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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Groenen, M. (1994). Diachronie et synchronie dans l'approche du paléolithique, des origines de la science préhistorique au milieu du XXème siècle:

analyse interne des méthodes et concepts fondamentaux (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/212663/1/b3ca8af9-5777-4a62-97d1-0402b8ea1a97.txt

(English version below)

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DES ORIGINES DE LA SCIËNCE PREHISTORIQUE AU MILIEU DU XXème SIECLE

ANALYSE INTERNE DES METHODES ET

CONCEPTS FONDAMENTAUX

UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

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DES ORIGINES DE LA SCIENCE PREHISTORIQUE AU MILIEU DU XXème SIECLE

ANALYSE INTERNE DES METHODES ET

CONCEPTS FONDAMENTAUX

Marc Groenen

Thèse présentée VOLUME I

en vue de l’obtention TEXTE

du titre de docteur

en Philosophie et Lettres ---

Directeur :

Monsieur le Professeur P. Bonenfant

674.315 V.1

UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

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TABLE DES MATIERES

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VOLUME I

INTRODUCTION... 5

PREMIERE PARTIE : LA FORME Chapitre 1 Passé mythique et temps réel ... 39

1. Les précurseurs ... 39

2. Jouannet, Tournai et Schmerling... 44

3. Casimir Picard... 52

4. Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes... 57

5. Combats et débats... 66

6. La reconnaissance... 72

Chapitre 2 Le transformisme : un modèle pour penser le temps des origines ... 81

1. Les racines épistémologiques ... 81

2. Cuvier et la paléontologie stratigraphique... 89

3. L’approche transformiste de Boucher de Perthes... 91

4. Edouard Lartet : du Créationnisme de Blainville au Transformisme de Geoffroy Saint-Hilaire ... 95

5. Transformisme et temporalité... 100

DEUXIEME PARTIE : LA METHODE Chapitre 3 Faire parler le sol : l’institution d’une méthode archéologique... 110

1. Du terrassement au profil stratigraphique... 110

2. Fouilles verticales et lecture stratigraphique ... 113

3. Les premières fouilles horizontales en U.R.S.S... 120

4. Fouilles horizontales ; recherches des paléosurfaces, interprétation des structures . 125 Chapitre 4 Faire parler les témoins : l’institution d’une méthode de travail pour la préhistoire... 140

1. De la morphologie à la typologie...140

2. A la recherche du fossile directeur... 145

3. Analyses statistiques et graphiques cumulatifs ...153

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TROISIEME PARTIE : LES CONCEPTS

Chapitre 5 Stratigraphie et typologie : passé déployé, passé retrouvé... 169

1. Du Diluvium au Paléolithique... 169

2. Le Paléolithique supérieur avec Breuil et Peyrony... 178

3. De la diachronie à la synchronie ; vers la notion de culture...192

4. Le Paléolithique ancien et moyen ; analyses et synthèse...208

5. Evolution linéaire ou diversification ?...221

QUATRIEME PARTIE ; CONSTRUCTIONS ET RECONSTITUTIONS Chapitre 6 Aux confins de la culture : la nature... 233

1. L’homme naturel ...233

2. Eolithes et Anthropopithèques... 234

3. Les pierres-figures ... 246

Chapitre 7 Homme physique et homme mental... 252

1. Les premières découvertes... 252

2. Paléontologie humaine et détermination raciale ... 268

3. La mort et les rites au Paléolithique... 280

4. A la recherche du chaînon manquant ... 287

5. L’Australopithèque : un être aux confins de l’humanité ...297

Chapitre 8 Les manifestations artistiques comme expression d’une métaphysique . 307 1. La reconnaissance d’un art quaternaire ... 307

2. Des animaux qui sommeillent sur les parois des cavernes... 317

3. La stratigraphie pariétale comme lecture de l’art des cavernes ...323

4. De l’art ludique à l’art magique ...326

5. L’art pariétal : un art structuré... 338

CONCLUSION ... 353

BIBLIOGRAPHIE GENERALE Abréviations... 363

Bibliographie générale... 364

INDEX ... 422

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VOLUME II

CINQUIEME PARTIE : DOCUMENTATION

Appendice 1 ; Galerie de portraits...2

Appendice 2 : Chronique préhistorique... 68

1. Les découvertes de l’homme fossile... 68

2. Les organes de diffusion... 74

2.1. Principaux périodiques... 74

2.2. Les Congrès ... 76

3. Les sites majeurs et les grandes étapes de la fouille... 81

4. Découvertes majeures dans l’art paléolithique... 110

TABLEAUX...119

Origine des tableaux ... 164

Origine des figures ... 166

ILLUSTRATIONS ... 172

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Vers le milieu du XIXème siècle, un nouveau domaine entre dans l’espace de la connaissance scientifique. Il touche le plus lointain passé de l’homme, celui qui dépasse le cadre immédiat de l’histoire, celui qui remonte avant le Déluge. Pour la première fois dans l’histoire humaine, la naissance de l’humanité va devoir être envisagée non pas à la lumière des mythes mais au départ des principes scientifiques. Dans la tradition, en effet, le passé ne se pose pas comme un problème à résoudre. Tout système culturel draine avec lui un ensemble de mythes d’origine dont le but est d’assurer au groupe un point de départ fonctionnel, une justification de ses manières d’être et d’agir et la garantie d’une place au sein du monde dans lequel il se trouve. Ces mythes ont posé, une fois pour toutes, un foyer originel à partir duquel le groupe se trouve justifié dans son existence, grâce à l’aide d’une puissance surhumaine. Les réponses se trouvent donc données depuis ce passé primordial qui débute avec un ancêtre mythique ou un être surnaturel et qu’un réseau subtil lie, par le biais de la tradition orale, au passé réel matérialisé par l’existence des générations antérieures.

On le voit, l’origine ne constitue jamais, dans cette optique, un problème ; la solution n’est pas à découvrir, elle est donnée avec le groupe. Mais la préhistoire ne peut pas, bien entendu, se bâtir sur ce modèle. Pour se constituer valablement comme discipline scientifique, elle ne peut que s’arracher à ce passé mythique qui englue le problème de l’origine, et doit pouvoir élaborer un modèle qui permette de penser le passé primordial en termes de temporalité.

Dès le XIXème siècle, et après que la philosophie des Lumières ait posé le concept d’homme naturel, des scientifiques, passionnés d’histoire naturelle, vont s’interroger sur la possibilité de connaître un passé dépassant les limites de l’histoire. A priori, d’ailleurs, l’existence de l’homme avant le dernier déluge n’est nullement incompatible avec le message biblique, et dès avant Boucher de Perthes, des pionniers tels que Paul Tournai, Marcel de Serres ou Jules de Christol, pour ne citer qu’eux, y insisteront. Le problème se pose, cependant, de savoir comment approcher des données qui, par définition, échappent aux sources écrites puisque le cours de la tradition a été brutalement interrompu par un cataclysme qui n’a rien épargné. Des ossements d’animaux sont découverts çà et là dans le sous-sol de certaines cavernes ou dans le lit ancien de certains fleuves.

