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« La perte du lieu : les infrastructures du capitalocène »

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Academic year: 2021

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HAL Id: hal-02133450

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Submitted on 21 May 2019

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“ La perte du lieu : les infrastructures du

capitalocène ”

Fanny Lopez

To cite this version:

Fanny Lopez. “ La perte du lieu : les infrastructures du capitalocène ”. Politique des infrastructures, éditions Métis Press, Dominique Rouillard (eds)„ pp. 81-95., 2018, 978-2-94-0563-30-2. �hal-02133450�

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SOUS LA DIRECTION DE

DOMINIQUE ROUILLARD

PERMANENCE, EFFACEMENT, DISPARITION

POLITIQUE

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© 2018 http://www.metispresses.ch ISBN: 978-2-940406-30-2

Reproduction et traduction, même partielles, interdites. Tous droits réservés pour tous les pays.

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Table des matières

Introduction par Dominique Rouillard 9

POLITIQUE

Effacez tout! Le Centre culturel de São Paulo 15

Dominique Rouillard

L’enjeu monumental: radicalisation et survivance de la propagande monumentale

communiste dans le Bloc de l’Est 35

Georgi Stanishev

L’effacement de la fonction de capitale d'État. Le cas de Saïgon après 1975 49

Xuân Son Lê

Architecture, immobilisation et émancipation 65

Can Onaner

La perte du lieu: les infrastructures du capitalocène 81

Fanny Lopez

Mobilité en milieu suburbain. Persistance de l’innovation infrastructurelle à Milton Keynes 95

Marika Rupeka

IMAGINAIRE

Les ruines joyeuses. Destin des grandes infrastructures modernes dans les récits

de fictions apocalyptiques 113

Gilles Delalex

Les dessins sublimes vieillissent-ils aussi? 125

Luca Merlini

Contre-épreuves du temps. Reflets, mouvements de l’œil et de l’esprit 137

Jac Fol

Sublime technologique et artefacts symboliques: réseaux sonores en représentation 157

Carlotta Darò

MUTATIONS

Recyclage et résilience. La fin des oppositions 169

Zeila Tesoriere

La gare de Lyon: épisode d’obsolescences et de transformations 181

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La transmutation des infrastructures patrimoniales. Restaurations, reconversions,

duplications 193

Claude Prelorenzo

La méthodique observation photographique face à l’insoumission du paysage:

l’Observatoire photographique national du paysage 207

Frédérique Mocquet

ANNEXES

Bibliographie 225

Auteurs 233

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LA PERTE DU LIEU: LES INFRASTRUCTURES DU CAPITALOCÈNE

Fanny Lopez

L’équipement énergétique du territoire et la naissance des grands réseaux de service ou Large Technical Systems (LTS) (HUGUES 1983; HUGUES, MAYNTZ 1988; TARR

et DUPUY 1988) renvoient à l’effacement de la séparation ville/campagne fondatrice

de la théorie urbaine. Historiquement, l’urbanisation en tant que phénomène est liée à l’apparition de moyens de plus en plus efficaces et divers pour déplacer les matières premières, les biens, les personnes, les idées et accroître les distances franchissables. Il y a ville, affirmait Pierre Lavedan, «quand l’homme domine la nature et réussit à s’en affranchir. La ville est ce qui échappe à son milieu physique. […] la nature commande le village, c’est l’inverse pour la ville» (LAVEDAN 1936:

196). Cette citation, datée de 1936, caractérise un mode d’appropriation: l’amé-nagement du territoire dépend de la mercantilisation des milieux de vie (eau, énergie, minerais, forêt, etc.). Ce nouvel ordre du monde productif et distributif qui trouve ces origines au 17e siècle a fait de la perte du lieu, au sens de l’érosion

des localismes énergétiques et des économies pouvant y être associées, un des paradigmes de la modernité.

La naissance des grands réseaux de service est un moment fondateur de cet «âge du capital» (HOBSBAWM 1978) qui a modifié, d’une façon certes différenciée, mais

durable, les territoires et plus largement le régime géologique de la terre, qualifié par la notion de capitalocène qui politise et radicalise celle d’anthropocène (HARAWAY

2014 ; MALM 2016 ; MOORE 2016). Les LTS induisent un urbanisme LTS qui a

invisibi-lisé le rapport aux ressources rendant d’autant plus complexe leur déconstruction culturelle et technique. L’histoire de l’architecture et de l’urbanisme a été façonnée par cette culture LTS dont les infrastructures ont été progressivement et majori-tairement éloignées des zones habitées. La mise à distance réticulaire entre les lieux de production de l’énergie et ceux de consommation participe à une certaine indifférence et incompréhension des effets des LTS sur le territoire. L’effacement est une des clefs de leur permanence.

