A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
H. B OUASSE
Sur les courbes de déformation typiques des fils neufs
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 1resérie, tome 12, no3 (1898), p. G1-G25
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G.I SUR LES
COURBES DE DÉFORMATION TYPIQUES DES FILS NEUFS,
PAR M. H. BOUASSE,
Professeur de Physique à l’Université de Toulouse.
PREMIÈRE
PARTIE.Dc la nature des
problèmes
’crésoudre
par de cc.sde
déformation.
Considérationshistoriques
etthéoriques.
La théorie de l’élasticité se
compose,
comme onsait,
de deuxparties
biendistinctes. Dans
l’une,
ondétermine, quels
que soient le milieuhomogène
ou
hétérogène
et la nature des déformationsqu’il
asubies,
la manière dontsont nécessairement liées les forces
qui agissent :
I ° entre deuxparties
dusolide à travers tous les éléments de surface
qui
limitent un élément devolume;
2° sur tous les éléments de surfacequi passent
par unpoint.
Cettepartie
de la théorie de l’élasticité est au fond tout entière dans le théorème suivant dû àCauchy :
Si en un mêmepoint
d’un milieu F ~~les
forces
exercées sur deux élémentsplans
S et5‘, avant
les droites 1.1el D’ pour
normales,
laprojection
de F sun D’ estégale
à laprojection
de F’ sur
D,
et dans l’existence del’ellipsoïde
d’élasticité.L’autre
partie
cherche à relier lesforces, qui
ont été définies par la prc-mière,
aux déformations dusolide,
sous certaines restrictions depetitesse
pour ces déformations : elle définit
l’ellipsoïde
de dilatation et les relationsqui
existent entre lui etl’ellipsoïde
d’élasticité. Elle a donné lieu à bien des controverses, et les limitationsqu’on
doitimposer
aux déformations pourqu’elle
soitapplicable
semblent rendre sonemploi impossible
dans toutesles
questions analogues
à cellesqui
sont traitées dans ceMémoire,
où lesdéformations sont énormes. Mais c’est une illusion : son utilité subsiste même dans ce cas, soit
qu’on veuille,
avecSaint-Venant,
déduire de lagrandeur
des axes del’ellipsoïde
de dilatation la détermination desplus
grandes
dilatationsqu’un
solidepeut supporter
et en conclure le maximumqu’il peut subir; soit,
en seplaçant
à unpoint
de vue tout diffé-m considérant avec Coulomb le milieu comme formé de
particules
par-faitement
élastiques noyées
dans unciment, qu’on
veuille calculer les dé- formations desparticules
et nonplus
du solidetotal,
en leurappliquant
ceséquations.
Nous reviendronsplus
loin là-dessus.Cherchons ce que la théorie de l’élasticité nous
apprend
sur uncylindre
u base circulaire dont la
longueur
est ungrand
nombre de fois lediamètre,
tordu et tendu simultanément. Ce cas, très
élémentaire,
mais dont l’étude(empiétement
faite trancherait desquestions
d’uneimportance capitale,
aété comme
négligé
desingénieurs qui préfèrent
cequi prête
à de brillantsdéveloppements mathématiques
ou cequi semble
serapprocher davantage
de la
pratique,
comme s’il y avait unespoir quelconquc
de confirmer lavaleur d’une
hypothèse
en étudiant les déformations d’un fer à T.Nous
n’espérons
pas dire des choses bien neuves, mais tracer à!’usage
desphysiciens
un programmed’expériences
que nous chercherons nous-mêmes àremplir
dans la seconde Partie de ce Mémoire.Des
forces
aux diverspoints
d’uncylindre
circulaire tonducl tendu.
Dans tout ce
qui suit,
nous prenons comme axe des z l’axe ducylindre.
Comme tout est
symétrique
autour de cet axe, nousplaçons
lepoint
consi-sur l’axc des x et posons x = 1 ; le méridien
passant
en cepoint
est leplan
zx etl’équateur
ou section droite leplan xy.
Nousrappelons
que dans la notation des N et desrI’, T, désigne
les forces normales à l’axe des xqui agissent
sur les faces duprisme élémentaire, parallèles
à cet axe;N,
la forceparallèle
à l’axe des xqui agit
sur la face normale à cet axe. Enfin les N sontprises
avec lesigne
+, si ce sont destractions;
avec lesigne -,
si ce sontdes
pressions.
