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l a i M U K K WIC G K i V E V E
LA VIE GENEVOISE
©ans les Sociétés
Société auxiliaire du MuséeL 'assem blte générale aura lieu mercredi 189 mai, à 5 h. après m idi, au Musée d ’art et 'id’histoiro, dans la salle des Armures, dont réfection vien t d ’être term inée. A p iès les Apports adm inistratifs d ’usage, M. E m ile jîemole, conservateur de la salle des A r mures, qui a entrepris le classem en t r a tio n nel des collections confiées à sa garde, en
e x p o s e ra l ’intérêt et en signalera les pièces Jÿs plus remarqualbes.
. Grâce à l ’am abilité des organisateurs de Im position de peinture française, l ’accès des salles du m usée, où son t réunis m om en ta nément les ch efs-d ’œ u vre picturaux du X I X e siècle, sera autorisé sp écialem ent a u x jnembres de la Société auxiliaire, le lundi 10 jui», à 5 h. M. A. B o v y , conservateur du Mueée des B eaux-A rts, d on t la oom pétence Ki matière de peinture française e st bien M>nB«e, guidera les v isiteu rs e t com m entera uour eux, devan t les œ u vres elles-m êm es, fos principales étap es de la peinture moderne.
' Nous rappelons que ces conférences offer"
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auK ir.tir.bres de la S ociété auxiliaire t accessibles à to u te personne qui dès à présent adhère à ce groupem ent, m oyennant la cotisation annuellle. Adhésions au tré sorier de la Société auxiliaire, Musée d ’art é t (i'htstoire.Les Conférences
L’impôt direct fédéralPour donner su ite à leurs séances d ’édu cation oivique, l’U n ion des fem m es e t l’A sso ciation pour le suffrage fém inin organisent, pour m ardi 28 m ai, à 8 h. 30 du soir, d in s leur local, rue E tien n e-D u m on t, 22, une réunion consacrée au su jet de to u te a c tu a lité de l ’im p ôt direct fédéral. M. P a u l La- chenal, a v o c a t e t d ép u t >, exposera le m éca nism e de notre sy stèm e d ’im pôts e t l’appro che de la v o ta tio n fédérale attirera certai nem ent un nom breux public fém inin dési reux de se renseigner exactem en t. Cette séance e st, com me les précédentes, ouverte à tou tes les fem m es.
M. Gabriel Mourey à l'Exposition d’art français
On nous prie d ’annoncer que M. Gabriel Mourey, conservateur du Palais national de Compiègne, bien connu de notre public com m e écrivain d ’art, fe ia mardi prochain, 28 mai. à 2 h. 1/4, une conférence au Musée d ’art e t d ’histoire, dans l ’une des salles consacrées à l ’E xposition d ’art français. Nul doute que les am ateurs no profitent de l'o c casion qui leur e st donnée de visiter cette exposition avec un guide aussi com pétent.
Au profit des Colonies de vacances
U n e gracieuse f ê t e se prépare d a n s la S?]le com m unale d e P ia in p a la is, pour la soirée du 31 m ai prochain. I l s ’a g it d ’une représentation en fa n tin e organisée par les jeunes filles d e s classes .supérieures du boulevard Carl-Vogt, au p rofit d e s C olonies d e vacances d e C lain n on t e t d e P ia in p a lais. A vis à tous les a m isd e s enfant» qui pou r ron t a in si contribuer à u n e bonne œ u vre e t encourager n os fille ttes dans leurs m o d e ste s essais artistiq u es.
Nouvelles religieuses
Cercle protestant de Carouge
M^rdi soir, à 8 h. %, assem b lée gén érale extraordinaire, au local, sa lle paroissiale, C harm ettes. L ecture du procès-verbal d e l’assem blée g én érale d u 20 jan vier; d isc u s sion sur les projets d e règlem ents d e l'a s sem blée co n su lta tiv e d e l'église.
Correspondance
IndifférenceU n e mère de famille... cou s écrit : « Les- occasion s de faire assister nos e n fants à une cérém onie m ilitaire et p a trio ti que r.e so n t pas asse« fréquentes à G enève pour ne pas en profiter lorsque le cas s ’en présente.
C’est pourquoi beaucoup d.e parents ont, com m e m oi, déploré que la cérém onie de la
rem ise des drapeaux des bataillons gen e vois n ’ait pas é té fix ée à une heure où les élèves des Ecoles auraient pu y assister.
Je me dem ande fei le com m andem ent n ’a u rait- pas i>u faire là une. p etite concession, bien légère, il me sem b le. E n tou s cas, le d é partem ent de l'in stru ctio n publique aurait- d û y penser et se dire que c ette cérém onie patriotique valait, à elle seule, plusieurs le çons d ’instruction civiqu e.
On n 'y a m ême pas songé un instan t. B ien plus, M. le directeur du Collège a fait une v i site dans quelques classes entre 11 heures et midi pour contrôler si tous les élèves et m a î tres étaien t bien là !
N e v o u s sem b .e-t-i. pas a’ ssi, que »a p.aee de nos en fan ts aurait dit être .à-bas à »a plaine de P,ainpaxais pour acciam er nos so l d a ts de retour des frontières e t voir claquer au v en t les drapeaux de nos deux bataillon s, sym b oles de la patrie ?
Qu’on ne se plaigne plus après cela que notre jeunesse m anque d’enthousiasm e pour l’arm ée si l’exem pie de l’indifférence îeur vien t d ’en hau t ! »
NOS E XP OSAN TS
Exposition des eaux-fortes de J. Mégard <; Vues du Vieux Genève »
T<e Musée des Arts décoratifs ft oignui»,é dans la falle de». E stam p es une exposition du. portefeuille très com plet du peintr graveur J. M égard. récem m ent décédé.
Ce so n t c\es eaux-fortes e t pointes sèches, vues de l'ancienne G enève, docum ents pré cieu x exécutés pour la plupart d ’après n a ture et accom pagnés pour quelques-uns des dessin s originaux.
V
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Les Journaux
La
presse suisse
LA CONVENTION
D e la Neue Zürcher Zeitung :
« Le nouveau tra ité ne nous assure qu’une s ta b ilité relative et tem poraire.