L’ordre LTS – en bouleversant les liens de production et de consommation, en annu-lant le rapport de nécessité avec l’environnement immédiat – n’a-t-il pas permis aux disciplines de l’aménagement de faire l’économie de la réévaluation critique des codes épistémologiques déterminant son champ historique et théorique? Les limites techniques du modèle LTS (COUTARD 2010: 102-129; DUPUY 2011; LOPEZ 2014)

et l’analyse de ces effets dans le domaine de l’architecture et de l’urbanisme ont été questionnées, mais la dimension culturelle de la transition infrastructurelle reste une piste insuffisamment explorée. Pourtant la déconstruction culturelle de ce modèle serait, si ce n’est un préalable, une étape fondamentale à sa déconstruction physico-technique. Comment déconstruire le récit héroïque et univoque de l’une

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POLITIQUE DES INFRASTRUCTURES

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des plus efficientes matrices du capitalocène? Comment spatialiser une nouvelle ontologie politique de l’énergie basée sur la relocalisation, la proximité et un «retour aux lieux»?

Dans une approche qui mobilise l’histoire des techniques et l’histoire de l’environ-nement, trois axes permettent d’ébaucher une critique de cet ensemble sociotech-nique hérité. Le premier axe est environnemental: les LTS reposent sur un échange écologique inégal qui fait de la destruction des milieux de vie, de la pollution et des risques associés une constante de leur développement; le deuxième est technique: il renvoie à l’obsolescence et à la durée de vie des systèmes, mais aussi à l’illu-sion d’un progressisme technologique illimité; le troisième se réfère à l’imaginaire productif, il s’agit de démontrer la non-permanence d’un modèle infrastructurel orienté sur la croissance, la consommation de masse et les énergies non renouve-lables, de renverser son idéalité vers d’autres possibles, d’autres histoires.

L’urbanisme LTS Depuis plus de cinquante ans, la critique des LTS – au croisement de l’histoire des techniques et des sciences sociales – a permis d’éclaircir la spécificité, la diversité et la complexité de ce modèle dont le pouvoir économique et politique influence l’ensemble de la sphère sociale. Si en fonction de l’ensemble technique observé (chemin de fer, électricité, téléphone, pétrole), il y a des variables, les LTS ont pour caractéristiques communes la grande échelle, un mécanisme spécifique de déve-loppement favorisant leur accroissement, la consommation d’importante quan-tité d’énergies fossiles et la production de fortes émissions de CO2, la complexité

d’ensemble et de sous-ensembles fonctionnant en réseaux et souvent opaques et gérés de façon centralisée par des experts, un contrôle et la régulation des flux en temps réel. Corrélés à la croissance de la société thermo-industrielle, les LTS assurent la permanence technique et culturelle d’entités infrastructurelles basées sur les hydrocarbures et la vitesse de l’expansion consumériste des grandes puis-sances mondiales.

L’histoire de l’urbanisme LTS, c’est celle d’un triptyque généalogique: ville, système technique et capitalisme, dont le développement est étroitement lié. L’énergie et les systèmes techniques modèlent l’espace et le temps, l’économie et la politique. Du capitalisme carbonifère de Lewis Mumford (1964: 603) à Petrocratia de Timothy Mitchell (2011), cette interdépendance a été démontrée, révélant dès le 19e siècle

les liens entre la suprématie d’un capitalisme fossile, l’émergence de la démocratie de masse, l’impérialisme et l’organisation du territoire. Les infrastructures et les réseaux de services ont été au centre des processus d’urbanisation depuis la fin du 19e siècle. Ils sont à la fois un mécanisme de la biopolitique (FOUCAULT 2004a:

65), intériorisé dans le corps multiple de la population et un mécanisme extensif de géopolitique qui modifie le corps géologique terrestre dans son rapport aux ressources. L’urbanisme LTS politise le rapport aux ressources de l’urbanisme des réseaux (DUPUY 1991).

