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Jean Calvin, 57 sermons sur Ésaïe 42-51

STAWARZ-LUGINBUEHL, Ruth (Ed.), GRANDJEAN, Michel (Ed.)

Abstract

Ces documents proposent la transcription des 57 sermons contenus dans le Ms. fr. 19 de la Bibliothèque de Genève. Prêchés par Calvin entre le 31 décembre 1557 et le 13 juin 1558, la totalité de ces sermons consacrés aux chapitres 42 à 51 d'Ésaïe est inédite et fait l'objet d'un projet éditorial rattaché à la Faculté de théologie de l'Université de Genève et financé par le FNS (voir métadonnées). Pourvus d'un apparat critique, d'une annotation, d'une introduction et de diverses annexes, ces prédications seront publiées dans la collection des Supplementa Calviniana (Éditions Droz, Genève). Ce volume viendra compléter les autres sermons sur Ésaïe déjà édités dans la même collection (Es 13-29, SC vol. II, éd. Georges A. Barrois; Es 30-41, SC vol. III, éd. Francis M. Higman, Thomas H. L. Parker, Lewis Thorpe; Es 52-66, SC vol. IV, éd. Max Engammare). Nota bene: l'orthographe est fidèle au texte d'origine, mais la

ponctuation est modernisée. Pour plus d'informations, voir

www.unige.ch/theologie/calvin-sermons/

STAWARZ-LUGINBUEHL, Ruth (Ed.), GRANDJEAN, Michel (Ed.). Jean Calvin, 57 sermons sur Ésaïe 42-51. In: Bibliothèque de Genève, Ms. fr. 19. 2021. p. 1r°-498v°

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:75967

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1 /177r°/

21/220. Du samedi 12e jour de fevrier 1558.

Le Seigneur dit ainsi à son oinct Cyrus, duquel j’ay prins la main pour luy assujetir les peuples. Je rompray les reins des rois pour luy ouvrir les portes, et toutes clostures seront ouvertes devant luy. Je marcheray devant toy, j’aplaniray le chemin, je rompray les portes d’aerain, je briseray les verroux de fer, je te donneray les thresors cachez, toutes les richesses enfouyes en tenebres, à fin que tu cognoisses que je suis le Seigneur, que je t’appele par ton nom, voire le Dieu d’Israel, et le feray à cause de mon serviteur Jacob et à cause d’Israel, mon eleu. Je t’ay nommé par ton nom et t’ay appelé combien que tu ne m’eusses point cognu.

Isaye chapitre 45.

Après que le prophete a declaré que Dieu avoit du tout determiné en soy de racheter son peuple et le ramener au païs de l’heritage qu’il luy avoit promis, maintenant il adjouste le moien, comme il besongnera pour leur redemption. Car il failloit pour la rudesse et infirmité des povres Juifz que Dieu specifiast que ceci se feroit non point d’une façon acoustumée mais par miracle que jamais on n’eust pensé. Car, de fait, les incredules (je di d’entre le peuple des Juifz) estoient tellement obstinez que toutes les menaces qu’on leur faisoit se tournoient en risée, comme nous avons veu par ci devant qu’ilz n’estoient pas fort esmeuz toutes fois et quantes que Dieu leur declaroit que la punition leur estoit prochaine. Or, là dessus, quand c’est à bon escient et que Dieu execute sa sentence, ilz sont du tout esperduz et desesperez, et aussi il n’y avoit point grande aparence selon le monde que jamais ilz deussent sortir de ceste captivité de Babilone ; car leurs ennemis s’estoient tellement enflammez et les poursuivoient d’une haine mortelle qu’on n’eust jamais pensé qu’ilz se fussent apaisez ni adouciz, comme aussi il n’est pas advenu.

Or, qu’on les contraignist d’ailleurs, il y avoit encores moins de propos, car c’estoit une monarchie si puissante que par tout le monde il n’y avoit nul empire ni royaume qui en aprochast. Voilà donc les Juifz comme du tout forcloz /177v°/

d’esperance. D’un costé (comme j’ay desja touché), ceux qui les avoient vaincuz et traisnez captifz jamais ne leur eussent fait aucune grace ni humanité. Or, qu’ilz fussent delivrez par main forte, il estoit impossible, car les Caldeens alors dominoient sans contredit sur tout le païs d’Orient. Or, nous avons traité ci dessus qu’au paravant les Assiriens avoient esté les ennemis continuelz du peuple de Dieu et les avoient tant molestez et faschez que rien plus ; mesmes le royaume d’Israel (qui estoit le principal) avoit esté desconfit, le peuple desja transporté en captivité. Les Assiriens avoient fait cela ; depuis ilz sont vaincuz avec toute leur puissance. Et par qui ? Ceux qui les ont vaincuz les tiennent là, que ce royaume d’Assirie n’est plus qu’une portion de Babilone, et ceste grande ville de Ninive a esté comme engloutie. Les Caldeens cependant au long et au large gagnent païs, les Juifz sont là dispersez en sorte qu’il ne sembloit point qu’ilz deussent jamais sortir d’entre leurs pattes non plus qu’un trespassé d’un sepulchre, comme aussi ceste comparaison est mise notamment en

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2 Ezechiel. Et voilà pourquoy expressement le prophete dit que Dieu ne leur promet rien qu’il n’ait l’effect en sa main.

Or, à ce que le peuple se puisse asseurer, il dit : Le Seigneur parle à son serviteur. Et qui ? Un homme qui n’estoit pas nay et qui ne nasquist point encores cent ans après la mort du prophete. Et Dieu desja parle à luy comme s’il estoit là present. Il le met là donc sur un eschafaut, encores qu’il ne soit point nay, et dit que c’est son roy eleu, qu’il le marque comme s’il l’avoit dedié à un usage sacré pour la redemption de son peuple. Et non seulement nous avons à observer que ceci a esté prononcé et escrit plus de cent ans devant la naissance du roi Cyrus, mais il nous faut savoir aussi que, quand le prophete a parlé en telle sorte, qu’il n’a point suivi nulle conjecture humaine, mais que ç’a esté un certain tesmoignage et infallible qu’il estoit envoié de Dieu. Car ce paien ici est né d’un homme qui a esté tousjours incognu au païs de Judée. Il est vray qu’en Perse, dont il estoit, il avoit bien quelque renom, il estoit bien en quelque dignité et estime ; mais les Perses estoient si eslongnez des Juifz qu’il n’y avoit nulle acointance et, comme s’ilz eussent habité en un autre /178r°/ monde, il n’estoit nulle nouvelle d’eux. Qui plus est, l’enfant est miraculeusement delivré pource que son grand pere avoit expressement marié sa fille en ce païs-là lointain, comme s’il l’eust voulu bannir du monde et que jamais on n’en parlast plus, et le tout à cause d’un songe qu’il avoit eu. Craignant donc que l’enfant qui viendroit d’elle ne voulust dominer en son lieu, il marie sa fille à un homme sans renom et mesmes il donne charge que l’enfant soit tué et estouffé incontinent qu’il viendra au monde. Or, quoy qu’il en soit, il est là nourri en une povre loge, tellement qu’on void bien que Dieu a ici bataillé contre toute la conspiration des hommes à fin d’acomplir ce qu’il avoit determiné. Il est vray que les paiens n’ont jamais consideré cela, ilz ont bien veu la chose, ilz l’ont escrite, les histoires en sont toutes notoires et patentes, ouy bien ; mais de regarder la fin il n’en a point esté question, car aussi le conseil de Dieu leur estoit incognu.

Voilà donc Cyrus pour un temps qui est là caché et, en la fin, il sait dont il est venu, et alors son grand pere fait semblant de l’aimer. Mais tant y a que l’autre se venge et, quand il est venu en aage d’homme, il despouille son grand pere du royaume, car il estoit roy des Medes, qui estoit une principauté fort riche et ample et opulente. Il est vray qu’il ne le tue pas et ne luy rend point la pareille ; il use d’humanité envers luy, il le constitue gouverneur d’une province pour dire que là il face grand’ chere et qu’il banquete tant qu’il voudra, mais il n’est plus roy.

Or, voilà donc un avorton qui est là tenu en un païs barbare, car les Perses estoient fort rustiques, aians une façon de vivre à demi comme bestes brutes. Ilz estoient endurciz à tout labeur ne sachant que c’estoit de nulles delices ni de se traiter, ni au boire, ni au manger, ni au coucher, ni rien qui soit. Or donc, le voilà elevé d’une austerité si grande de vivre qu’on ne cuidoit pas que jamais il y deust sortir de ces montagnes-là un homme qui deust ainsi gagner le païs des Medes /178v°/ comme il a fait. Or, a-il fait cela ? Ce qui est ici dit par le prophete est accompli, que les portes luy sont ouvertes de tous costez ; c’est une chose incroiable des païs qu’il gagne, que les uns sont vaincuz par bataille, les autres par composition, les autres sont surpris tellement que, souz umbre d’une chasse, il a gagné un grand païs, qu’il n’y a ni roy ni

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3 prince dont il ne vienne à bout. Et mesmes Dieu luy a assujeti toutes les richesses du monde, que l’or et l’argent luy vient en main comme il veut, ainsi qu’il en est ici parlé.