L’expérience donne,
àchaque instant,
lacharge
totale P et lecouple
total
C;
cela ne suffit évidemment pas pour déterminer en tous lespoints
du
cylindre
les N etles T ;
mais on a fait deplus
deshypothèses qui
semblentlégitimes.
On néglige
d’abord lapression atmosphérique :
de ce que lecylindre
n’est
plus pressé
sur ses faces latérales résulte nécessairement la conditionN, ~ ~T_,
-.--- o.On admet que la
charge
P serépartit
uniformément sur toute la sectiondroite,
d’où la relationNa
= où R est le rayon ducylindre.
Restent les forces
tangentielles.
Les forcesT2,
si ellesexistaient,
ten-draient à transformer les sections droites
qui
sontplanes
en des calottes do révolution autour de l’axe ducylindre;
les forcesT 3’
tout en laissantplanes
les sections
droites, produiraient
une courbure des droites tracées dans cessections. En
particulier,
les diamètres setransformeraient,
comme hrc- mièreapproximation,
en des courbes du troisièmedegré
avec inflexion ancen tre.
Mais l’existence des forces
T2
est inconciliable dans uncylindre long
etmince avec ce fait que, par raison de
symétrie,
les sections doivent resterplanes,
au moins à unpetit
nombre de diamètres desextrémités;
l’existence des forcesT3
est inconciliable avec ce fait que,toujours
à unepetite
distance~ des
points d’attache,
les forcestangentielles
sur la surface même ducylindre
sont nulles. On pose donc
’r~
==T;,
= o.Il résulte de ces
hypothèses
que les diverscylindres
creuxconcentriques
dont on
peut
considérer l’emboîtement comme formant lecylindre plein,
sont
élastiquement indépendants
et se déforment en mêmetemps
sansqu’il
y ait tendance à se
produire
unglissement tangentiel
de cescylindres
lesuns par
rapport
aux autres. Les sections droites restent circulaires etplanes ;
les droites
qui
y sont tracées restent droites etcela,
non pas a cause desliaisons,
mais par l’absence de forces tendant à les courber.Tous les élasticiens sont d’accord pour considérer que cette distribution des forces s’établit à une distance des extrémités du
cylindre qui
n’estqu’un multiple
peu élevé dudiamètre,
alors même que les forcesappliquées
à cesextrémités mêmes
n’y
satisfont aucunement. Eneffet,
ce n’estgénéralement
pas par des forces
tangentielles
de notationT,
que lescylindres
sont tordus(ce qui impliquerait
que l’on collât invariablement une section droite ducylindre
contre unepièce qui
tournerait autour de l’axe ducylindre,
ouplus généralement,
que l’onappliquât
des forcestangentielles
convenablessur
chaque
élément des sections droitesterminales),
mais par des forces de notationT3 appliquées
sur les faces latérales(comme quand
onprend
lecylindre
dans unétau).
On admetgénéralement qu’à
un ou deux diamètres desextrémités,
la transformation des forcesquelconques produisant
uncouple
en forces de notationT,
estcomplète.
Ce fait n’est pas
particulier
à la torsion.Quand
lecylindre
est tendu par despoids,
ce ne sontgénéralement
pas lcs forcesN3 qui agissent
sur l~~sextrémités,
niais les forcestangentielles T:, puisque généralement
l’extré-mité du fil est
pincée
dans un étau. Ici encore, la réaction des diversesparties
transforme ces forcestangentielles
en forces normales.Cette transformation n’est pas seulement
qualitative,
mais encore quan- titative. Dans le cas de latraction,
elle est telle que tous lescylindres
élémentaires dont l’ensemble fait le
cylindre total, s’allongent
de la mêmequantité,
et cela que la déformation soitélastique
ouperrnanente.
Dans lecas de la
torsion,
elle est telle que tous lescylindres
creux élémentairesconcentriques,
dont l’ensemble fait lecylindre total,
tournent du mêmeangle. Il
est très difficile de donner une preuverigoureuse
de cesproposi- tions ;
faut-il encore que les faitsexpérimentaux
ne leur soientpoint
contra-dictoires.