Cet urbanisme LTS correspond à un modèle d’aménagement reposant sur des systèmes techniques qui ont servi à la fois la ville (le métro et la gare urbaine)

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POLITIQUE

et le territoire ressource (le train dans les mines) et qui ont connecté la ville au territoire (de la gare urbaine à la mine). Ce sont les mêmes outils techniques qui, tout en servant la ville et le territoire, ont éloigné l’un de l’autre. Le développement des infrastructures a d’abord été un enjeu pour l’extraction et la circulation des matières premières. Dès le Moyen Âge, les mines de charbon ou les carrières sont dotées de réseaux de chemins «guidés» ainsi que d’ascenseurs mécaniques. En Angleterre, les mines seront les premières, dès les années 1820, à être équipées de chemins de fer, lignes de télégraphe, télé-phones, ascenseurs et réseaux électriques1. Dans son

chapitre sur la cité carbonifère, Mumford fera des gale-ries urbaines d’équipement (canalisation, eau, gaz) une extension du machinisme souterrain du milieu minier (MUMFORD 1964: 603). Véritable lieu d’expérimentation

infrastructurel de mobilité électrique verticale et horizon-tale et de communication, la mine de la fin du 19e serait

à la ville ce que le jardin a été à la ville du 18e siècle: un

laboratoire urbain.

Dans Projecting Capitalism. A History of the

Internationa-lization of the Construction Industry (LINDER 1994), Marc

Linder analyse le rôle des entreprises de construction et d’ingénierie européennes dans l’internationalisation du capitalisme au début du 20e siècle. Le réseau

télégra-phique mis en place par des entreprises anglaises permet avant tout d’assurer le bon développement commercial et les relations de l’empire aux colonies britanniques. Tout comme le déploiement du système ferroviaire est lié à l’extraction minière et à la circulation des marchandises en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Les outils techniques qui ont permis d’organiser l’extraction, la circulation et la transformation des matières premières à l’échelle mondiale ont également permis l’émergence de la ville de service du 20e siècle: ce sont les infrastructures du capitalocène.

L’urba-nisme LTS est celui du délitement du rapport entre l’urbain, la production énergé-tique et la vie quotidienne. Cette tendance qui a bouleversé l’ensemble des rapports sociaux depuis la fin du 19e siècle a notamment été soulignée par Henri Lefebvre. Si

la triade espace-temps-énergie a été au centre de ses travaux, de la Critique de la vie

quotidienne, en passant par La production de l’espace à Du rural à l’urbain, l’énergie

reste une entité industrielle parmi d’autres, elle n’est pas spécifiée. Soucieux de la problématique environnementale, Lefebvre se demande toutefois s’il serait possible de maintenir des usines et des industries polluantes en ville (LEFEBVRE 1989). Le

système énergétique reste absent chez celui qui appelait la critique de la ville moderne à rejoindre la critique de la vie quotidienne. Le droit à l’énergie fait pourtant partie de ce droit à la ville, car il touche directement à l’«autogarantie des nécessités vitales», pour reprendre un concept arendtien. Dans Condition de l’homme moderne, l’appartenance au monde est menacée par la machine (différente de l’outil), le travail (différent de l’œuvre) et l’apparition d’une sphère économique/sociale autonome, qui, en pénétrant la sphère privée, l’éloigne du public et soumet les besoins vitaux

COUPE D’UNE MINE DE CHARBON ANGLAISE EN 1933.

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POLITIQUE DES INFRASTRUCTURES

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à un ordre économique qui la dépasse. L’oikoipodes se trouve dépossédé de son économie domestique (LOPEZ 2014: 262-267). La séparation de ces activités et la

disparition de ces correspondances renvoient à une certaine aliénation du monde, autrement appelé Weltentfremdung (ARENDT 1961: 59). Dans une approche qui relève

du matérialisme historique, l’aliénation est comprise comme privation de monde. Les modes de consommation et de production capitalistes qui sont indexés sur les «envies» éloignent les besoins. À l’échelle de l’individu, c’est pourtant ce système de besoins qui nous rapproche des LTS ou plutôt de quelques-unes de ces externalités. L’eau que l’on boit, l’électricité des bâtis qui nous logent ou que l’on traverse, le pétrole ou le gaz des véhicules que l’on emprunte, etc. Les LTS sont «distanciateurs», en éloignant la production de la consommation, ils effacent le lien de causalité entre un mode de consommation (axé sur un idéal de croissance) et les effets de l’expansion consumériste sur le territoire, l’environnement et les populations (pollution, destruc-tion des milieux de vie).