Dans certains cas, ces restes d’une autre époque gisent en compagnie d’objets très frustes, mais qui ne laissent aucun doute sur l’origine humaine de leur fabrication. Surtout, ces vestiges sont parfois associés à des restes humains, les restes d’animaux appartenant le plus souvent à des espèces inconnues à cet endroit au moment où on les trouve ou encore à des espèces, voire à des genres.

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éteints. Il est donc légitime, dans ces conditions, de soutenir la contemporanéité de l’homme et des animaux éteints. Or, ces découvertes se font dans des terrains paraissant avoir subi de profonds bouleversements ; les sédiments, que l’on croit avoir été déposés par l’action de l’eau, sont truffés par endroits d’ossements brisés, de cailloux et de silex roulés ; souvent les ossements gisent en grand nombre dans de petites salles ou contre les parois des cavernes, comme si - c’est de cette manière qu’on interprète alors ce type de trouvaille - des animaux avaient été charriés violemment par les eaux et étaient venus s’abîmer dans les cavités souterraines ; nul doute que ces masses d’ossements ne soient le témoignage de l’action diluvienne relatée dans la Bible. Et c’est donc dans le sol qu’il faut chercher les données que les documents écrits ne nous fournissent pas pour dépasser le cadre de "notre" histoire. Cette prise de conscience progressive, qui pose l’acte de la fouille comme un moyen d’interroger le sol sur des périodes situées hors du cadre de l’histoire, va permettre la constitution d’un savoir scientifique traitant spécifiquement de l’homme ayant vécu durant ces époques lointaines. Ce savoir réclame un modèle permettant d’organiser les données que les pioches ravageuses rendent rapidement surabondantes. Or, le contexte de la fouille est précieux à cet égard : le matériel archéologique gît dans une masse sédimentaire qu’il est loisible de questionner et s’associe fréquemment à des restes d’animaux disparus dont on sait, depuis Cuvier, l’intérêt au point de vue de la chronologie. S’il est donc un modèle à trouver pour aider à la constitution de ce nouvel ordre de connaissances, il suffira de le puiser à la fois dans la toute jeune géologie et dans la récente paléontologie.

Le savoir - il importe de le souligner - est, en effet, redevable d’un cadre théorique qui articule les divers éléments factuels et leur assure une certaine cohérence : le fait n’acquiert sa valeur factuelle que dans la mesure où tout un système de pensée est en place pour le cautionner. Le fait absolu est un leurre dont l’origine est à chercher dans un positivisme simpliste. Contrairement à ce que l’on a pu penser, la science ne se constitue pas au départ d’une accumulation d’éléments absolus qu’il suffirait, pour y avoir accès, de contempler. L’histoire d’une science - nous le verrons constamment - ne se donne jamais comme parcours d’un chemin balisé a priori. Elle n’est pas davantage la formation linéaire d’un complexe factuel dont on n’aurait qu’à suivre sereinement la marche vers la perfection. La science est bâtie au travers d’un cadre qui décrète ce qui doit être interrogé et détermine ce qui doit être retenu. Et, à vrai dire, l’étude historiographique de la science préhistorique est particulièrement éclairante à cet égard. Car, contrairement à d’autres sciences

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comme la chimie ou la physique, les premières données de notre discipline - c’est le privilège d’une science née au XIXème siècle - sont encore aisément disponibles. Face aux articles spécialisés et aux ouvrages de synthèse qui nous livrent une information souvent "décantée" mais indispensable pour saisir la mise en place de l’appareil méthodologique et conceptuel, nous conservons l’accès aux très nombreuses discussions qui ont agité les chercheurs dans les diverses associations et sociétés nationales et régionales, grâce aux comptes rendus détaillés insérés dans leur revue ou leur bulletin ; nous pouvons suivre l’évolution des idées et des conceptions sur les divers problèmes soulevés grâce aux notices des revues plus ou moins spécialisées et à l’accès à la correspondance, d’ailleurs facilité par la publication de monographies consacrées à certains préhistoriens, mais aussi grâce à une presse quotidienne qui s’est faite l’écho, jours après jours, des questions posées par des découvertes ponctuelles, des incertitudes, des prises de position ... Or, l’analyse de ces données démontre assez que le savoir scientifique ne se construit pas de manière linéaire. A y regarder de plus près, la construction de ce savoir ne se donne pas comme une évolution régulière qui conduirait inexorablement vers une vérité de plus en plus complète, mais elle s’élabore en se ramifiant ; les retours en arrière sont nombreux et chaque fait nouveau peut entraîner une réorganisation partielle ou totale du système, comme nous aurons plus d’une fois l’occasion de le vérifier.

C’est que le savoir dépend non seulement du hasard des découvertes, mais également de ce que l’homme de science cherche et des moyens dont il dispose pour le trouver ; il dépend enfin des présup|X)sés idéologiques et philosophiques propres à l’époque et au chercheur. Il n’est, pour s’en convaincre, que de penser aux différences d’orientation entre les travaux du géologue François Bordes, de l’ethnologue André Leroi-Gourhan et du géographe Louis-René Nougier. Ces trois grandes figures de la préhistoire d’aujourd’hui ont oeuvré dans le même pays et au même moment, ils ont donc élaboré leur conception de la préhistoire sur la base d’un matériel identique ; on ne saurait cependant confondre en un même tout l’analyse statistique des industries lithiques du premier (chap. IV, 3.), l’approche paléoethnographique du second (chap. III, 3.) et l’interprétation paléogéographique et paléosociologique du troisième (chap. V, 2.). Songeons, par ailleurs, à l’influence de l’appareil idéologique et philosophique sur la techniques des fouilles en Europe occidentale (chap. 111, 1.) et en Union soviétique (chap. III, 2.) entre 1920 et 1945. Songeons finalement à l’impact des théories freudiennes, tard venues en France, dans l’interprétation que

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Leroi-Gourhan a proposée de Part pariétal paléolithique (chap. VIII, 3.). L’histoire d’une discipline scientifique n’est donc pas linéaire, elle est conditionnée à la fois par le hasard des découvertes et par de multiples facteurs externes.

Mais que la science ne soit pas finalisée, que les faits doivent sans cesse être réassemblés en une synthèse constamment renouvelée, cela n’est pas sans conséquence sur la manière d’envisager l’histoire des sciences elle-même. L’approche de l’histoire d’une discipline ne pourra précisément se mener à bien qu’en prenant scrupuleusement en charge les avatars de son passé. Il s’agit de comprendre pourquoi la logique du moment a pu trouver pertinentes les conclusions admises alors par la communauté scientifique, et non de critiquer les conclusions d’une époque avec des arguments appartenant à la suivante. Or, les auteurs qui ont travaillé sur l’histoire de la préhistoire se sont, avant tout, efforcés de dégager, dans chacun des états de la recherche, ce qui était accepté comme valable au moment où ils ont eux-mêmes retracé les faits, délaissant des épisodes riches en mises au point, pour le seul motif qu’ils étaient jugés secondaires, oubliant parfois ce qui pouvait altérer l’éclat du découvreur dont on voulait souligner le génie anticipatif. Qu’on se souvienne seulement de cet exemple, pris parmi beaucoup d’autres évoqués dans le cours de ce travail : si l’on n’omet généralement pas d’évoquer l’antériorité de l’Aurignacien par rapport au Solutréo- Magdalénien lorsque l’on traite de la séquence chronologique de Lartet, on oublie systématiquement, en revanche, de mentionner que les industries de cet horizon étaient, dans son esprit, contemporaines de celles de Saint-Acheul. Il faut d’ailleurs, à cet égard, s’étonner du peu de cas que l’on a pu faire des comptes rendus de discussions, pourtant fort nombreux dans les revues scientifiques de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, dans lesquels sont abordés et débattus, avec une franchise souvent passionnée, les problèmes du moment, et grâce auxquels il nous est toujours loisible de suivre l’élaboration progressive de solutions brièvement formulées ensuite dans les articles scientifiques. Ces comptes rendus se sont révélés riches de renseignements sur les problèmes de priorité, sur les premières techniques de fouilles, sur la manière dont on s’est représenté l’homme préhistorique, sur les premières analyses techniques des industries et sur bien d’autres problèmes abordés plus volontiers dans les coulisses que sur la scène de la recherche.

