.;.,;'(m;';^
'^.
. 'Sk/fi.
OFFERT PAR
U
AUTEUR.CALDERÓN
REVUE CRITIQUE DES TRAVAUX D'ÉRUDITION
PUBLIES EN ESPAGNE
A LOCCASION Dr SECOND CENTENAIRE DE LA ;\IORT DU POETE
DOCUMENTS RELATIFS A L'ANCIEN THÉÂTRE ESPAGNOL
Alfred MOREL-FATIO
Professeur de littérature étrangère à l'Ecole«les lettres d'Alger.
PARIS
LIB R AIRtE
ESPAGNOLE ET
AMÉRICAINE
E.
DENNÉ
15, rueMonsigay, 15
1881
1 8 à
'AU
y
I
N] ^
'c.CALDERÓN
A
l'occasion des fêtesdu second
centenairede
Cal- derón,on
abeaucoup
écrit sur lesbords du Manzanares
et ailleurs
en Espagne.
Ily a eu,comme
bien l'on pense,grande consommation
d'adjectifs, profusionde
sonnets, d'octaves et de décimes,de
discoursacadémiques empa-
nachés, d'études littéraires et biographiques « àgrands
traits » surlepoète,
que
laplupart desEspagnols
tiennentdésormais pour
leur « poète national par excellence. »Cette apothéose
me semble
le fruitd'une
exagération ; jene
croispasque
le génie poétiquede
la nation se soit à ce pointincarnédans
Calderón, nimême que
l'auteurde La
vida essueño
puisse passerpour
le rej)résentant leplus
éminent de
la littératuredramatique
espagnole^
Si j'étais Espagnol, jeréclameraisen
faveurde
Cervantes etde Lope de
Vega. Mais, voilà.Calderón
a eu l'heureuse idéede mourir en
1681, ce quiapermis
à sesadmirateursde
laveillede
célébrerson centenaireun an
après celuide Camoëns, dont
le succès a étégrand
au Portugal; puisil est
bon de
se souvenirqu'une
partie importantede
' Desesprits plus calmes, tout en prenant part à la manifestation, n'ont |)asmanquéde laii-e{[uelques réserves (pas assez à
mon
avis) sur lecaractèredonné àcette fête; voir, par exemple, le Discurso leídoen la fiesta literaria celebrada en el paraninjo de la universidad de Barcelona, parD. Manuel Milâ y Fontanals. (Barcelone, 1881, in-8.)—
4l'œuvre
de
Calderón, sesdrames
tragiques, religieux et symboliques, a été retrouvéeou même
découverte par les critiquesallemands du commencement du
siècle, etchacun
saitque
lesEspagnols ne
tentent guèrede
« re- vendication » littéraire sans avoirauparavant
pris l'avisdes étrangers: c'est grâce
aux
Anglaisque
Cervantes a été depuisun
siècleproclamé par
ses compatriotes pi'incipede
los escritores castellanos; Calderón, lui, doit à sespanégyristesallemands
d'êtremaintenant
tenupour un grand
poète,même dans
son pays.Ici il
ne
sera traitéque
des travaux d'éruditionpu-
bliés à l'occasion
de
la fête, soit sur le poète, soit sur sesœuvres. Le
catalogue n'en est pas très long. Jene
parle, celavade
soi,que
des écritsque
j'ai lus: peut-être des trésors sont-ils enfouisdans
lesmémoires de quelque Ateneo ou dans
lahoja
literariade quelque
journalde
province; mais àen
juger par ceque
j'ai réussi àme
procurerou
ceque
je dois à desamis
cortesanos^force m'est d'avouer
que
les érudits espagnols n'ont pas égalé leurs voisins portugaisen
activité scientifi- que.Aux deux
importants travaux bibliographiques surCamoëns de MM. Braga
et Vasconcellos, à l'édition desLusiades de M.
Coelho, l'Espagne n'a rien à opposer.Dieu
saitcependant
s'il y avait à direen
matièrede
bi- bliogra])hieCalderonienne
!Quand on
songe, parexem-
ple,
que
le dernier éditeur desœuvres
complètes de Calderón, feuD. Eugenio Hartzenbusch, membre de
l'AcadémieEspagnole
et directeurde
la Bibliothèque Na- tionale deMadrid,
a établi son texte sans avoirpu pren-
dre connaissancedu tome premier
desdrames du
poète publiéen
1640, etque
cevolume renferme
despiècesde
l'importancede La
vida essueño
etdu
Principe cons-tante^
([uandon songe que beaucoup
d'éditions isolées* Voirl'édition deHartzenl)usch, t. IV, p. 654.Hartzenbusch peut être excusable de ne pas avoir su trouver ledit volume, mais ses successeurs ne lesont jjas de réimprimer, sans les entendre, des pas- sages obscurs ou incorrects, faciles à corriger à l'aidedu texte de
IG'iO. commejelemontreiai ailleurs en examinantla dernière édition
(sue/tas) sont
inconnues ou mal connues, que
les textescompris dans
les Partesde comedias
varias n'ont pas été suffisammicnt collatiounés, qu'enun mot
l'éditionde
Hart-zenbusch
est tout entière à refaire d'après lesprocédés
aujourd'huien
usage,on
sedemande comment
l'absolue nécessité d'un tel travail apu échapper
à l'œil vigilantde
lacritique espagnole.