L’ordre électrique ou l’invisibilisation de la chaîne infrastructurelle Le système technique électricité a joué un rôle majeur dans cette réticularisation du monde (transport, énergie, matière première) bien illustrée et accompagnée par la pensée saint-simonienne et une culture de la planification «Ponts et Chaussées» (PICON 1992 et 2002). L’électricité a irrémédiablement modifié la culture de

l’édifi-cation toutes échelles confondues. L’ordre électrique est un ensemble technique prédominant qui a participé à produire un nouvel ordre spatial: du grand territoire au design d’objet, de la centrale nucléaire à la brosse à dents électrique. Cet ordre élec-trique caractéristique des sociétés occidentales du 20e siècle apparaît comme une

nouvelle donnée de l’environnement construit qui a déterminé la condition écono-mique et sociospatiale des territoires. Sans cet assemblage physique de centrales de production, de transmission, de poteaux électriques, lignes, fils et prises, une grande partie de la vie contemporaine n’existerait pas ou très différemment. La production et la théorie architecturale et urbaine ont été modelées par cet espace-temps élec-trique. Comprendre la condition électrique des disciplines de l’aménagement, c’est mesurer les outils et les systèmes qui la font fonctionner, incluant ces aspects les plus négatifs, parmi lesquels l’échange écologique inégal, le colonialisme, les guerres pour l’énergie, la pollution. Dans l’analyse de la trajectoire urbaine du capital, les LTS ont souvent été laissés au second plan, malgré quelques appels, comme celui de l’architecte Brian Thomas Carroll qui, dans son article «Seeing Cyberspace: the Electrical Infrastructure is Architecture», a interpellé les architectes et les urbanistes à prendre conscience de l’ordre électrique pour mieux le modifier (CARROLL 2001:

128-142). Il a fait du cyberspace l’entité qui pousse à son paroxysme l’illusion de la déconnexion alors qu’elle repose sur un ensemble technique physique bien réel et «spatiovore», certes retranché dans quelques zones grises du territoire. La chaîne d’invisibilité de l’ordre électrique renvoie à un paradigme d’éloignement, fondateur de la culture de la modernité, particulièrement perceptible tout au long du 20e siècle.

Cet effacement repose sur la séparation comme programme (séparation entre riches et pauvres, rural et urbain, nature et culture, humain et non humain, masculin et

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POLITIQUE

féminin, etc.) qui produit l’invisibilisation d’un groupe ou de certaines activités au détriment d’une autre, porteuse d’un idéal jugé progressiste. Cette séparation est un des points fondateurs de l’urbanisme fonctionnaliste moderne, un secteur pour chaque chose: l’habitat, l’industrie, le loisir et la culture, la nature.

L’accroissement de la distance entre la production et la consommation jusqu’à l’invi-sibilisation de la première est l’un des éléments structurant du capitalisme moderne qui a séparé les territoires de leurs ressources propres, en disjoignant l’architecture, la ville et le territoire en trois entités scalaires. Maurice Godelier écrivait:

[S’approprier la nature] c’est, pour l’homme, inventer des moyens matériels et idéels pour disjoindre certains éléments des écosystèmes qu’il exploite et les faire servir à ses besoins. Cette action implique la mise en œuvre de rapports sociaux qui lui servent de cadre et de support et qui, quelle que soit l’instance où ils se situent, fonctionnent comme des rapports sociaux de production, ou, selon un parler plus commun, comme des rapports économiques. (GODELIER 1984) Les infrastructures du capitalocène sont des moyens matériels et idéels qui déter-minent un certain ordre du monde fondé sur le dualisme entre nature et culture, et un projet d’appropriation de la première par la seconde.

Les ressources fantômes Les ressources fantômes caractérisent l’appropriation de ressources par ceux qui consomment plus que la capacité bioproductive de leur territoire2. Les années 1970

ont vu émerger des outils de quantification et de mesure, permettant de révéler ces ressources fantômes. Le Club de Rome a ouvert une voie scientifique à cette quanti-fication, socle de son appel à stopper la croissance occidentale corrélée à un rythme effréné d’extraction. Les notions de limite des ressources, d’empreinte écologique et de biocapacité ont progressivement donné le ton d’une nouvelle perception du monde et participé à en redéfinir par la compréhension et la mesure, les limites. C’est William E. Rees qui formule au début des années 1990, la notion d’empreinte écologique dans un article intitulé «Ecological Footprints and Appropriated Carryng Capacity: What Urban Economics Leaves Out». Il la définit comme:

La surface correspondante de terre productive et d’écosystèmes aquatiques nécessaires pour la production des ressources utilisées et l’assimilation des déchets produits par une population définie à un niveau de vie spécifié, là où cette terre se trouve sur la planète. (REES 1992)

En 1994, il développe avec Mathis Wackernagel la méthode de calcul associé permettant de mesurer la pression et l’écart entre «l’offre» en ressources naturelles et la «demande» d’un territoire. Dans leur ouvrage Our Ecological Footprint: Reducing