Prenons de la cire
molle, pétrissons-la
entre lesdoigts
pourquelle
soitbien
homogène, puis
roulons-la dans dupapier
pour en faire uncylindre
aussi
régulier
quepossible :
avec une fineaiguille
àrepriser,
perçons cecylindre
d’un trou,qui
n’a pas besoin d’être dans une sectiondroite,
etétirons-le en le prenant entre les
doigts
par les On constatequ’on peut
diminuerbeaucoup
sondiamètre,
sans cesser de voir la lumièrea travers le trou, et encore la lumière ne
disparaît
pas à cause de ]a cour- bure ducanal,
mais bien à cause de sonaplatissement.
Inexpérience
sur la torsion se fait d’une manièreanalogue.
On ri souventcherché à mettre hors de doute les
hypothèses précédentes,
en tordant descylindres
defcr,
de cuivre ou d’acier d’assez grosdiamètres,
danslesquels
on avait
percé
depetits
trousperpendiculairement
à l’axe : ces trous étaienttraversés par dcs
aiguilles qui
restaient droitesquelque grande
que fùt la torsion. Il était bon de refaire la démonstration avec tout le soinpossible
sur des corps mous.
Perçons
un trou très fin dans une section droite d’uncylindre
de ciremolle de de diamètre sur 8L’"’ de
longueur,
obtenu comme il a été ditplus
liaut. Tordons-le bienrégulièrement
en leprenant
entre lesdoigts
par les extrémités.L’expérience
montrequ’on peut.
le tordre deprès
d’un toursans cesser de voir la lumière à travers le
petit
trou;pendant
latorsion,
lasection du trou s’écrase naturellement
beaucoup.
Onpeut
alors détordre lecylindre :
la lumière passetoujours
et la section du trou redevient sensible-ment circulaire.
L’expérience
réussitquand, après
avoir tordu aupoint
que la section du trou s’estcomplètement aplatie
etqu’on
ne voitplus
lejour
àtravers le trou, on détord. On revoit le
jour,
cequi
prouve bien que ce n’estpas la courbure du
canal,
mais sonaplatissement, qui empêchait
la lumièrede passer. >
La torsion s’effectue par
l’application
de forcestangentielles
de nota-tion
T 3;
aux extrémités ducylindre,
une droite tracée dans une sectiondroite ne reste
plus droite;
ilsuffit,
pour levoir,
de tracer sur la face ter-minale du
cylindre
de cire molle un diamètre et de tordre par l’intermé- diairc d’un bout de tube de 2mm à de hauteur danslequel
vients’ajuste)
le
cylindre.
Sur les conseils de M.
Brillouin, j’ai
cherché àrépéter l’expérience
surdes
cylindres
deplomb.
Il fallait les couler enménageant
depetits
trou~~dans les sections droites. Le moule se compose de deux tubes de laiton
concentriques
entrant l’un dans l’autre à frottement dur. Par un trait descie,
le tube intérieur estcoupé
en deux suivant unplan diamétral;
l’autreest
percé
depetits
trousqui
se trouvent tous dans un mêmeplan
diamétralet deux à deux sur des
perpendiculaires
à l’axe ducylindre.
On passe dansces trous des bouts de fil de fer de 2 de diamètre
qu’on
tendfortement,
et l’on entre, de
part
et d’autre duplan
diamétral dessiné par cesfils,
lesdeux morceaux du tube
plus
étroit. Lesystème
est bouché à sa base par undisque
de cuivre maintenant l’écartement des morceaux du tubecoupé;
ilest tout
entier,
ycompris
les fils defer,
mouillé ettalqué
avant lemontage.
On coule du
plomb,
on laisserefroidir,
ondémoule ;
les fils de fcr n’adhèrent pas. On recommence avec succès sur cescylindres
lesexpériences
faites avecla cire molle. On
peut
laisser dans les trous les fils de ferpendant
latorsion ;
on constate
après
la torsionqu’ils
n’ont pas été tordus par la facilitéa à les enlever.
On avait commencé par ne
prendre
aucuneprécaution
pourempêcher
l’adhérence des fils de fer. On
tordait,
on sciait et on limaitjusqu’à
mettreà nu les fils dont on constatait la forme
rectiligne.
