C AHIERS DE
TOPOLOGIE ET GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE CATÉGORIQUES
T IMOTHY P ORTER
Une théorie catégorique d’homotopie simple
Cahiers de topologie et géométrie différentielle catégoriques, tome 22, n
o2 (1981), p. 191-199
<
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UNE THÉORIE CATÉGORIQUE D’HOMOTOPIE SIMPLE
parTimothy PORTER
CAHIERS DE TOPOLOGIE E T GEOMETRIE DIFFERENTIELLE
Vol. XXII-2
(1981)
3e COLLOQUE
SUR LES CATEGORIES DEDIE A CHARLES EHRESMANNAmiens,
Juillet 1980La théorie
classique d’homotopie simple
introduite en 1950 parJ .
H.C. Whitehead
reposait
sur laquestion :
Est-ilpossible
de construire toutesles
équivalences homotopiques
entre deuxcomplexes
finis X et Y par un processus d’attachementhomotopiquement
trivial des cellules? Laréponse
étant «non », il fallait chercher une classification des
équivalences
homo-topiques
dans des classesqui
mesurent, pour uncomplexe
finiX ,
la di-vergence d’une
réponse positive
à lapremière question.
La classificationdonnée
par Whitehead fut une desorigines
de la K-théoriealgébrique.
Pourqu’une équivalence homotopique f ,
de sourceX ,
soit «constructible », ou«Simple
» selonWhitehead,
il faut et il suffitqu’une
obstruction T(f) ,
dite«torsion de
f »,
soitnulle;
les obstructions sont les éléments d’un groupeWh(IT 1 (X))
etchaque
élément deWh(IT1(X))
est réalisable c omme tor- sion d’uneéquivalence d’homotopie
de source X .(Voir
pourexemple
Co-hen
[C]
pour uneexposition
de cettethéorie.)
En
1969,
Eckmann etMaumary
ontdonné
une versiongéométrique
de cette théorie
[EM]
et, peuaprès,
Eckmann[E]
et Siebenmann[S]
enont donné une version
catégorique.
Ledéveloppement
de cette théorie ca-tégorique
avait comme but leprolongement
de la théorieclassique
à la ca-tégorie
descomplexes infinis,
localementfinis.
Récemment
je
voulais trouver uneréponse
à la«question
de White-head» dans le cadre de la théorie de la forme. Les
leçons apprises
dansl’étude
desprolongements
à «la forme» d’autres résultatsclassiques
surles
complexes
m’ontsuggéré qu’une approche catégorique
aurait laplus grande
chance de réussir.Malheureusement,
à lathéorie développée
par Eckmann et Siebenmannmanquait
ladéfinition
d’uneéquivalence simple.
Dans leur
théorie,
leséquivalences simples
étaient donnéesab initio ;
dansma situation il fallait construire les
équivalences simples.
Une théorie
catégorique d’homotopie simple
est évidemment liée à une théoriecatégorique d’homotopie. J’ai
choisi d’utiliser une théoried’homotopie
assez élémentaire.1. LES FONCTEURS « C Y L 1 N D R E S »
Soit C une
catégorie
ayant toutes les limites finies et colimites finies. On ditqu’un
endofoncteur( ) X 1
de G’ est unfoncteur cylindre
s’ilest muni de la structure suivante:
des transformations naturelles
la
«projection»
ducylindre
sur sabase,
la « fin
supérieure
»,- la
«multiplication
», 1’«involution »,- la « sousdivision », où nous avons
qui
satisfont aux axiomes :est une
monade,
En utilisant un foncteur
cylindre,
on peut définir une relation d’ho-motopie
dans C defaçon évidente.
Cette relation est une relationd’équi-
valence sur les
morphismes
deC , compatible
avec lacomposition.
On peut
définir
lescofibrations ;
laplupart
des résultatsclassiques
de leur théorie élémentaire ont leur
analogue
dans cette théorie. Pour cer-tains de ces
résultats,
il faut faire larestriction : ( )
XI est exact àdroite.
Mais dans les
exemples
intéressants danslesquels
cette condition n’estpas
satisfaite,
ces résultats sont encore valables.2. EXEMPLES
(A)
Lecylindre topologique. ( )XI
est le foncteur«produit
avec1
= [0, 1]
». Q est laprojection, el
est induit par lemorphisme
m est induit par la structure de monoi’de de
s est la «sousdivision» évidente.
( B ) Les complexes de chaînes.
Deux structures sontpossibles :
m et s sont
plus
difficiles àpréciser
dans ce cas.m et s sont un peu difficiles à
préciser.