A vrai dire, les études historiographiques d’ensemble consacrées à la préhistoire ancienne sont

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restées rares ; leur nécessité a pourtant été soulignée', et le nombre de travaux récents consacrés à la biographie des grands préhistoriens^ ou traitant de l’histoire de revues\ d’associations\ voire de certaines écoles’, la parution d’anthologies reprenant des extraits des textes essentiels, comme celle de Jacquetta Hawkes® ou, plus récemment, de Nathalie Richard^ sont autant de signes éloquents qui attestent de la demande dans ce domaine. De plus, les études plus générales consacrées à l’histoire du Paléolithique restent souvent trop près des découvertes. Or, la collecte des "grandes dates", la chronique, même si elles demeurent le préalable indispensable pour mener à bien ce type de travail, ne suffisent pas pour saisir les fondements et le devenir de la discipline.

' Voir, par exemple : G. CAMPS, La préhistoire. A la recherche du paradis perdu, Paris, Libr.

Académique Perrin, 1982, pp. 23-68. Une histoire de la préhistoire de la part de G. Camps est, du reste, annoncée (p. 10) par le préfacier, P. Chaunu.

2 Voir, en particulier, les études de L. Aufrère sur Boucher de Perthes, de C. Cohen & J.-J.

Hublin sur C. Picard et Boucher de Perthes, d’A. Cheynier sur Jouannet, d’A. Roussot sur Daleau, de H. Delporte sur Piette ... Lorsqu’elles existent, les références de ces études ont été reprises, pour chacun des archéologues et préhistoriens dans la partie ”Documentation"

(Appendice n 1. Biographie des principaux archéologues et préhistoriens mentionnés dans le texte), sous la rubrique "Références”.

3 P. SOULIER, 85 ans de bulletins : place et rôle de la Société préhistorique française (1904- 1988) dans le développement des études en préhistoire, in La préhistoire en France. Musées, écoles de fouille, associations ...du XIXème siècle à nos jours. Actes du 114ème Congrès national des Sociétés savantes (Paris, 3-9 avril 1989), Paris, C.T.H.S., 1992, pp. 7-18 ; id..

Aux origines de la Société préhistorique française : la Société Préhistorique de France (1904- 1910), in B.S.P.F., XC, 1993, pp. 95-103 ; A. ROUSSOT, Cent ans de travaux dans notre bulletin. I. Préhistoire et Protohistoire, in Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, CII, 1975, pp. 15-25.

A. ROUSSOT, B. & G. DELLUC, Cent seize années de travaux de préhistoire et de protohistoire à la Société historique et archéologique du Périgord, in A. DUVAL dir., La préhistoire en France. Musées, écoles de fouille, associations ...du XIXème siècle à nos Jours.

Actes du 114ème Congrès national des Sociétés savantes (Paris, 3-9 avril 1989), Paris, C.T.H.S., 1992, pp. 25-32 ; A. DEBENATH, Le rôle des sociétés savames dans le développement de la recherche en préhistoire en Poitou-Charentes, in ibid., pp. 19-24.

5 A. DEBENATH, F. DELPECH, H. LA VILLE & J.-P. BIGKMD, L’école de Bordeaux, in A. DUVAL dir., La préhistoire en France. Musées, Ecoles de fouille. Associations... du XIXème siècle à nos Jours, Actes du 114ème Congrès national des Sociétés savantes (Paris, 3-9 avril 1989), Paris, Ed. du C.T.H.S., 1992, pp. 33-36 ; G. GAUCHER, Les écoles de fouille de Leroi-Gourhan, in ibid., 1992, pp. 37-48.

« J. HAWKES ed., The World ofthe Past, New York, A. Knopf, 1963, 2 vol (601 p. -I- 709 p.), ill. Voir, en particulier, pour le Paléolithique : le volume consacré à l’archéologie, l’âge de la pierre, etc. ; pp. 139-243.

7 N. RICHARD, L'invention de la préhistoire. Une anthologie, Paris, Presses Pocket, 1992,282 P-

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Elles peuvent, certes, servir de base documentaire, mais ne sauraient remplacer l’analyse interne des concepts fondamentaux et des méthodes mises au point.

11 n’est d’ailleurs pas inintéressant de suivre l’évolution des approches historiographiques. Dès le dép^, elles introduisent les ouvrages de synthèse. 11 s’agit alors de convertir les derniers incrédules, et l’on présente les résultats récemment acquis en soulignant, comme pour cautionner davantage la nouvelle science, les observations faites par les auteurs anciens. Charles Lyell, dans son ouvrage sur L’ancienneté de l’homme prouvée par la géologie, consacre ainsi plusieurs chapitres aux découvertes de Tournai, Christol, Schmerling, Boucher de Perthes et Mac Enery*.

Tout comme Lyell, Ernest-Théodore Hamy introduit son Précis de paléontologie humaine par des considérations historiques en présentant, les unes après les autres, les découvertes passées.

Toutefois, Hamy intègre, dans une histoire subdivisée en cinq phases, la manière dont les anciens auteurs - de Pline et Marbode à Boucher de Perthes et Lartet, en passant par Boèce de Boot, Mercati, Jussieu et Mahudel, pour ne reprendre qu’eux - ont compris les instruments en pierre taillée et polie®. Le récit lie les découvertes dans l’ordre chronologique où elles ont été faites, en appuyant l’évidence d’une trajectoire qui ne peut que mener vers la vérité - en l’occurence, vers celle d’une époque de la pierre taillée, antérieure à celle de la pierre polie, subdivisée en quatre âges paléontologiques, comme l’a précisément montré Lartet. La naissance de la science préhistorique est alors comprise comme un désengluement progressif de la vérité par rapport aux erreurs de la tradition : si, durant l’Antiquité et le Moyen-Age, l’esprit d’autorité s’impose aux hommes de science, qui se traînent les uns après les autres dans l’ornière de la tradition'^, le XIXème siècle, en revanche, ne peut que se féliciter d’avoir pu constituer sur des bases désormais inébranlables la paléontologie humaine des alluvions quaternaires^'. Les oppositions contre la nouvelle science ne sont pas loin, et le temps des résistances n’est pas révolu ; il est encore nécessaire de justifier la reconnaissance de la préhistoire, d’une part, en décelant la présence de ses prémices dans la tradition occidentale, dès l’Antiquité, et, d’autre part, en relevant l’existence, à

« C. LYELL, L’ancienneté de l’homme prouvée par la géologie, et remarques sur les théories relatives à l’origine des espèces par variation, Paris, J.-B. Baillière & Fils, 1870^, pp.67-115.

