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I.D.E, commerce Nord-Sud et principe de correspondance. Une approche ricardienne

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(1)

I.D.E, commerce Nord-Sud et principe de correspondance Une approche ricardienne

Mohamed Saadi*

Université de Marne-la-Vallée, O.E.P Juin, 2006

Résumé

Le but de cet article est d’introduire le mouvement international de capital sous sa forme spécifique d’investissement direct à l’étranger (I.D.E) et d’examiner son impact sur les échanges Nord-Sud dans le cadre du modèle ricardien à deux biens et à deux pays. Partant des travaux de Sasaki, Negishi, Kojima, Lee et Ozawa, nous développons un modèle ricardien avec I.D.E Nord Sud. Nous montrons que l’émergence du prix international, à la suite de l’ouverture commerciale, crée des différences dans les taux de profit entre les secteurs comparativement avantagés et ceux comparativement désavantagés. Nous retrouvons le principe de correspondance développé par Kojima et reformulé par Lee dans le cadre d’un modèle Heckscher-Ohlin qui stipule que le secteur comparativement avantagé dans chaque pays possède le taux de profit le plus élevé. Nous montrons que la divergence des taux de profit à la suite de l’ouverture commerciale génère l’I.D.E qui à son tour renforce les avantages comparatifs. La correspondance entre les taux de profit et les avantages comparatifs nous permet ainsi de justifier une relation de complémentarité entre I.D.E et commerce international

Mots clés:

Commerce Nord Sud, avantage comparatif ricardien, investissement direct étranger, taux de profit.

Classification JEL : F11, F21, O30

* Université de Marne-La-Vallée (O.E.P) Cité Descartes, 5 boulevard Descartes, Champs-sur-Marne, 77454 Marne-la- Vallée Cedex 2 E-mail : [email protected]; [email protected]

(2)

1. Devons nous considérer l’I.D.E dans un modèle ricardien de commerce international?

Les firmes multinationales (F.M.N), et leur corollaire les I.D.E, sont devenus de plus en plus importants dans l’économie mondiale. En effet, dès le milieu des années 80, l’I.D.E a connu une croissance deux fois plus rapide que celle du commerce international. Les années récentes révèlent que les ventes totales (locales et internationales) des filiales à l’étranger ont dépassé la valeur du commerce mondial dans les biens et services. Ces faits semblent suffisants pour affirmer que toute théorie de l’échange international doit prendre en compte l’interdépendance entre les mouvements d’investissements et les mouvements de marchandises (Qiu, 2003, pp 383-384).

Il apparaît aujourd’hui que l’I.D.E est étroitement lié aux changements de la division internationale du travail (Koike, 2004; Sasaki, 1998 ; Kojima, 1982 ; Frobel et alii, 1980). Ceci implique la nécessité d’intégrer les I.D.E aux analyses théoriques du commerce international et en premier lieu au modèle ricardien.

Kojima (1973,1977a, 1978, 1982) dans son approche macroéconomique1 a essayé d’établir une théorie intégrant l’I.D.E à l’analyse en termes d’avantages comparatifs. Le théorème de base consiste en ce que l’I.D.E doit émerger dans le secteur comparativement désavantagé dans le pays investisseur, qui est potentiellement un secteur comparativement avantagé dans le pays d’accueil.

L’auteur suggère que « l’investissement direct étranger orienté vers l’échange international se réalise uniquement dans un monde concurrentiel où les produits standardisés sont produits et commercialisés et la compétitivité est déterminée par la théorie traditionnelle de l’avantage comparatif à savoir la théorie ricardienne ou la théorie Hecksher Ohlin 2 ». En fait, Il s’est intéressé à la théorie néoclassique de commerce international et dans ce cadre il a montré que les investissements entrants dans les pays en développement contribuent à renforcer leurs échanges commerciaux. Son modèle reprend des présomptions de Purvis (1972) traitant la question de la complémentarité opposé à la substituabilité entre mouvement international de capital et commerce international dans un contexte H-O. Pourtant, la différence essentielle entre les deux modèles repose sur la conception du capital. Alors que Purvis raisonne en termes de mouvement de capital monétaire et général (non spécifique) ayant la possibilité d’être affecté dans le cadre d’équilibre global, Kojima envisage le mouvement de capital sous sa forme spécifique d’investissement direct à l’étranger. L’approche ricardienne n’a pas été traitée par cet auteur.

Suivant Johnson3(1972), le transfert ne se limite pas au seul facteur capital, mais consiste dans la combinaison ou dans le paquet4 «capital,qualification dans l’organisation, connaissances techniques 5». C’est dans cette optique différente que nous pouvons présenter les relations entre

1 Kojima (1982) parle de division internationale dynamique du travail

2 Kojima (1978) page 104, traduction

3 Johnson, H (1972) : « Survey of issues » Peter Drysdale, ed., Direct foreign investment in Asia and the pacific, Australian National University Press, Canberra , page 2, reprise par Kiyoshi Kojima (1975):

“International trade and foreign direct investment: substitutes or complements”, Hitotsubashi journal of economics, Vol 16 page 6

4Traduction par Terson et Bricout (1996 page 65 ) du terme anglais « package »

5 Traduction empruntée de Gannagé (1984 page 175)

(3)

mouvement international de capital sous sa forme spécifique d’investissement direct à l’étranger et échange international. Une large part du capital transféré par l’investisseur prend la forme de biens capitaux tels que le savoir faire technique, les machines et les équipements incorporant la technologie( Gannagé, 1984 page 175; Young et Romero, 1990 page 333, Beladi alii, 1997 page 194). Suivant ces éléments, le rôle principal de l’I.D.E est de transplanter une technologie de production supérieure à travers la formation de la main d’œuvre, les cadres de direction, le transfert des machines et des techniques, ce qui améliore la productivité dans le pays en développement en transformant la fonction de production existante( Kojima , 1975)

Ozawa (1992, page 43) suggère que le modèle ricardien statique pourrait être transformé en un modèle dynamique de mise à niveau structurelle, une fois que le rôle de l’ I.D.E comme déterminant de la transformation industrielle est introduit explicitement dans l’étude du commerce international en tant que facteur causal. Son objectif était d’établir un paradigme de mise à niveau industrielle et d’avantage comparatif dynamique via l’I.D.E.

