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Texte intégral

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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Gambwa, E. (1979). Institutions et vie politiques à Kinsangani 1957-1967 (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET ECONOMIQUES

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INSTITUTIONS ET VIE POLITIQUES

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A KISANGANI

1957

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1967

EPEE GAMBWA

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Thèse présentée pour l’obtention du grade de Docteur en

Sciences Politiques et Administratives.

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i^ECTEUR : Jacques VANDERLINDEN

1979

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THESE ANNEXE

Présentée par EPEE, Gambwa pour l'obtention du grade de Docteur en Sciences Poliltiques et Administratives.

Contrairement à l'opinion exprimée par P. RYCKMANS et reprise par F. VAN LANGENHOVE, selon laquelle "en assumeuit. 1 ' autorité suprême, l'Etat (Indépendant du Congo) n'a évincé aucune autorité coutumière, mais simplement comblé un vide dans les institutions politiques"(1), nous considérons qu'il n'est pas possible de parler de "vide dans les institutions politiques" du Zaïre pré-colonial.

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(1) P. RYCKMANS, 1948, p. 58. Cité par VANLANGENHOVE, F., Consciences tribales et nationales en Afrique noire. Institut Royal des Re­

lations Internationales, Martinus NIJOFF, Bruxelles, La Haye, 1960, p. 136.

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET ECONOMIQUES

INSTITUTIONS ET VIE POLITIQUES A KISANGANI

1957

-

1967

EPEE GAMBWA

Thèse présentée pour l’obtention du grade de Docteur en

Sciences Politiques et Administratives.

DIRECTEUR : Jacques VANDERLINDEN

1979

705.443

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AVANT-PROPOS

Au seuil de ce travail, nous tenons à exprimer notre profonde et sincère reconnaissance à tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, noue ont apporté leur concours.

Noue pensons en premier lieu au professeur Jacques VANDERLINDEN, qui a bien voulu assumer la direction de cette étude. Depuis plus de deux ans, il a guidé avec patiente, bienveillance et dévouement nos premiers pas; il nous a aidé à organiser les premières données sur le sujet traité et ses conseils et suggestions nous ont éclairé tout au long de cette étude. Et, aujourd'hui, il nous permet de porter au grand Jour les résultats de huit ans de recherche et de travail.

Nos remerciements s'adressent également au professeur Benoît VERHAEGEN, qui nous a orienté vers ce sujet et qui nous a insufflé le goût de la recherche scientifique.

Nous ne pouvons oublier le Centre d'Etudes et de Documentation Africaines (CEDAT) et son personnel, qui ont mie à notre disposition le matériel scientifique indispensable dont nous avions besoin.

Noue devons aussi dire notre reconnaissance à la FONDATION

ROCKEEELLER, qui a bien voulu financer notre premier séjour de six mois en Belgique en 1977 et qui, cette fois encore, a tenu à apporter sa contribution à l'achèvement de ce travail.

Que la famille DERYCKERE-MBANGE veuille bien trouver ici l'expres­

sion de notre profonde gratitude pour la sollicitude toute particulière dont elle n'a cessé de nous entourer depuis nos études universitaires Jusqu'à ce Jour.

Et comment oublier la famille Germain DERYCKERE qui n'a pas manqué, elle aussi, de nous soutenir tant moralement que matériellement pendit notre séjour en Europe.

Noue voudrions dire, de façon toute particulière, nos très sincères remerciements à la famille BAMBÜLE MA ZOMBALE, dont le soutien financier a été déterminant pour notre séjour de huit mois en Europe et pour la

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réalisation matérielle de cette étude. Ce geste fraternel restera à Jamais gravé dans notre mémoire.

Nous nous en voudrions de passer sous silence la contribution du Département de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

et celles des autorités académiques du Campus Universitaire de lubumbashi.

Nos remerciements vont par ailleurs à tous nos informateurs de Kisangani et de Kinshasa, et à tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont apporté leur aide.

Nous tenons enfin à remercier les membres du jury, Mme Paule BOUVIER, M.M. Jean-Paul HARROY, Henri NICOLAI et Pierre SAIHON, pour avoir accepté la responsabilité de lire ce travail.

Bruxelles, le 24 septembre 1979,

EPEE GAMBVA.

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AVERTISSEMENT

Nous avons, dans ce travail, utilisé à la fois les noms de lieux anciens et nouveaux tels que Congo/Zaïre, Stanleyville,'Kisangani, Léopoldville/Kinshasa, Elisabethville/Lubumbashi, etc... Notre souci majeur a été de nous conformer à l'usage en vigueur dans la période considérée en vue d'éviter toute confusion dans l'esprit du lecteur.

Toutefois, le titre général porte l'appellation la plue récente.

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INTRODUCTION GENERALE

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IV INTRODUCTION GENERALE

1. Ob.let de 1* étude

Avec la décolonisation, la plupart des sociétés africaines ont accédé à l'indépendance. Or ce saut dans l'histoire s'est produit dans des conditions généralement difficiles. En particulier, ces sociétés se trouvent confrontées au problème de la construction de l'unité nationale en s'efforçant de surmonter de nombreux facteurs d'hétérogénéité, de diversité. Des particularismes de tous ordres rendent malaisée une vie politique commune, fondée sur le sentiment d'un destin commun. Incontesta­

blement, dans ces sociétés que les africanistes occidentaux ont baptisées de "plurales", l'Etat précède la nation.

Dans cet environnement complexe, les modèles institutionnels

empruntés aux régimes occidentaux ont été souvent altérés. Car ces pays se trouvent confrontés à des problèmes propres, qui requièrent des solu­

tions institutionnelles originales.

Au Congo, la préfiguration d'un nouvel agencement de structures a été caractérisée par une situation et des rapports de force ambigus. L'on assista d'un côté à une volonté d'adaptation de structures - tant politi­

ques qu'administratives héritées de la colonisation - aux exigences du nouvel Etat, et de l'autre à une imprécision d'alternatives chez les éli­

tes nationalistes. Cette contradiction a duré toute la première législa­

ture .

Compte tenu de la diversité des modes de structuration et des formes de conscience d'une part et de la diversité des situations suivant les régions, les groupes ethniques et le degré d'urbanisation d'autre part, il nous a paru nécessaire, pour appréhender le fait politique provincial dans toute sa complexité, d'orienter nos recherches vers l'étude d'une seule entité urbaine.

En effet, l'étude de la politique provinciale qui s'est particulière­

ment affirmée au Congo par la création de 21 provinces fédérées en 1962 et qui a mis en lumière l'importance des forces centrifuges d'origine ethnique ou régionale, fut si déterminant pour l'avenir du pays que

d'aucuns se sont demandés "si dans un avenir lointain l'intégration politi­

que du Congo ne pourrait pas se réaliser par l'intermédiaire des nouvelles

(10)

- V - provinces" (1).

Par ailleurs, c*est dans le contexte politique urbain que le ferment de la modernisation et du changement social apporté par le système colonial fit naître un esprit de rivalité entre divers groupes ethniques pour le partage du pouvoir politique au lendemain de l'acces­

sion du pays à l'indépendance. A partir de ce moment, la compétition politique urbaine tant au niveau central que sur le plan provincial demeura marquée par la stratification ethnique des comportements politi­

ques. La politisation urbaine fut ainsi "le microcosme de la prise de conscience nationale. Il était dès lors normal que les forces politiques aient projeté, à partir des centres urbaine, leurs revendications vers leur hinterland et par là à l'ensemble du pays" (2).

Concrètement la question principale fut de savoir comment le nouveau pouvoir provincial, étant donné la stratification ethnique, linguistique et culturelle des populations ainsi que leurs héritages coloniaux, allait canaliser les énergies mobilisées par le mouvement nationaliste vers la construction de la nation et du progrès social.

Ceci revient à poser la problématique du développement. Le concept du développement devient depuis quelque temps une notion qui fait partie de la panoplie de tout un chacun. Mais ce terme de développement recouvre une densité et une signification différentes selon ceux qui l'utilisent.

