O).
Plus
précisément,
celasignifie qu’il
existe une flèche : T9 Q(appelée vrai)
telle que pourtout
objet A,
et toutmonomorphisme
m:B 9 A,
il existe une flècheunique
char m telle que lediagramme
ci-dessous soit unproduit
fibré.L’objet Q A
noté aussi PApeut-être interprété
comme "l’ensemble" dessous-objets
de A.Des
exemples
detopoï
nous sont fournis par certainescatégories
de foncteurs.DÉFINITION.
3.3.2. Unecatégorie C
est ditepetite
si les classes de sesobjets
et de sesmorphismes
sont des ensembles.THÉORÈME
3.3.3. Lacatégorie Setri
des foncteurs d’unepetite catégorie C
dans lacatégorie
des ensembles est un
topos.
A tout
topos 2’
onpeut
associer unlangage qui
est une théorie intuitionniste destypes.
Enbref,
lestypes
sont lesobjets,
les termes sont lesflèches,
et ils vérifient les axiomes intuitionnistesclassiques.
Ongénéralise
ainsi cequi
est connu enlogique
sous le nomde
correspondance
deCurry-Howard.
NOTATION 3.3.4. En suivant Lambek & Scott
([14])
nousdistinguerons l’égalité
internenotée .=.
qui
vaut entre les flèches dutopos,
del’égalité
externe =qui
vaut entre les termes det (2’ ).
DÉFINITION
3.3.5. Lelangage
d’untopos 2’
a pour types lesobjets
de 2’ .Il
possède
comme termes detype
A en les variables xi detype Ai (i =1, ..., n)
lespolynômes x): I B A
en les indéterminées Enparticulier :
- les variables de
type
A sont les flèches indéterminéesx:1-~ A ;
. a = a’ est la
composée
de- a~ (x est la
composée
de0 est
l’unique
flèche a 1 ~ PA telle queLe résultat le
plus important
dit que letopos T
est unmodèle,
unesémantique,
de cettelogique
intuitionniste d’ordresupérieur.
Cettesémantique peut-être
considérée comme unegénéralisation
de lasémantique
deKripke
pour lalogique
intuitionniste dupremier ordrel.
Nous
expliciterons
cettesémantique
dans le casparticulier qui
nous intéresse : lescatégories
defaisceaux. Mais il peut être utile d’en saisir
l’esprit
dès àprésent.
3.4.
Sémantique
dans un toposSoit 2’ un son
langage interne,
et0
la relation binaire de déductibilité dansZ (2’ ).
0
psignifie
que p.=. t
en tant que flèchesdans 9" ;
cequi
sera notéégalement
T
1=
p, on dira alors querr satisfait la proposition
p ou que p est vraie dans 0".De la même manière
0 cp (x) signifie
que(p (x)
-=-xt
en tant que flèches.En utilisant la
complétude
fonctionnelle d’untopos,
on saitqu’il
existe une flèche f: A9 Qtelle -=-x
fx.,
alorssignifie
que pour tout a: C-~ A on a: fa .=.TOC.
Pour une flèche a: C9 A dans 2’ on écrit --- fa par abus de
notation,
et on considère acomme un élément
généralisé
de A au stade C. On écrit C Il-o (a)
pour fa .=.TOC
et on dit queest vrai au stade C ou que
C force
ILambek et Scott proposent la dénomination
"sémantique
deBeth-Kripke-Joyal".
On voit donc que la vérité dans un topos est
équivalente
à la vérité à tous les stades et pourtous les éléments
généralisés ([ 14]).
En
fait,
onpeut
restreindre l’ensemble des stades à un ensembled’objets générateurs
dutopos.
3.5. Faisceaux d’ensembles
DÉFINITION
3.5.1.Un préfaisceau
d’ensemble F sur un espacetopologique (X, C9(X»
est unfoncteur contravariant entre la
catégorie
C9(X)
des ouverts de X(le
seulmorphisme
étantl’inclusion)
et lacatégorie
des ensembles.On
peut
considérer aussi despréfaisceaux
de groupes,d’anneaux,
etc...Comme F est
contravariant, l’application F(U)9 F(V)
existelorsque Vç U
et estappelée
restriction. Un élément s de
F(U) s’appelle
une section surU,
et on noteFUV(S)
=sly.