Brief, en toutes les histoires que nous lisons depuis la creation du monde nous ne voions point qu’un homme ait eu de telles victoires qu’a eu Cyrus, excepté Alexandre le Grand. Mais encores Alexandre le Grand estoit d’autre origine, et puis il a eu des victoires d’une autre façon, car en deux fois il domine sur le païs d’Orient, et celui qui y estoit alors estoit successeur de Cyrus. Et Cyrus, luy, avoit tout conquesté, voire excepté le royaume d’Egipte, que ses successeurs ont depuis gagné.

Mais du reste il est certain que Cyrus avoit tout conquesté jusques à la mer qui est pour diviser et separer l’Asie mineur d’avec la Grece. Voilà donc la somme des victoires incroiables, voire les unes sur les autres ; maintenant un peuple seul gagné, maintenant une douzaine qui avoient conspiré ensemble, il y a des armées merveilleuses. Et touchant la ville de Babilone (qui est la derniere), il ne semble point que jamais on en deust venir à bout, car c’estoit une ville si peuplée qu’on la tenoit plustost pour un païs que pour une ville, et, au reste, de telle force et de telles munitions qu’on ne pensoit point que jamais homme y peust rien gagner. Et de fait, quand Cyrus vient pour l’assieger, le roy Balsasar s’en moque. Les paiens disent que ceux de la ville estoient aussi asseurez comme si les ennemis eussent esté à trois cent lieues loin, car ilz regardoient /179r°/ qu’ilz avoient tant de victuailles pour se maintenir, ilz regardoient leurs forteresses qui estoient si hautes et si bien garnies, tant de tours, qu’il n’y avoit ni eschelle ni rien qui soit pour en venir à bout, car l’artillerie n’estoit pas alors en usage, mais les autres machines qui estoient pour rompre et casser les murailles n’en pouvoient point aprocher, car il y avoit trop de defenses. Il y avoit tant de tours et si bien disposées qu’il estoit impossible (brief) que jamais on en vint à bout. Or, seulement par des tranchées les ennemis trouvent moien d’avoir entrée, pource que la ville estoit située en plat païs et qu’ilz avoient les eaux à commandement d’une des plus grosses rivieres du monde, et mesmes ces deux Tigris et Euphrates se conjoignoient là, tellement qu’il leur sembloit bien que jamais on ne peust approcher à cause des trenchées qu’ilz avoient faites pour faire passer l’eau de tous costez. Cependant Cyrus fait ses tranchées de son costé en sorte qu’en peu de temps il destourne le cours de l’eau sans qu’on s’en aperçoive. Mesmes les Babiloniens n’aprehendent rien de tout cela, ilz dorment en leur lict, ilz font grand’chere, ilz ont provision (ce leur semble) pour vingt ans, encores qu’on n’aportast rien d’ailleurs. Cela est-il fait ? Voilà Cyrus qui gagne les uns et les autres, et Dieu luy presente gens sans qu’il y pense pour luy aider en ceste besongne. Voilà un homme qui veut venger la mort de son filz que cestui ci avoit tué par envie, il se vient rendre à luy ; et toutesfois il est des plus grandz du païs et qui avoit les moiens d’introduire Cyrus ; et puis il gagne son compagnon, auquel ce tyrant Balsasar avoit fait une grande ignominie, voire par jalousie qu’il avoit de luy. Et ces deux-là trouvent le moien (comme il est escrit en Daniel) de mettre Cyrus en la ville pour une nuict, tellement que le roy en son banquet solennel a la gorge coupée avec tous les plus grans de sa cour. Et puis tout le reste est vaincu, quiconques est trouvé armé, incontinent à mort ; /179v°/ desconfiture est faite de tous ceux qui entrent en quelque resistence, les autres sont desnuez et despouillez du tout, que ceux qui

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4 auparavant avoient fait trembler tout le monde sont vaincuz en une nuit, et faut qu’ilz aportent tout ce qu’ilz ont de meilleur pour racheter leur vie, qu’ilz soient faitz serfz et esclaves d’une nation barbare, laquelle auparavant ilz eussent mesprisée pour l’austerité de vie et pour leur rusticité.

Et qui est-ce qui descrit cela ? Les paiens (comme j’ay desja dit), les histoires en sont assès renommées. Mais cependant qui est-ce qui l’avoit predit ? Cela n’est point venu des astrologues ni devins, mais Dieu l’avoit ainsi ordonné. Et le recit qu’en fait Daniel s’acorde touchant la prinse de Babilonne à ce que les paiens en ont escrit, et mesmes qu’en ceste nuict-là il y avoit une telle intemperance et yvrongnerie que tous estoient hebetez. Daniel en parle ainsi, qui y estoit present, comme ceux qui ont recité les choses de mesmes. Nous voions donc comme en un miroir que Dieu a gouverné en toutes ces guerres-là et que vraiement Cyrus a esté conduit non point du costé des hommes, non point de son industrie et vertu, mais que Dieu a presidé et qu’il a bataillé pour luy, comme le prophete en parle. Nous voions donc ces choses manifestement.

Or, comme ceci a servi de consolation aux povres Juifz, veu que Dieu leur avoit nommé celui par lequel ilz devoient estre rachetez, aussi, quand la chose a esté acomplie, ç’a esté un signe infallible du soin paternel que Dieu avoit d’eux, et puis qu’il ne failloit plus cercher revelation par ci ne par là, mais qu’il se falloit tenir à l’ordre qu’il avoit establi entr’eux. Car puis que le prophete Isaie avoit declaré :

« Voici, il y aura un homme, appelé ainsi, qui viendra, et tout luy sera ouvert ; encores qu’il y ait quatre cent lieues de païs à conquester, si est-ce qu’il gagnera tout, car Dieu rompra toutes les portes, il brisera les /180r°/ verroux ; combien qu’il y ait de grandes munitions pour l’empescher et luy faire resistence, si est-ce que Dieu luy donnera passage par tout », d’autant que les Juifz, faisans comparaison de ce qui estoit escrit et de ce qui estoit advenu, cognoissoient que vraiement les prophetes les avoient fidelement enseignez, pouvoient-ilz plus douter ?

Or, cela n’a pas valu seulement pour un temps, mais aujourd’huy ne debvons- nous point estre confermez pleinement en la verité de Dieu ? Quand nous ne le serons, ne faut-il pas que nostre brutalité soit condamnée de toutes creatures ? Or, maintenant pouvons-nous douter que ce ne soit le Dieu vivant qui ait parlé par la bouche d’Isaie ? Si on dit : « O, ceci a peu estre après. » Voire, mais nous savons et le temps que le prophete a vescu, et comme il a parlé, et l’ordre qui a esté establi pour lors. D’avantage ce ne peut pas estre une chose feinte, je di mesmes quand on voudroit caviller jusques au bout selon les hommes, car nous savons que les Juifz se sont despitez à l’encontre de luy et qu’il n’a pas tenu à eux que toute ceste doctrine ne fust abolie, telle ingratitude et rebellion il y avoit. Encores Dieu a vaincu et a fait que ce tesmoignage de sa vertu et de sa verité demourast. Ainsi donc, quand nous savons sans doute que le prophete Isaie a declaré les choses à venir et lesquelles on ne pouvoit cognoistre par aucun signe ne conjecture humaine, voilà Dieu qui se monstre comme en sa majesté, à fin que nous aprenions de recevoir avec toute humilité et reverence la doctrine que nous savons estre procedée de luy. Au reste, nous voions comme de longue main il sait provoir à son Eglise à fin de la secourir en temps oportun. Et c’est un poinct qui est encores bien à observer, car il nous

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5 semble, si nous ne sommes du premier coup secouruz et bien en haste, que Dieu nous a mis en oubli, et sommes si bouillans en nos passions que nous ne pouvons pas esperer deux jours durans /180v°/ qu’il n’y ait beaucoup de murmures et de chagrins. Attendu donc que c’est une chose si dificile que d’estre patiens en nos adversitez pour attendre coiement l’aide de Dieu, d’autant plus nous faut-il mediter ceste doctrine quand nous voions que Dieu a predit ce qui adviendroit, ouy, plus de cent ans devant la naissance de Cyrus, lequel il avoit ordonné et establi à cest usage- là.

Toutesfois il n’execute pas ce qu’il avoit dit alors. On povoit bien donc plaider et contester, pour dire : « Et comment sera-il possible ? Si Dieu avoit deliberé d’avoir pitié de nous, que ne le fait-il ? Pourquoy est-ce qu’il targe tant ? » Mais la response a esté facile, que Dieu vouloit exercer les siens en patience et en premier lieu vouloit aussi chastier leurs pechez, d’autant que les Juifz s’estoient endurciz par si longue espace de temps, et falloit qu’ilz fussent comme renouvelez et que sans cela jamais ne se fussent rengez. Voilà donc pourquoy Dieu differe par si longue espace de temps son aide. Et pourtant il declare par son prophete ce qui adviendra, car le peuple n’estoit point encores captif. Voilà Manassé qui trespasse après avoir fait mourir Isaie. Voilà encores ses successeurs qui regnent quelque temps : Josias vient puis après, et semble que les choses doivent estre remises au dessus, mais à la fin tout va de plat jusques à ce que le temple soit rasé, la ville demolie et brulée, le peuple traisné en captivité. Alors on cognoit que c’est à bon escient. Or, Dieu laisse là les Juifz comme par desdain et permet qu’ilz rongent leur frain d’autant qu’ilz n’ont voulu recevoir aucunes admonitions. Il est vray, quand ilz sont venus en Babilone, qu’encores ont-ilz Ezechiel, qui desja y avoit esté transporté au paravant. Et Jeremie a esté traisné en Egipte maugré qu’il en eust, combien qu’il eust maudit tous /181r°/

ceux qui y iroient ; neantmoins Dieu l’esprouve jusques là qu’il y est mené par force.