E n outre, la form idable élévation du charbon qui y e st prévue fera peser sur notre économ ie nationale des charges don t on ne se rend pas su ffisam m en t com pte dans cer tains m ilieux. Quelques concessions faites au chauffage dom estique et a u x petits consom m ateurs n ’em pêchent pas que nous irons au d e v a n t d ’un nouveau et très sensible renchérissem ent de la vie. »
D es Basler Nachrichten :
« La solution intervenue n ’es t nu llem en t l ’idéal, su rtout en ce qui concerne les con- o es.« ion s relatives au contrôle. La solution idéale aurait été de pouvoir bénéficier de l’offre française intégrale en profitant en rn.ême tem p s fie l ’im portation allem ande qui n'aurait guère baissé, étan t donnée l ’augm en tation du p rix de la houille. Mais c ette so lu tion »urait pu donner naissance à un d iffé rend. économ ique avec l ’A llem agne; celle qui a é té adoptée est en to u t cas la-plus p ra tique, parce qu’elle sem ble exclure des conflits d ’un cô té com m e d ’un autre. a
De La Revue :
«C e que l ’opinion ne peut accepter sans am ertum e, c ’est de voir introduire dans notre régim e économ ique une servitu de nou velle et. ouvrir ainri la voie à une réplique qui a été suffisam m en t indiquée par la n ote fran çaisç de sam edi. N ous croyions être arrivés au ter m e des concessions faites au détrim ent de
notre' lib erté économ ique. Mais nous avons d e sérieuses raisons de craindre que nous ne so y o n s au contraire au début d ’une ère n o u velle de d ifficu ltés et d ’hum iliations, i
D u Luzerner Tagblatt :
« Les m otifs qui ont fait que le Conseil féd é ra l a ratifié la convention so n t de force m ajeure. M ême ses m em bres rom ands se so n t tenu s sur ce terrain. Le C onseil fédéral fut unanim e e t v o u lu t être unanim e. Le peuple su isse le sera évid em m ent au ssi; d ’ailleurs, le nouveau tra ité, qui assure pour neuf m ois le ravitaillem en t en m atière prem ières, sem ble avoir rencontré l ’appro bation de l ’industrie. » .
D u Berner Tagblatt:
« I l faut unir dans une m êm e recon naissance M. Schu lth ess, in ju stem en t sou p
çonné (1) par une p e tite partie de notre
presse, les négociateurs allem ands, d on t l ’a t titu d e fut particvMèrtonent ctmicale. (2), lors que la F ran ce fut intervenue e t enfin la F ran ce, grâce à laquelle le charbon pourra être plu s largem ent réparti à la population, » (1) et (2) (C’est nou s qui soulignons. H éd. )
LA VOTATION DU 2 JUIN
D e la Thurgauer Zeitung :
« L es im p ô ts d irec ts oan ton au x p ersiste raien t aussi (en cas d ’acceptation d e l’in itia tiv e . B td .). I ls o n t toujours é té là et seront certain em en t indispensables to u t en m ar q u ant un pen ch an t m a n ifeste à la hausse. La. propagande favorable à l ’in itia tiv e du 2 juin ou b lie v o lo n ta irem en t, afin d e passer outre à u n e v é rité fon d em en tale, qu’un s y s tèm e fin ancier m o d em en e pourra rep oser que sur u n e base form ée d e la com b inaison , lo g i que e t raisonnable d es d e u x form es d ’im pôts.»
M H M O H A IV D K J M
LUNDI
Salle M uriaet. — M olard. (. E xposition dt d essins e t aq u are lle s d’a rtis te s g e a e fo lé d f XlXme siècle.
Croquis de g u o rre. — 9 h. à m idi, 2 à 5 li. R a du P rin ce, 11,1er, b ib lio th èq u e. Exposition a l p e in tre aux a rm é e s , P B ertran d .
C roix-B leue.- 8 h . 1/4 s .f lu e V ollin, 12; pince J a rg o n n an t, 51, m uison de p aro isse ; ru e des Voisins, 6; ru e de NeucliiUel, 39, salle de p a
ro isse ; ru e P ierre-F alio , 8, au 1er, section d t Rive. Kéunions.
Société a u x iliu ire .du Musée de G enève. — 5 li. V isite de l’e x p o sitio n de p e in tu re fran çaise, au M usée d’a r t e t d 'h isto ire .
In s titu t J.-J. R ousseau. Ecole des scien ces di l’é d u c a tio n . — 5 li. C onférence dé M. P ie r r i B ovet: l’E d u c a tio n civique en p a y s onglo-sa'
x o n s et ch ez nous. 1
C ercle des A nnales. - 8 h. 1/2. Q uai de la P oste, 10, nu 1er. Séance.
Com mission des m én a g ère s.S -i h. Rue Etien* n e -ü u m o n t, 22, au 1er. B ureau de re n seig n e
m ents. .
o n ic e e t m usée p e rm a n e n t de l’in d u s trie g e nevoise. — 2-5 h eu res. B â tim en t électoral^ e n tré e p ra tu ite .
E xposition d’a r t fran çais. — 10-12, 2-5 11, Musée d’a r t et d’iiistoire.
. MARDI ,
Office e t m u sé e p e rm a n e n t de l'in d u strr« gen'evoise. — 9-12, 2-5 li. B âtim en t é le c to ra l. -»
E n tré e g ra tu ite . . _ .
E xposition d ’a r t fra n ç a is . — 10-12; 2-5; Musé* d’a r t e t d’histo ire.
C roix-B leue. — 8 h . 1/1, ru e T ro n cliln , sa lle de le P ra irie ; rue des P lo n ta p o rê ts , 4, m a iso n de paro isse. R éunions.
Salle M uriset. — M olard, 4. E x p o sitio n da d essin s e t a q u a re lle s d’a r tis te s genevois du XIXme siècle.
In stitu t J.-J. R ousseau. — 5 h. C ours de Mi Ch. Baudoin : « T olstoï é d u c a te u r ».
S o ciété de T héologie e t do l ’hisQjophie. 8. h e u re s . Casino de S t-P ierre. S éance.
Union des Fem m es.— 10 ii. à 6 h. rue Etienne» D um ont, 22. sé a n c e d ’éd u ca tio n civique. 1.7m« p ô t d irec t fédéral. O ra teu r, M. P a u l L acherm lj a v o c a t et député.
Ferdinand
Hodler et le peuple
suisse
Au moment où disparaît le plus illustre des artistes de la Suisse, deux de uos collaborateurs qui furent ses amis, MM. Jaques-Dalcroze et Baud-Bovy, ont bien voulu écrire pour nos lecteurs
les magistrales études qu’on va lire, où l’homme que fut Hodler revit de façon saisissante et où l ’œuvre du grand peintre se dresse tout entière dans sa puissance et dans sa beauté
.