Quelles que soient les variantes, quelles que soient les intentionnalités que les uns et les autres mettent sous le concept, il faut apporter une double précision à propos du terme lui-même. Deux ordres y sont immédiate­

ment et inévitablement impliqués. Le premier, c'est l'ordre des faits.

Comme le précise BOUVIER, "il ne s'agit plus désormais de se pencher sur les traits caractéristiques de la situation ou des structures du sous- développement, ou encore d'en rechercher les causes; il s'agit d'envisager le développement en tant que processus, en tant que mouvement ... en vue de démontrer les mécanismes des transformations, d'en déterminer les engrena­

ges, d'en isoler les forces de propulsion" (3)* Le second - et le plus important = c'est l'ordre de la volonté, c'est l'ordre de la conscience, l'ordre de l'initiative humaine, l'ordre de l'innovation des agents et acteurs de l'ordre social; bref, c'est "l'aspect volontariste du processus

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- VI -

du développement" (4). Pour que celui-ci puisse être déclenché, maintenu, mené à bonne fin il faut, d'une peurt, qu'interviennent des

forces (contrainte du pouvoir, notamment) agissant de manière systéma­

tique et déterminée pour l'intérêt général, et, d'autre part, qu'il se fonde sur une action consciente de certains groupes jouant un rôle particulier au sein de la société globale (^).

C'est dans cette perspective que se situe le premier objectif de ce travail dans la mesure où les groupes ou forces politiques prépondé­

rantes à Kisangani ont répondu ou non à ces impératifs du développement, de progrès social, d'ordre social (6) désirable.

En effet, l'ordre social désirable dont résulte la coordination des attitudes et des comportements constitue la base même de la société. Il n'est possible que s'il existe une différenciation entre les membres de la société de telle sorte que certains d'entre eux commandent à la communauté. Cétte différenciation se traduit sur le plan politique par l'existence de groupes ou forces politiques engagés en une compétition qui a pour enjeu le pouvoir. Celui-ci confère, en effet, à son détenteur une force prééminente parce qu'institutionnalisée et dotée du monopole de la coercition suprême, mythique et/ou matérielle. Ce monopole coerci­

tif permet au pouvoir d'imposer et de maintenir dans la société \in certain ordre et par là d'influencer également la stratification sociale dont il est le produit. Le pouvoir apparait ainsi comme l'élément le plus politi­

que de l'ordre social car il lui donne en définitive sa forme et son contenu.

Mais le pouvoir, à la fois résultante et facteur de différenciation et de l'ordre, constitue un enjeu de luttes constantes : les forces qui le détiennent luttent pour le conserver tandis que celles qui en sont exclues tentent à se l'approprier. "Cette dialectique de la puissance et du pouvoir" (7) est justement le fondement même du mouvement politique.

Il convient donc de considérer ce mouvement comme un attribut

essentiel des phénomènes sociaux et voir en l'Univers politique "un ordre en mouvement" (8) plutôt qu'une opposition simpliste entre la stabilité et le mouvement, l'ordre et le progrès.

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-‘VII

Le changement que postulent l'ordre et le progrès est donc inhérent au fait politique et social. Comme l'a montré QRANAI "le niveau d'analyse des changements sociaux (ou politique) est celui qui intéresse les totalités sociales, c'est-à-dire les cadres collectifs réels concrets, groupes, classes et sociétés globales" (9) engagées dans une transformation de leurs conditions d'existence.

En ce sens le changement social et politique est étroitement lié, dans le monde contemporain, à la modernisation et à l'industrialisation.

En effet, dauis un I9è siècle qui assure le triomphe des bourgeoisies conquérantes de l'Occident, qui révère l'idéologie du progrès et fait de la société industrielle 1'"avenir" de toutes les sociétés moins avancées, la perspective du changement s'imposait en quelque sorte naturellement dans celles-ci. Au cours de la seconde moitié du 20è siècle, cette perspective se double, après la vague des indépendances nationales en Afrique, d'une prise de conscience marquée par la volonté de créer dans les sociétés africaines un ordre nouveau différent de l'ancien.

BALANDIER souligne qu'"au cours du I9è siècle, l'évolutionnisme uni­

linéaire et la philosophie du progrès ont imposé une théorie unitaire du développement social; la société industrielle alors réalisée apparaissait comme la forme vers laquelle devaient nécessairement tendre les sociétés estimées moins "avancées" (10).

Ainsi entendu, le développement se présente comme un processus

s'échelonnant de façon continue depuis les paye les moins avancés jusqu'aux pays les plus industrialisés. Or, comme le fait observer BOUVIER, "cette conception linéaire du processus du développement ... ne saurait retenir l'adhésion. Car l'observation des faite révèle que la route du développe­

ment est jalonnée bien davantage par des hiatus, des régressions, des périodes de stagnation ou de ralentissement du rythme de la croissance plutôt qu'elle ne se caractérise par la continuité de l'échelonnement..."

(V).

On ne soulignera donc jamais assez le fait que la mise en relation généralisée des sociétés actuelles est devenue la donnée dominante. Elle

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- VIII - apparaît avec un véritable grossissement dans le cas des pays en voie de développement. Les rapports externes - et la dynamique subie qui en est l’effet - ont déterminé la nature de leur sous^développement et les modalités de leur accession à la modernité; ils sont soumis à des

transformations pour une large part induites. Pour nombre d'entre eux, il manque le recul historique qui permettrait de saisir avec une suf­

fisante précision comment le procès de mutation se forme ou demeure au stade de l'involué.

Nous en arrivons ainsi au deuxième objet de cette étude qui est de montrer que les agents de mutation, à savoir les facteurs dynamiques ou statiques (forces et institutions) qui ont conditionné et marqué l'évolu­

tion du phénomène politique et administratif au Zaïre sont le produit d'influences multiples d'origine et de type variés agissant simultanément et en relation d'influences réciproques.

Eu égard à la relative analogie de ces problèmes dans les différentes régions, il nous a peuni indispensable d'entreprendre une étude systémati­

que dans une seule région. Nous croyons pouvoir éclairer par là même tout le processus d'ajustements institutionnels et de la recherche d'équilibre dans les autres régions.

Ces facteurs dynamiques ou statiques peuvent être classés en trois groupes dont l'importance varie selon la période ou l'objet particulier envisagé :

- Les facteurs relevant du système politico-administratif et des forces de type colonial. Ils expliquent la persistance des structures coloniales après l'indépendance, tels les processus de concentration urbaine,

d'expansion de l'enseignement, ou de monétarisation des relations écono­

miques. Ils forment le cadre nécessaire du mouvement moderniste.

- Les facteurs représentés par les forces politiques de type moderne. Ces forces sont le résultat d'une prise de conscience politique parmi les couches de la population ayant rompu avec la société traditionnelle et dont les intérêts sont demeurés opposés à ceux des colonisateurs : la bourgeoisie administrative, les travailleurs salariés, les masses

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- IX - urbaines en général» Ces groupes ont été à la base de la formation des syndicats et des partis politiques; de leurs rangs sont sortis les dirigeants des mouvements nationalistes. Avec l'accession à

l'indépendance, la plupart des membres de ces groupes ont vu se réali­

ser leurs objectifs, ou tout au moins disparaître les motifs de

mécontentement qu'ils pouvaient invoquer à l'encontre du colonisateur.

Suivant un processus universellement connu, ces groupes de révolution­

naires sont rapidement devenus conservateurs. Bien ne les incite à mo­

difier des institutions avec lesquelles ils se sont familiarisés et qui leur donnent leurs revenus et leur prestige.

- Les facteurs relevant de la société traditionnelle. Ces forces puisent dans la dernière phase de la décolonisation une vigueur nouvelle. Le mouvement nationaliste les sollicite pour obtenir l'appui de l'ensemble de la population. Au Zaïre, leur rôle fut déterminant non seulement dans les régions comme le Haut-Zai're et le Bas-Zaïre, mais en général dans tout l'intérieur. On vit en effet aux élections de mai i960 les popula­

tions de l'intérieur soutenir massivement les partis nationalistes. Il fallait s'attendre à ce que elles continuent à peser sur l'évolution politique avec d'autant plus de vigueur que dans bien des cas, l'acces­

sion à l'indépendance fut une déception pour ces couches de la population.