Dans la présente contribution, nous étudions l’I.D.E dans un modèle ricardien de commerce international. Ce choix est dicté par les éléments suivants :

• Premièrement, la théorie ricardienne a continué à inspirer de nombreux travaux y compris après l’émergence de la théorie néoclassique (Dornsbusch-Fischer-Samuelson D-F-S 1977). Le fait que la concurrence internationale est de plus en plus fondée sur les performances technologiques a suscité un regain d’intérêt (Golub et Hsieh 2000 ; Samuelson, 2004 ; Feenstra ; 2004) et de nombreux perfectionnements théoriques (Cheng et alii, 2000 , 2005 ; Ruffin et Jones, 2006)

• Deuxièmement, la possibilité de mouvement international de capital sous forme d’I.D.E6 a été exclue par David Ricardo (1951, original de 1817) de façon exogène et non pas endogène et ce compte tenu d’éventuels coûts de transactions de nature informationnels et socio psychologiques à la suite de son transfert. Cependant, l’hypothèse de l’immobilité internationale du capital semble trop restrictive si nous tenons compte de la montée en puissance de l’I.D.E dans les années récentes. Neary (1995) montre que le mouvement international de capital sous forme d’I.D.E joue plutôt un rôle central et non plus périphérique dans la théorie de commerce international. Ceci implique que le modèle ricardien doit être examiné en introduisant l’I.D.E. De même, l’hypothèse d’absence de transfert technologique au niveau international semble inappropriée. En effet, le modèle ricardien suppose des différences au niveau des technologies sectorielles spécifiques ou encore des productivités de travail différentes entre les pays partenaires à l’échange commercial. Mais, il exclut le transfert international de telle technologie. Kojima et Ozawa (1985) et Ozawa (1992) considèrent ainsi que le modèle ricardien est « incomplet » dans le sens que les gains de l’échange, dépendant des transferts des connaissances et de savoir faire, pourraient être

6 Nous précisons, comme le montre Lipsey (2000), que l’ I.D.E est une forme de mobilité internationale de capital

(4)

améliorés. Le modèle ricardien doit être ainsi examiné en présence de transfert international de technologie7.

• L’importance apportée par la théorie ricardienne aux différences technologiques sectorielles spécifiques se trouve confirmée par les comparaisons internationales récentes des productivités de travail (Edawards et Golub, 2004 ; Mbaye et Golub, 2003 ; Golub et Hsieh, 2000)

Les études théoriques existantes traitant la question de l’I.D.E, influencées par une large littérature descriptive et empirique, se concentrent sur le cas où l’I.D.E émerge à partir des marchés en concurrence imparfaite en raison des rendements d’échelle croissants et de la différenciation des produits. Notre contribution, fondée sur la concurrence pure et parfaite sur les marchés des produits, se situe différemment vis-à-vis de la littérature. Vu les différences technologiques entre pays, nous montrons que l’I.D.E peut émerger même dans un modèle où les technologies sont linéaires.

Notre objectif consiste à établir une nouvelle approche macroéconomique intégrant I.D.E et commerce international selon la structure de l’avantage comparatif ricardien8.

Théoriquement, l’I.D.E, et par suite le transfert technologique, est réalisé par des firmes opérant sur des marchés des produits qui sont concurrentiels. Sur le plan empirique, le cas des I.D.E en Chine et dans d’autres pays en développement semble une bonne illustration. Par exemple, une large part des investissements directs de Hong Kong dans le secteur manufacturier chinois, au début des années 90, était dans les secteurs de textile et d’habillement, qui sont considérés comme des secteurs très concurrentiels(Cheng et alii, 2005)

Notre contribution est organisée comme suit. Nous mettons en évidence la relation entre l’I.D.E et l’avantage comparatif ricardien dans notre deuxième section. Nous déterminons les conditions de cet investissement dans une troisième section. Nous analysons ensuite l’impact de l’I.D.E sur le commerce international et sur le bien-être dans une quatrième section. Enfin, nous concluons dans une cinquième section.

2. L’I.D.E et l’avantage comparatif ricardien

L’intérêt de ce paragraphe consiste à montrer une relation entre les taux de profit et les avantages comparatifs. C’est ainsi que nous pourrons justifier une relation entre le mouvement international de capital sous forme spécifique d’I.D.E, dépendant des taux de profit, et les avantages comparatifs. En d’autres termes, notre démarche consiste à vérifier si l’I.D.E suit les lignes indiquées par les avantages comparatifs qui rendent compte de l’expansion du commerce international (Eaton et Kortum, 2002) et s’il renforce l’avantage comparatif. Nous mettons en évidence une relation de

7 Ce cas a été étudié par Cheng et alii( 2000 ; 2005), Ruffin et Jones (2006) et Beladi et alii (1997)

8 Nous raisonnons en absence de coûts de transport et de barrières commerciales

(5)

complémentarité entre I.D.E et avantage comparatif9. Plus précisément, notre objectif consiste à fournir une analyse théorique sur les implications de l’avantage comparatif vis-à-vis de l’I.D.E. Nous montrons l’existence d’un lien entre les profitabilités d’un pays et ses avantages comparatifs. Le résultat le plus important consiste en ce que l’I.D.E suit les avantages comparatifs ricardiens. Nous établissons aussi le « principe de correspondance » énoncé par Kojima (1978) et repris par Lee (1990), que nous formalisons pour la première fois dans un cadre ricardien.

