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Article p.1 du Vol.31 n°329 (2012)

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BIOFUTUR 329 • FÉVRIER 2012 1

ÉDITO

Dans le mythe d’Homère, Eos, déesse de l’aurore, demande à Zeus d’accorder l’immortalité à son amant le prince Tithonus de Troie. Mais elle oublie de lui demander une éternelle jeunesse. Tithonus vieillit, devient incapable de

marcher. Eos finit par l’abandonner.

Depuis ces temps mythiques, nous aspirons à une vie meilleure à tous les âges.

Or pour la première fois dans l'histoire de la vie, l’homme est parvenu, par son action directe sur son environnement, à réduire les causes externes de sa mortalité. Au cours des trois derniers siècles en effet, en améliorant les techniques de production et de conservation des aliments – et en diminuant par là même la fréquence et la durée des périodes de disette –, en mettant en œuvre des politiques d’assainissement des milieux urbains et des mesures d’hygiène, en luttant de façon préventive et curative contre les maladies infectieuses, l’homme moderne a accru progressivement sa longévité. En réduisant la mortalité infantile, ce phénomène a initialement profité aux âges les plus jeunes. Mais depuis cinquante ans environ, le gain de longévité se concentre sur les âges les plus élevés, en allongeant la période de vie post-reproductive.

Aujourd’hui, l’augmentation du nombre de personnes vivant au delà de 65 ans pose des défis démographiques, économiques et de santé publique à toutes les sociétés. Avec l’âge apparaissent des déficiences fonctionnelles et des maladies chroniques (maladie dégénératives des articulations, des fonctions cognitives, de la rétine, diminution de la force musculaire et des capacités d’adaptation aux stress en général…) qui, en se combinant, peuvent aboutir à une perte progressive d’autonomie des individus.

Les théories du vieillissement sont nombreuses. Zores Medvedev en avait déjà recensé près de 300 en 1990. On peut cependant retenir un schéma général selon lequel les maladies chroniques, qui apparaissent à la période de vie post-reproductive (40-50 ans dans l’espèce humaine) et augmentent avec l’âge, résultent de dysfonctionnements consécutifs à l’accumulation de lésions cellulaires et moléculaires non réparées.

Madame Jeanne Calment, doyenne incontestée de l’humanité, a atteint l’âge record de 122 ans, 5 mois et 14 jours.

Il est impossible d’observer des cohortes de sujets sur d’aussi longues périodes, c’est pourquoi il est indispensable d’étudier des animaux modèles pour tenter de déchiffrer les mécanismes fondamentaux du vieillissement. On doit au biologiste anglais Alex Comfort d’avoir accéléré, dès les années 1950, le champ de la gérontologie expérimentale grâce à l’étude de nombreux modèles animaux. Des modèles de complexité variable (vers, insectes, souris, primates…) aux caractéristiques moléculaires connues et se reproduisant rapidement et de façon contrôlée en laboratoire on fait leur apparition. Ils ont permis d’identifier des mécanismes moléculaires de contrôle de la longévité conservés au cours de l’évolution. Chez une espèce modèle comme le ver nématode Caenorhabditis elegansdont la durée de vie peut être prolongée jusqu’à 10 fois, il est aujourd’hui possible de vérifier si cet allongement de longévité s’accompagne ou non d’une bonne santé. Le déroulement du mythe de Tithonus est encore au cœur des préoccupations du scientifique même quand il s’agit d’un petit ver d’un millimètre de long ! Toutefois, comme l’indiquent les articles de ce dossier, des précautions doivent être prises pour se garder d’extrapoler trop hâtivement à l’homme les découvertes qui pourraient être faites sur ces modèles simples.

De nouvelles approches d’intégration et de modélisation des informations fournies par les modèles animaux sont en cours de développement. Grâce à la puissance de calcul des processeurs modernes, elles pourraient, dans un futur proche, permettre d’appréhender globalement les mécanismes du vieillissement des organismes complexes dans leur ensemble. Les propriétés de ces mécanismes déclinées à différents niveaux de structure – de l’organe à la cellule, du subcellulaire à l’animal entier – pourraient alors émerger. Une telle approche a déjà été utilisée sur un modèle simple, C. elegans, dont le cerveau se compose de 302 neurones et chez lequel le signal qui initie le vieillissement réside dans un ensemble de 7 neurones seulement. G

Simon Galas

*

, Philippe Guillet

**

* Université Montpellier 1 - Faculté de Pharmacie Biotechnologies du vieillissement 1919, route de Mende, F34293 Montpellier Cedex 5

**HealthCare Solutions Unit - Therapeutic Strategic Unit Aging - Sanofi-R&D 1 avenue Pierre Brossolette , 91385 Chilly Mazarin Cedex simon.galas@univ-montp1.fr

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