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Théorème de comparaison pour les cycles proches par un morphisme sans pente

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Academic year: 2021

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(1)

HAL Id: hal-01419725

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01419725v2

Submitted on 8 Jun 2017

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un morphisme sans pente

Matthieu Kochersperger

To cite this version:

Matthieu Kochersperger. Théorème de comparaison pour les cycles proches par un morphisme sans pente. Journal of Singularities, Worldwide Center of Mathematics, LLC, 2017, 16, pp.52-72.

�10.5427/jsing.2017.16b�. �hal-01419725v2�

(2)

MORPHISME SANS PENTE

par

Matthieu Kochersperger

Résumé. — Le but de cet article est de démontrer le théorème de comparaison entre les cycles proches algébriques et topologiques associés à un morphisme sans pente. Nous obtenons en particulier que dans le cas d’une famille de fonctions holomorphes sans pente, l’itération des isomorphismes de comparaison des cycles proches associés à chacune de ces fonctions ne dépend pas de l’ordre d’itération.

Abstract (Comparison theorem for nearby cycles of a morphism whitout slopes)

The goal of this article is to prove the comparison theorem between algebraic and topological nearby cycles of a morphism whitout slopes. We prove in particular that for a family of holomorphic functions whitout slopes, if we iterate comparison isomorphisms for nearby cycles of each function the result is independent of the order of iteration.

Table des matières

1. Introduction. . . . 1

2. V -multifiltration canonique et foncteurs cycles proches. . . . 2

3. Morphisme de comparaison. . . 10

Appendice A. Hypercomplexes. . . 14

Appendice B. Filtrations compatibles. . . 16

Références. . . 17

1. Introduction

1.1. Théorème de comparaison pour une fonction. — Soit X une variété analytique complexe et f : X Ñ C une fonction holomorphe. Soit p F , M q la donnée d’un faisceau pervers sur X et d’un D

X

- module holonome régulier associés par la correspondance de Riemann-Hilbert, c’est-à-dire F “ DR

X

p M q.

Le foncteur cycles proches topologiques Ψ

f

de P. Deligne associe à F un faisceau pervers à support f

´1

p0q muni d’un automorphisme de monodromie. Prolongeant une construction de B. Malgrange [ Mal83 ], M.

Kashiwara introduit dans [Kas83] le foncteur cycles proches algébriques Ψ

algf

(voir aussi [MM04]) qui as- socie à M un D

X

-module holonome régulier à support f

´1

p0q muni d’un automorphisme de monodromie.

Ces deux foncteurs sont reliés par un isomorphisme de comparaison qui commute à la monodromie :

(1) Ψ

f

p F q » DR

X

Ψ

algf

p M q.

Classification mathématique par sujets (2000). — 32S40.

Mots clefs. — Monodromie, cycles proches, modules multispécialisables, morphismes sans pente,V-multifiltration, théorème de comparaison.

(3)

1.2. Théorème de comparaison pour plusieurs fonctions. — Soit maintenant p ě 2 et f

1

, ..., f

p

des fonctions holomorphes sur X. Notons f “ pf

1

, ..., f

p

q : X Ñ C

p

le morphisme associé. En général, les foncteurs Ψ

fi

pi “ 1, ..., pq ne commutent pas entre eux, de même que les foncteurs Ψ

algfi

.

Dans [ Mai13 ] Ph. Maisonobe montre que sous la condition sans pente pour le couple pf , carp F qq on peut définir les foncteurs cycles proches topologiques et algébriques associés à f . Il montre alors l’existence d’isomorphismes

Ψ

f

F » Ψ

fσp1q

...Ψ

fσppq

F et

Ψ

algf

M » Ψ

algf

σp1q

...Ψ

algf

σppq

M

pour toute permutation σ de t1, ..., pu. Ceci assure la commutativité des foncteurs cycles proches associés aux fonctions f

i

pour 1 ď i ď p. Dans l’introduction Ph. Maisonobe mentionne que, par itération de l’isomorphisme (1), ses résultats permettent d’obtenir pour tout σ des isomorphismes de comparaison (2) Ψ

f

F » Ψ

fσp1q

...Ψ

fσppq

p F q » DR

X

Ψ

algf

σp1q

...Ψ

algf

σppq

p M q » DR

X

Ψ

algf

M .

Dans cet article, nous montrerons (corollaire 3.7) que cet isomorphisme ne dépend pas de la permu- tation σ. Pour ce faire, nous exhibons un morphisme de comparaison entre Ψ

f

F et DR

X

Ψ

algf

M et nous montrons qu’il coïncide avec les isomorphismes de comparaison itérés (2) pour toute permutation σ.

1.3. Un exemples de morphisme sans pente. — On appelle singularité quasi-ordinaire un germe d’espace analytique réduit admettant une projection finie sur C

p

dont le lieu de ramification est contenu dans un diviseur à croisements normaux. Si S est une hypersurface de C

n

à singularité quasi-ordinaire définie par une fonction holomorphe f , il existe une projection π : C

n

Ñ C

n´1

quasi-ordinaire pour S.

Le faisceau Ψ

f

C

Cn

est pervers et dans cette situation le couple pπ, carpΨ

f

C

Cn

qq est sans pente.

Les singularités quasi-ordinaires apparaissent en particulier dans la méthode de Jung de résolution des surfaces singulières (voir [ Lip75 ]).

Remerciements. — Cet article a été écrit dans le cadre de ma thèse sous la direction de Claude Sabbah que je remercie vivement pour ses nombreux conseils durant l’élaboration de ce travail. Je remercie Philippe Maisonobe pour l’intérêt qu’il a porté à ce travail. Je remercie également le rapporteur pour ses remarques constructives.

2. V -multifiltration canonique et foncteurs cycles proches

Dans cette section on définit les cycles proches algébriques à l’aide de la V -multifiltration canonique d’un D

X

-module sans pente. On démontre des propriétés de cette multifiltration ainsi que de ses gradués.

On définit ensuite les cycles proches topologiques associés à plusieurs fonctions. Enfin on introduit les fonctions de classe de Nilsson à plusieurs variables et on en montre des propriétés utilisées dans la section suivante pour établir un lien entre cycles proches algébriques et cycles proches topologiques.

2.1. V -multifiltration canonique d’un D

X

-module sans pente. — On notera dans la suite

— d

x

:“ dim

C

X

— B

i

:“ B

ti

— E

i

:“ t

i

B

i

— x :“ px

1

, ..., x

dX´p

q

— 1

i

:“ p0, ..., 0, 1, 0, ..., 0q où le 1 est en position i.