Human Impact on the Earth (REES et WACKERNAGE 1996), l’indicateur d’empreinte

écologique est étendu à l’ensemble de la planète. Ce travail donne, sous le prisme environnemental, une nouvelle visibilité aux déséquilibres mondiaux. Un écart écolo-gique se creuse. Dans son article «Capitalocène. Une histoire conjointe du système terre et des systèmes monde», l’historien de l’environnement Christophe Bonneuil rappelle que «les deux tiers de la croissance des pays industrialisés occidentaux sont le simple fait de l’accroissement de l’utilisation de l’énergie fossile, le tiers restant seulement résultat des progrès techniques» (BONNEUIL 2015; JONES 2005). Il revient

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POLITIQUE DES INFRASTRUCTURES

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Parmi les trois vastes pays riches en ressources, l’empreinte de l’URSS n’atteint 100 % de sa biocapacité domestique qu’en 1973, celle de la Chine l’atteint en 1970 (et ne cesse de monter depuis, atteignant 256 % en 2009), tandis que celle des États-Unis est déjà égale à 176 % de la biocapacité de son territoire en 1973. Celle de la Grande-Bretagne (377 %), la France 141 %, l’Allemagne Fédérale (292 %) ou le Japon 576 %, alors que le nombre de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine est sous un ratio de 50 à cette date. (BONNEUIL 2015; JONES 2005)

Les biens vendus, dans le cadre des marchés internationaux, le sont à des prix qui n’intègrent pas les dommages écologiques et sociaux liés à ces productions. En s’inspirant du concept marxien d’échange inégal, l’économiste espagnol Martinez-Alier propose de qualifier ce dépassement d’échange écologiquement inégal (SCHMITT

2016).

L’échange écologiquement inégal a permis de construire des villes (LINDER 1994;

HAVEY 2010). La question de l’origine des matières premières dans le champ de la

construction reste aujourd’hui insuffisamment cadrée. Les leaders mondiaux de la construction associés à l’industrie de l’extraction sont appelés à plus de transpa-rence, mais la corruption du secteur extractif reste immense (BEDNIK 2016).

Les ressources fantômes ne désignent pas seulement celles qui sont issues de l’échange écologique inégal, c’est aussi celles qui sont invisibilisées dans l’architecture (CHOPPIN et DELON 2014: 161-168), mais aussi dans son histoire…

Cette dimension politique de l’histoire de l’environnement est restée éloignée de l’architecture et de l’urbanisme. Depuis une dizaine d’années, le contexte de crise énergétique et environnementale a popularisé la rupture métabolique des cycles de la matière et donné à la notion de capitalocène toute sa pertinence pour expliciter une histoire écologisée du capitalisme. Cette notion forgée par Donna Haraway, Andreas Malm et Jason Moore (HARAWAY 2014; MOORE 2016; MALM 2016) participe

à une redéfinition culturelle globale d’un rapport à la «nature» dans le champ des sciences sociales, associant notamment l’exploitation de la nature aux questions de «races» et de genres3, problématiques encore largement ignorées dans l’histo-riographie française des disciplines de l’aménagement.

La dimension culturelle de la critique associée au LTS reste secondaire dans la litté-rature existante. Une des forces motrices de l’accélération de la réticularisation du monde est pourtant «culturelle»4. La prise en compte de cette dimension semble être une étape essentielle vers une reconceptualisation de la notion de territoire articulé sur la question des ressources.

Déconstruire la pensée LTS Dans son article Cultural Origins and Environmental Implications of Large

Tech-nological Systems (1993), l’historienne des technologies américaine Rosalind

Williams souligne la disjonction entre l’idéologie de la circulation et de la connexion des Lumières et celle associée au LTS qui ont permis le développement du capi-talisme industriel, puis financier. En revenant sur les écrits de deux philosophes, économistes et politiques français: Marie Jean Antoine Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, et Anne Robert Jacques Turgot pour qui une des clefs du progrès est la diffusion du savoir dans l’espace, Williams questionne les effets de la trans-position du projet culturel des Lumières sur l’équipement technique du territoire.