2.1. Relation entre I.D.E et avantage comparatif : une brève revue de littérature

La relation entre l’I.D.E et l’avantage comparatif a connu plusieurs vérifications théoriques et empiriques. Yeaple (2001) part du constat que l’avantage comparatif fondé sur les différences des dotations factorielles considérées au niveau sectoriel et non pas au niveau agrégé pourrait déterminer l’I.D.E. L’auteur montre par une analyse théorique et empirique que l’avantage comparatif fondé sur les dotations en qualifications au niveau sectoriel joue un rôle important dans la détermination des I.D.E. Markusen (1983) dans un modèle de type H.O montre une relation de complémentarité entre le commerce international et les flux de capital sous forme d’I.D.E dans la mesure où ces flux sont destinés aux secteurs comparativement avantagés du pays d’accueil. Qiu (2003) confirme par un modèle théorique de type ricardien que l’I.D.E est plus attiré par les industries ayant un avantage comparatif par rapport à celles comparativement désavantagées dans le pays d’accueil.

Lipsey (1999) a présenté une évidence descriptive intéressante sur le fait que les filiales japonaises sont attirées par l’avantage comparatif dans leurs investissements directs dans les pays en développement d’Asie de Sud Est. Il a trouvé que les firmes japonaises investissent dans les secteurs comparativement avantagés des pays d’accueil, tels que le textile, l’électroménager et autres secteurs manufacturiers comparativement désavantagés au Japon. Cette évidence suggère que l’avantage comparatif du pays investisseur et du pays d’accueil doit être incorporé dans les décisions d’investissement international. Lee (1990), Kimura et Lee(1998), Hiley (1999) qualifient , dans le cadre de cette approche, l’investissement de Corée de Sud et Taiwan dans les autres pays asiatiques de « duplicata » de l’histoire de l’investissement direct japonais et de l’évolution de son avantage comparatif, et des avantages comparatifs de ses partenaires commerciaux.

D’un point de vue empirique, la contribution de Dowling et Cheang (2000) semble intéressante dans la mesure où les auteurs étudient la relation entre l’I.D.E sur le changement dynamique des avantages comparatifs au sein de la région asiatique. Ils montrent que les I.D.E sont plus attirés par les avantages comparatifs. Ils concluent que les industries bénéficiant d’une montée de leurs avantages comparatifs, bénéficient aussi de la part la plus importante des I.D.E. De même, Maskus et Webster ( 1995)10, en étudiant la localisation de l’I.D.E en Corée de Sud et en Royaume Uni, montrent empiriquement que l’avantage comparatif déterminé par les proportions des facteurs

9De même, ce résultat se trouve supporté par un ensemble d’études empiriques selon une définition générale de l’avantage comparatif.

10 Ces auteurs considèrent l’avantage comparatif selon le Modèle d’ Heckscher –Ohlin- Vanek désigné par HOV.

(6)

du pays d’accueil (Corée de Sud et RU), est un facteur prépondérant de l’I.D.E entrant pour ces deux pays. En particulier, les secteurs occupant plus intensivement les facteurs abondants, attirent relativement plus d’I.D.E entrants, qui à leur tour permettent un renforcement des exportations.

Nachum et alii (1998), dans leur étude de la structure industrielle de l’I.D.E et l’avantage comparatif du Royaume Uni , concluent que l’investissement direct britannique ( sortant) est issu des secteurs comparativement désavantagés.

2.2. L’ I.D.E et le « principe de correspondance » : un modèle

Nous partons des contributions de Sasaki (1998) et de Negishi (1982, 1985) qui supposent un monde économique de deux pays, pays développé (Nord désigné par (*)) et un pays en développement (Sud). Chaque pays produit deux biens. Dans les deux pays, les investisseurs domestiques (ou les capitalistes) avancent leurs capitaux dans d’établir un processus de production qu’ils dirigent avec leurs connaissances et leur savoir faire. Les rendements d’échelle sont constants.

Les taux de salaires sont égaux dans chaque pays, et sont exogènes. Le profit est le surplus économique après la déduction des salaires. Suivant Jones (1979 page 265), la technologie est incorporée dans le capital. En d’autres termes, l’exportation de la technologie est synonyme de l’exportation d’équipement capital incorporant cette technologie.

Les prix des deux biens dans le pays en développement du Sud avec un bien 1 (bien traditionnel intensif en travail , exemple le textile) et un bien 2 ( bien intensif en technologie, exemples les machines ) sont déterminés à partir du système classique des prix (Negishi,1982, 1985 )

p

1

= a

1

w ( 1 + r )

(1)

p

2

= a

2

w ( 1 + r )

(2)

Où « p » représente le prix du produit, « a » est la quantité de travail par unité de bien (c’est l’inverse de la productivité de travail), « w » est le taux de salaire, « r » est le taux de profit.

Etant donné le salaire qui permet d’acquérir les deux biens 1 et 2 selon les deux coefficients de consommation respectifs µ et ν (avec µ le coefficient de consommation du bien 1 pour le taux de salaire w et ν le cœfficient de consommation du bien 2 pour le taux de salaire w)

w = µ p

1

+ ν p

2 (3)

Nous obtenons ainsi les équations des prix

p

1

= a

1

( µ p

1

+ ν p

2

)( 1 + r )

(4)

p

2

= a

2

( µ p

1

+ ν p

2

)( 1 + r )

(5)

(7)

De même, les prix dans le pays de la région Nord se présentent comme suit

p

1

= a

1

( µ

p

1

+ ν

p

2

)( 1 + r

)

(4’)

p

2

= a

2

( µ

p

2

+ ν

p

2

)( 1 + r

)

(5’)

Si nous considérons le prix du bien 1 comme numéraire ( P1 = P1 = 1), le prix de chaque bien dans chaque pays en autarcie devient

