B.
LECLERCQ
INRA Station de Recherches avicoles
Nouzilly
37380 MonnaiePossibilités d’obtention
et intérêt
des génotypes maigres
en aviculture
Considérées
commedes
sourcesde viande maigre, les espèces avicoles
n’ont fait l’objet jusqu’à présent d’aucune sélection particulière contre l’état d’adiposité. Les croisements commerciaux actuels, fruits d’une sélection intense et exclusive
surla vitesse de croissance, produisent des
carcassesde plus
enplus grasses. Les sélections expérimentales entreprises pour la
production de lignées maigres ont conclu à des avantages substantiels. Les
nouveaux
génotypes peuvent représenter
unprogrès significatif des filières avicoles de demain.
L’aviculture est demeurée très
longtemps-là
seule
production
de viande dont lesproduits
étaient commercialisés entiers, sans subir
aucune transformation industrielle
après
abat- tage. C’est aussi laproduction
où lesprogrès
dela
génétique
ont été lesplus spectaculaires.
Lapetite
taille desespèces,
leurprolificité,
le fai-ble écart entre
générations
et la concentration de l’activité de sélection au sein dequelques
firmes
privées
sont autant de facteursqui
ontlargement
favorisé leprogrès génétique.
Celui- ci, essentiellement basé sur l’amélioration de la vitesse de croissance, s’est peu à peu accompa-gné
de caractères défavorables notamment les troubles locomoteurs et l’excèsd’adiposité.
Orparallèlement
l’industrie avicole s’est orientée deplus
enplus
vers la transformation de sesproduits ;
enparticulier
vers ladécoupe
et lavente des carcasses en morceaux
(cuisses, filets, etc).
Lacomposition corporelle
est doncdevenue une
préoccupation
deplus
enplus importante
chez toutes lesespèces (poulet, canard, pintade
et, dans une moindre mesure,le
dindonneau). Longtemps
les moyens de luttecontre
l’engraissement
ont été d’ordre nutri-tionnel. On peut affirmer sans
exagération qu’aujourd’hui
l’aviculturegaspille
unepartie
desprotéines
alimentaires(en particulier
lesoja d’importation)
à la seule fin de faire mai-grir
les animaux et d’abaisser l’indice de consommation.C’est
pourquoi l’approche génétique
estapparue de
plus
enplus
urgente.Presque
simultanémentplusieurs
sélectionsexpérimen-
tales ont étéentreprises
dansplusieurs
labora-toires
européens
afind’explorer
cette voie etd’en évaluer les avantages. Nous rapportons dans cet article les
principales acquisitions
réa- lisées à cette occasion et nous tentons d’endégager quelques
éléments deprospective
pour la filière avicole.La répartition des lipides
de réserve
Les viandes de volailles ont la
réputation
d’être des
produits
pauvres enlipides ;
c’esttout
particulièrement
le cas dupoulet,
de ladinde et de la
pintade.
Toutefois toutes lesespèces
avicolespossèdent
des tissusadipeux plus
ou moins abondants etrépartis
différem-ment selon les
espèces.
Le canardprésente
desRésumé
--La sélection
pratiquée
en aviculture sur la vitesse de croissance a conduit à laproduction
d’animaux deplus
enplus
gras. Orl’importance
desdépôts adipeux
est un caractère à héritabilité
élevée,
cequi
autorise une sélection efficace vers lamaigreur.
Les sélectionsexpérimentales
réaliséesjusqu’à présent
utilisent commeparamètre
soit l’efficacitéalimentaire,
soit leslipoprotéines plasmatiques
de trèsbasse densité soit
l’importance
du tissuadipeux
abdominal mesuré sur collaté-raux
après abattage.
Ces différentes méthodes ontpermis
d’obtenir aisément desgénotypes maigres.
Ceux-ciprésentent toujours
un indice de consommationplus faible,
une meilleure efficacité de la transformation desprotéines
alimentaires enprotéines corporelles,
un meilleur rendement en carcasse et uneplus
forte pro-portion
de muscles. L’orientation de la sélection de toutes lesespèces
avicolesvers une amélioration des
qualités
de carcasse et enparticulier
la réduction de l’étatd’engraissement peut représenter
unprogrès
notable en aviculture.dépôts
sous-cutanés trèsdéveloppés.
Lepoulet
est en moyenne moins gras et les
dépôts
sous-cutanés sont nettement moins
importants.