» E.-T. HAMY, Précis de paléontologie humaine, Paris, J.-B. Baillière & fils, 1870, pp. 9-37.

>0 E.-T. HAMY, O.C., 1870, p. 13.

" E.-T. HAMY, O.C., 1870, p. 36.

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toute époque, d’un matériel objectif - les instruments en pierre taillée ou polie - dont on retrouvera les échos Jusque dans les croyances et coutumes populaires, comme Cartailhac se plaira à le montrer dans le détail'^

Cette manière de retracer l’historique de la discipline en additionnant, dans l’ordre chronologique où elles ont été faites, des découvertes de plus en plus convaincantes, persistera durant plusieurs décennies. Elle est celle d’Emile Cartailhac dans un chapitre de son ouvrage sur La France préhistorique, consacré à 1’"Historique des progrès de la science sur les civilisations primitives et l’ancienneté de ^homme"‘^ celle de Salomon Reinach dans sa Description raisonnée du Musée de Saint-Germain-en-Laye^*, puis celle de Joseph Déchelette dans son Manuel d’archéologie préhistorique^^ et d’André Cheynier, dans son étude sur Jouannet’®.

Peu avant la première guerre mondiale, les préhistoriens n’ont plus à justifier une discipline que tous, à présent, reconnaissent ; certains auteurs ont assisté aux grandes découvertes, certains ont participé à la mise en place des méthodes de travail et à l’élaboration des cadres théoriques et ils vont communiquer leurs souvenirs. Les études consacrées à l’histoire de la préhistoire racontent alors le déroulement des principaux événements passés, parfois dans le but de contrevenir à des affirmations trompeuses liées à la priorité des découvertes”, le plus souvent pour conserver à la postérité les détails du vécu quotidien dont les textes scientifiques ne gardent pas de trace. Ces contributions sont précieuses pour les souvenirs qu’elles rapportent, même si le faible nombre - ou

E. CARTAILHAC, L’âge de pierre dans les souvenirs et superstitions populaires, Paris, C.

Reinwald & Cie, 1877, 104 p., 68 fig.

‘3 E. CARTAILHAC, La France préhistorique d’après les sépultures et les monuments, Paris, Félix Alcan, 1889, pp. 1-27.

S. REINACH, Antiquités nationales. Description raisonnée du Musée de Saint-Germain-en- Laye. /. Epoque des alluvions et des cavernes, Paris, Libr. Firmin-Didot & Cie, 1894, pp. 78- 83 (Historique des études préhistoriques) et pp. 164-168 (Historique des recherches dans les cavernes).

'5 J. DECHELETTE, Manuel d’archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine. I.

Archéologie préhistorique, Paris, A. Picard & fils, 1908, pp. 5-13 (Historique de l’archéologie préhistorique).

'6 A. CHEYNIER, Jouannet. grand-père de la préhistoire, Brive, Impr. Chastrusse. Praudel &

Cie, 1936, pp. 7-18.

'3 E. RIVIERE, Note sur l’ordre chronologique véritable des six premières découvertes des grottes à gravures et à peintures, in B.S.P.F., VI, 1909, pp. 376-380.

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l’absence - de pièces justificatrices de ces écrits rend la vérification des affirmations produites peu contrôlable. Ces études sont thématiques, le texte met ici les personnes, plus que les idées, au centre des débats. Jean-Paul Lafitte nous brosse, avec beaucoup de réalisme, l’historique des premières découvertes d’art pariétal'* ; Henri Breuil nous retrace, dans des textes riches en anecdotes, les étapes principales de son entrée dans la recherche” et de son parcours scientifique® ; il nous dépeint, de même, quelques années plus tard, la manière dont s’est effectuée la conquête de la notion de la très haute antiquité de l’Homme^', tandis que Philip Shoor s’était occupé, une dizaine d’années auparavant, de la genèse des recherches préhistoriques^ ; enfin, le Comte Henri Begouën nous raconte ses souvenirs sur le mouvement des idées transformistes dans les milieux catholiques®. Le genre, d’ailleurs, a persisté mais en s’adressant davantage à un public moins spécialisé. En 1954, Herbert Wendt entreprend de retracer l’histoire des conceptions sur l’homme des origines du XVlIIème siècle jusqu’au début du XIXème siècle®. Un an plus tard, Colin-Simard propose, dans un style souple et vivant, l’histoire de la découverte archéologique de la Froncé^.

Ce travail - tout comme le précédent - ne comprend malheureusement aucune référence bibliographique, ce qui rend précaire l’utilisation d’un texte, à vrai dire, un peu riche en reconstitutions.

Après la seconde guerre mondiale, les travaux de synthèse consacrés à l’histoire de la préhistoire

'« J.-P. LAFITTE, Les peintures et gravures murales de l’Age du Renne, in La Nature, XLIl, n° 2131, 28.03.1914, pp. 294-301, 15 fig.

'9 H. BREUIL, Discours présidentiel prononcé à la séance du 23 janvier 1936, in B.S.P.F., XXXIII, 1936, pp. 55-58.

H. BREUIL, Quarante ans de préhistoire. Discours présidentiel prononcé à la séance du 28 Janvier 1937, in B.S.P.F., XXXIV, 1937, pp. 52-67.

H. BREUIL, La conquête de la notion de la très haute antiquité de l’homme, in Anthropos.

Revue Internationale d’Ethnologie et de Linguistique, XXXVII-XL, 1942-1945, pp. 667-687.

“ P. SHOOR, The Genesis of Prehistorical Research, in Isis. Quarterly Organ ofthe History of Science Society and ofthe International Academy ofthe History of Science, XXIII, 1935, pp.

425-443, 1 fig., 2 pl.

23 H. BEGOUEN, Quelques souvenirs sur le mouvement des idées transformistes dans les milieux catholiques, Paris, Bloud &. Gay, 1945, 52 p.

2< H. WENDT, A la recherche d’Adam, Paris, La Table ronde, 1954, 412 p., 56 fig., 32 pl.

« COLIN-SIMARD, Découverte archéologique de la France. La préhistoire au grand soleil (Paléolithique), Paris, Amiot-Dumont, 1955, 337 p., 5 cartes, 6 tabl., 18 fig., IV pl.

(L’aventure du passé, n° 2).