Les
réimpressionsde drames
etde comédies de
Cal-derón
sorties cetteannée
des pressesde Madrid ne
méritentaucune
attention : affairesde
librairie, riende
plus.Pour répondre aux
besoinsdu moment, on
a sim-plement découpé, par
petites tranches, le textede
laBiblioteca
Pdvadenejra. Quant
à tenircompte de
tra-vaux
qui passentpour
avoirquelque peu
amélioré ce texte, à quoibon
?Un
certainextranjero
avaiteunaguère
la patience et la
bonhomie de
transcrire toutau
long etde
publier lemanuscrit autographe d'un drame
célèbrede
Calderón,pensant rendre par
làun
léger serviceaux
lettres espagnoles.
La comparaison de
sa copie avec les éditions anciennes lui avaitpermis de
restaurer divers passages gâtéspar de
négligents copistesou imprimeurs,
et
de
cerapprochement
était résultéun
texte plus intel- ligible et plus correct.Pensez-vous que
cetravail ait fait naître chez les éditeurs espagnolsquelques
doutes sur l'excellencede
la versionde D. Eugenio
?En aucune
façon.Le malheur
n'est pas grand, il est vrai,pour
l'étranger, qui s'attendaitbienun peu
à cesuccès,mais ne
doit-on pasen
conclureque
le respectqu'on
professeen Espagne pour
les classiques est affairede montre
plutôt
que de
conviction raisonnée?Après
cela,on
dira peut-êtreque
ce respect est si profond, si religieuxque
les
Espagnols
croiraient profaner cesmonuments de
leur passéen
s'enapprochant de
trop près et qu'ilsaiment mieux
lesadorerde
loin, quitte àne
lescomprendre
qu'à demi.de La vida essueño etde El principe constante, publiée[)arM. ICren- kel (Leipzig, 18(S1, in-8), qui, lui aussi, chose étrange {)our un Alle- mand, s'en esttenuautexte de l'académiciende Madrid.
Une heureuse chance nous
a conservéde Calderón
plusieursmanuscritsde
sesœuvres dramatiques
écritsde
sa
propre main
et qui se trouvent aujourd'huidans
le palais d'ungrand d'Espagne dont
l'accès est facile ; lagrande
bibliothèquede Madrid
possède les piècesde
la qualification d'unauto du
poète et la défensede
ce der- nier,documents
curieux, qui instruisent à la fois surlesprocédés du
pouvoir inquisitorial et les connaissances théologiquesdu dramaturge
' ; les archives municipalesde Madrid
gardent les procès-verbaux de
la représenta- tion des autoscommandés
à Calderón, les listes des acteurs, les descriptions des décors et autres attirailsde
cesgrands drames de
la Fête-Dieu. N'est-il pas étrangequ'aucun Espagnol
n'aiteu
l'idée d'explorer ces véné- rables restes^ et d'en tirerdesrenseignements
précis sur lamanière de composer
et d'écriredu
poète, les diffé- rencesde
ses manuscrits avec les versions courantes, les* h'Auto incriminé porte lelitredeLasordenesmilitares
y
segundo Adán. Dans ce drame, représenté ponr la première fois, devant lacour et les conseils, en 1662, Calderón fait faire au Christ ses infor- mations de puretétout comme à un chevalier de Saint-Jacques. Ce
n'estpas là ce cpii chagrinait les inquisiteurs, ils n'étaient pas non plus choqués de certaines propositions malsoiinantcs risquées par le
démonou un vice capital, parce que, reconnaît unqualilicateur, a ces propositionsse disent reutative etsontmises dans la bouchedu Vice ou du
Démon
; » mais ce qu'ils trouvaient condamnable, c'est que Calderón eûttraité, sans les précautions voulues, de l'Immaculée Con- ception, « lo quai esde grandepeligroenel ))ueblo por serla materia gravissima. » Dans son auto. Calderón faisait intervenir la fameuseÎ)ulleSollicitudo d'Alexandre Vil(8décembre 1661), obtenue à grand peine par PhilippeIV pour apaiser lesfervents partisans de l'imma- culismede la Vierge, jésuites et franciscains, et fermer la bouche à leurs adversaires les dominicains.
Au
dire de Muret, secrétaire de Georges d'Aubusson, ambassadeur de France en Espagne, la dis})ute théologique ¡n-éoccupaitmême
la grande massedu ])ublic; voirle Ca- binetliistorique, t.XXV,
p. 117.- Il ne faut faire qu'une petiteexceptif)n en faveur d'un collabora- teurde\ Ilustración española
y
americana,qui, dans lesup|)lémentau numéroXIX
de cetteannée, a donné quelques extiaits desdocuments de \Ayuntamiento siu' la représentation des autos de Calderón, à Madrid, en 1681, année de la mort du poète.rapports
de
l'église avec lethéâtre et l'histoiredu
théâtre religieux au wii^siècle, ce qui eûtuu peu mieux
valuque
le torrent
de
lieuxcommuns
etde
phrases à effetdont nous
a inondés la tourbe des ceutenaristas.Mais
laissons làles récriminations, etvovons
ce qui a été fait: d'abord surl'homme.