Onpouvait objecter
que larigidité
relativementgrande
des fils de fer vis-à-vis duplomb empêchait
le fil de se déformer.
L’expérience suivante,
faite sur le conseil de M. J3ril-louin,
montrequ’il
n’en est rien.On tend un fil non
talqué parallèlement
auxgénératrices
dumoule,
assezprès
de la surface ducylindre,
et l’on coule leplomb ;
on tord. Le fil doit tprendre
la forme d’une hélice et, parconséquent, s’allonger beaucoup.
Sisa
rigidité
était trèsgrande
vis-à-vis de celle duplomb,
pour ne pas s’al-longer
ilpénétrerait
vers l’axe ducylindre
en coupant leplomb.
C’est cequi
sc passequand
on tord uncylindre
de cire molleparallèlement
génératrices duquel
on anoyé
un lilmétallique
fin. Pour lcplomb,
il eu va(t~ilt autrement.
Là ou le fil de fer adhère fortelnent au
plomb,
ils’allonge énormément;
~~c où il adhère
mal,
il casse; de sortequ’en
le mettant à nu avec unerâpe,
trouve des houts de fil de fer très
étirés,
isolés les uns des autres. Doncsur les droites tracées dans une section droite est
concluante,
alors même que le fil de fer adhère avec le
plomb pendant
la torsion.ll 1’est donc pas contraire à
l’expérience
de considérer lescylindres concentriques
commeindépendants. Cependant
il ne faudrait pas accorder à cesexpériences
une forceprobante qu’elles
11’ ont pas; ellesprouvent
simplement
que les forces de notationT,
sontsupérieures
aux forces denotations
T~
etT3
à unpoint
tel que,pendant
latorsion,
deux tranchesdroites consécutives du
cylindre
commencent àglisser
l’une parrapport
à l’autre alors que les déformations
produites
dans ces tranches par les forces de notationsT2
etT8
sont encoreparfaitement élastiques.
Ces défor-mations
parfaitement élastiques
seraient d’ailleurs et en tous castrop
faibles pour
qu’on pût
démontrerdirectement,
par la forme desdiamètres,
si elles existent ou non.
Relation des N et des T avec les
forces appliquées.
Nous admettrons donc que seules les forces
N3
et1’, subsistent,
et nousles
appellerons
N et T poursimplifier.
Nous pouvons poser N ==Il n’est pas
possible
de déduire la valeur enchaque point
de r~’ de la con-naissance
du couple total,
si l’on ne sait pas comment varie T en fonction de la distance à l’axe ducylindre, puisque
la seuleéquation d’équilibre
que l’on ait estUn est amené à considérer deux cas
principaux :
10 T est constant. Nous
appellerons [C. et ‘’1’ ~
les valeursparticulières
du
couple
total et de la forcetangentielle
dans ce cas.2" T
peut
êtrereprésenté
par uneexpression
de la forme ~l’ == où uet ce seront définis
plus loin,
et l’on aEllipsoïde
d’élasticité.De ia connaissance de N et de T se déduit immédiatement la forme ~n la
position
del’ellipsoïde d’élasticité, puisque l’équation généralement
dutroisième
degré
que l’on rencontre, admet ici une racine nulle. SoientA, IB,
C les axes dereJlipsoïde;
il v_ientL’axe C coïncide avec l’axe des ~*; les autres sont situés dans un
plan parallcle à
l’axe ducylindre
et normal auplan
méridienpassant
par lepoint
iconsidéré. Le
grand
axe A fait avec l’axe des z unangle E
tel quetan ~ ~ T.
Enparticulier,
si lecylindre
n’est quetordu ~ ! ’~~
si lecylindre
n’est quetendu,
E == o.Des
déformations purement clastiques.