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POLITIQUE

En faisant l’apologie de la circulation des idées et de la connaissance (via le livre, l’imprimé, la capacité du savoir à s’étendre dans l’espace par les réseaux culturels naissants), ces philosophes des Lumières ont paradoxalement participé à soutenir idéologiquement les grands systèmes techniques du capitalisme industriel (basé aussi sur la connexion, l’accélération de la circulation des biens, etc.). Elle démontre que leurs visions de la libération sociale et intellectuelle étaient en contradiction avec les pratiques du capitalisme naissant et ses systèmes techniques, mais ont contribué à les soutenir. Cette disjonction avait également été soulignée par l’his-torien Fernand Braudel lorsqu’il évoquait l’accélération des réseaux d’échanges de l’économie-monde dans le tome 3 de son ouvrage magistral Civilisation matérielle,

économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle et affirmait que si «les cultures sont un

ordre organisateur de l’espace […] les cartes culturelles et les cartes économiques ne se superposent pas toujours» (BRAUDEL 1979: 51).

Dans le cadre idéologique de la connexion, la perte du lieu, l’éloignement est progressiste, héroïque. Chaque point du territoire devient pareillement équivalent, habitable, exploitable. Les ressources locales ne sont plus la condition d’un dévelop-pement, puisqu’elles sont mobiles, transportables, stockables. Il suffit de se donner les moyens (politique, économique, militaire) d’accéder à la ressource. Les LTS portent en eux toute l’histoire du capitalisme depuis la fin du 19e siècle et le

vacil-lement de l’un a des effets sur l’autre. Le déclin des infrastructures n’a pas manqué de contrarier et de menacer le développement urbain, laissant parfois planer de déclinistes oraisons. Dans l’histoire de l’urbanisme, le déclin est souvent apparu comme la pathologie d’une croissance économique irraisonnée. Janes Jacobs et Lewis Mumford ont respectivement publié la même année 1961: Déclin et survie

des grandes villes américaines et La cité à travers l’histoire (JACOBS 2012; MUMFORD

1964; 1970). Dans ces ouvrages majeurs, le déclin résulte de dysfonctionnements

FERNAND BRAUDEL, LA PIEUVRE DES RÉSEAUX DES ÉCONOMIES-MONDES (BRAUDEL 1979).

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POLITIQUE DES INFRASTRUCTURES

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urbains issus de la congestion mal maîtrisée, du commerce, des délocalisations et des pertes d’emplois, du développement de l’insécurité, etc. Le déclin urbain est corrélatif de la spatialisation du capitalisme du 20e siècle. Il y a des problèmes

spécifiques posés par la croissance exponentielle des métropoles, c’est historique-ment l’origine des métiers de l’aménagehistorique-ment qui sont les régulateurs d’un milieu dans lequel il faut permettre et garantir les circulations: des gens, des marchan-dises, de l’air, de l’eau, de l’électricité, du gaz. Le concept foucaldien de biopolitique a permis sous le triptyque sécurité, territoire, population d’éclairer l’optimisation des conditions de la vie (FOUCAULT 2004b): urbaniser c’est aménager un milieu en

fonction d’évènements possibles qu’il faut régulariser et optimiser. Si le déclin est aussi celui des infrastructures de la croissance de l’urbanisme LTS, n’y a-t-il pas un paradoxe entre la permanence physique de ces régimes techniques et l’obso-lescence qui les frappe?

L’échelle de leur encombrement territorial semble pérenniser l’idéologie LTS asso-ciée. Les ruines infrastructurelles: centrale nucléaire, barrage, centrale thermique inusitée ou en attente de dépollution et reconversion sont pourtant de plus en plus nombreuses. La crise ou le déclin des infrastructures est un thème récurrent de la pensée moderne articulé autour de la question du risque3 et des mutations. L’idée

d’une inconscience modernisatrice chez les acteurs technophiles de la révolution industrielle a été modérée par Jean Baptiste Fressoz qui retrace dans L’apocalypse

joyeuse: une histoire du risque technologique (FRESSOZ 2012) la façon dont des

multiples controverses, mises en garde et contestations furent systématiquement ignorées pour qu’advienne la société industrielle. Depuis les années 1980, il y a toutefois une accélération. Un certain nombre de travaux ont interrogé la fragilité, la non-permanence et le devenir des grandes infrastructures modernes. America in

Ruins: The Decaying Infrastructure ou Fragile Foundations (CHOATE et WALTER 1983)5

illustrent ce changement de paradigme technique.

Ce déclin est aussi dû au désinvestissement économique des années 1980, causé par la crise, l’inflation et une baisse des budgets qui ont menacé le renouvellement. Il touche aussi l’Europe.

Une quantité impressionnante de situations délaissées, abandonnées, issues de la dévoration sans limites du sol par la modernité et l’économie mondialisée qui n’a cessé, de délocalisation en relocalisation, de redistribuer les cartes du monde et des lieux. Et ce n’est plus ce cycle

ordinaire dont parlait Françoise Choay il y a 25 ans, ce cycle universel de création/destruction.

