DEVELOPPEIV1ENT ET A L'AMÉNAGEMENT DE LA FAUN
Société de la faune
Revutr clé iversee solutions
dais un cas île déprédation
causé par l'prignal ()lices alces)
Revue de diverses solutions dans un cas de déprédation causé par l'orignal (Alces alces)
Samuel Delvaux
Direction de l'aménagement de la faune de l'Estrie
Société de la faune et des parcs du Québec
Sherbrooke, avril 2003
Référence à citer :
Delvaux, S. 2003. Revue de diverses solutions dans un cas de déprédation causé par l'orignal
(Alces alces), Société de la faune et des parcs du Québec. Direction de l'aménage-ment de la faune de l'Estrie. 75 p.
ÉQUIPE DE RÉALISATION
Supervision Bergeron, Bernard
Coordination Richer, Marie-Claude
Recherche et rédaction Delvaux, Samuel
Traitement géomatique Delvaux, Samuel et cartographie Lussier, Alain
Consultation interne Bergeron, Bernard Canuel, Hugo
Dubois, Jean-Jacques Levesque, Pierre Lussier, Alain Morin, Michel
Richer, Marie-Claude
Révision linguistique McKaig, Lucie
Richer, Marie-Claude
RÉSUMÉ
L'orignal est un animal qui se nourrit de nombreuses essences d'arbres et d'arbustes décidus, de plantes herbacées et de plantes aquatiques. Il broute également les ramilles de sapin lorsque la nourriture en forêt se fait plus rare, habituellement à la fin de l'hiver.
D'ailleurs, un producteur d'arbres de Noël de la région de l'Estrie subit des dommages causés par l'orignal dans sa plantation de sapins. Bien que cette terre soit cultivée depuis plus de 15 ans par des producteurs de sapins, le problème de déprédation a débuté seulement en 2002_ Les orignaux ont ravagé entre 20 et 25 % des 15 000 sapins de ce territoire, vraisemblablement à la fin de la saison hivernale ou au début du printemps 2002.
On a aussi constaté de légers dommages dans cette plantation à la fin du mois de mars 2003, mais il est probable que la déprédation s'amplifie au cours du mois d'avril. Lorsque de telles situations se produisent avec le cerf de Virginie, les méthodes généralement préconisées sont la chasse sur de grandes superficies et l'exclusion grâce aux clôturés.
Dans le présent cas, l'augmentation de la pression de chasse est un moyen de contrôle qui devrait être amorcé dès cette année. En effet, le club de chasse de l'endroit devrait accroître le nombre de ses chasseurs d'orignaux pour la saison de chasse 2003. Bien que cette mesure n'assure pas la résolution du problème, elle peut permettre de diminuer l'ampleur des dégâts, et à long terme, prévenir que la déprédation ne se répète. D'autres solutions doivent cependant être considérées pour pallier le problème à court terme. Toutefois, l'installation d'une clôture permanente n'est pas envisageable. Le producteur qui est seulement locataire des lieux doit plutôt opter pour des techniques d'effarouchement peu coûteuses puisqu'il ne cultivera plus ce site à partir de l'an 2008. L'érection d'une clôture permanente ne s'avérerait pas rentable à court terme. Donc, en plus de l'augmentation de la pression de chasse, les solutions retenues pour aider à la résolution de ce cas de déprédation sont l'urine de prédateurs, notamment celle de loup, et les canons à gaz. Ces méthodes peu dispendieuses semblent être efficaces à court ou à moyen terme pour éloigner les cervidés d'un secteur bien déterminé. Étant donné que les orignaux causent des dommages dans la plantation de sapins sur une courte période de temps (ils se nourrissent de verdure dès que celle-ci est disponible au printemps), ces solutions devraient convenir.
Toutefois, tous les cas de déprédation possèdent leurs propres contraintes et chacun doit être traité de façon indépendante.
TABLE DES MATIÈRES
Page
Équipe de réalisation iii
Résumé
Liste des Tableaux ix
Liste des Figures ix
1. Biologie de l'orignal 1
1.1 Répartition 1
1.2 Caractéristiques physiques 1
1.3 Reproduction 3
1.4 Cycle vital 3
1.5 Habitat 4
1.6 Régime alimentaire 5
1.7 Facteurs limitatifs 6
2. Problématique du cas de déprédation de M. Beloin 8
2.1 Contexte général 8
2.2 Dommages observés 8
2.3 Période de l'année 9
2.4 Situation géographique 9
2.5 Densités d'orignaux 10
2.6 Enneigement 12
2.7 Problème récent 13
2.8 Législation 14
2.9 Pression de chasse 14
2.10 Autochtones 15
3. Autres cas de déprédation similaires 16
3.1 Orignal 16
3.2 Cerf de Virginie 17
3.3 Wapiti 17
4. Solutions envisageables 18
4.1 Augmentation de la pression de chasse 18
4.2 Autochtones 19
4.3 Répulsifs odorants ou gustatifs 19
4.3.1 Description 19
4.3.2 Mise en garde 20
4.3.3 Recommandations 20
4.3.4 Méthodes artisanales 21
4.3.5 Produits commerciaux 21
4.3.6 Études scientifiques 22
4.3.7 Coût approximatif 22
4.3.8 Conclusion 22
4.4 Urine de prédateurs 23
4.4.1 Données disponibles 23
4.4.2 Recommandations 24
4.4.3 Inconvénients 24
4.4.4. Coût approximatif 24
TABLE DES MATIÈRES (suite)
Page
4.4.5. Conclusion 25
4.5 Car lUf 1S à gaz 25
4.5.1 Description 25
4.5.2 Efficacité 26
4.5.3 Inconvénients 26
4.5.4 Coût approximatif 27
4.5.5 Chasseur mécanique 27
4.5.6 Conclusion 27
4.6 Autres dispositifs sonores et visuels 27
4.7 Clôture invisible (utilisation de chiens) 29
4.7.1 Description 29
4.7.2 Précisions 30
4.7.3 Choix du chien 31
4.7.4 Autres recommandations 31
4.7_5 Étude scientifique 32
4.7.6 Inconvénients 32
4.7.7 Coût approximatif 33
4.7.8 Conclusion 33
4.8 Clôtures permanentes 33
4.8.1 Clôture électrique inclinée 34
4.8.1.1 Description 34
4.8.1.2 Avantages 36
4.8.1.3 Inconvénients 36
4.8.1.4 Coût d'installation approximatif 36
Conclusion 36
4.8.2 Clôture électrique verticale 37
4.8.2.1 Description 37
4.8.2.2 Avantages 38
4.8.2.3 Inconvénients 38
4.8.2.4 Coût d'installation approximatif 38
4.8.2.5 Conclusion 39
4.8.3 Clôture ElectroBrakr 39
4.8.4 Clôture à mailles losangées en treillis métallique 40
4.8.4.1 Description 40
4.8.4.2 Avantages 41
4.8.4.3 Inconvénients 41
4.8.4.4 Coût d'installation approximatif 42
4.8.4.5 Conclusion 42
4.8.5 Clôture à mailles nouées haute résistance 42
4.8.5.1 Description 42
4.8.5.2 Avantages 43
4.8.5.3 Inconvénients 43
4.8.5.4 Coût d'il istallation approximatif 43
4.8.5.5 Conclusion 43
TABLE DES MATIÈRES (suite)
Page
4.8.6 Clôture en treillis dé polypropylène 43
4.8.6.1 Description 43
4.8.6.2 Avantages 44
4.8.6.3 Inconvénients 45
4.8.6.4 Coût d'installation approximatif 45
4.8.6.5 Conclusion 45
4.8.7 Autres types de clôtures permanentes 45
4.9 Clôtures non permanentes 46
5. Solutions inapplicables 46
5.1 Monofilament de pêche 46
5„2 Gicleurs à eau 47
5.3 Clôture sans fil 47
5.4 Sélection des espèces végétales 48
6. Solutions retenues pour le présent cas de déprédation 48
Remerciements 50
Bibliographie 51
Internet 53
Cartes 53
Annexe 1 Démarche à suivre lors d'un cas de déprédation occasionné
par le cerf de Virginie (applicable à l'orignal) 54 Annexe 2 Aire de pratique des activités autochtones en Estrie 58 Annexe 3 Graphique comparatif du coût de différentes clôtures
(excluant la main d'oeuvre) en fonction de leur longueur 62
LISTE DES TABLEAUX
Page Tableau 1 : Essences végétales consommées par l'orignal selon la région et la saison 6 Tableau 2 : Coût et efficacité de divers répulsifs commerciaux 23 Tableau 3 : Évaluation de diverses méthodes pour éloigner les cerfs de Virginie
d'une plantation de pins blancs 32
LISTE DES FIGURES
Page Figure 1 : Aire de répartition de l'orignal en Amérique du Nord 1 Figure 2 : Empreintes et piste de l'orignal (ergots visibles) 2
Figure 3 : Carte des zones de chasse du Québec 10
Figure 4 : Carte topographique à l'échelle 1:250 000 montrant 7 parcelles de l'inventaire aérien 2002 situées à proximité de la plantation
de M. Beloin 12
Figure 5 : Modèle de canon à gaz rotatif à détonation double 25
Figure 6 : Clôture invisible (chiens en zone contrôlée) 29
Figure 7 : Fanions servant de repère visuel pour le chien 30
Figure 8 : Clôture électrique inclinée à 8 fils 35
Figure 9 : Clôture électrique inclinée à 10 fils 37
Figure 10 : Clôture ElectroBraidMC 39
Figure 11 : Clôture à mailles losangées en treillis métallique 40
Figure 12 : Clôture en treillis de polypropylène 44
Figure 13 : Extrémité supérieure d'un piquet de la clôture sans fil 47
ix
1. Biologie de l'orignal
1.1 Répartition
L'orignal (Alces alces), communément appelé l'Élan d'Amérique par les européens, est l'un des mammifères les mieux adaptés aux forêts nordiques du globe (Anonyme, 1986).