Les
équations
de l’élasticité sontSi nous admettons que lcs sections droites restent
plancs
et lesrayons restent
droits,
on a nécessairementdésigne l’angle
de torsion par unité delongueur
et admct 1~r’ commedimensions.
pour un
point
de l’axedes x,
plus
deuxéquations qui
donnent m ct n en fonction deN,
Enfin l’on il
Si donc on se donne les constantes 03BB et p. et les actions extérieures C et
P,
lc
problème
estcomplètement
résolu. ,Ellipsoïde
de dilatation.Posons
On déduit
immédiatement,
par les formulesgénérales,
la forme et laposition
del’ellipsoïde
desdilatations,
c’est-à-dire de la surface enlaquelle
se
transforme, pendant
lesdéformations,
unesphère découpée
dans lemilieu
primitif.
Le calcul est icisimplifié
par le fait que l’un des axes est sûrementdirigé
suivant l’axe des x.Soient a, b,
c les axes del’ellipsoïde;
on a, pour déterminer les axes
qui
sont dans leplan parallèle
auplan des yz ,
l’équation
Soit E’
l’angle
dugrand
axe del’ellipsoïde
de dilatation avec l’axe des z.nn a ’
Si l’on admet les formules ordinaires reliant les deux
ellipsoïdes,
il estfacile de constater que leurs axes coïncident.
Nous avons
besoin,
pour les discussionsqui
vontsuivre, d’exprimer
tegrand
axe del’ellipsoïde
de dilatation en fonction des forces. Or nous avonsDes ou
Diaprés
ce que nous savons sur lesphénomènes
de déformation desmétaux,
nous ne pouvonsparler
de ce que les élasticiensappelaient efforts dangereux
oudangereuses,
ni maintenir les distinctionsqu’its
faisaient entre la
rupture prochaine
et larupture éloignée. Lorsque
Saint-Venant dit
Navier,
n° 3,§ 9) :
« Ce n’est pas une rupture immédiate ouprochaine qu’il s’agit
deprévenir
enréglant les
dimensionsdes solides à
employer
dans lesconstructions,
c’cst leurrupture éloignée
», °il pose une
inégalité
p~
entre deuxquantités ~
et ~ en laissant la diffé-rence q - p suffisante pour que la
pièce
ne se brise pasquels
que soient le,cycles
detempérature,
depression,
detension,
elc.quitte puisse
supporter dans le cours destemps.
Ce sont là des considérations fort utiles auxingé- nieurs, qui
nesignifient
rien du tout pour lesphysiciens.
Nous
appellerons efforts
ou extensions limites les efforts ou exten-sions les
plus grandes
quepuisse
supporter un élément de surface ou ci., volume dans des conditionsdonnées,
sans rienpréjuger
sur~obtention
expérimentale
de tels efforts ou de tettes extensions. Ceciposé, quand
nousparferons
deshypothèses
de Coulomb ou deLamé,
ils’agira
de tours
hypothèses appliquées
nonplus
à la rupture des corps, mais aux limites que nous venons de définir.Les lils des métaux
platine,
or, argentetc.),
surlesquels
nousse
rompent
que parce que leur matière n’a paspartout
es mêmespropriétés
ou que leur tonne n’est pasparfaite.
Leproblème
de larupture peut
doue être abordequ’une
fois les courbes de déformationexpéri-
mentalement
déterminées,
commeconséquence
de lanon-homogénéité
deslils et du
principe
incontestablequ’une
déformation amène larupture
quand
elle diminue ta résistance despoints
de moindre résistance : cequi
revient à
distinguer
desportions
stables et desportions
instables dans lcs courbes de déformation. .Hypothèse
de Coulomb.Rappelons
tout d’abord la définition despressions
à l’intérieur d’un solide. Considérons le milieuséparé
en deuxparties
1 et 2 par une surfacequelconque
que nous supposonsdécomposée
en éléments d’aire Onadmet
qu’il
estpossible
desupprimer
lapartie
2 du milieu et de maintenir tapartie
1 dans son étatprimitif,
enappliquant à
tous les éléments d’aire cl;~des forces
dirigées
d’une manière convenable et dont lagrandeur
est pro-portionnelle
à l’aire dechaque
élément etindépendante
de sa forme. Cou-lomb donnait des
pressions,
à peu de clloseprès,
la même définition.Appelons
N lacomposante
normale de lapression,
’T’ la résultante descomposantes tangentielles; voici,
traduites enlangage
moderne et convena-blement
généralisées,
leshypothèses
de Coulomb des Sav.fetn.;
T
~~;i) :
L’élément de surface résiste à une traction limite fonction de la com-
posante
tangentielle
actuelle T et de diversparamètres
tels que latempéra-
etc., que nous aurons à énumérer.