Il y a Daniel aussi bien qui donne quelques petis advertissemens, mais il ne fait pas office ordinaire de prophete.

Quoy qu’il en soit, voilà les Juifz qui languissent en leurs miseres par l’espace de soixante dix ans. Or, en une nuict ce changement se fait (comme nous avons dit).

Nous voions donc comme Dieu a seu disposer le temps pour chastier les fautes des Juifz et pour faire une bonne reformation entre eux, pour ce que par trop long temps ilz s’estoient envenimez en leur impieté et mespris. Et, d’autrepart, c’estoit aussi pour esprouver la foy et la patience de ceux qui vraiement le craignoient, car, combien qu’ilz fussent comme povres trespassez, si est-ce qu’ilz ont esté restaurez. Mais cependant si falloit-il qu’ilz adressassent tousjours leurs souspirs et gemissemens à celui qui avoit promis d’estre leur Redempteur et qu’ilz attendissent qu’en la fin Dieu acompliroit ce qu’il avoit dit. Et quand ilz voient que c’est à leurs despens qu’ilz ont aperceu que les prophetes avoient esté veritables, ilz ne doutent point aussi que Dieu n’acomplisse ses promesses, comme il avoit desja executé ses menaces. Voilà donc en somme pourquoy Dieu a differé par si long temps la delivrance de son peuple.

Ainsi notons bien, quand il semble qu’il soit comme endormi au ciel, qu’il ne pense plus de nous, qu’il a les moiens pour nous soulager, voire pour nous delivrer du tout quand bon luy semblera, mais que nous ne soions point trop hastifz.

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6 Souffrons patiemment les corrections qu’il nous envoie, sachans qu’elles nous sont utiles ; et que tousjours ceste sentence du prophete Joel nous vienne au devant :

« Quiconques invoquera le nom du Seigneur, il sera sauvé. » Quand nous verrions les plus grans troubles du monde, que nous verrions tout renverser et qu’il sembleroit qu’il n’y eust que confusion et haut et bas, persistons d’avoir nostre refuge à Dieu et appliquons à nostre usage les promesses qu’il donne à tous ceux qui mettent leur fiance en luy et qui s’exercent à l’invoquer ; et il est certain que, s’il a besongné puissamment et outre l’opinion des hommes en rachetant son Eglise (comme nous le voions), qu’aujourd’huy sa /181v°/ vertu n’est point amoindrie non plus que sa bonté et que nous sentirons qu’estant propice à son peuple, l’aiant delivré comme il avoit promis, il a tousjours les moiens en main pour nous secourir et nous deust-il retirer du gouffre d’enfer. Voilà en somme ce que nous avons à retenir.

Or pource que la chose estoit comme incroiable, le prophete met ici son homme, c’est à savoir Cyrus, comme sur un eschafaut et introduit Dieu parlant à luy : Voici je t’ay ordonné mon roy, et luy attribue un tiltre honnorable, c’est à savoir qu’il est l’oint du Seigneur. Or, le roi de Judée a esté oinct d’autant qu’il estoit figure de nostre Seigneur Jesus Christ et n’y avoit autre onction legitime que celle-là. Il est vray que tous les roys du monde seront bien eleuz et ordonnez de Dieu, car il n’y a puissance que de luy, mais il y avoit un regard special au royaume de Judée pource qu’il estoit conjoint avec la sacrificature. Et voilà pourquoy aussi le peuple estoit nommé un royaume sacerdotal pource que c’estoient deux privileges inseparables que Dieu leur avoit donnez. Mais ici le prophete attribue ce tiltre à Cyrus à cause qu’il estoit pour racheter le peuple de Dieu et qu’il estoit ordonné à cela. Combien donc qu’il ne fust pas de la lignée de David et qu’il ne fust pas aussi eleu pour estre chef de l’Eglise, si est-ce toutesfois d’autant que Dieu s’est servi de luy en faisant qu’il donnast liberté à tous les Juifz de retourner en ceste terre promise. Voilà pourquoy il est appelé Messias ou l’Oinct de Dieu, qui est le mot de Christ. Il est vray que cela pourroit estre trouvé estrange qu’un paien et un incredule soit appelé Christ, c’est à dire Oinct de Dieu, c’est un tiltre qui a esté reservé à nostre Redempteur ; mais d’autant que Dieu distribue ses benefices par le moien des hommes, ainsi il leur donne leurs noms propres à fin que nous cognoissions que tout bien procede de luy. Pourquoy est-ce que Cyrus est appelé serviteur de Dieu ? Ce n’est pas qu’il soit serviteur comme David ni comme Isaie, mais Dieu, quoy qu’il en /182r°/ soit, l’a voulu choisir pour instrument et l’a trouvé là où bon luy a semblé, en sorte que Cyrus, sans qu’il y pensast, a esté ministre et executeur de ce qui avoit esté predit par les prophetes.

Voilà donc pourquoy il est appelé serviteur. Il y a une mesme raison en ce mot de Christ, car Dieu ne regarde point quelle dignité il y a en la personne de Cyrus, il ne regarde sinon son election et qu’il veut magnifier son œuvre, à fin qu’on n’estime pas que cela soit venu par cas fortuit, ne que Cyrus ait esté conduit de quelque propos qu’il eust en soy, ni par mouvement d’autruy ; mais Dieu veut qu’on contemple sa main comme si elle se monstroit du ciel et qu’il tint la main de l’homme qui autrement eust esté comme un povre aveugle. Car qui est-ce qui le fait conquester tant de païs ? Ce n’est pas qu’il entende de servir à Dieu (comme nous verrons ci après), mais son ambition le transporte. D’avarice nous ne voions pas qu’il en ait eu beaucoup pour

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7 se rassasier. Il est vray qu’il amasse de grans thresors, mais il a une telle liberalité en soy qu’il jette tout et ne luy chaut aussi de faire de grans pompes ni delices ; quand il en fait, ce n’est sinon pour se faire redouter. Mais si a-il une telle sobrieté de vie qu’on n’eust pas dit qu’il eust tenu le train d’un roy, ni en son boire, ni en son manger, ni en rien qui soit. Mais cependant le voilà ravi en ambition, qu’il veut subjuguer tout le monde. Or, tant y a que Dieu le conduit et le mene où bon luy semble, et Cyrus n’y regarde point. Voilà donc ce que nous avons à retenir en ce passage quand il est dit que Dieu l’a dedié pour la redemption de son Eglise et, au reste, qu’il luy a donné sa marque, comme d’un instrument sacré.

Et quant et quant il adjouste qu’il a apprehendé sa main à fin de luy assujetir les peuples.

Nous avons desja declaré qu’il falloit bien qu’il y eust une conduite divine quand les peuples ont esté si aisement gagnez et conquestez de toutes pars. Il est vray qu’il a esté de grande industrie, il a esté fort vigilant, comme on luy /182v°/ en rend tesmoignage, ses vertuz sont preschées, d’autant que jour et nuict il estoit en labeur, il n’y avoit soldat en son armée lequel il ne surmontast, fust à faire guet, fust à estre le premier au combat et à s’exposer au danger, fust à s’abstenir de toutes choses et à endurer faim et soif ; et disoit que c’estoit l’office d’un prince de surmonter tout le monde en sobrieté, en patience, et à s’endurcir à tout labeur. On voioid bien cela en la personne de Cyrus, mais cependant si falloit-il bien que Dieu luy tinst la main forte.

Car comment fust-il venu à bout de tant de victoires, voire de ceux qui estoient des plus puissans du monde, que nous voions qu’il a vaincu tant de nations belliqueuses et gens qui pouvoient avoir conseil et prudence ? Brief, il ne sembloit pas que jamais il en vint au dessus. Et puis selon que les façons de faire sont diverses, quand il avoit vaincu un ennemi, il falloit tantost après qu’il changeast et qu’il tinst un ordre tout nouveau et estrange. Car nous savons que chacune nation a ses façons en guerre, les uns sont propres à ceci, les autres à cela ; les uns dresseront une armée en telle sorte, les autres en l’autre. Or, il falloit qu’il s’acoustumast à toutes ces façons de faire. Et puis il y avoit de ce temps-là beaucoup de façons de guerroiers qui ne sont pas aujourd’huy, il y avoit des chariotz avec faulx, qui estoient pour rompre l’armée, et un choq de chariotz quand ilz donnoient dedans une bataille, c’estoit pour faire une grande desconfiture. Or, cependant voilà Cyrus qui estoit de nouveau sorti de son païs : il faut que petit à petit il s’apreuve et qu’il accoustume ses gens à toutes ces façons de faire, et mesmes ilz ne savoient que c’estoit de chevalerie, et il les duit à cela, d’autant qu’ilz ne se pouvoient pas tenir à cheval, comme gens rustiques. Et tant y a que nous voions comme il a conquesté tant de païs et tant de royaumes que c’est une chose incroiable. Et de fait, il avoit un nombre infini de gens. Car il n’estoit point question d’avoir six ou dix mille chariotz, mais il en avoit soixante ou six vingt mille.