En effet, ses longues pattes et ses larges sabots lui permettent de se déplacer aisément dans la neige épaisse, les muskegsl et les marécages (Telfer, 1995). On le trouve dans les régions holarctiques de l'Amérique du Nord (voir figure 1), de l'Europe et de l'Asie. Au Canada, sa distribution s'étend d'un bout à l'autre du pays, c'est-à-dire des frontières de l'Alaska jusqu'à l'est de Terre-Neuve. La population canadienne d'orignaux est estimée entre 500 000 et 1 million d'individus.
Aire de répartition de
r orignal en Amérique du tord
Figure 1 : Aire de répartition de l'orignal en Amérique du Nord Source : Telfer,-1995
1.2 Caractéristiques physiques
L'orignal est le plus imposant représentant de la famille des cervidés au monde (Banfield, 1974) et l'un des plus gros mammifères terrestres québécois. Sa taille prise au garrot, bosse qui surmonte son dos, est comparable à celle des plus grands chevaux de selle (Anonyme, 1986). Il peut atteindre jusqu'à 2,0 mètres de hauteur, mais mesure habituellement entre 1,69 et 1,92 m (Banfield, 1974). Le mâle est légèrement plus grand que
1 Terrain marécageux couvert de mousse et où les conifères ne parviennent à croître qu'avec difficulté dans le Nord du Canada.
±16 cm
/ ± 25 cm
es, dp
la femelle. Celle-ci ne dépasse guère 1,83 m et pèse le plus souvent entre 227 et 408 kg.
Les mâles adultes ont un poids qui varie généralement entre 385 et 535 kg allant jusqu'à 600 kg à l'occasion (Telfer, 1995). L'orignal a un gros museau recourbé et il porte un fanon de crin sous la gorge aussi appelé barbiche. Le dos de l'animal est recouvert d'un pelage brun foncé presque noir tandis que son ventre est brun (Banfield, 1974). L'intérieur de ses pattes est plutôt grisâtre. Ses sabots longs et pointus laissent des traces au sol (voir figure 2) qui mesurent entre 13 et 18 cm (Prescott et Richard, 1996).
Le panache qui est unique au mâle fait entre 1,2 et 1,5 m d'envergure, mais il peut atteindre plus de 1,8 m dans de rares cas (Telfer, 1995). Les bois sont formés de larges perches centrales, appelées merrains, qui commencent à pousser au mois d'avril (Banfield, 1974). Ils sont alors bien irrigués et recouverts de velours et ce, jusqu'à la fin d'août ou au début de septembre. Ensuite, le tissu osseux dont ils sont constitués n'obtient plus d'apport en minéraux puisque les vaisseaux sanguins disparaissent, donc la croissance des bois est arrêtée (Anonyme, 1986). Les mâles se débarrassent du velours en frottant leur ramure contre les arbres et arbustes (Banfield, 1974). Ces bois serviront principalement durant la période de reproduction (Prescott et Richard, 1996). Les orignaux qui portent un gros panache auront préséance au moment de l'accouplement_ Les bois tomberont le plus souvent entre décembre et février, mais les jeunes peuvent parfois les conserver jusqu'en avril (Telfer, 1995).
Figure 2 Empreintes et piste de l'orignal (ergots visibles)
Source : Murie, 1989
L'orignal mise principalement sur son odorat et son ouïe pour fonctionner, car sa vue est plutôt faible (Telfer, 1995). Par contre, il réussit à détecter les mouvements assez efficacement.
1.3 Reproduction
La période du rut s'étend de la mi-septembre au début d'octobre et peut se prolonger jusqu'à la fin novembre si les femelles n'ont pas encore été fécondées (Prescott et Richard, 1996 ; Claveau et Courtois, 1992 ; Sigouin et ai, 1997). Dans cette situation, les femelles peuvent traverser au moins 6 cycles oestraux consécutifs (Laurian, 1997). Lors de la période de reproduction, les mâles sont très agités et c'est à ce moment qu'il peut y avoir des affrontements (Banfield, 1974). Cependant, dans la plupart des cas, les rivaux vont seulement s'observer ou échanger quelques coups et le moins puissant s'éloignera rapidement. C'est la femelle qui cherche et qui choisit son partenaire (Anonyme, 1986).
L'homme peut entendre le bramement d'une femelle qui incite un mâle à la rejoindre jusqu'à 3 km de distance. Le mâle reste avec la même partenaire jusqu'au moment de l'ovulation, ensuite il essaiera de trouver une autre femelle qui ne s'est pas encore accouplée. En Amérique du Nord, la période de gestation dure en moyenne 231 jours, soit environ 8 mois (Laurian, 1997). L'orignale donne habituellement naissance à un petit vers la fin mai ou le début juin (Anonyme, 1986 ; Sigouin et al., 1997). Si les conditions du milieu sont propices (notamment une nourriture abondante), elle peut avoir des jumeaux et même, dans de rares occasions, des triplets (Telfer, 1995).
Lorsque certaines femelles matures ne sont pas fécondées à leur premier oestrus, les petits naissent tardivement (Laurian, 1997 ; Taquet et ai, 1999). Ils sont alors moins développés pour affronter les rigueurs de leur premier hiver et plus vulnérables face à la prédation.
1.4 Cycle vital
Les nouveau-nés pèsent entre 11 et 16 kg et ils ont une taille, mesurée au garrot, qui varie entre 70 et 80 cm (Banfield, 1974). S'il s'agit de jumeaux, ils seront plus petits et leur poids oscillera aux alentours de 6 kg (Telfer, 1995). Dès le premier jour, ils peuvent marcher, même si leur démarche est plutôt chancelante à ce moment. Ils pourront aussi courir et suivre aisément leur mère à la nage après seulement quelques jours (Bédard et al., 1975).
Les petits sont sevrés à l'âge de 4 ou 5 mois (Prescott et Richard, 1996). Ils passeront la
première année en compagnie de leur mère, mais celle-ci les chasse avant la prochaine mise bas (Telfer, 1995). Au maximum de leur croissance, les jeunes orignaux peuvent prendre plus de 2 kg par jour. Les mâles de moins d'un an peuvent déjà présenter de petites protubérances veloutées sur la tête à l'automne, mais l'imposant panache caractéristique de l'espèce n'apparaît que vers l'âge de quatre ou cinq ans. Les orignaux sont des animaux très solitaires (Banfield, 1974) qui ne se rassemblent qu'en de rares occasions (période du rut et hiver difficile). Les jeunes atteignent leur maturité sexuelle vers l'âge de 16 ou 18 mois. À ce moment, ils ont rarement la possibilité de s'accoupler. Les femelles ne deviennent habituellement pas pestante avant l'âge de 2 ans. Quant aux jeunes mâles, leur petite taille et leur panache peu développé ne leur permettent pas d'être sélectionnés par des partenaires. Ils commenceront donc à se reproduire vers l'âge de 5 ou 6 ans_
Ce gros cervidé est surtout actif très tôt le matin et au crépuscule, mais en hiver, il s'affaire plus fréquemment durant la journée (Banfield, 1974). Il reste habituellement immobile les jours de grands vents. Cet animal vit rarement plus de 15 ans en milieu naturel (Anonyme, 1986), mais il peut atteindre jusqu'à 27 ans en captivité (Prescott et Richard, 1996).