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deviennent plus rares. En revanche, nombreux sont alors les auteurs qui vont être tentés par l’histoire de l’archéologie. C’est que les découvertes archéologiques marquantes ne manquent pas de frapper l’imagination, et ces études sont, en effet, conçues avant tout pour impressionner. Tour à tour, Georges Daux“, Ivor Nœl Hume”, Raymond Bloch et Alain Hus^*, Alexandre MongaïP, Glyn Daniel^ et Herbert Kühn”, pour ne reprendre que les travaux incluant les périodes anciennes, vont faire revivre pour nous les cohortes de terrassiers vidant les grottes, fouillant dolmens et tumulus, récupérant les trésors de la Grèce et de l’Egypte antiques, dégageant sans compter les anciennes cités proche-orientales et, plus récemment, les temples du Mexique ancien ou l’armée en terre cuite de l’empereur chinois Huang Ti. Il serait superflu d’analyser tous ces travaux, d’autant que la part accordée à la période paléolithique est presque toujours négligeable ; mais il reste intéressant de constater que tous ont en commun de relater la découverte des plus somptueuses conquêtes archéologiques sans se soucier d’analyser les méthodes utilisées, sans s’attacher à élucider la manière dont elles ont pu être intégrées dans le système scientifique du moment. A cet égard, elles sont, une fois encore, bien plus des chroniques que des histoires.

Une place à part doit d’ailleurs être faite pour l’étude d’Annette Laming-Emperaire sur Les origines de l’archéologie préhistorique en France, présentée comme thèse complémentaire de Doctorat en 1957, et publiée en 1964”. L’auteur a développé l’histoire des plus anciennes interprétations sur les origines de l’homme ; Laming-Emperaire s’est attachée à montrer comment, depuis le Moyen- Age jusqu’à Boucher de Perthes, les érudits ont lentement perçu l’existence d’êtres humains

“ G. DAUX, Les étapes de l’archéologie, Paris, P.U.F., 1942, 127 p. ("Que sais-je ?", n° 54).

27 I.N. HUME, Great Moments in Archaeology, London, Phoenix House, 1958, 127 p., ill.

28 R. BLOCH & A. HUS, Les conquêtes de l’archéologie, Paris, Hachette, 1968, 316 p., ill.

29 A.L. MONGAIT, L’archéologie en U.R.S.S., Moscou, Editions en langues étrangères, 1959, 437 p., cartes, ill., pl. coul & n/b.

“ G.E. DANIEL, A Hundred Years of Archaeology, London, Gerald Duckworth & Co, 1950, 344 p., 6 fig. ; id., The Origins and Growth of Archaeology, Harmondsworth, Penguin Books, 1967, 304 p., 7 pl., fig. ; id., /I Short History of Archaeology, London, Thames and Hudson, 1981, 232 p., 136 fig., 10 pl. coul. ("Ancient Peuples and Places, 100).

f H. KÜHN, L’éveil de l’humanité, Paris, Corrêa, Buchet-Chastel, 1956, 271 p. ; id., Geschichte der Vorgeschichtsforschung, Berlin-New York, W. De Gruyter, 1976, 1048 p., cartes.

32 A. LAMING-EMPERAIRE, Les origines de l’archéologie préhistorique en France. Des superstitions médiévales à la découverte de l’homme fossile, Paris, A. & J. Picard, 1964, 243 p., 25 pl.

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sauvages se servant d’instruments en pierre pour tuer des animaux dont certains ont aujourd’hui disparu et ayant existé avant le déluge relaté dans la Bible. Mais ce travail est avant tout exemplaire par la méthode utilisée. Pour la première fois, en effet, les idées sont présentées dans le contexte qui les a vues naître. L’auteur ne cherche pas à tout prix les indices précurseurs d’un savoir dont on n’aurait qu’à suivre la progressive élaboration à travers les diverses époques de l’histoire occidentale, elle laisse la parole aux auteurs du moment. Pour une fois, les conclusions ne précèdent pas les faits, elles les suivent ; nous voulons seulement ici en conclusion reprendre les grandes lignes selon lesquelles s'est constituée notre discipline et mettre en évidence certains faits auxquels, pour en mieux suivre le cheminement historique, nous avions laissé au cours des chapitres précédents leur allure indécise et complexé^.

Par contraste avec les autres travaux consacrés à l’histoire de la science préhistorique, cette manière de procéder est remarquable. Toutefois, l’ouvrage d’A. Laming-Emperaire est bien davantage une histoire de l’histoire naturelle de l’homme qu’une histoire de la science préhistorique proprement dite, puisque son étude s’arrête au milieu du XEXèrne siècle. Les idées sont clairement présentées et l’on peut se rendre compte de la manière dont les toutes premières découvertes archéologiques ont été comprises. Mais on saisit moins, en revanche, - et sans doute parce que cela dépasse le cadre que l’auteur s’est imparti : il s’agit de l’origine de l’archéologie préhistorique, ne l’oublions pas - ce qui entre enjeu dans la cristallisation de la jeune science préhistorique. Laming-Emperaire remarque que les trouvailles relatives à un homme d'avant l’histoire faites cm début du XIXème siècle pouvaient, en effet, se rattacher à deux ordres de recherches : soit aux sciences naturelles, et plus spécialement à la paléontologie si l'on s'en tenait cmx vestiges biologiques, soit à une ethnologie de formation toute récente si l’on voulait interpréter les nouvelles formes d’industries découvertes^. Or, force est de constater que l’ethnologie n’a guère servi aux pionniers pour forger la nouvelle science. On chercherait en vain des allusions, même discrètes, aux récits de voyageurs dans les pages de Jouannet, de Tournai ou de Picard. Boucher de Perthes effectue de nombreux voyages, mais uniquement en vue de récolter le matériel archéologique antédiluvien de diverses parties du globe. Enfin, certains travaux, comme celui du Britannique John Lubbock, présentent

33 A. LAMING-EMPERAIRE, o.c., 1964, p. 187.

34 A. LAMING-EMPERAIRE, o.c., 1964, p. 156.

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une synthèse sur les "sauvages primitifs", mais les sauvages actuels ne sont nullement étudiés pour rendre compréhensibles ceux du Paléolithique - c’est lui qui crée le mot -, ils sont présentés côte à côte parce qu’ils participent du même état social. Car, s’il est une relation à établir entre la jeune ethnologie et la nouvelle préhistoire, elle se situe à ce niveau : toutes deux ont en commun une approche de la sauvagerie qui, en définitive, s’appuie sur la notion d’ "homme naturel". Au moment où elle se constitue, la préhistoire ne s’enracine donc pas dans la jeune ethnologie, mais elle s’appuie, comme l’ethnologie, sur une notion posée par la philosophie des Lumières (chap. VI, 1.).