La
partiedocumentaire de
la biographiede Calderón
s'est
un peu
enrichie, sansque pour
cela les piècesd'ar- chivesrécemment exhumées
aient découvert des faitsimportantsjusqu'ici ignorés,
mais
ilen
estquiconfirment ou complètent
cequ'on
savait déjà. Doit-onadmettre que
l'inscription
d'un Pedro Calderón dans un
registre «de
matricule »de
l'universitéd'Alcaláde Henares
serapporte à notre poète?Jene
lepense
pas.D.
FranciscoFernan-
dezyGonzalez, auteurde
cettedécouverte*,nous informe que
ledit registre, aujourd'hui conservédans
les archivesde
l'universitéde Madrid,
héritièrede
l'université d'Al- calá,commence
le 18 octobre1614
et se termine le 13 février 1618.Au
fol. 20,parmi
lesnoms
d'élèves qui payèrent leur inscription àun
coursde
droitcanon, on
lit: (( P" Calderón,de Madrid.
14. »Le
chiffre 14 indique l'âgede
l'étudiant; or,quelques
lignes plus loin,M. Fernandez
ditque
l'inscriptiondu
registre appartient à l'année 1616.Donc
lePedro Calderón
d'Al- calân'estpasle nôtre, qui, en 1616, avait seize ans, étant né,comme on
sait, le 17janvier 1600. D'ailleurs le pre-mier biographe de
Calderón,son contemporain
etami.Vera
Tasis,ne
sait riend'un
séjourdu
poète àAlcalá, il le faitpasser directementdu
ColegioImperial de Madrid
à l'université
de Salamanque.
En 1636 Calderón
eutà faire sespreuves de
noblesse etde
])uretéde sang pour
obtenir Yhabitde
l'ordre mili- tairede
Saint-Jacques. Cela étaitconnu, mais on ne
savait surcetteaffaire rien d'autre, sinonqu'ilavaitréussidans
sa prétention.Le
dossier des« informations » récla-' Voii- la Mcniorla de la nitivcisidad cciitial al 2" centenario de Don Pedro Calderón de la Jiarca. Madrid, 1881, j). 18 à 20.
—
8mees de
C-alderonpour
êtreadmis dans
l'ordre a été retrouvéaux
Archives Historiquesde Madrid, dans une
collectionprovenant du
château d'Uclés, ancien prieuréde
l'ordrede
Santiago. D.Angel
Allende Salazaren
acommuniqué
des extraits intéressants*.Les
informationscommencèrent
le 5septembre 1636
: trente-huit témoins furent examinés. L'interrogatoirene
diffère pasde
l'in- terrogatoire ordinaireque
lesstatutsde
l'ordreimposaient à tous. Il fallait établirque
le postulant était enfantlégi- time, qu'il était, ainsique
ses parents et ancêtres, vieux chrétien,pur de
toutmélange de
sang juif,maure ou de
converti [libresde raza alguna, y que no
les tocamez-
cla
de
judio,moro
ó conversoen ningún grado
^por apartado que
sea),que
ni lui ni ses ancêtres n'avaient jamais exercéde
métier vilou manuel
[ojicio vil ómecá-
nico), qii'il savait
monter
à cheval, que, s'il avaiteu
à se battreen
duel, il s'étaithonorablement comporté,
qu'il n'étaitcoupable d'aucune
faute graveou
honteuse,que
ni lui ni ses parents paternels
ou
maternels, jusqu'auquatrième
degré inclusivement, n'avaientjamais étécon-damnés pour crime
d'hérésie par l'Inquisition. Calderón, selon la jurisprudencede
l'époque, avaitpresque une
tachedans
sa famille.Son
père,Diego
Calderón, avait exercé la charge A'escribanode cámara du
Conseil des finances ; or le métierde
greffier était réputé vil. Il fallutpour
purifier notre poète faire valoirque
Vescribanode cámara
différaitnotablement du
simple greffier, qu'il était ((en mejor
estimación» etque
])lusieursfonction- nairesde
l'ordredeD. Diego
avaientobtenu
des habitsde
Saint-Jacques.On
se contentade
ces raisons,on
obtintune
dispense, et la cédule royale fut expédiée le28
avril 1637.Au
dossier sontannexées une
généalogiede
Cal-derón
quine remonte
qu'à laseconde
génération etune
copiede
son actede baptême
: cesdeux documents n'apprennent
riende nouveau.
Lorsqu'en 1640
les ordres militaires furent appelés àcombattre
les Catalans révoltés.Calderón
dut fairecam-
' Boletiti Idslúrico, t. II, p. 25 à 29, et p. 41 à 48.