1.5 Habitat
L'orignal est généralement considéré comme sylvicole (Banfield, 1974). Il adore les grands espaces boisés, mais il délaisse à l'occasion ces zones, surtout pendant la période estivale, pour rejoindre les étendues d'eau par exemple. On peut aussi le retrouver dans les éclaircies, les chablis, les brûlis et les sites récemment déboisés (plusieurs années après un feu ou une coupe) puisque la nourriture y est abondante (Samson et al., 2002). De manière générale, l'orignal a besoin d'un habitat qui lui fournit une nourriture abondante et variée, un couvert de fuite afin de diminuer sa vulnérabilité face aux prédateurs et aux chasseurs ainsi qu'un couvert de protection pour affronter les hivers difficiles. Ce gros cervidé a une préférence pour les forêts mixtes, plus particulièrement pour les sapinièresà bouleau jaune et les sapinières à bouleau blanc, où il trouve nourriture et abri (Prescott et Richard, 1996).
Toutefois, le principal facteur influençant le choix d'un habitat pour l'orignal est la quantité de nourriture disponible (Samson et al., 2002). Pendant la période estivale, on retrouve l'orignal plus haut en altitude, mais il retourne dans les vallées d'hiver venu (Banfield, 1974). L'orignal est un animal foncièrement solitaire_ Cependant, lorsque [a neige au sol est abondante, il arrive que les orignaux se regroupent dans un territoire, appelé ravage, qui offre un meilleur couvert de protection_ Par exemple, les zones de forte densité de conifères leur procurent un
bon abri (Samson et al, 2002). Ils forment alors un réseau de pistes pour rendre leurs déplacements plus faciles, même si habituellement ils bougent très peu dans ces conditions.
Le domaine vital de l'orignal, l'aire qu'il utilise pour vaquer à ses activités, fait souvent près de 10 km2 de superficie (Telfer, 1995) et il peut s'étendre sur quelques centaines de kilomètres carrés selon les régions (Samson et ai, 2002).
1.6
Régime alimentaireL'orignal est un ruminant. Il possède donc un estomac complexe qui lui permet de mastiquer une seconde fois leS aliments qu'il a déjà ingérés afin d'améliorer leur digestibilité (Prescott et Richard, 1996).
En hiver, l'orignal se nourrit principalement des ramilles de sapin baumier (Ables balsamea), d'érable à épis (Acer spicatum), de cerisier de Pennsylvanie (Prunus pennsylvanica), de bouleau à papier (Betula papyrifera), de peuplier faux-tremble (Populus tremufoïdes), de saule (Salix sp.) et de noisetier à long bec (Corylus comuta) se trouvant dans la strate arbustive (Samson et ai, 2002). Il consomme également plusieurs autres essences d'arbres et d'arbustes en plus faible quantité (voir tableau 1). Durant les périodes de disette, comme c'est souvent le cas à l'approche du printemps, l'orignal s'attaque à l'écorce des arbres, notamment à celle des peupliers (Telfer, 1995). Un adulte peut dévorer quotidiennement entre 15 et 20 kg de rameaux durant la saison morte. Il est à noter que cet animal s'alimente de sapin uniquement lorsque la nourriture se fait rare. En effet, cette essence d'arbre produit une forte quantité de composés secondaires (par exemple : tanins et terpènes) qui rendent la plante difficile à digérer (Samson et al., 2002). On peut reconnaître des rameaux broutés par l'orignal parce qu'ils ne sont pas coupés nettement comme dans le cas de rongeurs, mais de façon inégale et déchiquetée (Alain, 1997). Le broutement de l'orignal peut atteindre une hauteur de 3 m. De plus, il arrive souvent que l'orignal laisse sur son passage des branches partiellement cassées.
Lorsque l'été arrive, le régime alimentaire de l'orignal se modifie. Il consomme les feuilles et les ramilles des arbres et arbustes déjà mentionnés ainsi que des plantes herbacées et de nombreuses plantes aquatiques (Ban-field, 1974). Il peut en ingérer jusqu'à 30 kg par jour (Telfer, 1995). Au début de l'été, les orignaux recherchent souvent des lieux où il y a de l'eau stagnante riche en minéraux. Il n'est pas rare d'apercevoir plusieurs orignaux, en même temps, autour des étangs, des lacs ou des marécages. L'orignal peut
plonger jusqu'à 5,5 m de profondeur pour extirper les plantes aquatiques dont il raffole (Telfer, 1995). Il est aussi un excellent nageur et il peut franchir plus de 15 km dans un plan d'eau.
Tableau 1 : Essences végétales consommées ar selon la région et la saison
ESSENCE PAR RÉGIONa SAISONb Principale` Secondaires
ARBRES ET ARBUSTES
Bouleau à papier (Betula papyrifera) 1, 2, 3, 4, 5 E, H
Sapin baumier (Ables balsamea) 1, 2, 4 H
Erable à épis (Acer spicatum) 1, 2 4 E, H
Saule (Sel& sp.) 2, 3, 4, 5 1 E, H
Peuplier faux-tremble (Populus from:bides) 2, 3 1, 2,4, 5 E, H Cerisier de Pennsylvanie (Prunus pensylvanica) 5 1, 4 E, H
Noisetier à long bec (Cotylus comma) 1., 2 3 E, H'
Amélanchier (Amelanchier sp.) 1, 2, 3, 5 E, H
Cornouiller stolonifère (Cornus stolonîfera) 1, 4 E, H
Viorne comestible (Viburnum edule) 1 H
Sorbier d'Amérique (Sorbus americana) 1, 3, 4 E, H
Aulne crispé (Alnus crispa) 1, 4, 5 E, H
Viorne à feuilles d'aulne (Vibumum alnifolium) 2, 4 E
Érable rouge (Acer rubrum) 2 H
Bouleau nain (Bette giandulosa) , 5 E
PLANTES AQUATIQQES
Nénuphar (Nuphar sp.) E
Potamot (Potarnogeton sp.) E
Myrophylle (Myrophyllum sp.) E
Nitella (Nitella sp.) E
Chara (Chara sp.) E
Utricule (Utricularia sp.) E
a Région : 1 = Est.clu Québec; 2 = Ouest du Québec; 3= Abitibi ;4-e• Côte- Nord; = le- James.
b E = été, H = hiver.
c Principale : essence composant > 10 % du régime alimentaire.
d Secondaire : essence utilisée mais moins abondante dans le régime alimentaire.
Source : Samson et al., 2002
1.7 Facteurs limitatifs
Au Québec, la chasse est le facteur qui a le plus grand impact sur la croissance des populations d'orignaux (Courtois, 1993). En effet, dans les zones facilement accessibles aux chasseurs, les taux d'exploitation se situent entre 19 et 53 %, tandis que les autres causes de mortalité (accidents, prédation, maladies, etc.) regroupées ensemble ne représentent que 4 ou 5 %.
La prédation a aussi un certain rôle à jouer au niveau de la croissance des populations d'orignaux. Elle touche spécialement les faons mais le loup gris (Carvis lupus), principal prédateur de ce cervidé, peut aussi s'attaquer aux adultes. L'ours noir (Ursus americanus), le carcajou (Golo gulo) et le couguar (Felis concolor) réussiraient occasionnellement à s'emparer d'un petit (Prescott et Richard, 1996). Ainsi, la prédation est le deuxième facteur limitant en importance pour les populations d'orignaux (Courtois, 1993).
Bien entendu, l'habitat a un impact sur la distribution de l'espèce. Cependant, les densités d'orignaux étant assez faibles au Québec, la nourriture reste suffisamment abondante pour supporter un plus grand nombre d'individus. Cependant, il ne faut pas oublier que l'orignal est en compétition avec d'autres herbivores pour les mêmes ressources et/ou pour l'occupation du territoire, notamment avec le cerf de Virginie (Odoco►leus virginianus) et le caribou (Rangif►er tarandus). Néanmoins, l'orignal peut parcourir de grandes distances pour subvenir à ses besoins. Selon Courtois (1993), les densités dans les différents habitats québécois pourraient être jusqu'à 20 fois plus importantes par endroit.
Toutefois, dans la taïga2, où la nourriture est beaucoup moins abondante, l'habitat est un facteur limitant la croissance des populations d'orignaux.
Un habitat fortement fragmenté peut également être considéré comme limitatif. Les orignaux délaissent complètement ce type d'habitat pour se répartir vers les grandes étendues boisées avoisinantes. D'ailleurs, l'orignal est très peu abondant en Montérégie (Courtois, 1993). Cela est probablement dû au fractionnement des forêts entraîné par le développement de l'agriculture et de l'urbanisation. L'orignal est un animal craintif qui préfère se tenir loin des secteurs où il y a constamment de l'activité humaine. De plus, la présence du cerf de Virginie dans ce secteur pourrait aussi nuire à la présence de l'orignal par la transmission d'un parasite bien connu soit le vers des méninges. Toutefois, on sait que la forêt feuillue que l'on trouve en Montérégie offre un potentiel plus élevé puisque d'autres régions couvertes par ce type de forêt possèdent des densités d'orignaux beaucoup plus fortes. Dans la zone couverte par la forêt décidue, les densités sont généralement plus grandes là où les forêts sont continues et où seule la chasse à l'arc est permise, comme dans l'Estrie, plus précisément dans le sud de la zone de chasse 6 par exemple (voir figure 3).