— α :“ pα

1

, ..., α

p

q

— α

I

:“ pα

i

q

iPI

pour I Ă t1, ..., pu

— t :“ t

1

...t

p

— t

s

:“ t

s11

...t

spp

— D

X

rss :“ D

X

rs

1

, ..., s

p

s

— H “ tH

1

, ..., H

p

u où les H

i

sont des hypersurfaces lisses dont la réunion définit un diviseur à croisements normaux. On se place ici dans le cas où il existe localement des coordonnées px, t

1

, ..., t

p

q telles que

f : X Ñ C

p

px, t

1

, ..., t

p

q ÞÑ pt

1

, ..., t

p

q

et H

i

“ f

i´1

p0q.

(4)

Définition 2.1. — Notons, pour tout 1 ď i ď p, I

i

l’idéal de l’hypersurface H

i

et I

k

:“ ś

p i“1

I

ki

i

. Pour tout k P Z

p

et pour tout x P X on définit :

pV

k

D

X

q

x

:“ tP P D

X,x

| @m P Z

p

, P p I

k`m

x

q Ă I

k`m

x

u, ceci permet de définir une filtration croissante de D

X

indexée par Z

p

.

Soit M un D

X

-module cohérent. Une V -multifiltration U

M de M est une filtration croissante indexée par Z

p

satisfaisant à V

k

D

X

¨ U

k1

M Ă U

k`k1

M pour tout k et k

1

dans Z

p

. Une telle V -multifiltration est bonne si elle est engendrée localement par un nombre fini de sections pm

j

q

jPJ

, c’est-à-dire que pour tout j P J il existe k

j

P Z

p

tel que pour tout k P Z

p

U

k

M “ ÿ

jPJ

V

k`kj

D

X

¨ m

j

.

Lorsque des inégalités entre nombres complexes apparaîtront, l’ordre considéré sera toujours l’ordre lexicographique sur C , c’est-à-dire

x ` iy ď a ` ib ðñ x ă a ou px “ a et y ď bq.

En suivant [Mai13] on commence par donner les conditions pour qu’un couple pH, M q soit sans pente puis on définit la V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara.

Définition 2.2. — Soit M un D

X

-module cohérent.

1. On dit que le couple pH, M q est multispécialisable sans pente si au voisinage de tout point de X , il existe une bonne V -multifiltration U

p M q de M et des polynômes b

i

psq P C rss pour tout 1 ď i ď p tels que pour tout k P Z

p

, b

i

pE

i

` k

i

qU

k

M Ă U

k´1i

M .

2. On dit que le couple pH, M q est multispécialisable sans pente par section si, pour toute section locale m de M , il existe des polynômes b

i

psq P C rss pour tout 1 ď i ď p tels que b

i

pE

i

qm P V

´1i

D

X

¨ m.

Rappelons la proposition 1 de [ Mai13 ] :

Proposition 2.3. — Les deux définitions précédentes sont équivalentes et si la première est satisfaite pour une bonne V -multifiltration de M , elle l’est pour toute. On dit alors que le couple pH, M q est sans pente.

On fixe M un D

X

-module cohérent tel que le couple pH, M q soit sans pente.

Définition 2.4. — Le polynôme unitaire de plus bas degré vérifiant la propriété 1. de la définition pour l’indice i est appelé polynôme de Bernstein-Sato d’indice i de la V -multifiltration U

p M q, on le note b

i,UpMq

.

Le polynôme unitaire de plus bas degré vérifiant la propriété 2. de la définition pour l’indice i est appelé polynôme de Bernstein-Sato d’indice i de la section m, on le note b

i,m

.

Proposition 2.5. — Soient, pour 1 ď i ď p, des sections σ

i

: C { Z Ñ C de la projection naturelle C Ñ C { Z . Il existe une unique bonne V -multifiltration V

σ

p M q de M telle que pour tout i les racines de b

i,Vσ

pMq

soient dans l’image de σ

i

.

La démonstration de cette proposition et de la proposition 2.7 est identique à celle du théorème 1. de [ Mai13 ].

Définition 2.6. — On définit la multifiltration V

p M q indexée par C

p

et vérifiant :

@x P X, V

α

p M q

x

:“ tm P M

x

; s

i

ě ´α

i

´ 1, @s

i

P b

´1i,m

p0q et 1 ď i ď pu.

Cette V -multifiltration est appelée V -multifiltration canonique ou V -multifiltration de Malgrange- Kashiwara.

Si on considère l’ordre partiel standard sur C

p

α ď β ðñ α

i

ď β

i

pour tout 1 ď i ď p on peut définir

V

ăα

p M q :“ ÿ

βăα

V

β

p M q et

gr

α

p M q :“ V

α

p M q{V

ăα

p M q.

Soit I Ă t1, ..., pu et I

c

son complémentaire, on définit V

ăαIIc

p M q :“ ÿ

βIăαI

V

βIIc

p M q.

(5)

Proposition 2.7. — On a l’égalité des V -multifiltrations V

păαIIcq`k

p M q “ V

kσăαI ,αIc

p M q où σ

ăαIIc

est la section dont l’image est l’ensemble

"

a P C

p

tel que ´α

i

´ 1 ď a

i

ă ´α

i

@ i P I

c

et ´α

i

´ 1 ă a

i

ď ´α

i

@ i P I

* .

Il existe un ensemble fini A Ă r´1, 0r

p

tel que la V -multifiltration canonique soit indexée par A ` Z

p

. Ainsi la V -multifiltration canonique est cohérente.

Soit I Ă t1, ..., pu et J Ă I

c

. Comme pour les D

X

-modules cohérents, on a une notion de V

0HII

D

X

- module multispécialisable sans pente le long des hypersurfaces H

J

:“ pH

i

q

iPJ

.

Définition 2.8. — Soit M un V

0HII

D

X

-module cohérent et J Ă I

c

, on note q :“ #J .

1. On dit que le couple pH

J

, M q est multispécialisable sans pente (ou spécialisable si q “ 1) si au voisinage de tout point de X, il existe une bonne V -multifiltration U

p M q de M et des polynômes b

i

psq P C rss pour tout i P J tels que pour tout k P Z

q

, b

i

pE

i

` k

i

qU

k

M Ă U

k´1i

M .

2. On dit que le couple pH

J

, M q est multispécialisable sans pente par section (ou spécialisable par section si q “ 1) si, pour toute section locale m de M , il existe des polynômes b

i

psq P C rss pour tout i P J tels que b

i

pE

i

qm P V

´1HJi

pV

0HII

D

X

q ¨ m “ V

´1i

D

X

¨ m.

Remarque 2.9. — Comme pour les D

X

-modules (proposition 2.3) les deux définitions sont équivalentes et si elle sont satisfaites on dira que le couple pH

J

, M q est sans pente (ou spécialisable si q “ 1). Les analogues des propositions 2.5 et 2.7 sont vraies pour les V

0HII

D

X

-modules sans pente.

