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un morphisme sans pente
Matthieu Kochersperger
To cite this version:
Matthieu Kochersperger. Théorème de comparaison pour les cycles proches par un morphisme sans pente. Journal of Singularities, Worldwide Center of Mathematics, LLC, 2017, 16, pp.52-72.
�10.5427/jsing.2017.16b�. �hal-01419725v2�
MORPHISME SANS PENTE
par
Matthieu Kochersperger
Résumé. — Le but de cet article est de démontrer le théorème de comparaison entre les cycles proches algébriques et topologiques associés à un morphisme sans pente. Nous obtenons en particulier que dans le cas d’une famille de fonctions holomorphes sans pente, l’itération des isomorphismes de comparaison des cycles proches associés à chacune de ces fonctions ne dépend pas de l’ordre d’itération.
Abstract (Comparison theorem for nearby cycles of a morphism whitout slopes)
The goal of this article is to prove the comparison theorem between algebraic and topological nearby cycles of a morphism whitout slopes. We prove in particular that for a family of holomorphic functions whitout slopes, if we iterate comparison isomorphisms for nearby cycles of each function the result is independent of the order of iteration.
Table des matières
1. Introduction. . . . 1
2. V -multifiltration canonique et foncteurs cycles proches. . . . 2
3. Morphisme de comparaison. . . 10
Appendice A. Hypercomplexes. . . 14
Appendice B. Filtrations compatibles. . . 16
Références. . . 17
1. Introduction
1.1. Théorème de comparaison pour une fonction. — Soit X une variété analytique complexe et f : X Ñ C une fonction holomorphe. Soit p F , M q la donnée d’un faisceau pervers sur X et d’un D
X- module holonome régulier associés par la correspondance de Riemann-Hilbert, c’est-à-dire F “ DR
Xp M q.
Le foncteur cycles proches topologiques Ψ
fde P. Deligne associe à F un faisceau pervers à support f
´1p0q muni d’un automorphisme de monodromie. Prolongeant une construction de B. Malgrange [ Mal83 ], M.
Kashiwara introduit dans [Kas83] le foncteur cycles proches algébriques Ψ
algf(voir aussi [MM04]) qui as- socie à M un D
X-module holonome régulier à support f
´1p0q muni d’un automorphisme de monodromie.
Ces deux foncteurs sont reliés par un isomorphisme de comparaison qui commute à la monodromie :
(1) Ψ
fp F q » DR
XΨ
algfp M q.
Classification mathématique par sujets (2000). — 32S40.
Mots clefs. — Monodromie, cycles proches, modules multispécialisables, morphismes sans pente,V-multifiltration, théorème de comparaison.
1.2. Théorème de comparaison pour plusieurs fonctions. — Soit maintenant p ě 2 et f
1, ..., f
pdes fonctions holomorphes sur X. Notons f “ pf
1, ..., f
pq : X Ñ C
ple morphisme associé. En général, les foncteurs Ψ
fipi “ 1, ..., pq ne commutent pas entre eux, de même que les foncteurs Ψ
algfi.
Dans [ Mai13 ] Ph. Maisonobe montre que sous la condition sans pente pour le couple pf , carp F qq on peut définir les foncteurs cycles proches topologiques et algébriques associés à f . Il montre alors l’existence d’isomorphismes
Ψ
fF » Ψ
fσp1q...Ψ
fσppqF et
Ψ
algfM » Ψ
algfσp1q
...Ψ
algfσppq
M
pour toute permutation σ de t1, ..., pu. Ceci assure la commutativité des foncteurs cycles proches associés aux fonctions f
ipour 1 ď i ď p. Dans l’introduction Ph. Maisonobe mentionne que, par itération de l’isomorphisme (1), ses résultats permettent d’obtenir pour tout σ des isomorphismes de comparaison (2) Ψ
fF » Ψ
fσp1q...Ψ
fσppqp F q » DR
XΨ
algfσp1q
...Ψ
algfσppq
p M q » DR
XΨ
algfM .
Dans cet article, nous montrerons (corollaire 3.7) que cet isomorphisme ne dépend pas de la permu- tation σ. Pour ce faire, nous exhibons un morphisme de comparaison entre Ψ
fF et DR
XΨ
algfM et nous montrons qu’il coïncide avec les isomorphismes de comparaison itérés (2) pour toute permutation σ.
1.3. Un exemples de morphisme sans pente. — On appelle singularité quasi-ordinaire un germe d’espace analytique réduit admettant une projection finie sur C
pdont le lieu de ramification est contenu dans un diviseur à croisements normaux. Si S est une hypersurface de C
nà singularité quasi-ordinaire définie par une fonction holomorphe f , il existe une projection π : C
nÑ C
n´1quasi-ordinaire pour S.
Le faisceau Ψ
fC
Cnest pervers et dans cette situation le couple pπ, carpΨ
fC
Cnqq est sans pente.
Les singularités quasi-ordinaires apparaissent en particulier dans la méthode de Jung de résolution des surfaces singulières (voir [ Lip75 ]).
Remerciements. — Cet article a été écrit dans le cadre de ma thèse sous la direction de Claude Sabbah que je remercie vivement pour ses nombreux conseils durant l’élaboration de ce travail. Je remercie Philippe Maisonobe pour l’intérêt qu’il a porté à ce travail. Je remercie également le rapporteur pour ses remarques constructives.
2. V -multifiltration canonique et foncteurs cycles proches
Dans cette section on définit les cycles proches algébriques à l’aide de la V -multifiltration canonique d’un D
X-module sans pente. On démontre des propriétés de cette multifiltration ainsi que de ses gradués.
On définit ensuite les cycles proches topologiques associés à plusieurs fonctions. Enfin on introduit les fonctions de classe de Nilsson à plusieurs variables et on en montre des propriétés utilisées dans la section suivante pour établir un lien entre cycles proches algébriques et cycles proches topologiques.
2.1. V -multifiltration canonique d’un D
X-module sans pente. — On notera dans la suite
— d
x:“ dim
CX
— B
i:“ B
ti— E
i:“ t
iB
i— x :“ px
1, ..., x
dX´pq
— 1
i:“ p0, ..., 0, 1, 0, ..., 0q où le 1 est en position i.
