SUR LES STÉROLS DU POLLEN
Marie-France
HÜGEL
Institzct de Chimie des Substances naturelles,
Gif-sur-Yvette (Seine-et-Oise)
SOMMAIRE
Nous résumons dans le
présent
article les recherches effectuées sur les fractions isolées de diffé- rentspollens
et contenant une sériebiosynthétique
de stérols en C,,, C,!, et CZ9 ; àpartir
de ces résul-tats, nous formulons une
hypothèse biogénétique.
Nous mentionnons aussi laprésence
d’un nouveau stanol, lepollinastanol.
Depuis quelques années,
nous avonsentrepris
l’étude des fractionsstéroliques
de
pollens
de différentesorigines (Hü GE i,, rg62).
Ceci nous a conduit à d’intéressantes conclusions concernant ces stérols.Dans la
présente
revue, noussignalerons
lesprincipaux
résultats obtenus aucours de ces recherches et discuterons leur
signification biologique.
Le
pollen,
en tant que source de substancesnaturelles,
a faitl’objet
d’assez peu de travaux et,parmi
ces travaux, bien peu ont mené à l’isolement ou à l’identifi- cation deproduits
définis.ANDE R SO
N
( 19 22),
MARIERA( 1952 )
et SosA-BüURDOUIL(1954)
avaient isolé des fractionsstéroliques,
mais n’avaient pas identifié les stérols lescomposant.
Il y
a quelques années,
nous avions décrit l’isolement etl’identification,
àpartir
d’extraits
alcooliques
de différentspollens,
du24 -méthylène
cholestérol(III) (B AR -
BIER, HüGEL et
L ED E R E R , 19 6 0 ).
BARBIER( 1959 )
avaitdéjà
trouvé ce stérol chez les abeilles et IDLER( 1955 )
chez les huîtres.En
fait,
le24 -méthylène
cholestérol(III)
n’est pas le seul stérolprésent
dansle
pollen,
mais il faitpartie
d’unmélange complexe,
comme nous l’a montré uneséparation
parchromatographie
enphase
gazeuse.Récemment,
l’utilisation de laspectrométrie
de masse nous apermis
d’effectuerl’analyse précise
demélanges
de stérols extraits depollens
purs et depollens
mixtes( 1
) Ce travail a fait l’objet d’une thèse de Docteur-Ingénieur (Paris, 1964).
(pollens
ramassés par les abeilles ou recueillis à lamain) (HÜ GEL , I9 6 4 ).
La mise en évidence de cette série de stérols nous a conduit à une
hypothèse biogénétique
des stérolsvégétaux ;
nousenvisagerons plus
loin lesconséquences
d’une telle
hypothèse.
A
partir
des eaux-mères de cristallisation des fractionsstéroliques,
nous avonsisolé et identifié un nouveau stérol : le
pollinastanol,
intéressant par sa structure et par lespossibilités qu’il peut
offrir aupoint
de vue d’unehypothèse biogénétique (HÜG!I&dquo;
BARBIER etLEDERER, Ig64).
I. - ANALYSE DES
STÉROLS
DEDIFFÉRENTS
POLLENS( 2 )
Une
chromatographie d’insaponifiable
depollen
sur colonne d’acidesilicique
nous
permet
d’isoler une fractionstérolique brute ; après
des cristallisationsrépétées,
on obtient des cristaux dont les constantes
physiques (point
defusion, pouvoir
rota-toire, spectre
infra rouge,analyse élémentaire)
sont celles du24 -méthylène
choles-térol
(III). Pourtant,
enchromatographie
enphase
gazeuse, ce stérol secomporte
comme un
mélange.
L’utilisation de laspectrométrie
de masse nous a montré que s’il est bien le constituantessentiel,
on trouve à côté de luicinq
autres stérols.Nous
reportons
dans le schéma ci-dessous les formules et les noms de cesstérols, (fig. 1 ).
Nous nous trouvons en face de trois séries de stérols en
C 29 , C 28
etCz!.
Lestérol mono-insaturé en
C 27
est sans doute le cholestérol(II) ;
le cholestérol a été trouvé par TSUDA( 1957
et195 8)
dans lesalgues
rouges et, toutrécemment,
parJ ONHSON
,
BENNET et H!!2Mnrrrr( 19 6 3 )
dans lesplantes supérieures (Solanum
tube-rosum et Dioscora
s!iculi flora).
Le stérol mono-insaturé enC 21 pourrait
être le cam-( 2
) Ces pollens nous ont été fournis par la Station de Bures-sur-Yvette. Nous tenons à en remercier M. LOUVEAUX.
pestérol (IV).
Le stérol mono-insaturé enC 29
estprobablement
le sitostérol(VI).