Ce ne so n t p a s les singularités d u l-yle, l'originalité des procédés, e t la à n ta isie de3 images q u i p eu v e n t suffire
k c o n s titu e r la géniaiité d ’une œ uvre.
Se q u i d istin g u e u n hom m e de génie à ’un hom m e de ta le n t, c ’est q u e ce dernier reste , en ses recherches, isolé des a rtiste s spécialisés en d ’au tre s taran- ches que ia sienne, isolé au ssi de la p e n sée com m une d u peuple d o n t il fait p artie, m êm e s’il se r a tta c h e à une école, m êm e s’il en est le cré a te u r incontesté. L ’hom m e de génie, lui, est le p ro d u it direct d ’un développem ent sp iritu e l et social, le rep résen tan t d ’u n miiieu, — et son œ uvre exprim.e spon tan ém en t l’âme m êm e d ’une race. Qu’ii nous soit p e r m is a e p a rle r ici d u g rand p e in tre d is p a ru , non en spécialiste des a rts p ic tu ra u x , m ais en m usicien a d m irate u r de son génie ry th m iq u e e t en conci toyen conscient de ia p a r t im m ense que son œuvre a p p o rte a u p atrim o in e a rtis tiq u e national.
L ’in té rê t p o rté p a r lui à nos efforts a rtistiq u e s personnels e t la sy m p ath ie .affectueuse q u ’il nous a to u jo u rs t é
m oignée nous o n t été u n c o n sta n t récon f o r t . E t le sen tim en t que nçys .avions de v o ir nos p réoccupation?-tàuC ltiraî1 le çy th m e p arta g ée s en u n r a u tr e 'd a m a in e j> ar c e t hom m e génial et'
. ia' so u te n u à m a in te reprise au-' Cônis" de n os recherches. N ous consi&ii&fâ-cùiti-
m e u n devoir d ’a p p o rte r à -s»' -mémoire
;ï’hom m age de n o tre fervente affection, d e n o tre respect
et
de n o tre reconnaiss a n c e . • ,
Voilà une tre n ta in e d'années déjà q u e les éducateurs se ren d e n t’ com pte d u rôle que le îy th m e est appelé à jouer d a n s la renaissance de l’a rt, en unifiant to u te s les m anifestations d u beau et en les an im an t du même frisson de vie. L e principe an im ateu r de l’œ uvre hod- iérienne est le ry th m e et- c ’est p o u r quoi son œ uvre nous a p p a ra ît ém inem m ent musicale (au sens grec du m ot) (1), e t c'est pourquoi aussi elle sy n th é tise notre tem p éram en t n atio n al q u i est essentiellem ent ry th m iq u e . P o u r se re n dre com pte de l’âme suisse, les a n a ly stes de dem ain se pencheront su r les rouvres d u g ran d bourgeois de Genève;
(1) T ant de musiciens n’ont pas l'âm e m usicale, tant de peintres son t musiciens sans le savoir !
R om ands e t A llém ans o n t com pris, eu ap p re n a n t sa m o rt dim an ch e d er nier, q u ’il v e n a it de se pro d u ire u n m a l h eu r irré p arab le, e t q u e le p ay s p e rd en H odler un hom m e dans i’œ uvre d u quel se tro u v e n t concrétisées to u te s les asp iratio n s de ses concitoyens, d o n t sa p e in tu re fixe à jam ais le ca ra c tè re .
L a p lu p a rt des œuvi'es des grands peintres suisses p o u rra ie n t être a d a p tées p a r le3 peuples q u i n o u s environ n en t. Celles de H odler re ste ro n t n e tte ment- de chez nous. Ni l’Allemagne, ni la F ra n ce ne rev en d iq u ero n t son génie com m e é ta n t des leurs. H odler est de chez nous ,de p a r ses défau ts a u ta n t que p a r ses q u alité s. C’est un être entier, s’affirm ant en to u te franchise, en to u te robustesse, et te l q u ’il est, n ’ac ce p ta n t aucune com prom ission, ne c h e rch an t ni à séduire, ni à s’im poser, ne faisant aucune concession, m ép risan t to u te d i p lom atie, v o u la n t la v érité, lu tta n t e t se sa crifian t p o u r elle... N ’est-ce p as là l ’hom m e suisse, te l q u e le passé nous le p résente, te l q u e veulent absolum ent le reste r les hom m es suisses d ’au jo u r d ’hui ?