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C'est autour de ces deux objectifs que s'articule l'hypothèse centrale de cette étude, et qui est centrée sur la crise permanente qu'a connue Kisangani, comme tous les centres urbains du pays (c'est-à-dire les anciens chef-lieux de province), de i960 à 1967.

Le terme de crise a été maintes fois employé pour caractériser les situations traversées par le Congo sous la première législature. En effet, dès son accession à l'indépendance, ce pays a sombré dans une grave crise politique qui a abouti, en 1962-1963, à la création de 21 provinces auto­

nomes, et, en 1964, à une mutation constitutionnelle. Hais ces solutions, au lieu de résoudre les problèmes, les compliquèrent davantage.

Les manifestations les plus saillantes de cette période se caractéri­

sent par deux attitudes nettement antagonistes au sein de la société :

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- X -

d'une part, l'abue de pouvoir, l'inconscience et l'irresponsabilité des dirigeants; d'autre part, la désaffection de la masse à l'égard des hommes politiques et de leurs fonctions, et à l'égard des organisa­

tions politiques.

»

C'est en nous ènterrogeant sur la signification de ces phénomènes qui ont annihilé tout espoir de développement - Le développement étant entendu, dans sa finalité, non seulement comme l'amélioration des conditions matérielles d'existence, mais aussi comme la promotion, la valorisation humaine - que nous sommes amené à retenir, à titre d'hypo­

thèse de travail, que la permanence de cette crise à Kisangani relève d'une absence de prise de conscience à la fois individuelle et collecti­

ve face aux impératifs du progrès, et qui se traduit par des manifestations de blocages, de désordres, d'inadaptations et de déséquilibres sur le

triple plan des institutions, de la vie et des attitudes politiques.

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- XI -

2. Méthode! techniques de recherche et sources utilisées

"Le problème des techniques" écrit BDRDEAU, "est d’être étroitement solidaires de l'objet de la connaissance. L’esprit invente la méthode, le réel impose les techniques" (12).

Au cours de cette étude noue avons utilisé principalement trois techniques de recherche : la documentation écrite, l'interview et l'obser­

vation directe. En ce qui concerne la documentation écrite, noue avons utilisé les archives publiques centrales et provinciales, les lettres et rapporte officiels, la presse locale, nationale et étrangère, des livres et des revues, des procès-verbaux et arrêtés ministériels, des statistiques sur les recensements démographiques ainsi que les rapports et compte-rendus analytiques de l'Assemblée nationale et de l'Assemblée provinciale de la Province Orientale et du Haut-Congo. Nous avons eu recours, pour l'analyse et le dépouillement de ces documents au procédé juridique et sociologique, c'est-à-dire que nous nous sommes attachés surtout à "la signification des documents, l'effet qu'ils cherchent à produire et celui qu'ils produisent réellement" (13)* Toutefois, pour certaines sources écrites, et plue spécialement la presse, d'autres précautions méthodologiques se sont avé­

rées indispensables. Nous avons confronté les journaux de tendances diffé­

rentes afin de préétablir la réalité des évènements.

Cependant, trois difficultés majeures se sont présentées à nous au cours de la collecte des sources écrites. Il y a eu tout d'abord la

difficulté matérielle d'obtenir \me documentation précise quant à la forme, la date et l'origine. Cette difficulté ne concerne pas la période coloniale qui obéissait en général scrupuleusement à cet impératif. Il y a eu ensuite le fait que certains écrits ont une représentativité souvent limitée.

Un discours, un article et même un acte officiel n'engagent parfois qu'une seule personne. Eteint donné les limites étroites de la signification d'une pareille documentation, les recoupements et compléments d'information ont été pour nous une obligation absolue pour éviter que des erreurs d'inter­

prétation ou d'évaluation ne soient commises. Les techniques quantitatives d'analyse du contenu par exemple, nous semblaient inefficaces de par le

fait même de la faible représentativité des documents concernant un objet précis.

I

(17)

- XII

La troisième et dernière difficulté résidait dans l'absence pure et simple de la documentation écrite locale se rapportant à certaines périodes déterminées. Nous songeons ici aux périodes d'intenses agita­

tions politiques telles que le régime QIZENGA (octobre 1960-juin 1962) et le régime populaire (août-novembre 1964). L'on nous laissait entendre que tous les documents importants avaient été saisie dès la fin de ces régimes et acheminés à Kinshasa où ils auraient été enfermés, brûlés ou utilisés comme papiers d'emballage. Quant aux "bribes" de documentation demeurée sur place, elles auraient été destinées aux bacs à papier....

Nous avons dû alors nous rendre à Kinshasa où nous avons réussi à re­

trouver une partie de cette documentation au service des affaires politi­

ques (l4). Celle-ci, jointe aux écrits de la presse étrangère et à

certains ouvrages spécialisés (Congo 196l-Congo 1964), et les interviews menées systématiquement pendant 11 mois à Kisangani, ont suffi à retracer la réalité des faits datant de ces périodes.

Conjointement à l'étude des documents, nous avons eu recours à deux types d'interview : l'interview guidée et l'interview libre. Ces inter­

views ont été effectuées à Kisangani où nous avons mis à profit 11 mois de vacances périodiques (3 mois en 1974, 4 mois en 1975 et 4 mois en 1976) pour atteindre diverses couches de la population; ce qui nous a permis de saisir, dans une large mesure, la profondeur du problème. Comme la

conscience de classe telle qu'on peut la discerner dans les sociétés

occidentales est presque inexistante eh Afrique, l'échantillonnage ne sera possible qu'après avoir vérifié l'existence des groupes plus ou moins cohérents et permanente, ce qui n'est pas le propre de toute société en transition et de la société zaïroise en particulier. C'est ainsi que nous avons choisi deux groupes : les intellectuels et la masse.

L'interview guidée était utilisée lorsque nous abordions les intel­

lectuels, c'est-à-dire, les anciens hommes politiques provinciaux (ministres, conseillers provinciaux, membres du bureau de l'Assemblée provinciale, membres des cabinets ministériels) et les fonctionnaires de l'administration publique. Ici nous disposions d'un questionnaire sur papier et nous notions les réponses au fur et à mesure que l'interview se 'déroulait. L'on comprendra que nous n'avons pas eu la tâche facile pour

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- XIII -

venir à bout de la méfiance de certains anciens hommes politiques provinciaux et de certains agents administratifs encore en place dans le conditionnement politique de l'époque où noue les avons interrogés.

La plupart n'entendaient pas se compromettre dans des déclarations qui risquaient de réveiller des susceptibilités à peine endormies, ou d'exacer­

ber les querelles tribales, individuelles ou autres autour desquelles gravitaient la politique des premières années de l'indépendance. Nous avons esssiyé d'objecter à cette méfiance le côté purement objectif et scientifique de la recherche et notre qualité de chercheur apolitique et non engagé. Cet argument a réussi à convaincre certains, mais les autres persistaient deuis leur méfiance. C'est alors que nous avons choisi de nous

faire introduire par des personnes amies, mais suffisamment influentes auprès des enquêtés méfiants ou réticente. Cette tactique a porté ses fruits, mais au prix de mille sacrifices : que de rendez-vous avortés ou délibérément évités, des va-et-vient incessants pour rencontrer un seul acteur et cela après trois ou quatre jours de dérobades à peine camouflées.