L’élément de surface résiste à une force
tangentielle
lirnite[TJ qui
estfonction de la
composante
normale actuelleN,
croîtquand
Ncroit,
si Nest une
pression,
décroîtquand
Ncroît,
si N est unetraction,
suivant deslois à
déterminer;
elle est, deplus,
fonction de diversparamètres.
Les mou-vements donnant lieu aux déformations permanentes à l’intérieur de la
masse se font au contact des
plans
pourlesquels on
adépassé
l’une ou l’autrede ces limites. Ils
peuvent
être d’ailleurs arrêtés par d’autres forces dont ilssont eux-mêmes la cause.
Cette
hypothèse
trèssimple
seprête
à de commodesgénéralisations;
elleindique
immédiatement comment se feront les déformations permanentes;elle
permet d’imaginer
que lavitesse,
suivantlaquelle
se font les déforma-tions, peut
influer sur les limites[N]
et[T]. Implicitement,
ellc suppose que la matière n’est pashomogène
etCoulomb,
dès le début de sonMémoire,
,distingue
avec soin l’élasticité de lacohésion,
c’est-à-dire lespropriétés élastiques
desparticules
et les liaisons entre cesparticules BRILLOUIN,
Ann. de Chim. et de
Phys. ; I898
et notreMémoire,
dePhys.,. 18ç~7)~
Coulomb
applique
sa théorie à la résistance à l’écrasement despiliers
clumaçonnerie;
voici sonexemple
traduit enlangage
moderne : lepilier
unparallélépipède droit, posé
sur unplan horizontal,
etqui supporte
unpoids produisant,
par unité.desurface
de toutplan horizontal,
unepression
l~.Les
pressions, appliquées
sur toutplan
vertical il l’intérieur dusolide,
sontnulles.
L’ellipsoïde
d’élasticité se réduit à songrand
axe vertical de lon- gucur A.Traçons, à
l’intérieur dupilier,
unplan
dont la normalefasse
avecla verticale un
angle
a.D’après
lethéorème général
que nousrappelions
audébut de ce
travail,
iapression
totaleoblique.
sur leplan
considéré est ver-ticale et
égale
à A cosa. Elle sedécompose
en deux :L’une normale au
plan
N = Acos2(X;
L’autre
tangentielle
etdirigée
suivant laligne
deplus grande pente
duplan
T == A cosoc sin 03B1.Coulomb admet que la
composante tangentielle
limite[T]
se compose dedeux, parties :
lapremière
constante[T1],
l’autrequ’il
assimile à unment et considère comme
proportionnelle
a lacornposante
normale, Il fi doncl’équation
il
laquelle
il fautjoindre l’équation
de conditionpremier membre
est maximum pour l’inclinaison 03B1 donnéeCoulomb
applique
ce calcul au cas d’une colonne debrique
pour ilprend K - ’,, ;
il vientEnfin, ajoutant
à seshypothèses
la condition[T1 (
-(
N], qu’il
avoir démontrée par l’expérience, il conclut que la normale du
plan
suivantlequel
tendent a seproduire
lesglissement
fait avec la verticale unangle
de 63°26’ et que « la force
qu’il
faudrait pour rompre une colonne debrique
par une force pressante serait
quadruple
de cellequ’il
faudrait pour rompret’t’( tC même colonne par une force de traction )).
Dans son sur Navier
(note clu § 3),
Saint-Venant citetrès
incomplètement Coulomb;
del’hypothèse
ilnéglige
cettepartie qui
faitdépendre
la limite[
de lapression
normale N. La condition se réduitalors a
de
plus,
admettant que0,8 [N1],
il conclut que,diaprés l’hypothèse
de
Coulomb,
la forcequ’il
faudrait pour rompre une colonne parpression
serait
1, G
de cellcqu’il
faudrait pour la rompre par traction. D’où cetteconséquence
que la théorie de Coulomb est crronéc : c’est aller un peu viteen
besogne.