II est m alheureusem ent bien ra re de ren c o n tre r un hom m e arriv é à la n o to rié té çrui c o ô s é r v e t o n t e aw oim pliêité et sa c a n d eu r e t auquel les flatteries c o n sta n te s de son en to u ra g e ne com m u n iq u en t p a s u n c e rta in besoin de p a ra ître s’affirm an t soit en a ttitu d e s th é â tra le s, soit en discours fébriles, so it en silence p éd a n t, soit m êm e — et c ’est le p ire — en m odestie affectée ! Que de fois reg retto n s-n o u s d ’avoir fa it la connaissance d ’hom m es célèbres, si so u v e n t se révèlent-ils inférieurs à l’im age que nous nous en forgions d ’après leur œ uvre ! H odler é ta it l’exem pie p a rfa it de l’hom m e convaincu, re g a rd a n t en face avec c a n d eu r les hom m es e t la vie. E t ta n t, ta n t d ’am our p o u r la beauté, et ta n t , ta n t d'indulgence p o u r les hommes! Comme ii é ta it simple en sa recherche c o n stan te de la beauté, comme on le se n ta it possédé p a r l’irrésistible besoin d ’elle. Comme T àine le d isa it de Oarlyïe : « Il e n tra it à ch aq u e p a s dans les figures ; il d o n n a it un corps à to u te s ses idées, il a v a it besoin de to u c h er des formes. On v o y a it q u 'il é ta it obsédé et h a n té de visions é c la tan tes ou lugu bres ; ch aq u e pensée en lui é ta it une secousse ; u n -Ilot de passion fum euse a rriv a it en bouillonnant dans ce ce r
veau reg o rg ean t e t u n to r r e n t- d ’im ages y d é b o rd a it e t ro u la it avec lui to u te s les boues e t to u te s le3 splendeurs ; il p o u v a it raiso n n e r ; il " fallait q u ’il p e ig n ît !... »
Comme il é ta it sim ple lo rsq u ’il ex p rim a it ses idées su r le ry th m e, su r l’a r t des oppositions e t des redoublem ents de ligues, de l’équilibre e t des co n tra ste s ! Comme ii é ta it sim ple e t in g é n u ce geste fam ilier de sa jolie m a is ro b u ste, à l’aide d u q u el il exposait son g ra n d p rin cip e de la sy m é trie : il o u v ra it à dem i la m a in arro n d ie, doigts fléchis, en d isa n t : «V oyez la belle courbe e t le beau, ry th m e », puis a p p liq u a n t l’a u tre m ain c o n tre la prem ière, doigts co n tre doigts, d an s la- m êm e a ttitu d e , il a jo u t a i t : « V oilà la co u rb e d evenue p lu s belle encore e t le ry th m e plus a ffir m a tif; les d eux a ttitu d e s se com p lèten t et p ro d u isen t une force e t une b ea u té nouvelles : celles de l’u n ité ! » Comme il é ta it sim ple , aussi lorsqu’il s c ru ta it la n a tu re o u \yie œ uvre d ’a r t de son œil aigu e t mobile, to u jo u rs p r ê t à saisir un tr a i t de b ea u té , glissant su r les laideurs, im p ré g n an t sa vision d u reflet d ’un am our im m ense d u b e a u ! Nulle indécision en son jugem ent, aucune réticence, une gronde indulgence, main aussi un besoin absolu de vérité, u n res p ect to u c h a n t de la p ersonnalité h u m a in e ! Ah ! c ’est q u ’il a v a it eu a u tr e fois t a n t à souffrir d u jugem ent p réc i p ité des hom m es, t a n t à c o m b a ttre con tr e l’étroitesse d ’esp rit de quelques-uns de ses concitoyens ! Ceux-ci se so n t au jo u rd ’h u i convertis à son a r t, e t il est de m ode d ’ad m irer to u te son œ uvre. Mais c e tte tran sfo rm atio n de l’opinion est-elle bien due , com m e l’a écrit l’a u tr e jo u r P aul Heippel, son prem ier p ro p ag a te u r, à une évolution générale des esprits, à une orien tatio n définitive vers la largeur de pensée et vers la joie? Hélas, nous voudrions bien q u ’il en fû t ainsi, m ais nous croyons q u e to u s les faux scrupules ne so n t p a s m o rts, que to u te s les défiances ne so n t p as dissi pées, q u ’il existe encore chez nous bien des préjugés co n tre l’a r t, et. q u e les H o d ler de dem ain, s ’il en n a ît jam ais, a u ro n t à lu tte r encore.
N ous avons en Suisse beaucoup de n e tte té dans ia sim plicité d ’expression des idées, niais p eu de n e tte té d an s la sim plicité d ’expression des im ages. Dès que nos a rtiste s, p ein tres, rom anciers
o u m usiciens, o n t à ex p rim er des ém o tio n s com plexes, ils p e rd e n t ieur sens; inné de l’o rd re . C’e s t q u ’il est ra re q u e ies a rtiste s de chez nous aien t b e a u coup d ’im a g in a tio n ; q u a n d ils en on t, ils en so n t presque effrayés et. ne savent p a s c o o rd o n n e r, leurs sentim ent«. E n Suisse rom ande l’on raisonne plus, aisé m e n t que l’on n ’im agine. Des q u alité s estim ables de logique dans l'en c h aîn
e-F o r d i n a n d HODLER
m ent des idées ne rem placent- p a s les successions rapides d ’ém otions sp o n ta nées, c ré a n t des im ages étincelantes q u e leur course violente, cu lb u te les unes su r les autres, form ant de leurs fo rtu ite groupem ents des com binaisons to u jo u rs renouvelées. T a n t de personnes dise n t chez nous que les a rtis te s « c ’est to u s des fous !» I l y a là sans d o u te un fonds de v érité, m ais en a rt, la folie n’est-elle p a s le com m encem ent de la sagesse? Les a rtis te s de génie v iv e n t dans des contrées inconnues q u ’ils créent e t re tra n sfig u re n t co n stam m en t e t dans lesquelles il p e u t bien leur ê tre perm is parfois d ’errer e t de se p erd re, ta n d is q u e les «bou rg eo is» n ’ont, aucxyn m é rite à ne s ’égarer jam ais, p u isq u ’ils n ’a rriv e n t p a s à s o r tir d u connu, e t so n t — sans le savoir — priso n n iers de leur m anque d ’im agination. Les a rtiste s cré a te u rs possèdent c e p en d a n t des q u a lités d e m ém oire e t de précision q u i
leur v a u d ra ie n t l’estim e des bourgeois si ceux-ci so u p ç o n n aie n t leur - existence. U n p ein tre, p a r exem ple, se sou v ien t de ch a q u e d é ta il des. im ages qui o n t frap p é son œil. son esprit les classe, les groupe e t les com bine, e t tr a n s form e ch a q u e élém ent p o sitif de m ou vem ent en form es idéalisées, pénétrées d ’ém otion e t de se n tim e n t. Mais l’im p o r ta n t est que ce so it la sensibilité q u i serve d e p o in t de d é p a r t à leur «Mivre. Or, beaucoup de gens de chez nous se « g en d a rm en t » encore co n tre les ém otions artistiq u e s, et o n t p e u r de déchoir en se la issa n t aller à leur sensi bilité n atu relle. N otre peuple ne d e v iendra foncièrem ent a rtis te que grâce à une éducatio n d u te m p é ra m e n t e t de la sensibilité.