(LANDAUER à paraître)

L’obsolescence n’a cessé de gagner du terrain depuis la révélation des premières friches industrielles dans les années 1970 et apparaît comme une nouvelle condi-tion des territoires. Comment habiter «à nouveau des zones d’expérience dévas-tées» (PIGNARRE et STENGERS 2005)?

La permanence des régimes techniques dépend aussi de «l’imaginaire» qui les porte, au sens où Cornelius Castoriadis l’a défini (CASTORIADIS 1975). Au-delà du

déter-minisme technique contenu, une question persiste: peut-on changer de société sans changer d’infrastructure? De nombreux et nombreuses socioanthropologues des techniques ont déjà répondu par la négative6 et la lutte contre de grands

chan-tiers d’infrastructures et l’émergence corrélative d’une diversité infrastructurelle associée au projet de l’autonomie énergétique marquent un renouvellement.

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POLITIQUE

Retours aux lieux? L’un des plus manifestes symboles de l’opposition aux infrastructures LTS est probablement le phénomène ZAD7 qui fédère des solidarités de luttes «contre le

sentiment d’impuissance que fabriquent les divisions installées» (STENGERS 2013).

L’expression «grand projet inutile» utilisée pour qualifier ces chantiers suspendus suffit à saisir la défiance vis-à-vis d’un modèle d’aménagement. Barrage, décharge, centrale, center parc, aéroport, autant de projets locaux qui portent la marque d’un urbanisme LTS et de la tradition productive moderne. Inscrites dans une filiation de luttes et d’occupations qui ont fait plier quelques sites historiques dans les années 1970 (du plateau du Larzac à la centrale nucléaire de Kalkar, en passant par les camps antinucléaires écoféministes de Greenham Common ou la Pentagon Women action (COOK et KIRK 2016; HACHE 2016)), la multiplication et

l’organisation de l’occupation de ces «zones à défendre» marquent une nouvelle forme de contestation dans l’aménagement du territoire (COLLECTIF MAUVAISE TROUPE,

2014) qui trouve son écho dans les luttes anti-extractionnistes en Amérique latine ou ailleurs. Avec cette idée que l’organisation du territoire se construirait contre le territoire lui-même, le bras de fer qui se joue sur la plus médiatique des ZAD depuis 2012 a nourri une réappropriation territoriale où l’autonomie énergétique s’érige en contre-pouvoir. «À Notre Dame des Landes, on apprend à vivre ensemble, à cultiver la terre, à être plus autonomes vis-à-vis du système capitaliste»8. Sur

cet espace rural une soixantaine de collectifs et de lieux de vie (individuels ou collectifs) organisent et projettent quotidiennement depuis 2012 une autonomie alimentaire et politique (voir le plan à la page suivante).

Depuis le début des années 2010, l’autonomie énergétique – un temps margina-lisée (LOPEZ 2014) – a pris une nouvelle place dans les débats et les publications

académiques9 et s’est structurée comme l’un des plus intenses activateurs

d’un nouvel imaginaire d’infrastructure et d’une inédite spatialisation politique des ressources. Dans le champ de l’architecture et de l’urbanisme, le concept d’autonomie énergétique renvoie à une sorte d’introspection disciplinaire avec cette tentative un peu vaine, mais non pas moins puissante, de ramener à l’échelle de la quotidienneté toute la complexité technique du monde, notamment le rapport production/consommation. Avec l’ambition de ramener la ressource et de «retrouver les lieux», le projet de l’autonomie énergétique est politique, il est entendu comme la capacité d’un groupe d’acteurs à définir son projet énergétique, c’est-à-dire à définir les conditions de production et d’approvisionnement énergétique du «lieu» considéré: ressources énergétiques primaires, systèmes techniques de production, de récupération ou de stockage, modalité de gestion. Partout dans le monde, les

Small Technical Systems ou microréseaux viennent compléter les LTS (LOPEZ et

BOUTON 2015). Ces microsystèmes techniques de la transition énergétique ont

différentes échelles: bâtiment, quartier, ville, territoire, région. En bousculant un ordre énergétique centenaire, ces infrastructures dites alternatives, décentralisées, dispersées, autonomes, déconnectées, hors réseau ou post-réseau (COUTARD et

RUTHERFORD 2015) posent la question de l’aménagement de nouveaux

espaces-réseaux et modifient toute la chaîne de production de la ville au territoire jusqu’aux systèmes de gouvernance et de gestion traditionnels. Mais au-delà de l’approche

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POLITIQUE

CARTE DE LA ZONE À DÉFENDRE DE NOTRE-DAME-DES-LANDES, Q. FAUCOMPRÉ, MANO & PIA, RENNES, ÉDITIONS À LA CRIÉE, 2016 (FORMES VIVES).