Bien entendu, le comparatisme ethnographique servira, mais après la mise en place conceptuelle de la science préhistorique (chap. II), au début du XXème siècle (chap. VIII, 2.). En revanche, la paléontologie a évidemment joué un rôle fondamental, en relation d’ailleurs avec la géologie, elle- même à peine instituée comme discipline scientifique. Or, l’importance de la géologie dans la constitution de la préhistoire n’a guère été soulignée par Laming-Emperaire. Entre une archéologie qui, au début du XIXème siècle, reste en effet historique”, et l’archéologie préhistorique proprement dite, annoncée par Jouannet et Tournai en France et posée par J. Boucher de Perthes vers 1850, il manque l’élucidation du moment crucial au cours duquel va se cristalliser le concept de préhistoire. Les éléments biographiques des divers archéologues sont évidemment présentés, en même temps que leurs résultats, mais on chercherait en vain une analyse interne de ces travaux qui viserait à dégager la spécificité de la discipline naissante. Les apports de Boucher de Perthes sont analysés en fonction du point de vue ethnologique dont l’auteur veut prouver l’importance, et Laming-Emperaire manque par conséquent la profonde originalité de la démarche du Père de la préhistoire : la pensée de Boucher de Perthes est si peu celle d ’un ethnologue qu ’il lui arrive de poser les problèmes en termes d’historien^. La nouvelle science est dès lors pratiquement reléguée au rang d’une technique de ramassage : en renonçant à ces problèmes qu ’il voit mal comment poser et qu ’il ne sait par quels autres remplacer, il en revient toujours à son idée fondamentale, que l'archéologie préhistorique est après tout une science qui commence et que l'essentiel pour l'instant est de récolter avec le plus de minutie possible les différents vestiges qui ont subsisté Jusqu 'à nou^\

35 A. LAMING-EMPERAIRE, o.c., 1964, p. 113 : Mais cette archéologie qui a réussi maintenant à se donner une définition distincte de celle de l'histoire ... reste cantonnée aux époques historiques.

3« A. LAMING-EMPERAIRE, o.c., 1964, p. 165.

33 A. LAMING-EMPERAIRE, Le.

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Quant au rôle joué par la paléontologie, il n’est guère explicité. Laming-Emperaire mentionne allusivement le rôle catalyseur de la notion d”’évolution" en soulignant l’importance des théories darwiniennes”. Or, comme nous le verrons en détail, le message de Darwin n’a pas eu, à l’époque, les échos que l’on pourrait croire (chap. II) ; c’est donc vers d’autres notions qu’il faudra centrer son attention pour saisir le point d’ancrage conceptuel de la préhistoire.

L’histoire des sciences est trop souvent construite sur la base d’un canevas qui procède d’une vision finalisée et manichéenne. Or, l’histoire d’une discipline ne peut pas se donner à penser comme la lente mise en place d’idées justes qui s’enchaînent et se complètent naturellement et que le Scientifique - à l’instar du philosophe de Platon - n’aurait qu’à contempler ; elle ne peut, du reste, pas non plus s’appréhender comme l’avènement d’une vérité absolue qui refoulerait progressivement - en la remplaçant - l’ignorance naïve des auteurs passés. Nathalie Richard a très justement relevé le fait que l’histoire de la préhistoire fiât le récit finalisé de l’avènement de l’état positif de la discipline et désigne aux nouveaux chercheurs les figures modèles de héros précurseurs plus mythiques que réel^. Or, il est essentiel de ne pas altérer la valeur scientifique d’un travail en lui imprimant un cachet de propagande. La préhistoire n’a plus aujourd’hui à justifier son existence, ni à gagner les faveurs d’un public qui l’a depuis longtemps placée au même rang que les autres sciences. C’est un rôle plus essentiel qu’une telle étude doit pouvoir jouer. Le préhistorien, pour débuter dans son travail de recherche, s’appuie sur des synthèses récentes qui représentent le dernier état de la discipline. Or, cet état n’est nullement le point d’aboutissement d’une solution qui aurait été peu à peu découverte et améliorée, mais il résulte de questionnements auxquels les chercheurs de chaque époque ont tenté de répondre avec les moyens dont ils ont disposé. Il est donc indispensable, pour travailler dans une discipline - pour parler le langage de la science que l’on pratique, pourrait-on dire -, de maîtriser la manière dont les prédécesseurs ont abordé les problèmes, la façon dont ils ont interrogé les faits, ce qu’ils y ont cherché. A cet égard, un travail sur l’histoire de la préhistoire paléolithique, des origines de la discipline jusqu’au seuil des années 70, apparaît d’autant plus justifié qu’il n’existe encore aucune synthèse disponible spécialement consacrée à ce sujet et incluant les résultats obtenus après les travaux de Henri Breuil

3* A. LAMING-EMPERAIRE, o.c., p. 156.

39 N. RICHARD, Nouvelles perspectives de l’histoire de la préhistoire, in B.S.P.F., XC, 1993, p. 11, col. a.

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et de Denis Peyrony"^. Or, nous le verrons, l’inclusion des travaux d’après 1950 est essentielle, car, vers cette époque, les méthodes d’analyse vont connaître des bouleversements de première importance qui vont réorienter les recherches en préhistoire paléolithique.

Cette constatation ne doit d’ailleurs pas nous empêcher de souligner la qualité des travaux historiographiques de la "dernière génération". L’accent est davantage placé sur la dynamique des événements et sur le contexte que sur le côté exceptionnel des découvertes. Cet aspect des choses est particulièrement perceptible dans les travaux de J. Gruber, qui étudie les causes ayant entraîné les voyages de savants britanniques à Abbeville en 1859^‘, de P.J. Boylan, consacré à l’affaire de la mâchoire de Moulin-Quignon et le rôle joué par Falconer^\ ou, plus récemment, de Henri Delporte sur La bataille aurigrmcienne*^ et de Nathalie Richard sur le problème de l’anthropopithèque et le débat au sujet de l’ancêtre de l’homme qui a tant agité les milieux scientifiques au XIXème siècle^. Le rôle exact joué par certaines personnalités dans la reconnaissance d’idées nouvelles est mis en exergue grâce à des analyses soigneuses, comme le montrent les travaux de Henri Delporte sur Edouard Piette^’, de Goulven Laurent sur Edouard Lartet“ et de Wiktor Stoczkowski sur Tournai"*’ ; parfois, il est au contraire estompé, comme c’est

^ Nous n’avons pas pu examiner le travail de doctorat de Nathalie Richard, La préhistoire en France dans la seconde moitié du XIXème siècle (1859-1904), Université de Paris I, 1992, ni celui de Noël Coye, Des mythes originels à la recherche archéologique. Sources, méthodes et discours de l’archéologie préhistorique en France avant 1950, Université de Provence-Aix, 1993. Toutefois, le titre montre bien que seuls les travaux français d’avant les synthèses de Breuil et Peyrony ont été pris en charge.

J. GRUBER, Brixham Cave and the Antiquity ofMan, in R. DARNELL ed., Readings in the History ofAnthropology, New York, 1974, pp. 380-406.

« P.J. BOYLAN, The Comroversy of the Moulin-Quignon Jaw : the Rôle ofHugh Falconer, in L.J. JORDANOVA & R.S. PORTER edd., Essays in the History of the Environmental Sciences, London, 1979.

« H. DELPORTE, La bataille aurignacienne, in J.-P. MOHEN, Le temps de la préhistoire, Paris, Société préhistorique française & Ed. Archéologia, 1989, I, pp. 20-21.

N. RICHARD, L "archéologie : démarches savantes et conceptions neuves. L ’anthropopithèque de Gabriel de Mortillet, le débat sur l’ancêtre de l’homme au XIXème siècle, in Les nouvelles de l’archéologie, XLIV, 1991, pp. 23-29, 1 fig., 2 tabl.