Évidemment,
certains détails del’hypothèse
de Coulomb peuvent êtremodifies;
rienn’inipose
que la variation de la forcetangentielle
limites’exprime
linéaircment en fonction de lapression normale,
par) équation ~
--KN,
ni surtout que le coeflicient K soitégal
aucoefficient de frottement du deux morceaux de la même matière
séparés
l’ullde t’autre. En admettant même que la forme linéaire soit aussi
valable, lorsque
N est unetension, [T]
==(T, !
--K’N,
rienn’indique
que l’on ait K = Ei’ .Mais ce que nous tenons à mettre en évidence dans
l’hypothèse
dei«lilb,
c’estqu’il
suflit de connaître les forcesqui agissent
sur un élémentplan pris à
l’intérieur dusolide,
pour savoir si unglissement tangentiel
ouune cession normale doit se
produire
sur cet élémentplan.
A supposer admissiblerhypotllèsc
deCoulomb,
la détermination ducouple limite, auquel
résiste un (il suffisamment tordu pourleqhcl
onpeut
poser, au rnoinscomme
première approximation, [ C J.
===---[’.r~~
latorsion, s’effectuant
àdes vitesses v déterminées et sous des
charges
connuesN, permettrait
detrouver lcsielaliuns
qui
restent encore indéterminées entrefT J,
N et v.Des
qu’on
cut découvert l’existence desellipsoïdes
d’élasticité et de dila-tutioll,
on voulut tout yrapporter;
la distinction entre la cohésion et l’élas-licité fùt
oubliée;
la matière redevinthomogène
et deux groupesthèses nouvelles se firent.
jour;
cequ’cllcs
sont et ce(1’1’elles valent,
maintenant le lieu de l’examiner. ,
Hypothèses de Lamé et
Clapeyron.,
dc Saint-Venant.d’entrer dans le
détail,
il faut discuter leprincipe
même de ceshypothèses. Les
unes et les autres donnent comme critérium à lapossibilité
pour la matière de résister à un effort
qui,
parhypothèse,
estapplique
il unplan,
lalongueur
dugrand
axe del’ellipsoïde
d’élasticité ou de dilatation.’l’olles
qu’elles
sontgénéralement présentées,
ellcs semblent tout il railinsoutenables. Les preuves
expérimentales
que l’on aproduites
pour leur confirmation nepeuvent
suffire à desphysiciens :
ce sont d’ailleurs les mêmesexpériences
que l’on a fait servir àétayer
les deux groupes(Fhypo-
thèses. Considérons donc la
question
comme entière et cherchons à asseoirnotre
opinion
sur d’autres preuves que celles que l’on trouve dans lu~traites sur ia résistance des matériaux. Aussi bien il y a, dans le
taire sur Navier, de
quoi
ruiner1 ’hypothèse
deSaint-Venant, qui y
estcependant développée
en 5oo pages.Le
premier grief général
à adresser il ceshypothèses,
c’est que, ne sidérant que lalongueur
dugrand
axe del’ellipsoïde
d’élasticité ou dedilatation,
elles admettentimplicitement
que lalongueur
des autres axesest indifférente. Ceci est contredit par les
faits,
de l’aveu même de Saint-Venant. On lit en effet dans XVI de la note du Il° ~l l3 :
« Possibilité de
dépasser beaucoup
la limite de dilatation adoptée pour lcs casordinaires, lorsqu’il
y a simultanément el dans un autre sens de, fortes
Divers faits établissent quelorsqu’un
solide esttcment
comprirné
en certainspoints
et en certains scns, ilpeut éprouver
aux mêmes
points
et dans d’autres sens, des dilatations extrêmement con- sans se rompre ni sedésagréger
aucunement, comme si les com-pressions
comblaient les vides dcsdisjonctions produites
par les dilatations. ))Que
si une,compression
dansune première
directionpermet
la dilatation dans une autre,
n’y
a-t-il pas lieu de craindrequ’une
dilatationdans la
première
direction ne force à diminuer la dilatation dans une autre,’
el n’est-ce pas la condarnnation de
l’hypothèse?