H odler é ta it à la fois un a rtis te p rédestiné e t u n tra v a ille u r conscient. D ’aucuns l’o n t m êm e — à cause du côté conscient de son effort. — qualifié d ’a rtis te réa liste ! L a grâce et le natu rel, p o u r tro p d ’ignorants, ne sau raien t être le p ro d u it que de l’inconscience. Or, en a rt, le n a tu re l est presque to u jo u rs le résultat, de to u te une série d ’élim ina tions, de sacrifices, de tran sp o sitio n s et de ch an g em en ts de m ise en p la ce q u i to u s relèvent d irec tem en t de la cons cience: L ’ordre, la sym étrie, l’a r t des p rép a ra tio n s e t de l’équ ilib re q u i co n s tituent. l’harm onie de l’œ uvre achevée, d épendent de la faç o n d o n t l’a rtis te s a it sub o rd o n n er ch a c u n des élém ents ry th m iq u e s d u th è m e à tr a i te r à la sy n th èse de ces élém ents, à l’unité r y th m ique. Le ry th m e est l’essence anim ée d u se n tim e n t; l’im pulsion p rim itiv e du m ouvem ent sous la form e m êm e que lui im prim e la p rem ière poussée des ém otions. L e ry th m e élém entaire — p o u r dem eurer en é t a t d ’anim er i’œ uvre d ’un m ouvem ent co n tin u harm o n ieu se m en t réglé, — a besoin d u concours de la m esure en to u te s ses subdivisions. R y th m iq u e e t M étrique so n t à la base de l’œ uvre d ’a r t. «L es atom es, — d it E m erson — d an sen t en cadence, ils su iv e n t les lois harm onieuses qui font de la su b sta n c e la p lu s com m une de la n a tu re , un m iracle de b ea u té a u x yeux de n o tre intelligence. L a science, loin de dépouiller la n a tu re île son charm e m ystérieux, nous révèle ainsi, p a rto u t, des harm onies ca c h é e . ».
Il est to u jo u rs in té re ssa n t de dev i ner la p erso n n a lité d ’un a r tis te sous,
les fo rm e s.d iv erses q u ’engendre sa fa n ta isie , de la v o ir se m odifier, selon les é ta ts m om entanés de son. in stin c t e sth é tiq u e , de la su iv re en les expériences successives q u e lui d ic te son "tem péra m ent. Mais ce n ’est p a s le déploiem ent de c e rta in s procédés orig in au x d ’expïes- sion q u i p e u t ’ d onner à l’œ uvre d ’a r t une v aleu r h u m a in e ; c e tte v aleu r dé p e n d d e la rech erch e sincère e t de l’a m our p ro fo n d e t désintéressé du Beau. Com bien d ’a rtis te s n ’a rriv e n t à progres ser q u e grâce à l’im pulsion d ’u n désir égoïste de développem ent d u « soi » e t n ’a im e n t la n a tu re q u e p o u r ies pos sibilités q u ’elle leur p ro cu re d ’affirm er leur vision personnelle e t de donner u n cours varié à leur fan ta isie ! Les grands c ré ate u rs, eux, o u b lien t —■ dès q u ’ils so n t en face de la b ea u té — to u t ce q u i n ’est p as c e tte b ea u té elle-même. Ils s ’a p p liq u en t u n iquem ent à ex p ri m er les ém otions q u ’elle leur suggère. Iis s ’effacent d ev a n t elle, s ’en fo n t les serv iteu rs passionnés e t fidèles, ils c h e r c h e n t à se sacrifier à elle, à s’élever à son n iveau ; ils lui o u v ren t to u t g ra n d leur cœ u r frémissant- p o u r q u ’elle y p é n è tre to u t entière-. Qu’im p o rte n t les p ro c é dés e t les m éthodes, q u ’im p o rte n t les in stin c ts sensoriels harm onisés o u s a u vages, q u ’im p o rte n t la te c h n iq u e e t la science, si l’am our n ’est p a s là, l’a-: m o u r de ia vie dans la b è a u té e t - d e la b ea u té d an s la vie ? Oui, sa n s do u te, il existe, des lois q u i p e rm e tte n t à l’a r tis te de d o n n er une form e p a r f a ite au x im ages q u e lui d ic te son in tu itio n ; il existe des prin cip es fo n d am e n tau x d ’o rd in atio n des ligues, d e ju x ta p o s i tio n e t de m élanges des couleurs e t des sonorités, m ais d an s i’œ uvre accom plie, rien ne d o it tra n s p a ra ître de to u te c e tte science. Seule, l’ém otion d u ry th m e — c ’est-à-dire la v érité expressive, le p rin cip e d ’idéal, l’essence créatrice, l’h a r m onie fondam entale de la n a tu re — d o it se révéler im m éd iatem en t, ainsi q u ’un retiet- d irec t, sp o n ta n é e t fidèle d u B eau.
Le p ro p re de F e rd in a n d H odler é ta it de se diffuser d an s les choses q u ’il v o y ait, e t ses oeuvres c o n stitu e n t u n e expansion a p p a re n te de to u s les sen tim en ts de curiosité a rd e n te p o u r les ry th m e s de la vie et. de ia n a tu re q u i an im en t sa p e r so n n a lité a rtistiq u e . C ette p réo ccu p a tio n co ntinueiie des m ouvem ents est b ien fa ite p o u r in té resse r les m u
siciens. H odler est:, ce rtain e m e n t .de, leurs ! N ul p lu s e t m ieux -eue . lui ne pos sède f à r t d ’associer e t d e dissocier lei m ouvem ents, d ’ac c e n tu e r les unissons, de c ré er des co n tre-p o in ts, de tr a ite s sy m phoniquem ent les se n tim e n ts hu* m ains e t de choisir p o u r leur expres* sion ies gestes e t les a ttitu d e s p ro p re s à leur o rch e stratio n . Cette- sym phom - s a tio n co rrespond, en o u tre, à l ’é ta t d ’âm e e t au x a sp ira tio n s d u p e t it peu* p ie q u e nous som m es, de c e p euple q u i cherche à accorder t a n t d e tempéraments* divers, à organiser t a n t de vouloirs différents e t à im prégner t a n t d e m ou vem ents en ap p a ren ce c o n tra d icto ires, d ’un m êm e ry th m e social de lib er tu fièrem ent conservée e t d ’u n io n joyeu« sem ent consentie. C ’est p o u rq u o i l’œ u v re d ’H odler d e v ra it non seu lem en t ê tre analysée p a r nos a rtis te s m usiciens m ais encore ê tre o ffe rte en m odèle au public q u e nous av o n s la m ission d ’in i tie r à u n a r t su p é rie u r d u se n tim e n t, à u n a r t d ire c te m e n t in sp iré à n o tre p eupie p a r les in s tin c ts coiiectifs dea races diverses q u i le c o m p o se n t. Nos a ffin ité s plus o u m oins é tro ite s avec les écoles d 'a r t des g ra n d s pays- voisins p o usseront to u s nos spécialistes à te n te r plus t a r d des. yefchetche». d ’u n ca rac» p in s in d iv id u el -d an s w sftdom ainea p articu lie rs d e -là: ftensibriifé'iefc..de’ .1* fa n ta isie a rtistiq u e s. Mais il e s t c e r ta io q u e n o tre n a tio n de bergers ro b u stes, d ’hom m es libres h a b itu é s à d éten d ra leurs d roite, de souples, g y m n astes, d e tire u rs a d ro its e t de grim peurs in tr é pides, a tro u v é eu Hod'.er le p e in tre q u ’ii lui fallait, le re p ré se n ta n t fidèle de son âm e nuancée, de son geste raid e m ais m u ltip le e t de son c œ u r in n o m b rable. Pins q u e ja m ais la Suisse a besoin de c o n n a ître son âm e, de rep ren d re c o n ta c t avec celle des an c être s, d e ia juger à tra v e rs les âges, de ia co m p arer avec celle d ’a u jo u rd 'h u i e t de s ’en re* forger une p o u r dem ain, aussi fière cls aussi p u re . D e c e tte connaissance d é p e n d e n t nos a c te s fu tu rs et n o tre fu tu re existence.