—
9—
pagne
et s'enrôla, dit-on, clans lacompagnie du comte- duc
d'Olivares,Le
roi n'oublia pas son poète, il lui fitallouer
un supplément de
solde surlesfondsde
l'artillerie.Malheureusement
lestemps commençaient
à être très durspour
les financesdu
Roi Clatholi([ue et il devenaitdifficile
de
distrairedu budget de
la guerre la pension d'un poète.Une
lettrede
PhilippeIV
aumarquis de
Águila Fuente, capitaine généralde
l'artillerie, citée parD.
Arturode
OliverCopons \ nous apprend que
« les360
écusde
entretenimientoque touche Don Pedro
Cal-derón
surles fondsde
l'artillerie serontsupprimés
:on
lui
revaudra
cela sur d'autres fonds. »Ce
n'est pasun document nouveau que
la lettre écritepar Calderón
au patriarche des Indespour
s'excuserde ne
pasécrire les autosde
la Fête-Dieu àMadrid.
11 y aun peu
plusde
trente ansque
cette lettre a étédécou-
verte etpubliéepar Hartzenbusch^ Néanmoins
elle a été jugée inédite parD. Marcelino Gesta
y Leceta, qui l'areproduite
dans
le Boletín histórico^.Le
savantéditeur sedemande
([uelle peut bien avoir été la grâcedont
il est questiondans
cette lettre, grâce d'abordconcédée au
poète, puis retirée sur les observations d'unpersonnage
qui jugeait incompatibles le sacerdoce et la poésie*; ilse
demande
aussi quelle dateon
doit assigner à lalettre etquelleréponse en
reçut Calderón.Au
risque d'êtretaxéde présomptueux pour
prétendreen
savoirplus longque
tous les « centres »auxquels
s'est adresséen
vainM.
Gesta, ilme semble qu'on
])eut essayerde
résoudre ces difficultés.Dans
Xepapel du
poète il estfaitmention de
D. Luisde Haro comme d'un personnage
vivant:donc
l'excuse a été rédigée avant le17
novembre
1661, datede
* Memorial de artillería. Año XXXflI, 3" série, t. IIL Entrega estraordinaria. Centenario de Calderón, p. 38. Cet extrait de lettre esttout ce que ledit volume, d'ailleurs intéressant, contient de nou- veau sur Calderón.
^
Tome
IV, p. 67G, de son édition de Calieron.3
Tome
II, p. 67.^ Calderón futoi'donné prêtreen 1G51.
—
10la
mort de
ce ministre. D'autre part Hartzenbiisch a déjà observéque
ce par le contextede
la lettreon
voit qu'elle a été écrite après la célébration,dans
le courantde
l'année 1652,de
fêtespour
la convalescence de la reineMarie Anne,
qui, après avoirmis au monde
sapremière
fdle, le 12 juillet 1651, eut des suites
de couches
diffi- ciles. » J'ajouterai qu'elle adû
êtreécritepeu de temps
aprèsces fêtes, car ilen
estparlécomme
d'unévénement
récent : «No dexé de
desdeñarla [la poésie] el diaque tomé
elno merecido
estadoen que ov me veo
^ ;pues
para boluer a ella fue necessarioque
el S'"D.
Luisde Haro me
lomandasse de
partede
su Mag''en
el festivo parabiénde
lacobrada
saludde
laReyna
N" S'\ »Main-
tenantde
quelle grâceClalderon a-t-ilvoulu parler?Nous
savonspar Vera
ïasisque
le poète futnommé en
l'an1653
chapelainde Reyes Nuevos
à Tolède.Or,
il est àremarquer que
lepersonnage
auquel est adressée la lettre,D.
Alfonso Pérezde Guzman,
j^atriarche des Indesde 1626
à 1676, était capellánmayor de Reyes
Nuevos'.Il faut
en
conclureque
lapretensión
d'abord accordée, puismomentnnément
retirée à l'instigationde quelque
envieux, était précisément la capellaníade
Tolède. Cal-derón
avait intérêt à se plaindre au jjatriarche, qui,en
saqualité
de grand
chapelain, pouvait luiprêterun
appui sérieux. Trèsprobablement donc
la lettre a été écritedans
les premiersmois de
l'année 1653.La réponse
fut lanomination
royale, et, après avoirobtenu
labonne
place qu'il avait sollicitée.Calderón ne songea
plus à se retranclier derrière sa reputaciónpour ne
pas écrire lesautos : il resta, jusqu'à sa mort, le poète ordinaire des fêtes
du Corpus
à Madrid.Deux
autresdocuments^
cette fois inédits, ont encore été publiésdans
leBoletín histórico^ L'un
est Ycdbcdá.,^ Cesderniers mots indiquent que Caldei'on n'était pas prêtre de- puis bienlongtemps, et, en effet, quelques lignesplusloin, ilparle de son nuevoestacto.
- España sagrada, t. LI, j). 20G.
^
Tome
II, p. 79 à 80.—
11—
du
13 février 1663,nommant Calderón
chapelainde
lamaison de
Castille,ad
lionorein et sans traitement ;Vera
Tasis n'avait pasdonné
la date exactede
cettenomina-
tion. L'autre pièce est plus intéressante, c'est la
con-
cessionau
poète vieuxetpauvre d'une
iliciónde cámara en
especie\ « afin rpi'il puisse se nourrir, » dit ledocu- ment,
et ((en
considérationde
ses servicesde
tant d'années,de
son âge siavancé
etde
ses très maigres ressources. » Cette real orden, datéedu
24 août 1679,deux
ans avant lamort de
Calderón, a été trouvée ainsique
Valbalà,dans
les archivesdu
Palais Royal, àMa-
drid, par D. José
de
Giïemes, archivistede
lamaison du
Roi.