Proposition 2.10. — Soit I Ă t1, ..., pu et M un D

X

-module cohérent tel que le couple pH, M q soit sans pente. Alors le couple pH

I

, M q est sans pente et pour tout α

I

le couple pH

Ic

, V

αHII

M q est sans pente. De plus, pour I, J Ă t1, ..., pu disjoints, les V -multifiltrations de Malgrange-Kashiwara satisfont à : (3) V

αHIIYHJ J

p M q “ V

αHII

p M q X V

αHJJ

p M q “ V

αHII

`

V

αHJJ

p M q ˘ . On a également l’analogue de [ MM04 , corollaire 4.2-7]

Proposition 2.11. — Pour tout α P C et tout j P I

c

, l’application M ÞÑ V

αHj

p M q définit un foncteur exact de la catégorie des V

0HII

D

X

-modules spécialisables le long de H

j

vers la catégorie des V

0Hj

pV

0HII

q D

X

- modules.

Sachant que la V -multifiltration canonique est indexée par A ` Z

p

avec A Ă r´1, 0r

p

fini, quitte à renuméroter ces indices on peut la supposer indexée par Z

p

et appliquer la définition B.3 de l’appendice B aux V -filtrations canoniques de M .

La condition sans pente s’interprète de manière naturelle comme une condition de compatibilité des V -filtrations relatives aux différentes hypersurfaces considérées.

Proposition 2.12. — Si le couple pH, M q est sans pente alors les filtrations V

H1

p M q, ..., V

Hp

p M q de M sont compatibles au sens de la définition B.3.

Démonstration. — Soit α ă β P C

p

et notons I

q

:“ t1, ..., qu. On va construire par récurrence sur l’entier p le p-hypercomplexe X

p

correspondant à la compatibilité des sous-objets

V

αH11

pV

βHIp

Ip

M q, ..., V

αHpp

pV

βHIp

Ip

M q Ď V

βHIp

Ip

M .

D’après la remarque B.2, deux filtrations sont toujours compatibles. Supposons construit le q- hypercomplexe X

q

. D’après la proposition 2.10 la propriété sans pente assure que les objets qui apparaissent dans X

q

sont des V

0HIq

Iq

D

X

-modules cohérents spécialisables le long de H

q`1

. On déduit alors de la proposition 2.11 que l’application de V

αHq`q`11

p.q et V

βHq`1

q`1

p.q à de tels objets sont deux foncteurs exacts munis d’un monomorphisme de foncteurs donné par l’inclusion naturelle déduite de l’inégalité α

q`1

ď β

q`1

. On applique alors ces deux foncteurs à X

q

, la fonctorialité fournit un pq `1q-hypercomplexe

0 // V

αHq`q`11

pX

q

q 

i

// V

βHq`1

q`1

pX

q

q // Cokerpiq // 0.

C’est le pq ` 1q-hypercomplexe X

q`1

voulu. L’exactitude des différentes suites courtes provient de l’exac-

titude des suite courtes de X

q

, de l’exactitude des foncteurs V

Hq`1

-filtration ainsi que de l’exactitude du

foncteur Coker(.) appliqué à des inclusions (lemme du serpent). On utilise également ici les identifica-

tions (3). Ceci nous donne par récurrence le p-hypercomplexe X

p

. En prenant alors la limite inductive

(6)

des p-hypercomplexes X

p

sur β P C

p

on obtient le p-hypercomplexe correspondant à la compatibilité des sous-objets

V

αH11

p M q, ..., V

αHpp

p M q Ď M . Ceci étant vérifié pour tout α P C

p

la proposition est démontrée.

La proposition B.5 fournit le corollaire suivant

Corollaire 2.13. — Si le couple pH, M q est sans pente alors l’objet obtenu en appliquant successivement les gradués gr

Hαii

par rapport aux V -filtrations canoniques V

Hi

ne dépend pas de l’ordre dans lequel on applique ces foncteurs et est égal à gr

α

p M q.

Proposition 2.14. — Soit M un D

X

-module cohérent tel que pH, M q soit sans pente et soit 1 ď i ď p.

Alors le D

X

-module M p˚H

i

q est cohérent et le couple pH, M p˚H

i

qq est sans pente. De plus, pour tout α vérifiant α

i

ă 0, le morphisme naturel de V

0

D

X

-modules :

V

α

p M q Ñ V

α

p M p˚H

i

qq est un isomorphisme.

Démonstration. — Comme pH, M q est sans pente, M est spécialisable le long de H

i

et on peut appliquer [ MM04 , proposition 4.4-3] qui assure que M p˚H

i

q est cohérent, spécialisable le long de H

i

et que pour α

i

ă 0,

V

αHii

p M q Ñ V

αHii

p M p˚H

i

qq est un isomorphisme.

Montrons que le couple pH, M p˚H

i

qq est sans pente. C’est un problème local, on peut supposer que H

i

“ tt

i

“ 0u. Soit m

1

une section de M p˚H

i

q, on a m

1

“ m{t

ik

où m est dans l’image de M Ñ M r1{t

i

s et k P N . Le couple pH, M q étant sans pente, pour tout 1 ď j ď p il existe un polynôme non nul b

j

ps

j

q satisfaisant à

b

j

pE

j

qm P V

´1j

p D

X

qm.

On a alors

b

j

pE

j

qt

ki

m

1

P V

´1j

p D

X

qt

ki

m

1

t

ki

b

j

pE

j

` δ

ij

kqm

1

P t

ki

V

´1j

p D

X

qm

1

.

En divisant par t

ki

on obtient, b

j

pE

j

ij

k

i

qm

1

P V

´1j

p D

X

qm

1

, ce qui permet de conclure que pH, M p˚H

i

qq est sans pente.

D’après la proposition 2.10 V

αHii

p M q et V

αHii

p M p˚H

i

qq sont des V

0Hi

D

X

-modules sans pente le long de H

tiuc

donc, si α satisfait à α

i

ă 0, on a un isomorphisme

V

α

p M q » V

αHtiutiucc

` V

αHii

p M q ˘

Ý Ñ V

αHtiutiucc

` V

αHii

p M p˚H

i

qq ˘

» V

α

p M p˚H

i

qq ce qui conclut la démonstration de la proposition.

Corollaire 2.15. — Soit M un D

X

-module cohérent tel que pH, M q soit sans pente. Alors le D

X

- module M p˚pH

1

Y ... Y H

p

qq est cohérent et le couple pH, M p˚pH

1

Y ... Y H

p

qqq est sans pente. De plus pour tout α vérifiant α

i

ă 0 pour tout 1 ď i ď p, le morphisme naturel de V

0

D

X

-modules :

V

α

p M q Ñ V

α

p M p˚pH

1

Y ... Y H

p

qq est un isomorphisme.