Le pays de Sud

p

1

= a

1

( µ + ν p

2

)( 1 + r ) = 1

(6)

1 2 2

2

2 ( )(1 )

a r a p

a

p =

µ

+

ν

+ = (7) Le pays du Nord

p

1

= a

1

( µ

+ ν

p

2

)( 1 + r

) = 1

(6’)

= + + =

1 2 2

2

2 ( )(1 )

a r a p

a

p

µ ν

(7’)

Suivant Negishi (1982, 1985), en multipliant (4) et (5) respectivement par

µ

et

ν

et en faisant la somme, nous obtenons

1

µ

2

ν

1

1 a a

r = +

+ (8)

De même en multipliant (4’) et (5’) respectivement par

µ

et

ν

et en faisant la somme nous obtenons

=

+

+

1

µ

2

ν

1

1 a a

r

(8’) Sans perdre de généralité, le pays en développement du Sud (pays développé du Nord) a un avantage comparatif dans la production du bien 1 (bien 2)

a1 <a2 ;

a

1

> a

2 (9)

(8)

C’est ainsi que le pays du Sud (respectivement du Nord) se spécialise dans, et exporte, le bien (respectivement le bien 2). Trois cas possibles de différences dans la technologie de production correspondant à la direction de l’avantage comparatif désignée par l’inégalité (9) peuvent être avancés 11

(a)

a

1

< a

1 et

a

2

> a

2 (9a) (b)

a

1

> a

1 et

a

2

> a

2 (9b) (c)

a

1

< a

1 et

a

2

< a

2 (9c)

Les inégalités dans (9a), (9b) et (9c) désignent les avantages et les désavantages absolus des deux régions dans la technologie de production.

Le cas (9a): Le Sud a à la fois un avantage comparatif et absolu dans la production de bien 1. Le Nord a à la fois un avantage absolu et comparatif dans la production du bien 2.

Le cas (9b): Le Sud a un avantage comparatif dans le bien 1. Mais il a un désavantage absolu dans les deux biens.

Le cas (9c): Le Nord a un avantage comparatif dans le bien 2. Mais il a un désavantage absolu dans les deux biens.

Dans les deux cas (9b) et (9c), nous constatons qu’une région se trouve, sans ambiguïté, plus avancée que l’autre région dans la technologie de production. En vue d’analyser le mouvement international du capital sous forme d’I.D.E issu d’une région avancée (le Nord) et destiné à une région en développement (le Sud), nous écartons le cas (9a). Notre intérêt portera enfin sur le cas (9b), qui suggère un avantage absolu de la région Nord dans la production des deux biens. Le cas symétrique (9c) semble inapproprié, si nous considérons que le Nord est le plus avancé et le Sud le moins avancé.

a

1

> a

1 ;

a

2

> a

2 ; a1 <a2 ;

a

1

> a

2 (10) ou simplement

a2 < a1 < a1 < a2 (10’)

Nous considérons ainsi que la productivité du travail du pays du Nord est plus élevée dans les deux secteurs que l’autre pays vue la meilleure qualité du travail et du capital, et que ce pays a un avantage comparatif dans la production du bien 2. Lorsque l’on passe d’une situation d’autarcie entre le pays du Nord et le pays du Sud au libre échange et si chaque pays est de petite taille, le prix international du bien 2 devient

p

2

< p

2I

< p

2 (11)

Où I désigne le marché international dans le quel existe un seul prix pour chaque produit.

11 Voir Cheng et alii (2000), Beladi et alii(1997) et Ruffin et Jones (2006)

(9)

Suivant Fukunishi (2004) et Ruffin (2002), si nous raisonnons en termes de compétitivité internationale des deux pays partenaires suite à l’ouverture au libre échange, nous pouvons ajouter l’inégalité suivante

< <

2 2 1

1

a a w w a

a

(12)

L’inégalité (12) révèle la condition pour laquelle les deux pays auraient une compétitivité internationale à l’exportation selon leurs avantages comparatifs. En d’autres termes, l’inégalité (11) stipule que le pays du Sud (Nord) a une compétitivité internationale dans le bien 1 (bien 2). La structure des salaires, après ouverture à l’échange commercial et formation des prix internationaux, est

p I

w = µ +ν 2 dans le pays en développement, et w=µ +νp2I dans le pays développé (avec P1I =1)

Suivant Sasaki (1998, page 4), l’émergence des prix internationaux agit sur le système classique des prix fondé sur les cœfficients de travail et par voie de conséquence sur les taux de profit sectoriels de chaque pays. Elle engendre une divergence intersectorielle des taux de profit dans les deux pays dans la mesure où les prix deviennent des variables indépendantes dans l’équation du taux de profit sectoriel dans chaque pays. La relation entre les taux de profit et les changements au niveau des prix internationaux suite au libre échange est illustrée par les égalités suivantes

Pour le Sud

1 ) (

1

2 1

1

= +

p I

r a

ν

µ

(13)

1

)

(

2

2 2

2

= +

I I

p a

r p

ν

µ

(14) Pour le Nord

1 ) (

1

2 1

1

= +

p I

r a

ν

µ

(13’)

1

)

(

2

2 2

2

=

+

I I

p a

r p

ν

µ

(14’) A partir de (11), (13), (14), (13’) et (14’), nous comparons les taux de profits sectoriels au niveau des deux pays12. Nous obtenons

r1 >r2 ;

r

2

> r

1 (15)

12 2

1 r

r= 1

) (

1

2 1

+ pI

a

µ ν

( ( ) 1)

2 2

2

− +

I I

p a

p

ν

µ

= 1 2( 2 )

2 1 2

I I

p a

a

p a a

ν µ

+

− >0 puisque

1 2 2

2 a

p a

pI < =

r

2

r

1

=

1

)