2 Formation forestière sub-arctique composée essentiellement par des conifères et qui forme une transition entre les formations forestières denses au sud et la toundra au nord.
2. Problématique du cas de déprédation de M. Beloin
2.1 Contexte général
M. Réal Beloin est un producteur d'arbres de Noël (sapin baumier et sapin Fraser) de East Hereford dans la région de l'Estrie. Il a démarré son entreprise en 1981. Sa production annuelle varie entre 30 000 et 40 000 arbres et peut même atteindre 50 000 lors des meilleures années. Sur ses 7 plantations qui s'étendent sur près de 200 hectares, il fait pousser entre 300 000 et 400 000 sapins. Il est important de préciser que 65 % de la production de sapins de Noël au Québec provient de la région de l'Estrie.
Au mois de mai 2002, ce producteur a informé la Direction de la protection de la faune de l'Estrie qu'il avait subi des dommages causés par l'orignal dans l'une de ses plantations. La plantation affectée est située sur les lots 9-A et 9-B du rang IV à East Hereford. M. Beloin a loué cette terre en 1997 pour une durée de 10 ans. La culture d'arbres de Noël y avait déjà été pratiquée durant une quinzaine d'années avant qu'il ne devienne locataire de l'endroit, mais aucun problème en lien avec les cervidés n'avait été décelé jusqu'à présent. Il craint maintenant que les ennuis ne surviennent à nouveau dans les années ,à venir. Il nous demande donc notre appui afin de l'aider à régler la situation.
Cependant, dans le cas des orignaux, la littérature ne fournit aucune solution face à la déprédation dans les plantations.
2.2 Dommages observés
À l'hiver et au début du printemps 2002, des orignaux ont ravagé la plantation de M. Beloin. Les orignaux ont brouté des ramilles de sapin occasionnant des pertes estimées par le producteur entre 30 000 et 50 000 $. Ce dernier évalue qu'environ 20 à 25 % des 15 000 arbres de ce territoire (de 5 à 6 hectares) ont été touchés par ce problème de déprédation. Les sapins abîmés par les orignaux perdent, entre autres, leur symétrie ce qui les rend pratiquement impossible à écouler sur le marché. Le producteur doit alors les laisser croître plus longtemps ce qui augmente fortement les coûts de production et, comme l'orignal peut atteindre des branches à une hauteur de près de 3 m (Alain, 1997), le problème est majeur. Les. arbres touchés doivent parfois être taillés avec un émondoir (sécateur fixé à l'extrémité d'un long manche) ce qui s'avère très dispendieux. En effet, la récolte des sapins prendrait alors beaucoup plus de temps et cette opération ne serait pas rentable pour le producteur_ M. Beloin nous a également confirmé qu'il ne renouvellera pas
son bail de location en 2007. Conséquemment, les arbres qui seront toujours endommagés ne pourront être vendus.
M. Beloin se dit prêt à investir jusqu'à 1 000 $ dans le but d'éloigner les orignaux de sa plantation et il est prêt à consacrer de son temps pour la mise en place d'une méthode d'effarouchement.
Selon les dires du producteur, la récolte des sapins de cette plantation devrait s'étaler sur une période de 3 ans. Ainsi, les pertes engendrées par les cervidés seront réparties sur plusieurs années et sont donc un peu moins difficiles .à assumer.
2.3 Période de l'année
Comme le sapin n'est pas une nourriture de premier choix pour l'orignal (Samson et al., 2002), il est fort probable que les animaux en cause aient commencé à se nourrir dans la plantation seulement vers la fin de l'hiver 2002, lorsque la nourriture en forêt est devenue plus rare. Cette hypothèse semble d'ailleurs se vérifier à l'hiver 2003, car malgré la forte densité d'orignaux dans le secteur aucun dégât important n'a été constaté et pratiquement aucune trace n'a été aperçue avant la fin du mois de mars. À partir de ce moment, les pistes d'au moins deux orignaux se sont multipliées dans la plantation et des dommages sont survenus. Selon M. Beloin, il semblerait que ces cervidés aient brouté rnajoritairement le sapin Fraser, mais il ne pouvait l'affirmer avec certitude. Au début du mois d'avril 2003, les dégâts observés n'étaient encore que superficiels, mais cette situation pourrait s'aggraver très rapidement Les orignaux vont probablement quitter le secteur aussitôt que le printemps amènera un peu de verdure à moins que le producteur ne parvienne à les effaroucher préalablement.
2.4 Situation géographique
La plantation où est survenue la déprédation causée par l'orignal est située dans une zone dominée par de grandes étendues de forêt. Le secteur est compris dans le domaine bioclimatique de l'érablière à bouleau jaune (Gouvernement du Québec, 2002). En consultant des cartes forestières de la région (1981, 1992 et 1995), on remarque que la terre louée par M. Beloin est principalement entourée par des érablières, des bétulaies à bouleau jaune, des peupleraies et des sapinières. Dans ces peuplements, on retrouve des endroits où la densité de tiges est très forte, ce qui procure de bons couverts de protection aux orignaux. On observe également des peuplements plus ouverts et quelques zones de coupe
forestière dans lesquelles se dresse une régénération mélangée de 1,5 à 7 m de hauteur.
Ces dernières fournissent habituellement de la nourriture facilement accessible et très abondante. Cette région possède un relief montagneux qui fournit possiblement des refuges de choix pour l'orignal. Les vallées sont parcourues par de nombreux petits cours d'eau. Il y a également quelques zones marécageuses à proximité de la plantation de M. Beloin. Les grands cervidés trouvent donc tout ce dont ils ont besoin pour assurer leur survie. De plus, les salines aménagées par les chasseurs sont des lieux d'approvisionnement en minéraux intéressants pour l'orignal. Par contre, nous ne sommes pas en mesure de préciser si des salines se trouvent à proximité de la plantation de M. Beloin. L'habitat peu fragmenté que l'on retrouve à East Hereford possède toutes les caractéristiques pour accueillir de bonnes populations d'orignaux.
2.5 Densités d'orignaux
Les densités d'orignaux sont très fortes dans le sud-est de l'Estrie. Un inventaire aérien a été réalisé dans la zone de chasse 6 (voir figure 3) à la fin du mois de février et au début du mois de mars 2002. Un grand secteur comprenant 7 parcelles de 60 km2 chacune situées autour de la plantation a d'ailleurs, été couvert. Cette région englobe pratiquement
Figure 3 : Carte des zones de chasse du Québec
tout le territoire des municipalités d'East Hereford, de Saint-Venant-de-Paquette et de Saint- Herménégilde, ainsi qu'une partie des municipalités de Saint-Malo, de Saint-Edwidge-de- Clifton et de Dixville (voir figure 4). Cet inventaire a permis de recenser 224 orignaux au total dont 105 femelles, 26 mâles, 92 faons et 1 individu dont le sexe et l'âge n'ont pu être déterminés, pour une densité de 5,33 orignaux/10 km2 d'habitat pour cette portion de la zone 6. Cependant, pour l'ensemble de cette zone de chasse, incluant le précédent secteur, la densité est plutôt de 2,35 orignaux/10 km2 d'habitat. Une telle densité n'avait encore jamais été mesurée lors d'inventaires aériens de la zone 6. Il faut préciser que seule la chasse à l'arc est autorisée dans cette zone. On remarque également que depuis 1999, les récoltes d'orignaux ont plus ou moins doublé dans ce secteur par rapport aux 10 années précédentes. De façon générale, pendant cette même période, le succès de chasse (nombre d'orignaux récoltés/nombre de permis vendus) a aussi augmenté. ll semble donc que les populations actuelles d'orignaux de cette zone soient en bonne condition. Durant l'inventaire aérien de 2002, des orignaux auraient été aperçus dans la plantation de M. l3eloin ou dans ses alentours immédiats.
rnius Périmètre des parcelles d'inventaire Nombre d'orignaux observés dans. la
• parcelle
Figure 4 - Carte topographique à l'échelle 1:250 000 montrant 7 parcelles de l'inventaire aérien 2002 situées à proximité de la plantation de M. Beloin
2.6 Enneigement
L'orignal est rarement limité dans ses déplacements à moins que l'enfoncement dans la neige ne dépasse 1 mètre (Banfield, 1974). Selon les données disponibles pour l'hiver 2002 (Environnement Québec, 2002), la couche de neige dans les diverses stations de
relevés nivométriques en Estrie n'a pas dépassé 60 cm. Les mesures sur l'épaisseur de la neige sont prises chaque année dans 209 stations du Québec, à partir de la fin du mois de janvier jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de neige au sol. Ces stations sont habituellement aménagées en forêt La station nivométrique la plus près de la municipalité de East Hereford est celle de Saint-Malo. Elle est située sensiblement à la même altitude que la plantation de M. Beloin. Les conditions hivernales y sont très semblables. En 2002, cette station a atteint une épaisseur de neige au sol maximale de 46,5 cm et, selon les données enregistrées depuis une trentaine d'années, cet endroit accumule rarement plus de 60 cm de neige. Les données fournies par Environnement Québec indiquent que la plus forte médiane obtenue en Estrie (calculée grâce à 41 ans de compilation de données) est de 67,8 cm d'accumulation. On peut ainsi supposer que dans cette région l'épaisseur du manteau nival en forêt ne dépasse-pratiquement jamais 1 mètre. Les orignaux ne sont donc pas confinés durant la saison froide et ils peuvent se déplacer aisément sur tout le territoire pour trouver de la nourriture.