Nous sommes cependant satisfait, en dernière analyse, de la mise en confiance que nous avons réussi à obtenir de nos interlocuteurs. En effet, nous avons pu apprécier l'esprit d'ouverture, de franchise et d'honnêteté intellectuelle dont nos interviewés ont fait preuve au cours de ces entre­

tiens. Si bien que ceux-ci ont davantage pris la forme d'une conversation amicale plutôt que d'un interrogatoire. Il importe cependant de préciser - et c'est important - que les réponses des interviewés ne nous fournissent pas nécessairement et sûrement une vision objective des faits qui les concernent, ni même une expression de leur pensée profonde, mais l'image qu'ils entendent donner d'eux-mêmes et des faits dont ils ont été acteurs ou témoins à un observateur de la réalité politique.

Nous nous sommes livrés pour l'interprétation des réponses aux inter­

views à une analyse de contenu. Celle-ci n'est cependant pas exhaustive, car le matériel dont nous disposons est suffisamment varié et complexe pour permettre, dans le cadre de cette étude, une analyse complète et appro fondie de tous les éléments que contiennent les réponses.

Pour chaque question, nous nous sommes efforcé d'utiliser quelques

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- xrv -

critères de classification qui répondent à notre hypothèse de travail, sans toutefois nous limiter strictement à cette hypothèse; l*analyse même des réponses nous a incité quelque fois à utiliser des variables permettant d'enrichir celle-ci d'éléments nouveaux et non prévus.

Quelques exemples illustrent chaque catégorie de réponses, et chaque variante importante à l'intérieur de celle-ci; nous avons choisi des exemples représentatifs ou formulés de manière assez typique.

La formulation de ces réponses correspond à celle fournie par l'inter­

viewé lui-même avec parfois quelques petites modifications de forme et purement grammaticales. Nous avons tenu à ce que le fond demeure intact.

Il noue a paru cepeiïdant indispensable de supprimer toute référence précise à une activité politique spécifique, à des personnes ou des situations, qui aurait permis d'identifier facilement les acteurs des réponses. Ceux- ci, sans exception, tiennent à garder l'anonymat, condition sine qua non exigée de noue avant de se prêter à nos interviewe.

En second lieu, noue avons eu recours à l'interview libre lorsque nous avons eu à traiter avec la masse (chômeurs, illettrés ...). Ici nous ne disposions pas d'un questionnaire sur papier. Nous enregistrions les questions mentalement et les posions avec circonspection. Les réponses étaient mises par écrit immédiatement après avoir quitté le lieu de l'inter­

view. Il est évident que la masse, moins cultivée et formée que les intel­

lectuels allait se montrer encore plus méfiante devant un questionnaire sur papier. Et même sans questionnaire, sa méfiance ne s'est dissipée qu'au fur et à mesure que nous nous familiarisions avec elle.

Il importe de rappeler que certains de nos enquêtés - intellectuels et masse - n'ont pas hésité un seul instant à rejeter un grand nombre d'informations que nous croyions, au départ, évidentes et irréfutables.

C'est pourquoi nous avons intensifié cette technique, en interviewant le maximum de personnes de ces deux groupes et les résultats, grâce aux recoupements, se sont avérés fructueux.

Si nous n'avons pas jugé utile d'utiliser la technique du question­

naire, c'est à cause de nombreuses difficultés qu'elle entraîne : le travail d'approche sera long et la technique de l'échantillonnage devra

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- XV -

être repensée continuellement sur des bases nouvelles. Il faudra prévenir

\ms méfiance suscitée par le caractère politique de l'objet étudié et qui peut amener le sujet à fausser volontairement les réponses ou à ne donner aucune réponse du tout. Et puis les questions risquent bien souvent de ne pas être comprises par les sujets interrogés de la même façon;

certaines réponses devront être interprétées.

Enfin, le fait d'être observateur direct de la société étudiée, nous a permis de saisir certains aspects de la vie politique locale et certaines dimensions du comportement des acteurs engagés dans celle-ci.

Quant à la méthode, nous avons utilisé l'approche descriptive chrono­

logique. Elle a porté sur les comportements exprimés dans les faits notoires collectifs, la séquence des changements et de croissance, les séries ou découpages des périodes. Cette méthode nous a permis, grâce aux techniques de recherche utilisées, d'appréhender, dans une large mesure,

"l'histoire événementielle" et "l'histoire compréhensive" systématisées par LADRIERE (15)« En recourant à l'histoire événementielle, nous avons essayé de nous tenir aussi près que possible de la matérialité des faits et de faire un compte rendu aussi minutieux et aussi complet que possible des évènements. Par le procédé de l'histoire compréhensive, nous nous sommes efforcé de comprendre les évènements, de saisir les relations de causalité, de dégager des intentions, de discerner parmi les faits ceux qui peuvent être considérés comme primaires et ceux qui ne sont que des effets secondaires, de classer les différents ordres de faits (faits économiques, sociaux, culturels, politiques, etc...) et de découvrir les liens fonctionnels qui s'établissent entre ces ordres, bref, nous avons recouru à des schèmes d'interprétation. Car la réalité de l'histoire ne peut être atteinte aussi longtemps qu'on en reste à la surface des évène­

ments; les faits ne sont que des manifestations extérieures et nous ne pouvons les lire correctement qu'en nous efforçant de saisir, de façon consciente et critique, les relations qui les sous-tendent.

O

O O

Notre étude comporte trois parties. I« première est une introduction historique à la connsdssance de Kisaoigani sous la colonisation. Elle est divisée en huit rubriques dont les quatre premières traitent respectivement

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XVI -

du site, des origines, du peuplement et de l'organisation administrative.

Les quatre dernières étudient la culture, l'économie, la société et la politique.

La deuxième partie est consacrée à l'évolution des institutions et de la vie politiques. Le premier chapitre présente la décolonisation de la Province Orientale et la mise en place des institutions provinciales.

Il est suivi de six autres qui abordent successivement l'étude des

gouvernements et régimes qui se sont succédés à Kisangani de i960 à 196? : le gouvernement FINANT, le régime GIZENGA et le gouvernement provincial de MANZIKALA, le gouvernement LOSALA, les gouvernements GREENFELL, ISOMBUMA et ARADJABU, le régime rebelle, et enfin le gouvernement ALAMAZANI et les ordonnances-lois qui marquèrent la fin des institutions politique! provin­

ciales.

La troisième partie présente les conclusions. Elle s'attèle à l'analy­

se et à l'explication des institutions et de la vie politiques dont les partis, l'idéologie, la culture et les attitudes politiques constituent les éléments essentiels.

Ia conclusion générale reprend les grandes lignes de tout le travail, avec quelques réflexions relatives à la politique provinciale.

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PREMIERE PARTIE

INTRODUCTION HISTORIQUE

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INTRODUCTION

1. LE SITE

Kisanganl est située dans la région du Haut-Zaire (anciennement province Orientale) dont elle constitue un microcosme.

Cette région est limitrophe au nord-ouest de l'empire Centrafricain;

au nord-est de la république du Soudan; à l'est de la république de l'Ouganda jusqu'au confluent Semiliki-Lomya; au sud de la région du Kivu jusqu'au confluent Ombira-Masombi; à l'ouest de la région de l'Equateur jusqu'à la frontière septentrionale de la république du Zaïre (1).

Elle occupe, comme celle de l'Equateur, une grande partie de la dé­

pression centrale Zaïroise. Cette cuvette constitue une immense plaine de 900.000 Km . Son fond^ est occupé par les lace Tumba et Maindombe (ancien­2 nement lac Léopold II). Les vallées dominées par les versants raides ont un fond large, plat, marécageux, occupé par une forêt inondée (copaliers, raphias, Uapaka)• Enfin, il existe un contraste brutal entre les platitu­

des sèches des terrasses et les marécages et les lacs qu'elles dominent , par de petites faladses latéritiques; les lacs sans profondeur noient les vallées. On distingue ainsi dans la région du Haut-Zaïre trois paysages morphologiques nettement visibles : le paysage central, le paysage septen­

trional et le paysage méridional (2).

Au centre domine la forêt équatoriale où les pluies sont abondantes, la forêt équatoriale occupe l'espace entre le 4è degré S. et le 4è degré N.

et prend fin au contact des montagnes peuplées du nord-est.

>ô.