( 2

2

2

+

I I

p a

P ν

µ ( ) 1)

( 1

2 1

+ −

pI

a µ ν = 0

)

( 2

2 1

2 2

1 >

+

I I

p a

a

a p a

ν

µ

puisque

pI

a

p a 2

1 2 2=( )<

(10)

La comparaison des taux de profits internationaux « intra sectoriels » suggère un résultat intéressant, et ce à partir de (12), (13), (14), (13’) et (14’)13

r

1

> r

1 ;

r

2

> r

2 (16)

Les résultats (15) et (16) montrent que suite au libre échange, les taux de profit des secteurs ayant un avantage comparatif deviennent plus élevés que ceux des autres secteurs. A partir des lignes de l’avantage comparatif et à l’ouverture commerciale, nous retrouvons le « principe de correspondance » à la Kojima (1978) qui stipule que la profitabilité comparative (ratio des taux de profit sectoriels) d’un pays est plus élevée dans le secteur où il a un avantage comparatif14.

p

2

< p

2I

< p

2 ;

1 2 1 2

r r r r >

(17)

avec

r

1

, r

1

≠ 0

pour

p

2

< p

2I

< p

2

Dès lors que le capital est supposé se déplacer à partir du secteur à faible taux de profit relatif dans un pays vers le secteur ayant un taux de profit relatif élevé dans l’autre pays, l’I.D.E se réalise à partir du secteur comparativement désavantagé dans un pays vers le secteur comparativement avantagé dans l’autre pays (Kojima, 1978, 1977a) .

Sachant que le pays développé (le pays en développement ) est comparativement désavantagé dans la production du bien 1 ( bien 2), le résultat (16) de notre modèle est de nature cruciale dans la mesure où il constitue un argument central en faveur d’une complémentarité entre I.D.E et commerce international. Il consiste en ce que cet investissement suit la direction indiquée par les taux de profits qui n’est autre qu’une réflexion des avantages comparatifs.

En raisonnant en termes de taux de profits, le Nord a intérêt à investir dans son secteur local du bien 2 et à investir au Sud dans le secteur du bien 1. Nous supposons un I.D.E selon une seule direction, plus précisément,à partir du secteur comparativement désavantagé dans le pays développé et à destination du secteur comparativement avantagé (même secteur) dans le pays en développement (Kojima, 2000, 1978 ; Sasaki,1998 ; Lee , 1984, 1990 ; Lee & Ogawa ,1995)

13 1) 0

) (

( 1 ) 1 (

1

1 1

1 1

2 2 1

1 1

1 − >

= + −

− + −

=

w w a a

w a w a P

P a r a

r

I µ ν I

ν

µ , donc

>

1

1

r

r

( ) 0

) 1 (

1

2 2

2 2 2 2

2 2

2 2

2 − >

=

=

ww a a

w a w a P w

a P w

a r P

r I I I , donc

r

2

> r

2.

Ce résultat figure parmi les points clés des travaux de Lee (1990) et Lee et Ogawa (1995) sur la relation entre I.D.E et avantage comparatif, et ce en raisonnant en termes de taux de profit sectoriels absolus

14 C’est ainsi que notre modèle vérifie à la fois i)- le principe de correspondance à la Kojima fondé sur la relation entre les taux de profit comparatifs et avantages comparatifs et ii) sa reformulation par Lee (1990) fondée sur la relation entre les taux de profit sectoriels absolus et le et les avantages comparatifs.

(11)

Supposons maintenant que le capital sous forme d’I.D.E puisse être transféré selon les taux de profit. Le facteur travail est caractérisé par une immobilité internationale dans le cadre d’une économie Nord-Sud15. Les travailleurs ne peuvent pas se déplacer librement vers des pays étrangers, et par voie de conséquence l’étude de l’I.D.E et de sa relation avec le commerce international doit être considérée dans le cadre d’une division internationale du travail (Kojima, 1977b, page 13). Les coûts de transfert du capital à l’intérieur d’un même secteur au niveau international, sont nuls. Le mouvement international du capital sous sa forme spécifique d’investissement à l’étranger s’explique ainsi par les taux de profit.

3. Les conditions de l’I.D.E

Nous cherchons maintenant à déterminer les conditions de l’investissement international originaire du secteur comparativement désavantagé dans le pays développé du Nord (le secteur 1) et destiné au secteur comparativement avantagé (même secteur) dans le pays en développement du Sud.

3.1. Transfert de technologie de production

Suivant Kindelberger (1969) et Ozawa (1979), le capital des investisseurs du Nord ne pourrait tirer profit par l’investissement à l’étranger sans qu’il ait un avantage compétitif par rapport au secteur correspondant du pays d’accueil du Sud. Introduire un avantage compétitif fondé sur l’efficacité de la technologie en faveur des investisseurs étrangers, bien que considéré dans un cadre de concurrence oligopolistique, n’est pas de nature à changer le cadre concurrentiel de notre modèle. En effet, cet avantage compétitif pourrait être exprimé par la productivité du travail ou encore la technologie de production (Sasaki, 1998 ; Larudee et Koechlin, 1999, pp 421-422). Partant de l’hypothèse que la technologie est incorporée dans le capital transféré, nous considérons que le principal rôle de l’I.D.E consiste à transplanter une technologie de production supérieure originaire du pays développé (Nord) dans le pays en développement (Sud), ou, en bref, c’est le transfert d’une fonction de production supérieure qui remplace celle inférieure dans le pays d’accueil du Sud. C’est ainsi que l’I.D.E joue en quelque sorte le rôle d’un « tuteur » accompagnant les pays en développement dans leur processus d’industrialisation (Kojima, 1975, page 6-7 ; Llyod, 1996 ; Terson et Bricout, 1996 ; Gannagé, 1984). Dans le même ordre d’idée (en faisant référence aux pays asiatiques), Markusen et Venables (1999, page 352) considèrent l’I.D.E comme un « catalyseur »de développement industriel. Kumar (1996 page 3) suggère que l’I.D.E est utilisé par les pays développés dans le but de créer une « capacité manufacturière » dans le pays d’accueil en développement dans les secteurs où ils (les pays développés) étaient comparativement désavantagés. De même, Kojima(2000) insiste sur la « réussite »de la transplantation d’une industrie dans la quelle le pays investisseur est comparativement désavantagé, mais dans laquelle le pays d’accueil en développement, s’il est assisté, est capable de renforcer son avantage comparatif.