DÉFINITION
3.5.2. Un faisceau F est unpréfaisceau
si pour tout recouvrement d’ouverts U =ui. Ui,
on a lespropriétés :
(Fl)
Soit s et t deux éléments de(F2)
Pour toute famille(si)ieI, IEF(U1),
vérifiant :siluinuj= SJ.IU.nU. Vij
EI,
il existe un i J i Jrecollement ;
c’est-à-dire un élément s deF(U)
tel que :siU. 1
= si, V i e I.THÉORÈME
3.5.3. Lacatégorie
despréfaisceaux
surl’espace topologique
X est untopos.
THÉORÈME
3.5.4. Lacatégorie Sh(X)
des faisceaux surl’espace topologique
X est untopos.
On est en mesure maintenant de
présenter
lasémantique
dulangage
interne dutopos Sh(X).
3.6. La
sémantique
deSh(X)
Nous
rappelons
tout d’abord le lemme de Yoneda.LEMME 3.6.1.
(Yoneda 1954) Soit et
unecatégorie
localementpetite (i.e
la classe desmorphismes
entre deuxobjets
est unensemble),
et A unobjet
de On notehA
le foncteur contravariantHome¡ (-,A).
Si est un foncteur
contravariant,
alorsNat(hA,F)
la classe des transformations naturelles entre F ethA (ici
la classe desmorphismes
defaisceau)
est encorrespondance biunivoque
avecF(A).
NOTATION 3.6.2. Soit a:
hA F
une transformationnaturelle,
on notera a*l’objet
deF(A) qui
lui est associé par le Lemme de Yoneda.Le théorème sur
lequel
reposera notre construction s’énonce :THÉORÈME
3.6.3. Soit F un faisceau surX,
U un ouvert deX,
a:hu9F.
Alors :(0)
U Il- a ssi a* =U,
dans le cas F =0 ;
toujours ;
ssi pour tout ’
ssi,
pour toutssi il existe un recouvrement ouvert et des flèches
Par convention le
prédicat
U ll-remplace hv Il-,
la famille deshU
formant un ensembled’objets générateurs
deSh(X). L’interprétation
de ce théorème occupera uneplace importante
dans le
paragraphe qui
suit.Remarquons cependant
que la forme des conditions de satisfiabilité est bien du"style
intuitionniste".
4. LA
CATÉGORIE
DES FAISCEAUX DE TRAITS 4.1. Structure defaisceau
DÉFINITION
4.1. Soit X un ensembled’objets
structuré en espacetopologique (X,C9(X»),
etY un ensemble de fonctions booléennes - les traits -. On définit un faisceau F sur X en
associant à tout ouvert
U,
un ensembleF(U)
de fonctions booléennes définies sur U - les traitspertinents
sur U -.C’est ici
qu’il
fautprendre
la mesure desengagements ontologiques
que cette structurationimplique. Il
est certain que lespropriétés caractéristiques
des faisceauximposent
des contraintesqui
doivent êtrejustifiées.
Nous l’avons dit : ce surcroît de structure n’a d’intérêt que parcequ’il
estlocal,
etprésente
degrandes capacités génératives.
4.2. Généralisation locale
La
propriété
depréfaisceau
est trivialement vérifiée : si V est un ouvert contenu dansU,
il est clair queF(U) c F(V).
C’est évidemment la
propriété
de recollementqui
pose leplus
deproblèmes.
Soit une famille de traits
(Si)¡e¡, S}~F(U;),
vérifiant : existe-il untrait s défini sur U tel que :
D’un
point
de vue extensionnel ceci est trivialementvérifiée,
une fonction booléenne étant entièrement définie par songraphe.
Dupoint
de vue intensionnel ceciimpose
l’existence d’un traitsynthétique chaque
foisqu’il
existe une famille de traits serecoupant
localement. Ce mécanisme degénéralisation
est entièrement dicté par la structuremathématique choisie ;
en cesens c’est un artefact. Comme dans toute
entreprise modélisatrice,
il faut que legain
enanalycité
compense laperte
en vraisemblance. Dans ce cas, la trivialitémathématique
de lapropriété
de recollement nous incite à croire que le sacrifice n’est pastrop
lourd.Evidemment,
on
peut toujours
arguer du fait que si lapropriété
de recollement esttriviale,
c’est parce que letype
de fonctions choisies(les
fonctionsbooléennes)
est excessivementsimple ;
et renvoyer ainsi le modélisateur à cespartis pris
initiaux.Nous récusons cet
argument
pour trois raisons :~ il est universel et
s’applique
à tout effortmodélisateur ;
~ choisir un autre
type
de fonctions que les fonctions booléennes renvoie nécessairement à desstructures
plus contraignantes,
dont lapertinence cognitive
est encoreplus
difficile à mettre enévidence ;
· un des
objectifs
de ce travail est de mettre en oeuvre de manièreconséquente
desparties substantiellesl
d’une théoriemathématique ;
ceci nepeut
se fairequ’en
se donnant les moyensmathématiques
nécessaires.4.3. Les connecteurs
logiques
F(U)
se trouveraégalement
muni de la structure demonoïde,
ouplus précisément
d’inf demi-treillis,
pour laconjonction
A. Ceciimplique
l’existence d’un élément neutre c’est à dire d’un traitnoté 1 U (la
fonctioncaractéristique
deU)
satisfait par tous lesobjets
deU ;
ce trait"universel"
signale simplement l’appartenance
à un même ouvert. Nous ne définirons pas surF(U) l’opération
dedisjonction
V pour des raisons d’économie et depertinence cognitive.