Seule l ’âm e p e u t conduire le corps, coursier t a n tô t p o n c if, t a n t ô t . r é t i f e t sauvage, dans les voies, que l'e sp rit lui tr a c e .
E . J A Q U E S-D A 1(1 ROZ E .
L’Œ UVRE DE FERDINAND HO DLER
« L ’a rtis te est u n voyant q u i dégage! Quels so n t ses dons? L ’h a b itu d e de ré-de ch aq u e chose v u e valeur intim e, in a - fléchir, de se c o n c en tre r; le besoin de p erç u e ju s q u ’à lui », écriv ait B arthélém y I l’o b se rv a tio n ; une solide s a n té ; u n puis- Menn à m on père. E n tre tous, H odler s a n t te m p éram en t. L ’a rt, le cerveau, le justifie c e tte définition. Il a consacré sa
vie, dépensé sa c h a ir e t son sang, à dégager avec to u jo u rs plus de clarté et d e force c e tte valeur intim e q u ’il s ’a p p li q u a it à d éc o u v rir. R ien ne l’a re b u té d an s c e tte recherche o ù il s e n ta it o u e le m o t « gloire », — q u ’il n ’a jam ais confondu avec le m ot « succès », —• tro u v a it son sens v éritab le . Au fu r e t à m esure q u ’il 8’a v a n ç a it d an s son étude, il p e r fe c tio n n ait les moyens d ’exprim er la v é rité sans cesse nouvelle, à -chaoue jo u r plus h u m a in e et plus générale qti ’ i y p ou rsu ivait. M erveilleux effort que rien n e re b u ta e t q u i, de l’hostilité même du d e s tin , se faisait u n levier. Plus d u re lui é t a i t l’existence, e t plus ap re sa joie in té rie u re . D a n s s a cham bre glacée de la ru e d u R hô n e, d an s son é tro it a telier de la G ra n d ’R ue, il se so u v e n ait des félicités m erveilleuses entrevues, pressenties, t a n dis que, p a r les m atinées cWté; ivre de cla rté e t d u ray o n n e m en t des cim es en v iro n n an tes, e t d u m iro item en t d u lac h upied d u vieux c h â te a u , e t de la sp len deur des vergers, il su iv a it d u p a s léger de la jetmosse, la ro u te d e S teffisburg à T houne. E t, t o u t en b u v a n t d ’u n m é c h a n t v in bleu, to u t en m a n g ean t un m orceau de p a in dur, sans q u itte r son chevalet, il s’a c h a rn a it à conquérir, à
corps, to u t chez lui é ta it sain. E n arri v a n t à Genève il s’é ta it in scrit à la faculté des ie ttres de l’U n iv ersité; il a b o rd a mê me la théologie; les m a th ém atiq u es l’é m e rveillaient; il les é tu d ia avec passion. On l’a tro p fa it passer p o u r un inculte. « J ’ai beaucoup lu, autrefois, m e djsait-il, m ais c ’est VIliade q u e j ’ai relue le plus s o u v e n t» ..., e t il a j o u ta i t: « S i je m ’é ta is je té dans la litté ra tu re ou dans la science, j 'y au ra is p e u t-ê tre également- réussi ; a u jo u rd ’hui je suis p e in tre , e t je n ’o uvre p lu s guère ies livres p arc e q u ’ils m ’enseignent m oiD s de choses que mes
yeux ». •
U n te m p éram en t d ’a rtis te , — e t po u r ta n t p o in t de facilité ! C’est p o urquoi d u ra n t plus de dix ans, il p e in a avec tant, d ’acharnem ent p o u r conquérir sa liberté d ’allure.
Daus^ la p a re n té intellectuelle q u e to u t cré a te u r a le privilège de se choi sir, il v a d ’ab o rd a u x espagnols à Ve- iasquez, à R ibera, q u ’il ne co n n aît en- coie que p ar clés reproductions, et c ’est l’époque de ses prem iers p o rtra its , Y E tu
diant, le peintre dans son atelier, auquel
je faisais ailusion pius h a u t.
Puis, un in sta n t, il se to u rn e vers H olbein, p e in t {'Ecolier, Y Avocat. C’est, dans le P aysan mort, la Femme sur son rendre v éritab le m en t sienne, à d o u er d é l i t de mort (1876), dans le g rand Me-v ie, de sa Me-vie, c e tte adolescente Me-vision
tlu bonheur.
Menn, en d o n n a n t à son esp rit l’ar- nxature des grandes lois q u i régissent IA rt, e t à son caractère, la tre m p e de • ordre latin , lui av a it ap p ris à ap p re n d re ; »U propre e t a u figuré il lui a v a it mis en m ain l’équerre e t le fil à plom b d o n t le jeune a rtiste a fuit dans u n de ses p o r tra its com me ie sym bole de au v o lo n té
Nfsrulatrice. ,
nuisier (1875), que se m arq u en t les 'ré su l
ta ts de cet effort. L ’E spagne (1878), la fré q u e n ta tio n des m aîtres dont- il a tant, rêvé, l’em plissent d ’hum ilité. Quelle m odestie to u t à coup, e t presque, quelle tim id ité dans ses paysages des eirvirons de M adrid ! L a g ran d e leçon q u ’ii tir e de ce voyage est d e co m p ren d re ce q u e les m aîtres espagnols doiv en t à leur pays; L ’E spagne le to u rn e vers la Suisse. Dèa lors appavaiaient dans son œ uvre
ces paysages des bords de l’A rve et d u R hône, de la Jo n c tio n , d u P la te a u de St-Georges, d u p ie d d u Salève et des rives d u lac de T houne q u ’il a im a it à revoir. Les incom parables Corot de n o tre musée lui se rv e n t alors de guide. Avec la même conscience q u i p o u ssait Corot à rec h er cher, quinze séances d u ra n t, la valeu r d ’un volet v e rt, H odler dessine ie b ra n chage d ’u n arb risse au frileux le long d ’une g ran d e ro u te, la grâce penchée d ’u n saule, o u les stra tific a tio n s des fa laises de la Jo n c tio n . E t parfois, re to u r n a n t b rusquem ent son pinceau, se ser v a u t d u m anche com m e d ’u n b u rin , il grave dans là p â te fraîche le p ro fil d ’un tro n c ou d ’un rocher.