Le nord-est, région des montagnes, est également dominé par de grandes surfaces planes encroûtées de latérite. Quelques particularités le différen­

cient du centre et du sud : régime de pluies plus contrasté, multitude d'inselbergs. Beaucoup d'affluents du fleuve Zaïre prennent leur source

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- 2

dans cette région voisine du Soudan : le Mbonu, l'Uélé dont le cours supérieur s'appelle Kibali et qui reçoit à son toiur plusieurs affluents, entre autres, la Duru, l'Aka, la Dungu, l'Obi, le Bonokandi, le Bubi qui à quelque distance de sa source prend le nom d'Itimbiri et recueille les eaux de la Télé; l'Aruwlmi -Ituri avec ses affluents l'Epulu, la Denge, la N'gayu, le Nepoko, la Lulu, la Lindi, la Tshopo, la Maiko, la Lilo, la Lova auquel il faut ajouter le cours supérieur du Lomami (5)*

Dans le sud, plus accidenté, les sédiments sableux ont des surfaces calmes, perméables, sèches où la savane méridionale pousse en forme de pointes. Dénivellation et raideur des versants déchaînent par endroits une érosion ravinante.

L'agglomération de Kisangani est située dans le paysage central - plus précisément au centre - ouest - en pleine cuvette, sur la rive droite du fleuve Zaïre (seule une infime partie, la zone Lubunga, se trouve sur la rive gauche). Elle se trouve ainsi sur son cours moyen à environ 1.700 Km de son embouchure. Elle est aussi traversée du nord au sud par la rivière Tshopo.

I« ville s'étend sur une surface relativement bien aplanie aux dépens de sédiments secondaires, primaires et du socle précambrien. Cette étendue assez bien aplanie ainsi que l'accord des GENIA (propriétaires fonciers originels du site) qui acceptent d'en concéder un vaste domaine à STAN1£Y

(^) expliquent la préférence de ce dernier à occuper la rive droite plutôt que la rive gauche plus accidentée. Par la suite les Arabes zanzibaristes, également attirés par ce merveilleux site, s'y installent à leur tour en introduisant la langue "Swahili” (5). Celle-ci contribuera à rapprocher des populations culturellement hétérogènes par le biais du commerce le long du fleuve et servira en I960 la propagande unitariste lancée par le M.N.C./L.

D'autres caractéristiques géomorphologiques du site sont le jurassique et le crétacé de Kisangani (grands tonnages de schistes bitumineux) qui ne se retrouvent pas dans les deux autres parties de la région (6).

Enfin, la ville de Kisangemi occupe une superficie de l8 km et est 2 délimitée au nord par la zone de Banalia, à l'est par celle de Bafwasende, à l'ouest par celle d'Isangi, au sud par celle d'Dbundu (anciennement Pouthier-ville) et au sud-ouest par celle d'Opala (7).

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- 3 -

2. I£S ORIGINES

La ville de Kisangani s'appelait jusqu'en 196? Stanley ville (8), du nom de son fondateur, HENRY MORTON STANLEY (9)-

STANLEY, vis-à-vis de l'opinion mondiale est un peu le fils spiri­

tuel de LIVINGSTONE. Au retour d'un reportage en Gold-Coast en l873» il apprend la mort de ce dernier et de retour à Londres, décide de reprendre les explorations du défunt avec l'aide de deux grands journaux : le Daily, Telegraph et le New-York Herald. La notoriété de STANIÆY est telle qu'il reçoit 1.200 offres de service (700 anglaises, 300 américaines; parmi les 200 autres un nombre à peu près égal d'Allemands et de Français). Il se contente de trois collaborateurs, tous trois Anglais : les frères POCOCK et FREDERIC BARKER.

Bien approvisionné en coupons d'étoffes, perles, vivres et équipement scientifique, STANIEY qui bénéficie des services des zanzibarites, quitte Bagamayo le 17 novembre l874. Il fait la connaissance du lac Victoria,

puis celle des lace Mobutu et ldi Amin (anciennement lacs Albert et Edouard).

STANLEY redescend ensuite vers le lac Tanganyika qu'il reconnaît entièrement.

Il suit le cours de la Lukuga et arrive au Lualaba qu'il descend jusqu'à Nyangwé. C'est là qu'il rencontre TIPPO-TIP, chef de la colonne arabe de Mwana-Mamba qui, trois ems auparavant, à rendu service à CAMERON.

De retour à Londres, STANIEY annonce avoir découvert un pays traversé par un long fleuve qui se jette dans l'océan Atlantique. Il essaie en vain de convaincre l'Angleterre de mettre en valeur ce pays aux richesses immenses.

L'écho de la découverte de STANIEY est parvenu jusqu'au roi des Belges, Léopold II qui s'y intéresse vivement. Il décide alors d'engager STANLEY pour reprendre l'expédition à son compte. En janvier l877, avec un person­

nel engagé à Zemzlbar, STANIEY entreprend de suivre le cours du fleuve Lua- laba. Au moment où son expédition, largement décimée, atteint péniblement l'extrémité nord-ouest de la grande île M'buye il aborde l'endroit auquel il donnera son nom : "trois petites îles la précédaient et, après l'avoir dépassée, le rugissement de la septième cataracte des chutes éclata à nos oreilles avec une violence effroyable".

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- k -

Puis, longeant la rive droite à proximité des rapides, STANIZY atteint les abords rocheux de l'île sur laquelle s'étirent les villages des Genia, qu'il désigne d'ailleurs par leur véritable nom en les appellant Vouenya ou encore Ouenya. Entre l'île et la rive, il découvre un canal peu profond que les riverains appellent Abibu.

Les difficultés qui s'amoncèlent sur la route de l'explorateur à ce moment ne procèdent pas seulement des obstacles naturels ou de la rudesse

du climat, mais encore, en certains lieux, du harcèlement des populations riveraines troublées dans leur quiétude, apeurées et au demeurant peu dispo­

sées à composer; pendant son séjour à la septième cataracte, STANIET doit notamment subir deux escarmouches des Genia, lesquels sont apparemment, à l'époque, les seuls occupants des rives du fleuve Livingstone (10) à cet endroit.

Il visite alors l'île sur laquelle il a pris pied, parcourt les villages, prudemment et provisoirement abandonnés par leurs habitants, évalue le nom­

bre de ceux-ci à six mille âmes, et estime comme étant assez dense la popu­

lation qui occupe les meilleurs emplacements proches de la rive gauche, à l'endroit même où l'expédition arabe trouvera à s'installer peu après.

Un camp est établi à un endroit aux approches plus aisées, et de ce fadt appelé Stillhaven par STANLEY; il est situé à l'extrémité du petit canal Abibu sur la rive droite, d'où il peut commander l'île des Genia.

Cependant, au milieu des difficultés qui l'accablent, STANIEY ne reste pas insensible aux beautés natiurelles qui s'offrent à lui; le spectacle

inoubliable des rapides et des chutes lui cause une forte impression : " j'ai vu beaucoup de cataractes dans mes voyages à travers les différentes parties du monde, mais ici je voyais un fleuve prodigieux s'élancer tout entier par une brèche de cinq cents yards seulement. A la dernière des chutes, le fleuve ne tombe pas, il se précipite ".

C'est là la première manifestation d'occupation étrangère des rives du grand fleuve à la septième cataracte; elle n'aura cependant qü'une durée très limitée.

Il n'apparait pas que STANLEY ait cherché à établir alors des contacts paisibles avec les autochtones qui se dérobaient d'ailleurs à lui, et qu'il

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- 5 -

retrouvera quelques années plus tard dans des circonstances quelque peu différentes. Mais il semble bien que la relation faite par l’explorateur des attaques spectaculaires autant qu'incessantes, dont il déclare avoir été l'objet, ait été exagéré pour des raisons de prestige et de gloriole.

STANIET inspirait bien plue de crainte qu'il ne donnait aux autochtones l'occasion de lui résister.