Ce dernier
point
demanderait à êtreamplement développé,
mais nous nous contenterons dequelques
indications. Les recherches récentes sur lagenèse
et la structure descatégories (Kanellos
& Desclés[7]),
liées auphénomène
detypicalité,
mettent en avant le rôle essentieldes processus de détermination par
spécification.
Cetteconception,
si elle s’accorde avec uneinterprétation
du connecteur A comme unopérateur
dedétermination,
laisse peu deplace
à unrôle
cognitif joué
par V. Si V a un rôle àjouer
c’estprobablement
à un autre niveau -plus conceptuel -
où s’effectuent desopérations proprement logiques.
Parexemple
dans laconstruction des treillis
conceptuels proposée
par Wille([21]),
c’est lors de la caractérisation desconcepts qu’apparaissent
les connecteurslogiques.
4.4. La
catégorie
Chaque
faisceau de traitsreprésente
une structure de connaissance sur lesobjets
de X. Lapluralité
des faisceaux manifeste la diversité despoints
de vue, l’évolution des connaissances(ou
desdescriptions),
etpermet
l’existence de différents niveaux de connaissance(ou
dedescription).
Les faisceaux de traits forment une
sous-catégorie pleine
deSh(X) ;
nous la noterons 3f(X).
Notons,
et c’est essentiel - la suite le prouvera -,qu’il
n’est rien dit sur la nature desmorphismes
de cettecatégorie.
Ilsgardent
le statutgénéral
demorphismes
de faisceau d’inf demi-treillis(de
fonctionsbooléennes).
Onpeut
se demander si cettecatégorie
de faisceaux forme untopos,
cequi
nous feraithériter,
de manièreélégante,
de l’ensemble despropriétés remarquables
destopoï.
Nous verronsqu’il
n’en estrien ;
à moinsd’imposer
des contraintes àune certaine classe de
morphismes.
C’estpourquoi
nous reprenons tous lespaliers
de laconstruction
qui
va d’unecatégorie
à un topos,puis
de celui-ci à sasémantique.
Cecipermettra
en outre de donner une
interprétation plus simple
desobjets mathématiques manipulés.
1. Cette dernière affirmation s’entend comme une critique de l’usage de la notation mathématique comme signe de
scientificité.
5. LA STRUCTURE
(X)
Etudions la structure de 3=’
(X).
Demandons-nous enparticulier
si ellepossède
desproduits finis,
uneexponentiation
et un classificateur desous-objets.
Pour ce faire nous reprenons les constructions faites dansSh(X) ([14])
en lesadaptant
à5.1
Produits finis
LEMME 5.1.1 : La
catégorie possède
desproduits
finis.Démonstration : il suffit d’étudier le cas de deux faisceaux. Soit F et G deux
faisceaux,
on définitFXG
par :FXG(U) = seF(U)
etTEG(U) 1
pour tout ouvert U de X.- FxG est un faisceau.
Soit c
U,
commeF(U) ç F(V)
etG(U)cG(V),
il est clair queFxG(U)cFxG(V) ;
FxG estdonc un
préfaisceau.
Soit U =
ui«,Ui
un recouvrement deU,
et(ti)1«j
deux familles de fonctionscontenues
respectivement
dansF(U)
etG(U)
telles que pour touti et j :
.. J - - .. J
Soit w un élément de
si
S¡IBt¡(w)
=1 alors : =sj(w )
==tj(w ) =1;
1si
siAti(w )
= 0 alors parexemple si(w ) =0,
sisj(w )
* 0 c’est quetj(w )
=0,
la valeur desj
en w
n’importe
pas. Onpeut toujours
trouver une fonctions ï qui
coïncide avec si surU¡f1Uj,
et telle que 1
J J 1 J
En raisonnant de même avec
tj,
on obtient deux familles(s’i)1«j
et telles que=
s’iati,
=t’ilU,nUj
= On utilise alors le fait que Fet G sont des faisceaux pour effectuer les recollements de et
(t’i)i~i
par s et trespectivement.