Et qui eust pensé que les choses fussent ainsi advenues ? /183r°/ Ce n’est point donc sans cause que le prophete dit que Dieu luy tiendra la main forte et puis qu’il rompra les portes d’ærain, qu’il brisera les reins des princes et de tous les rois qui luy voudront resister. Or, il falloit bien que ceux qui avoient force au paravant et qui estoient hardiz comme lions fussent cassez de Dieu et comme mattez et affoibliz, qu’ilz se monstrassent effeminez au besoin, car sans cela jamais le roy Cyrus n’en fust venu à bout, voire car il n’estoit pas encores roy pour ce temps-là, il n’estoit que simple

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8 capitaine d’autant qu’il avoit son pere vivant. Il est vray que, quand il eut vaincu son grand pere, il fut bien roy des Medes, mais encores n’osoit-il pas usurper ce tiltre-là, il le laisse à son oncle et prend sa fille en mariage et l’honnore jusques là de luy laisser tousjours le tiltre de roy, mesmes quand il a prins Babilone. Combien qu’il face tout, si est-ce que son beaupere a toute puissance par dessus luy, et il se contente là d’estre comme soldat ou comme capitaine. Or donc, nous voions manifestement que Dieu a besongné d’une vertu celeste quand Cyrus a obtenu de si grandes victoires et en si grand nombre, et sur tout d’autant que ceux qui cuidoient estre fort robustes ont esté affoibliz et ceux qui pensoient avoir grande magnanimité ont esté effeminez. Qui a fait cela ? Dieu, qui tient les cœurs des hommes en sa main et qui leur donne vertu quand il luy plaist. Et qui non seulement les debilite, mais les rompt et casse du tout, ainsi qu’il veut. Voilà en somme ce que nous avons à observer.

Or, il adjouste qu’il luy donnera les thresors cachez et toutes les richesses qui estoient enfouyes au paravant. Car nous voions aussi qu’il a dominé sur les païs les plus opulens qui fussent au monde. Aujourd’huy encores il y a grande fertilité en ces païs-là. Il est vray qu’ilz sont desolez en partie, mais quoy qu’il en soit, si on fait comparaison de toutes les regions du monde avec le païs d’Orient et d’Asie, il est certain que c’est comme des paradis terrestres au pris de ces regions froides esquelles nous habitons. Or, tant y a que tous les thresors du monde sont venus entre les mains de Cyrus. Et de fait ceux qui ont esté les plus abondans en richesses, /183v°/ et entre autres le roy Cręsus de Lidie, celui-là luy aporte tous ses thresors et faut qu’il serve ; mesmes combien qu’il fust eleu capitaine general sur tous les peuples d’Asie, si est-ce qu’il est assujeti à Cyrus, combien qu’il eust un nombre infini de gens de son costé et que les Ægiptiens fussent conjointz à luy, tant y a que Cyrus les gagne et se rendent à luy, je di les Ægiptiens qui estoient en guerre. Car au paravant j’ay dit que du païs il ne l’avoit pas conquesté, mais l’armée qui avoit esté envoiée se rend à luy et combat à sa voulonté. Ainsi donc, quand nous voions d’un costé qu’il a gagné tout le païs d’Asie, où il y avoit pour lors une trentaine de peuples qui estoient renommez les plus riches du monde, et puis qu’il a gagné l’Armenie, qui estoit aussi un grand païs, et tous les autres circonvoisins, quand nous voions qu’il gagne tout et qu’en la fin il vient à ce gouffre de Babilone qui avoit auparavant espuisé tous les thresors du monde, car (comme nous avons veu) c’estoit comme une pesche, qu’ilz envoioient leurs gens comme à la chasse, lesquelz aportoient toute la substance du monde en ce gouffre- là ; or, le tout vient entre les mains de Cyrus combien qu’il ne soit point adonné à l’avarice (comme desja nous avons dit). Et le prophete l’avoit aussi declaré au paravant : « J’envoieray les Medes qui ne se soucieront ni d’or ni d’argent, mais seront acharnez pour couper les gorges et ne demanderont qu’à humer le sang. » Il y avoit bien donc de l’ambition (comme nous avons traité), mais ce pendant il nous faut tousjours demourer à ce fil du texte, c’est à savoir que Dieu a besongné par la main de Cyrus.

Or, il est dit quant et quant qu’il l’appelera par son nom et qu’il fera cela encores qu’il ne le cognoisse point à cause de Jacob son serviteur et d’Israel son eleu. Or, quand Dieu dit qu’il appelera Cyrus par son nom, c’est que premierement il s’en aidera comme s’il l’avoit desja duit et aprivoisé. Il est vray que le prophete Isaie l’a bien nommé comme nous

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9 le voions. Mais ce n’est pas le sens de ce passage, et cela ne se raporte pas au nom de Cyrus. Mais c’est une façon de parler assès commune, quand /184r°/ un homme aura ses gens et ses domestiques, qu’il les appelera chacun par son nom, tant pource qu’ilz sont siens, comme aussi ilz sont tousjours prestz à luy obeir. Et c’est aussi ce qui est dit, que Dieu appele les estoiles par leur nom. Et comment ? Combien qu’il y en ait un nombre infini, toutesfois il les applique à tel usage qu’il veut et les conduit qu’elles ne passent point d’une minute outre l’ordre qu’il leur a establi, et puis elles ont chacune leur proprieté, et Dieu conduit et gouverne tout cela. Ainsi donc il prononce qu’il appelera Cyrus par son nom, c’est à dire qu’il le conduira à l’ouvrage qu’il a conclud et arresté en son conseil : Voire combien que tu ne me cognoisses point, dit- il. Or, par ceci nostre Seigneur monstre qu’il se sert des hommes en plusieurs façons, et c’est une grace singuliere qu’il fait à ses eleuz quand ilz le servent de leur bon gré et qu’ilz sont touchez par son Saint Esprit pour s’assujetir à son obeissance. Car cela est vraiement appellé service de Dieu quand il est voluntaire, c’est à dire qu’ilz sont disposez de se renger à luy, qu’ilz escoutent sa Parole et sont attentifz à icelle, sachans bien que c’est leur reigle parfaite. Et là dessus qu’ilz assujetissent tous leurs appetis à fin qu’il n’y ait rien qui ne redonde à la voulonté de Dieu. Voilà donc comme Dieu se servira de ses eleuz et de ses enfans, c’est quand ilz cognoissent ce qu’il leur commande et qu’il leur ordonne, et qu’ilz s’y assujetissent de leur bon gré. Mais Dieu se sert des autres sans qu’ilz y pensent ne sans qu’ilz le vueillent, comme il se sert mesmes du diable. Voilà le diable qui resiste à Dieu de tout son pouvoir, il machine tout ce qu’il peut à fin que Dieu ne regne et ne gouverne, voire, et cependant si faut- il qu’il serve à Dieu et qu’il face le tout par son congé. Voilà les meschans qui ne demandent sinon à troubler tout comme s’ilz vouloient arracher Dieu de son siege, et cependant si est-ce qu’ilz sont en sa main, il a une bride secrete par laquelle il les gouverne, comme nous avons veu /184v°/ ci dessus, qu’il appelloit le roy d’Assirie une sye qui estoit en sa main, comme il appeloit aussi un baston. « Comment (disoit- il) ? Si une coignée est en la main d’un homme, se vantera-elle d’avoir rien fait quand elle coupe du bois ? Qu’est-ce que tu es ? Car combien que tu coupes, si est-ce que c’est ma main qui te conduit. » Et puis il estoit dit : « Assur qui es le baston en ma main pour exercer ma fureur et executer ma vengeance. » Quand donc nous voions que Dieu se sert ainsi et du diable et de tous les meschans et reprouvez, cognoissons qu’il a une providence secrete par laquelle il conduit et gouverne toutes choses, encores que les hommes ne pretendent point de luy rendre aucune obeissance. Mais cognoissons que c’est un honneur inestimable qu’il nous fait quand il luy plaist de nous reformer et en nos esprits, et en nos pensées, et en nos affections, tellement que nous discernons entre le bien et le mal selon sa parole et puis que nous venons nous offrir à luy comme en sacrifice, à fin qu’il nous guide, et qu’il nous gouverne, et que nous facions cela de nostre bon gré. Voilà donc pourquoy notamment il est dit que Dieu tiendra la main à Cyrus et qu’il le maniera, qu’il l’appelera par son nom comme s’il luy disoit : « Vien-çà, Cyrus, tu es à moy, il faut que tu passes par là, il faut que tu me faces un tel message, voire combien que tu ne me cognoisses point. » Or, ici Dieu declare qu’il ne donnera point à Cyrus de telles victoires (comme il a promis ci dessus) d’autant qu’il en soit digne, car puis qu’il ne cognoissoit point le Dieu

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10 vivant, falloit-il qu’il fust ainsi benit et qu’il eust telle prosperité ? Voilà donc Cyrus qui n’est pas digne que Dieu le regarde ne qu’il luy donne aucun advantage, mais c’est au regard de son peuple qu’il le fait, comme il adjouste pour conclusion. Qu’ainsi soit, combien que Cyrus finalement, après avoir vaincu la ville de Babilone, après avoir cognu qu’il avoit /185r°/ esté ainsi predit par les prophetes, porte quelque honneur au Dieu des Juifz et qu’il soit touché de quelque religion, si est-ce que pour cela il ne quicte point ses idoles et que jamais il ne s’est retiré de ses ordures et polutions esquelles il estoit. Car nous voions qu’il estoit tousjours ensorcelé par ses devins et magiciens et qu’il avoit cela pour toute sa conduite quand il estoit question d’entreprendre quelque guerre ou autre chose de grande importance. Il est vray qu’il avoit quelque semence de religion pour sacrifier, mais c’estoit à ses idoles. Il ne cognoissoit point donc le Dieu vivant. Pourquoy donc est-il favorisé de luy ? Ce n’est pas que Dieu aime telles revolutions, mais il le fait pour l’amour de son peuple : Je le feray (dit-il) à cause de Jacob, mon serviteur, et d’Israel, mon eleu.