Démonstration. — On effectue une récurrence sur le nombre d’hypersurfaces par rapport auxquelles on

localise M et le corollaire est une conséquence immédiate de la proposition précédente.

(7)

2.2. Gradués d’un D

X

-module sans pente et cycles proches algébriques. — Ici on démontre des propriétés des gradués de la V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara et on définit les cycles proches algébriques.

Proposition 2.16. — Soit M un D

X

-module tel que pH, M q soit sans pente. Pour tout β P C et tout 1 ď i ď p, l’endomorphisme pE

i

` β ` 1q de

V

β,αtiuc

p M q{V

ăβ,αtiuc

p M q est nilpotent.

Démonstration. — Notons σ :“ σ

β,αtiuc

et b

i

psq le polynôme de Bernstein-Sato d’indice i de la multifil- tration correspondant à la section σ. Les racines de b

i

sont donc dans l’intervalle r´β ´ 1, ´βr. Soit ℓ la multiplicité de la racine ´β ´ 1 de b

i

. On pose b

i

psq “ b

1i

psqps ` β ` 1q

. On considère comme dans la preuve de [ Kas83 , Théorème 1] la V -multifiltration de M suivante :

U

k

p M q :“ V

k´1σ i

p M q ` pE

i

` k

i

` β ` 1q

V

kσ

p M q.

On peut montrer que c’est une bonne V -multifiltration, que ses polynômes de Bernstein-Sato d’indice j ‰ i divisent ceux de V

σ

et que son polynôme de Bernstein-Sato d’indice i divise b

1

psqps`βq

. Les racines de b

1

psqps `β q

sont dans s ´ β ´ 1, ´βs, par unicité la multifiltration U

p M q est égale à la multifiltration V

σr

p M q où r σ “ σ

ăβ,αtiuc

. On a donc U

0

p M q “ V

ăβ,αtiuc

p M q et on en déduit que pE

i

` β ` 1q

annule

V

β,αtiuc

p M q{V

ăβ,αtiuc

p M q.

Étant donnée la définition de gr

α

p M q on déduit immédiatement de cette proposition le corollaire suivant :

Corollaire 2.17. — Soit M un D

X

-module tel que pH, M q soit sans pente. Pour tout α P C

p

et tout 1 ď i ď p, l’endomorphisme pE

i

` α

i

` 1q de gr

α

p M q est nilpotent.

Définition 2.18. — Étant donné un couple pH, M q sans pente, on définit les cycles proches algébriques de M relatifs à la famille d’hypersurfaces H de la manière suivante

Ψ

H

M :“ à

αPr´1,0rp

gr

α

p M q.

C’est un gr

V0

D

X

-modules cohérent. Or, si l’on note X

0

:“ Ş

1ďiďp

H

i

, on a gr

V0

D

X

» D

X0

rE

1

, ..., E

p

s.

Le corollaire 2.17 implique ainsi que Ψ

H

M est un D

X0

-module cohérent. Les cycles proches algébriques sont munis d’endomorphismes de monodromie pour 1 ď i ď p

T

i

:“ expp´2iπE

i

q.

La proposition suivante est une conséquence du corollaire 2.13

Proposition 2.19. — Soit I Ă t1, ..., pu, on a alors un morphisme naturel, fonctoriel en M , de gr

V0

D

X

- modules

Ψ

H

M Ñ Ψ

HI

HIc

M q qui est un isomorphisme si le couple pH, M q est sans pente.

Dans le cas général f : X Ñ C

p

, l’inclusion du graphe de f permet de définir les cycles proches algébriques.

Définition 2.20. — Considérons le diagramme X

if

//

f

##

H H H H H H H H

H X ˆ C

p

π“pπ1,...,πpq

C

p

.

où i

f

est le graphe de f . Soit H

i

:“ π

´1i

p0q. D’après ce qui précède, si le couple pH, i

f`

M q est sans pente, alors Ψ

H

i

f`

M est un D

Xˆ0

-module cohérent à support tpx, 0q|f pxq “ 0u. On peut le voir comme un D

X

-module cohérent à support f

´1

p0q, on le note alors Ψ

algf

M .

On déduit de la proposition 2.19 l’isomorphisme Ψ

algf

M Ñ Ψ

algf

I

algfIc

M q.

(8)

2.3. Cycles proches topologiques. — Ici on définit le foncteur cycles proches topologiques associé à une fonction f : X Ñ C

p

et appliqué à la catégorie des complexes de faisceaux à cohomologie C - constructible.

Définition 2.21. — Considérons le diagramme suivant où les carrés sont cartésiens : f

´1

p0q

i

//

X

f

X

˚

oo

j

f X˚

X r oo

p

fr

t0u

i

// C

p

oo

j

p C

˚

q

p

oo

p

p Č C

˚

q

p

.

Ici X

˚

“ X ´ F

´1

p0q avec F “ f

1

...f

p

et p Č C

˚

q

p

est le revêtement universel de p C

˚

q

p

. Si F est un complexe de faisceaux à cohomologie C -constructible, on définit :

Ψ

f

F :“ i

´1

Rj

˚

p

˚

p

´1

j

´1

F

c’est le foncteur cycles proches. On peut identifier le morphisme p Č C

˚

q

p

Ñ p C

˚

q

p

à exp : C

p

Ñ p C

˚

q

p

pz

1

, ..., z

p

q ÞÑ pe

2iπz1

, ..., e

2iπzp

q.

Pour 1 ď i ď p les translations

τ

i

: p Č C

˚

q

p

Ñ p Č C

˚

q

p

pz

1

, ..., z

i

, ..., z

p

q ÞÑ pz

1

, ..., z

i

` 1, ..., z

p

q.

permettent d’induire des endomorphismes de monodromie T

i

: Ψ

f

F Ñ Ψ

f

F .

Supposons que les f

i

définissent un diviseur à croisements normaux H où H

i

“ tf

i

“ 0u et que F “ DRp M q. Dans [ Mai13 ] Ph. Maisonobe démontre la proposition suivante

Proposition 2.22. — Soit I Ă t1, ..., pu, il existe un morphisme naturel

(4) Ψ

f

F Ñ Ψ

fI

fIc

F q.

De plus si le couple pH, M q est sans pente alors ce morphisme est un isomorphisme.