21
Problème récentPourquoi les orignaux n'ont-ils fait des dégâts dans la plantation qu'à l'hiver 2002 ? On sait maintenant que la couverture de neige ne les a vraisemblablement jamais limités dans leurs déplacements. Ces cervidés auraient donc très bien pu faire des dommages dès le moment où M. Beloin a mis en terre ses sapins et même, dans la plantation du précédent producteur. Cependant, la densité d'orignaux déterminée pour la zone 6 en 1993 n'était que de 0,41 or./10 km2 d'habitat. Par conséquent, la nourriture en forêt était probablement suffisante pour l'ensemble du cheptel et il ne valait pas la peine pour eux de s'exposer au froid et aux prédateurs en milieu ouvert.
Il est aussi possible que l'orignal ne s'intéresse pas aux plants trop petits qui peuvent parfois être totalement enfouis sous la neige, et qui sont plus difficiles à atteindre pour un mammifère de grande taille. De plus, les jeunes sapins produisent une importante quantité de composés secondaires pour assurer leur croissance, ce qui leur donne un goût désagréable et les rend très difficiles à digérer (Samson et al., 2002 ; Aber et Melillo, 2001).
Ces produits peuvent même devenir toxiques pour l'animal lorsque consommés en grande quantité. L'orignal ne choisirait donc de se nourrir dans une plantation de sapins qu'en tout dernier recours,
2.8 Législation
Plusieurs propriétaires aux prises avec un problème semblable croient que la solution réside dans l'abattage des animaux déprédateurs. À ce sujet, l'article 67 de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune mentionne ce qui suit :
67. Une personne ou celle qui lui prête main forte ne peut tuer ou capturer un animal qui l'attaque ou qui cause des dommages à ses biens ou à ceux dont elle a la garde ou est chargée de l'entretien lorsqu'elle peut effaroucher cet animal ou l'empêcher de causer des dégâts_
En vertu de cette loi, il est interdit d'abattre un orignal qui cause des dommages, en dehors de la saison de chasse, puisqu'il est possible de le tenir à l'écart avec une clôture par exemple (voir l'annexe 1 qui présente la démarche à suivre lors d'un cas de déprédation_:
occasionné par le cerf de Virginie, mais cette procédure peut aussi s'appliquer pour l'orignal). L'article 165 de cette même loi prévoit des pénalités pour quiconque contrevient à l'article 67 concernant le gros gibier. En effet, pour une première offense, le contrevenant est passible d'une amende d'au moins 500 $ et d'au plus 1 475 $. En cas de récidive, l'amende minimale est augmentée et le juge peut condamner la personne tenue coupable à une peine d'emprisonnement d'au plus 90 jours.
En ce qui a trait au cas de M. Beloin, il est peu probable que l'élimination d'un petit nombre d'orignaux dans un secteur restreint apporte des résultats concrets à moyen ét long terme, car la densité de ces bêtes y est trop importante (Bélanger et al., 2000).
2.9 Pression de chasse
On sait également que la pression de chasse est assez faible à cet endroit. En effet, le Club de chasse et pêche Hereford Inc. compte uniquement une cinquantaine de membres qui chassent l'orignal. Ce club fait partie des organismes sous protocole d'entente en vertu des articles 36 et 37 de la Loi sur la conservation et fa mise en valeur de la faune.
Dans l'ensemble du territoire du club, seulement 11 orignaux ont été abattus en 2002.
Cela représente une exploitation d'à peine 5 % du cheptel d'orignaux en présence dans le secteur. Il faut mentionner que seule la chasse à l'arc est permise dans la zone 6_
Cependant, durant la saison de chasse 2002, deux permis spéciaux de chasse à la carabine ont été émis exceptionnellement à des fins de gestion pour contrer la déprédation. Ainsi, un
permis a été remis à M. Beloin et l'autre à une personne handicapée de la région. Ils ont permis la récolte de 2 des 11 orignaux abattus sur le territoire du club de chasse.
La chasse sur une grande superficie (plusieurs centaines de kilomètres carrés) reste la seule et la meilleure façon de contrôler adéquatement une population animale tout en assurant une saine gestion du cheptel faunique (Bélanger et al., 2000). On aurait donc avantage à augmenter !a pression de chasse dans ce secteur afin de régler le cas de déprédation de M. Beloin ou, à tout le moins, pour réduire les dégâts causés par les orignaux. Toutefois, le plus important propriétaire des lieux, qui possède environ 5 500 des 8 100 hectares sous le protocole du club de chasse, ne donne quasiment pas accès à ses terres. En fait, il refuse que des véhicules motorisés circulent sur ses terres, ce qui nuit considérablement à la récupération des bêtes abattues. Lorsque les accès à ce grand territoire demeurent fermés aux chasseurs, une grande partie du cheptel de ce secteur reste inexploité. De plus, il est possible qu'un bon nombre d'orignaux y trouvent refuge en raison de la tranquillité et ne se redistribuent qu'après la saison de chasse_ Cela ne nous aide en rien à améliorer la situation du présent cas de déprédation.
Le club de chasse ne peut pas augmenter le nombre de ses chasseurs tant et aussi longtemps qu'il n'arrivera pas à s'entendre avec le propriétaire en question. À ce sujet, une rencontre a eu lieu au mois de mars dernier entre le club de chasse, la Société de la faune et des parcs du Québec (FAPAQ) et le représentant du propriétaire afin d'examiner la possibilité de déverrouiller les barrières durant la chasse, et ainsi, répartir la pression de chasse plus uniformément. Les divers intervenants en sont venus à une entente. Les barrières seront donc ouvertes aux chasseurs durant la saison de chasse à l'orignal et, en échange, le club s'engage à faire respecter de façon rigoureuse les conditions du propriétaire_
2.10 Autochtones
Il serait possible d'émettre des permis spéciaux aux conseils de bande d'Odanak et de Wôlinak de la nation abénaquise afin qu'ils puissent récolter des orignaux dans les limites de la plantation durant la saison hivernale. Ainsi, les orignaux abattus seraient directement liés au problème de déprédation de M. Beloin. De plus, les Abénaquis ont une entente avec le gouvernement du Québec qui leur permet d'abattre légalement 10 orignaux pendant l'hiver. Cette pratique doit toutefois être effectuée dans leur secteur d'activité, qui inclut une partie de la région de l'Estrie (voir annexe 2). De toute évidence, ces autorisations peuvent
être émises préférentiellement pour des zones ou des secteurs à problème (cas de déprédation, collisions routières nombreuses, etc.). Dans le cas contraire, les autochtones peuvent récolter ces orignaux sur les terres publiques ou sur les terres privées (moyennant l'accord des propriétaires) situées dans raire de pratique décrite dans l'entente.
Il y a cependant des objections quant à l'attribution de tels permis. Les membres du Club de chasse et pêche Hereford inc. s'opposent vigoureusement à l'intervention des Abénaquis dans ce dossier. Ils affirment avoir fait de nombreux sacrifices pour obtenir de bonnes conditions de chasse et ils ne veulent pas que ce soit des étrangers qui en profitent.
M. Beloin qui ne veut pas se faire d'ennemis parmi les gens de la région et les membres du club de chasse voudrait envisager d'autres solutions. Toutefois, la décision finale revient au propriétaire des lieux et non au locataire. Si la Société de la faune et des parcs du Québec considère que c'est une solution adéquate dans les circonstances, elle pourrait émettre les permis aux Abénaquis avec l'accord du propriétaire.