L a p e tite é tu d e de Samoëns, La Jo n c
tion (1882) exposées à la galerie Moos,
so n t ty p iq u es, de c e tte période. A p a rt- quelques cam arades q u i p a r ta g e n t sa p au v re té , à p a r t B arthélem y-M enn, nul ne co m p ren d a u to u r de lui, l’in té rê t des q u alité s e t d e s d éfa u ts q u i le di/ßrencient e t le distinguent. P o u r m anger, p o u r se v êtir, c ’est à vil p rix , q u ’il doit céder les adorables toiies que se d isp u te n t a u jo u rd ’hui les a m a te u rs. L orsque ce cruel destin le révolte, il p e in t, p a r vengeance, et p a r défi le Hodler en colère d u m usée de Berne, o u le Guerrier furieux (1884) de celui de Genève. D eux écrivains genevois, P aul Seippcl, B onifas, osent p o u r ta n t annoncer l’av en ir q u i l’a tte n d . E t ces prem iers tém oignages d ’ad m iratio n lui valent, plus de d é tra c te u rs q u e d ’ad m i rate u rs. A uto u r de lui to u t s ’assom brit. L a m ort les uns après les au tre s, frap p e les siens. Il ne v o it p a r to u t q u e deuil, souffrance e t m isère. « Alors, derrière chaque visage, me disait-il, je discernais une tê te de m ort.» C’est l’époque de la
N u it (1890) e t des Las de Vivre (1892).
CMest le m om ent aussi, où, à tra v e rs les discours de sou am i, le p o è te Ducho- sal, il su b it l’influence d u m ouvem ent sym boliste, et com pose ia Communion.
avec V In fin i, V E lu, Y E urhythm ie (1893).
L ’année sui vante ii p ren d p a r t a u concours p o u r le M arignan , — il brosse les belles figures destinées à décorer les piliers, d ’un des b âtim e n ts de l’E x p o sitio n n a tio n a le q u i s ’ouvre à Genève. L ’in té rê t q u ’o n t éveillé ses œ uvres à P a ris en 1891, a p o rté fru it. L ’E xposition n atio n ale de Genève est la prem ière v é rita b le vic to ire q u ’il rem p o rte d an s sa p a tr ie ; la C onfédération y a c q u ie rt son cortège des
Lutteurs-, e t la p lu p a rt des critiq u es r e
connaissent e n lu i u n d escendant d u vieux T obias Stim m er.
D ans le crépuscule pesant, o ù il se d é b a tta it en proie a u ca u ch e m a r de sa détresse, se creuse u n tro u d ’azu r. L ’a u be d ’une existence p lu s heureuse com m ence d ’ÿ luire. Trois an s a p rè s la B a
taille de Naefels, e t m algré les luttes- n o u
velles que iui v a u t, à Z urich, l’exécution d u M arignan, i\ je tte .a v e c le Jour, clair e t r e te n tis s a n t coiAme u n yodle de nos m ontagnes, son. p rem ier c h a n t de bpn- h eu r. N om breux fu re n t ceux q u e le su c cès v e n a it d e co n v e rtir à l’a d m ira tio n de ses guerriers o u de la N u it, q u i refusèrent de le su iv re dans la voie où il s ’engageait, e t criè re n t à l’im p o stu re. H odler n ’en a v a it cure. L ibre de trav a ille r, m arié à la jeune fem m e q u i a lla it ê tre la co m p ag n e de son labeur, e t la plus c o n sta n te de ses inspiratrices, il s ’épanouissait, e t la issa it la lum ière ino n d er son cœ u r e t ses toiles. Il ne m a u d it p lu s ; il b én it. L a co n v ic tio n se précise en lui q u e ce qui unit
les hommes est plus fort que ce qui les d i vise.
C’est à exprim er c e tte v é rité q u ’il v a s ’em ployer. Im pression, V Am our, le R e
gard dans V I n fin i, VHeure sacrée, ces
nobles com positions, se succèdent sous ses pin ceau x . V ienne e t M unich, entre tem ps, l ’aoclam ent chef d ’Ecole. U n in s ta n t m êm e nous le voyons influencé (dans la m esure o ù il p o u v ait l’être) p a r la «vmbolisme allégorique q u i sévit o u
tre-R h in . L a Vérité tém oigne d ’un flé chissem ent q u ’il c o n s ta ta it lui-même sévèrem ent. Mais u n voyage en Ita lie l’éc a rte de l ’ornière, am plifie sa vision. L ucas Signorelli, p lu s p e u t-ê tre que Giot.to, est à m on idée l’u n de ses p rin ci p au x in itia te u rs. Iena, U nanim ité; p o r te n t la m arq u e des leçons q u ’il p uisa d ans la co n tem p latio n de ce m aître.
Lors de l’in au g u ratio n du m usée des B eaux-A rts, à Zurich, en av ril 1910, nous eûm es, m on am i A lfred C artier e t moi, une longue confidence de H odler, su r son a r t : «... J e suis re sté des années, nous disait-il, sans revoir m on M arignan, au Musée n atio n al, L a p rem ière fois que je l’ai revu, j ’en ai été trè s m é co n te n t. Les figures m e p ara issa ien t m an q u er d u m o dèle, d u relief, que j ’avais cru leur donner. P o u rta n t l’im pression p ro d u ite p a r le dern ier guerrier qui se d étac h e d u groupe, se d éto u rn e, m e t en valeur le le n t recul de là m asse, est: assurém ent, tr è s forte. Mais j ’a i depuis cherché a u tre chose, e t q u i me sem ble 'd a v a n ta g e .