Le dindonneaupossède
des tissusadipeux
detaille limitée. Dans tous les cas les femelles sont
toujours plus
grasses que les mâles. Chez uneespèce
comme la dinde ce sont ellesqui
posent leplus
deproblèmes.
Toutes lesespèces
aviaires
présentent
undépôt appelé
« gras abdominal» qui tapisse
la cavité abdominaledepuis
lecloaque jusqu’autour
dugésier
et del’oesophage.
Ce tissu(ou
cestissus)
a faitl’objet
d’études et de mesures
particulières
pourplu-
sieurs raisons :
1)
c’est un ensemble de tissusqui
neprésentent
aucun intérêt, contrairementaux tissus sous-cutanés nécessaires à la
présen-
tation des carcasses et éventuellement à l’éla- boration des arômes du
poulet
lors de la cuis- son,2)
c’est un excellent indicateur de l’étatgénéral d’engraissement
comme cela a pu être démontré non seulement chez lepoulet (Del- pech
et Ricard 1965,Leclercq 1983)
mais aussichez le canard de Barbarie
(Leclercq,
nonpublié).
Dans le tableau 1 nous avons rassem-blé les valeurs actuelles
(mesures récentes)
deteneurs en
lipides
totaux et deproportions
degras abdominal observés chez les différentes
espèces exploitées
par l’aviculture intensive.Le gras abdominal est un tissu
adipeux
àdéveloppement
tardif comme laplupart
des tis-sus
adipeux
internes(figure 1).
Le gras abdomi-nal, exprimé
par rapport aupoids vif,
est moinsdéveloppé
chez le mâle que chez la femelle. En outre, comme cela a été montré à demultiples
occasions, cedéveloppement
se ralentit chez le mâle àl’approche
de la maturitésexuelle,
alorsque chez la femelle ce tissu
poursuit
sa crois-sance et
peut représenter jusqu’à
13 % dupoids
vif chez des
reproductrices
lourdes non ration-nées. Les
triglycérides
de réserves contenusdans ce
dépôt représentent
donc une part crois-sante des réserves totales du
poulet
à mesureque l’animal
vieillit ;
cetteproportion
étant tou-jours
un peuplus
élevée chez la femelle(figure
2).
Evolution de l’adiposité
au coursde
la sélection
Les
espèces
d’intérêt avicole ont toutes faitl’objet
d’une sélection intensive sur la vitesse de croissance. Chez lepoulet
legain génétique
est en moyenne de 40 g par an
depuis plus
de30 ans ; ce
qui
conduit à réduirechaque
annéed’environ un
jour l’âge d’abattage
defaçon
àproduire
unpoulet
depoids
constant(environ
2
kg
depoids vif).
Le canard deBarbarie,
dontl’amélioration
génétique
estplus
récente, est, lui, abattu àl’âge
fixe(autour
de 12semaines)
et à un
poids
vif deplus
enplus
élevé. C’estainsi
qu’entre
1974 et 1989 lepoids
du mâle estpassé
de 3,4kg
à 5kg.
Lagénéralisation
de ladécoupe
est àl’origine
de cet alourdissement del’espèce.
Pour lepintadeau
la situation estintermédiaire ; l’âge d’abattage
a été réduit d’une semaine et lepoids correspondant
aug- menté(1,3 kg
à 12 semaines en 1975, 1,5kg
à11 semaines en
1989).
L’utilisationquasi
exclu-sive du dindonneau en
découpe
lerapproche
du caneton de Barbarie de ce
point
de vue.L’alourdissement des
espèces
à unâge
donnéest donc un
phénomène général.
Il s’est accom-pagné
d’undéveloppement
excessif del’adipo-
sité ; observation manifeste à unâge donné,
mais moins
flagrante
à unpoids
donné. Nousavons réuni dans le tableau 2 des références fournissant entre 1965 et 1988 les critères
d’adiposité
dupoulet
de chair àl’âge d’abattage
dans les conditions normales
d’élevage.
Lescomparaisons
dans le temps sonttoujours
déli-cates
puisque,
si l’évolution desgénotypes
estmanifeste,
celles des conditionsd’élevage
n’estpas
négligeable
nonplus.
Ent!articulier
on saitdepuis longtemps
que la teneur enprotéines
des aliments estsusceptible
de modifier nota-blement
l’adiposité
despoulets.
Une inflationcertaine des apports
protéiques
au-delà du besoin de croissance peut être observéedepuis
une
vingtaine
d’années. Ellecorrespond
essen-tiellement à la nécessité de réduire
l’engraisse-
ment et d’améliorer l’efficacité alimentaire.