3. Autres cas de déprédation similaires
31 Orignal
Au Québec, les principaux dommages attribuables aux orignaux sont les collisions avec des véhicules, les incursions en milieu urbain et les attaques sur des humains (Alain, 1997). Il semble que la déprédation dans une plantation de sapins n'ait jamais été rapportée dans cette province avant le cas de M. Beloin. Le guide de Gabriel Alain (1997) mentionne que le broutement dans les pépinières, les plantations et les terrains privés est peu probable compte tenu des faibles densités d'orignaux au Québec et de leurs contacts peu fréquents avec les zones développées. On sait par contre que cet animal cause, en de rares occasions, des dégâts dans les érablières en endommageant le système de tubulures lors de ses déplacements. Il y a d'ailleurs un cas semblable qui est survenu récemment dans la région du Bas-Saint-Laurent.
Aucun autre cas de déprédation par l'orignal dans des plantations d'arbres ou d'arbustes ornementaux n'aurait été documenté à ce jour en Amérique du Nord. On sait cependant que cet animal cause des dégâts importants aux plantations de pin sylvestre (Pinus sylvestris) en Scandinavie au nord de l'Europe (Heikkilâ, 1990). Cette essence
elle est aussi rune des plus commercialisées (Bergqvist et al., 2001). Afin de prévenir les dommages causés aux pins par ces cervidés, certaines études recommandent de procéder à une coupe sélective dans la plantation et aux abords de celle-ci (Hârkônen, 1998). Les arbres et arbustes décidus que ces animaux préfèrent sont retirés dans le but d'éloigner les orignaux de la plantation. Toutefois, cette méthode ne fait pas l'unanimité auprès des chercheurs puisque la seule nourriture abondante que l'on trouve dans le secteur est alors le pin sylvestre.
3.2 Cerf de Virginie
Il existe beaucoup plus de documentation sur les cas de déprédation causés par le cerf de Virginie. On rapporte d'ailleurs énormément de dommages perpétrés par ce cervidé dans les vergers, les pépinières, les grandes cultures, les plantations, les jardins et les arbres ornementaux tant au Canada qu'aux États-Unis. Une vaste gamme de techniques (répulsifs gustatifs ou odorants, dispositifs sonores etiou visuels, clôtures diverses, abattage, relocaiisation, etc.) ont été expérimentées pour tenter d'enrayer ces problèmes (Alain, 1997).
On retient principalement deux méthodes efficaces soit la chasse et l'exclusion grâce aux clôtures. Lorsque les dégâts sont sérieux et qu'ils engendrent des pertes considérables, la clôture est connue comme étant le seul moyen de protection durable et réellement efficace contre les cerfs. Cependant, les coûts d'installation sont élevés et elle requiert un entretien fréquent. Quant à la chasse, elle s'avère être la solution la moins coûteuse et la seule façon rationnelle d'exercer un contrôle sur le niveau des populations qui pourrait permettre de limiter les dommages.
3.3 Wapiti
Dans l'ouest canadien, la déprédation dans les grandes cultures est principalement perpétrée par le wapiti (Cervus canadensis). Les solutions mises sur pied jusqu'ici sont l'abattage d'un grand nombre d'individus et la méthode de capture et relocalisation. Ces moyens semblent très efficaces à court terme, mais le problème survient de nouveau quelques semaines ou mois plus tard. De plus, la technique de capture et relocalisation est extrêmement dispendieuse. Elle nécessite du matériel spécialisé et la participation de gens hautement qualifiés. Les cultivateurs des provinces de l'Ouest canadien peuvent parfois se permettre d'utiliser ces méthodes puisqu'ils obtiennent le support du gouvernement pour les aider à résoudre les cas de déprédation. Il n'est pas concevable pour un producteur de défrayer ces coûts sans une contribution semblable.
4. Solutions envisageables
La recherche de solutions est souvent une étape difficile lorsqu'on fait face à un cas de déprédation. Certaines solutions à efficacité reconnue sont parfois inapplicables selon les circonstances. Il faut donc traiter chaque cas de déprédation en fonction des contraintes du milieu et des exigences du propriétaire.
Il est essentiel que toute intervention effectuée à l'endroit des animaux déprédateurs soit orientée vers la mise en valeur et la conservation des ressources (Alain, 1997). Les méthodes visant à éliminer les individus indésirables devraient toujours s'effectuer dans un cadre légal durant la période de la chasse, de même qu'en fonction de l'usage à une fin quelconque du spécimen (consommation, peaux, etc.).
4.1 Augmentation de la pression de chasse
La chasse est un excellent moyen pour contrôler de façon adéquate le niveau des populations d'orignaux (Bélanger et al., 2000). Cette méthode peut être envisagée pour aider à la résolution d'un cas de déprédation. Toutefois, la chasse ne doit pas être effectuée seulement sur la terre à protéger et dans les alentours immédiats de celle-ci. Il faut absolument que la superficie couverte par les chasseurs fasse plusieurs centaines de kilomètres carrés si l'on veut que la déprédation cesse ou diminue fortement. Dans le cas contraire, la chasse ne fait que libérer le territoire afin que d'autres orignaux viennent s'y établir. De plus, il est préférable que la pression de chasse soit répartie plus ou moins uniformément dans tout le secteur visé.
Pour augmenter la pression de chasse près d'une zone problématique, la collaboration d'un grand nombre de personnes est nécessaire. Il faut attirer de nouveaux chasseurs et convaincre les propriétaires fonciers de la région de permettre l'accès à leurs terres durant la période de chasse. Cela demande beaucoup de temps et d'organisation. De plus, les chasseurs doivent comprendre que leur désir de préserver une qualité de chasse élevée peut entraîner des dommages importants aux propriétés avoisinantes. Cette démarche a l'avantage de n'engendrer que d'infimes dépenses et elle peut aider à la résolution d'un problème de déprédation.
Dans le cas de M. Beloin, l'augmentation de la pression de chasse est une mesure qui doit être mise de l'avant. Les démarches ont d'ailleurs été amorcées avec le club de chasse Hereford inc. et un important propriétaire foncier de East Hereford. Le nombre de chasseurs d'orignaux devrait donc croître dès l'automne 2003 dans ce secteur.
4.2 Autochtones
Comme la densité d'orignaux est élevée dans cette région, probablement que l'abattage de quelques bêtes (2) en période hivernale (hors saison) ne réglerait le problème qu'à court terme seulement. En effet, avec l'effet de débordement, d'autres grands cervidés prendront possiblement la place de ceux qui ont été récoltés en peu de temps. Cependant, cette mesure permettrait de récolter les orignaux directement en cause dans le problème de M. Beloin. De plus, pour l'année de son application, elle permettrait sûrement d'éviter que les sapins de ce producteur soient broutés puisque les orignaux ne s'y attaquent que pendant un court laps de temps. Cette méthode a aussi l'avantage de n'engendrer aucun coût pour le producteur.
En émettant deux permis aux Abénaquis dans les limites de la plantation, on permet d'aider à la résolution d'un problème tout en fournissant un secteur de chasse intéressant aux autochtones. Cependant, les membres du club de chasse Hereford inc. sont en complet désaccord avec l'intervention des Abénaquis même s'ils sont conscients que cela pourrait aider à diminuer les pertes dues à la déprédation par l'orignal.
Même si la récolte de deux orignaux par les autochtones s'avère une solution envisageable dans le cas de M. Beloin vu ses incontestables avantages, il vaut mieux considérer d'autres mesures de protection afin de conserver de bonnes relations avec le producteur et le club de 'liasse_
4.3 Répulsifs odorants ou gustatifs 4.3.1 Description
Les répulsifs sont des produits naturels ou artificiels qui misent sur des composés chimiques (suif, thirame, capsaicine, etc.) pour éloigner les animaux indésirables. Ces produits possèdent un goût ou une odeur particulièrement désagréables. Il en existe une grande variété conçue spécialement pour les cervidés, notamment pour le cerf de Virginie.
4.3.2 Mise en garde
La plupart des répulsifs qu'ils soient odorants ou gustatifs ne procurent pas de résultats satisfaisants à long terme. En effet, la durée de protection de ces produits, quoique très variable, se situe généralement entre 0 et 14 semaines (Alain, 1997 ; Natte, 1998). De plus, même avec l'utilisation des répulsifs reconnus comme étant les plus efficaces, des dommages surviennent. Ils ne permettent donc en aucun cas d'éliminer totalement le problème, mais ils peuvent permettre de réduire les dégâts durant les périodes où les arbres sont les plus vulnérables (Norte, 1998). Généralement, ces produits ne permettent pas une réduction des dommages supérieure à 50 % (Alain, 1997)_ Il faut aussi noter qu'ils sont normalement inefficaces lorsque les animaux sont en période de famine.