Nous voions maintenant le principal : c’est que non seulement Dieu guide par sa providence les choses qui sont confuses en ce monde selon nostre opinion, mais qu’il raporte le tout au salut des siens, qu’il a ceux qu’il a eleuz si chers et a un tel soin de leur salut que, cependant que le monde se remue, que tout se revire et qu’il semble que tout doive abismer, Dieu cependant a l’œil fiché sur ceux qu’il recognoit estre de sa maison et de son Eglise. Car ceux là, combien qu’ilz soient affligez parmi les autres comme pesle mesle, si est-ce que jamais ne tumberont que sur leurs piedz, car Dieu les maintiendra en telle sorte que les afflictions mesmes leur tourneront en aide et que ce seront autant de benedictions pour eux selon qu’il verra nous estre expedient, tellement que, quand nous serons abatuz, nous espererons que Dieu en la fin nous redressera, et ceux qui auront esté elevez en fierté et orgueil et en presumption non seulement seront abatuz, mais Dieu les ruinera. De nostre costé, il est vray que nous serons bien affligez, mesmes qu’il semblera que /185v°/ nous devions estre foulez aux piedz par les meschans. Mais Dieu nous exerce par tel moien à fin que nous recourions à luy et que nous esperions en sa bonté jusques à ce qu’il nous ait remis en un vray estat et permanent. Notons bien donc que nous ne pouvons fallir d’estre confermez au milieu de tous les troubles de ce monde, moiennant que nous aions nostre fiance en Dieu, et que nous soions uniz à luy en vertu de la foy, et que nous l’invoquions, et que nous y aions nostre refuge. Et cependant que les rois et les princes de ce monde, les paiens et incredules se brouillent et se tempestent de costé et d’autre, Dieu procure nostre salut, car Dieu dispose d’eux comme bon luy semble, voire, et combien que ce soient bestes sauvages, si est-ce que Dieu les tient bridez, voire et non seulement cela, mais il s’en sert comme de ses instrumens et s’en servira en telle sorte que nous sentirons que jamais il ne nous oublie, non plus qu’une mere fait ses enfans.

Or nous nous prosternerons devant la majesté de nostre bon Dieu en cognoissance de nos fautes, le priant que de plus en plus il nous les face sentir et que ce soit pour nous humilier devant luy et pour nous reduire pleinement en son obeissance et en luy demandant pardon, d’autant que nous l’avons tant irrité à l’encontre de nous. Qu’aussi nous le suplions qu’il luy plaise nous reformer tellement

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11 que nous soions despouillez de toutes nos affections meschantes et perverses, et que renonçans à ce monde et à nousmesmes nous cheminions souz sa conduite, nous dedians pleinement à son service. Et que cependant il nous suporte en nos foiblesses jusques à ce qu’il nous en ait du tout purgez. Que non seulement il nous face ceste grace mais à tous peuples etc.

La fin.

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12 /187r°/

22/221. Du lundi 21e jour de fevrier 1558.

Je suis l’Eternel, et il n’y en a point d’autre que moy, il n’y a Dieu fors que moy. Je t’ay equipé, encores que tu ne m’aies point congneu, afin que, depuis le soleil levant jusques au soleil couchant, on sache qu’il n’y en a point d’autre que moy. Je suis l’Eternel, et n’y en a point d’autre creant la clarté et les tenebres, la paix et le mal. Moy, l’Eternel, je fay toutes ces choses. Cieux, decoulez rosee d’enhault ; que les nues pleuvent justice, que la terre s’ouvre et qu’elle produise salut et justice, que tout cela germe. Ce suis je, le Seigneur, qui l’ay creé.

Isaye, chapitre 45e.

Nous voions que le prophete insiste encores ici sur ce point que la prinse de Babilonne et le changement qui debvoit advenir en tous ces païs là n’estoit pas une chose fortuite, comme les gens profanes estiment que tout se gouverne icy à l’adventure, mais que c’estoit du conseil de Dieu, et puis qu’il le faisoit aiant esgard à son Eglise.

Car ce n’est pas assez de congnoistre que Dieu preside sur toutes choses et qu’il dispose tout ce qui se faict icy bas selon sa volunté, mais nous avons à noter que cependant il a ung soing special de ceux qui sont ses domesticques. Il est vray qu’en tout et par tout nous ne comprendrons pas souvent pourquoy Dieu besongne en telle façon, mais si nous fault il estre tousjours resoluz qu’il n’a pas creé le genre humain pour le laisser en trouble et en confusion et, sur tout, qu’il est prochain de son Eglise et qu’il veille pour le salut d’icelle. Voilà donc le propos qui est icy encores continué par le prophete.

Et c’est pourquoy tant souvent il reitere : Ce suis je, ce suis je moy, il n’y a nul autre fors que moy, on n’en trouvera /187v°/ point, car il failloit aussi que le peuple d’Israel fust bien persuadé que le Dieu qu’il adoroit, c’estoit le Dieu vivant, la religion qu’il tenoit n’estre pas forgee à la volee, mais qu’elle avoit son fondement sur la verité infaillible de Dieu et permanente. Car Dieu n’est jamais honoré deuement et comme il le merite sinon que nous soions despouillez de toutes ces vaines phantasies qui nous viennent au cerveau. Cependant que nous serons embrouillez en l’opinion de cestuy cy ou de cestuy là, il est impossible que nous aions nostre adresse à Dieu, comme les paovres ignorans et ceux qui se contantent d’avoir je ne sçay quoy d’incertain : ilz diront bien qu’ilz adorent Dieu et qu’ilz le veullent servir, mais tout cela est reprouvé de luy, car il nous fault avoir une certitude de foy, il nous fault avoir une reigle que nous tenions sans decliner ne de costé ne d’autre. Nous voions donc que ce n’est pas ung langage superflu quand le prophete declare icy que Dieu ne veult recevoir aucun compaignon, mais veult exclure tout ce que les hommes conçoivent et forgent en leur cerveau afin qu’on se tienne à luy seul et qu’on congnoisse que c’est luy qui a tout empire. Et au reste, nous avons tousjours à observer ceste circonstance qui est icy traictee en ceste revolution qui debvoit advenir au païs de Caldee et d’Assirie. Or, les monarchies quand elles se changent, on attribuera cela ou à la vertu, ou à l’industrie des hommes, ou à fortune, et, sur tout, pource qu’il y avoit une vertu excellente au roy Cyrus, il

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13 sembloit bien que toutes ces conquestes vinssent de luy et de sa propre main, d’autant que jamais homme ne s’estoit monstré gueres plus vigilant que luy en toutes choses, je dy quand il estoit capitaine d’une telle armee ; mais tant y a que le prophete monstre icy qu’il ne se fault point arrester à luy ny à tous les moyens qui luy sont donnez, et que c’est la main de Dieu qui conduict par dessus.

Et voilà pour quoy il adjouste encores que tu ne me congnoisse point. En cela nostre Seigneur signifie que ce n’est point en faveur de Cyrus qu’il vouldra que Babilonne soit prinse et tout le païs vaincu /188r°/ et desconfict, mais qu’il a tousjours son Eglise devant les yeux et en memoire, et qu’il la vouldra secourir en la necessité extreme en laquelle elle est. Il est vray que par cy devant le roy a esté nommé oingt du Seigneur, mais nous avons declaré que ce n’estoit pas pour dignité qu’il eust en soy, mais seulement pource qu’il debvoit estre le moien de faire retourner le peuple en liberté afin que le temple fust redifié, d’autant que Dieu l’avoit marqué à tel usage.

Voilà pourquoy ce tiltre tant honorable luy est attribué, mais notamment le prophete adjouste icy (comme desja nous l’avons veu auparavant) qu’il n’avoit point congneu Dieu, pour exprimer que telle victoire luy avoit esté donnee d’autant que le temps de redemption aprochoit qui avoit esté promis par Jeremie et que Dieu vouloit acomplir envers son peuple tout ce qu’il avoit prononcé. Vray est que Dieu nous appelle tous devant que nous l’aions congneu, car il fault bien qu’il nous previenne tous par sa misericorde gratuite. Qui est celuy des hommes qui se vantera de s’estre aproché de Dieu ? Nous sommes donc tous regardez en pitié et, devant que nul s’advise de cercher Dieu, nous sommes retenuz par son adoption ; et, quand bon luy semble, il nous attire à soy. Mais si est-ce qu’après il nous illumine tellement qu’estans congneuz de luy, il nous congnoist, et y a ung accord mutuel, comme il est dict qu’il se nommera nostre Dieu et que nous pourrons nous glorifier d’estre son peuple. Voilà comme les fidelles ont esté congneuz de Dieu du temps qu’ilz estoient aveugles et, en la fin, ilz le congnoissent quand il luy plaist de les illuminer par la foy. Mais cependant il y a icy une raison diverse en Cyrus, c’est que Dieu s’est servy de luy sans qu’il y pensast.