Toutefois, les difficultés restent réelles; si elles ne résultent pas en ordre principal de l'hostilité de la part de la population, elles parais­

sent provenir davantage des dérobades continuelles des indigènes, de la quasi impossibilité pour STANI£Y d'obtenir une aide matérielle quelconque, et de l'énervant climat d'insécurité qui frappent l'expédition déjà très durement marquée par de nombreux mois d'incessantes aventures*

Après quatre journées passées aux Falls, STANLEY repart vers l'aval du fleuve jusqu'à atteindre Matadi, puis Borna en passant par le Stanlej-Pool.

Entre l'année 1877, qui marque le premier passage de STANLEY aux Falls, et l'année 1885 qui voit la fondation effective de la localité des Stanley- Falls, il se passe, un laps de temps assez long. STANLEY le met à profit pour

tenter de circonscrire l'activité débordante de l'explorateur SAVORGNAN de BRAZZA au service de la France et d'asseoir l'autorité de l'A.I.A. (associa­

tion internationale africaine) en aval et en amont de la station de Stanley- Pool. Au cours de cette période, vraisemblablement en 1877, une expédition arabe dresse son campement aux Falls afin de s'y fixer pour une période que l'on espère longue et fructueuse. Ces explorateurs, venus de l'est, à la fois missionnaires et commerçants, sont partis du lac Tangamyika à la suite du premier passage de STANLEY; rompus aux impératifs de la traite, ils se convainquent rapidement de l'importance que doit revêtir le point d'appui de la région dite des Falls pour leurs activités futures. Et, cependant, l'endroit leur semble inhospitalier. Si poxir les nouveaux venus les îlots rocheux des Genia et les pêcheries pittoresques qui les garnissent souli­

gnent l'indéniable poésie du lieu, les rives du fleuve par contre, en dépit de leur surface aplanie, leur semblent peu propices à une installation dura­

ble en raison de l'insalubrité des lieux et de l'hostilité probable des populations autochtones.

Entretemps, en Belgique, LEOPOLD II ne se croise pas les bras. Un

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- 6 -

prospectus est distribué à un très petit nombre d’exemplaires dans le monde de la finance et de l'industrie, portant comme titre "Syndicat à former pour une étude du Congo et pour la formation éventuelle d'une société de chemin de fer en Afrique et d'une Société Commerciale pour le commerce du Haut-Congo".

Ainsi, le 2^ octobre 1878, tme dizaine de souscripteurs s'engagent à verser divers montants pour un total de 450.000 Frs. Le roi s'engage pour 133.000 Frs., l'Afrikanscheheuidelsvereeniging pour 100.000 Frs. et H. ROÜX pour 5.000 Frs.

Quelques jours plus tard, le 30 octobre l8?8, STANIFY que le roi avait fait venir du Congo, signe à Bruxelles un contrat provisoire qui le lie à la personne de I£0P0U) II.

Par cette convention, à remplacer ultérieurement par un contrat définitif, STANLEY s'engage à servir LEOPOLD II en Afrique pour un terme de cinq ans, renouvelable au gré du roi.

Si le projet d'établir des stations sur le fleuve Congo est poursuivi, le roi fixera le TOment de son exécution. En vue de 1'établissenent de ces stations, STANIÆIY disposerait de 20.000 livres sterling pour la première année, de 5*000 livres pour la deuxième et autant encore pour la troisième année; ses dépenses ne pourraient pas dépasser ces sonnes. Pendant la durée de son contrat, STAHIEY ne pourrait ni publier ni donner aucune conférence sans l'autorisation du roi; celui-ci lui verserait un salaire de 25-000 Frs.

(1000 livres) par an et pourrait le mettre à la disposition de n'importe quelle entreprise qu'il patronnait : l'A.I.A. ou un syndicat d'exploration industrielle ou comaerciale ou encore une compagnie commerciale ou ferro- vieûre (il)

Le 25 novembre l8?8, STANLEY est invité par le roi à se présenter au palais de Bruxelles. Il y trouve rassemblées des personnalités du monde financier et commercial de Belgique, de Hollande, de France, d'Angleterre et d'Allemagne qui lui posent toute une série de questions concernant la navigabilité du fleuve Congo, la sécurité des entreprises commerciales, la nature des produite congolais à échanger contre les marchandises européennes etc...

Ce même 25 novembre l8?8 est constitué le Comité d'Etudes du Haut-Congo,

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- 7 -

Bociété en participation disposant d'un fonds perdu d'un million de francs pour une durée de trois ans. Les souscripteurs, au nombre de quatorze déclarent obéir "à un point de vue essentiellement philanthropique et scientifique dans l'intention d'étendre la civilisation et de chercher des débouchés nouveaux pour le commerce et l'industrie par l'étude et l'explo­

ration de certaines parties du Congo situées au-delà des factoreries néér- landaises".

Le but final du Comité d'Etudes du Haut-Congo est de préparer la fon­

dation de deux sociétés : l'une pour la construction et l'exploitation de la voie de communication qui porterait le nom de "Société Internationale des Transporte en Afrique"; l'autre pour l'établissement de la navigation sur le Haut-Congo et pour y faire toutes les opérations de commerce, elle s'appellerait "Société Internationale de Commerce en Afrique".

Cette première réunion élit tin président d'honneur, le roi Léopold II, et quelques membres d'honneur dont BEEHNAEHT et le eolonnel STRAUCH.

A la réunion du 2 janvier l879, le Comité d'Etudes adopte définitive­

ment les plans de STANI£Y, confirmé comme chef de l'expédition, et vote les crédits nécessaires.

Le comité accepte la proposition de STANIEY de recruter des Zanzibarites et décide de prêter, pour six à huit mois, un steamer qui irait chercher chez eux une cinquantaine d'entre eux.

STANLEY arrive à Zanzibar le l8 mars l879, il y reste jusque vers la fin de mai. Ayant recruté 69 Zanzibarites, il s'embarque avec 6l d'entre eiix pour le Congo. Après son arrivée à Borna, commence une fantastique équipée au cours de laquelle STANLEY réussit à vaincre les difficultés conjuguées de la nature et des hommes.

Avec l'accord du roi, un programme est établi prévoyant la création d'une station extrême de l'Etat aux Stanley-Falls qui paraissent revêtir une importance accrue; elle est cependant conditionnée par la possibilité d'établir des postes intermédiaires et des relais, qui seront successivement Bolobo, Coquilhatville (actuellement Mbandaka) et Nouvelle-Anvers (actuel­

lement Makanza) où STANLEY laissera certains de ses compagnons comme repré­

sentants de l'Etat. Ce seront notamment COQUILBAT et VAN GEIE qui s'occupe­

ront de la station qui portera le nom du premier.

I

(30)

- 8 -

Enfin, le 1 er décembre 1883 STANLEY arrive aux Stanley-Falle. Mais dans la région des Falls, la situation s'est considérablement modifiée depuis le premier passage en l8?7 du journaliste - explorateur.

Celui-ci va, en effet, devoir compter avec un élément nouveau dont il a sans doute déjà pu mesurer toute l'incidence : l'éventualité d'une occu­

pation du terrain par las Arabes n'a, en effet, pu échapper à STANLEY.

Ceux-ci, venant du Maniema (12) et suivant l'itinéraire tracé par lui- même en 1877, avaient atteint les Stanley-Falls et poussé la même année en aval de la septième cataracte jusqu'à Basoko.

Ces Arabes sont conduits et dirigés par un personnage énigmatique, entreprenant autant qu'autoritaire, appelé d'ailleurs à jouer un rôle important dans la fondation de la communauté musulmane des Falls et dans les remous politiques qui marquent parfois tragiquement les premières années de l'existence de la station; si bien que le roi est amené à le nommer gouverneur du district des Stanley-Falls. Ce personnage s'engage alors à extirper toute traite d'esclaves aux Stanley-Falls, à faire res­

pecter le drapeau de l'Etat et à agréer un résident européen sous son au­

torité.