C’est
pourquoi parmi
les données des réfé-rences du tableau 2 nous n’avons retenu que
L’état t
d’engraissemen
test
positivement
tcorrélé au
poids
vif àun
âge donné.
Lasélection sur la vitesse de croissance
a
donc
conduit à sélectionner les animaux lesplus
gras.les valeurs
correspondant
aux aliments decaractéristiques proches
des conditions usuellesd’élevage.
Ce tableau montre nette- ment une réductionrégulière
del’âge
d’abat- tage, alors que lespoids
vifs demeurentprati- quement
constants. Parallèlement on observeune
augmentation,
certes moinsrégulière
maissignificative,
de laproportion
du gras abdomi- nal et deslipides
totaux.Il existe
plusieurs explications
de cet accrois-sement
régulier
del’adiposité.
Lapremière
estla corrélation
positive
entre étatd’engraisse-
ment et
poids
vif à unâge
donné.Quelques
références sont fournies à ce
sujet
pour le pou- let dans le tableau 3. Siquelques
auteurs netrouvent pas de corrélation
significative,
laplu- part
observent des valeurspositives proches
de+ 0,5. Il s’ensuit que le fait de retenir lors de la sélection les animaux les
plus
lourds commeparents
de lagénération
suivante entraîne enmême temps la sélection des
géniteurs
lesplus
gras. Des observations
identiques
ont été faiteschez le canard de Barbarie
mâle,
chezlequel
une corrélation hautement
significative
de +0,64 a été calculée entre le
poids
vif et la pro-portion
de gras abdominal(Leclercq
et de Car-ville
1978),
comme cela estrapporté
dans letableau 4. Il en est de même aussi chez le
pinta-
deau chezqui
les corrélationsphénotypiques
sesituent entre + 0,5 et + 0,7 à
l’âge
de 12semaines
(Blum
etLeclercq 1978).
Une seconde
explication possible, qui
n’ex- clut pas laprécédente,
réside dans la modifica- tion de la forme de la courbe de croissance. Eneffet, chez le
poulet,
la sélection sur la vitessede croissance
s’accompagnant
d’un raccourcis- sement de la duréed’élevage
tend à accélérer lavitesse de croissance au cours de la
phase pré-
coce de cette courbe. Or, il semble exister une
corrélation entre la forme de la courbe de crois-
sance et
l’adiposité.
Comme l’a montré Ricard(1978)
ensélectionnant,
àpartir
d’une mêmepopulation
debase,
deslignées
à courbes de croissance de formesdifférentes,
lespoulets
àcroissance initiale
rapide
etpoids
vif maturefaible sônt nettement
plus
gras que lespoulets
à croissance initiale lente et à
poids
vif matureélevé. L’observation
réciproque
a été réaliséepar nous-même sur deux
lignées
sélectionnées defaçon divergente
sur laproportion
de gras abdominal àl’âge
de 9 semaines : lalignée
mai-gre
présente
une croissance initialeplus
lenteque la
lignée
grasse, maisparvient
à unpoids
adulte
plus
élevé(Leclercq
et al1989).
Héritabilité
de l’état d’engraissement
et sélections expérimentales
Les
équipes
de recherchesfrançaises
se sontles
premières préoccupé
du contrôlegénétique
de
l’engraissement.
Dès 1967, Ricard et Rouvier(1967
et1969)
ont estimé l’héritabilité de l’en- semble descaractéristiques anatomiques
chez deuxlignées
depoulets :
le Bresse-Pile(1967)
et le Cornish
(1969).
Parmi les nombreux para- mètres étudiésfigure
le « gras abdominal» qui,
à
l’époque, présentait
undéveloppement
trèsmodéré. Le critère retenu a été la déviation par rapport à la droite de
régression
linéaire entre le « gras abdominal » et lepoids
vif. L’héritabi- lité de ce critère a été trouvéeégale
ousupé-
rieure à 0,50. Les valeurs exactes sont rappor- tées dans le tableau 5 ; nous y avons
joint
les observations réalisées àpartir
de 1980 parplu-
sieurs
équipes
àpartir
du moment où le déve-loppement
du tissuadipeux
aposé
des pro- blèmes sérieux à laproduction
avicole. Les cri-tères utilisés sont soit le rapport gras abdomi-
nal/poids vif,
soitlipides totaux/poids vif,
soitl’écart à la
régression
linéaire entre gras abdo- minal etpoids
vif soit enfin l’écart à larégres-
sion entre le rapport gras
abdominal/poids
vifet le
poids
vif. Tous ces critèresprésentent
desvaleurs calculées de l’héritabilité très élevées et
le
plus
souventsupérieures
à 0,50. Ils sont confirmés par les valeurs des héritabilités réali- sées(Leclercq
1988, Cahaner1988).