— α :“ pα
1, ..., α
pq
— α
I:“ pα
iq
iPIpour I Ă t1, ..., pu
— t :“ t
1...t
p— t
s:“ t
s11...t
spp— D
Xrss :“ D
Xrs
1, ..., s
ps
— H “ tH
1, ..., H
pu où les H
isont des hypersurfaces lisses dont la réunion définit un diviseur à croisements normaux. On se place ici dans le cas où il existe localement des coordonnées px, t
1, ..., t
pq telles que
f : X Ñ C
ppx, t
1, ..., t
pq ÞÑ pt
1, ..., t
pq
et H
i“ f
i´1p0q.
Définition 2.1. — Notons, pour tout 1 ď i ď p, I
il’idéal de l’hypersurface H
iet I
k:“ ś
p i“1I
kii
. Pour tout k P Z
pet pour tout x P X on définit :
pV
kD
Xq
x:“ tP P D
X,x| @m P Z
p, P p I
k`mx
q Ă I
k`mx
u, ceci permet de définir une filtration croissante de D
Xindexée par Z
p.
Soit M un D
X-module cohérent. Une V -multifiltration U
‚M de M est une filtration croissante indexée par Z
psatisfaisant à V
kD
X¨ U
k1M Ă U
k`k1M pour tout k et k
1dans Z
p. Une telle V -multifiltration est bonne si elle est engendrée localement par un nombre fini de sections pm
jq
jPJ, c’est-à-dire que pour tout j P J il existe k
jP Z
ptel que pour tout k P Z
pU
kM “ ÿ
jPJ
V
k`kjD
X¨ m
j.
Lorsque des inégalités entre nombres complexes apparaîtront, l’ordre considéré sera toujours l’ordre lexicographique sur C , c’est-à-dire
x ` iy ď a ` ib ðñ x ă a ou px “ a et y ď bq.
En suivant [Mai13] on commence par donner les conditions pour qu’un couple pH, M q soit sans pente puis on définit la V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara.
Définition 2.2. — Soit M un D
X-module cohérent.
1. On dit que le couple pH, M q est multispécialisable sans pente si au voisinage de tout point de X , il existe une bonne V -multifiltration U
‚p M q de M et des polynômes b
ipsq P C rss pour tout 1 ď i ď p tels que pour tout k P Z
p, b
ipE
i` k
iqU
kM Ă U
k´1iM .
2. On dit que le couple pH, M q est multispécialisable sans pente par section si, pour toute section locale m de M , il existe des polynômes b
ipsq P C rss pour tout 1 ď i ď p tels que b
ipE
iqm P V
´1iD
X¨ m.
Rappelons la proposition 1 de [ Mai13 ] :
Proposition 2.3. — Les deux définitions précédentes sont équivalentes et si la première est satisfaite pour une bonne V -multifiltration de M , elle l’est pour toute. On dit alors que le couple pH, M q est sans pente.
On fixe M un D
X-module cohérent tel que le couple pH, M q soit sans pente.
Définition 2.4. — Le polynôme unitaire de plus bas degré vérifiant la propriété 1. de la définition pour l’indice i est appelé polynôme de Bernstein-Sato d’indice i de la V -multifiltration U
‚p M q, on le note b
i,U‚pMq.
Le polynôme unitaire de plus bas degré vérifiant la propriété 2. de la définition pour l’indice i est appelé polynôme de Bernstein-Sato d’indice i de la section m, on le note b
i,m.
Proposition 2.5. — Soient, pour 1 ď i ď p, des sections σ
i: C { Z Ñ C de la projection naturelle C Ñ C { Z . Il existe une unique bonne V -multifiltration V
‚σp M q de M telle que pour tout i les racines de b
i,Vσ‚pMq
soient dans l’image de σ
i.
La démonstration de cette proposition et de la proposition 2.7 est identique à celle du théorème 1. de [ Mai13 ].
Définition 2.6. — On définit la multifiltration V
‚p M q indexée par C
pet vérifiant :
@x P X, V
αp M q
x:“ tm P M
x; s
iě ´α
i´ 1, @s
iP b
´1i,mp0q et 1 ď i ď pu.
Cette V -multifiltration est appelée V -multifiltration canonique ou V -multifiltration de Malgrange- Kashiwara.
Si on considère l’ordre partiel standard sur C
pα ď β ðñ α
iď β
ipour tout 1 ď i ď p on peut définir
V
ăαp M q :“ ÿ
βăα
V
βp M q et
gr
αp M q :“ V
αp M q{V
ăαp M q.
Soit I Ă t1, ..., pu et I
cson complémentaire, on définit V
ăαI,αIcp M q :“ ÿ
βIăαI
V
βI,αIcp M q.
Proposition 2.7. — On a l’égalité des V -multifiltrations V
păαI,αIcq`kp M q “ V
kσăαI ,αIcp M q où σ
ăαI,αIcest la section dont l’image est l’ensemble
"
a P C
ptel que ´α
i´ 1 ď a
iă ´α
i@ i P I
cet ´α
i´ 1 ă a
iď ´α
i@ i P I
* .
Il existe un ensemble fini A Ă r´1, 0r
ptel que la V -multifiltration canonique soit indexée par A ` Z
p. Ainsi la V -multifiltration canonique est cohérente.
Soit I Ă t1, ..., pu et J Ă I
c. Comme pour les D
X-modules cohérents, on a une notion de V
0HIID
X- module multispécialisable sans pente le long des hypersurfaces H
J:“ pH
iq
iPJ.
Définition 2.8. — Soit M un V
0HIID
X-module cohérent et J Ă I
c, on note q :“ #J .
1. On dit que le couple pH
J, M q est multispécialisable sans pente (ou spécialisable si q “ 1) si au voisinage de tout point de X, il existe une bonne V -multifiltration U
‚p M q de M et des polynômes b
ipsq P C rss pour tout i P J tels que pour tout k P Z
q, b
ipE
i` k
iqU
kM Ă U
k´1iM .