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POLITIQUE DES INFRASTRUCTURES

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technique/réseau, la notion d’autonomie énergétique conserve une stimulante force théorique en posant plus conceptuellement la question du rapport à la «nature» et de sa propriété.

Un certain nombre de figures de l’histoire de sciences, de l’environnement ou de l’anthropologie ont démontré la façon dont la notion de nature s’était constituée comme un outil conceptuel permettant de séparer et de détruire une écologie des relations entre humain et non humain (WHITEHEAD 2006; HARAWAY 1989; DESCOLA

2005, 2016). Comme l’ont établi de nombreuses recherches dans les domaines de l’anthropologie et de l’histoire de l’environnement, et plus récemment Philippe Descola, l’émergence et la conceptualisation des notions de nature et culture ont permis d’éclairer «notre condition collective d’Européen et de mettre des mots sur des réalités qui prenaient une autonomie perceptible au début du 18e siècle et à la

fin du 19e siècle. […] Ces notions ont participé à forger le destin sociopolitique de

l’EU moderne. Puis ils ont été repris pour expliquer des sociétés non européennes comme si leur validité descriptive était universelle» (DESCOLA 2016b: 40).

L’ordre LTS a accentué le dualisme entre nature vs culture, et l’histoire et la théorie de l’architecture et de l’urbanisme (qui s’autonomisent disciplinairement à la fin du 19e) sont le lieu où les effets réducteurs de ce récit univoque sont le plus

clai-rement lisibles. Ce qui est en jeu, c’est l’imposition d’un certain nombre de règles et de normes, de moyens matériels et idéels qui ont fondé et borné la discipline. N’y a-t-il pas eu une rencontre manquée entre les disciplines de l’aménagement et d’autres disciplines, notamment l’histoire de l’environnement, l’anthropologie sociale et politique telle qu’elle se réinvente dès la fin des années 1960 autour de la notion de territoire?

Le grand partage nature culture n’a cessé d’exclure, de disqualifier et d’opposer l’architecture à l’environnement. Les errements et les quêtes de signification des termes: d’architecture environnementale, contextualiste, régionaliste, bioclima-tique, écologique, et plus radicalement encore celui de vernaculaire10 – qui s’est

construit en opposition à une architecture académique et savante – témoignent à la fois d’un malaise et d’une farouche tentative de faire remonter le territoire ressource au cœur de la discipline. Ces difficultés témoignent du poids de la tradition idéo-logique et constructive moderne ainsi que de la force reproductive des codes productifs du capitalocène qui ont façonné et réglé la fabrique de l’architecture et de l’urbanisme dans son rapport aux ressources depuis la fin du 19e siècle.

1 Pour l’image figurant dans la page, consulter [en ligne]: https://mementouni.wordpress.com/2014/

10/27/mining-diagramms/

2 Cette notion renvoie à celle d’«hectare fantôme» développée dans les années 1960 par le

biolo-giste suédois Georg Borgström. Cité par Christophe Bonneuil (2015).

3 Sur l’histoire de l’écoféminisme, voir la préface d’Émilie Hache dans l'ouvrage de STARHAWK 2015. 4 Ulrich Beck a analysé quelques grands accidents industriels du 20e siècle dans l'ouvrage de BECK

2001.

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POLITIQUE 6 Voir les réflexions sur la neutralité des techniques de Jacques Ellul ou Alain Gras, mais également:

CASTORIADIS et COHN-BENDIT 1981.

7 Dans Le moniteur daté du 23 janvier 2015, un article de deux pages est consacré aux «zones à

défendre» et aux chantiers «sous tension»: «Terminé le temps où les entreprises du BTP lançaient des chantiers sans rencontrer la moindre opposition du grand public. Aujourd’hui, les Français veulent être consultés lorsqu’une opération d’envergure se lance sur leur territoire.»

8 Voir [en ligne]: http://zad.nadir.org/

9 Voir notamment «Les territoires de l’autonomie énergétique», colloque du Labex Futurs Urbains,

les 17 et 18 février à l’ENSA Paris-Malaquais à l’ÉAVT et «La fabrique de l’autonomie énergétique», à l’EIVP et à l’école des Ponts et Chaussées les 13 et 14 février 2016.

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Références

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