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Robert Ortavant : témoignage
Denis Poupardin, Robert Ortavant
To cite this version:
Denis Poupardin, Robert Ortavant. Robert Ortavant : témoignage. Archorales : les métiers de la recherche, témoignages, 1, Editions INRA, 205 p., 1997, Archorales. �hal-02834594�
R.O. — Je suis né dans le Limousin, le 1er Avril 1924. Est-ce à cause de ma date de naissance que j’ai tou- jours eu du mal à me prendre au sérieux ? Toujours est-il que mes parents étaient éleveurs. J’ai été envoyé, enfant, à l’école communale où j’ai eu un instituteur, assez représentatif de l’époque, qui m’a pris en main d’une façon remarquable. Il était sévère mais il savait garder avec tous ses élèves des rap- ports très agréables. Lorsque j’ai eu 10 ans, il a suggeré à mes parents de m’envoyer, comme interne, au lycée Gay-Lussac de Limoges. Mes parents ont suivi son conseil. J’ai passé, en juillet et en sep- tembre, les deux baccalauréats philosophie et maths élèm. Étant d’origine agricole, mon père tenait à ce que je prépare l’Agro. Je suis parti, dès lors, en classe préparatoire au lycée Blaise Pascal, à Clermont-Ferrand qui bénéficiait, en 1941, d’un corps professoral excellent composé, en partie, d’en- seignants de l’Académie de Strasbourg qui avaient dû se replier dans cette ville. J’ai été reçu à l’Agro, en 1943, et y suis resté jusqu’en 1945. J’ai vécu là l’épisode du 6 Juin 1944 où Jean Lefèbvre, direc- teur de l’Agro, a réuni les élèves et leur a dit : “Les alliés ont débarqué en Normandie ! Je ne sais pas trop ce qui va se passer à Paris. Il risque d’y avoir des troubles. Je ferme l’Agro et vous conseille soit de rentrer chez vous, si vous le pouvez, soit d’aller dans des exploitations agricoles en région parisienne. J’ai prévenu la Direction des services agricoles de la Seine pour qu’elle vous communique des adresses à cet effet”. C’est ainsi que je suis allé à la Direction des Services Agricoles de la Seine qui m’a envoyé dans une exploitation de Fresnes, d’une centaine d’hectares, aujourd’hui occupée par des immeubles et dont une partie des bâtiments ont été depuis transformés en écomusée. J’y suis resté pendant deux mois environ mais, au début d’Août, j’ai eu la chance de trouver un train qui m’a permis de regagner Montluçon, via Dijon et Lyon. De là, j’ai fait à pied les cinquante kilomètres qui me restaient à faire pour revenir chez mes parents. En Octobre 1944, j’ai rejoint l’Agro. Puis, avec une dizaine de mes camarades, j’ai opté, à la fin de l’année universitaire, pour “la section d’application” qui préparait aux services agricoles dépar- tementaux.
Les ingénieurs qui avaient choisi cette filière restaient dans la région parisienne (à l’Agro, à Grignon, à l'École d’Horticulture de Versailles, à la Bergerie Nationale de Rambouillet) pendant 5 à 6 mois. Puis, pendant 4 à 5 mois, ils parcouraient la France agricole (Bretagne, Sud-ouest, Languedoc, Bourgogne, Lorraine, Champagne, etc.) et, cette année là, la Grande Bretagne avec la visite d’un certain nombre de stations de recherches agronomiques, comme Rothamstaed, East-Maling, le Centre de génétique d’Edinburgh, etc.
A l’expiration de cette année d’application, il fallait choisir un des postes des services agricoles pro p o- sés. Cette année là, il y avait un poste ouvert, à titre exceptionnel : il était situé à la Bergerie Nationale de Rambouillet avec mission d’approfondir la technique d’insémination artificielle. Pendant cette année de pérégrinations, nous étions passés à la Bergerie Nationale, comme je l’ai déjà indiqué, et les exposés sur l’insémination m’avaient assez plu. Il s’agissait d’un problème nouveau puisque les pre m i è res expé- riences chez les mammifères domestiques, à l’exception du cheval (1), avaient été entreprises en Russie et en Grande Bretagne, quelques années avant la seconde guerre mondiale. En France, le premier centre d’insémination artificielle des bovins a été créé, en 1945, à la Loupe (Orne) et dirigé par un pro f e s s e u r de la Bergerie nationale, M. Cassou. Il fallait donc quelqu’un pour le remplacer et aider le directeur de l'École de Rambouillet, M. Laplaud (2), à poursuivre le développement de ce secteur.
J’ai donc choisi ce poste et j’ai été affecté à Rambouillet, étant détaché administrativement de la Direction des Services Agricoles de Versailles. J’ai rejoint mon poste en octobre 1946.
Tout en me perfectionnant dans le secteur de l’insémination artificielle, je voyais arriver plusieurs fois par semaine, un jeune chef de travaux de la chaire d’évolution des êtres organisés, à la Faculté des sciences de Paris. Il arrivait en moto, dans un grand ciré noir. Cet homme, haut de taille, était Charles Thibault. Il faisait une thèse sur la fécondation in vitro, chez la lapine, sous la direction du professeur P. P. Grassé. Celui-ci faisait partie du Comité scientifique de l’INRA qui venait d’être créé par une loi,
ARCHORALES-INRA – CASSETTESDATN° 74-1 ET74-2 Propos recueillis par D. Poupardin
Ortavant Robert, Nouzilly, le 6 Mars 1996
en mai 1946. C. Thibault effectuait des essais de fécondation in vitro, sur la brebis. Pour faciliter son travail, il essayait des traitements de “superovulation” (comme on le disait alors), c’est à dire de poly- ovulation sur cette espèce pour obtenir le plus grand nombre possible d’œufs. J’avais donc été amené à collaborer avec lui, sur cette superovulation et sur la synchronisation des cycles sexuels de la brebis (déjà, en 1947-48), outre les travaux effectués avec M. Laplaud sur l'insémination artificielle.
Après deux ans passés à Rambouillet où j’ai pu faire quelques publications, l’Inspection Générale de l’Agriculture, dont je dépendais, m’a conseillé très vivement de postuler au poste de chef de travaux à la chaire de zootechnie de l’École Supérieure d’Agronomie de Rennes. Cela, en grande partie parce que l’INRA y avait créé la Station Centrale de recherches de zootechnie, sous la direction du titulaire de la chaire, le professeur Eugène Roux. Jeune ingénieur déjà très obéissant, je me suis présenté au concours qui avait été organisé et j’ai été reçu. Je dois dire que j’étais le seul candidat, le seul à avoir été présenté officiellement. Dès que je me suis trouvé sur place, je me suis aperçu que la Station Centrale de recherche zootechnique n’était qu’une coquille vide dont le professeur Eugène Roux se désintéressait et qui ne comportait aucun laboratoire digne de ce nom.
Je suis resté 2 ans, à Rennes, effectuant l’enseignement qui avait été prévu et collaborant pour quelques travaux sur la physiologie chez le mâle, avec R. Godet, un jeune ingénieur de Grignon, affec- té dans un lycée agricole de Rennes, qui faisait une thèse sur la taupe, sous la direction du professeur Galien, à Paris. Comme je me trouvais dans un environnement intellectuel et matériel qui laissait grandement à désirer, j’ai pris la décision de changer.