2. On dit que le couple pH
J, M q est multispécialisable sans pente par section (ou spécialisable par section si q “ 1) si, pour toute section locale m de M , il existe des polynômes b
ipsq P C rss pour tout i P J tels que b
ipE
iqm P V
´1HJipV
0HIID
Xq ¨ m “ V
´1iD
X¨ m.
Remarque 2.9. — Comme pour les D
X-modules (proposition 2.3) les deux définitions sont équivalentes et si elle sont satisfaites on dira que le couple pH
J, M q est sans pente (ou spécialisable si q “ 1). Les analogues des propositions 2.5 et 2.7 sont vraies pour les V
0HIID
X-modules sans pente.
Proposition 2.10. — Soit I Ă t1, ..., pu et M un D
X-module cohérent tel que le couple pH, M q soit sans pente. Alors le couple pH
I, M q est sans pente et pour tout α
Ile couple pH
Ic, V
αHIIM q est sans pente. De plus, pour I, J Ă t1, ..., pu disjoints, les V -multifiltrations de Malgrange-Kashiwara satisfont à : (3) V
αHII,αYHJ Jp M q “ V
αHIIp M q X V
αHJJp M q “ V
αHII`
V
αHJJp M q ˘ . On a également l’analogue de [ MM04 , corollaire 4.2-7]
Proposition 2.11. — Pour tout α P C et tout j P I
c, l’application M ÞÑ V
αHjp M q définit un foncteur exact de la catégorie des V
0HIID
X-modules spécialisables le long de H
jvers la catégorie des V
0HjpV
0HIIq D
X- modules.
Sachant que la V -multifiltration canonique est indexée par A ` Z
pavec A Ă r´1, 0r
pfini, quitte à renuméroter ces indices on peut la supposer indexée par Z
pet appliquer la définition B.3 de l’appendice B aux V -filtrations canoniques de M .
La condition sans pente s’interprète de manière naturelle comme une condition de compatibilité des V -filtrations relatives aux différentes hypersurfaces considérées.
Proposition 2.12. — Si le couple pH, M q est sans pente alors les filtrations V
‚H1p M q, ..., V
‚Hpp M q de M sont compatibles au sens de la définition B.3.
Démonstration. — Soit α ă β P C
pet notons I
q:“ t1, ..., qu. On va construire par récurrence sur l’entier p le p-hypercomplexe X
pcorrespondant à la compatibilité des sous-objets
V
αH11pV
βHIpIp
M q, ..., V
αHpppV
βHIpIp
M q Ď V
βHIpIp
M .
D’après la remarque B.2, deux filtrations sont toujours compatibles. Supposons construit le q- hypercomplexe X
q. D’après la proposition 2.10 la propriété sans pente assure que les objets qui apparaissent dans X
qsont des V
0HIqIq
D
X-modules cohérents spécialisables le long de H
q`1. On déduit alors de la proposition 2.11 que l’application de V
αHq`q`11p.q et V
βHq`1q`1
p.q à de tels objets sont deux foncteurs exacts munis d’un monomorphisme de foncteurs donné par l’inclusion naturelle déduite de l’inégalité α
q`1ď β
q`1. On applique alors ces deux foncteurs à X
q, la fonctorialité fournit un pq `1q-hypercomplexe
0 // V
αHq`q`11pX
qq
i// V
βHq`1q`1
pX
qq // Cokerpiq // 0.
C’est le pq ` 1q-hypercomplexe X
q`1voulu. L’exactitude des différentes suites courtes provient de l’exac-
titude des suite courtes de X
q, de l’exactitude des foncteurs V
Hq`1-filtration ainsi que de l’exactitude du
foncteur Coker(.) appliqué à des inclusions (lemme du serpent). On utilise également ici les identifica-
tions (3). Ceci nous donne par récurrence le p-hypercomplexe X
p. En prenant alors la limite inductive
des p-hypercomplexes X
psur β P C
pon obtient le p-hypercomplexe correspondant à la compatibilité des sous-objets
V
αH11p M q, ..., V
αHppp M q Ď M . Ceci étant vérifié pour tout α P C
pla proposition est démontrée.
La proposition B.5 fournit le corollaire suivant
Corollaire 2.13. — Si le couple pH, M q est sans pente alors l’objet obtenu en appliquant successivement les gradués gr
Hαiipar rapport aux V -filtrations canoniques V
‚Hine dépend pas de l’ordre dans lequel on applique ces foncteurs et est égal à gr
αp M q.
Proposition 2.14. — Soit M un D
X-module cohérent tel que pH, M q soit sans pente et soit 1 ď i ď p.
Alors le D
X-module M p˚H
iq est cohérent et le couple pH, M p˚H
iqq est sans pente. De plus, pour tout α vérifiant α
iă 0, le morphisme naturel de V
0D
X-modules :
V
αp M q Ñ V
αp M p˚H
iqq est un isomorphisme.
Démonstration. — Comme pH, M q est sans pente, M est spécialisable le long de H
iet on peut appliquer [ MM04 , proposition 4.4-3] qui assure que M p˚H
iq est cohérent, spécialisable le long de H
iet que pour α
iă 0,
V
αHiip M q Ñ V
αHiip M p˚H
iqq est un isomorphisme.
Montrons que le couple pH, M p˚H
iqq est sans pente. C’est un problème local, on peut supposer que H
i“ tt
i“ 0u. Soit m
1une section de M p˚H
iq, on a m
1“ m{t
ikoù m est dans l’image de M Ñ M r1{t
is et k P N . Le couple pH, M q étant sans pente, pour tout 1 ď j ď p il existe un polynôme non nul b
jps
jq satisfaisant à
b
jpE
jqm P V
´1jp D
Xqm.
On a alors
b
jpE
jqt
kim
1P V
´1jp D
Xqt
kim
1t
kib
jpE
j` δ
ijkqm
1P t
kiV
´1jp D
Xqm
1.
En divisant par t
kion obtient, b
jpE
j`δ
ijk
iqm
1P V
´1jp D
Xqm
1, ce qui permet de conclure que pH, M p˚H
iqq est sans pente.