Or, il nous faict une grace beaucoup plus excellente quand il luy plaist nous faire sentir que nous sommes instrumens de sa vertu, qu’il nous gouverne par son Sainct Esprit, lequel habite en nous. Il y a donc grande distance entre ce qui est icy dict du roy Cyrus et ce que /188v°/ les fidelles experimentent en leurs personnes. Voicy le roy Cyrus qui vient estant equipé de Dieu et fortifié d’une vertu invincible, tout luy est ouvert ; brief, il est capitaine esleu et choisy de Dieu. Mais cependent si est ce qu’il est ung paovre aveugle et qu’ainsi soit, il n’a pas laissé de continuer tousjours en ses superstitions et sorceleries. Il avoit ses devins qu’il traisnoit à sa queue par tout, il avoit ses idoles acoustumees et jamais ne les a quictees. Et combien qu’aucuns imaginent qu’il ait esté converty par Daniel, c’est ung abuz, car il a bien sceu toutes les propheties et, de faict, cela luy a touché le cœur et à Dairius son beau pere, tellement qu’ilz ont donné liberté au peuple de retourner en leur heritage et de redifier le temple. Ilz ont confessé que le Dieu d’Israel, qui avoit son temple en Sion, estoit le souverain Dieu, mais tant y a que ce n’a pas esté pour s’adonner à luy, pour se retirer des abuz et superstitions ausquelz ilz avoient esté plongez, car ilz y ont persisté jusques en la fin, ainsi que nous avons dict ; seulement ilz ont donné une confession

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14 d’acquict afin de n’estre point rebelles à la majesté qui leur estoit incongneue, mais ilz estoient tellement envelopez en leurs superstitions qu’ilz ont mieux aymé y cropir que d’estre enseignez fidellement en la loy. Ainsi donc quand Cyrus a eu ouverture par tous les païs où il est venu, quand il a dompté tous ses ennemis, quand il a prins tant de villes fortes, Dieu le conduisoit, mais il ne l’a pas congneu, car il a tout faict comme ung paovre aveugle. Il est vray qu’il avoit grande industrie, il avoit grand conseil et grande vigilance, il avoit des vertuz excellentes selon le monde, mais tant y a que le principal luy a tousjours deffailly, qu’il ne sçavoit pas pourquoy il estoit ordonné de Dieu, ny à quelle fin. Or, de nostre costé, nous n’aurons nulle veue ny intelligence sinon qu’elle nous soit donnee d’enhault, mais Dieu nous faict ceste grace quand il nous a appellez à soy, que nous savons à quoy il nous a choisiz et /189r°/

ce qu’il requiert de nous. Et ainsi nous sommes en ung degré beaucoup plus hault et plus noble que n’a pas esté ce paien duquel il est icy faict mention. Vray est que quelque fois il fault que Dieu nous guide comme des paovres aveugles, mais quant au principal de nostre vie et quant à toute sa conduicte, nous sçavons discerner entre le bien et le mal estans enseignez par la parolle de Dieu. Nous sçavons que ne povans rien sinon d’autant que nous sommes secouruz et aidez de luy, que nous povons tout par le moien de sa grace, comme dict sainct Paul : « Je suis robuste en celuy qui me fortifie. » Voilà donc comme nous avons à distinguer entre les gens profanes et les esleuz de Dieu, qui sont gouvernez par son Sainct Esprit. Or, Dieu suscitera bien des gens de grande vertu et memorable, qui feront des proesses et des actes quasi incredibles, on verra bien que c’est la main de Dieu qui besongne, mais cependent il les laisse tousjours en leur bestise et chemynent comme paovres aveugles. De nostre costé, encores que nous soions petis et contemptibles et que nous ne soions pas si fort renommez, que nous n’acquerions point ung si grand bruict quant au monde, si est ce que nous avons ce privilege que Dieu nous ouvre les yeux, qu’il nous monstre le chemyn et que nous sentons que c’est luy qui marche devant, qui nous tient la main forte, et c’est le principal que nous avons à souhaiter quand il luy plaist tellement se servir de nous que nous aions dequoy le glorifier, et que nous le servions d’une franche volunté, car le service que Cyrus a rendu à Dieu ne luy a point esté agreable.

Il est vray que Dieu a bien executé et mis en effect ce qu’il avoit ordonné en son conseil, c’est asçavoir de rachapter son Eglise, et de redifier son temple, et d’avoir son troupeau recueilly jusques à la venue de nostre Seigneur Jesus Christ ; Dieu a bien disposé de tout cela, mais en a il sceu gré à Cyrus ? Nenny, car il ne l’a pas cuidé faire aussi. Or, il est certain que nous ne povons pas estre appellez serviteurs de Dieu proprement sinon que nous aions voulloir et affection de nous adonner à luy. Cyrus a esté serviteur de Dieu par accident, il l’a applicqué à son usage ; mais nous sommes vraiement ses serviteurs d’autant que nous venons d’une franche volunté nous dedier en son /189v°/ obeissance, que nous tendons à nous dedier à luy, voire d’une franche volunté, d’autant qu’il nous la donne par son Sainct Esprit, car ce n’est pas que nous y soyons disposez de nostre mouvement propre. Mais voilà enquoy nous sommes obligez au double à luy, c’est quand nous changeons tellement nos affections qu’au lieu que de nature nous sommes rebelles et du tout malings, nous ne cerchons sinon de nous adonner du tout à luy et qu’il soit vraiement glorifié par nous. Voilà donc ce

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15 que nous avons à retenir quand nostre Seigneur se servira de ceux qui ne le congnoissent point et qui vont à l’esgaree ; ilz seront instrumens de sa vertu et de son conseil, mais de nostre costé il nous separe du rang commun et faict que nous le congnoissions après qu’il nous a congneu.

Et c’est pourquoy il adjouste de rechef : « Ce suis je moy, l’eternel, et n’y en a point d’autre. Ce suis je qui cree la clarté et les tenebres, qui fay la paix et qui cree le mal, je fay toutes ces choses. » Or, icy il parle en general de sa providence, comme s’il disoit : si nous voions les choses estre remuees au monde, que maintenant il y ait prosperité, maintenant affliction, maintenant paix, maintenant guerre, qu’il ne fault point imaginer de roue de fortune qui admeine de telz changemens, mais qu’il fault tousjours revenir au principal autheur, car par ces motz de « clarté » et de « tenebres » le prophete signifie les choses qui sont plaisantes aux hommes ou bien les afflictions, qu’on appelle les adversitez. Quand il fera beau temps et clair, nous en sommes esjoiz, et voilà pourquoy l’escripture appelle clarté le temps de paix ; quand il n’y a qu’abondance de biens, que nous sommes en repos et en tranquilité et en joie. Et au contraire elle appelle tenebres quand nous sommes troublez soit de guerre, soit de peste et d’autres inconveniens.

Or, Dieu dict qu’il cree tout cela et puis il adjouste la prosperité et le mal. Or, soubz ce mot de « mal », il n’entend sinon les afflictions ou adversitez, qu’on appelle, et le prophete conforme son langage à celuy qui estoit commun entre les hommes, on appelle mal ce qui procede du mal, c’est adire du peché. /190r°/ Si on dict : « Et comment est il possible que ce que Dieu envoie soit reputé mauvais ? » Non pas comme procedant de luy, mais il nous fault regarder l’origine, car toutes les miseres ausquelles est subject le genre humain, dont viennent elles sinon du peché ? Car si nostre pere Adam eust persisté en son estat et que nous fussions demourez en l’integrité où il estoit, il est certain que nous aurions aujourduy une vie heureuse et beniste de Dieu, et toute la terre seroit comme un paradis terrestre. Ainsi, ce que nous sommes envelopez de tant de paovretez, cela procede de la chutte de nostre pere Adam et de la corruption qui est en nous. Ce n’est point donc sans cause que les adversitez sont ainsi appellees, attendu qu’elles sont fruictz de nos pechez. Quoy qu’il en soit, Dieu declare qu’il produict toutes choses et, quand nous voions telles adversitez, il ne fault pas que nous imaginions ung Dieu de paix et ung Dieu de guerre, après ung Dieu de sterilité, ung Dieu d’abundance, mais que nous congnoissions que d’ung costé il veult punir et chastier les hommes et d’autre costé il les veult attirer à soy, se monstrant humain et liberal et desploiant ses grandz tresors afin qu’ilz soient vraiement enflammez en son amour. Voilà donc comme Dieu produict les choses qui semblent estre quasi contraires, car, d’une mesme source, il ne procedera point de l’eaue chaulde et de l’eaue froide, d’une mesme source, il ne procede point de l’eaue amere et de l’eaue doulce. Ainsi, on pourroit estimer que si la paix est de Dieu, la guerre donc vient d’ailleurs. Si Dieu nourrit les hommes et qu’il leur envoie tout ce qui est requis pour leurs necessitez, que donc, s’il y a faulte de vivres, s’il y a famyne, que cela vient de nostre costé, mais congnoissons qu’en Dieu ce ne sont point choses contraires ny incompatibles quand il nous monstre sa rigueur, qu’il nous la faict sentir, afin de nous admener à congnoissance de nos pechez et,

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16 cependent, qu’il nous donne aussi goust et saveur de sa liberalité infinie ; afin que nous soions admenez en son obeissance et que nous ne cerchions sinon d’estre conjoinctz à luy, veu que c’est là où nous povons trouver tout nostre bien et nostre felicité parfaicte. Voilà en somme ce que /190v°/ le prophete a voulu ici signifier.