4.3.3 Recommandations
Néanmoins, on peut augmenter l'efficacité des répulsifs en les appliquant avant que les dommages ne surviennent car, par la suite, il est extrêmement difficile de modifier le comportement des cerfs ou des orignaux. Il faut généralement épandre ces produits de façon périodique. Il est aussi nécessaire de reprendre l'application du produit après une pluie puisque la plupart des répulsifs sont solubles. On conseille d'appliquer les répulsifs odorants à des températures supérieures à 0°C_ Ainsi, lorsque des dégâts sont faits en hiver, il vaut mieux opter pour des produits qui agissent au niveau du goût. Il est important de noter que les répulsifs commerciaux, sauf le Hinder, ne peuvent être appliqués que sur les parties non comestibles des plantes servant pour la consommation humaine.
De nombreux répulsifs (produits commerciaux et méthodes artisanales) ont fait l'objet de recherches et/ou sont à l'étude, mais il n'en existe encore aucun qui s'est avéré suffisamment efficace pour protéger une grande superficie à moyen terme. Il semblerait que les produits qui sentent les oeufs en putrescence soient parmi ceux qui donnent les meilleurs résultats (Alain, 1997). On recommande d'utiliser ces produits uniquement sur de petites superficies (arbustes et arbres ornementaux).
4.3.4 Méthodes artisanales
Les méthodes artisanales sont très diversifiées (Bélanger et al., 2000 ; Anonyme, 2001):
les cheveux humains;
les excréments da prédateurs;
- le savon;
les oeufs putrescents;
- les boules à mites;
- le poivre de Cayenne;
l'assouplissant en feuilles;
- le guano;
- le sang;
le détergent. domestique;
- l'ammoniac;
- le goudron;
- l'huile d'ail;
- les infusions de tabac à mâcher;
- la sauce TabasCo;
- etc.
En fait, toutes ces méthodes peuvent fonctionner pendant un court laps de temps puisque les cervidés craignent tout ce qui est nouveau ou inhabituel dans leur environnement. Cependant, les résultats obtenus avec celles qui ont été testées (cheveux humains, fèces d'animaux, savons, etc.) sont peu concluants (Alain, 1997). On ne peut se fier à ces moyens pour protéger une culture de grande valeur. Ils peuvent par contre servir à la protection de quelques arbres ou arbustes.
Les produits sont souvent contenus dans des sacs attachés aux branches à 1 mètre ou moins les uns des autres. Ils nécessitent donc beaucoup d'efforts et de temps. Les méthodes artisanales sont encore employées à l'occasion en raison de leur faible coût.
4.3.5 Produits commerciaux
L'efficacité que les fabricants prétendent à leur produit peut être grandement réduite selon les modalités d'application, l'espèce à protéger, la pression de déprédation et les conditions météorologiques (Bélanger et al., 2000).
Étant donné que les produits commerciaux sont coûteux, ils sont surtout appropriés dans les cas où la pression de déprédation n'est pas trop élevée, par exemple, lorsque la présence des cervidés est passagère, lorsqu'il existe une source alternative de nourriture ou encore lorsqu'elle survient sur une petite superficie (Alain, 1997). Il ne faut pas oublier que si les cervidés sont dans une période de pénurie de nourriture, les répulsifs ne seront probablement d'aucune utilité.
4.3.6 Études scientifiques
Une étude de Conover en. 1984 révélait que sur 6 répulsifs fréquemment utilisés seulement 3 donnaient des résultats satisfaisants (Beringer et al., 1994). Il s'agit de Deer Away ou Big Game Repeilent (BGR), Hinder et Thiram. D'autres recherches menées sur des cerfs en captivité ont montré que sur 14 répulsifs testés seul Deer Away (BGR) permettait de réduire considérablement les dommages. Toutefois, ce produit est le plus dispendieux d'entre tous.
Les producteurs d'arbres de Noël utilisent couramment le répulsif Hinder parce qu'il montre une certaine efficacité, il n'est pas trop cher et il s'applique facilement à l'aide d'un pulvérisateur (Beringer et al., 1994). Cependant, celui-ci est très sensible aux conditions climatiques. Par exemple, lorsque la température descend sous 0°C, ce produit connaît une forte baisse d'efficacité.
Il est difficile de se faire une idée précise sur l'efficacité des divers répulsifs odorants ou gustatifs parce que la plupart des études ne donnent qu'une appréciation qualitative du produit.
4.3.7 Coût approximatif
Il n'est pas facile de prévoir les coûts reliés à l'emploi des répulsifs odorants ou gustatifs, car les modalités d'application changent d'un produit à l'autre. De plus, les quantités à épandre varieront grandement en fonctions des conditions climatiques. Toutefois, une liste de prix simplifiée a été dressée afin de permettre aux producteurs de comparer les principaux produits commerciaux entre eux (voir tableau 2).
On trouve des répulsifs dans la plupart des pépinières, dans certaines quincailleries et coopératives agricoles.
4.3.8 Conclusion
Comme les dommages surviennent dans la plantation de M, Beloin lorsque l'orignal est en période de disette, il n'est pas recommandé d'utiliser les répulsifs odorants ou gustatifs. De plus, ces produits sont recommandés pour protéger de petites surfaces et non une plantation de plusieurs hectares. Les répulsifs commerciaux sont généralement trop
Tableau 2 : Coût et efficacité de divers répulsifs commerciaux
Ingrédient actif Coût approximatif (en
$ CA) par application
Efficacité à court terme RéPulsifs odorants
Deer Away (BGR) !solides
d'oeufs
putrescents 1120 Vila grandeHinder sels d'ammonium 360 $/ha moyenne
Répulsifs_gustatifs
Miller Hot Sauce Capsaicine
1 45 $Iha I faible RO-PEL Bénzyldiéthyl ammonium saccharide 375 $/ha ' faible S koot thirame (bisulfure de tétreméthylthiuram) 870 $/ha moyenne Thiram thirame (bisulfure de tétreméthylthiuram) 950 $/ha moyenne Répulsif odorant et gustatif
Deer Off !Inconnu r 610 $/ha t ---
Sources: Alain, 1997 ; Colorado State University Cooperative Extension, 1995
4.4 Urine de prédateurs
Il
est aussi possible d'essayer d'éloigner les orignaux de la plantation de sapins avec de l'urine de prédateurs comme celle de coyote ou de loup. Cette technique paraît assez efficace à court terme, mais il semble que les cervidés, du moins le cerf de Virginie, s'y habituent Lorsque ces animaux se rendent compte qu'il n'y a pas de réel danger associé à cette odeur, ils retournent sur les lieux sans trop d'hésitation.L'urine de prédateurs est aussi un répulsif odorant, mais en raison de l'efficacité que certains lui allèguent et de son coût peu élevé, elle se trouve dans une classe à part.
4.4.1 Données disponibles
Il existe un produit nommé « Wolfin » qui est à base d'urine de loup (Jolicoeur et al., 1996). En fait, l'urine est mélangée à une gelée qui empêche l'évaporation trop rapide du produit et le tout se présente dans une capsule de plastique perméable. L'odeur se dégage de la capsule pendant 6 à 7 mois. Ce produit ne s'est pas avéré efficace auprès de cerfs de Virginie en enclos mais au Québec il n'a jamais été testé avec des cervidés à l'état sauvage.
Cependant, les capsules de « Wolfin » semblent avoir fait leur preuve pour éloigner les orignaux du bord des routes en Scandinavie.
D'autres études qui ont été menées avec le cerf mulet (Odocoileus hernionus) en captivité arrivent à des résultats positifs quant à l'effarouchement des cerfs avec de l'urine
(Alain, 1997). Il y a donc une majorité de publications qui montrent l'efficacité de cette méthode. Cependant, on n'a que des données qualitatives sur le sujet.
4.4.2 Recommandations
L'urine de loup est la plus fortement conseillée pour éloigner les orignaux.
Cependant, dans certaines régions, le loup ne peut exercer une pression de prédation auprès de l'orignal puisqu'il y est absent. Dans ce cas, l'urine de loup risque de donner de moins bons résultats. On peut donc essayer plusieurs types d'urine (coyote, loup, couguar, etc.) afin de déterminer la plus efficace.
On peut probablement augmenter l'efficacité de cette méthode en ajoutant des silhouettes de canidés dans le secteur à protéger. On pourrait aussi essayer de mettre des drapeaux ou d'autres objets induisant du mouvement en plus de l'urine afin d'effrayer les orignaux. Ces différents objets doivent être déplacés au moins une fois par semaine pour éviter que les cervidés ne s'y habituent rapidement. Ils ne doivent pas être placés trop en hauteur, car les cervidés n'ont pas tendance à regarder vers le haut. Pour obtenir de meilleurs résultats, l'odeur devrait être appliquée avant que les dommages ne surviennent.