2.4. Fonctions de classe de Nilsson. — On se place ici dans le cas d’une famille d’hypersurfaces qui forment un diviseur à croisements normaux, quitte à diminuer X , on suppose qu’il existe un système de coordonnées px, t

1

, ..., t

p

q tel que pour tout 1 ď i ď p, l’hypersurface H

i

ait pour équation t

i

“ 0. On note

π : X Ñ C

p

px, t

1

, ..., t

p

q ÞÑ pt

1

, ..., t

p

q.

Définition 2.23. — Soit α P r´1, 0r

p

et k P N

p

. On note N

α,k

la connexion méromorphe sur C

p

: N

α,k

“ à

0ďℓďk

O

Cp

r 1 z

1

...z

p

se

α,ℓ

avec la structure de D -module donnée par la formule

z

i

B

zi

e

α,ℓ

“ pα

i

` 1qe

α,ℓ

` e

α,ℓ´1i

. On définit T

i

le morphisme de monodromie d’indice i par la formule

T

i

e

α,ℓ

“ expp2iπpα

i

` 1qq ÿ

0ďmďℓi

p2iπq

m

m! e

α,ℓ´m.1i

.

Remarque 2.24. — Pour se souvenir de la structure de D -module et de la monodromie il faut remarquer que la section e

α,ℓ

se comporte comme la fonction multiforme z

α`1logℓ11!z1

...

logℓpzp

p!

.

Définition 2.25. — Soit M un D

X

-module tel que le couple pH, M q soit sans pente. On définit : M

α,k

“ M b

π´1OCp

π

´1

p N

α,k

q “ M r 1

t

1

...t

p

s b

π´1OCp

π

´1

p N

α,k

q . D’autre part on a

M

α,k

“ M b

OX

π

`

p N

α,k

q

(9)

où π

`

est l’image inverse dans la catégorie des D -modules. Ceci permet de munir M

α,k

d’une structure naturelle de D

X

-module. Notons Y :“ č

1ďiďp

H

i

. La restriction de M

α,k

à Y est munie d’endomorphismes T

i

induits par les morphismes de monodromie de N

α,k

et définis par :

T

i

pm b e

α,ℓ

q “ m b T

i

e

α,ℓ

.

Proposition 2.26. — Soit α P r´1, 0r

p

et k P N

p

et M un D

X

-module tel que le couple pH, M q soit sans pente. Alors le couple pH, M

α,k

q est sans pente. De plus, pour tout β P C

p

, on a :

V

β

p M

α,k

q “ à

0ďℓďk

V

α`β`1

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙ e

α,ℓ

.

On commence par un lemme qui sera utile dans la démonstration de cette proposition.

Définition 2.27. — Soit px, t

1

, ..., t

p

q un système de coordonnées locales où t

i

“ 0 est une équation de H

i

. Soit M r1{t, sst

s

le O

X

rss-module isomorphe à M r1{t, ss par l’application m ÞÑ mt

s

. Il est muni d’une structure naturelle de D

X

rss-module par la formule :

B

i

pmt

s

q :“ pB

i

mqt

s

` p s

i

m t

i

qt

s

Lemme 2.28. — Soit m une section locale de M r1{ts et bpsq P C rss. Les conditions suivantes sont équivalentes :

1. bpE

i

qm P V

´1i

p D

X

qm 2. bp´s

i

´ 1qmt

s

P D

X

rsst

i

mt

s

Démonstration. — Montrons que 1 implique 2. Dans M r1{t, sst

s

on a l’égalité pt

i

B

i

mqt

s

“ p´s

i

´ 1qmt

s

` B

i

pt

i

mt

s

q.

On montre alors par récurrence que pour tout k

ppt

i

B

i

q

k

mqt

s

´ p´s

i

´ 1q

k

mt

s

P D

X

rsst

i

mt

s

. On a donc pour tout polynôme bpsq P C rss

pbpE

i

qmqt

s

´ bp´s

i

´ 1qmt

s

P D

X

rsst

i

mt

s

.

D’autre part, si bpE

i

qm P V

´1i

p D

X

qm une récurrence permet de montrer que pbpE

i

qmqt

s

P D

X

rsst

i

mt

s

et on en déduit 2.

Montrons que 2 implique 1. D’une part, on peut montrer par récurrence que pour tout k P N et tout 1 ď ℓ ď k, il existe m

k,ℓ

P M r1{ts satisfaisant à :

(5) s

ki

mt

s

“ pp´B

i

t

i

q

k

mqt

s

` ÿ

k ℓ“1

B

i

pm

k,ℓ

t

s

q.

D’autre part, en faisant opérer les B

α

“ B

α11

...B

pαp

et en annulant les coefficients du polynôme en les s

i

que l’on obtient, on peut montrer le résultat suivant : (6)

« ÿ

α

B

α

pm

α

t

s

q “ 0 ff

ñ rm

α

“ 0 @αs

pour une somme finie sur les α. Enfin, si l’on regarde plus précisément la récurrence faite dans la première partie de la démonstration on obtient

pbpE

i

qmqt

s

´ bp´s

i

´ 1qmt

s

P B

i

D

X

rsst

i

mt

s

. L’hypothèse 2 implique

bp´s

i

´ 1qmt

s

“ ÿ

α,k

B

α

s

k

A

α,k

t

i

mt

s

où A

α,k

est un opérateur différentiel indépendant des B

i

pour tout 1 ď i ď p. En utilisant l’égalité (5) on peut substituer les s

j

et on obtient

pbpE

i

qmqt

s

´ ÿ

k

“ p´t

1

B

1

´ 1q

k1

...p´t

p

B

p

´ 1q

kp

A

0,k

t

i

m ‰

t

s

“ ÿ

αą0

B

α

pm

α

t

s

q

avec m

α

P M r1{ts. En utilisant (6) et le fait que p´t

1

B

1

´ 1q

k1

...p´t

p

B

p

´ 1q

kp

A

0,k

t

i

P V

´1i

p D

X

q on

conclut que bpE

i

qm P V

´1i

p D

X

qm.

(10)

Démonstration de la proposition 2.26. — On commence par montrer que le couple pH, M

α,k

q est sans pente. Quelque soit 1 ď i ď p, le D

Cp

-module N

α,k

{ N

α,k´1

i

s’identifie à N

α,k´k

i.1i

On a donc la suite exacte :

0 Ñ N

α,k´1

i

Ñ N

α,k

Ñ N

α,k´k

i.1i

Ñ 0.

Pour tout k P N

p

le π

´1

O

Cp

-module π

´1

N

α,k

est à fibres plates car libres, il est donc acyclique pour le foncteur de produit tensoriel par M r

t1...t1 p

s et on a la suite exacte :

(7) 0 Ñ M

α,k´1

i

Ñ M

α,k

Ñ M

α,k´k

i.1i

Ñ 0.