Voilà ce
qu'on nous
a apprisde nouveau
surl'homme.
Sur
lesœuvres
et autour desœuvres
il s'est publiéun amas de
dissertations, considérations, divagations, etc.Ne pouvant m' occuper que
des travaux quirenferment au moins quelques
vues originales et des informations nou- velles, jene
signaleraique pour mémoire deux
écrits con- sacrés àl'examen de
l'œuvre entièredu
poète,qu'on me
reprocherait peut-être d'avoir
omis de
citer. ^JEstudio
crítico",
de D.
FranciscoSánchez de
Castro, professeur àSalamanque,
estcoupé
sur lepatron de
tous les dis- coursacadémiques
à prétentions érudites ; il n'y a rien àen
dire, sinonque
c'estun
discoursde
plus.Le volume de D. Angel Lasso de
laVega
n'est qu'à moitiéun
écritde
circonstance'^; l'auteurnous informe que son étude
est tirée
d'un ouvrage encore
inédit sur l'ancien théâtre espagnol etque
les fêtesdu
centenaire lui ont fourni leprétexte
de
livrer au jjublic la partie consacrée à Calde-' Les mots en especie, coinine aussi les mots poi/sa T'etd despensa qui suivent dansle texte, indic|ueiit, ce
me
semble', que larationétait livrable en nature (denrées) etnon pasenargent.- Imprimé pour lapremière loisdansunrecueil de Discursos y poe- síasen l'honneur de Calderón (Salamanque. VicenteOliva. 1881.in-4).
Une secondeéditiona paruà Madrid (Lezcano y C"*. 1881. in-8).
^ Calderón delaBaica. Estudiodelas obrasdeeste insignepoeta.
iVJadrid, M. Tello, 1881, in-8.
—
12ron. C'est,
en somme, une
analyse assez platedes princi-paux drames de
Calderón, quine témoigne
nide
recher- ches approfondies, ni d'idées personnelles, nimême
d'ungoût sûr.
Lorsqu'on
y lit,par exemple, que
ledrame
jEn esta vida todo es
verdad y
todomentira
mérited'êtreregardé
comme une
« granconcepción
del genio » etune
« jovade
nuestro teatro antiguo, » n'est-on pas tenu d'admettre,ou
bienque
l'auteur a cru devoir fairepreuve en
cette occasion d'unenthousiasme de com- mande, ou
qu'il estmalheureusement dépourvu de
tact littéraire?Le
livre, m'est avis, n'enseignera pas grand'- choseaux
connaisseurs,mais
il trouvera sans douteun
certain accueil
dans
le public quine
litpasCalderón ou
le lit
peu \
D.
MarcelinoMenéndez
Pelayo, leprofesseur érudit et lettré délicat,ne
pouvait laisser passer sansdire sonmot
la
grande
fête littérairedu mois de mai
dernier.Son mot,
il l'a dit
dans
huit conférencesdonnées au
cercle,de
l'Union Catholique, àMadrid,
et lecompte rendu de
ces leçons a été revu et publié par l'auteuren
huit fas- cicules",dont
voici les titres :Calderón
et ses critiques,l'homme,
l'époque et l'art.Autos
sacramentels,drames
religieux,
drames
philosophiques,drames
tragiques,comédies
de cape etd'épée, et genres inférieurs (drames historiques, mythologiques, zarzuelas et entremeses) ; enfui,un résumé de
l'œuvre. Je n'apprendrai rien à per-sonne en
disantque
cette foisnous avons
à faire àun
critique qui
pense
parlui-même,
qui sait traiterune
question d'histoire littéraire etdont
lejugement
ade
la maturité.Assurément,
beaucouj) d'idées émises par lejeune
professeurne
lui sont point personnelles, ilen
est qui courent lemonde
depuisun
certain temj)s, et ilme
' Dela
même
farine est VEstudio biogvdficu-crítíco deD. Francisco A. Commeler;m yGómez, chevalierdu Saint-Séjiulcreet professeur or- dinaire à l'Institut ducardinal Cisneros (Madrid,FerezDubrull,1881,in-8).
- Une seconde édition vient de réunir ces fascicules en un seul volume (.Madrid, Murillo, 1881, in-8).