Il est doncmanifeste
qu’une
sélection contrel’adiposité
est tout à fait
envisageable.
Il convient cepen- dant :1) de
trouver une méthode aisée d’éva-luation des
dépôts adipeux
que l’on souhaiteréduire, 2)
d’estimer lesréponses
d’autres para- mètreszootechniques,
enparticulier
desréponses défavorables, qui
sont corrélés avec lesdépôts
gras.Méthodes de sélection
contre l’adiposité
__Le
principal problème
rencontré pour la miseen œuvre
pratique
d’une sélection contre l’adi-posité
est une estimation de l’étatd’engraisse-
ment
qui
soitrapide
et nondestructive,
c’est-à- direqui puisse
êtreappliquée
à l’animal vivant, candidat à lareproduction.
Ilfaut,
deplus, qu’elle puisse
être mise en oeuvre sur degrands
effectifs
(plusieurs milliers).
A l’heure actuellece
problème
n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante chez lepoulet.
La seule méthode
envisageable aujourd’hui
est basée sur l’indice de consommation
(rap-
port entre consommation d’aliment etgain
depoids).
Eneffet,
le coûténergétique
d’ungramme de tissu non
adipeux
est nettementLa
sélection
sur l’indice de consommation
permet,
à même vitesse decroissance,
de réduirel’état
d’engraissement
des poulets.
inférieur à celui
d’un
gramme de tissuadipeux (en
moyenne 2,8 contre 10kcal/g).
Ceci est dûsurtout au fait que les tissus non
adipeux
ren-ferment
principalement
de l’eau(65 %)
et desprotéines (18 %) ;
alors que les tissusadipeux
renferment surtout des
lipides (85
% enmoyenne)
et peu d’eau(environ
10%).
Commele coût
énergétique
desynthèse
d’1 g delipides
et de 1 g de
protéines
sont assezproches, compte
tenu des rendementsénergétiques
trèsdifférents,
ledépôt
d’i g de tissuadipeux
est 3à 4 fois
plus
coûteux dupoint
de vueénergéti-
que que celui de 1 g de tissu non
adipeux.
Ondoit donc s’attendre à ce que des
génotypes maigres présentent,
toutes choses étantégales
par ailleurs
(en particulier
la vitesse de crois-sance),
un indice de consommation inférieur à celui desgénotypes
gras. C’est ce que confir-ment toutes les observations faites sur
lignées expérimentales. Réciproquement
les sélectionsexpérimentales
réalisées sur l’indice de consommation aboutissent à laproduction
d’animaux
qui
tendent à êtremaigres.
L’efficacité alimentaire
(ou
l’indice de consommationqui
est soninverse)
est uncaractère à héritabilité moyenne
(entre
0,30 et0,40).
Nous avons rassemblé dans le tableau 6 lesprincipales
références sur cesujet, qu’il s’agisse
d’héritabilité calculée ou réalisée.Selon les auteurs les valeurs vont de 0,20 à 0,70. La
principale
raison de ces différences doit venir vraisemblablement desdispositifs expérimentaux
utilisés. En effet dans ce typed’expérience
on doitdisposer
deplusieurs
cen-taines
(voire milliers)
de cages individuelles. Or dans de telles installations on observe très sou- vent des effets du milieu(effet
defaçade, d’étage...) plus
ou moinsimportants qui
ris-quent
de réduire l’héritabilité s’ils sontignorés
dans les calculs ou s’ils ne sont pas réduits par
une
conception judicieuse
dudispositif.
La sélection sur l’indice de consommation est donc
possible.
Deux sélectionsexpérimen-
tales ont été réalisées
récemment,
l’une en Aus- tralie(Pym
et al1979),
l’autre en Hollande(Leenstra 1988).
Cette méthode de sélectionprésente
de nombreux avantages etquelques
inconvénients. Elle
permet
de réduire l’étatd’engraissement
et le besoinénergétique
d’en-tretien des
poulets.