D’après la proposition 2.10 V
αHiip M q et V
αHiip M p˚H
iqq sont des V
0HiD
X-modules sans pente le long de H
tiucdonc, si α satisfait à α
iă 0, on a un isomorphisme
V
αp M q » V
αHtiutiucc` V
αHiip M q ˘
„Ý Ñ V
αHtiutiucc` V
αHiip M p˚H
iqq ˘
» V
αp M p˚H
iqq ce qui conclut la démonstration de la proposition.
Corollaire 2.15. — Soit M un D
X-module cohérent tel que pH, M q soit sans pente. Alors le D
X- module M p˚pH
1Y ... Y H
pqq est cohérent et le couple pH, M p˚pH
1Y ... Y H
pqqq est sans pente. De plus pour tout α vérifiant α
iă 0 pour tout 1 ď i ď p, le morphisme naturel de V
0D
X-modules :
V
αp M q Ñ V
αp M p˚pH
1Y ... Y H
pqq est un isomorphisme.
Démonstration. — On effectue une récurrence sur le nombre d’hypersurfaces par rapport auxquelles on
localise M et le corollaire est une conséquence immédiate de la proposition précédente.
2.2. Gradués d’un D
X-module sans pente et cycles proches algébriques. — Ici on démontre des propriétés des gradués de la V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara et on définit les cycles proches algébriques.
Proposition 2.16. — Soit M un D
X-module tel que pH, M q soit sans pente. Pour tout β P C et tout 1 ď i ď p, l’endomorphisme pE
i` β ` 1q de
V
β,αtiucp M q{V
ăβ,αtiucp M q est nilpotent.
Démonstration. — Notons σ :“ σ
β,αtiucet b
ipsq le polynôme de Bernstein-Sato d’indice i de la multifil- tration correspondant à la section σ. Les racines de b
isont donc dans l’intervalle r´β ´ 1, ´βr. Soit ℓ la multiplicité de la racine ´β ´ 1 de b
i. On pose b
ipsq “ b
1ipsqps ` β ` 1q
ℓ. On considère comme dans la preuve de [ Kas83 , Théorème 1] la V -multifiltration de M suivante :
U
kp M q :“ V
k´1σ ip M q ` pE
i` k
i` β ` 1q
ℓV
kσp M q.
On peut montrer que c’est une bonne V -multifiltration, que ses polynômes de Bernstein-Sato d’indice j ‰ i divisent ceux de V
‚σet que son polynôme de Bernstein-Sato d’indice i divise b
1psqps`βq
ℓ. Les racines de b
1psqps `β q
ℓsont dans s ´ β ´ 1, ´βs, par unicité la multifiltration U
‚p M q est égale à la multifiltration V
‚σrp M q où r σ “ σ
ăβ,αtiuc. On a donc U
0p M q “ V
ăβ,αtiucp M q et on en déduit que pE
i` β ` 1q
ℓannule
V
β,αtiucp M q{V
ăβ,αtiucp M q.
Étant donnée la définition de gr
αp M q on déduit immédiatement de cette proposition le corollaire suivant :
Corollaire 2.17. — Soit M un D
X-module tel que pH, M q soit sans pente. Pour tout α P C
pet tout 1 ď i ď p, l’endomorphisme pE
i` α
i` 1q de gr
αp M q est nilpotent.
Définition 2.18. — Étant donné un couple pH, M q sans pente, on définit les cycles proches algébriques de M relatifs à la famille d’hypersurfaces H de la manière suivante
Ψ
HM :“ à
αPr´1,0rp
gr
αp M q.
C’est un gr
V0D
X-modules cohérent. Or, si l’on note X
0:“ Ş
1ďiďp
H
i, on a gr
V0D
X» D
X0rE
1, ..., E
ps.
Le corollaire 2.17 implique ainsi que Ψ
HM est un D
X0-module cohérent. Les cycles proches algébriques sont munis d’endomorphismes de monodromie pour 1 ď i ď p
T
i:“ expp´2iπE
iq.
La proposition suivante est une conséquence du corollaire 2.13
Proposition 2.19. — Soit I Ă t1, ..., pu, on a alors un morphisme naturel, fonctoriel en M , de gr
V0D
X- modules
Ψ
HM Ñ Ψ
HIpΨ
HIcM q qui est un isomorphisme si le couple pH, M q est sans pente.
Dans le cas général f : X Ñ C
p, l’inclusion du graphe de f permet de définir les cycles proches algébriques.
Définition 2.20. — Considérons le diagramme X
if//
f
##
H H H H H H H H
H X ˆ C
pπ“pπ1,...,πpq
C
p.
où i
fest le graphe de f . Soit H
i:“ π
´1ip0q. D’après ce qui précède, si le couple pH, i
f`M q est sans pente, alors Ψ
Hi
f`M est un D
Xˆ0-module cohérent à support tpx, 0q|f pxq “ 0u. On peut le voir comme un D
X-module cohérent à support f
´1p0q, on le note alors Ψ
algfM .
On déduit de la proposition 2.19 l’isomorphisme Ψ
algfM Ñ Ψ
algfI
pΨ
algfIcM q.
2.3. Cycles proches topologiques. — Ici on définit le foncteur cycles proches topologiques associé à une fonction f : X Ñ C
pet appliqué à la catégorie des complexes de faisceaux à cohomologie C - constructible.
Définition 2.21. — Considérons le diagramme suivant où les carrés sont cartésiens : f
´1p0q
i//
X
f
X
˚oo
jf X˚
X r oo
pfr
t0u
i// C
poo
jp C
˚q
poo
pp Č C
˚q
p.
Ici X
˚“ X ´ F
´1p0q avec F “ f
1...f
pet p Č C
˚q
pest le revêtement universel de p C
˚q
p. Si F est un complexe de faisceaux à cohomologie C -constructible, on définit :
Ψ
fF :“ i
´1Rj
˚p
˚p
´1j
´1F
c’est le foncteur cycles proches. On peut identifier le morphisme p Č C
˚q
pÑ p C
˚q
pà exp : C
pÑ p C
˚q
ppz
1, ..., z
pq ÞÑ pe
2iπz1, ..., e
2iπzpq.