—
13—
semble même que
ses appréciations généralesne
diffé- rent pasbeaucoup
de celles quiont coursparmi
les «eus raisonnables,dont
lebon
sens serefuse à considérer Cal-derón comme un phénomène
surnaturelen dehors de
toute circonstancede temps
etde
milieu.Mais M. Menéndez
a su digérer ce qu'il a pris au trésor
commun,
et surquelques
points il a étéde
l'avant. Peut-être faut-il regretterque
le docte critiquene
se soit pas livré àun
travail
de
préparation plusméthodique
et qu'il ait laisséimprimer
ces leçons telles qu'elles ont étéprononcées;
çà et là
un peu
plusde
précision n'eût pas étéde
trop, et, peut-être,en
se relisant, aurait-il modifié certaines assertions aventurées. Jene
puis ici discuter toutes les vuesd'ensemble
ni les observationsde
détail présentéespar M. Menéndez
; jene
feraique
signaler divers points sur lesquelsnous ne pensons
pas tout à faitde même. Pour
appréciersainement
l'œuvrede
Calderón, etdéterminer
la place qui doitluiêtre assignéedans
l'his- toirede
la j)oésiedramatique
espagnole, il convientde ne
pas se laisser influencer par lesjugements
des écolesde
critique littéraire; il faut, autantque
possible, se re- porter par lapensée dans
le milieudu
poète,examiner
avec soin ce qu'il doit à ses devanciers, et l'impressionque
sesdrames
ont produite sur sescontemporains.
«A mon
sens, » ditM. Menéndez,
«Lope
estun
artiste très supérieur à Calderón,en
veine naturelle et féconde,en
inépuisable puissancede
création. » C'estmon
avis aussi,mais
je n'ajouterais pas : «en poder
característico óde
crear caracteres, » caroù
sont les caractères crééspar Lope
? Ilme semble
toutau
contraireque Calderón
a perfectionnéà cetégard sonmodèle
; il aau moins ébau-
ché, sinon crééquelques
caractères. (Continuons. «On
peut dire
que
tout notre théâtre étaiten germe dans Lope.
» C'est exact,et je diraismême
aen
pousse.»Com- ment
expliquer alorsque
la réputationde
l'imitateur etdu
continuateur l'ait tantemporté
sur cellede
l'initia- teur?M. Menéndez pense
qu'il faut attribuer cela « à la vigueur et à lagrandeur de
la conception, à la pro-fondeur
des idées théologiquesou morales développées
par Calderón, » qui,
de
plus, a jouide
cet avantage« d'arriver à être converti
en un symbole de
race. »Certes, je
ne
nierai ni lagrandeur
ni laprofondeur de quelques
conceptionsde Calderón
; jene
m'inscrirai pasen
fauxnon
plus contre le «symbole de
race, » à condition, bien entendu,qu'on prenne
cette expressionpour
ce qu'elleest vraiment,pour une
expression d'école, traduisant l'impressionque
le théâtrede Calderón
a produite àgrande
distance etdans un
autremilieuque
le sien, car il serait inexact de prétendreque Calderón
aitplus fidèlement
que
plusieursde
ses devanciersou
con-temporains
traduit les croyances et les aspirationsde
sa nation; seulement,comme nne bonne
partie delà matièredramatique
lui était fournie par les poètes ses prédéces- seurs, qu'ilne
lui restait plus grand'cliose à inventer, il a été tout naturellement conduit à systématiserdans
les idéescomme dans
le style.L'étourdissante variété de
Lope
etde
Tirso a faitplace àune
productionbeaucoup moins
originale mais ])lus régularisée, oîi les sentiments et les passions sontpour
ainsidire étiquetés; il y a
une
théoriede
l'amour etde
la jalousie,
comme
il y aune
théoriede
l'honneur, à laquellel'actiondramatique
doitforcément
sesoumettre.Le procédé
n'est pas des plus délicats, il estmême dans
bien des cas très faux, car les passions
humaines ne
se laissent point ainsi résoudreen un
certainnombre de
formules; mais il vade
soi qu'à distance il produit plus d'effet :comme
tantde
chosesde
la viedu
passénous
échappent,nous donnons
volontiers la préférenceaux
tableauxdont
le dessin est plus fortement tracé et lacouleur plus épaisse. Reste à savoir si les
contemporains
jugeaientcomme
certains critiquesde
nos jours.Sans doute Calderón
a étébeaucoup
fêtéde
son vivant. «Le
roi et les
grands
l'applaudissaient, lapopulace
la plus infime (?) le comprenait, ses jeux d'esprit étaient goûtésde
tous; » enfin, dit encoreM. Menéndez,
«Calderón
a
régné en
souverainpendant
tout le xvn'' siècle. » Mais, outre qu'il faut savoir lireun peu
entre les lignesdans
les éloges
pompeux
publiés lelendemain de
lamort
tlu—
15—
poète,
ou
plutôt,comme
toujoursen Espagne,
savoirramener
au positif le superlatif des épithètes clans cegenre de
littérature, jeme
figurequ'une
partiede
l'en- cens brûléen
l'honneurdu
poète s'adressaitau pala-
ciego, à l'auteur des
grands drames
àmachines du Buen
Retiro,
au
protégédu
roi etde
puissants títulos, etau
fournisseurconstant des charsde
la Fête-Dieu. Calderón,ne
l'oublions pas, a été surtoutun
poètede
cour, par ses attaches personnelles etune
partiede
sescomposi-
tions, et,
en même temps, un
poète madrilène, par ses autos.H
est vrai qu'il a fini ])arremplacer Lope
et les autres poètesdans l'engouement du
publicpour
lacomedia, mais
celatoutsimplement
parce qu'il estvenu
après ces autres, qu'il a continuéun genre
qui plaisait fort à ce public,etnon
pointpour
lesraisons esthétiquesou