Pendant le temps où je me trouvais à Rennes, l’INRA avait décidé de créer le CNRZ (Centre National de Recherches Zootechniques) à Jouy-en-Josas. Ch. Thibault avait été nommé responsable du Laboratoire de Physiologie Animale. Je me suis présenté, en 1950, au concours de chargé de recherches à l’INRA (où il y avait, cette fois, plus de candidats) et ai été reçu. Quand j’avais quitté la Bergerie Nationale de Rambouillet, l’Inspection Générale avait nommé à ma place Louis Dauzier que je connaissais bien puisqu’il avait été en classe préparatoire, avec moi, à Clermont-Ferrand. Il avait fait aussi la section d’application. En 1950, quand j’ai été reçu au concours, je suis allé passer quelques mois au Laboratoire d’évolution des êtres organisés, avec C. Thibault. L’année suivante, je me suis ins- tallé avec lui au domaine de Vilvert, à Jouy-en-Josas. Louis Dauzier qui était ingénieur des services agricoles de Versailles, détaché à Rambouillet, nous a alors rejoint. Pierre Mauléon, issu également de la section d’application, a été nommé à Rambouillet pour le remplacer, mais il a demandé, à son tour, sa mutation et est venu, quelques années plus tard, renforcer notre équipe de Jouy-en-Josas. Il en a été de même de Jean-Pierre Signoret qui, nommé en remplacement de Pierre Mauléon, est venu s’ins- taller, à son tour, à Jouy-en-Josas.
Ainsi 4 jeunes Agros, issus de la section d’application, ont effectué une migration de la Berg e r i e Nationale de Rambouillet vers l’INRA (3) et ont participé à la fondation de la Physiologie Animale, avec quelques autres chercheurs re c rutés directement à leur sortie de l’Agro ou de l’Université : R o b e rt D e n a m u r, Jean-Charles Rougeot, F. du Mesnil du Buisson, Suzanne Wi n t e m b e rg e r. On peut donc dire que la Bergerie Nationale de Rambouillet a été le berceau de la Physiologie Animale à l’INRA.
D.P. — Comment se sont alors orientés et développés les travaux de la physiologie de la reproduction ? Le professeur P. P. Grassé les a-t-il suivis à leur début ?
R.O. — C’est entièrement sous la responsabilité de Ch. Thibault que les travaux, entrepris de 1951 à 1965, se sont déroulés. Les débuts des physiologistes ne furent pas des plus faciles sur le plan matériel. En attendant la fin de la construction du laboratoire définitif, nous avions occupé, à l’entrée du domaine de Vilvert, de vieilles granges dans lesquelles nous avions installé des laboratoires sommaires et des étables pour recevoir les ovins et les lapins qui étaient les seuls modèles animaux sur lesquels nous travaillions. C’est ce qui a été appelé ultérieurement “la vieille physio”.
La salle d’opération était rudimentaire, les paillasses pour les manipulations étaient constituées de tables ordinaires revêtues de plateaux en aggloméré dur. Avec pas mal de difficultés, on pouvait faire de l’histologie et quelques dosages chimiques.
A côté du travail de recherche, tout le monde retroussait les manches et participait à l’entretien et aux baignades antiparasitaires des animaux, sous la conduite de deux bergers, Jacques Pont et Claude Cornu, qui étaient des anciens élèves de la Bergerie Nationale et qui nous avaient suivi à Jouy. Le per-
sonnel, en effet, était loin d’être pléthorique. Mais personne ne rechignait à mettre la main à la pâte quand il le fallait. L’enthousiasme était là et chacun avait conscience de participer à quelque chose d’exaltant, même si tout n’était pas toujours très aisé.
D.P. — Les gens qui travaillaient dans la station avaient-ils tous à peu près le même âge ?
R.O. — C. Thibault avait 6 ans de plus que moi. L. Dauzier avait le même âge que moi. Pierre Mauléon et J.P. Signoret étaient un peu plus jeunes. Nous apprenions à utiliser des techniques que l’Agro ne nous avait pas enseignées et que nous avions apprises en suivant des cours à la Sorbonne ou par nos propres moyens : faire des anesthésies et des opérations chirurgicales sur gros animaux, manipuler des radioéléments pour marquer certains constituants des cellules germinales, ce qui, à l’époque, n’était pas très courant mais que la proximité du CEA de Saclay facilitait.
Les préoccupations communes d’une partie de notre groupe portaient, bien sûr, sur l’insémination artificielle. Mes recherches propres concernaient la physiologie de la reproduction chez le mâle, l’ac- cent étant mis sur la spermatogenèse chez le bélier, celles de Louis Dauzier et de Suzanne Wintemberger portaient sur la physiologie femelle (remontée des spermatozoïdes dans l’utérus et l’oviducte, développement embryonnaire). C’était le début des thèses de doctorat ès sciences, sous la direction de C. Thibault qui avait soutenu la sienne sur la fécondation in vitro chez la lapine, dans la deuxième moitié des années 1940. L. Dauzier et moi même avons soutenu les nôtres, en 1958. C’est ainsi que les travaux sur les mammifères domestiques, en l'occurrence les brebis et le bélier, ont fait leur apparition à la Sorbonne, au même titre que des travaux sur le rat ou la souris.
D.P. — Pour les honorables professeurs de la Sorbonne, est-ce que le fait de travailler sur des animaux domestiques apparaissait presqu’inconvenant ?
R.O. — Nous étions considérés un peu comme “des bouseux” ! Heureusement, de tels sujets suscitent aujour- d’hui moins de préventions.
C’est ainsi que j’ai animé un petit groupe sur la physiologie de la reproduction chez le mâle. Outre moi-même, il comprenait trois jeunes chercheurs : Michel Courot qui sortait de l’Agro et deux jeunes universitaires, Marie Thérèse Hochereau et Marie Claire Orgebin. Tous les trois travaillaient sur la spermatogenèse ou les réserves de l’appareil génital mâle en spermatozoïdes. Tous ont soutenu leur thèse de doctorat ès sciences, à l’Université.
Le laboratoire de physiologie animale INRA, à Jouy, et donc notre petit groupe sur le mâle ont acquis assez rapidement une renommée internationale, peut-être parce que peu de laboratoires travaillaient sur ces sujets dans le monde. Des chercheurs étrangers sont venus effectuer, à cette époque, des séjours de plus ou moins longue durée à Jouy-en-Josas :
- des Australiens, pendant un an chacun : T. J. Robinson et G. Waites.
- un Indien pendant 3 ans : G. Singh.
- des Américains qui ont fait de courts séjours seulement : J. Almqvist, R. Amman.
- un Canadien : Y. Clermont qui a repris mon sujet de thèse.
Bien sûr, tous ces échanges nous ont beaucoup stimulés.
Marie Claire Orgebin a quitté notre groupe, à la suite de son mariage avec un Américain. Elle a fait depuis une brillante carrière aux États-Unis où elle dirige actuellement un laboratoire de biologie de la reproduction à Nashville. Elle est maintenant présidente de la société d’andrologie américaine. Les autres nous ont suivis lors de la délocalisation à Tours.
D.P. — Ces travaux de laboratoire auxquels vous avez participé se sont déroulés à une époque où l’in- sémination artificielle bovine connaissait en France une très grande extension.
R.O. — Effectivement. Comme je l’ai dit plus haut, le premier centre d’insémination artificielle bovine avait été créé en 1945. Mais en quelques années, le territoire national s’est couvert de centres d’insémina- tion. S’il était indispensable d’accroître les connaissances de base pour mieux préparer l’avenir (c’était l’objet des thèses que nous avions soutenues), il était aussi nécessaire d’aller sur le terrain. Il fallait
d’une part analyser les facteurs favorables ou défavorables à la réussite de cette technique de repro- duction, d’autre part éprouver sur le terrain la valeur des tests de fécondance des spermatozoïdes mis au point en laboratoire.