Le recollement de la famille est réalisé par snt.o- FxG est le
produit
de F et G.On définit les
projections 1T
et1T
par : g(U) (s /B t)
= s et avecPour f: H9 F et g: H9 G deux
morphismes
de faisceaux il existe alors ununique morphisme f,g>
défini par :f,g>(U)(s)
=f(U)(s)Ag(U)(s) qui
rend lediagramme
ci-dessouscommutatif.
5.2. Le classificateur de
sous-objets
DÉFINITION
5.2.1. Dans letopos Sh(X)
le classificateur desous-objets
est défini par : La flèche vrai : T9 Q est donnée par :T(U)(*)
= U.REMARQUE
5.2.2. Le faisceau peut être considéré comme un faisceau de fonctions booléennes : à tout ouvert on associe sa fonctioncaractéristique.
Il est instructif de vérifier
que Q
est un classificateur desous-objets.
Si m: GB F est un
monomorphisme,
c’est à dire si G est un sous-faisceau deF,
on définit(char m):
F9 Q par :pour tout ouvert U et tout s e
F(U), (char m)(U)(s)
=W,
où W est la réunion des ouverts V de X contenus dans U tels quesIV
EG(V).
Le
morphisme (char m)
associe à tout trait deF, pertinent
sur un ouvertU,
leplus grand
ouvert contenu dans U sur
lequel
s estégalement
un trait de G.Il est clair que :
(char m)
est bien la fonctioncaractéristique
du sous-faisceauG.0
DÉFINITION
5.2.3. Pour toutmorphisme
f:F9 Q ,
on définit le noyaude f,
noté Kerf,
par :On vérifie aisément que Ker f est un
sous-objet
deF,
c’est à dire un sous-faisceau de F.Ainsi on a bien la
bijection
annoncée en(2.3.1 )
entre lessous-objets
de F et lesmorphismes
deF dans Q.
5.3.
Exponentiation
5.3.1. Lemme de Yoneda
Le lemme de Yoneda est essentiel à la définition de
l’exponentiation
dans lescatégories
de foncteurs. En effet si
F,
G: C 9 Set sont deuxfoncteurs,
on s’attend à ce queNat(hAGF) -"- G) ;
cequi
conduit à poser :GF(A)
aeNat(hAxF, G).
On
rappelle
quehA
est le foncteurA).
DÉFINITION
5.3.1.1. Dans lacatégorie
des faisceauxhU
est défini par :{ * } désigne
unsingleton quelconque fixé, objet
terminal de lacatégorie
des ensembles. Entre les ouverts de6 (X)
iln’y
aqu’un
seulmorphisme possible :
l’inclusion. *peut
donc être unobjet quelconque puisqu’elle
ne faitqu’indiquer
une éventuelle inclusion entre ouverts.Cette définition de
hU
resteinchangée
dans iF(X), { * }
est unsingleton
fixé dans lacatégorie
des ensembles de fonctions booléennes. On peut voir * comme la fonction booléenneégale
à 1 sur tout X.Remarquons
quel’objet
terminal noté1,
est défini par :1 (U) = { * } . L’unique morphisme
existant entre un faisceau F et 1 est celuiqui
pour tout U envoie les éléments deF(U)
sur *.Enfin,
il est trivial de vérifier que le Lemme de Yoneda reste valable dans 3(X),
nous enretiendrons l’existence pour toute transformation naturelle a: d’un élément a* de
F(U) qui
la caractérise. Cet élément est : a* =a(U)(*).
5.3.2. La
définition
deGF
On définit
classiquement GF
par :GF(U) Nat(FIU, GIU),
oùFIU désigne
la restriction de F àEn
théorie des faisceaux(Godement [5]) GF s’appelle
lefaisceau
des germesd’homomorphismes
de F dans G.On montre aisément que
GF
est unfaisceau ;
il est donc unobjet
deSh(X).
Pouvons nousétendre ceci à
3"(X) ?
Pour ce faire il faut queNat(FIU, GIv)
soit identifiable à un ensemble de fonctions booléennes définies sur U. En d’autres termes, il fautqu’un morphisme
entrefaisceaux restreints à U soit identifiable à un trait défini sur U.