philosophiquesinvoquées par
les schlégéliensou
hé- géliens, les vrais inventeursdu
« symbole. »M. Menéndez
adonné un aperçu
intéressantde
Cal-derón aux
prisesavec lesécoles de critiquedu
xvin'' siècle etde
notre temps.A propos
des travauxde
l'école his- torique allemande, il auraitpu mentionner une
étude très savantede M. Léopold Schmidt
sur lesdrames mythologiques de
Calderón'.Lo
critiqueallemand
s'estdonné beaucoup de
peinepour
retrouver les sourcesde
la mythologie
de
notre poète; il se pourrait bienpour-
tant qu'au lieude
s'inspirer directementd'Ovide ou
desmythographes modernes,
telsque
Boccace,Gvraldus
et NatalisComes,
il se soit le plussouvent
adresséau Teatro de
los diosesde
soncontemporain
Fr. Baltasarde
Vitoria. «De
laFrance nous ne
parlerons pas, » ditM. Menéndez,
caren
cepayson
n'a rien faitde
plusque de
traduirequelques œuvres de Calderón
et publier des études fort légères,remarquables
plutôt ])ar leur bri- llantezfrancesa que par une
véritableprofondeur
;ainsil'étude
de
Viel-Castel, surl'idéede
l'honneurdans
^ Veber Calderón'sRcliaiidltiii^antikcr Mytltcn dans le Rheinisclws
Muséum, iiouvollo série (1855), t.. X, p. 31:] à 357.
le-
le théâtre espagnol'. » 11 n'aurait ])as fallu
omettre
ici lenom de M.
Yiguier;mais
le professeur espagnol,comme
on
le verra tout à l'heure, n'aqu'une
connaissancede seconde main
des travauxde
cethomme
si distinsué.Quant
à l'étudede
Viel-Castel, ellepeut ne
pas avoir épuisé le sujet; cependant,comme
lesEspagnols
n'ontencore
rien écritde
plus profond sur la matière, ilcon-
vientde ne
pas fairefide
ce peu.Dans
lesecond
fascicule sur cel'homme,
l'époque et l'art, » jeremarque une
définitionde
la société espa- gnoleau
xvi" siècle quime
laisse des doutes.M. Menén-
dez distingue trois sentimentsfondamentaux de
cette société : le sentiment religieux, le sentimentde
l'hon-neur
etle sentimentmonarchique;
le sentiment religieuxdomine
lesdeux
autreset faitde
l'Espagneune
véritable nationcatholique,mieux que
cela, «une
nationde
théo- logiens », toujoursarmés en
guerre contre l'hérésie, qu'elle viennedu nord ou du
midi,de
laRéforme ou de
l'Islam. Jusqu'icije n'ai rien à dire, mais
M. Menéndez
veut
encore que
l'Espagne (hixvf
sic^cle ait créé «un grand
])rincipe d'unitécatholique et latine,de
résistance contre lenord
(?) et contre l'hérésie et la barbarie, » ilveut
que
les guerres espagnolesdu
xvi" siècle aient été(( à la fois des guerres
de
résistance et de défense contre les erreurs théologiques, et des guerres latines contre l'élémentgermanique.
»Le
latinisme,Dieu
soit loué, n'a rien à faire ici, c'estune
idée toutemoderne dont nos
pèresne
se doutaientpas, et l'histoiremontre
assez, ceme
semble,que
Philippe 11, lorsqu'il versait lesang de
sesennemis ou de
ses sujets,ne
s'informait guère sice sang était
germain ou
latin. Plus loin,M. Menéndez
insiste sur le caractère
démocratique
de la société espa- gnole à cetteépoque,
avec raison, quoiqu'ilne
faillerien exagérer. Ainsi, je ne puisadmettre qu'on
diseque
« l'aristocratie était alors politiquement annulée. »
En
' Cette étude est intitulée : a De l'hoiuieur
comme
ressort drama- tique dans les pièces de Calderón, Uojas, etc. « [Réunie des Deux- Mondes, l'^'- février 1840).—
17—
tant
que
classe, l'aristocratie n'avait certainement pas lamême importance qu'en
France,en
Angleterreou en Allemagne;
mais, individuellement, lesmembres de
cette aristocratie jouissaient etjouirentlongtemps encore
d'uneénorme
influence. vSous Charles-Quint
etPhi-
lippe II, les gensde
robe avaient, il est vrai, envahi les conseilsde
lamonarchie
; la noblesse n'en conservait pasmoins
toutes les autres hautes situations politiques.Le
título était vice-roi,ambassadeur, commandant
d'armée, amiral. Socialement aussi,
comment
nierlapuis- sancede
cette noblesse qui intervenaitdans
tout? N'était- ce pas elle qui hébergeait et nourrissait cettecohue immense
ôi!hidalgos errants et affamés?Les gens de
lettres
en
particulier, à l'exception des professeurs d'uni- versitéou
deceuK que
l'Eglise avait accueillis,ne
vivaient-ils pas tous
aux
crochetsde quelque
duc,mar-
quisou comte
?Peu ou
pointde
bourgeoisie, surtouten
Castille, c'est vrai-, tout le
monde
hidalgo^ sauf les des-cendants présumés de
Juifsou de Maures,
et les misé- rables tout à fait abjects, d'oiiun
sentiment d'égalitérépandu dans
la masse, qui se croyaitde bonne
foi tout entière sortie des cavernesdu
roi Pelavo,encore
vrai;mais
ilne
faudrait pasen
conclureque
cet esprit égali- tairedétruisitlahiérarchiesociale nisupprimât
lesgrandes
prérogatives et l'influencedans
les affairesde
l'Etatou dans
lavieprivéede
la haute noblesse.Les
fascicules suivants sont consacrés à la classifica- tiondu
théâtrede
Clalderon et à des analyses rapidesde
ses
drames
les plus importants.Pour
discuter toutes les appréciationsde M. Menéndez
sur la valeur littéraire etdramatique de
cesœuvres,
ilme
faudrait pouvoir dis- poserd'un
bien plusgrand
espace, car il m'arrive rare-ment
d'être entièrementdu même
avisque
le professeurde Madrid.