Pour 1 ď i ď p les translations
τ
i: p Č C
˚q
pÑ p Č C
˚q
ppz
1, ..., z
i, ..., z
pq ÞÑ pz
1, ..., z
i` 1, ..., z
pq.
permettent d’induire des endomorphismes de monodromie T
i: Ψ
fF Ñ Ψ
fF .
Supposons que les f
idéfinissent un diviseur à croisements normaux H où H
i“ tf
i“ 0u et que F “ DRp M q. Dans [ Mai13 ] Ph. Maisonobe démontre la proposition suivante
Proposition 2.22. — Soit I Ă t1, ..., pu, il existe un morphisme naturel
(4) Ψ
fF Ñ Ψ
fIpΨ
fIcF q.
De plus si le couple pH, M q est sans pente alors ce morphisme est un isomorphisme.
2.4. Fonctions de classe de Nilsson. — On se place ici dans le cas d’une famille d’hypersurfaces qui forment un diviseur à croisements normaux, quitte à diminuer X , on suppose qu’il existe un système de coordonnées px, t
1, ..., t
pq tel que pour tout 1 ď i ď p, l’hypersurface H
iait pour équation t
i“ 0. On note
π : X Ñ C
ppx, t
1, ..., t
pq ÞÑ pt
1, ..., t
pq.
Définition 2.23. — Soit α P r´1, 0r
pet k P N
p. On note N
α,kla connexion méromorphe sur C
p: N
α,k“ à
0ďℓďk
O
Cpr 1 z
1...z
pse
α,ℓavec la structure de D -module donnée par la formule
z
iB
zie
α,ℓ“ pα
i` 1qe
α,ℓ` e
α,ℓ´1i. On définit T
ile morphisme de monodromie d’indice i par la formule
T
ie
α,ℓ“ expp2iπpα
i` 1qq ÿ
0ďmďℓi
p2iπq
mm! e
α,ℓ´m.1i.
Remarque 2.24. — Pour se souvenir de la structure de D -module et de la monodromie il faut remarquer que la section e
α,ℓse comporte comme la fonction multiforme z
α`1logℓℓ11!z1...
logℓℓpzpp!
.
Définition 2.25. — Soit M un D
X-module tel que le couple pH, M q soit sans pente. On définit : M
α,k“ M b
π´1OCpπ
´1p N
α,kq “ M r 1
t
1...t
ps b
π´1OCpπ
´1p N
α,kq . D’autre part on a
M
α,k“ M b
OXπ
`p N
α,kq
où π
`est l’image inverse dans la catégorie des D -modules. Ceci permet de munir M
α,kd’une structure naturelle de D
X-module. Notons Y :“ č
1ďiďp
H
i. La restriction de M
α,kà Y est munie d’endomorphismes T
iinduits par les morphismes de monodromie de N
α,ket définis par :
T
ipm b e
α,ℓq “ m b T
ie
α,ℓ.
Proposition 2.26. — Soit α P r´1, 0r
pet k P N
pet M un D
X-module tel que le couple pH, M q soit sans pente. Alors le couple pH, M
α,kq est sans pente. De plus, pour tout β P C
p, on a :
V
βp M
α,kq “ à
0ďℓďk
V
α`β`1ˆ M r 1
t
1...t
ps
˙ e
α,ℓ.
On commence par un lemme qui sera utile dans la démonstration de cette proposition.
Définition 2.27. — Soit px, t
1, ..., t
pq un système de coordonnées locales où t
i“ 0 est une équation de H
i. Soit M r1{t, sst
sle O
Xrss-module isomorphe à M r1{t, ss par l’application m ÞÑ mt
s. Il est muni d’une structure naturelle de D
Xrss-module par la formule :
B
ipmt
sq :“ pB
imqt
s` p s
im t
iqt
sLemme 2.28. — Soit m une section locale de M r1{ts et bpsq P C rss. Les conditions suivantes sont équivalentes :
1. bpE
iqm P V
´1ip D
Xqm 2. bp´s
i´ 1qmt
sP D
Xrsst
imt
sDémonstration. — Montrons que 1 implique 2. Dans M r1{t, sst
son a l’égalité pt
iB
imqt
s“ p´s
i´ 1qmt
s` B
ipt
imt
sq.
On montre alors par récurrence que pour tout k
ppt
iB
iq
kmqt
s´ p´s
i´ 1q
kmt
sP D
Xrsst
imt
s. On a donc pour tout polynôme bpsq P C rss
pbpE
iqmqt
s´ bp´s
i´ 1qmt
sP D
Xrsst
imt
s.
D’autre part, si bpE
iqm P V
´1ip D
Xqm une récurrence permet de montrer que pbpE
iqmqt
sP D
Xrsst
imt
set on en déduit 2.
Montrons que 2 implique 1. D’une part, on peut montrer par récurrence que pour tout k P N et tout 1 ď ℓ ď k, il existe m
k,ℓP M r1{ts satisfaisant à :
(5) s
kimt
s“ pp´B
it
iq
kmqt
s` ÿ
k ℓ“1B
iℓpm
k,ℓt
sq.
D’autre part, en faisant opérer les B
α“ B
α11...B
pαpet en annulant les coefficients du polynôme en les s
ique l’on obtient, on peut montrer le résultat suivant : (6)
« ÿ
α
B
αpm
αt
sq “ 0 ff
ñ rm
α“ 0 @αs
pour une somme finie sur les α. Enfin, si l’on regarde plus précisément la récurrence faite dans la première partie de la démonstration on obtient
pbpE
iqmqt
s´ bp´s
i´ 1qmt
sP B
iD
Xrsst
imt
s. L’hypothèse 2 implique
bp´s
i´ 1qmt
s“ ÿ
α,k
B
αs
kA
α,kt
imt
soù A
α,kest un opérateur différentiel indépendant des B
ipour tout 1 ď i ď p. En utilisant l’égalité (5) on peut substituer les s
jet on obtient
pbpE
iqmqt
s´ ÿ
k
“ p´t
1B
1´ 1q
k1...p´t
pB
p´ 1q
kpA
0,kt
im ‰
t
s“ ÿ
αą0
B
αpm
αt
sq
avec m
αP M r1{ts. En utilisant (6) et le fait que p´t
1B
1´ 1q
k1...p´t
pB
p´ 1q
kpA
0,kt
iP V
´1ip D
Xq on
conclut que bpE
iqm P V
´1ip D
Xqm.