4.4.3 Inconvénients
L'utilisation d'urine de prédateurs comporte cependant certains inconvénients. En effet, ce produit doit être appliqué de nouveau après chaque bonne pluie et il est difficile à trouver sur le marché canadien. On sait cependant qu'il est possible d'en acheter aux États- Unis (www.predatorpee.com). On peut également essayer de se procurer de l'urine de canidés auprès de la Fédération des trappeurs gestionnaires du Québec (FTGQ). Cette méthode n'a pas encore fait ses preuves auprès des cervidés nord-américains, mais elle mériterait qu'on s'y attarde un peu plus.
4.4.4 Coût approximatif
L'urine de loup commerciale se vend environ 75 $ canadiens le litre, tandis que l'urine de coyote est plus près de 55 $/litre. Son application ne requiert qu'une petite quantité de produit. Cette méthode est donc beaucoup moins onéreuse que l'emploi de répulsifs odorants ou gustatifs.
4.4.5 Conclusion
Bien que cette technique n'ait pas fait l'objet de nombreuses études, elle est probablement assez efficace pour tenir les orignaux à l'écart durant quelques jours ou quelques semaines: Dans le cas de M. Beloin, l'utilisation de l'urine de prédateurs serait tout à fait appropriée. Cette solution est simple et peu dispendieuse. De plus, un suivi régulier permettrait d'obtenir des résultats concrets sur son efficacité.
4.5 Canons à gaz 4.5.7 Description
Les canons à gaz (voir figure 5) sont des dispositifs qui fonctionnent ordinairement au propane et qui créent à intervalles déterminés de puissantes détonations (par combustion du gaz) visant à effaroucher les animaux (Davis et al., 2000). Ils sont principalement utilisés pour faire fuir les oiseaux des champs cultivés, des sites d'enfouissement de déchets et des piscicultures. Les sons produits sont semblables à des coups de fusil. On peut régler
Figure 5 : Modèle de canon à gaz rotatif à détonation double
Source : RELLE, 2002
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l'intervalle entre les détonations grâce à une minuterie automatique. Certains modèles de canons peuvent être ajustés à des intervalles irréguliers avec une rotation de l'appareil après chacune des détonations. Ainsi, le dispositif se met en mouvement, ce qui peut effrayer les animaux indésirables, et les coups successifs sont tirés dans différentes directions pour éviter l'accoutumance. Il est aussi possible de remplacer la minuterie par des détecteurs de mouvement. Dans ce cas, le canon ne fait feu qu'en présence d'animaux.
4.5.2 Efficacité
Ces appareils ont une efficacité de 0 à 6 semaines auprès du cerf de Virginie, selon la pression de déprédation et le modèle choisi (Belant et al., 1996). Lorsque cet animal comprend que le dispositif utilisé n'est pas une menace, il s'en approche sans aucune crainte. Toutefois, il est possible que les canons éloignent l'orignal du secteur plus longtemps puisque celui-ci est un animal plus craintif que le cerf. Les canons à gaz offrent généralement une bonne protection face aux cervidés sur une superficie de 5 à 10 hectares,
Les canons à gaz sont plus efficaces auprès des cervidés dans les zones où il est permis de les chasser à l'amie à feu (Davis et al., 2000). On sait également qu'ils donnent de meilleurs résultats s'ils produisent des détonations à des intervalles irréguliers et s'ils sont déplacés tous les deux ou trois jours. De plus, le risque d'accoutumance est moins élevé avec ceux qui sont déclenchés par des détecteurs de mouvement. Les modèles les plus simples qui ne font aucun mouvement et qui tirent à intervalles réguliers sont efficaces seulement quelques jours (moins d'une semaine) auprès des cerfs de Virginie (Belant et al., 1996).
4.5.3 Inconvénients
Les canons à gaz ont une durée d'efficacité limitée et ils ne peuvent être utilisés à proximité des habitations. Lorsqu'ils sont utilisés pour éloigner des cervidés, ils doivent fonctionner même durant la nuit, ce qui peut être très dérangeant pour les gens qui habitent aux alentours. L'appareil doit normalement se trouver à plus de 300 m des résidences les plus proches.
4.5.4 Coût approximatif
On peut se procurer ces appareils à partir de 645 $ canadiens pour un système simple avec minuterie. Cependant, le prix varie grandement selon les différents modèles et peut atteindre jusqu'à 2 000 $. On connaît seulement deux détaillants québécois qui fournissent des modèles de canons soit Aquipro et Distribution Aqua-Fauna.
4.5.5 Chasseur mécanique
Le chasseur mécanique ou chasseur-tournant Agri-SX est un engin semblable aux canons à gaz. Il s'agit en fait de 2 canons au propane surmontés d'une silhouette de chasseur très visible installée sur une base rotative. Le chasseur se déplace donc quand des détonations se font entendre. Il est réglé pour produire 2 détonations semblables à des coups de fusil à chaque 15 minutes, mais on peut modifier facilement cette fréquence. Il semble très efficace pour éloigner les oiseaux et la plupart des mammifères. Selon le fabricant, ce dispositif procure une protection sur un territoire de 10 à 100 ha selon l'espèce animale à effaroucher.
Il est utilisé dans de nombreux aéroports, sites d'enfouissement sanitaire, champs agricoles et piscicultures. Cependant, cet appareil coûte plus de 4 600 $.
4.5.6 Conclusion
Quoique le chasseur mécanique soit trop dispendieux pour M. Beloin, les modèles plus simples de canons à gaz représentent une alternative intéressante dans sa situation. En effet, étant donné que les orignaux ne causent des dommages dans sa plantation que sur une courte période de temps, ces appareils efficaces à court terme devraient suffire à protéger les lieux. Toutefois, il serait préférable d'opter pour un canon qui est mobile et qui produit des détonations à intervalles irréguliers.
4.6 Autres dispositifs sonores et visuels
Les autres dispositifs sonores comme les ultrasons, les sirènes et les enregistrements électroniques ne procurent généralement qu'une protection de courte durée face au cerf de Virginie_ Différents dispositifs ultrasonores dotés de détecteur. de mouvement ont d'ailleurs été mis à l'essai récemment (Davis et al., 2000). Dans le meilleur des cas,
l'appareil a permis de réduire les dommages durant une semaine, tandis que les autres ont simplement rendu les cerfs nerveux et en état d'alerte sans pour autant les empêcher de se nourrir.
Les dispositifs visuels (feux à éclats, ballons, assiettes d'aluminium, banderoles, jets de lumière, etc.) n'ont pas beaucoup d'influence sur le comportement des cerfs (Davis et al., 2000). Ils sont habituellement inefficaces pour éloigner les cervidés.
Les dispositifs pyrotechniques, qui sont aussi des répulsifs sonores et visuels, comprennent une gamme de projectiles d'effarouchement dont les projectiles détonants, sifflants ou éclairants, les pétards et les fusées (Davis et al., 2000). Ils sont tirés au fusil de chasse, au pistolet de départ ou au pistolet lance-fusées. Les cartouches détonantes et les pétards produisent un bruit semblable à un coup de fusil, tandis que les cartouches sifflantes font un bruit continu accompagné d'éclairs. Ces dispositifs sont efficaces, mais les animaux peuvent s'y habituer. Leur principal inconvénient est qu'ils demandent continuellement la présence d'une personne sur place. Ce moyen doit donc être jumelé à d'autres techniques pour qu'il soit envisageable de l'utiliser dans une grande culture. La pyrotechnie est parfois employée dans les aéroports, mais elle n'est pas adaptée pour les plantations, les champs agricoles et les vergers.
Il existe un exemple concret montrant que le cerf de Virginie peut aisément s'adapter aux bruits et aux mouvements. À la base aérienne Eglin en Floride, les cerfs broutaient l'herbe entre les pistes et ils les traversaient pendant que des avions à réaction s'apprêtaient à décoller (Davis et al., 2000). La mise en marche de la postcombustion, qui produit pourtant un bruit assourdissant, et le passage à très haute vitesse des avions n'attiraient même pas l'attention des cerfs qui continuaient de se nourrir. Cela illustre bien que ces animaux s'accoutument facilement aux bruits et aux mouvements reliés aux activités humaines. Par contre, l'orignal est un animal plus craintif que le cerf de Virginie et il s'habituera probablement moins rapidement aux dispositifs qui tentent de l'effrayer. Cependant, il est plus têtu que le cerf. Il ne sera donc pas facile à déloger une fois qu'il aura commencé à causer des dommages.
Les dispositifs sonores etiou visuels autres que les canons à gaz ne sont pas recommandés pour effaroucher les cervidés. Selon les tests faits auprès du cerf de Virginie, ils sont soit totalement inefficaces, soit inutilisables sur une grande superficie. Même si