Deux centres d’insémination artificielle ont hébergé notre travail : celui de Charmoy, dans l’Yonne et celui de Crançot, dans le Jura. Un jeune chercheur (M. Courot) et des techniciens y ont participé. Les résultats ont montré que la qualité de la semence n’était pas seule en cause dans les résultats obtenus.
Le taux de réussite utilisé par les centres d’insémination artificielle, à savoir le pourcentage de non- retours à 60-90 jours, était parfois assez éloigné du pourcentage réel de vêlages venant de l’insémina- tion artificielle. On en a conclu que la population des vaches, en particulier leur état sanitaire, inter- venait pour une large part dans la réussite de l’insémination.
Cela a été le prélude d’une collaboration avec un jeune chercheur vétérinaire, Michel Plommet, qui a été non seulement fort agréable mais aussi très fructueuse. Elle a débouché, en effet, sur une prise de conscience concernant les recherches vétérinaires dont le rattachement à l’INRA n’avait pas été enco- re décidé et sur la création du Centre de recherches de Tours.
De même, nous avions comme mission de mettre au point l’insémination artificielle des brebis, amor- cée à Rambouillet, et, à cet effet, nous avons recruté à Jouy un ingénieur, Guy Colas. Des résultats ont été obtenus. Mais le principal obstacle a été d’ordre opérationnel. Si la valeur économique d’une bre- bis était sans commune mesure avec celle d’une vache, il fallait, pour l’inséminer, passer autant de temps. Le prix de revient relatif de l’insémination devenait du même coup prohibitif pour les brebis.
Il fallait, en conséquence, essayer d’inséminer, en un seul passage, le maximum de brebis dans un troupeau pour réduire le coût d’intervention, tant pour l’éleveur que pour le centre d’insémination.
C. Thibault et moi-même avions réalisé, dès 1948, une synchronisation des cycles sexuels chez les brebis, lors de notre séjour à Rambouillet. Le résultat n’avait pas eu, à l’époque, un grand retentisse- ment, sinon une publication à l’Académie d’agriculture. Il est vrai que la méthode utilisée était com- plexe : il fallait faire des injections quotidiennes d’hormones sexuelles pendant une dizaine de jours.
Les produits utilisés à l’époque n’avaient pas les caractéristiques techniques suffisantes, notamment en ce qui concerne leur demi-vie. Mais nous avions gardé ces résultats en tête. Grâce aux excellentes rela- tions que nous entretenions avec les chercheurs australiens qui travaillaient dans ce secteur, en parti- culier avec le professeur T. J. Robinson, nous avons pu reprendre l’étude de ce thème, au début des années soixante.
T.J. Robinson, qui était venu, en 1961-62, à Jouy pour travailler sur un tout autre sujet (4), avait trou- vé que la muqueuse vaginale des brebis absorbait les stéroïdes sexuels, en particulier la progestérone.
La firme américaine avec laquelle il était en rapport, détenait une molécule progestative plus efficace que la progestérone. Il suffisait, en théorie, de trouver un support simple, d’y insérer la molécule et de l’introduire dans le vagin des brebis pendant un certain nombre de jours (correspondant à peu près à la durée de la phase progestative du cycle œstrien de la brebis), puis de le retirer. Les brebis débar- rassées de la substance progestative, devaient être en chaleurs et ovuler d’une façon à peu près syn- chronisée. C’était l’idée qu’on avait développée à Rambouillet avec des injections quotidiennes de sub- stances moins puissantes que cette molécule. En principe, on pouvait, en conséquence, inséminer artificiellement les brebis sur une courte période.
T.J. Robinson, aidé d’un de ses collègues australien, a trouvé un support original et simple : une épon- ge en polyuréthane. Il suffisait d’imprégner l’éponge avec une dose déterminée de progestatif (acéta- te de fluorogestone), d’introduire l’éponge attachée à un fil dans le vagin de la brebis (l’extrémité du fil sortant de quelques centimètres du vagin), d’y laisser celle-ci pendant un temps à déterminer, puis de tirer sur le fil pour retirer l’éponge. La presque totalité des brebis devait venir en chaleurs, un ou deux jours après.
Lors d’un de ses passages ultérieurs à Jouy, T.J. Robinson m’a fait part de cette méthode qu’il avait mise au point. Il restait toutefois encore de nombreux paramètres à définir et un travail important à accomplir. Néanmoins ce procédé m’a enthousiasmé et j’ai communiqué les premiers éléments de ce dossier à Pierre Mauléon qui avait la charge des recherches sur les cycles sexuels. C’est ainsi qu’ont démarré, en France, les travaux sur la synchronisation des cycles sexuels qui se sont poursuivis de façon intense au Centre de recherches de Nouzilly.
Un autre aspect sur lequel je voudrais insister et sur lequel j’ai eu aussi quelques responsabilités concerne l’influence du photopériodisme sur la reproduction de certains mammifères domestiques.
Au cours de ma thèse, j’avais été amené à étudier ce facteur chez le bélier : la spermatogenèse de cet
animal est soumise, en effet, à des variations saisonnières importantes. La quantité de spermatozoïdes est élevée à la fin de l’été, en automne et au début de l’hiver, mais elle diminue sensiblement au prin- temps. La cause réside dans les variations saisonnières de la durée quotidienne d’éclairement. Des béliers, mis en cases à durée d’éclairement contrôlée, l’ont montré d’une façon indubitable : si l’on inversait les variations saisonnières de la durée du jour, on inversait également celles de l’activité sper- matogénétique. D’autres chercheurs ont montré un phénomène comparable en ce qui concerne la sai- son sexuelle chez la brebis.
On a commencé à aborder le mécanisme d’action de ce facteur par le biais de la sécrétion des hor- mones hypophysaires. C’est Jean Pelletier qui a eu la charge de s’occuper de ce secteur, en 1961. Mais du fait du transfert à Nouzilly en 1965-66, l’étude de ce thème ne fut pas chose aisée. Néanmoins, J. Pelletier a pu obtenir un certain nombre de résultats fort intéressants.
D . P. — P o u rriez-vous évoquer, à ce point de votre exposé, les raisons qui ont poussé la Station de Physiologie Animale à trouver ailleurs une autre implantation ?
R.O. — La création du Centre INRA de Nouzilly est venu du développement très rapide des activités entre- prises au CNRZ de Jouy-en-Josas. Créé en 1950, ce dernier comptait, au début des années soixante, plus de 800 personnes dont une centaine de chercheurs (alors qu’ils n’y avait qu’une centaine de per- sonnes, 10 ans plus tôt). De plus, les surfaces fourragères s’avéraient insuffisantes pour nourrir les gros animaux. Comme on disait, à l’époque, “on comptait les mètres carrés et les fenêtres de laboratoire par chercheur !” Il fallait trouver d’autres points de chute pour les animaux, gros consommateurs de four- rage : on ne parlait pas encore de "délocalisation", mais de "décentralisation" !