Démonstration de la proposition 2.26. — On commence par montrer que le couple pH, M
α,kq est sans pente. Quelque soit 1 ď i ď p, le D
Cp-module N
α,k{ N
α,k´1i
s’identifie à N
α,k´ki.1i
On a donc la suite exacte :
0 Ñ N
α,k´1i
Ñ N
α,kÑ N
α,k´ki.1i
Ñ 0.
Pour tout k P N
ple π
´1O
Cp-module π
´1N
α,kest à fibres plates car libres, il est donc acyclique pour le foncteur de produit tensoriel par M r
t1...t1 ps et on a la suite exacte :
(7) 0 Ñ M
α,k´1i
Ñ M
α,kÑ M
α,k´ki.1i
Ñ 0.
Le module central est sans pente si et seulement si les deux autres modules le sont. En effet, comme dans le cas des bonnes V -filtration pour p “ 1 (cf [ MM04 ]), une bonne V -multifiltration du terme central induit des bonnes V -multifiltration des termes extrêmes. On considère alors la suite exacte
0 Ñ U
ℓM
α,k´1i
Ñ U
ℓM
α,kÑ U
ℓM
α,k´ki.1i
Ñ 0
et on observe que la condition multispécialisable sans pente de la définition 2.2 est satisfaite pour le module central si et seuleument si elle l’est pour les deux autres modules. Par récurrence on est alors ramené à montrer que pH, M
α,0q est sans pente. Soit m une section locale de M r
t1...t1 ps. D’après la proposition 2.15 le couple pH, M r
t1...t1p
sq est sans pente et par conséquent le lemme 2.28 fournit localement, pour 1 ď i ď p, des polynômes b
inon nuls vérifiant :
b
ips
iqmt
sP D
Xrsst
imt
s. Par définition du D
Xrss-module M r1{t, sst
s, on obtient les équations : (8) b
ips
i` α
i` 1qpm b e
α,0qt
sP D
Xrsst
ipm b e
α,0qt
s.
Soit k
0P N
ptel que pour tout k
iP N vérifiant k
iě k
0,i` 1, l’entier ´k
in’est pas racine de b
ips
i` α
i` 1q P C rs
is. En remplaçant les s
ipar les entiers k
idans la relation (8) et en multipliant éventuellement par des t
ion obtient que pour tout k P Z
ppm b e
α,0qt
kP D
Xppm b e
α,0qt
´k0q.
De plus pour tout 1 ď i ď p, l’égalité pB
ipm b e
α,0qqt
k“ B
ippm b e
α,0qt
kq ` k
ipm b e
α,0qt
k´1imontre que pB
ipm b e
α,0qqt
kP D
Xppm b e
α,0qt
´k0q pour tout k P Z
p. Comme M est engendré par un nombre fini de sections, en utilisant des extensions successives on peut supposer que m engendre M . On a donc M
α,0“ D
Xppm b e
α,0qt
´k0q. La filtration D
Xplqppm b e
α,0qt
´k0qq étant une bonne filtration du D
X- module M
α,0, celui-ci est cohérent. Les équations (8) ainsi que le lemme 2.28 permettent alors de conclure que pH, M
α,0q est sans pente et donc par ce qui précède que pH, M
α,kq l’est.
Pour démontrer la deuxième partie de la proposition on commence par noter U
βp M
α,kq :“ à
0ďℓďk
V
α`β`1ˆ M r 1
t
1...t
ps
˙ e
α,ℓet on va montrer que c’est une bonne V -multifiltration qui satisfait à toutes les propriétés caractéristiques de la multifiltration de Malgrange-Kashiwara. Soit m P M , ℓ P N
p, β P C et 1 ď i ď p. On a localement (9) pt
iB
i` β qpm b e
α,ℓq “ ppt
iB
i` β ` α
i` 1qmq b e
α,ℓ` m b e
α,ℓ´1iet pour tout n P Z
pt
npm b e
α,ℓq “ pt
nmq b e
α,ℓ.
Ceci permet de montrer que U
‚p M
α,kq est une V -multifiltration de M
α,k(c’est-à-dire que cette multi- filtration vérifie V
ℓD
X.U
βp M
α,kq Ă U
β`ℓp M
α,kq pour tout β P C
pet pour tout ℓ P Z
p).
Pour montrer que c’est une bonne V -multifiltration on fixe β P C
pet on montre que la V -multifiltration indexée par Z
p, U
β`‚p M
α,kq, est une bonne V -multifiltration de M
α,k. Comme la V -multifiltration indexée par Z
p, V
α`β`‚`1´
M r
t1...t1 ps ¯
, est une bonne V -multifiltration elle est engendrée localement par un nombre fini de sections tm
ju
jPJ. Si k “ 0 l’égalité (9) permet de montrer que les sections tm
jb e
α,0u
jPJengendrent la V -multifiltration U
β`‚p M
α,0q. On peut alors montrer par récurrence, en considérant la suite exacte (7) et l’égalité (9), que pour tout k P N
ples sections m
jb e
α,ℓ, pour j P J et 0 ď ℓ ď k, engendrent la V -multifiltration U
β`‚p M
α,kq. C’est donc une bonne V -multifiltration de M
α,k.
On fixe maintenant β P C
pet on va construire, pour tout 1 ď i ď p, un polynôme b
ipsq qui satisfait à
b
ipt
iB
iqU
βp M
α,kq Ă U
β´1ip M
α,kq.
Par définition de la multifiltration de Malgrange-Kashiwara on peut choisir, pour tout 1 ď i ď p, un polynôme c
ipsq vérifiant
c
ipt
iB
i` α
i` β
i` 1qV
α`β`1ˆ M r 1
t
1...t
ps
˙
Ă V
α`β`1´1iˆ M r 1
t
1...t
ps
˙
et ayant ses racines dans l’intervalle r´1, 0r. Soit m P V
α`β`1´
M r
t1...t1 ps ¯
, l’égalité (9) permet de montrer que
c
ipt
iB
i` β
iqpm b e
α,ℓq “ pc
ipt
iB
i` β
i` α
i` 1qmq b e
α,ℓ` m r où m r P U
βp M
α,k´1i
q si on pose U
βp M
α,ℓq “ 0 pour l
iă 0. On peut donc construire par récurrence un polynôme b
i,mpsq ayant ses racines dans l’intervalle r´1, 0r et vérifiant
b
i,mpt
iB
i` β
iqpm b e
α,ℓq P U
β´1ip M
α,kq.