Il est vrai que les
hypothèses peuvent
segénéraliser
de manière ilprendre
comme
critérium,
nonplus
lalongueur
dugrand
axe, mais la valeurfonction
symétrique
de lagrandeur
des trois axes, parexempte
des inva-riants ou de certaines fonctions des
invariants ;
nous reviendrons sur cepoint.
second
grief générât
a adresser à ceshypothèses,
c’estqu’à
supposerdonnent le moyen de rcconnaitre si oui ou non la matière
résistera,
nilus ne
permettent
pas de dire comment sc feront les déformations perma- nentes, au cas ou la matière ncpeut
résister. Saint-Venantrépond
ii cetteobjection
avec une curieusedésinvolture.
Onlit,
page28~
de songrand
Mémoire Sur la torsion dcs
prismes (Sav. 18 iG) :
« Manières di- verses donts’opèrent
les La théorieprécédente
a pour but deprévoir
le commencement de larupture
et d’en écarter les chances mêmeéloignées;
on nepeut
rien inférer contre sonexactitude,
de cequ’clle
n’cncalcule pas les circonstances et les
phases,
cequi
serait aussi difficitcqu’inu-
tile u son
L’aveu,
pourdépouillé
d’artificequ’il soit,
n’est pas fait pour nous con- tenter : il est indifférent auxphysiciens
que larupture
sefasse,
pourvuqu’i ls
en connaissent l’histoire.
Corrélativement,
les élasticiensparlent
depoints dangereux,
c’est-u-dire depoints
où larupture
est leplus imminente,
etjamais
de surfacesdangereuses,
c’est-à-dire de surfaces suivantlesquelles
doivent se
produire
les déformations permanentes.Le troisième
grief général
est que ceshypothèses, d’après
leur naturemême, ne
permettent
pas de tenircompte
de la variation des efforts limitesavec la vitesse suivant
laquelle
scproduisent
les déformations permanentes.Or,
il nes’agit
pas la de différences médiocres et difficiles à mettre en évi-on
peut
faire varier lecouple auqucl
résiste un fil de fcr deplus
de,’"
de sa valeur en modifiant la vitesse de torsion. Parquel procédé
faireentrer cette vitesse dans des conditions tirées de la
longueur
des axes d’unellipsoïde, qui dépend
des forcesappliquées
non seulement sur les faces duparallélépipède
lelong desquelles
seproduisent
les déformations perma- nentes, mais encore sur les faces lelong desquelles
ne seproduit
rien du tout.Si forts que soient ces arguments, nous ne pouvons en rester la. Il
s’agit
maintenant d’entrer dans le
détail,
de voir ce que ceshypothèses
donnentdans le cas du fil tendu et tordu et à
quelles vérifications
on soumettreleurs
conséquences.
’
Hypothèse
de Lamé etClapeyron.
Dans leur Mémoire Sur
l’équilibre
intérieur des corps solides homo-IV),
Lamé etClapeyron
admettent que pour savoir sides efforts
peuvent
êtresupportés
par un corps, il suffit de calculer en tout ipoint l’ellipsoïde
d’élasticité. La condition depossibilité
pour cesest que le
grand
axe del’ellipsoïde
nedépasse
pas unelongueur
donnéequi
icaractérise la
matière, quelles
que soient d’ailleurs leslongueurs
des deuxautres axes. Dans le cas
particulier qui
nous occupe, il résulte dehypothèse
lesconséquences
suivantes, Soit~A~
la valeur limite dugrand
axe de
l’ellipsoïde d’élasticité ;
soit[T]
l’efforttangentiel
limite sous lntraction normale +
N;
la condition estexprimée
parl’cquation
r T J
est donnée en fonction de N par uneparabole .
La courbe estSupposons
maintenant uncylindre
tordu à unpoint
tel que nouspuis-
sions
considérer,
au moins commepremière approximation,
tous les élé-ments d’une section droite comme résistant avec la même force
tangentielle;
le
couple
total est donné par la formulenous avons d’ailleurs
généralement
Diaprés l’hypothèse
que nousdiscutons,
la limite[T],
sans tensiontance,
la limite[N],
sans torsionsimultanée,
estaussi [A];
on udonc,
entre lecouple
total limite(G,~
sans tension simultanée et lacharge
totale limite
(I’~
sans torsionsimultanée,
la relation(;’est la un résultat que
l’expérience peut
essayer devérifier;
en voici unantre
plus important.
On a, pour N = o,le