Or, il est vray qu’en particulier cecy doibt estre bien congneu de nous, qu’il n’y a que Dieu seul qui produict la clarté et les tenebres, mais, comme nous avons touché, ce n’est pas le tout. Il fault applicquer cela à l’usage de nostre vie. Comme quoy ? Quand nous avons congneu que Dieu gouverne toutes choses, et que rien ne peult advenir que ce qu’il en a determiné, et que tout se dispose comme de sa propre main, là dessus il nous fault congnoistre que s’il a le soing des petis passereaux tellement qu’il n’y en tumbe pas ung en terre sans qu’il l’ait ainsi decreté, que sera ce des hommes, qui sont creatures beaucoup plus nobles ? Puis qu’ainsi est donc, ne pensons pas, encores que nous soions icy comme grenouilles poesle mesle, que cependent il ne veille sur nous et qu’il n’ait ung soing special de ceux qui portent ainsi son image, mais d’autant que les incredules sont comme eslongnez de luy, qu’ilz sont comme rejectez, d’autant qu’ilz se sont esgarez de sa maison, ce n’est pas raison qu’il se soulcie d’eulx comme de ses enfans qu’il a adoptez. Il y a donc ung regard particulier quant à l’Eglise, d’autant que Dieu l’a esleue pour son domicile et qu’il y veult resider ; il fault bien aussi que d’une façon plus familiaire il se declare là. Quand donc il nous est parlé de la providence de Dieu et qu’il nous est dict que toutes choses sont conduictes par icelle, congnoissons que, puis qu’il nous est pere et qu’il luy a pleu de nous choisir à soy, qu’il ne permettra point qu’ung cheveu de nostre teste tumbe, comme nostre Seigneur Jesus Christ aussi le declare, et qu’il guidera tellement nos pas que nous sentirons par effect que vraiement il a eu l’œil sur nous et qu’il nous a preservez, qu’il nous a maintenuz et qu’il n’y a nulz effortz de Sathan qui nous puissent empescher qu’il ne nous garentisse jusques en la fin quand nous serons ainsi receuz soubz sa protection. Et sans cela, que seroit ce ? Car nous sçavons de quelle rage Sathan nous persecute : voilà ung lion qui bruict, il cerche proie et ne demande qu’à tout devorer, et qui l’empeschera ? Nous n’avons pas en nous la vertu pour y resister, nous sommes comme des mouches, nous voilà donc prestz à estre engloutiz de Sathan, et puis il n’est pas question d’ung /191r°/ seul ennemi mais d’ung nombre infini, de ces puissances qui sont nommees haultes, comme si elles estoient par dessus nos testes ; sainct Paul dict que nous avons la guerre contre le prince du monde et contre les diables qui sont comme superieurs à nous sinon entant que Dieu est nostre bouclier. Si donc Dieu ne gouvernoit par dessus et que les diables ne fussent subjectz à luy pour les tenir en bride, si tous les meschans qui sont parmy le monde, qui ne demandent aussi que nostre ruyne, n’estoient retenuz maugré qu’ilz en aient et qu’il n’y eust quelque bride secrette pour empescher leur rage, helas, nostre condition ne seroit elle pas plus que miserable ? Mais voicy nostre refuge, c’est quand les diables auront beaucoup machiné, Dieu leur laschera quelque fois la bride, les meschans feront de grandes alarmes et escarmouches, et Dieu aussi leur permettra cela. Mais, quoy qu’il en soit, si est ce qu’il faict tout et, quand le diable aura jecté ses bouillons, que les meschans de ce monde auront bien escumé leur furie, que Dieu dispose et mesmes qu’il les contraindra, en despit de leurs dentz, d’estre instrumens de sa vertu

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17 et ce qu’ilz feront, il l’aura luy mesme disposé. C’est donc à quoy il nous fault raporter ce qui est icy dict de la providence de Dieu à ce que nous soions asseurez que Dieu nous tient soubz sa charge et qu’il s’est declaré gardien de nostre salut ; que nous soions persuadez que, jusques en la fin, il nous maintiendra et, combien que nous soions agitez de ventz et de tourbillons et de tempestes, toutesfois que nous ne tumberons que sur nos piedz, d’autant que nous serons soustenuz de sa main. Voilà ce que nous avons à observer.

Or, cependent quand il est parlé de la clarté ou du bien et de la paix, congnoissons que ce que Dieu nous donne icy de relasche, que c’est pour nous faire sentir sa bonté. Quand nous avons dequoy boire et manger et que nous povons prendre nostre nourriture à repos, voilà Dieu qui nous rappelle à soy en nous faisant sentir l’amour qu’il nous porte, et n’y a rien qui nous empesche que nostre ingratitude, car nous sommes capables d’avoir proffané et souillé tous les biens qu’il nous eslargit, sinon que nous les aions /191v°/ rapportez à ceste fin là. Quand donc la terre apportera fruict, quand nous aurons santé corporelle et choses semblables, ne regardons point ny la terre ny l’air, mais regardons la bonté de Dieu, comme il veult qu’elle soit congneue. Et ainsi que nous prenions occasion de le magnifier, et que nous tendions à luy, et que le tout y soit rapporté. Quand nous verrons les guerres, encores qu’elles s’esmeuvent par l’ambition et l’avarice et la cruaulté de ceux qui sont comme gouffres insatiables et qui n’espargnent point le sang humain, tant y a que Dieu est par dessus, car y a il prince au monde qui peust remuer ung doigt sinon que Dieu l’equipast ? On aura beau sonner les tabourins, on n’amassera pas ung souldat sinon que Dieu sible, comme nous l’avons veu en d’autres passages, et puis Dieu change les cœurs des hommes, qu’il leur fera tourner bride quand il vouldra en une mynute de temps et mesmes qu’ilz decouleront sinon qu’il les soustienne et qu’il les fortifie par sa vertu. Mais en tout cela congnoissons le jugement admirable de Dieu afin de benir son nom ; ne faisons pas comme ces chiens qui abaient contre Dieu quand on dict qu’il gouverne tout, voire les guerres et les choses qui semblent estre confuses et enormes. O, comment donc ? Il sera autheur de peché ? Car les guerres emportent cruaulté, avarice ; on sçait comme les hommes sont transportez de leurs cupiditez meschantes, et ainsi Dieu sera cause de tout cela. Il sera donc cause de peché. Or, si telles canailles aujourduy comme des pourceaux renversent tout avec leur groin, Dieu sçaura bien discerner sa justice en telle sorte qu’on congnoistra qu’il merite d’estre glorifié en tout et par tout, mais, quoy qu’il en soit, nous avons nostre reigle en l’Escripture saincte quand il nous est parlé des guerres et famines et pestilences et choses semblables, que nous congnoissions que Dieu les suscite afin de nous humilier et de nous admener à repentence de nos faultes ou bien pour nous oster toute excuse d’ignorance quand nous sommes convaincuz d’avoir provocqué son ire, et que nous avons tousjours persisté en nos rebellions, et y avons esté obstinez et endurciz. Or, il est vray que cela surmonte nostre sens naturel, comme Dieu peult conduire les hommes qui sont meschans et pervers, que /192r°/ ce n’est que toute furie d’eulx, sans qu’il soit meslé en leur corruption. C’est ung secret qui surmonte nostre capacité, mais c’est aussi pourquoy il est dict que Dieu tire la clarté des tenebres, qu’il dispose tellement les choses qu’il se sert du mal et l’applicque à

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18 bien, tellement qu’il en doibt estre benit. Mesmes quand il entreroit jusques au profond des enfers, si est ce qu’il ne change point et que tousjours il garde son ordre ; brief, il nous fault revenir à ceste justice de Dieu toutesfois et quantes que ces phantasies nous viendront en la teste pour dire : « Comment est ce que Dieu faict telle chose ? Comment est ce qu’il envoie les guerres et les pestilences et le mauvais temps ? » Par cecy nous debvons estre touchez voiant que non seulement Dieu suscite les guerres pour chastier les hommes et les admener en examen de leurs offenses et iniquitez, mais qu’il tient les meschans et qu’il les tourne, qu’il les faict virer de costé et d’autre, comme si dessus le prophete a usé de ceste similitude d’une congnee et d’une cie. Voilà une congnee qui ne fera rien de soy, car elle n’a aussi nul mouvement ; Dieu donc dict qu’il tient en sa main les incredules et les meschans et les faict fraper là où il veult. Après, une cie, quand elle sera là delaissee en terre, elle ne pourra pas cier le bois d’elle mesme, sinon qu’elle soit conduicte par la main de l’ouvrier. Ainsi donc en est il des hommes, ilz ne sont sinon instrumens estans conduictz de la main de Dieu pour les applicquer à tel usage qu’il veult, comme nous avons veu qu’il declaroit que les Egiptiens d’ung costé luy seroient comme souldartz ; après, qu’il se serviroit du roy d’Assirie ; et puis, quand il luy plaist de moderer sa rigueur, il retire ceux qu’il avoit avancez, il les retient afin de mettre fin aux afflictions qu’il avoit desploiees pour punir les pechez des hommes ou pour exercer la patience des siens, comme nous avons veu de ces deux rois qui estoient si puissans, c’est asçavoir de Sirie et d’Israel, qu’il sembloit bien que tout deust estre abismé par eulx, mais Dieu se mocque de la presumption qu’ilz ont conceue et en laquelle ilz sont comme enyvrez. Et ce ne sont que tisons fumans (dit il), voire des petis boutz de tisons ; il est vray qu’ilz cuident tout consommer, mais /192v°/ ilz n’en font rien, car Dieu avoit ordonné de preserver alors la ville de Jerusalem. Ainsi donc, après que nous aurons senty que Dieu nous appelle à congnoissance de nos pechez par toutes les afflictions qu’il nous envoie, que nous recourions aussi à luy, luy priant qu’il luy plaise, après les tenebres, admener la clarté, comme le tout est en sa main. Mais il nous fault praticquer ce qui est dict par l’autre prophete, que nous prevenions l’ire de Dieu d’autant que nous l’avons offensé et que nous le prions qu’il nous donne tel sentiment de nos miseres que nous soions disposez à patience et que nous luy facions cest honneur de confesser qu’il est juste combien qu’il use de rigueur envers nous, car celuy qui plaide à l’encontre de Dieu aura beau prier qu’il le delivre, car Dieu ne veult pas estre sommé de nous en telle sorte, mais que nous confessions franchement et sans feinctise qu’il est juste et equitable quand il semble qu’il nous doibve du tout abismer ; et là dessus que nous ne perdions point courage, sçachans qu’en une mynute il pourra admener la clarté où tout estoit confuz et qu’il nous pourra donner paix là où il n’y avoit que guerres et esmotions. Brief, que c’est son propre office de monstrer qu’il a les yssues de mort en sa main pour retirer du sepulchre ceux qui y sont desja devallez.