Le module central est sans pente si et seulement si les deux autres modules le sont. En effet, comme dans le cas des bonnes V -filtration pour p “ 1 (cf [ MM04 ]), une bonne V -multifiltration du terme central induit des bonnes V -multifiltration des termes extrêmes. On considère alors la suite exacte

0 Ñ U

M

α,k´1

i

Ñ U

M

α,k

Ñ U

M

α,k´k

i.1i

Ñ 0

et on observe que la condition multispécialisable sans pente de la définition 2.2 est satisfaite pour le module central si et seuleument si elle l’est pour les deux autres modules. Par récurrence on est alors ramené à montrer que pH, M

α,0

q est sans pente. Soit m une section locale de M r

t1...t1 p

s. D’après la proposition 2.15 le couple pH, M r

t1...t1

p

sq est sans pente et par conséquent le lemme 2.28 fournit localement, pour 1 ď i ď p, des polynômes b

i

non nuls vérifiant :

b

i

ps

i

qmt

s

P D

X

rsst

i

mt

s

. Par définition du D

X

rss-module M r1{t, sst

s

, on obtient les équations : (8) b

i

ps

i

` α

i

` 1qpm b e

α,0

qt

s

P D

X

rsst

i

pm b e

α,0

qt

s

.

Soit k

0

P N

p

tel que pour tout k

i

P N vérifiant k

i

ě k

0,i

` 1, l’entier ´k

i

n’est pas racine de b

i

ps

i

` α

i

` 1q P C rs

i

s. En remplaçant les s

i

par les entiers k

i

dans la relation (8) et en multipliant éventuellement par des t

i

on obtient que pour tout k P Z

p

pm b e

α,0

qt

k

P D

X

ppm b e

α,0

qt

´k0

q.

De plus pour tout 1 ď i ď p, l’égalité pB

i

pm b e

α,0

qqt

k

“ B

i

ppm b e

α,0

qt

k

q ` k

i

pm b e

α,0

qt

k´1i

montre que pB

i

pm b e

α,0

qqt

k

P D

X

ppm b e

α,0

qt

´k0

q pour tout k P Z

p

. Comme M est engendré par un nombre fini de sections, en utilisant des extensions successives on peut supposer que m engendre M . On a donc M

α,0

“ D

X

ppm b e

α,0

qt

´k0

q. La filtration D

X

plqppm b e

α,0

qt

´k0

qq étant une bonne filtration du D

X

- module M

α,0

, celui-ci est cohérent. Les équations (8) ainsi que le lemme 2.28 permettent alors de conclure que pH, M

α,0

q est sans pente et donc par ce qui précède que pH, M

α,k

q l’est.

Pour démontrer la deuxième partie de la proposition on commence par noter U

β

p M

α,k

q :“ à

0ďℓďk

V

α`β`1

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙ e

α,ℓ

et on va montrer que c’est une bonne V -multifiltration qui satisfait à toutes les propriétés caractéristiques de la multifiltration de Malgrange-Kashiwara. Soit m P M , ℓ P N

p

, β P C et 1 ď i ď p. On a localement (9) pt

i

B

i

` β qpm b e

α,ℓ

q “ ppt

i

B

i

` β ` α

i

` 1qmq b e

α,ℓ

` m b e

α,ℓ´1i

et pour tout n P Z

p

t

n

pm b e

α,ℓ

q “ pt

n

mq b e

α,ℓ

.

Ceci permet de montrer que U

p M

α,k

q est une V -multifiltration de M

α,k

(c’est-à-dire que cette multi- filtration vérifie V

D

X

.U

β

p M

α,k

q Ă U

β`ℓ

p M

α,k

q pour tout β P C

p

et pour tout ℓ P Z

p

).

Pour montrer que c’est une bonne V -multifiltration on fixe β P C

p

et on montre que la V -multifiltration indexée par Z

p

, U

β`‚

p M

α,k

q, est une bonne V -multifiltration de M

α,k

. Comme la V -multifiltration indexée par Z

p

, V

α`β`‚`1

´

M r

t1...t1 p

s ¯

, est une bonne V -multifiltration elle est engendrée localement par un nombre fini de sections tm

j

u

jPJ

. Si k “ 0 l’égalité (9) permet de montrer que les sections tm

j

b e

α,0

u

jPJ

engendrent la V -multifiltration U

β`‚

p M

α,0

q. On peut alors montrer par récurrence, en considérant la suite exacte (7) et l’égalité (9), que pour tout k P N

p

les sections m

j

b e

α,ℓ

, pour j P J et 0 ď ℓ ď k, engendrent la V -multifiltration U

β`‚

p M

α,k

q. C’est donc une bonne V -multifiltration de M

α,k

.

On fixe maintenant β P C

p

et on va construire, pour tout 1 ď i ď p, un polynôme b

i

psq qui satisfait à

b

i

pt

i

B

i

qU

β

p M

α,k

q Ă U

β´1i

p M

α,k

q.

(11)

Par définition de la multifiltration de Malgrange-Kashiwara on peut choisir, pour tout 1 ď i ď p, un polynôme c

i

psq vérifiant

c

i

pt

i

B

i

` α

i

` β

i

` 1qV

α`β`1

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙

Ă V

α`β`1´1i

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙

et ayant ses racines dans l’intervalle r´1, 0r. Soit m P V

α`β`1

´

M r

t1...t1 p

s ¯

, l’égalité (9) permet de montrer que

c

i

pt

i

B

i

` β

i

qpm b e

α,ℓ

q “ pc

i

pt

i

B

i

` β

i

` α

i

` 1qmq b e

α,ℓ

` m r où m r P U

β

p M

α,k´1

i

q si on pose U

β

p M

α,ℓ

q “ 0 pour l

i

ă 0. On peut donc construire par récurrence un polynôme b

i,m

psq ayant ses racines dans l’intervalle r´1, 0r et vérifiant

b

i,m

pt

i

B

i

` β

i

qpm b e

α,ℓ

q P U

β´1i

p M

α,k

q.

Comme U

β

p M

α,k

q est localement engendré par un nombre fini de sections de la forme m b e

α,ℓ

pour 0 ď ℓ ď k on peut construire b

i

psq ayant ses racines dans r´1, 0r tel que

b

i

pt

i

B

i

` β

i

qU

β

p M

α,k

q Ă U

β´1i

p M

α,k

q.

Les racines du polynôme de Bernstein-Sato de la V -multifiltration U

p M

α,k´1

i

q sont donc dans l’intervalle r´1, 0r, ce qui permet de conclure que c’est bien la V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara :

V

β

p M

α,k

q “ à

0ďℓďk

V

α`β`1

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙ e

α,ℓ

.