Elle augmente ladigestibi-
lité des
lipides
alimentaires(Leenstra
et al1988).
Deplus,
comme l’indice de consomma-tion est corrélé avec la vitesse de croissance
(corrélation phénotypique
de -0,25),
la sélec-tion vers une réduction de cet indice tend aussi à augmenter la vitesse de croissance. Enfin ce type de sélection réduit
significativement
la fré-quence et la
gravité
de ladyschondroplasie,
l’un des troubles locomoteurs les
plus répan-
dus chez lepoulet (Leenstra 1988).
Cephéno-
mène n’a pas trouvé
d’explication.
Un desinconvénients de la sélection sur l’indice de consommation est
qu’elle
réduit indistincte- ment tous les tissusadipeux,
alorsqu’un
effortspécifique
doit être fait contre le tissu abdomi-nal. En revanche la
présence
d’un minimum detissus
adipeux
sous-cutanés est souvent souhai- tée chez laplupart
desespèces
avicoles.D’autres
méthodologies
de sélection sontenvisageables
pour réduirel’engraissement.
L’une d’entre
elles,
basée sur la mesure deslipoprotéines
de très basse densité(VLDL)
a ététentée par Whitehead et al
(1982)
chez le pou-let. Chez des
poulets
nourris, la teneur duplasma
en VLDLprésente
une corrélation de l’ordre de + 0,6 avecl’engraissement.
L’hérita-bilité de ce constituant
plasmatique
est enmoyenne de 0,50
(Whitehead 1988).
Ils’agit
donc d’une mesure indirecte del’engraisse-
ment
qui
al’avantage
de ne pasperturber
l’ani-mal. Plusieurs inconvénients doivent toutefois être
signalés.
Tout d’abord ce critère de sélec-tion semble
plus
efficace pour sélectionner des animaux gras que des animauxmaigres (White-
head et Griffin
1988).
Comme la sélection surl’indice de consommation, celle
qui
est baséesur les VLDL tend à réduire indistinctement
tous les tissus
adipeux,
sans effetspécifique
surle gras
abdominal, dépôt
àsupprimer
enprio-
rité. En outre cette méthode
oblige
àprélever
un échantillon de sang dans des conditions très
précises
d’alimentation.Enfin,
même correcte-ment
automatisé,
ledosage prend
un certain temps. D’autresparamètres plasmatiques
ontété
proposés.
Lestriglycérides plasmatiques (Leclercq
etGuy 1988)
sont corrélés avec laproportion
de gras abdominal(en
moyenne r =+
0,50).
Lesphospholipides plasmatiques,
témoins de la concentration en
lipoprotéines
dehaute densité
(HDL), pourraient
eux aussi, être utilisés(Leclercq
etGuy 1988).
Ils ne sont pas influencés par l’état nutritionnel(à jeun
ounourri)
etprésentent
une corrélationpositive
avec l’état
d’engraissement ( + 0,30).
Enfin chezle
poulet
la sélection sur laglycémie
basale peut modifier l’étatd’engraissement :
les ani-maux à
glycémie
élevée étantmaigres (Leclercq
et al
1987). Quels qu’ils
soient, lesparamètres plasmatiques présentent
des limitesd’interpré-
tation et d’utilisation. La concentration d’un constituant du
plasma
est la résultante d’en- trées et de sorties dupool plasmatique.
Lasélection
risque
donc de modifier les unes et les autres en même temps, rendant l’efficacité de ces méthodes incertaine à moyen terme.Elles
peuvent cependant
rendre des services à court terme ; parexemple
l’élimination despoulets
à concentrationsplasmatiques
élevéesde VLDL doit certainement contribuer à
suppri-
mer des animaux très gras et abaisser ainsi l’état moyen
d’adiposité
de lapopulation.
La sélection sur collatéraux a fait ses preuves
en sélection
expérimentale. Quatre équipes
de recherches l’ontpratiquée (Cahaner
1988,Leclercq
1988, Leenstra 1988, Lilburn1988).
Théoriquement
cetteméthode, qui
consiste à estimer legénotype
d’un candidat à la repro- ductiond’après
la valeur de n frères ou demi- frères sacrifiés pour la circonstance,représente
une perte d’efficacité et un coût non
négligea-
ble
(Mallard
et Douaire1988).
