• Les mathes osent œuvrer
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DELA COU ED'UN SEIN
Quand ça va sans dire, c'est pas mieux en le disant.
Qu'on se le dise.
QU'EST-CE QUI FAIT DESSINER EMILIE ?
Tout bébé, Emilie buvait le sein de sa mère. Une rondeur parfaite de laquelle jaillissait un robinet rectiligne. Emilie ouvrait les yeux sur ce monde de contraires.
Comme toutes les petites filles, Emilie s'est mise à dessiner très tôt. A deux ans, elle dessinait des chuchus (sa sucette).
dessin 1
Un rond maladroit, une barre sécante qui simule la fente de la tétine du bibe- ron (dessin 1 ) .
A trois ans, après de nombreuses éta- pes, les constructions graphiques s'articulaient autour des ronds et des barres (dessin 2).
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dessin 2
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L'ÉDUCATEUR - N° 2- 1986Et puis ça devenait joli ces bonhommes qui se transformaient en belles fleurs.
(dessin 3).
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dessin 3
A quatre ans, avec l'école obligatoire, les ronds et les barres prenaient une drôle d'allure (dessin 4).
dessin 4
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Emilie a aujourd'hui cinq ans. Comme elle participe en curieuse à la présenta- tion des libres recherches mathémati- ques de ses aînés (classe unique), elle voit peut-être ce jour-là la recherche de Marine (C.M.) (dessin 5) .
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Ou bien celle de Titi (C.E.) (dessin 6).
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A moins que ce ne soit celle de Benja ( C. P.) qui accrocha les yeux d'Emilie (dessin 7).
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dessin 7
Toujours est-il qu'Emilie dessine quel- ques jours plus tard, un bien étrange dessin d'art (dessin 8).
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dessin 8 •
La chuchu d'Emilie venait de se méta- morphoser en un rond avec un diamè- tre qui le divise en deux régions d'égale surface. Les hachures et le gribouillis accentuent cette découverte.
L'A PART DU MAITRE
Lorsque Emilie a présenté sa produc- tion à toute la classe, elle a été félicitée car c'était peut-être la toute première fois qu'elle manifestait son goût pour les mathématiques (en apparence).
- Tu vois, c'est facile de fabriquer des maths, dit Amandine
(C.A1.)- Tu de11rais en pr ésenter
àchaque fois, rétorqua Sébastien
(C.E.)- lvtoi, je trôuve que pour son âge, c'est très bien, prolongea Yoann
(C.M.)Mais Emilie fut également sévèrement critiquée, ce qui était, somme toute, une manière de reconnaître qu'Emilie venait d'entrer dans la grande famille des matheux.
- J'aim e pas, trop de gribouillis, tu aurais pu jaire une couleur propre
à 1'intérieur, dit Corentin
(C.E.)- Tou rond,
ilest pas bien rond
1remar- qua Benja
(C.P.)
- Si tu l'eux Emilie, je t'apprendrai
àte sen 'ir du compas, proposa lvfarine
(C.L\1.)
Comme Emilie, d'un air réjoui faisait un signe affirmatif de la tête, Marine nota sur sa fiche de travail l'entraide qu'elle venait de proposer .
Nous aurions pu, nous aurions dO en rester là. Tout avait été simple jusqu'à présent, naturel. Emilie grimpait son petit bonhomme de chemin, tranquille.
Marine, une grande, venait de proposer son aide, Emilie l'acceptait. L'amorce d'une coopération s'engageait, tout était simple, naturel.
L 'APPAT DU MAITRE
Le lendemain matin, monstrueux que je suis,
l'enseignant rassembla les
enfants de la section enfantine devant le tableau noir sur lequel il avait soi- gneusement aimanté le dessin mathé- matique d'Emilie. Du coup, Emilie était toute heureuse de constater que je donnais beaucoup d'importance à son
.
. gngn.Les trois autres enfants, Julie, Manu et Anne, les yeux vaporeux, se deman- daient pourquoi ils devaient contempler ce truc d'Emilie qui n'avait même pas de couleur.
Devant ce manque d'appétit, tout bon père de famille aurait abandonné son plan. Il aurait relâché les fauves et cer-
tains, qui sait, auraient bien pu « dessi- ner des maths» tout seuls. Mais un ins- tituteur, soucieux d'être utile à quelque chose, veut toujours «aller plus loin », comme on dit.
Alors, j'ai réalisé des gestes de grand sorcier devant le tableau, j'ai récité mes prières magiques ...
... Bref, j'ai remué beaucoup d'air afin de justifier ma paye. Comme les enfants sont sympas et bon public, ils n'ont pas osé me demander de me rha- biller.
Mais je reste persuadé que la courbe du sein de la maman d'Emilie a bien plus appris de secrets que ma bosse des maths.
Claude Béraudo
LES «MATHES ALIMENTAIRES» (Suite de l'Educateur N° 1 J
HUMOUR
LE PROBLEME
La réforme sur l'enseignement est loin de faire 1\!nanimité. Un groupe d'ensei- gnants de très haut niveau s'est penché sur une question qui préoccupe la majo- rité des futurs instituteurs:
l'évolution d'un problème mathématique.
Cette com-paraison vous aidera certainement à vous y retrouver
Enseignement
1960 :
Un paysan vend un sac de pommes de terre pour100
F.Ses frais de production s'élèvent au 4/5 du prix de vente. Quel est son bénéfice ?
'
Enseignement traditionnel
1970 :
Un paysan vend un sac de pommes de terre pour1 00
F. Ses frais de production s'élèvent au 4/5 du prix de vente, c'est-à-dire80
F. Quel est son bénéfice ?Enseignement moderne
1970:
Un paysan échange un ensemble P de pommes de terre contre un ensemble M de pièces de monnaies. Le cardinar de l'ensemble M est égal à1 00
et chaque élément P E M vaut1
F. Dessine1 00
gros points repré-sentant les éléments de l'ensemble M.
L'ensemble E des frais de production comprend
20
gros points de moins que l'ensemble M. Représente l'ensemble E comme un sous-ensemble de l'ensemble M et donne la réponse à la question suivante : Quel est le cardinal de l'ensemble B des bénéfices ? (à dessiner en rouge)Enseignement rénové en
1 980 :
Un agriculteur vend un sac de pommes de terre pour1 00
F. Les frais de production s'élèvent à80
F et le bénéfice est de20
F.Devoir: souligne les mots «pommes de terre» et discutes-en avec ton voisin.
Enseignement reformé
1990 :
Un peizan kapitalist privilégié sanrichi injystement de20
F sur un sac de patat, analiz le tekst et recherche les fote de contenu de gramère, d' ortographe, de pontuassion et ensuite di se que tu pense de set mania ire de s'enrichir.Un groupe de normaliens de Grenoble
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L 'ÈDUCA TEUR - N° 2 - 1986