3. Morphisme de comparaison

On va construire un morphisme de comparaison entre les cycles proches algébriques de M et les cycles proches topologiques de DRp M q relativement à l’application

π : X Ñ C

p

px, t

1

, ..., t

p

q ÞÑ pt

1

, ..., t

p

q.

On établira le lien avec la composition du morphisme de comparaison relatif aux r premières coordonnées t

i

et de celui relatif aux p ´ r coordonnées t

i

suivantes pour 1 ă r ă p.

3.1. Comparaison avec les gradués. — Commençons par donner deux définitions.

Définition 3.1. — Soit M un D

X

-module tel que le couple pH, M q soit sans pente. On considère la famille tgr

k

p M q, B

i

u

kPt0,1up,1ďiďp

composée des objets gr

k

p M q pour k P t0, 1u

p

et des morphismes B

i

: gr

k

p M q Ñ gr

k`1i

p M q. On définit

i

:

M :“ spCubepgr

p M qqq

X0

où sp.q et Cubep.q sont les foncteurs définis dans l’appendice A.2 et A.5 et X

0

“ π

´1

p0q.

Par exemple pour p “ 2 on a i

:

M “ 0 Ñ gr

´1,´1

p M q

X

0

Ñ gr

0,´1

p M q

X

0

À gr

´1,0

p M q

X

0

Ñ gr

0,0

p M q

X

0

Ñ 0

m ÞÑ pB

1

m, ´B

2

mq

pm

1

, m

2

q ÞÑ B

2

m

1

` B

1

m

2

. Définition 3.2. — De la même manière que pour la définition précédente on considère la famille tV

k

p M q, B

i

u

kPt0,1up,1ďiďp

composée des objets V

k

p M q pour k P t0, 1u

p

et des morphismes B

i

: V

k

p M q Ñ V

k`1i

p M q. On définit

i

#

M :“ spCubepV

p M qqq

X0

où X

0

“ π

´1

p0q.

Remarque 3.3. — 1. Notons que si on considère la famille M :“ t M , B

i

u

kPt0,1up,1ďiďp

on a spCubep M qq

X0

» DR

X{X0

p M q

X

0

où l’on considère la projection

τ : X Ñ X

0

px, t

1

, ..., t

p

q ÞÑ px, 0, ..., 0q.

(12)

2. On étend ces définitions aux complexes en commençant par appliquer Cubep.q en chaque degré puis en prenant le complexe simple associé à l’hypercomplexe obtenu. On note encore i

#

et i

:

ces foncteurs appliqués aux complexes.

D’après la remarque précédente les morphismes naturels pour tout k P t0, 1u

p

gr

k

p M q Ð V

k

p M q Ñ M

induisent les morphismes de complexes

(10) i

:

M Ð i

#

M Ñ DR

X{X0

p M q

où l’on omet de noter la restriction de DR

X{X0

p M q à X

0

. Soit I “ t1, ..., ru Ă t1, ..., pu les r premiers entiers pour r ă p, on note

π

I

: X Ñ C

r

px, t

1

, ..., t

p

q ÞÑ pt

1

, ..., t

r

q

et X

0I

:“ π

´1I

p0q. On note V

I

la V -multifiltration par rapport aux fonctions t

1

, ..., t

r

. La V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara de M induit une V

Ic

-multifiltration du D

X0I

-module gr

IαI

p M q pour tout α

I

P C

r

. Pour tout α P C

p

on a le diagramme commutatif suivant

(11) gr

α

M

V

α

M

oo

gr

IαcIc

`

gr

IαI

M ˘

V

αIcIc

`

gr

IαI

M ˘

oo V

IcαIc

`

V

αII

M ˘ .

oo

On définit les foncteurs i

:I

et i

#I

en considérant respectivement les familles tgr

kI

p M

1

q, B

i

u

kIPt0,1ur,1ďiďr

et tV

kI

p M

1

q, B

i

u

kIPt0,1ur,1ďiďr

. On définit de manière analogue les foncteurs i

:Ic

et i

#Ic

appliqués à la catégorie des D

XI0

-modules en considérant la projection π

Ic XI

0

: X

0I

Ñ C

p´r

px, t

p´r

, ..., t

p

q ÞÑ pt

p´r

, ..., t

p

q.

Les propriétés des hypercomplexes, du foncteur sp.q et le diagramme commutatif (11) pour α P t0, 1u

p

fournissent le diagramme commutatif suivant

(12) i

:

M

i

#

M

oo // DR

X{X0

M

i

:Ic

pi

:I

M q oo i

#Ic

pi

:I

M q oo i

#Ic

pi

#I

M q // i

#Ic

pDR

X{X0I

M q // DR

XI

0{X0

pDR

X{X0I

M q.

3.2. Le morphisme «Nils». — D’après la proposition 2.26 on a gr

´1

p M

α,k

q “ à

0ďℓďk

gr

α

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙ e

α,ℓ

.

La proposition 2.15 assure que pour α P r´1, 0r

p

on a l’isomorphisme gr

α

p M q » gr

α

ˆ M r 1

t

1

...t

p

s

˙ . On définit alors le morphisme suivant

Φ : gr

α

p M q ÝÑ gr

´1

p M

α,k

q

m ÞÝÑ ÿ

0ďℓďk

“ p´1q

1`...`ℓp

pt

1

B

1

` α

1

` 1q

1

...pt

p

B

p

` α

p

` 1q

p

m ‰ b e

α,ℓ

qui induit un morphisme de complexes

Nils : gr

α

p M q Ñ i

:

M

α

où l’on identifie gr

α

p M q avec un complexe concentré en degré zéro et où M

α

est la limite inductive des M

α,k

prise sur k P N

p

.

Remarque 3.4. — Remarquons ici que M

α

n’est pas un D

X

-module de type fini. Mais le fait qu’il soit

limite des M

α,k

et que les couples pH, M

α,k

q soient sans pente suffit pour le reste de la construction et

pour le théorème de comparaison.

(13)

En utilisant la définition 2.23 on obtient O

X

b

π´1OCp

π

´1

p N

α,k

q » ´

O

X

b

π´1

I OCr

π

I´1

p N

αI,kI

q ¯ b

OX

´

O

X

b

π´1

IcOCp´r

π

I´1c

p N

α

Ic,kIc

q ¯ . On déduit de cet isomorphisme et de la définition du morphisme Φ le diagramme commutatif suivant

(13) gr

α

M

Nils

//

i

:

M

α

i

:I

c

pi

:I

M

α

q

gr

IαcIc

` gr

IαI

M ˘

// gr

IcαIc

´ i

:I

M

α

I

¯ // i

:Ic

” pi

:I

M

α

I

q

αIc

ı .