Une autre raison a joué également dans la création du centre de Nouzilly. Il fallait trouver de la place pour développer les re c h e rches vétérinaires. En 1960, un arrêté du Ministre de l’agriculture, Edgar Pisani, avait exprimé la volonté politique de voir ce secteur d’activité s’intégrer au sein de l’INRA. Diff é rentes thèses se faisaient jour, à ce sujet. C’est pourquoi le Comité scientifique et la Direction scientifique de l’INRA ont p roposé à un groupe de jeunes vétérinaires, soit chercheurs à l’INRA ou au Laboratoire Central de M a i s o n s - A l f o rt, soit enseignants dans les écoles vétérinaires, de se réunir pour réfléchir à la façon la m e i l l e u re d’organiser le développement des re c h e rches vétérinaires. Mais il fallait éviter en même temps les dangers d’une trop forte consanguinité pour débattre de cette question. C’est pourquoi la Direction de l’INRA m’a demandé, comme physiologiste et non comme vétérinaire, de participer à ces travaux. Les col- lègues de cette commission m’ont demandé de la présider, c’est à dire de jouer entre eux un rôle d’arbitre . Créé en 1960, ce groupe a discuté avec vivacité pendant l’automne et le début de l’hiver 1960. Les uns voyaient surtout le développement de la recherche vétérinaire dans les écoles, les autres au sein de l’INRA. Fallait-il organiser les recherches par grandes disciplines (microbiologie, virologie, immu- nologie, pharmacologie, etc.), par fonctions (pathologie de la reproduction, pathologie de la nutrition, etc.) ou par grands groupes d’espèces (pathologie aviaire, porcine, etc.) ? Le groupe n’a pas tranché mais a donné suffisamment d’indications à la Direction de l’INRA pour que celle-ci pût faire ses choix.
La principale conclusion de cette commission a été que les recherches vétérinaires devaient se déve- lopper en harmonie avec les recherches zootechniques. En d’autres termes, il apparaissait souhaitable de faire en sorte que les recherches vétérinaires et zootechniques puissent cohabiter et avoir des échanges, dans les mêmes centres de recherche.
Les discussions se sont engagées à Jouy-en-Josas, au début des années soixante, pour décongestion- ner le CNRZ et déterminer qui devait partir. Les responsables de laboratoire et les membres du Conseil de Centre conduisaient ces discussions. Les séances n’étaient pas faciles, mais des idées se sont dégagées petit à petit.
Compte tenu de la faible superficie du domaine de Vilvert (une trentaine d’hectares de prairies réel- lement utilisables) et malgré la possibilité d’exploiter les terrains de l’aérodrome de Villacoublay, situés entre les pistes, la commission a conclu que c'étaient les services les plus gros consommateurs en ani- maux, donc en surfaces fourragères, qui devaient partir en premier. Il s’agissait de la Station d’éleva- ge des ruminants et de celle de physiologie de la reproduction, mais aussi des services dont les ins- tallations expérimentales devaient être espacées pour des besoins sanitaires (notamment les pou- laillers), à savoir la Station des recherches avicoles. Il s’est trouvé qu’un nombre important de cher- cheurs dans ces secteurs ont accepté de se lancer dans cette aventure.
Ainsi, tenant compte de la nécessité de délocaliser certains service du CNRZ et des conclusions de la Commission des "jeunes" sur les re c h e rches vétérinaires, la Direction générale s'est résolue à créer deux nouveaux centres de re c h e rches en province. Le pre m i e r, installé à Theix, dans le Puy de Dôme, devait se spécialiser, sous la direction de Robert Jarrige, sur des re c h e rches portant sur l'alimentation, l'éleva- ge et la pathologie de la nutrition des ruminants. Le second devait héberger la physiologie et la patho- logie de la re p roduction des mammifères domestiques, mais aussi la zootechnie avicole (alimentation, génétique, re p roduction et pathologie aviaire). Les diverses stations à vocation zootechnique devaient a v o i r, en effet, à chaque fois leur pendant dans le domaine vétérinaire .
D.P. — Était-ce surtout pour ménager les susceptibilités des deux corps qui étaient représentés ? R.O. — Non, cette option avait été prise parce qu'on s'était aperçu, comme je l'ai dit, que les résultats obte-
nus dans le domaine de l'insémination artificielle provenaient non seulement de la qualité et de la pro- venance de la semence des taureaux, mais aussi de l'état sanitaire des vaches. Il fallait essayer d'asso- cier au niveau des recherches ces différents aspects. Mais, comme il ne pouvait être question d'étudier toutes les pathologies de la reproduction, les objectifs ont été limités, du moins au début, aux seules pathologies infectieuses.
L'installation et l'aménagement du second centre se sont avérés toutefois plus difficiles que prévu : Il était souhaité, en effet, qu'il ne soit pas implanté trop loin de la région parisienne pour maintenir et développer les relations avec les laboratoires universitaires et médicaux parisiens, ces secteurs de recherche n'étant pas encore très développés en province. Par ailleurs, il fallait essayer de maintenir les collaborations qui existaient avec la partie des chercheurs de la physiologie de la reproduction qui allaient rester à Jouy.
D.P. — Pour quelles raisons avait-il été décidé de maintenir, à Jouy, une partie de la physiologie de la reproduction ?
R.O. — Le département de physiologie animale animait et dirigeait des travaux de recherche, non seulement dans le domaine de la reproduction mais aussi de la lactation. Or, entre ces deux domaines d'étude, il y avait des méthodes très fécondes qui pouvaient être échangées. Il y avait, enfin un certain nombre de chercheurs sur la reproduction qui préféraient, pour diverses raisons, rester en région parisienne.
Orléans a été choisi, dans un premier temps, en raison de sa proximité de la capitale et parce qu'il y avait alors des projets importants d'université scientifique sur le campus de la Sourc e . L'administrateur du CNRZ, André François, et mon collègue Michel Plommet se sont employés à faire avancer ce dossier. Ayant repéré un domaine vacant, ils l'ont soumis aux autorités de tutelle. Mais le Ministre de l'agriculture, E. Pisani, a rejeté cette proposition qu'il trouvait trop proche de Paris. Peut- être y avait-il d'autres raisons ?
La direction de l'INRA m'a demandé, sur ces entrefaites, de rechercher un autre domaine, dans la région de Tours, pour réaliser la délocalisation. Ce domaine, trouvé avec l'aide du Secrétaire général du CNRZ, J. P. Dupont, avait l'avantage d'être situé à mi-chemin entre le Centre de Jouy et la station INRA d'insémination artificielle porcine et caprine de Rouillé (86), au sud de Poitiers, en ce qui concerne la reproduction et le domaine du Magneraud qui jouait un rôle important dans le dévelop- pement des recherches avicoles. La direction générale de l'INRA et le ministre de l'agriculture à qui ce projet a été soumis ont finalement donné leur accord à cette nouvelle implantation.
D.P. — Comment les choses se sont-elles organisées, sur place, une fois cet accord obtenu ?
R.O. — L’INRA m’a chargé, à cette époque, de l’organisation du Centre. Un petit groupe, constitué par Michel Plommet (pour la pathologie infectieuse de la re p roduction), Jean-Pierre Boyer (pour les re c h e rches avi- coles), Jacques Ay c a rdi (pour la pathologie aviaire) et moi même (pour la physiologie de la re p ro d u c- tion) s’est eff o rcé, avec l'aide de J. P. Dupont bien au courant des problèmes administratifs à régler, de définir les objectifs futurs du Centre et de préciser son identité. Les discussions sur les orientations à p re n d re n'ont pas été toujours faciles, mais chacun des participants a eu à cœur de mettre son enthou-
siasme et ses capacités prospectives au service de ce projet commun, convaincu des perspectives exal- tantes qu'il pouvait off r i r. Les résultats de ce travail préparatoire ont fait l'objet d'un dossier de 200 pages qui a été remis à Jean Bustarret, le 22 Décembre 1962. C'était en quelque sorte le cadeau de Noël que nous adressions à la Direction générale de l'INRA.
Comme il avait été prévu dans le rapport des "jeunes" sur la re c h e rche vétérinaire dont j'ai parlé précé- demment, l'organisation du nouveau Centre prévoyait la cohabitation géographique mais aussi intellec- tuelle des re c h e rches zootechniques et vétérinaire s .