5.4. Les
morphismes
On
peut,
eneffet,
identifier certainsmorphismes
à des traits :ajout
ousuppression
d’untrait, changements
de valeurs d’un traitdonné,
etc.. Nombre demorphismes peuvent
aussi seramener à des
compositions
de cesmorphismes élémentaires,
auprix
il est vraid’opérations logiques
dont il faut mesurer lapertinence cognitive
à ce niveau.A côté de
ceux-ci,
il est une classeparticulièrement importante
demorphismes :
lesmorphismes
entre un faisceau et le classificateur desous-objets
Q. Constituants fondamentaux de la structurelogique
de lacatégorie,
c’est de leur nature dontdépend
la structureOn verra en
(6.2.3), qu’une propriété portant
sur les traits d’un faisceau est définie extensionnellement par le sous-faisceau des traitsqui
la vérifient.Formellement,
un sous- faisceau du faisceau F est le noyau d’unmorphisme
f:F~ 0 ;
ceci entrainequ’un
élément deNat(FIU, 0 IU)
n’est identifiable à un traitpertinent
sur U que si l’on montre que toutepropriété
des traits
pertinents
sur U est indentifiable à un traitpertinent
sur U. Comme iln’y
a pasd’isomorphisme
entre lacatégorie
des sous-faisceaux d’un faisceau restreint à un ouvert U et lacatégorie
des traits définis surU,
nous nous contenterons de prouverqu’on peut
associer de manièrecanonique
un trait à tout sous-faisceau.5.5. Une
correspondance
de GaloisPour ce faire on va utiliser une méthode
classique :
on va prouverqu’il
y a une relationd’adjonction (il s’agit
ici d’unecorrespondance
de Galoiscontravariante)
entre lacatégorie
dessous-faisceaux d’un faisceau restreint à un ouvert U et la
catégorie
des traits définis sur U.DEFINITION 5.5.1. Soit G un sous-faisceau de
FIU.
On définit une fonction booléenne définie sur U par :contenant c~,
En d’autres termes un
objet
w vérifie letrait -q(G)
si tout trait de G défini en w est vérifié par ce dernier. Onpeut
dire aussique ll(G)
est la fonctioncaractéristique
de l’extension de G.DEFINITION 5.5.2.
Réciproquement,
si s est un trait défini surU,
on va lui associer le faisceauE(s)
défini par :b’Vç U,
si
VW OEV, s( w )
=0, E (s) (V)
=F(V) ;
sinon
E(s)(V) _ {teF(V)1 t(w)
=1,
pour tout wEV tel ques(w) =1 }.
£ (s)
est le faisceau des traits vérifiés par lesobjets qui
vérifient s ;E (s)
est l’intension de s.Ces
interprétations
sont réductrices si l’on omet de dire que dans les deux cas onprend
encompte
la structuretopologique
de U.L’ensemble des sous-faisceaux de est un ensemble
partiellement
ordonné parl’inclusion ;
de même l’ensemble des fonctions booléennes définies sur U estpartiellement
ordonné par la relation définie par :
Il
s’agit
alors de prouver le lemme suivant :LEMME 5.5.3. Pour tout sous-faisceau G de
FIU
et pour toute fonction booléenne s définie surU:
[s ~ l1(G)].=> [G
Démonstration :
On vérifie tout d’abord que
E(s)
est un sous-faisceau deFIU.
Soit
V’çV,
dans tous les cas il est clair queSi
wiq jvi
est un recouvrement ouvert de V et si(ti)i6i
est une famille defonctions, ti
EE(s)(Vi),
vérifiant lapropriété habituelle,
commeFIU
est un faisceau il existe un recollement t «F(V).
Soit (jjeV tel que =1,
il existe ieI tel queweV¡ ;
on en déduit que= =
ti(w)
=1,
cequi
prouve que t e Montrons àprésent l’équivalence : [s :9 1 (G)].,t-* [G
cE(s)].
. On suppose que : s ~
Soit V un ouvert contenu dans U :
si VCO OEV =
0,
on a£ (s)(V) = F(V),
doncG(V)
CE(s)(V).
si cla E V tel que =
1,
= 1 etdtEG(V), t( )
=1 ;
cequi
entraine quedtEG(V), teE(s)(V).O
-
Réciproquement,
supposons que : G cE(s).
Soit (jjeU tel que
= 1,
et V un ouvert de U contenant w. ConsidéronstEG(V),
on a= 1 car
te E (s) (V)
on a doncprouvé
que =1.U
REMARQUES
5.5.4. · Lesfoncteurs n
et E déterminent uneéquivalence
entre les élémentsfermés
(les
G tels que =G)
de l’ensemble des sous-faisceaux deFIU
et les éléments fermés(les
s tels quel1(E(S»
=s)
de l’ensemble des fonctions booléennes définies sur U.De manière
générale,
on a les relations :- ,