D’après
ce que l’on sait de labiosynthèse
des stérols engénéral,
le stérol dou- blement insaturé enC 27
serait le desmostérol(I) (S’rox!s, 195 8) ;
leprincipal
dérivédoublement insaturé en
C 28
est certainement le24 -méthylène
cholestérol(III) ; quant
àl’homologue
enC 29 ,
ilpourrait
être le fucostérol(V).
Les
proportions
p.ioo relatives des différents stérols varient avec leursorigines : C
27 Cza C 2 s
Pollen mixte ... i5 5 50 35 Castanea
vulgaris
... 3 23 74Corylus
avellana( 3 )
... 0 25 5 75Ces
pourcentages proviennent
del’analyse
parspectrométrie
de masse desacétates de stérols totalement
hydrogénés ;
ils ont été confirmés par la chromato-graphie
enphase
gazeuse des éthersméthyliques
des stérolshydrogénés.
II. -
HYPOTHÈSE BIOGÉNÉTIQUE
Malgré
lesproportions
très variables des divers stérols trouvés dans les échan- tillons depollens examinés,
nous pensonspouvoir
proposer une filiationbiogéné- tique
de ces substances.Il est connu que, dans la
levure, l’ergostérol (VII)
estsynthétisé
àpartir
d’unprécurseur (lanostérol (VIII)
ou desmostérol(I) ?)
par uneC-méthylation
enC- 24’
grâce
à l’intervention de la méthionine(At,ExaND!R
etSCHWENK, 1957).
On
peut envisager
labiosynthèse
desphytostérols
enC 29
par une nouvelleC-méthylation
d’un stérol enC 2s (du 24 -méthylène
cholestérol(III)
enparticulier).
On aurait ainsi la série
biosynthétique
suivante :lanostérol
(VIII)
--! desmostérol(I)
--!24 -méthylène
cholestérol(III)
——-! fucostérol
(V)
---! sitostérol(VI) C
3
.
lanostérol(VIII) C
9x
desmostérol(I)
——-!- cholestérol(II) C
8 24 -méthylène
cholestérol(III
!campestérol (IV).
C
9
fucostérol(V)
--! sitostérol(VI)
( 3
) Nous remercions ici M. et RWeSocn qui ont mis à notre disposition le stérol 1 de leur préparation.
I,a formation du
2 q.-méthylène
cholestérol(III)
àpartir
du desmostérol(I) procède
certainement parplusieurs étapes (fig. 3 ).
Des essais ultérieurs
permettront
depréciser
cesquestions ;
mais l’onpeut déjà signaler
queJ AULZEGUIBERRY ( 19 6 4 )
a trouvé que, dans le cas del’ergostérol (VII) synthétisé
parNeuros!ora
crassa, il y avaittransfert,
àpartir
de la méthio- ninemarquée,
non pas d’ungroupement méthyle (CH 3 )
mais d’ungroupement mé- thylène (CH 2 ).
V
ILLANUEVA et BARBIER
( 19 6 4 )
ont pu démontrer que la chaîneéthylidène (C,H,)
du fucostérol(V)
isolé d’unealgue brune,
Laminariasaccharina, provenait
de la double
méthylation
par la méthionine.Quant
au sitostérol(VI),
CASTRE( 19 6 3 )
a montréqu’en
introduisant de la méthio- ninemarquée
dans Pisumsativum,
on retrouvait dans sa chaîne latérale les carbones 28 et 29marqués.
Enfin,
BADER( 19 6 4 )
aapporté
la preuveexpérimentale
d’une doubleméthy-
lation par la méthionine dans le cas du
spinasterol (IX) biosynthétisé
parMenyan-
thus
trilotia.
III. - LE YOI,LINASTANOI,
Dans les eaux-mères de cristallisation des fractions
stéroliques
isolées d’unpol-
len
mixte,
nous avons recueilli un nouveaustérol,
lepollinastanol (X) (voir fig. 4 )
Cette structure a été
proposée d’après
les divers résultatschimiques
mais elle n’a pasété encore entièrement établie
(Hû GE i., z 9 6 4 ).
Ce stérol est caractérisé par laprésence
d’un
méthyle supplémentaire
vraisemblablement enposition
14 et celle d’un noyaucyclopropane
entre les carbones i9-io ; ce stérolpeut
donc se rattacher à la série destriterpènes possédant
un noyaucyclopropanique
tels que(fig. 5 ).
On extrait le
cycloarténol (XI) principalement
deStrychnos
MM!-!OMMca:(B ENT -
I,EY, 1953;
I RVIN E, 1955 ),
lecyclolaudénol (XII)
del’insaponifiable
del’opium (BE
NTLEY
, 1955 )
et lecycloeucalénol (XIII)
du boisd’ErythroPhlœum guineeose (Cox
etK IN G, 1956, 1959).