La taille du domaine, plus de 500 ha, permettait de fournir en suffisance des fourrages aux gros animaux, mais surtout d'isoler les installations expérimentales les unes des autres pour éviter les contaminations c roisées des animaux. Les troupeaux des stations zootechniques ne devaient pas être trop proches, en e ffet, des installations vétérinaires pour éviter toutes contaminations intempestives des animaux par les expériences des uns et des autres et par les allées et venues des troupeaux. Ceci explique la dispersion des implantations sur le domaine qui, pour quelqu'un qui n'est pas averti, apparaît, de prime abord , assez surprenante ! Il existait, bien sûr, des techniques d'isolement des bâtiments expérimentaux par des c i rcuits complexes et des systèmes d'étanchéité, mais on a souhaité ajouter l'isolement géographique à la réalisation de cette condition pour être vraiment à l'abri de toute critique et de tout problème. Par ailleurs, nous avions souhaité que les chercheurs soient implantés aussi près que possible de leurs ins- tallations expérimentales. L'expérience passée nous avait montré, en effet, que certains cherc h e u r s avaient tendance à déléguer facilement la réalisation de leurs expériences sur animaux aux techniciens animaliers, ce qui les dispensait du suivi quotidien de celles-ci, et les empêchait parfois de compre n d re p o u rquoi une expérience n'avait pas réussi. On a donc installé les laboratoires le plus près possible des installations expérimentales.
D.P. — Lorsque vous étiez à Jouy, les animaux sur lesquels vous travailliez se trouvaient-ils tous héber- gés dans ce Centre ou étiez-vous obligé de vous re n d re ailleurs pour effectuer vos expériences sur eux ? R.O. — Ils étaient déjà à Jouy. Mais, lorsqu'ils se trouvaient au delà de la route qui traversait le domaine, il
arrivait que les chercheurs aient l'impression de ne pas en faire vraiment partie.
Après quelques semaines d'étude, la Direction de l'INRA nous a donné le feu vert, assorti de quelques recommandations. Il a fallu choisir des architectes, un administratif (G. Hinet) puis un Secrétaire général (Michel Sarrazin) ont été recrutés. Les volontaires à la délocalisation ont été choyés. Il a fallu organiser, en été, des visites collectives en car du domaine tourangeau et des réceptions agrémentées de méchouis sur les étangs pour montrer les aspects les plus séduisants de la province, inciter Henri Ferru à prendre contact avec la mairie de Tours, pour obtenir la réservation d'appartements, à partir de l'automne 1965, date prévue pour la délocalisation effective.
D.P. —Des idées originales sont-elles nées à cette époque sur l'agencement et l'aménagement intérieur des locaux destinés à des activités de recherche ? Avez-vous eu le désir d'innover au plan architectural, par rapport à ce que vous aviez connu à Jouy ?
R.O. — Non, nous n'avions pas de conceptions architecturales particulières, mais des idées assez claires sur l'organisation des laboratoires et l'implantation des installations expérimentales. A Jouy, il n'y avait pas, à l'intérieur des laboratoires, de petites cellules permettant au chercheur de s'isoler pour réfléchir, rédiger ses articles, faire de la bibliographie. Tout se faisait à même les paillasses. A Nouzilly, nous avons cherché à aménager les laboratoires en sorte qu'ils comprennent à la fois un petit bureau où le chercheur pouvait travailler et ranger ses classeurs, une partie paillasse servant à ses manipulations et une partie dans laquelle il pouvait entreposer ses instruments.
Nous avions formulé aussi quelques souhaits quant à nos installations expérimentales : leur emplace- ment par rapport aux laboratoires, l'installation rapprochée de salles d'opérations ou d'abattoirs per- mettant d'effectuer des prélèvements rapides.
Il a donc fallu mener de front les discussions avec les architectes, le lancement des appels d'offre. Les architectes nous avaient promis que nous pourrions disposer d'une partie des bâtiments (laboratoires notamment) pour la rentrée scolaire de l'automne 1965. Mais il y a eu des retards, comme cela arri- ve bien souvent. Aussi, ai-je décidé d'installer ceux qui avaient des enfants en âge scolaire, dans des
arches poussinières implantées dans la cour de la ferme du domaine. Il était entendu que ces arches poussinières seraient utilisées ultérieurement par les recherches avicoles. Les services généraux ont eu ainsi leur arche, un certain nombre de chercheurs également. Personnellement, j'ai fait partie du pre- mier "commando". Pendant tout ce temps, il n'a pas été possible de mener à bien des recherches très sophistiquées, les chercheurs se contentant de faire de l'histologie ou des opérations bénignes sur les animaux. Mais cette présence sur place a obligé les architectes et les entreprises à activer davantage l'exécution des travaux.
Afin d'éviter que ne s'instaure une coupure entre ceux qui étaient partis à Nouzilly et ceux qui étaient restés provisoirement à Jouy mais qui devaient, par la suite, s'y installer, nous avons organisé des voyages pour travailler un jour par semaine à Jouy. Ceux qui faisaient partie de l'expédition partaient en camionnette, le matin, entre 5 et 6 heures pour arriver à Jouy avant 9 heures et passer toute la jour- née avec les collègues de travail dont ils étaient séparés. Ils rentraient à Tours, tard dans la soirée, par le même moyen. Cela a duré de septembre 1965 jusqu'à avril 1966, date à laquelle le gros de la trou- pe a rejoint son affectation définitive ! Ces difficultés ont eu le mérite toutefois de renforcer beaucoup l'esprit pionnier et les relations humaines à l'intérieur des équipes et entre elles.
D.P. — Avez-vous pu trouver, sur place, des scientifiques avec lesquels vous avez pu envisager de nou- velles formes de collaboration ?
R.O. —La re c h e rche locale tourangelle n'était guère développée, à cette époque. Néanmoins l'université de Tours, qui faisait partie de l'université bicéphale Tours-Orléans, possédait, outre une Faculté de dro i t , une assez bonne Faculté de médecine et de pharmacie et un embryon de Faculté des sciences. Des re l a- tions se sont du même coup établies assez vite entre la pathologie de la re p roduction (M. Plommet qui travaillait déjà sur la brucellose) et Gérard Renoux, un des meilleurs spécialistes français de cette mala- die, de retour de Tunisie. De même, 3 chercheurs de la Faculté des sciences et de l'IUT de Tours sont venus travailler à la station de physiologie de la re p roduction, au cours des années suivantes (1971).
Mais, bien sûr, nous n'avions pas, dans cette ville, le même environnement intellectuel et universitai- re qu'en région parisienne. C'est pourquoi nous avons tenu à conserver beaucoup de rapports avec les laboratoires de la région où nous avions nos origines.
Le centre de Tours qui comptait, à sa création, une centaine d'agents s'est depuis beaucoup dévelop- pé, hébergeant aujourd'hui près de 650 personnes.
D.P. — Comment se sont développées les recherches de votre station à partir de 1965, date à laquelle elle s'est installée dans le domaine de l'Orfrasière ?
R.O. —L'implantation de la physiologie de la reproduction à Nouzilly s'est donc effectuée en 1965-1966 par le transfert d'une partie des effectifs qui se trouvaient au CNRZ de Jouy-en-Josas, soit environ 25 scientifiques et ingénieurs en y incluant les chercheurs étrangers. Des recrutements sont venus gros- sir ce noyau de base. Actuellement, les effectifs de la station s'élèvent à un peu plus de soixante cher- cheurs, sans compter les "doctorants". Les origines se sont, par ailleurs, beaucoup modifiées. A côté des chercheurs recrutés directement par l'INRA travaillent aujourd'hui des chercheurs du CNRS et de l'Université de Tours, ainsi que des ingénieurs des Haras nationaux. C'est dire si l'essor de la station a été important !