“S H. DELPORTE, Piette, pionnier de la préhistoire, in Edouard Piette, Histoire de l "artprimitif, Paris, Picard, 1987.

^ G. LAURENT, Edouard Lartet (1801-1871) et la paléontologie humaine, in B.S.P.F., XC, 1993, pp. 22-30.

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le cas des contributions de Jean-Yves Pautrat sur Gabriel de Mortillet'** et de Gilles Gaucher sur l’abbé BreuiP’. Il faut également remarquer l’importance accordée à l’histoire de certains concepts, parmi lesquels, d’ailleurs, celui de "préhistoire" figure au premier rang d’études comme celles de C. Chippindale*®, de Norman Clermont et Philip Smith” - en réponse à la précédente - ou de Wiktor Stoczkowski”. Enfin, au plan formel, les travaux comportent, de plus en plus, des références justifiant les assertions avancées, tandis que la publication, assurée par Nathalie Richard, de lettres de préhistoriens aussi importants pour l’historiographie qu’Auguste Aymard, M. de Beumonville, Louis Bourgeois, Emile Cartailhac, Léopold Chiron, etc., pourra servir - selon ses propres mots - de matériaux à une histoire sociale de l’archéologie^^.

La connaissance de l’histoire de la préhistoire paléolitique est donc essentielle pour rendre compréhensible l’état de la discipline au moment où l’on y travaille - on comprend, dans ces conditions, qu’une simple chronique ne saurait suffire. A ce titre, ce type de travail est, lui-même, englobé dans la dynamique scientifique et il réclame donc, impérativement, le même niveau d’exigence - tant sur le plan de la rigueur et de la précision qu’au niveau des justifications données - que n’importe quel travail de cet ordre. De plus, la nécessité de comprendre et de présenter les problématiques en jeu demande de pouvoir produire une analyse interne - depuis le point de vue du préhistorien - des sources. Elle seule peut fournir une approche spécifique des cadres théoriques à partir desquels la préhistoire paléolithique s’est constituée. Ceux-ci sont

« W. STOCZKOWSKI, La préhistoire : les origines du concept, in B.S.P.F., XC, 1993, pp. 13- 21.

^ J.-Y. PAUTRAT, Le Préhistorique de G. de Mortillet : une histoire géologique de l’homme, in B.S.P.F., XC, 1993, pp. 50-59.

G. GAUCHER, Henri Breuil, abbé, in B.S.P.F., XC, 1993, pp. 104-112. L’Entre-Deux Guerres a été l’époque durant laquelle Breuil a dominé la préhistoire. Peut-on penser qu ’ilfut tout à fait étranger à la sorte d’éclipse intellectuelle qu’a subie sa discipline durant cette période .î' (p. 111).

C. CHIPPINDALE, The Invention ofWords for the Idea of "Prehistory”, in Proceedings of the Prehistoric Society, LIV, 1988, pp. 304-314.

5> N. CLERMONT & P.E.L. SMITH, Prehistoric. Prehistory, Prehistorian ... Who Invented the Ternis ?, in Antiquity, LXIV, 1990, pp. 97-102.

« W. STOCZKOWSKI, o.c., 1993, pp. 13-21.

« N. RICHARD, La préhistoire au quotidien. La pratique de l’archéologie préhistorique au XIXème siècle, d’après les correspondances réunies au Musée de Saint-Germain-en-Laye, in

Gradhiva. Revue d’Histoire et d’Archives de l’Anthropologie, IX, 1991, pp. 77-94.

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évidemment inscrits en filigrane dans les travaux scientifiques, et c’est des textes eux-mêmes qu’il convient donc de repartir afin de cerner les méthodes de travail, d’une part, et de montrer ce que les préhistoriens ont pu faire avec les données dont ils disposaient, d’autre part. Nous nous y sommes arrêtés : il est indispensable de ne pas altérer la valeur propre des travaux en y introduisant une dimension finalisante.

Sur la base de ces exigences méthodologiques - refus de limiter le travail au stade de la chronique ; nécessité de fournir une information précise, rigoureuse et soigneusement justifiée ; nécessité de présenter une analyse interne des travaux préhistoriques, débouchant elle-même sur une analyse des méthodes de travail et des concepts fondamentaux et présentation non finalisante des idées et interprétations propres à chaque époque -, nous avons voulu proposer un travail de synthèse sur l’histoire de la préhistoire paléolithique, des origines jusqu’au seuil des années 701 Cette approche synthétique réclamait, du reste, de pouvoir dépasser le seul cadre géographique de la France et même celui de l’Europe, et nous nous sommes efforcés d’inclure les découvertes asiatiques et africaines, lorsqu’elles ont influencé les idées ou l’état de la science préhistorique. Etant donné le cadre chronologique imparti, nous n’avons pas cru devoir intégrer les travaux de la "New Archaeology". Les premières contributions de Lewis Binford ont, en effet, vu le jour respectivement en 1962 et en 1965^, mais ses théories n’ont vraiment reçu une audience internationale que dans la décennie suivante. De plus, comme le rappelle Bruce G. Trigger, afin de démontrer les avantages de sa démarche sur l’approche traditionnelle, Binford s’est résolument engagé sur un terrain plus polémique que scientifique, ce qui n’a guère facilité l’adoption de son système par les chercheurs européens*^

Notre travail se subdivise en cinq parties comprenant chacune un ou plusieurs chapitres au cours desquels les problèmes spécifiques de la préhistoire paléolithique ont été exposés. Comme dans n’importe quelle discipline scientifique, le savoir doit être structuré en un système cohérent. La

L.R. BINFORD, Archaeology as Anthropology, in American Antiquity, XXVIII, 1962, pp.

217-225 et id., Archaeological Systematics and the Study of Culture Process, in American Antiquity, XXXI, 1965, pp. 203-210.

55 B.G. TRIGGER, A History of Archaeological Thought, New York, Cambridge University Press, 1989, p. 295.

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première partie détaille l’élaboration de ce cadre formel qui repose, pour la période paléolithique, sur la notion d’"évolution" (Partie I, La Forme). Si le cadre théorique constitue le point de départ indispensable, celui-ci ne suffit cependant pas pour construire le savoir ; encore faut-il instituer des méthodes de travail permettant de questionner les faits et de fournir des réponses dans un vocabulaire codifié. Dès le départ, il a fallu instaurer des techniques de fouilles pour assurer la collecte des informations, tandis que l’on gérait le matériel lithique et osseux récolté au cours des fouilles archéologiques par des méthodes d’analyse morpho-typologique (Partie II, La Méthode).