Son intérêt est néanmoins àprendre
en considération du fait :1)
de l’héritabilité très élevée du rapport grasabdominal/poids
vif,2)
de l’efficacité observée lors des sélectionsexpérimentales, 3)
de laréduction
plus spécifique
dudépôt
abdominalpar
rapport
aux autres tissus. La mesure asso-ciée d’autres critères de carcasse, tels que le
développement
des muscles pectoraux peut redonner de l’intérêt aux mesures sur collaté-raux en attendant la découverte de méthodes
non destructives. Enfin il faut
rappeler qu’il
existe
toujours
une corrélationpositive
etmodérée entre
poids
vif et étatd’adiposité,
toutau moins chez les
espèces
à faibleadiposité
comme les
volailles, qui
faitqu’une
sélectionvers la réduction de
l’engraissement
tend à sefaire un peu au détriment de la vitesse de crois-
sance. Heureusement la valeur de la corrélation est suffisamment faible pour permettre une sélection
spécifique
del’engraissement.
Letableau 7 résume les avantages
respectifs
de lasélection sur l’indice de consommation et de la sélection sur le
dépôt
gras abdominal.En conclusion il est
probable
que la solutionpratique
soitpeut-être
la combinaison deplu-
sieurs méthodes de sélection. Selon
l’espèce
etselon la
stratégie
du sélectionneurplusieurs
combinaisons dans le
temps
ou à un instant donné peuvent être en effetenvisagées.
Intérêts zootechniques
et technologiques des génotypes
maigres
Efficacité
alimentaire
Le
premier
intérêtzootechnique
desgéno-
typesmaigres
est leur meilleure efficacité ali- mentaire.Quel
que soit le mode de sélection utilisé l’amélioration est substantielle etdépend,
bien évidemment de l’intensité de la sélection vers lamaigreur.
Dans la sélectionexpérimentale
réalisée en France, deuxlignées
ont été obtenues par sélection
divergente,
l’uneen vue d’accroître le gras
abdominal,
l’autre en vue de la réduire. Partant d’unepopulation
oule rapport gras
abdominal/poids
vif était de 2,7 % chez les mâlesâgés
de 62jours
il a étépossible
en 7générations
deparvenir
à unelignée maigre
où il est de 1 %. S’il existe un rapport de 1 à 4 pour le gras abdominal entregénotype maigre
etgénotype
gras, le rapportentre
lipides
totaux n’est que de 1 à 2. Dans cesconditions la différence d’indice de consomma-
Les
lignées maigres transforment
tles protéines
alimentaires en
protéines corporelles
avec une
meilleure efficacité
queles
lignées
grasses chezqui
unepart
des acides aminés estutilisée
pourla
lipogenèse.
tion est en moyenne de 0,20
(200
g d’aliment parkg
depoids vif).
Si on admet que la sélec-tion a été à peu
près symétrique,
legain
parrapport à la
lignée
dedépart
est demoitié,
soit - 0,10, c’est-à-dire une économie de 100 g d’ali-ment par
kg
depoulet produit.
Dansl’expé-
rience de sélection réalisée en Ecosse et basée
sur les VLDL
plasmatiques
leslipides corporels
de la
lignée maigre représentent
13,4 % dupoids
vif à la 7°génération,
alors que le lot témoin est à 16,4 %. La différence d’indice de consommation est de 0,12(Whitehead 1988).
Dans
l’expérience
hollandaise(Leenstra 1988)
la
lignée
sélectionnée pour un faible pourcen- tage de gras abdominalprésente
un rapport de1 à 2,2 pour ce critère par rapport au lot témoin ; la différence d’indice de consomma-
tion est de 0,11 mais elle doit être un peu moins
prononcée
si on raisonne àpoids
vifégal,
lalignée
témoin étant nettementplus
lourde quela
lignée maigre.
Au cours de cette mêmeexpé-
rience la
lignée
sélectionnée pour une efficacité alimentaire élevée se caractérise par un rapport de 1 à 1,55 pour laproportion
de gras abdomi-nal ;
la différence d’indice est alors de 0,17 parrapport à la
lignée
témoin. Cette différence doitprobablement
être un peuplus
faible si on rai-sonne à
poids
viféquivalent
pour la même rai-son que
précédemment.