C'est ainsi que le trafiquant d'esclaves et d'ivoire devient "Vali" c'est- à-dire gouverneur (13)* Mais son engagement sur la traite restera lettre aorte ou presque, suite à l'hostilité des autres chefs arabes qui lui re­

prochent d'avoir cédé toutes leurs possessions de l'intérieur des Stanley- Falls au roi des Belges. (14)

Cet homme s'appelle AHMED BEN MOHAMMED BEN DJUMA BEN BAJAB, mieux connu BOUS le nom de TIPPO-TIP. C'est un métis, fils d'un riche commerçant arabe de Hascate dans le golfe d'Oman et petit-fils d'une esclave, fille d'un chef africain de la région du Lomand.

Vu la position de force des Arabes et la faiblesse de ses moyens, STANIEY est amené à composer avec eux. C'est ainsi qu'il parvient à installer pacifiquement la station des Stanley-Falls.-'

Il entreprend alors des négociations avec les notables Genia (qu'il considère comme les seuls maîtres de l'endroit) en vue de l'obtention du terrain propice à l'installation de la station de l'Etat. Le prix à payer porte sur "l'exercice d'une souveraineté complète sur les îles et la rive

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^ 9 -

droite du Congo, et sur l’exercice du droit de propriété sur tout territoire inoccupé jusqu'à présent" devait écrire STANLEY.

Les droits que les Genia sont disposés à céder sont considérables;

ils ne sont que faiblement compensés par la remise immédiate de marchEUi- dises pour une valeur de 4.000 Frs de l’époque.

STANLEY choisit l’extrémité inférieure de lîle qu’il appelle Ouanie Rousari, mais que DE THIER appellera Bainie-Lesali pour désigner l’empla­

cement occupé par le clan du notable LESALI. C’est à cet endroit que STANLEY soutint une légère attaque des Genia en l877-

L’île Ouanie Rousari est la plus importante de trois îles occupés par les Genia à l’endroit que STANLEY appelle "la septième cataracte". Les premiers arabes arrivés en l877» à la suite du premier passage de STANLEY, l’appellent Singhitini du mot arabe "Singatoun" désignsuit un endroit maré­

cageux, malsain, peu propice à l’habitat; les arabisée l’appelleront ulté­

rieurement Kieangani, vocable "Kingwanaisé" (15) pour désigner "le village de ceux qui habitent l’île"; enfin, Stanleyville pour commémorer le souvenir de celui qui en fut le fondateur.

3. PEÜPLEKENT (l6)

--*1

Les arabes arrivée aux Stanley-Falls en l877 à la suite du premier passage de STANLEY et les zanzibarites accompagnant ce dernier en 1883 introduisent, à côté des Genia et des Kumu occupant des terres plus éloi­

gnées du fleuve, de nouveaux éléments de population aux environs immédiats de Kisangani.

Ce sont eux qui, habituellement connus sous l’appellation d’arabisés (17) imposent la langue swahili dans la région. S'y ajoutent à partir de 1885, les membres des colonnes militaires de l’Etat indépendant du Congo.

Enfin, la pénétration coloniale amène à Kisangani de multiples grou­

pes d’étrangers : soldats zanzibarites et Ngala dès 1892, puis d’autres soldats, porteurs et travailleurs recrutés aussi bien dans le Maniema et le Kasai (Kusu et Tetela) que dans l’ouest du pays et plus tard au nord et à l’est de la ville.

Le logement de cette population, pendant les campagnes contre les ara­

bes (1892-1894) et longtemps après se fait comme en pays conquis : "Aucune

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10 -

enquête de terre n'a été établie. Nous nous trouvans devant une situation de fait. L'occupation s'est faite sous la pression des nécessités compri­

ses paur les ayant-droits éventuels" (18).

Au fil du temps une trentaine de villages se forment ainsi qui re­

groupent des "licenciés" (19). üne quinzaine se trouvent à la périphérie de la ville et parfois assez loin, en bordure des routes d'Isangi (Simi- simi I et II, Kibalanga, Makanga Naasanga, Bisasi et Mimie Mohala) de Buta (Kilimà et Bera I, II, III), de l'Ituri (Halindi, Okuagu et Maembi : ils sont incorporés â la chefferie Lubuya-Bera en T933$ àe même que deux autres dont l'emplacement n'est pas connu (Malele Popoie et Kabisa). Deux villages sont intégrés à la même époque aux secteurs périphériques des Madula et des Babeda de Kisubi; ce sont Wanie-Rukula et Rilulu. En 1932,

la chefferie des Arabisés absorbe trois groupes d'anciens travailleurs ou porteurs constitués en chefferies le long du rail aux Km 2, 9 et 10, ainsi que Kikongo "village semi-clandestin d'un ex-clerc chargé de la surveil­

lance des Arabisés et des Wagenia en 1915" (20) Kikongo est d'ailletirs aujourd'hui encore le nom d'une ferme située au sud-est de Kisangani.

Deux villages au moins sont érigés en chefferie dans l'actuelle zone de Kabondo et disparaissent comme unités administratives lors de la cré­

ation du Centre Extra Coutumier : ce sont Malela et le village des licen­

ciés de la Tshopo installés dans l'actuelle concession des Frères-Maristes.

Lumbulumbu et Tshopo chutes, installés jadis dans la zone de la Tshopo dis­

paraissent au même moment.

Maliba de Kitenge et le premier site de Malele-Popoie sont situés dans la circonscription urbaine; le premier se disperse et le second se déplace avant les années 1920. Kitenge est le nom actuel du plateau sur lequel est construit Itl.S.P. (Institut Supérieur Pédagogique) et d'où part le ruis­

seau de même nom.

Au total trois villages se disloquent et disparaissent : en 1916 le village situé au Km 2 du rail, en 1922 Bera II et en 1928 Malila de Kitenge.

La plupart de ces villages dont beaucoup hébergent des travailleurs et des licenciés, semblent avoir exercé un véritable attrsât sur la ville. Le rapport de 19^1 note à propos de la chefferie des chutes de la Tshopo :

"Installée avec l'autorisation de l'autorité vers I903... ce village prend

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- 11 -

une rapide extension et finit par comprendre environ 50 o o de travail­

leurs urbains .... En 1922-23, une occupation militaire a dû être pro­

noncée, ce village ne fournissant plus aucune prestation et accueillant dans son sein tous les repris de justice, les sans-travail, etc...’’ (21)

La population des premières agglomérations satellites de Kisangani est rarement connue, toutefois elle est toujours limitée. Pour le villa­

ge des chutes de la Tshopo, elle dépasse à peine 1000 habitants en 1927 - on y relève 4l8 hommes dont 230 travailleurs -, mais pour la plupart des autres villages, elle ne dépasse pas 200 habitants. "Dans certains cas, et spécialement dans les périodes troublées, l’investiture a été

envisagée comme la récompense de services rendus plutôt que la consécration des droits dérivés de la coutume .... Il en est résulté un morcellement dépassant paurfois toute mesure. C'est ainsi que dans le district de

Stanleyville, fin 1928, on comptait 840 chefferies et 170 sons-chefferies pour 122.000 hommes adultes, soit une moyenne de 150 par chefferie" (22).

Il est certain que la moyenne est plus faible encore dans les villages semi-coutumiers dont le chef a été investi dans les environs de Kisangani.

En dehors des citée indigènes proprement dites et des chefferies stricte­

ment coutumières, on peut vraisemblablement estimer à 3*300 le nombre de personnes vivemt vers 1930 dans les villages de licenciée de Kisangani.

Au total donc, la population de la ville et de ses environs semble avoir été relativement importante. Le rapport annuel sur la colonie du Congo-Belge de 1921 note que "l'agglomération de Stanleyville compte 250 Européens, 3000 travailleurs... et une population de 30.000 âmes dans un rayon de 10 Km" (23)

En 1932, la création du Centre Extra Boutumier de Stanleyville est le point de départ d'une série de chiffres de population relativement homogènes Les modifications de limites qui interviennent en 1933, 1936, 1937, 1940 et 19*+1 ne sont que des extensions correspondant au développement de centre, mais n'y intégrant que très peu de nouveaux habitants (24). L'administra­

tion du centre ne contrôle cependant que trois quartiers étroitement circonscrits.