D an s :la N u it déjà, j ’avais com m encé à m u ltip lie r l’effet q u e je voulais p ro d u ire p a r des ré p é titio n s ; m ais des rép é titio n s de ta c h e s et de couleurs ; là c’est, le noir, sym bole de l’om bre, q u i dom ine. C’est v o tre père, D aniel, q u i m ’a donné l’h e u reuse idée d e réu n ir p a r u n d ra p noir, les d eu x groupes d u prem ier p la n . Mais je préfère Y Eurythm ie. C’est une de mes toiles les plus sim ples — ces grandes parallèles, ces blancs, ces pria sim ples qui font, su r ies pieds de déli c a ts orn em en ts, — e t dans le h a u t, la su ite des tê te s balancées p a r la m a r c h e ... U n a u tre de mes ta b le a u x qui n’a p a s é té aim é, m ais q u e j ’aim e moi, ce qui su ffit, c ’est les q u ato a femm es qui s ’a v a n c e n t. On y reproche dea fautes de d étail, les femmes tro p longues, les cuisses tro p grosses-., oui, il y a des négligences,
mais l’im p o rta a t c ’est q u e le d é ta il ne „ . . . _____ _ pas»« va# avaut i'eeseptiel. C’e?f; con yu çjjeu m sa vision, et, selon l’wjpressiou de
q u a n d vous vous étonniez, une fois, de la positio n d u b a te a u dans la femme coura
geuse. J e n ’avais p as de quoi me p ay e r
de grandes to iles; j ’au ra is p u . com m e vous le pensiez, ne m o n tre r q u ’une p a rtie de la b arq u e . Mais il fallait d onner l’im pression d u p e tit b a te a u p e rd u su r le lac dém o n té; j ’ai préféré m o n tre r l’eau to u t a u to u r du b a te a u e t faire celui-ci tro p p e tit. J ’ai eu raison. D ’ailleurs, p o u r en rev en ir a u x 4 femmes il y a des ta s de gens qui considèrent la fem m e com m e une poupée, q u i s ’en fo n t c e tte idée, e t ne sa v en t p a s aim er véritablem ent, la n a tu re . D ans ce ta b lea u , il y a u n seul geste, les m ains jointes, u n geste q u i exprim e la m êm ç chose, m ais avec des différences C’est-ce q u e je veu x . Ce q u e je cherche, ce que je com m ence à tro u v er, c’est, l’u nité , u n ité to u jo u rs plus a rc h ite c tu rale. Les a u tre s p e u v e n t chercher des choses p lu s am u san tes, avec d av a n ta g e de personnages. Moi, je cherche toujours p lu s une sèule chose, et. à l à d ire aussi'for- te m e n t-q u e possible. C’est cela qui m ’a fait co n n aître. A quoi bon les finesses de fa c tu re ; ça n ’est, p as l’im portant.^ Ce q u ’il faut a v a n t to u t, c ’est ia clarté, la su ite, la sim plicité.»
De Velasquez et d ’H olbein à Corot e t au x im pressionnistes, de Corot à Signo relli, son a d m iratio n allait, alors a.ux Grecs, au x E gyptiens s u r to u t. « Plusieurs corps hum ains, inspirés p a r une m êm e p e n sée, une m êm e ém otion, fo rm en t u n en sem ble m o n u m e n ta l d ’où sim plem ent d o it se dégager une idée sim ple », me d isait-il à Z urich, l’été dernier, d e v a n t les 5 fem mes q u ’il a p e in te s p o u r décorer l’escalier de la K u n sth a u s, — « Voyez, u n même bo nheur les anim e e t des lignes de leurs corps fa it un m onum ent à la n a tu re »
L a n a tu re ! com m e to u s les gv^nrls. il y a sa n s cesse ret.femp« ses forces, ta îA im i c a i / i o i n n Ai- o o l n n l U v n r a ^ û i n n rl<
B arthélem y-M enn, « n etto y é ses verres de lunettes ». Il en a p p o rta it à ses élèves, à ses am is, le souffle to n iq u e . « M on chef
D aniel, m ’écriv ait-il en mai 1910, à la
su ite d ’une conversation, couchez-vmu
sur le ventre pour regarder la terre; en* suite couchez-vous sur le dos pentr regar der le ciel. I l y a encore autre chose que la lecture. E t m aintenant merci pour Ut reste. J'a tten d s les événements ».
Ja m ais je n ’ai passé une heure aveo H odler sa n s m ’ê tre se n ti plein to u t « coup d ’un nouveau courage, d ’une a r deur vivifiée. A l’encontre de B œ rk liu . il ne se d é to u rn e jam ais ni d e la n atu re , n i de la vie. E t ii n e cessa de se m êler à n o tre existence nationale. L orsque noua lui p ortâm es, un m a tin de l’au to m n e 1914, René M orax, M arcel R ouff e t moi,, le te x te de la p ro te sta tio n c o n tra le bom bardem ent d e R eim s, lui q u i d ev a it ta n t à l’Allemagne, il n ’h é s ita p a s à signer. - > - - ‘
'L ’Allemagne l’a v a it chargé de décorer deux de ses p rin c ip a u x édifices; la F ra n ce l’a v a it nom m é dans l’o rd re d e la L égion d ’honneur. E t Genève ! S ans l’énergie d e M. P iguet-F ages, conseiller adm inistra.- tif, le c a rto n de M arignan nous auraifc échappé. Les événements, auxquels il fa it allusion dans le billet tr a n s c r it plu» h a u t, o n t tr a i t à la com m ande que je c h e r chais à o b te n ir de la Ville, d 'u n e su ite da p an n e a u x décoratifs, p o u r le Musée d ’Arb et. d ’histoire. C’é ta it en 1910. E lle n ’a é té décrétée q u ’en 1917. Trop ta r d h éias, com m e p o u r Rodo. Que toHe ceux d u m oins, q u i com prennent a u jo u rd 'h u i quel b ie n fa it a été p o u r Genève e t p o u r n o tre p a y s to u t entier, la form ation
et
l’œ uvre d ’u n génie si p u issam m ent na« tional, aident à l'accom plissem ent
du
vœ u formulé naguère p a r R o b e rt
d#
Tra*. e t assu ren t à n o tre m usée quelques* u n*3 de ses dernières couvres.