3.3. Le morphisme «Topo». — Rappelons le diagramme commutatif utilisé pour définir les cycles proches topologiques :

π

´1

p0q

i

//

X

π

X

˚

oo

j

π

X r oo

p

r π

t0u

i

// C

p

oo

j

p C

˚

q

p

oo

p

p Č C

˚

q

p

. Lemme 3.5. — Soit α P C

p

, il existe un morphisme naturel

Topo : DR

X

p M

α

q Ñ Ψ

π

DR

X

p M q.

Démonstration. — Par définition, M

α

“ M b

π´1OCp

π

´1

N

α

, or on a une inclusion N

α

Ă j

˚

p

˚

p

´1

O

pC˚qp

dans le faisceau des fonctions holomorphes multiformes. Par fonctorialité on a donc le morphisme : DR

X

p M

α

q Ñ DR

X

p M b π

´1

j

˚

p

˚

p

´1

O

pC˚qp

q.

L’adjonction des foncteurs image inverse et image directe fournit un morphisme de foncteurs π

´1

pj ˝ pq

˚

Ñ pj ˝ pq

˚

r π

´1

. Ceci donne le morphisme :

DR

X

p M b π

´1

j

˚

p

˚

p

´1

O q Ñ DR

X

p M b j

˚

p

˚

r π

´1

p

´1

O q

“ DR

X

p M b j

˚

p

˚

p

´1

π

X˚´1

O q.

Par adjonction on a le morphisme :

DR

X

p M b j

˚

p

˚

p

´1

π

X˚´1

O q Ñ Rj

˚

j

´1

DR

X

p M b j

˚

p

˚

p

´1

π

X˚´1

O q

“ Rj

˚

DR

X

pj

´1

M b j

´1

j

˚

p

˚

p

´1

π

´1

O q

“ Rj

˚

DR

X

pj

´1

M b p

˚

p

´1

π

´1

O q.

On applique ensuite le morphisme (2.3.21) de [ KS94 ] (formule de projection) à la fonction p, en consi- dérant le fait que p

˚

est un foncteur exact car p est à fibres discrètes. Par fonctorialité on a alors le morphisme suivant :

Rj

˚

DR

X

pj

´1

M b p

˚

p

´1

π

´1

O q Ñ Rj

˚

DR

X

pp

˚

p

´1

pj

´1

M b π

´1

O qq

“ Rj

˚

DR

X

pp

˚

p

´1

j

´1

M q.

Sachant que DR

X

M “ Ω

n

L

b

DX

M , on peut appliquer le morphisme (2.6.21) de [ KS94 ] à p (formule de projection) et on obtient le morphisme :

Rj

˚

DR

X

pp

˚

p

´1

j

´1

M q Ñ Rj

˚

p

˚

DR

X

pp

´1

j

´1

M q

“ Rj

˚

p

˚

p

´1

j

´1

DR

X

p M q.

Si l’on compose tous les morphismes naturels que l’on vient de construire on obtient bien le morphisme naturel attendu :

DR

X

p M

α

q Ñ Ψ

π

DR

X

p M q.

(14)

La naturalité de ce morphisme ainsi que la définition du morphisme (4) Ψ

π

DR

X

p M q Ñ Ψ

πIc

πI

DR

X

p M qq permettent de montrer que le diagramme suivant est commutatif

(14) DR

X

M

α Topo

// Ψ

π

DR

X

M

DR

X

rp M

α

I

q

αIc

s // Ψ

πIc

p DR

X

M

α

I

q // Ψ

πIc

πI

DR

X

M q.

3.4. Le morphisme de comparaison. — En combinant les morphismes (10), Nils et Topo on obtient la suite de morphismes suivante

(15) DR

X0

Ψ

H

p M q ÝÝÝÑ

Nils

à

αPr´1,0rp

DR

X0

i

:

M

α

Ð à

αPr´1,0rp

DR

X0

i

#

M

α

Ñ à

αPr´1,0rp

DR

X

p M

α

q ÝÝÝÑ

Topo

Ψ

π

DR

X

p M q.

On a appliqué les morphisme (10) à M

α

, on a ensuite appliqué le foncteur DR

X0

et on a pris la somme sur α Ps ´ 1, 0s

p

en utilisant la définition

Ψ

H

p M q :“ à

αPr´1,0rp

gr

α

p M q.

Théorème 3.6. — Si le couple pH, M q est sans pente alors les morphismes (15) sont des isomorphismes qui commutent aux endomorphismes de monodromie T

i

, on obtient l’isomorphisme de comparaison

DR

X0

Ψ

H

p M q » Ψ

π

DR

X

p M q.

De plus si I “ t1, ..., ru Ă t1, ..., pu et si l’on applique successivement cet isomorphisme de comparaison par rapport aux familles d’hypersurfaces H

I

et H

Ic

le résultat ne dépend pas de l’ordre dans lequel on applique l’isomorphisme. Autrement dit le diagramme suivant est commutatif

DR

X0

Ψ

HIc

HI

M q

»

DR

X0

Ψ

H

p M q

oo

//

»

DR

X0

Ψ

HI

HIc

M q

»

Ψ

πIc

πI

DR

X

p M qq oo

Ψ

π

DR

X

p M q

// Ψ

πI

πIc

DR

X

p M qq.

Démonstration. — On raisonne par récurrence sur le nombre p d’hypersurfaces dans H , le cas p “ 1 est traité par Ph. Maisonobe et Z. Mebkhout dans [ MM04 , théorème 5.3-2] ou par Morihiko Saito dans [ Sai88 , lemmes 3.4.4 et 3.4.5].

Pour p ą 1, soit I “ t1, ..., ru Ă t1, ..., pu avec 1 ă r ă p, on va considérer les diagrammes commutatifs (12), (13) et (14). L’hypothèse sans pente permet d’appliquer la proposition 2.19 (resp. 2.22) qui assure que les flèches verticales des diagrammes (12) et (13) (resp. (14)) sont des isomorphismes. La commutativité de ces diagrammes permet de se ramener aux cas de r et p´r hypersurfaces en appliquant successivement les deux isomorphismes de comparaison obtenus par récurrence. La commutativité donne alors également directement la deuxième partie du théorème.

Pour un morphisme f : X Ñ C

p

, l’inclusion du graphe de f permet de donner une version générale de ce théorème :

Corollaire 3.7. — Soit f : X Ñ C

p

un morphisme d’espaces analytiques complexes réduits et M un D

X

-module holonome régulier tel que le couple pH, i

f`

M q soit sans pente. On a un isomorphisme de comparaison

DR

X

Ψ

algf

p M q » Ψ

f

DR

X

p M q.

Références

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