Une autre série homogène de chiffres de population commence en 1936 lorsque le territoire de Stanleyville reçoit les limites qui sont aujourd' hui celles de la ville de Kisangani.

(34)

12

En 1952, le rapport annuel AIMO (affaires intérieures et main- d*oeuvre) du territoire de Stanleyville note que» pour la preaiière foie depuis longtemps, la population coutumière > c'est*^-dire en majorité celle des circonscriptions - a été recensée complètement sur fiches.

"Il a été donné de constater à cette occasion que les recensements faits par les clercs indigènes étalent en général exacte, malgré que le contrai­

re a été 60utenu"(25). Cette appréciation favorable est aussi celle d’un agronome en après la visite des zones de Kisangani, Banalia, Ubundu, Isangi et Opala : "Seul le paysannat de Kisangani a un excellent recense­

ment" (26).

L'estimation de la population strictement urbaine est certainement moins précise car l'ampleur des migrations complique les recensements.

Non smulement il y a l'effet des multiples entrées et sorties, mais il y a davantage encore de déménagements intérieurs. Il y aurait eu plus de

15.000 changements d'adresse pour environ 40.000 habitants.(27). Des omissions et le maintien dans le recensement des personnes ayant quitté la ville sont donc certains. Il est probable qu'il en résulte, jusqu'en i960, une sous-estimation constante de la population; mais il est diffi­

cile de l'apprécier et il convient donc de se fonder sur les chiffres officiels.

(35)

■- 13 -

TABLEAU I

EVOLÜTIOH DE LA POPULATION DE LA VILI£ DE KISABOABI (ENSEMBLE DU TERRITOIRE)

ANNEE HOMMES GARÇONS

1950 26.743 20.996 10.475 1951 27.258 20.853 10.343 1952 27.364 21.396 11.363 1953 29.573 22.780 12.550 195^ 31.315 24.789 13.518 1955 34.172 25.730 15.623 1956 34.551 27.398 18.436 1957 34.063 29.166 21.589 1958 37.618 29.093 23.218 1959 36.777 32.455 27.981 1970 57.547 59.755 56.886

FILLES TOTAL

Accroissement Annuel en 0/0

8.866 67.080 10,2

9.137 67.591 6,8

9.752 69.875 3,4

10.750 75.655 8,3

11.958 81.850 7,8

13.615 89.140 9,3

15.636 96.021 7,7

18.278 103.096 7,4

19.678 109.607 6,3

23.015 120.228 9,7

52.974 227.162 6,2

Source : Rapporte AIMO du territoire de Stanleyville 1950-1959 et résultats du recensement général de la population du Zaïre en 1970, publiés par Arrêté n° 1236 / 70 du ministre de l’intérieur du 31 juillet 1970.

Il ressort de ce tableau qu'à partir de l'année 1952, le groupe des enfants augmente en moyehne de plus de 10 o/o par année jusqu'en 1959*

Serait-ce là le résultat de l'instauration des allocations familiales (28) à partir du 1er janvier 1952 pour les enfants de salariés résidant avec eux ? C'est probable. D'un autre côté, il faut considérer aussi le désir croissant de scolarisation des enfants dès cette époque, alors que jadis nombre de parents préféraient garder leurs enfants au village. Qiiant à l'ensemble de la population, le mouvement général est assez régulier; la population augmente au rythme régulier de 6,1 o''o par an.

En dehors de la population totale de la ville telle que présentée ci-

(36)

- 14 -

dessUBf une autre estimation importante est celle du centre extra-coutumier reprise dans le tableau ci-dessous; elle constitue en quelque sorte l'arma­

ture de la cité urbaine. Il comporte en effet, plue de la moitié de la population urbaine.

TABIÆAD II

EVOLDTION DE LA POPULATION DU C.E.C. DE KISANGANI

ANNEE HOMMES FEMMES ENFANTS TOTAL

Accroissement Annuel en 0/0

Par rapport à la population totale en 00

1950 13.813 11.008 9.050 31.871 10,4 50,5

1951 14.276 11.046 9.084 34.406 1,6 50,9

1952 15.854 12.028 11.607 39.486 i4,8 56,5

1953 17.488 13.264 13.337 44.089 11,6 58,3

1954 18.910 14.721 14.769 48.395 9,8 59,3

1955 21.512 15.380 17.679 54.571 12,8 61,2

1956 21.315 16.655 21.889 59.859 9,7 62,5

1957 21.799 18.652 27.196 67.647 13 65,6

1958 25.436 19.078 30.422 74.956 10,8 68,4

Sotirce ; Rapport AIMO du territoire de Stanle3rville 1950-1958» Archives ré­

gionales de Kisangani.

Il faut se rappeler que le Centre Extra Coutumier comprend officielle­

ment trois quartiers (Belge I, Belge II et Bruxelles), mais on y ajoute en pratique les habitants du camp de la C.V.C. (Vicicongo) sur la rive gauche et l'ancien camp des clercs, situé aujourd'hui dans la zone de la Tshopo, à gauche de la route de Buta non loin du stade de foot-ball; mais ces éléments particuliers ne représentent que 3 o/o de la population du centre. Ce sont des résidents des camps de policiers et militaires et ceux de la circonscrip­

tion urbaine (environ 198 en 1950) (29).

Suivant les rapports AIMO du territoire de Stanleyville antérieurs à l'année 1950, une part importante de la population du C.E.C. vit dans les

(37)

- 15 - circonscriptions périphériques* notamment dans les camps des travailleurs ‘ de chantiers routiers ou dans les villages des missions. Si bien que la place du C.E.C. dans la population du territoire ne dépasse guère kO o/o jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Son évolution s'accélère à partir de 1950 (50 o/o) jusqu'à atteindre 68,4 o/o en 1958. On comprend dès lors que cette accélération coïncide avec l'apparition des problèmes urbains à l'avant-plan de l'évolution politique du Congo-Belge à partir de 1955; ce qui aboutit au décret du 26 mars 1957 portant statut des villes et à celui du 13 octobre 1959 6ur l'organisation des communes et villes.

Quemt à la densité de la population de l'ancienne province orientale, considérée par zone d'habitat, elle est faible (6 habitants au Km ), sauf en bordure du fleuve, de Kisangani à Isangi, et dans la région montagneuse de l'est, d'Irumu à la frontière soudanaise, dans l'ancien district du Kibali- Ituri. Un certain regroupement de population existe en outre sur le plateau de l'Uélé, spécialement entre Isiro (anciennement Paulis) et Wamba et au sud-ouest de Kisangani, dans le nord de la zone d' Opala.

Sur le plan ethnique, PONS note à propos de Kisamgcmi que "la ville se caractérise par l'hétérogénéité ethnique de la population noire et l'absence d'une tribu dominante" (30).

BOUVIER, dans son étude consacrée à l'accession du Congo-Belge à l'in­

dépendance, arrive à la même conclusion : "la population de Stanleyville était plue hétérogène que celle des autres centres urbains Congolais, en ceci notamment qu'elle ne comptait guère d'ethnie très largement dominante, au moine siu: le plan numérique, et que en conséquence les oppositions à ceuractère ethnique y étaient moins violentes. Elle était donc plus réceptive à une propagande unitariete que les autres masses urbaines Congolaises" (3^1).

Enfin, le rapport du 1er bourgmestre de la ville de Kisangani note dans le même ordre d'idées qu' "à Kisangsmi se côtoient toutes les ethnies sans prédominance de l'une sur l'autre. Ceci est peut-être important à souligner, car quoique aboli par une ordonnance du président de la République, le

tribalisme n'a jamais eu droit de cité à Kisangani. Kisangani accepte tout leader qui arrive sans tenir compte des appartenances tribales. C'est ce qui fait de cette ville la plus révolutionnaire de toutes les villes de la Répu­

blique" (32).

Figure

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