La station de physiologie de la reproduction a constamment cherché à accroître et à affiner les connaissances que l'on avait des mécanismes physiologiques de la reproduction. Mais parallèlement et chaque fois que cela était possible, elle s'est employé à utiliser ces connaissances pour résoudre les problèmes appliqués qui lui étaient posés. Compte tenu des connaissances qu'elle avait acquises dans sa phase d'adolescence, au moment où elle était encore à Jouy-en-Josas, 6 objectifs lui ont été fixés, en 1965 :
- 1) l'insémination artificielle des mammifères domestiques, en particulier des caprins, des ovins et des porcins. Les équins viendront ultérieurement rejoindre ces espèces, en 1972. L'insémination arti- ficielle permet, en effet, un accroissement important du progrès génétique ainsi qu'une maîtrise sani- taire plus facile des troupeaux.
- 2) la synchronisation des cycles sexuels dont nous avons parlé pour les ovins, mais qui a été éten- due aux bovins, caprins, et porcins. Cette synchronisation étant destinée à faciliter beaucoup le tra- vail des éleveurs et à améliorer le développement de l'insémination artificielle.
- 3) la maîtrise de la saison de reproduction avec son déplacement éventuel chez les espèces à repro- duction saisonnière : ovins, caprins et ultérieurement équins. Elle permet, en effet, de réduire la durée des temps morts en fournissant plus de gestations par an et d'ajuster plus étroitement la production aux besoins. C'est le cas du lait d'hiver pour obtenir des caprins davantage de fromage pendant la sai- son hivernale.
- 4) l'induction expérimentale des naissances gémellaires chez les bovins.
- 5) la maîtrise de la parturition qui permet de réduire la mortalité et d'éviter une surveillance durant les jours de congé.
- 6) l'étude du comportement animal (sexuel, maternel, social) qui est, en effet, un des facteurs de réussite de la production animale. C'est un point dont s'est beaucoup occupé J. P. Signoret, un des
"trois mousquetaires" de Rambouillet.
Si les cinq premiers thèmes apparaissaient assez logiques, le 6ème était loin d’être évident à l'époque.
D.P. — Qui avait défini les objectifs de la station de physiologie de la reproduction ? Était-ce ce direc- toire de 4 personnes dont vous avez parlé et qui avait joué un rôle important dans l'aménagement du Centre de Nouzilly ?
R.O. —Ces axes de recherche avaient été dégagés à l'intérieur de la station, à la suite d'une succession de dis- cussions qu'il y avait eue entre les responsables de groupes et Ch. Thibault qui était alors chef de département.
D.P. — Ces axes de recherche, articulés les uns aux autres, avaient non seulement une pertinence au plan scientifique, mais apparemment aussi une très grande utilité pour les éleveurs ?
R.O. —Oui, et il faut reconnaître à Ch. Thibault d'avoir su imposer à ses supérieurs hiérarchiques le sixième axe de recherche (que beaucoup de gens considéraient à l'époque comme complètement farfelu) qui est devenu d'une actualité brûlante avec toutes les questions relatives au "bien être" des animaux.
L'intérêt de cet axe était venu des difficultés rencontrées dans l'insémination porcine. Il fallait détec- ter les femelles porcines en chaleurs pour pouvoir les inséminer. Or, si pour les autres espèces domes- tiques, la détection des œstrus était assez facile, il n'en était pas de même pour les porcins. D'où l'idée de rechercher des tests de comportement applicables aux truies. Le thème a été élargi, par la suite, à toutes les espèces.
La réalisation des programmes de recherche pour aboutir à ces 6 objectifs a nécessité l'organisation de 5 groupes de recherches qui ont été transformés ultérieurement en laboratoires (1971). Il était néces- saire de s'appuyer sur des moyens techniques importants qu'il a fallu créer sur place de toutes pièces.
- Les prélèvements d'organes nécessitaient des moyens chirurgicaux avec des salles d'anesthésie, des salles d'opération, des infirmeries pour animaux. La chirurgie permettait également d'étudier le rôle de tel ou tel organe (appareil génital, glandes endocrines, système nerveux, etc.). Lorsqu'il n'était pas nécessaire de garder les animaux vivants après le prélèvement, nous avions recours à un petit abattoir contrôlé par les services vétérinaires.
- Les tissus prélevés étaient examinés en histologie, en microscopie électronique, parfois après mar- quage par des radioéléments. Ils nécessitaient aussi des dosages biochimiques.
- Certains liquides physiologiques ou glandes endocrines étaient analysés, en ce qui concerne les hor- mones par dosages biologiques sur rats et souris, par dosages radioimmunologiques ou par chroma- togaphie en phase gazeuse.
Bref, il a fallu développer tout l'arsenal des techniques de laboratoire. Mais surtout, tout cela a rendu nécessaire de très importantes installations expérimentales pour les animaux, impliquant la construc- tion de nombreux bâtiments, compte tenu de la diversité et de la taille des espèces animales en cause.
Le complexe animalier a compris :
- 2 stabulations pour bovins permettant d'héberger plus de 300 bovins.
- 5 bergeries (2 000 ovins).
- une porcherie (150 porcins).
- une râterie servant aux dosages biologiques (plusieurs milliers de rats).
Plus tard, un complexe pour les équins sera construit à partir de 1972, en collaboration avec les Haras (E. Palmer).
D.P. — Quelles sont les réussites dont la Station de physiologie de la reproduction de Tours a pu à juste droit s'enorgueillir ?
R.O. — Je vais me contenter de citer seulement quelques exemples : Les efforts principaux ont porté sur la synchronisation des cycles sexuels et sur l'utilisation de l'insémination artificielle sur les ovins, caprins et porcins. Des recherches ont été aussi effectuées sur la maîtrise de la saison de reproduction : pro- duction d'agneaux hors saison ou de lait de chèvre où les prix unitaires étaient les plus élevés.
Nous avons dit plus haut quelle avait été l'origine de ces travaux à la Bergerie Nationale de Rambouillet et au CNRZ de Jouy-en-Josas. Le développement de ces thèmes a nécessité une collabo- ration étroite entre tous les groupes de recherche en physiologie : ceux dirigés par Pierre Mauléon (cycles sexuels), M. Courot (insémination artificielle), F. du Mesnil du Buisson (reproduction porcine) et Jean-Pierre Signoret (comportement sexuel et maternel).
La station de physiologie de la reproduction disposait d'une station expérimentale d'insémination arti- ficielle pour les porcins et les caprins, située à Rouillé, près de Lusignan. Elle entretenait aussi une collaboration étroite avec, en particulier, les organisations professionnelles de brebis laitières dans l'Aveyron et le Tarn et celles de brebis allaitantes, dans la zone Limousin-Poitou. Enfin, une collabo- ration existait avec l'UNEIA. Pas moins de 7 ingénieurs des instituts techniques professionnels (ITO- VIC, ITP, UNCEIA) (5) ont effectué de longs séjours à la station de physiologie de la reproduction et ont participé aux essais sur le terrain. Une collaboration s'est instaurée également avec des firmes p h a rmaceutiques françaises (Clin-Byla, Sanofi, Intervet), américaines ou britanniques (Searle, Upjohn, Syntex, Glaxo, etc.).
Un colloque international, en 1974, à Nouzilly, a permis de faire le point sur ce sujet et a montré, d'une façon évidente, les progrès qui avaient été réalisés. Les résultats acquis montraient nettement la possibilité d'envisager dorénavant des développements pratiques pour certains de ces objectifs, en particulier, pour la synchronisation des cycles sexuels et les techniques d'insémination artificielle, même si des perfectionnements techniques pouvaient encore y être apportés.