Les deux structures
(o-, e1)
sontisomorphes,
mais le reste de lastructure n’est pas
compatible
avecl’isomorphisme. (
b est mis en évi-dence dans une Note de Kleisli
[K]. )
(C)
Lacatégorie
desgroupoides.
Soit I legroupoide
( ) x I
estproduit
avec 1 . Les transformations naturelles sont toutesdéfi-
nies defaçon
semblable au castopologique.
(D ) Procatégories
etcatégories des diagrammes.
Si C admet un fonc-teur
cylindre,
il en est de même pourPro ( C )
etCJ
pourn’importe quelle petite catégorie ,j ,
( E )
Foncteurs exacts à droite surC.
SiC
admet un foncteurcylindre,
il en est de même pour la
catégorie Dex( C, Ens)
des foncteurs exacts àdroite sur
C.
( F )
Lescylindres injectifs.
SoitU: C -
D un foncteur entre deux ca-tégories abéliennes
tel que U admet unadjoint
à droiteR, J = RU
estmuni d’une structure de monade avec unité de
l’adjonction j :
1 ->J
et mul-tiplication g ; J 2 - J .
Soit M unobjet
deC . Définissons (M) X I = M X J(M)
et écrivons les formules avec les «éléments » :
Soit
le
morphisme défini
parn est une
multiplication
pour lamonade ( ) X I
avec unité e 0 . La multi-plication
pour(( ) X I , e1 )
est définie parLa «sousdivision»
est, avec cette
identification, s(M)(m, n) _ (m, n, n). (Ces
formulessont les formules valables pour le cas B-b des
complexes
dechaînes. ) (G)
Toutes lesdéfinitions
sont dualisables et lesdéfinitions
duales des foncteurscocylindre,
etc..., nous donnent une autre familled’exemples.
Par
exemple :
SoitC
lacatégorie
des anneaux(resp.
anneauxcommutatifs).
Pourchaque
anneauA ,
soitA[t]
l’anneau despolynômes.
Les transformations naturelles
«polynôme
constant »,nous donnent presque une structure de
cocylindre.
Malheureusement iln’y
a pas de «sousdivision»
On peut éviter cette
difficulté
si nous formons undiagramme
danslequel
les
objets
sont les anneauxet les
morphismes
sont lesmorphismes évidents.
La colimite de cediagram-
me a encore la structure
signalée plus
haut mais il y a une transformation naturelle «sousdivision ». On peutprendre
cette colimite commeAI .
L’intérêt
de cetexemple
est que, dans le cas des anneaux commu-tatifs,
les foncteurs de C dans Ensqui
sont exacts àgauche
contiennententre eux tous les schémas
affines,
donc on a lapossibilité
d’une théoriehomotopique
de schémas ind-affines( colimite s
de schémasaffines).
Il ya des liens aussi avec la K-théorie
algébrique
deKaroubi - V illamayor.
3. LES EQUIVALENCES SIMPLES
Dans la théorie
géométrique d’homotopie simple
d’Eckmann-Mau- mary, on utilise l’attachement trivial des cellules seulement pour montrer que les inclusions d’uncomplexe X
comme fin ducylindre
X X I sont leséquivalences simples.
Sans«cellules»,
ces inclusions vont être leséqui-
valences
simples génératrices.
Supposons
donné C et un foncteurcylindre ( ) X 1
sur C. La clas-se des
équivalences simples
de C par rapport aucylindre
est laplus
pe- tite classe S demorphismes
deC qui
satisfait à:SI)
Pourchaque X
deC , el (X) C S . Chaque isomorphisme
estdans S . S
2)
Siest dans
C, v
E S et v est inversible àgauche,
dans le carré cocartésienon a v’ E
S.
S3)
Sif , g
sont desmorphismes
deC
tels queg f
estdéfini, dès
que deux d’ entre
f ,
g etg f
sont dansS ,
il en est de même pour le troi- sième.S4 ) Si ( fa : Xa -> ya ) a C A
est une famille dansS
telle que le copro- duitII fa ; II Xa -> II Y a
existe dansC, II fa
est dansS.
EXEMPLES.
Quand C
=CW fini’
lacatégorie
desCW-complexes finis,
laclasse
S
est exactement la classeclassique
deséquivalences simples
deWhitehead. Soit
C
=CWloc fini’ la catégorie des CW-complexes
localementfinis;
la classeS
est la classe deséquivalences simples
d’Eckmann etSiebenmann.
Si
f : X - Y
est unmorphisme
deC ,
on peut construire uncylindre d’application M f
par le carré cocartésienj f
est dansS
etpossède
un inverse àgauche p f.
Notonsif = IT feo (X) .