Comme U
βp M
α,kq est localement engendré par un nombre fini de sections de la forme m b e
α,ℓpour 0 ď ℓ ď k on peut construire b
ipsq ayant ses racines dans r´1, 0r tel que
b
ipt
iB
i` β
iqU
βp M
α,kq Ă U
β´1ip M
α,kq.
Les racines du polynôme de Bernstein-Sato de la V -multifiltration U
‚p M
α,k´1i
q sont donc dans l’intervalle r´1, 0r, ce qui permet de conclure que c’est bien la V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara :
V
βp M
α,kq “ à
0ďℓďk
V
α`β`1ˆ M r 1
t
1...t
ps
˙ e
α,ℓ.
3. Morphisme de comparaison
On va construire un morphisme de comparaison entre les cycles proches algébriques de M et les cycles proches topologiques de DRp M q relativement à l’application
π : X Ñ C
ppx, t
1, ..., t
pq ÞÑ pt
1, ..., t
pq.
On établira le lien avec la composition du morphisme de comparaison relatif aux r premières coordonnées t
iet de celui relatif aux p ´ r coordonnées t
isuivantes pour 1 ă r ă p.
3.1. Comparaison avec les gradués. — Commençons par donner deux définitions.
Définition 3.1. — Soit M un D
X-module tel que le couple pH, M q soit sans pente. On considère la famille tgr
kp M q, B
iu
kPt0,1up,1ďiďpcomposée des objets gr
kp M q pour k P t0, 1u
pet des morphismes B
i: gr
kp M q Ñ gr
k`1ip M q. On définit
i
:M :“ spCubepgr
‚p M qqq
X0où sp.q et Cubep.q sont les foncteurs définis dans l’appendice A.2 et A.5 et X
0“ π
´1p0q.
Par exemple pour p “ 2 on a i
:M “ 0 Ñ gr
´1,´1p M q
X0
Ñ gr
0,´1p M q
X0
À gr
´1,0p M q
X0
Ñ gr
0,0p M q
X0
Ñ 0
m ÞÑ pB
1m, ´B
2mq
pm
1, m
2q ÞÑ B
2m
1` B
1m
2. Définition 3.2. — De la même manière que pour la définition précédente on considère la famille tV
kp M q, B
iu
kPt0,1up,1ďiďpcomposée des objets V
kp M q pour k P t0, 1u
pet des morphismes B
i: V
kp M q Ñ V
k`1ip M q. On définit
i
#M :“ spCubepV
‚p M qqq
X0où X
0“ π
´1p0q.
Remarque 3.3. — 1. Notons que si on considère la famille M :“ t M , B
iu
kPt0,1up,1ďiďpon a spCubep M qq
X0» DR
X{X0p M q
X0
où l’on considère la projection
τ : X Ñ X
0px, t
1, ..., t
pq ÞÑ px, 0, ..., 0q.
2. On étend ces définitions aux complexes en commençant par appliquer Cubep.q en chaque degré puis en prenant le complexe simple associé à l’hypercomplexe obtenu. On note encore i
#et i
:ces foncteurs appliqués aux complexes.
D’après la remarque précédente les morphismes naturels pour tout k P t0, 1u
pgr
kp M q Ð V
kp M q Ñ M
induisent les morphismes de complexes
(10) i
:M Ð i
#M Ñ DR
X{X0p M q
où l’on omet de noter la restriction de DR
X{X0p M q à X
0. Soit I “ t1, ..., ru Ă t1, ..., pu les r premiers entiers pour r ă p, on note
π
I: X Ñ C
rpx, t
1, ..., t
pq ÞÑ pt
1, ..., t
rq
et X
0I:“ π
´1Ip0q. On note V
‚Ila V -multifiltration par rapport aux fonctions t
1, ..., t
r. La V -multifiltration de Malgrange-Kashiwara de M induit une V
Ic-multifiltration du D
X0I
-module gr
IαIp M q pour tout α
IP C
r. Pour tout α P C
pon a le diagramme commutatif suivant
(11) gr
αM
V
αM
oo
gr
IαcIc`
gr
IαIM ˘
V
αIcIc`
gr
IαIM ˘
oo V
IcαIc`
V
αIIM ˘ .
oo
On définit les foncteurs i
:Iet i
#Ien considérant respectivement les familles tgr
kIp M
1q, B
iu
kIPt0,1ur,1ďiďret tV
kIp M
1q, B
iu
kIPt0,1ur,1ďiďr. On définit de manière analogue les foncteurs i
:Icet i
#Icappliqués à la catégorie des D
XI0
-modules en considérant la projection π
Ic XI0
: X
0IÑ C
p´rpx, t
p´r, ..., t
pq ÞÑ pt
p´r, ..., t
pq.
Les propriétés des hypercomplexes, du foncteur sp.q et le diagramme commutatif (11) pour α P t0, 1u
pfournissent le diagramme commutatif suivant
(12) i
:M
i
#M
oo // DR
X{X0M
i
:Icpi
:IM q oo i
#Icpi
:IM q oo i
#Icpi
#IM q // i
#IcpDR
X{X0IM q // DR
XI0{X0
pDR
X{X0IM q.
3.2. Le morphisme «Nils». — D’après la proposition 2.26 on a gr
´1p M
α,kq “ à
0ďℓďk
gr
αˆ M r 1
t
1...t
ps
˙ e
α,ℓ.