15Le mouvement international du travail originaire du Sud subit des restrictions politiques menées par les pays du Nord.

(12)

D’un point de vue pratique, et pour tenir compte des éléments déjà avancés, la quantité de travail par unité d’un bien produit sous la direction de l’investisseur étranger doit être moins élevée que celle du pays d’accueil. Nous supposons que le mouvement du capital sous forme spécifique d’I.D.E originaire du pays développé (Nord) s’oriente vers le secteur 1 dans le pays en développement (Sud), surtout que l’écart technologique dans la production du bien 2 entre les pays est plus important que celui dans la production du bien 1(Sasaki, 1998 ; Kojima, 1977a, 1977b, 1978). Compte tenu de ces facteurs, nous pouvons avancer l’inégalité suivante

a

1

a

1IDE

< a

1 (18)

Où «

a

1IDE » désigne la technologie de production (avancée) du bien 1 transférée vers le pays du Sud .Dès lors que les investisseurs du Nord ont l’opportunité de réaliser des I.D.E au Sud, ils emploieront la force du travail du Sud, mais en utilisant leur propre technologie dans la production du bien 1.

3.2. Mobilité interne et spécificité sectorielle du capital

Une autre condition développée par Sasaki(1998) stipule que l’I.D.E ne sera réalisé que si le taux de profit dans la production du bien 1 au Sud sous la direction de l’investisseur étranger est plus élevé que celui dans la production du produit 2 au Nord. Cette condition exclut l’hypothèse ricardienne classique sur la mobilité interne du capital originaire du secteur le moins profitable(ex le vin en Angleterre ) vers le secteurs le plus profitable (ex les draps en Angleterre). Une condition pour le mouvement international de capital sous forme d’I.D.E est suggérée par l’inégalité suivante.

− >

= +

2

2 1

1

1

) .(

1 r

p r a

I IDE

IDE

µ ν

(19) avec r1IDE désigne le taux de profit de la production du bien 1 dans le pays de Sud sous la direction des investisseurs du Nord

Toutefois, la dernière condition peut être reconsidérée dès lors que nous introduisons la spécificité sectorielle du capital. La firme du Nord originaire du secteur comparativement désavantagé (secteur 1) qui décide d’investir dans le pays en développement de Sud continue à produire le même produit, utilisant ainsi ses connaissances de son secteur, son expertise, le capital intangible spécifique et le capital tangible sectoriel spécifique transféré. Une alternative possible consiste à s’établir de

« novo » dans le secteur 2. Mais dans ce cas de figure, la firme n’opère qu’avec le capital général.

Son capital intangible et son capital tangible spécifiques ne pourraient pas servir dans ce secteur par rapport au secteur 1. En d’autres termes, compte tenu de la spécificité industrielle d’une partie de capital de la firme, une large différence pourrait se présenter dans la valeur du capital selon qu’il soit investi à l’étranger dans le même secteur (secteur 1), situation que nous qualifions de mouvement international intra sectoriel du capital tangible et intangible, ou qu’il soit orienté vers un autre secteur local (le secteur 2), situation que nous qualifions de mouvement interne intersectoriel du capital

(13)

(Ozawa, 1979 ; Lee, 1984, 1990 ; Lee et Ogawa, 1995). Dans le premier cas, la valeur totale du capital de la firme connaîtrait des changements négligeables. Dans le deuxième cas, la valeur du capital serait diminuée de la valeur de son capital industriel sectoriel spécifique. Cette perte de valeur tient au fait que le capital spécifique aurait une valeur faible ou n’aurait pas de valeur dans un autre secteur. Nous pourrons interpréter cette perte comme le coût du mouvement interne intersectoriel du capital. Par voie de conséquence, la firme issue du secteur comparativement désavantagé dans le pays développé sera « poussée à investir à l’étranger dans le même secteur plutôt qu’investir localement dans un autre secteur » (Lee, 1990 page 66). L’IDE- mouvement international intra sectoriel du capital intangible et tangible -constitue ainsi un moyen de préserver la valeur du capital.

Dans le même ordre d’idée, Caves (1971, page 17), utilisant le modèle de Jones (1971) à facteurs spécifiques, fournit une explication du capital internationalement mobile comme étant spécifique au niveau sectoriel. En outre, il considère le capital transféré comme «un facteur composite » incorporant des compétences managériales et techniques en plus des facteurs tangibles. Il avance l’argument que ce composite est difficilement transférable entre des secteurs différents au sein d’un pays donné. Son transfert pourrait être plus facile entre les pays au sein d’un même secteur.

L’auteur conclut que l’I.D.E est associé avec le capital spécifique de la firme et que cet investissement originaire d’un secteur du pays d’origine s’oriente vers le même secteur dans le pays d’accueil. Nous parlons ainsi d’une « spécificité sectorielle de l’investissement direct étranger ». De même, Goldberg et Klein (1999) dans leur étude à la fois théorique et empirique de la relation entre commerce international et mobilité du capital, considèrent que le capital domestique et le capital étranger sont « complètement » spécifiques au niveau sectoriel. Les auteurs pensent que le fait de considérer la spécificité sectorielle du capital étranger reflète l’idée que l’investissement direct incorpore un management actif (du capital). Les auteurs ajoutent que le management direct de l’investissement à l’étranger nécessite du savoir faire sectoriel spécifique qui oblige l’investisseur à s’orienter vers le secteur au sein duquel il possède une expertise particulière.