On peut donc conclurequ’une
sélection menée defaçon
intensivecontre
l’engraissement
peut permettre d’écono- miser au moins 100 g d’aliment parkg
de pou- let. Legain
doit certainement êtresupérieur
si l’on associe la sélection sur lamaigreur
et la sélection sur l’efficacité alimentaire.Economie de
protéines alimentaires
L’une des retombées inattendues de ces
sélections
expérimentales
concerne l’utilisation desprotéines
alimentaires par leslignées
mai-gres. Dans le tableau 8 nous avons rassemblé les valeurs du rapport
protéines fixées/pro-
téines
ingérées
observées au cours de 5expé-
riences de sélection réalisées sur
poulet
dechair. Une seule
expérience
comporte un lot témoin vis-à-vis delignée maigre.
Les autres associent unelignée maigre
à unelignée
grasse ; ce
qui
rend un peuplus
difficile l’inter-prétation
desphénomènes,
car on ne sait pasavec certitude si la
divergence
vient de lalignée maigre,
de lalignée
grasse ou des deuxlignées
à la fois.
Quoi qu’il
en soit, il ressort nettement de cetableau,
etplus
encore despublications citées,
que les
lignées maigres
transforment les pro- téines alimentaires enprotéines corporelles
avec une efficacité nettement
supérieure
auxlignées
grasses ou auxlignées
témoins nonsélectionnées. Ce
phénomène
est confirmé par Whitehead(1988)
chez leslignées
sélection-nées sur les VLDL
plasmatiques :
l’efficacité est de 0,34 chez lalignée
grasse et de 0,40 chez lalignée maigre.
En moyenne on peut considérerque, par rapport à une
lignée témoin,
le rende-ment de transformation des
protéines
alimen-taires en
protéines
de carcasse est amélioré de 3% ;
cequi
peut se traduire par une économie de 25 g deprotéines
alimentaires parkg
depoulet.
Il s’ensuit que lespoulets maigres
excrètent moins d’acide
urique (Geraert
et al1988
b).
Cettecaractéristique peut
s’avérer inté- ressante pour lutter contre lapollution
azotéepar les fientes dans les zones
d’élevage
intensif.Les mécanismes
qui
sont àl’origine
de cetteutilisation
plus
efficace des acides aminés ali- mentaires à des fins deprotéinogénèse
fontl’objet
actuellementd’investigations.
Il a étémontré que les
lignées
grassesincorporent significativement plus
de carbone 14 des acides aminés alimentaires dans leurs acides gras de réserve(Mammier
et al 1985, Geraert et al1986).
Il y a donc chez eux une déviation méta-bolique, probablement
sous contrôlehormonal, qui dirige systématiquement
une part des acides aminés vers laproduction d’acétylcoen-
zyme A et la
lipogenèse.
Si les
lignées maigres
sont de meilleurs transformateurs des acides aminés alimentairesen
protéines corporelles,
elles sont en revancheplus
sensibles à la teneur de l’aliment en pro- téines brutes dans les zones de variation en-dessous du besoin usuel
(Leclercq
1983, White- head1988).
Laréciproque
avait été observée dès 1980 par Sorensenqui,
voulant sélection-ner des
poulets
économes enprotéines,
avaiteffectué une sélection en
régime
carencé enprotéines. Après
3générations
il observaqu’il
avait en fait sélectionné une
lignée
grasse et moins efficace dans l’utilisation desprotéines
alimentaires. Lesphénomènes
décritsprécé-
demment constituent une bonne illustration des interactionspossibles
entre le milieu et la sélection.Apparemment
leslignées maigres
et grassesréagissent
defaçon parallèle
auxchangements
du taux
protéique
alimentaire pour cequi
concerne l’indice de consommation et l’état
d’engraissement.
A cette occasion on peut aisé-ment
comprendre
l’intérêtpratique
d’une sélection contrel’adiposité.
Lafigure
3 décritl’évolution de l’indice de consommation lors- que les teneurs en
protéines
brutes de l’alimentsont modifiées ; les données
proviennent
de 2expériences
réalisées sur noslignées
engénéra-
tion F3 et F7. On remarque l’évolution
parallèle
des
lignées,
l’écart étantplus prononcé
en F7qu’en
F3. En F3 il faut en moyenne relever de40
g/kg
la teneur enprotéines
de l’aliment dis- tribué à des animauxgénétiquement
gras pour réduire l’indice de consommation au niveau des animauxmaigre.
En F7 c’est une élévation de 100g/kg qui
devient nécessaire. Ces chiffres doivent être divisés par 2 pour obtenir un ordre degrandeur
d’unecomparaison
avec unelignée
témoin. Cettefigure
illustre donc l’inté- rêtrespectif
des deux voiesenvisagées
pour réduire l’indice de consommation dupoulet.