On
peut observer,
à côté dupollinastanol (X),
laprésence
d’une série d’autres stérols(environ
25p.100 )
différents entre eux par ledegré
d’insaturation et de substi- tution de la chaîne latérale. Onpeut
songerqu’ici aussi,
nous avons une sériebiosyn- thétique parallèle
à la série que nous avons décriteplus
haut. Cette observation laisse supposer que lesméthylations
successives de la chaîne latérale(conduisant
auxstérols
végétaux
dutype
sitostérol(VI) pourraient
avoir lieu à un stade antérieur à celui ordinairement admis du lanostérol(B!rrv!NrsTC, 1 9 64).
On
peut
trouver une confirmation de cettehypothèse
dans la série desméthyl-
stérols isolés par SCHREIBER et OSSKE(rg6!).
CONCLUSION
A l’heure
actuelle,
il existe un certain nombre de travaux effectués sur les stérols animaux etvégétaux.
On commence, nous l’avons vu, às’apercevoir
que ces stérolsse trouvent
groupés
par famillebiogénétique
et ne sont pas isolés dansl’organisme.
Il semble difficile alors de maintenir la classification
qui
consiste àparler
de stérolsanimaux
(type cholestérol)
et stérolsvégétaux (type (3-sitostérol).
Mais,
si l’on connaît le schéma debiosynthèse
dusquelette
des stéroïdes(R I -
CHA RD
S et
H!rrDxrcxsorr, rg64),
on connaît peu de choses sur leurs transformationsultérieures. On
ignore
aussiquel
est le rôlebiologique
de ces substances.On sait que les
chrysalides
deBombyx
mori contiennent environ8 5
p. 100 de cholestérol et 15 p. 100 de!-sistostérol (B>~xG MAN , 1934 ).
Selon LEV1NSON(ig6o),
le cholestérol serait
présent
dans les insectesappartenant
aux ordres desColéoptères, Diptères, Hyménoptères, Lépidoptères
etOrthoptères.
Les insectes ne
pouvant
effectuer labiosynthèse
des stérols(C 1 , ARK
etB LOCH , 19
6 3
),
on doit admettre que chez les insectesphytophages,
le cholestérol est obtenu pardégradation
de la chaîne latérale desphytostérols.
BIâxGMn!( 195 8)
a montréque dans les larves de Musca domestica
vicina,
le5-sitostérol
étaittransformé,
soiten
cholestérol,
soit en7 -déhydrocholestérol.
KODICEK et LEVINSON(ig6o)
ont prou- vé queGalliPhora erytrocephala dégradait
le(3-sitostérol
en cholestérol. Selon LEV1N-SON
(ig6o),
cettedégradation
serait lephénomène général
chez les insectesphyto- phages.
Cr.AxK et BLOCH( 1959 )
ont pu montrer que BLatelLagermanica
transformaitl’ergostérol
en22 -déhydrocholestérol.
La
signification biologique
de cette transformation desphytostérols
en choles-térol n’est pas connue. On sait que les insectes ne
peuvent
vivre sans stérols.Selon CLAYTON et BLOCH
( 19 63),
le cholestérolpourrait
être un constituantindispensable
de la structure cellulaire de l’insecte.D’après
les résultats récents de KnRt,soN et HOFFMEISTER(Ig63),
le cholestérol serait leprécurseur biologique
del’ecdysone.
Il
semblerait,
comme Ct,AxK et BLOCH(ig5g)
l’avaientsupposé,
que le24 -mé- thylène
cholestérol serait directement utilisé par l’insecte au même titre que le cholestérol.Cependant,
l’étudeapprofondie
des fractionsstéroliques
ne fait que commencer.Jusqu’à l’apparition
detechniques
modernes telles que laspectrométrie
de masseet la
spectrographie
de résonancemagnétique nucléaire,
oncataloguait
commeproduits
purs cequi,
enfait,
était unmélange.
Leperfectionnement
de la chroma-tographie
enphase
gazeusepermet
maintenant d’isoler les différents constituants :ces
techniques exigent
peu deproduit,
lesrecherches,
enparticulier
sur les insectes(DuPERON
etaL., 19 64)
ou sur les spores(DuPERON, 19 6 4 )
s’annoncentbeaucoup plus faciles ;
cecicependant
ne doit êtrequ’une première étape.
L’étape
suivante devrait être l’étude au moyen d’élémentsmarqués,
de ladégra-
dation des
phytostérols,
étudequi
viendraitcompléter
lecycle
de recherches : ana-lyse
desconstituants, biogenèse
des stérols et,enfin,
métabolisme.Il
existe,
on levoit,
unproblème
très intéressant de la transformation et de l’utilisation des stéroïdes par les insectes et, parsuite,
par tous les êtres vivants.Reçu pour
publication
enseptembre
1965.SUMMARY
POLLEN STEROLS
This article summarizes the research carried out on the isolated fractions of different
pollens containing
abiosynthetic
series of CZ&dquo; C28, and C29 sterols. Abiogenetic hypothesis
is formulatedon the basis of the results. The presence of a new sterol,
pollinastanol,
is also mentioned.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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