Une étude des
cylindres d’applications
nous permet d’utiliser les idéesd’ E c km ann - M aum ary .
Soit
f; X - Y,
g: X - Z deuxmorphismes.
Disons quef et g
sontsimplement équivalents
s’il existe uneéquivalence simple
s ; Y - Z telleque
s f
et gsont homotopes.
Notonsf >
la classed’équivalence déter-
minée par
f
etA(X)
l’ensemble de ces classes.(Il
faut des conditionssur
C
pour assurer queA(X)
est un ensemble et pas une classestricte,
mais ces
considérations
ne sont pasdifficiles. )
THEOR EME.
d) A(X)
est un monoideabélien.
b) A: C - Mon A b
est unfoncteur homotopique.
Pour
définir
l’addition dansA (X) ,
nous devons faire les observa- tions suivante s :f > _ if>
pourchaque f ;
sif > , g> C A (X) et i f g
est
défini
par le carré cocartésienif,g>
estindépendant
des choixde f, g
dansf>
etg> .
L’additionest donnée par la formule
Si
f
est uneéquivalence d’homotopie, A (f)
est unebijection.
Sif ’
estun inverse
homotopique de f, f ’;
Y -X ,
il existeg>
EA (X)
tel queA (f)g> = f’>
et nous avonsidentité pour l’addition dans
A(X).
Soit
E(X) = { f> , 1 f
est uneéquivalence d’homotopie }.
E( )
nous donne un foncteurhomotopique
deC
dans lacatégorie
des grou- pes abéliens.EXEMPLE. Dans la situation
classique E(X )
estisomorphe
au groupe de WhiteheadWh(IT1 (X)).
4. L E GROUPE
E(X)
POUR LE CYLINDRE INJECTIFDans le cas d’une théorie
d’homotopie simple algébrique
et d’uncylindre injectif,
nous avons unedescription complète
deséquivalences simples.
Soit J
le foncteur utilisé dans la constructionde ( ) XI
et disonsqu’un objet injectif relatif K
eststablement colibre
s’il existe deux ob-jets L, M
deC
tels queK X J (L) = J (M).
Soit
main tenant S
laplus petite
classe demorphismes
deC
telleque
lo Pour
chaque X
deC
etK
stablementcolibre,
sont dans
S.
2o
Chaque isomorphisme
est dansS.
30 Si
f, gf S
etg f
estdéfini, g f C S.
PROPOSITION.
f:
X -Y
estdans S
ssif possède
unefactorisation
avec
K , L stablement colibres.
THEOR EME. La
classe S
est exactementla classe des équivalences
sim-ples de
Cdéfinie par le cylindre
1E9 J .
COROLL AIR E.
Soit 1, ( C, J ) le
groupeabélien ayant l es classes d’iso-
morphisme [K]
desin je cti f s relati fs
pourgénérateurs
et avecles relations
(ii) [K]
= 0 si K =J ( L)
pour un0 bj et
Lde
C.Si X
est unobjet de C, E(X)
estisomorphe
à1,(C,I) et l’isomorphis-
m e est
indépendant de
X.S’il
n’y
a pasquelques
restrictions sur la «taille» desobjets
deC, I o (C,J)
estprobablement
zéro. Parexemple,
siC
=Mod-A
avec Aun anneau ncethérien et E un
cogénérateur injectif
deC,
le foncteurU: C -> Ens*oP, U = Hom(-, E)
a unadjoint
à droiteP(X) = EX , et on
peut
prendre J (M) = EU(M). j
est un«injectif
fonctoriel». Pour le cy- lindre1 X J , E(M )
esttoujours
zéro.Cependant
si nous faisons des restrictions surC,
ce n’est pastoujours
le cas que10 ( C, J)
= 0 . Parexemple,
considérons lacatégorie
f.g.Mod -Z (C2)
des modules de type fini sur l’anneau de groupe associéau groupe d’ordre 2. Il existe une
paire
de foncteursadjoints
Pour la monade
J
= RU associée à cetteadjonction, 1, (C,J)
est sommedirecte d’un groupe abélien libre de rang infini et d’un autre groupe de
structure inconnue. Donc
/0 (C,J)
n’est pastoujours
zéro.En
dualisant,
nous trouvons un groupeKo (C,J)
desprojectifs
relatifs
modulo
lesprojectifs qui
sont stablement libres. Il semble que ces groupes sont fortement liés avec les anneaux de Grothendieck relatifs con-sidérés
en théorie desreprésentations
parDress,
Lam et Reiner.BIBLIOGRAPHIE
C. COHEN,
M., A
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GTM 10,Springer,
1973.EM. ECKMANN, B. & MAUMARY, S., Le groupe des types
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