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Aristote. La Physique. Livre VII.

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Aristote. La Physique. Livre VII.

Parlons donc d’abord du transport ; en effet c'est le premier des mouvements. Or tout transporté est mû, soit par lui-même, soit par autre chose. Dans tout ce qui est mû par soi, le moteur est évidemment avec le mû ; en ces choses même, en effet, existe le moteur premier et il n’y a rien dans l’intervalle.

D’autre part, tout ce qui est mû par autre chose se présente nécessairement sous quatre formes : il y a en effet quatre espèces de transport d’une chose par une autre : traction, poussée, portage, roulement. Tous les mouvements selon le lieu s’y ramènent : l’impulsion est une poussée où le moteur qui agit de soi suit ce qu’il pousse ; il y a répulsion quand le moteur, après avoir mû, ne suit pas ; projection, quand il produit un mouvement plus fort que le mouvement naturel et transporte le mû jusqu’à ce que ce mouvement l’emporte.

[…]

Il est donc clair qu’aucune de ces choses ne se meut soi-même. Disons cependant que, si elles ont en elles un principe de mouvement, c’est un principe, non de motricité ni d’action, mais de passivité. Donc, si toutes les choses mues le sont, ou par nature, ou contre nature et violemment ; si, d’autre part, les choses mues violemment et contre nature sont mues par quelque chose qui leur est étranger ; et si, à leur tour, les choses mues par nature sont mues, les unes par elles-mêmes, étant mues par quelque chose [d'intérieur l’âme], les autres non par elles-mêmes (ainsi les choses légères et lourdes, puisqu’elles se meuvent ou [essentiellement] en vertu de la cause génératrice et efficiente de leur légèreté et de leur lourdeur, ou [accidentellement] en vertu de ce qui les délivre de l’obstacle et de l’empêchement), dès lors on peut dire que tout ce qui est mû est mû par quelque chose.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_(philosophie)

La physique d’Aristote, qui distingue deux régions du monde, le monde céleste (supralunaire) et le monde terrestre (sublunaire) reflète l’existence d’un univers hiérarchisé, d’un ordre cosmique que résume J.P. Guillot. « En vertu de cet ordre, chaque objet possède dans l’univers une place, un lieu propre d’existence. Ce lieu est conforme à sa nature. Chaque objet tend à revenir dans ce lieu quand il en est écarté ou bien y reste immobile si rien ne vient l’en déloger. Ces considérations font déjà apparaître que le repos ou la tendance au repos est constitutive de la matière. Ainsi le mouvement va être de deux sortes : soit il constitue un retour à l’ordre, on parlera alors de mouvement naturel, ou bien, au contraire, un facteur de désordre, on parlera alors de mouvement violent. Par son mouvement naturel, un corps va réaliser sa tendance naturelle au repos en son lieu naturel. Le mouvement violent constitue quant à lui une rupture contre nature de l’ordre. Cette rupture de l’ordre ne peut être provoquée que de façon violente ».

Dans le cas du mouvement naturel, le moteur est la nature même du corps qui va tendre à le ramener à son lieu naturel. Dans le cas du mouvement violent, le moteur est externe. Il exerce une action continue par contact (pression ou traction), sur le corps en mouvement. L'idée d'un moteur externe découle aussi du simple constat que dans le monde sensible, contrairement à ce qui se passe dans les sphères célestes, le mouvement n'est pas toujours en acte (parfois en mouvement parfois en repos) et qu'il a besoin de toute nécessité d'une pulsion extérieure. D'autre part si la cause du changement appartenait à la chose même on ne comprendrait pas pourquoi le changement « arrive à un moment plutôt qu'à un autre qui le précède ». À l'inverse, l'observation nous montre que tous les êtres naturels accomplissent leurs changements multiples (locomotion, nutrition, reproduction) selon des cycles et règles bien précises, appartenant à la forme de l'espèce et tributaire des lois strictes du climat. En effet tous les « êtres naturels » ont en eux-mêmes un principe de mouvement et de fixité. […]

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