De même, le déplacement de la saison de reproduction (ovins, caprins) a été rendu possible, grâce aux techniques hormonales en associant les hormones gonadotropes aux progestagènes. Cette asso- ciation a été utilisée sur le terrain et des résultats satisfaisants ont été obtenus. Mais nous pensions que les manipulations photopériodiques pouvaient faciliter la solution de ce problème de déplacement de la saison sexuelle, au vu des résultats obtenus pendant notre séjour à Jouy-en-Josas. Du fait de notre transfert à Nouzilly, il a fallu attendre 10 ans avant de disposer d'installations expérimentales suffi- santes pour reprendre l'approfondissement de l'étude de ce thème. Le bâtiment conditionné pour l’étude de la photopériode n’a été opérationnel, en effet, qu’en 1974.
Néanmoins, J. Pelletier, grâce à la mise au point du dosage radio-immunologique des hormones gona- dotropes avait pu effectuer entre-temps une analyse du mécanisme d'action de la photopériode chez le bélier et soutenir une thèse sur ce sujet. Grâce à nos nouvelles facilités, tout un groupe de cher- cheurs, dont moi-même, a pu donner une impulsion nouvelle à l'étude de ce thème et approfondir la notion de mesure du temps par l'animal. Le mécanisme neuroendocrinien de l'action de la lumière a progressé et des résultats pratiques ont été obtenus. Certains de ceux-ci, dus à J. Pelletier, sont actuel- lement utilisés dans plusieurs centres d'insémination artificielle pour l'entretien des béliers et des boucs qui sont soumis à un conditionnement photopériodique, ce qui permet d’augmenter la qualité et la quantité des doses d’insémination artificielle obtenues à partir de l’un d’eux et de diffuser plus largement leur matériel génétique. Il a été montré, plus récemment, que la mélatonine, molécule sécrétée par la glande pinéale, située dans le cerveau, jouait un rôle central pour la régulation de la perception de la photopériode par l’animal. Elle n’est sécrétée, en effet, que pendant la phase obscu- re, c’est à dire normalement la nuit et prévient donc l’animal physiologiquement de l’alternance des phases obscures et claires auxquelles il est soumis. Elle joue donc le rôle “d’horloge interne” pour
l’animal. Philippe Chemineau étudie aujourd’hui cette question. Il est possible désormais de contrô- ler la saison sexuelle des ovins et des caprins, grâce à cette mélatonine, sans être obligé de posséder un bâtiment étanche à la lumière extérieure. Bien plus, on peut espérer traiter demain des animaux de plein air en mettant un implant de cette molécule naturelle pendant un certain nombre de jours dans l’oreille d’un animal tenu ainsi “à l’obscurité”. En le retirant, il est soumis à “une impulsion lumi- neuse”, ses cycles peuvent alors repartir.
Aussi l’objectif de la maîtrise de la saison de reproduction se trouve-t-il aujourd’hui pratiquement atteint, même si des points de détails restent encore à élucider.
D.P. — Pour quelles raisons avez-vous commencé à expérimenter sur les ovins ?
R.O. — Nous avons commencé par les ovins parce que c’était le modèle animal qui nous apparaissait le plus facile à étudier et qui, au plan zootechnique, soulevait des problèmes importants. Mais le développe- ment de l’insémination artificielle chez cette espèce nécessitait d’étudier auparavant le problème de la s y n c h ronisation des cycles sexuels. Il n’était pas possible toutefois de transférer à l’identique la métho- de qui avait été mise au point sur les ovins à d’autres espèces (aux bovins et porcins, en particulier). Il fallait à chaque fois re p re n d re les études et utiliser d’autres substances que celles découvertes pour les ovins. D’où la durée très longue des expérimentations auxquelles nous avons dû pro c é d e r.
D.P. — Le problème de la synchronisation des cycles sexuels se pose-t-il dans les mêmes termes pour les mâles et les femelles ?
R.O. — La photopériode est utilisée chez les mâles, dans les centres d’insémination artificielle où ils sont peu n o m b reux et peuvent être conditionnés dans un bâtiment spécial. La mélatonine est surtout utilisée chez les femelles qu’on ne peut envoyer toutes dans de tels bâtiments. L’autorisation de mise en marché de cette substance n’a été obtenue que l’été dern i e r, mais des discussions se déroulent encore sur ce sujet avec les organisations professionnelles et les autorités médicales Il faut savoir que cette molécule est devenue une molécule “fétiche” aux Etats-Unis pour d’autres raisons ( 6 ) .
D.P. — Y a-t-il eu d’autres objectifs de recherche qui ont été atteints par la station de physiologie de la reproduction de Nouzilly ?
R.O. — Oui, c’est le cas de la maîtrise de la parturition qui a permis d’éviter d’avoir à faire face à des nais- sances certains jours de la semaine, le dimanche par exemple. Fournissant des résultats spectaculaires chez les ovins, la technique utilisée s’est avérée également efficace chez les bovins, mais plus complexe à mettre en œuvre en raison des problèmes de rétention placentaire.
Les techniques mises au point dans ces études ont parfois généré, à leur tour, des applications non prévues au départ. Ainsi, grâce aux dosages hormonaux de la progestérone, en particulier, il a été pos- sible de mettre en œuvre un diagnostic précoce de non-gestation chez les ruminants. Il suffit d’effec- tuer un prélèvement de sang ou de lait, un cycle après une insémination. S’il n’y a pas de progestéro- ne dans ces tissus, l’animal n’est pas gestant. L’éleveur pourra alors faire inséminer à nouveau l’animal, dès le cycle suivant, ce qui permet d’éviter des temps morts importants.
Ce test de non-gestation est maintenant, en partie remplacé par un véritable test de gestation, basé sur la présence d’une protéine spécifique placentaire (PSPB), que l’on peut retrouver dans le sang d’un bovin, 26-28 jours après l’insémination. Ainsi, un laboratoire de dosages dont une partie de l’activité est au service des éleveurs, a été ouvert à la station de physiologie de la reproduction et un deuxième laboratoire a été créé à l’UNCEIA.
Il fallait tenir compte toutefois de la mortalité embryonnaire. Un autre test de gestation, un peu plus tardif, qui repose sur la détection de la présence d’embryons dans l’utérus par échographie a été mis au point et il est utilisé chez les équins, les porcins et les ruminants. Il est actuellement très largement utilisé.
D.P. — Quelles ont été les retombées effectives de ces recherches sur le terrain ?
R.O. — On estime qu’annuellement 15 % du troupeau ovin français, soit plus de 1, 5 million de brebis, est soumis à des traitements de synchronisation. Les 2/3 des brebis mises en lutte à contre-saison (Avril- Juillet) le sont après traitement hormonal. 150 000 vaches sont également synchronisées tous les ans et plusieurs centaines de milliers de chèvres sont traitées pour avancer leur saison sexuelle. De plus, on estime à 730 000 le nombre des brebis qui sont inséminées artificiellement après synchronisation et à 1 300 000 le nombre des truies qui le sont, représentant près de 50 % du cheptel porcin français.
D.P. — Ces succès incontestables se sont-ils accompagnés, dans certains domaines, de lourdes décon- venues ?
R.O. — Si la station de physiologie de la reproduction a connu des réussites importantes dans bien des domaines, elle a essuyé toutefois des revers dans son programme de travail sur l’induction expéri- mentale des naissances gémellaires chez les bovins. En station expérimentale, les résultats obtenus sur ce thème étaient loin d’être négligeables : 50 % des vaches traitées devenaient gestantes, après traite- ment et insémination artificielle, donnant naissance chacune à 1,46 veaux en moyenne (certaines ayant un veau, alors que d’autres en avaient deux), alors que les vaches non traitées donnaient nais- sance à 1,02 veaux, en moyenne. Rapporté à l’ensemble du troupeau, l’accroissement de la produc- tion de veaux se situait autour de 20 %, ce qui était assez important.