Voilà en somme ce que le prophete a voulu dire icy, car le fil du texte nous monstre comme il vouloit d’ung costé advertir les Juifz que quand ilz seroient menez captifz en Babilone, ce ne seroit point comme y estans attirez par force humaine, mais Dieu les avoit baniz de leur heritage et puis que, s’il les laisse encore quelque

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19 temps et s’il les espargne, qu’ilz doibvent tenir cela de luy, et qu’il leur donne autant de loisir. Mais s’ilz ne se reduisent au bon chemyn, que cela leur sera bien cher vendu, d’autant qu’ilz ont abusé de sa bonté et doulceur, et puis, quand ilz seront privez de toute esperance selon les hommes, que toutesfois ilz levent les yeux en hault et qu’ilz attendent le secours du ciel ; encores qu’il semble que le mal soit du tout desesperé et qu’il n’y ait plus aparence de garison, que toutesfois ilz se confient en Dieu. Et pourquoy ? Il est vray que la clarté leur /193r°/ deffauldra pour ung temps et qu’il n’y aura que tenebres, qu’ilz verront les choses confuses, mesmes que Dieu levera le braz pour les affliger voiant qu’ilz s’esgaient par trop en leur intemperance et mesmes qu’ilz se mocquent de sa bonté. Et puis, les a il mattez à force de coups ? S’il les veoid humiliez, il retourne encores en son naturel, c’est adire de leur monstrer qu’il ne demande que de les attirer humainement. Il est vray que Dieu ne change point de propos, mais nous parlons maintenant au regard des hommes, car quelque fois nous serons esbahiz comme il use de telle varieté, mais il nous fault accorder le tout comme j’ay desja dict, quand, d’une part, Dieu monstre une face courroucee envers nous d’autant que nous le contraignons par nos iniquitez, et puis, son naturel, c’est de nous bien faire et nous traicter en doulceur paternelle quand nous le povons souffrir, que nous povons abattre tout orgueil et presumption en nous, alors il faict son office, c’est de nous traicter doulcement. Voilà donc comme le prophete a voulu exhorter les Juifz, et aujourduy le Sainct Esprit veult que nous applicquions ceste doctrine à tel usage comme aussi je l’ay desja declaré, c’est asçavoir que d’autant que Dieu nous supporte en ce monde, que nous sçachions que c’est pour nous attirer à luy afin que nous soions induictz en son obeissance ; et quand il nous afflige, que c’est pour nous esveiller, voiant que nous sommes adonnez à nos cupiditez meschantes, voire jusques à nous y flater. Il fault donc qu’il nous touche vivement afin que nous concevions une telle crainte de sa majesté, que ce soit pour nous humilier soubz icelle, mais, quoy qu’il en soit, si ne fault il point que nous demourions confuz ; encores que Dieu nous traictast si rigoreusement que nous fussions comme eslourdiz, si est ce qu’il nous fault tousjours revenir là que son office est de nous retirer du sepulchre, afin que nous l’invoquions et que nous ne doubtions point que les chastimens qu’il nous envoie seront temporelz et qu’il y donnera bonne yssue. Voilà en somme ce que nous avons à /193v°/ retenir de ce passage.

Et de rechef il adjouste : Ce suis je, ce suis je qui fay toutes ces choses, et n’y en a nul autre que moy. Nous voions par cecy combien les hommes sont envelopez en leurs vaines phantasies sinon que Dieu les attire par grande violance afin qu’ilz le congnoissent souverain roy, qu’on se submette à luy et qu’on congnoisse que tout se gouverne par sa main. Il est vray qu’en particulier on le dira assez, mais quand ce vient à la praticque, nous sommes comme esgarez en nos vaines speculations, et chacun se forge cecy et cela tellement que nous ne faisons que tracasser au lieu de retourner à Dieu. Si l’ung est batu de paovreté, l’autre de maladie ou de quelque autre affliction, nous rongeons nostre frein, nous regardons les causes, et cependent Dieu est mis en oubly. Or, il nous fault bien regarder les causes de nos afflictions, c’est asçavoir nos pechez, mais cependent regardons la main de Dieu, qui est nostre juge, car sans cela il n’y aura que vanité. Ainsi donc, d’autant que les hommes sont ainsi

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20 embrouillez en leurs vaines opinions, voilà pourquoy le prophete reitere ce propos que nous avons desja veu ; et, de nostre costé, sçachons que nous aurons beaucoup proffité pour toute nostre vie quand nous aurons aprins, tant en prosperité qu’en affliction, d’avoir nos yeux eslevez au ciel pour congnoistre que tout procede de Dieu quand il se declare bening et favorable envers nous, et que nous redoubtions aussi sa majesté quand il nous monstre des signes de son ire pour nos pechez et offenses, et toutesfois que nous ne perdions point esperance que tousjours nous ne recourions à celuy qui est nostre juge, afin qu’il soit quant et quant nostre medecin.

Or, le prophete pour mieux confermer son propos adjouste : Cieux, faictes couler la rosee icy bas, que les nuees pleuvent justice, que la terre produise justice et salut, que tout cela germe, voire mais ce suis je qui fais le tout, dict le Seigneur. Ce passage a esté translaté ung /194r°/ peu autrement, car, au lieu de « justice », on a mis « juste ». Or, il est certain qu’on s’est trompé au mot, car quant à la langue il n’y a nul scrupule que le prophete n’ait icy signifié justice. Or, il est vray que ceste justice dont il parle nous a esté aportee par nostre Seigneur Jesus Christ, mais tant y a qu’il nous fault prendre ce mot simple.

Il dict donc : « Cieux, arousez icy bas, nuees, pleuvez ! » Et quoy ? Justice. En cela, il semble bien que le prophete veuille exhorter les Juifz à patience, d’autant qu’il failloit qu’ilz languissent encores long temps en ceste captivité de Babilonne. Et de faict, voilà comme on expose ces motz, que le prophete, après avoir tant magnifié la grace de Dieu en ceste redemption du peuple, il adjouste cecy afin qu’ilz se tiennent quois et patiens, si la chose n’est pas si tost accomplie comme ilz vouldroient ; mais, quand Dieu prolongera le terme, qu’il ne fault pas qu’ilz anticipent d’autant qu’il veult confermer leur foy par ce moien là, et c’est une doctrine bien bonne et utile, car de faict toutesfois et quantes que nous oions les promesses de Dieu, d’autant que nous sommes par trop hastifz, si nous n’estions soustenuz de ceste bride, il est certain que nous vouldrions que Dieu se hastast bien viste, et nous sommes tant enclins à murmures, sinon qu’il nous aplaudisse à tous nos souhaitz et apetis, que nous voullons plaider contre luy. Il fault donc que nous aprenions de nous tenir tout quoiement jusques à ce que le temps oportun soit venu que Dieu acomplisse ce qu’il a prononcé de sa bouche. Mais l’intention du prophete se peult mieux apercevoir par les passages que nous avons veu cy devant lors que Dieu donnoit sa promesse pource que de nature nous sommes tellement enclins à incredulité que nous accepterions plus tost une centaine de mensonges que nous ne ferions pas ung mot de verité.

Nous avons veu comme le prophete confermoit les promesses de Dieu disant :

« Esjouissez vous, cieux, aprestez vous à offrir /194v°/ sacrifices de louanges, car la chose est prochaine. » Et puis il mettoit comme en peincture ce qu’il avoit dict afin que les fidelles peussent batailler contre toutes tentations. Ainsi maintenant, après avoir dict que Dieu tiendra la main au roy Cyrus et que Babilone sera desconficte, qu’il y aura changement pour donner liberté et yssue au peuple, il adjouste que les cieux s’ouvriront et la terre, et que toutes creatures seront prestes et apareillees pour obeyr à Dieu quand il vouldra ainsi restaurer son Eglise. Il parle donc icy en l’auctorité et au nom de Dieu. « Cieux, pluvez, ouvrez vous, que la justice et le salut soit produict de tous costez », comme il est dict au pseaulme, que, quand Dieu envoiera le Redempteur du monde, alors tout sera renouvellé et que, s’il y a eu

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