4. L’impact sur le commerce international et le bien-être

En vue d’analyser l’impact sur les échanges et sur le bien être des deux pays partenaires, nous introduisons une fonction de demande des deux biens. Suivant Cheng et alii (2000, page 6), nous supposons que les préférences des consommateurs sont les mêmes au Nord et au Sud.

Dans les deux cas, elles sont décrites par une fonction d’utilité de type Cobb-Douglas

U(c1,c2)=c1.c2 (20) où c1 et c2 sont respectivement les consommations de bien 1 et du bien 2. Etant donné cette fonction d’utilité, chaque consommateur partage ses dépenses de façon égale entre le bien 1 et le bien 2. Si nous considérons «

y

» comme le produit national brut (PNB) d’un pays

(14)

donné mesuré en termes du bien 1 et p2I le prix international relatif du bien 2, le bien-être

« B » est donné par16

B = p

I

y

2 2

.

4

(21) En vue d’étudier l’impact de l’I.D.E issu du secteur comparativement désavantagé dans le pays développé et destiné au secteur comparativement avantagé dans le pays en développement, sur le commerce international , nous considérons la structure des prix

p

2

< p

2I

< p

2. Suivant la spécialisation ricardienne complète, le pays du Sud se spécialise dans, et exporte, le bien 1. Le Nord se spécialise dans, et exporte, le bien 2.

Suivant Ozawa (1979 pp 78-84), dès lors que le pays développé, dans son processus d’exploitation de son avantage comparatif et sa spécialisation complète dans le secteur 2, établit un ajustement structurel interne, deux types de ressources économiques sont déplacées à partir du secteur 1 comparativement désavantagé :

- les ressources issues du secteur 1, comparativement désavantagé, transférables vers le secteur 2 comparativement avantagé notamment les ressources homogènes non spécifiques au niveau sectoriel

- les ressources spécifiques au secteur1, comparativement désavantagé, non transférables vers le secteur 2 comparativement avantagé, notamment la technologie sectorielle spécifique, les machines et les équipements spécifiques, l’expérience, l’expertise et le savoir faire.

La majorité des ressources du premier type, tels que la force de travail et les sites industriels dans le pays développé, sont non transférables vers le pays du Sud et ce compte tenu des contraintes physiques et institutionnelles. D’un autre coté, le second type de ressources délaissées à partir du secteur comparativement désavantagé(le capital tangible et intangibles spécifiques) seraient perdus dans le pays développé si elles n’étaient pas transférées vers et utilisées dans le pays du Sud dans le but de développer son secteur comparativement avantagé. L’I.D.E dans ce sens, facilite le transfert international de ces ressources non transférables (entre les secteurs 1 et 2) dans le pays développé et leur utilisation (dans secteur 1) dans le pays en développement. Le cas contraire entraîne une perte de ces ressources dans le pays développé sans l’opportunité de les transférer à l’étranger. Si ce transfert a lieu, il aura une implication positive pour l’échange, et le bien être mondial.

Dans le cadre de ce qui suit nous supposons qu’à la suite de l’investissement direct étranger, combinaison de capital, de qualification dans l’organisation et de connaissances, les dotations en capital( monétaire ) dans chaque pays ne sont pas significativement affectées. Nous supposons, en

16 Ou une autre transformation monotone positive de cette expression.

(15)

outre, que le stock capital tangible du secteur 1 (machines et équipement )est très négligeable par rapport à celui du secteur 2 en expansion dans le pays du Nord.

Le point principal de nos arguments en faveur d’un I.D.E orienté vers les échanges consiste en ce que cet investissement, sous certaines conditions, doit suivre la direction déterminée par les taux de profit qui à leur tour reflètent les avantages comparatifs. Par voie de conséquence, l’I.D.E est non seulement complémentaire aux échanges commerciaux mais aussi un accélérateur de la réorganisation du commerce international selon la direction des avantages comparatifs. Compte tenu des taux de profit, l’I.D.E originaire du Nord s’effectue uniquement dans le secteur 1 au Sud, et renforce ainsi les avantages comparatifs.

Nous rappelons que dans le modèle ricardien de commerce international, les différences dans les quantités de travail par unité produite déterminent les avantages comparatifs entre pays. Au sein de ce modèle, une augmentation de la productivité de travail conduira à une expansion des exportations (Nesset, 2004). Ceci confirme les résultats des travaux de Beladi et alii (1997) et de Ruffin et Jones (2006). Ces auteurs étudient le cas du transfert technologique dans un modèle ricardien de commerce international issu du secteur comparativement désavantagé dans le pays développé et destiné au secteur comparativement avantagé dans le pays en développement à savoir le secteur 1 dans notre modèle. Tel transfert international de technologie permet une augmentation de la production du bien 1 par le pays en développement.

Sachant que

L

est la quantité de travail fixe au Sud, nous considérons le PNB au Sud après l’entrée des IDE dans son secteur comparativement avantagé et en cas de spécialisation complète.

IDE

IDE

a

y L

1

=

Il faut noter qu’une technologie supérieure est souvent incorporée dans les équipements capitaux.

Par voie de conséquence l’investissement étranger peut être sollicité pour effectuer ce transfert de technologie. Du point de vue pays du Sud, l’entrée de l’I.D.E sous sa forme package(capital, technologie,compétences managériales),ou encore l’entrée du capital tangible et intangible17, spécifiques au secteur 1 du pays du Nord, incorpore une nouvelle technologie de production du bien 1. L’introduction de nouvelles machines entraîne au début une baisse de la demande du travail dans le secteur 1 dans le pays en développement18 mais ensuite un retour à la situation initiale.