La proposition 2.15 assure que pour α P r´1, 0r
pon a l’isomorphisme gr
αp M q » gr
αˆ M r 1
t
1...t
ps
˙ . On définit alors le morphisme suivant
Φ : gr
αp M q ÝÑ gr
´1p M
α,kq
m ÞÝÑ ÿ
0ďℓďk
“ p´1q
ℓ1`...`ℓppt
1B
1` α
1` 1q
ℓ1...pt
pB
p` α
p` 1q
ℓpm ‰ b e
α,ℓqui induit un morphisme de complexes
Nils : gr
αp M q Ñ i
:M
αoù l’on identifie gr
αp M q avec un complexe concentré en degré zéro et où M
αest la limite inductive des M
α,kprise sur k P N
p.
Remarque 3.4. — Remarquons ici que M
αn’est pas un D
X-module de type fini. Mais le fait qu’il soit
limite des M
α,ket que les couples pH, M
α,kq soient sans pente suffit pour le reste de la construction et
pour le théorème de comparaison.
En utilisant la définition 2.23 on obtient O
Xb
π´1OCpπ
´1p N
α,kq » ´
O
Xb
π´1I OCr
π
I´1p N
αI,kIq ¯ b
OX´
O
Xb
π´1IcOCp´r
π
I´1cp N
αIc,kIc
q ¯ . On déduit de cet isomorphisme et de la définition du morphisme Φ le diagramme commutatif suivant
(13) gr
αM
Nils//
i
:M
αi
:Ic
pi
:IM
αq
gr
IαcIc` gr
IαIM ˘
// gr
IcαIc´ i
:IM
αI
¯ // i
:Ic” pi
:IM
αI
q
αIcı .
3.3. Le morphisme «Topo». — Rappelons le diagramme commutatif utilisé pour définir les cycles proches topologiques :
π
´1p0q
i//
X
π
X
˚oo
jπX˚
X r oo
pr π
t0u
i// C
poo
jp C
˚q
poo
pp Č C
˚q
p. Lemme 3.5. — Soit α P C
p, il existe un morphisme naturel
Topo : DR
Xp M
αq Ñ Ψ
πDR
Xp M q.
Démonstration. — Par définition, M
α“ M b
π´1OCpπ
´1N
α, or on a une inclusion N
αĂ j
˚p
˚p
´1O
pC˚qpdans le faisceau des fonctions holomorphes multiformes. Par fonctorialité on a donc le morphisme : DR
Xp M
αq Ñ DR
Xp M b π
´1j
˚p
˚p
´1O
pC˚qpq.
L’adjonction des foncteurs image inverse et image directe fournit un morphisme de foncteurs π
´1pj ˝ pq
˚Ñ pj ˝ pq
˚r π
´1. Ceci donne le morphisme :
DR
Xp M b π
´1j
˚p
˚p
´1O q Ñ DR
Xp M b j
˚p
˚r π
´1p
´1O q
“ DR
Xp M b j
˚p
˚p
´1π
X˚´1O q.
Par adjonction on a le morphisme :
DR
Xp M b j
˚p
˚p
´1π
X˚´1O q Ñ Rj
˚j
´1DR
Xp M b j
˚p
˚p
´1π
X˚´1O q
“ Rj
˚DR
Xpj
´1M b j
´1j
˚p
˚p
´1π
´1O q
“ Rj
˚DR
Xpj
´1M b p
˚p
´1π
´1O q.
On applique ensuite le morphisme (2.3.21) de [ KS94 ] (formule de projection) à la fonction p, en consi- dérant le fait que p
˚est un foncteur exact car p est à fibres discrètes. Par fonctorialité on a alors le morphisme suivant :
Rj
˚DR
Xpj
´1M b p
˚p
´1π
´1O q Ñ Rj
˚DR
Xpp
˚p
´1pj
´1M b π
´1O qq
“ Rj
˚DR
Xpp
˚p
´1j
´1M q.
Sachant que DR
XM “ Ω
nL
b
DXM , on peut appliquer le morphisme (2.6.21) de [ KS94 ] à p (formule de projection) et on obtient le morphisme :
Rj
˚DR
Xpp
˚p
´1j
´1M q Ñ Rj
˚p
˚DR
Xpp
´1j
´1M q
“ Rj
˚p
˚p
´1j
´1DR
Xp M q.
Si l’on compose tous les morphismes naturels que l’on vient de construire on obtient bien le morphisme naturel attendu :
DR
Xp M
αq Ñ Ψ
πDR
Xp M q.
La naturalité de ce morphisme ainsi que la définition du morphisme (4) Ψ
πDR
Xp M q Ñ Ψ
πIcpΨ
πIDR
Xp M qq permettent de montrer que le diagramme suivant est commutatif
(14) DR
XM
α Topo// Ψ
πDR
XM
DR
Xrp M
αI
q
αIcs // Ψ
πIcp DR
XM
αI
q // Ψ
πIcpΨ
πIDR
XM q.
3.4. Le morphisme de comparaison. — En combinant les morphismes (10), Nils et Topo on obtient la suite de morphismes suivante
(15) DR
X0Ψ
Hp M q ÝÝÝÑ
Nilsà
αPr´1,0rp
DR
X0i
:M
αÐ à
αPr´1,0rp
DR
X0i
#M
αÑ à
αPr´1,0rp
DR
Xp M
αq ÝÝÝÑ
TopoΨ
πDR
Xp M q.
On a appliqué les morphisme (10) à M
α, on a ensuite appliqué le foncteur DR
X0et on a pris la somme sur α Ps ´ 1, 0s
pen utilisant la définition
Ψ
Hp M q :“ à
αPr´1,0rp
gr
αp M q.
Théorème 3.6. — Si le couple pH, M q est sans pente alors les morphismes (15) sont des isomorphismes qui commutent aux endomorphismes de monodromie T
i, on obtient l’isomorphisme de comparaison
DR
X0Ψ
Hp M q » Ψ
πDR
Xp M q.
De plus si I “ t1, ..., ru Ă t1, ..., pu et si l’on applique successivement cet isomorphisme de comparaison par rapport aux familles d’hypersurfaces H
Iet H
Icle résultat ne dépend pas de l’ordre dans lequel on applique l’isomorphisme. Autrement dit le diagramme suivant est commutatif
DR
X0Ψ
HIcpΨ
HIM q
»
DR
X0Ψ
Hp M q
oo
„ „//
»
DR
X0Ψ
HIpΨ
HIcM q
»