Lavoie nutritionnelle, basée sur la distribution d’excès de
protéines,
trouve ici sa limiteprati-
que au bénéfice de la voie
génétique, plus
lon-gue à mettre en muvre mais moins
gaspilleuse
en ressources
protéiques.
Un
phénomène
semblable est illustré par lafigure
4,rapportant
des observations faites aussi en F3 et en F7. Les différences entreligné.es
sont encoreplus prononcées
que pour l’indice de consommation. En F3 il faut aug-menter de 55
g/kg
la teneur enprotéines
brutesdes aliments distribués au
génotype
gras pour réduire sonengraissement
au niveau dugéno-
type maigre.
En F7l’augmentation théorique
ne peut être estiméepuisqu’il n’y
a pas recouvre-Chez le
poulet,
la
sélection
sur la
maigreur
entraîne aussi
un
développement plus important
tdes
muscles.
ment des deux courbes de
régression.
L’intérêt de la solutiongénétique
duproblème
de l’en-graissement
devient alors encoreplus
mani-feste que pour l’indice de consommation.
Influence sur les
qualités
de carcasseLa sélection de
lignées maigres
réduit bien évidemment les tissusadipeux.
Nous avonsévoqué précédemment
l’incidence de la métho-dologie
de sélection sur larépartition
des divers tissusadipeux,
enparticulier
entre tissussous-cutanés et tissus internes
(gras
abdomi-nal).
Toutefois cette sélection ne se limite pas àces seules
conséquences.
Elle entraîne aussiune amélioration du rendement en carcasse
(poids
de la carcasseéviscérée/poids vif),
undéveloppement
un peuplus important
maissignificatif
des musclespectoraux
et de l’en- semble muscles pectoraux + muscles des mem-bres
postérieurs (cuisse
+pilon).
Cesphéno-
mènes sont illustrés dans le tableau 9 à propos de 2
générations
de noslignées expérimentales.
Les différences ne sont pas
spectaculaires
etpourraient
être sans doute accrues encore parune sélection
spécifique
sur ces caractères ; eneffet les héritabilités mesurées par Ricard et Rouvier
(1967 ; 1969)
laissent supposerqu’une
telle sélectionspécifique
sur ledéveloppement plus important
des muscles chez lalignée
mai-gre est
probablement
enpartie
le reflet de l’orientationparticulière
du métabolisme de ces animaux vers laprotéinogénèse plutôt
que vers lalipogenèse.
Des observations similaires ont été réalisées sur leslignées expérimentales
israéliennes et hollandaises
(tableau 10).
Ils’agit
donc d’une retombée intéressante de la sélection contrel’engraissement
à l’heure où les volailles sont deplus
enplus
vendues enparties découpées.
Des tests
organoleptiques comparatifs
ont étéréalisés en France et en Hollande sur les
géno-
typesmaigres
ou gras et n’ont révélé aucundéfaut
particulier
dugénotype maigre.
A l’échelle du laboratoire(nombre
limité delignées comparées
et desujets testés)
il sembledonc que ce type de sélection n’ait
guère
derépercussion
sur legoût
et la texture des viandes.Autres
conséquences
dela
sélectionpour la
maigreur
L’évolution d’autres caractères au cours des sélections
expérimentales
a faitl’objet
d’obser-vations moins
systématiques
etparfois
pure- ment fortuites. On n’est d’ailleursjamais
sûrque les caractères aussi observés ne soient pas dus au
hasard,
les effectifs deslignées
en sélec-tion étant tout de même assez
réduits,
souvent12 à 15
pères
et 40 à 60 mères parlignée.
Signalons
tout d’abord que chez leslignées
sélectionnées à l’INRA les
poussins maigres
éclosentplus
tôt que lespoussins
gras(Ber- narczyk
et al1984).
Aucuneinvestigation
n’aété
entreprise
pour tenterd’expliquer
cephéno-
mène.
Les animaux
maigres
hollandaisprésentent
moins de
dyschondroplasie (troubles
locomo-teurs)
que les animaux non sélectionnés. Ilssont
également plus
actifs(moins léthargiques).
Cette dernière constatation n’a toutefois pas fait
l’objet
de testsquantitatifs.
Chez les
adultes,
lesaptitudes
à lareproduc-
tion ont été
comparées.
Dans leslignées
INRA, la maturité sexuelle estidentique
et le nombred’oeufs n’est pas modifié. Seul le
poids
de l’cnufet sa