Cet argument est emprunté de la thèse ricardienne sur la complémentarité entre travail et machines sous la nouvelle technologie ( Uchiyama, 2000 page 209)19.

Il reste maintenant à analyser le bien être mondial ainsi que celui du pays du Nord et du pays du Sud à la suite du mouvement international de capital sous sa forme spécifique d’I.D.E.

17 -Capital tangible : les machines et équipements industriels -Capital intangible : les connaissances, l’expérience et le savoir faire

18 Il faut signaler qu’avant la spécialisation complète, le secteur 2 au Sud est marginal.

19 C’est l’idée de chapitre 31 de la 3ème édition des Principes de David Ricardo portant sur « Les machines »

(16)

Nous rappelons que la mobilité du capital entre les secteurs dans le pays du Nord est supposée contrainte par la spécificité sectorielle d’une partie de celui-ci. Nous optons pour une comparaison du bien être suivant deux situations à savoir i) l’échange de marchandises sans I.D.E et ii) l’échange de marchandises avec I.D.E

Sachant que

1

0 a

y = L , il est clair que le PNB du Sud mesuré en termes de bien 1 a

augmenté à la suite de l’entrée de l’I.D.E. Suivant Cheng et alii (2000), l’augmentation du revenu national du pays du Sud et l’accumulation des profits par les investisseurs étrangers génère un effet de « spillover »conduisant à une large demande du bien 2 dans lequel le pays développé possède un avantage comparatif ( Ruffin et Jones, 2006a page 4), ce qui entraîne une hausse du prix international relatif du bien 2 ( si nous supposons que l’exportation du bien 2 par le pays du Nord ne change pas par rapport à la situation de libre échange sans I.D.E). Le bien être du pays en développement mesuré en termes de bien 1est plus élevé avec que sans I.D.E sous condition que ses gains en termes de productivité sont suffisamment larges par rapport à la détérioration de ses termes d’échanges ( la hausse de p2I).

Samuelson(2004, page 140) explique cette détérioration des termes de l’échange du pays du Sud par la nouvelle surabondance relative du bien 1 (produit par le Sud) par rapport à la production constante du bien 2 (produit par le Nord). Dans notre modèle, le bien-être du pays du Sud serait amélioré si

= >

IIDE IDE IDE

p B y

2, 2

.

4 p

I

B y

2 2 0 0

.

= 4

p

2I.IDE est le prix international relatif du bien 2 après I.D.E.

Sachant que le coefficient d’input du travail dans la production de bien 1 au Sud, a1est réduit par le transfert technologique via l’I.D.E, l’output mondial augmente à la suite de l’amélioration de la productivité du pays en développement ( Beladi et alii, 1997 page 195 ; Samuelson, 2004 page 140 ).

Sachant que les exportations initiales

X

0 du pays en développement (égales à la moitié de son PNB) en régime de libre échange sans I.D.E étaient égales à

.

1

2 a

L

, les exportations

X

du bien

1 par le pays en développement, à la suite de l’entrée de l’I.D.E, deviennent

a

IDE

X L .

1

= 2

(22)

C’est ainsi que l’I.D.E renforce les exportations du pays d’accueil en développement- un argument central en faveur d’une relation de complémentarité entre I.D.E et commerce international.

(17)

Le pays du Nord gagne à la suite de son investissement à l’étranger dans la mesure où ses termes d’échanges se sont améliorés. Son bien-être s’est amélioré à son tour et ce compte tenu de l’augmentation de son PNB mesuré en termes de bien 1 et d’un éventuel rapatriement des profits20. Le revenu national en termes de bien 1 et le bien-être du pays développé du Nord, en situation d’échange de marchandises sans I.D.E, sont respectivement

p I

a

y L 2

2

0

= et B0 = I

I

a p L p

y

2 2 2 2

2

0 ( )

4 1 .

4

= .

A la suite l’investissement direct à l’étranger, le bien-être du pays développé du Nord devient

=

B

IDE IIDE

IDE I

a p L p

y

. 2 2 . 2

2 2

) 4 ( 1 .

4

=

.

Avec

p

2I.IDE

> p

2I, il est clair que BIDE >B0.

5. Conclusion

L’économie internationale de base en particulier la théorie ricardienne, nous a enseigné que la direction de l’échange international est déterminée par les coûts comparatifs. D’un coté, ces coûts comparatifs permettent à chaque pays de se spécialiser dans, et d’exporter, son produit comparativement avantagé. D’un autre coté, ces coûts comparatifs permettent à chaque pays de diminuer l’output de, et importer, son produit comparativement désavantagé. Tout d’abord, ces résultats entraînent des gains statiques de la division internationale du travail pour les deux pays co- échangistes. Nous montrons par un modèle théorique que l’I.D.E peut être pris en compte dans le modèle ricardien de commerce international. L’émergence des prix internationaux crée des différences dans les taux de profit entre les secteurs comparativement avantagés et ceux comparativement désavantagés. La correspondance entre les taux de profit et les avantages comparatifs nous a permis de justifier une relation de complémentarité entre I.D.E et commerce international. La portée de l’I.D.E consiste en ce qu’il permet le transfert d’un « paquet » de capital, de technologie, de connaissances et de savoir faire améliorant ainsi la fonction de production dans le pays d’accueil en développement. L’I.D.E apporte ainsi des changements structurels dynamiques le long des lignes des avantages comparatifs. Ceci confirme l’argument souvent avancé qui consiste en ce que l’avantage comparatif d’un pays n’était guère statique dans un monde dynamique. Le commerce international et l’I.D.E constituent ainsi deux activités qui conduisent à une réorganisation dynamique de la division internationale du travail.

20 dans la mesure où les ressources spécifiques au secteur 1 non transférables vers le secteur 2 au niveau du pays du Nord sont maintenant plus productives dans le secteur 1 dans le pays du Sud.

(18)

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