Mais un premier problème est apparu : la variabilité des réponses. Les portées multiples comportaient, non seulement des jumeaux, mais aussi des triplés et exceptionnellement des quadruplés, voire des quintuplés. Certes, la croissance des veaux de portée double ou triple était identique à celle des veaux, nés de portée simple. Seule la différence de poids à la naissance persistait, au moins jusqu’à un an.
Ainsi, à cet âge, une portée double et une portée triple représentaient respectivement 196 % et 282 % du poids d’une portée simple, ce qui était un bon résultat.
Mais ces résultats n’avaient été obtenus qu’en station expérimentale. Lorsque les expériences ont été refaites chez les éleveurs, la variabilité des réponses s’est accrue du fait de la variabilité génétique des animaux et de la variabilité de leur état, d’un élevage à l’autre. Or les éleveurs s’accommodaient mal de cette variabilité des réponses car les veaux demandaient alors plus de surveillance (les femelles free-martin étaient impropres à la reproduction). L’accroissement des rétentions placentaires était aussi vu d’un très mauvais œil, dans la mesure où il réclamait souvent davantage d’interventions vétéri- naires. Bref, cette technique ne pouvait être appliquée en l’état, compte tenu du niveau technique des éleveurs.
Remarquons que les médecins qui ont pratiqué depuis des techniques de procréation assistée chez les humains se sont heurtés aux mêmes problèmes d’existence de triplés, de quadruplés, voire même de quintuplés.
Je dois dire que beaucoup d’efforts et d’argent ont été consacrés à ces expériences. La période corres- pondante a été pour moi assez difficile à vivre. Au départ, je n’avais pas été très enthousiaste à l’égard de ce programme, mais une fois lancé, je m’y suis consacré à fond, sans aucune réticence.
Malheureusement, cet objectif de naissances gémellaires, qui était devenu un drapeau pour l’INRA, n’a pas répondu aux espérances qui avait été mis en lui.
Cette expérimentation, si elle n’a pas eu, au plan des applications, tous les débouchés espérés, a eu néanmoins des retombées positives au plan scientifique. Elle a servi de base, en effet, aux traitements des vaches destinés à obtenir des polyovulations et des embryons pouvant être transférés, à des fins d’amélioration génétique, même si ces traitements ont été modifiés. L’augmentation de la prolificité est restée un problème important dans d’autres espèces : les ovins et les porcins. C’est pourquoi des recherches de base sur la folliculogenèse ont été développées, dans le but d’isoler à terme un gène de prolificité.
A cet effet, nous avons pu constituer un petit troupeau Mérinos avec une souche très prolifique, la souche australienne Booroola, grâce aux bonnes relations que nous avons toujours entretenues avec les c h e rcheurs australiens. Le gouvernement australien avait mis l’embargo sur cette souche exceptionnel- le qui avait été découverte dans un élevage privé. Grâce à nos amis australiens, l’embargo a pu être levé pour que nous puissions acquérir 3 béliers, porteurs de ce gène majeur de prolificité. L’INRA dispose
a u j o u rd’hui d’un petit troupeau de Booroola, au domaine du Merle, dans la Crau, qui a permis de se lancer dans des études approfondies sur un des mécanismes de cette prolificité. Ceci est le fruit d’une coopération internationale exemplaire avec les Australiens et que l’on cherche à étendre à d’autres pays.
Elle s’est traduite par un rapprochement des généticiens et des physiologistes, au sein même de l’INRA.
D.P. — Quelles conclusions tirez-vous finalement de toutes ces activités que vous avez dirigées et aux- quelles vous avez participé au sein de la station de physiologie de la reproduction ?
R.O. — J’ai surtout développé, à dessein, les aspects concernant les finalités agronomiques de la station de physiologie de la reproduction, car il ne faut pas oublier que la dernière lettre des initiales de l’INRA est la première du mot “agronomique”. Compte tenu des moyens importants que la nation a consa- crés à la fondation de cette station, il était nécessaire de rappeler sa finalité.
De nouveaux objectifs se sont récemment rajoutés à ceux dont j’ai parlé précédemment :
- La fécondation in vitro : le premier poulain au monde obtenu par fécondation in vitro a été obtenu, ces dernières années, à Nouzilly (E. Palmer).
- Le transfert (sur toutes les espèces) et le sexage des embryons (notamment chez les bovins).
- Le clonage : lapins, ovins, bovins.
- La transgénèse (lapins), etc...
Mais cet effort effectué sur les objectifs agronomiques ne signifie pas que l’approfondissement de nos connaissances concernant les mécanismes des fonctions physiologiques qui participent à la repro- duction ait été négligé. Certains chercheurs ont consacré l’essentiel de leur activité à cette tâche, mais tous ne sont pas allés pour autant sur le terrain. Un certain nombre de chercheurs de l’INRA, du CNRS ou de l’Université de Tours ont conjugué leurs efforts. Dès 1966, sur les 25 chercheurs de la station de physiologie de la reproduction, 52 % étaient de formation agronomique et vétérinaire, 32 % de formation universitaire et 16 % des chercheurs étrangers. En 1978, sur 40 chercheurs, ceux qui correspondaient au premier type représentaient 50 % des effectifs et ceux correspondant au deuxiè- me type représentaient 45 %, dont 3 chercheurs du CNRS et 3 de l’Université de Tours.
Le nécessaire approfondissement des connaissances explique pourquoi j’ai été favorable, en 1984, à la nomination d’un universitaire pour me remplacer à la tête du département de physiologie anima- le. Depuis, la collaboration avec le CNRS s’est beaucoup développée puisque 9 chercheurs de cet orga- nisme travaillent à Nouzilly. Cette collaboration s’est même transformée en association (grâce notam- ment à Yves Combarnous qui est un chercheur du CNRS et qui a été responsable de la station pen- dant quelques années). Elle s’est développé surtout sur deux grands secteurs : la purification et l’étu- de de la structure des hormones gonadotropes, le comportement animal.
Mais parallèlement, l’histogramme de la formation d’origine des chercheurs s’est sensiblement modi- fié puisque sur une cinquantaine de chercheurs en 1995, 32 % sont de formation agronomique et vétérinaire et 68 % de formation universitaire. Si on tient compte des départs à la retraite qui vont survenir dans un avenir proche, on peut se demander si les objectifs agronomiques pourront tous encore être poursuivis.
Une réflexion s’impose, bien sûr, à ce sujet, concernant les recrutements à l’INRA, mais aussi l’ensei- gnement de la physiologie dans les écoles agronomiques.
D.P. — Y a-t-il des personnes qui vous ont spécialement marqué dans votre vie professionnelle à l’INRA ?
R.O. — Je ne voudrais pas mettre un point final à ce témoignage sans rendre sincèrement hommage à deux hommes auxquels l’INRA, le Centre de Nouzilly et la station de physiologie doivent beaucoup : Jean Bustarret et Charles Thibault.
J. Bustarret a été, à mon avis, le grand homme de l’INRA. Il l’a été par son activité scientifique d’abord : création de variétés de céréales qui ont dominé tout ce secteur d’activité, à l’époque et pendant long- temps. Il l’a été à la Direction de l’INRA, d’abord comme inspecteur général, puis comme directeur scientifique et enfin comme directeur général. Son action a été déterminante pour les orientations scientifiques, pour les structures de l’INRA qui se sont avérées solides puisqu’elles ont persisté jusqu’à