Ces méthodes de travail sont essentielles, car elles vont permettre la mise en place de concepts fondamentaux tels que "Aurignacien", "Périgordien", "Solutréen" ou "Magdalénien", pour ne reprendre que les plus traditionnels, assurant au système scientifique sa fonctionnalité (Partie 111, Les Concepts). Mais la science préhistorique n’aurait guère de sens si elle ne pouvait espérer connaître cet homme d’avant l’écriture dont elle nous présente les restes osseux et la trace des passages. Et les chercheurs de chaque époque, en effet, se sont efforcés de reconstituer une image de cet homme, à la fois sur le plan physique et sur le plan mental et spirituel (Partie IV, Constructions & Reconstitutions). Enfin, le texte de ce travail intègre une documentation utile en tant que telle, et il nous a semblé nécessaire de laisser disponible une importante partie documentaire proposant d’une part, la biographie des préhistoriens mentionnés dans le texte, réalisée sur la base des notices nécrologiques et des Biographies nationales (Partie V, Galerie de Portraits), et d’autre part, les dates les plus marquantes, glanées lors du dépouillement des publications (Partie V, La Chronique Préhistorique) pour les découvertes de l’homme fossile, pour les organes de diffusion les plus importants (Périodiques et Congrès), pour les sites majeurs et les grandes étapes de la fouille et pour les découvertes majeures dans l’art pariétal paléolithique. De plus, des tableaux présentant la séquence chronologique des principaux préhistoriens (Edouard Lartet, Gabriel de Mortillet, Edouard Dupont, Henri Breuil, Denis Peyrony ...) sont destinés à faciliter la vision d’ensemble d’une information forcément dispersée dans le cours du texte ; une illustration abondante, autant que possible empruntée aux auteurs du moment, est particulièrement instructive sur la manière dont chaque époque conçoit le support figuré et sur ce que les chercheurs en attendent. Enfin, un index général des noms de personnes, de lieux et des matières a été voulu le plus complet possible pour permettre un accès direct aux informations ponctuelles dispersées dans le texte et dans la partie documentaire.

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Après avoir souligné les grandes articulations de notre travail, il nous semble, dès à présent, souhaitable d’esquisser les principales questions qui s’y trouveront débattues et d’en dégager les lignes directrices. Nous avons vu que des chercheurs ont, progressivement, été amenés à donner un sens à l’acte de la fouille durant la première moitié du XIXème siècle. Bien entendu, à ce moment, l’intérêt est tout entier centré sur le produit de la récolte : la grotte est vidée de ses sédiments dans l’espoir de mettre au jour quelque objet ancien susceptible d’enrichir la collection dont on s’enorgueillit. John Bagford, John Frere et William Buckland en Grande-Bretagne, Xavier- François Burtin en Belgique - alors Pays-Bas du sud -, Jean-Frédéric Esper et Jean-Christian Rosenmüller en Allemagne inaugurent ainsi la recherche archéologique en effectuant les premières fouilles en grotte ou en plein air (Chap. 1,1). Ces pionniers de l’archéologie, toutefois, n’imaginent guère l’époque à laquelle remontent les vestiges exhumés. L’interprétation assignée aux objets s’inscrit toujours dans le cadre de l’histoire : les instruments de pierre, les restes osseux animaux ou humains récoltés sont d’emblée attribués à des Celtes ou à des Bretons du temps des invasions romaines. Entre 1820 et 1830, Jouaimet, Schmerling et Tournai vont exploiter, d’une manière plus systématique, des gisements archéologiquement très riches (Chap. I, 2). La récolte simultanée d’ossements, que les fouilleurs reconnaissent avoir appartenus à des animaux disparus, et de restes d’origine anthropique, tels que des fragments de pots en terre cuite, des haches polies ou des silex taillés, pose, pour la première fois, le problème de la contemporanéité de la faune antédiluvienne et de l’homme. Mais les fouilles sont sommaires et les sédiments sont considérés globalement. Le sol n’apporte aucune indication chronologique sur les objets ; la céramique, les "médailles"

romaines et les instruments en pierre sont examinés sans considération aucune de l’époque à laquelle ils remontent. La masse sédimentaire est alors un contenant d’objets variés : elle contient les archives fragmentaires d’un autre temps, et il s’agira d’y puiser les informations qui s’y trouvent encore. En outre, les instruments en pierre taillée ne retiennent guère l’attention, sinon comme signes de la présence humaine. Deux disciplines scientifiques alors naissantes - la géologie et la paléontologie - vont apporter leur concours pour exploiter au mieux les richesses enfouies et permettre la constitution d’une nouvelle science - l’antéhistoire ou, comme on la nommera plus tard, la préhistoire. Casimir Picard, le premier, fondera les principes d’une compréhension stratigraphique des vestiges (chap. I, 3), tandis que Jacques Boucher de Perthes reprendra, en la précisant, l’interprétation stratigraphique et posera conjointement la notion de type comme moyen d’étude de ces très vieilles industries en pierre. Mais c’est Boucher de Perthes, le premier, qui

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mesure réellement l’ancienneté des vestiges : les bifaces, extraits par lui, des bancs diluviens ne peuvent qu’appartenir, par leur situation géologique et leur association avec des restes d’animaux disparus, à la même période. Pour Boucher de Perthes, cette période est la plus ancienne de l’humanité, elle a précédé les temps celtiques les plus reculés (chap. I, 4). Les éléments factuels ne manquent pas à Boucher de Perthes pour démontrer la validité de sa thèse ; pourtant, les résistances des milieux officiels sera forte (chap. I, 5) et il faudra toute la volonté de son auteur et l’aide de savants britanniques aussi illustres que J. Evans, H. Falconer et J. Prestwich pour forcer l’adhésion des opposants (chap. 1, 6).

Dès ce moment, le problème principal de la nouvelle science est de donner une réalité à ces temps anciens. Il s’agit de quitter le temps du mythe et de faire revivre les traces de l’homme antédiluvien en leur assignant une réalité temporelle. Nous sommes à l’aube de la deuxième moitié du XIXème siècle et les théories transformistes de Jean-Baptiste de Lamarck reçoivent peu à peu, grâce au souffle nouveau que leur a insufflé Geoffroy de Saint-Hilaire, les honneurs mérités. Or, le transformisme s’attache à élucider le devenir des formes vivantes dans le temps et peut donc servir de point de départ théorique valable pour structurer la préhistoire (chap. II, 1). Quant aux innombrables restes d’animaux, ils constituent également une source d’information précieuse. Au début du XIXème siècle, Cuvier a montré la pertinence d’une paléontologie stratigraphique (chap. II, 2) en soulignant la transformation faunique qui s’opère dans la succession des formations géologiques : les couches récentes ne contiennent que des restes de faune actuelle, les couches immédiatement sous-jacentes comprennent encore quelques animaux actuels mais également des restes ayant appartenu à des espèces éteintes, les couches plus profondes ne livrent plus que des restes d’espèces éteintes, tandis que les couches plus profondes encore ne contiennent que des ossements d’animaux ayant appartenu à des genres aujourd’hui disparus. Cette méthode est particulièrement intéressante pour la nouvelle science, car les restes d’animaux sont abondants, et Edouard Lartet ne se fera pas faute de la récupérer, en l’adaptant, pour tenter de déterminer les grandes époques humaines du Quaternaire. Le paradigme transformiste, quant à lui, va s’imposer rapidement. Boucher de Perthes, le premier, y adhère d’autant plus branchement qu’il en a déjà intégré les principes dans des travaux antérieurs (chap. II, 3). Puis, le paléontologue Edouard Lartet - après avoir défendu d’abord les théories proposées par H. Ducrotay de Blainville - pose, vers la fin de sa vie, les principes d’une approche de l’homme préhistorique davantage en accord avec les

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