D'ailleurs, à quoibon
discuter ?L'Espagnol
est trop séparé
du
Français parson
éducation etun monde
d'idéesque
lui a légué le passé,pour
qu'il aitchance
d'arriver à s'entendrecomplètement
avec son voisin géographicpie sur les questions d'art etde
litté- rature.Pour nous eu
tenir à ces dernières,M. Menéndez
2
—
n'avoiic-t-il pas
que
Molière lui parait «pédant
» etc( s()pori(if[ue ? »
A nous
lacomedia
espaoïiole, avec son idée jjremière, parfois originaleou profonde
maisincom- plètement
conçue, son plan si souventmal
tracé, ses interminables tirades lyriques et son vers sautillant, à nous, dis-je, lacomedia nous
produitpresque
toujoursl'eliet
d'une
bellesymphonie de
l'écoleharmonique
jouée surune
guitare : l'instrumentne répond
pasà l'ampleur des concej)tions etaux
prétentionsdu
compositeur. Sinous
voulons être sincères,nous devons
reconnaître qu'à part quelquesdrames
cl types telsque Don Juan
et lescomédies de
caractère d'Alarcon, lacomedia
n'apour nous qu'un
intérêtpurement
historique. Aussi,dans nos
discussions avec les critiques espagnols, vaut-ilmieux nous en
teniraux
questionsde
faits etde
dates, car là,au moins,
on
arrive à se mettre d'accord. Pas toujours, cependant,comme
je le vois à regretdans
les pagesque M. Menéndez
aécrites sur ledrame En
esta vida todo- esverdad y
todomentira
etVHeraclius de
Corneille.A en
croire notre professeur, il sembleraitque
la question n'a pas faitun
pas depuis Voltaire.Voici,
en résumé,
la thèsede M. Menéndez.
L'argument
fondésur la datede
publication desdeux
pièces «ne
})rouve rien » ; les éditions primitivesde drames
espagnols « ont disparupour
la plupart » ; rien d'étonnant, par conséquent,que
la pièceEn
esta vida apparaissepour
lapremière
fois «dans
l'une des pre- mières partiesde
Calderón, publiéespar son frère » [sic)-^on
peutsupposer
aussique
la pièce a étéenvoyée en France
à l'étatde
manuscrit, « car lescomedias
espa- gnoles passaient fort souvent la frontière avec lescom-
pagnies d'acteurs espagnols quijouaient à Paris\
» Cal-* EtM. Menéndez continue : « Enti-eautres exemples on peut rap- peler qu'à la bibliothèque del'Arsenal existent des manuscrits de la
comedia de Hado
y
divisa etde Elsecundo Scipion, très antérieurs en date aux premières éditionsconnues, et ilestproui'éque ces deux pièces furent représentées àla courà Paris. »A
cela je répondsquela bibliothèque de l'Arsenal possède, non pas deux, mais quatre ma-
nuscrits de pièces de Calderón : El segundo Scipio/i, « fiesta que se
—
19—
ileroii
ne
savait pas le français.Dans
XHeraclius comparé
à
En
esta vida^on
remar([ueun
plusgrand
respectde
l'histoire et « certaines modifications heureuses
dans
le plan et le sujet qui trahissentde
travailde quelqu'un
qui améliore l'ouvraged'un
autre. » SiCalderón
avait imité Corneille, il n'aurait pas,par pur
caprice, défigurél'histoire. D'ailleurs, « le véritable
modèle de Calderón
est
un drame de Mira de Amescua,
intituléLa rueda de laforluna^ où
l'on trouvenon seulement quelques-uns
des personnages,mais
aussiquelques-unes
des scènes les plus intéressantesde En
esta vida. » Cette dernière pièce« n'a,
en
réalité,qu'un premier
acteconstruit avec beau-coup
d'habileté dramatique, et,dans
cet acte,une
situa- tion depremier
ordre...que
Corneille anon seulement
imitée,mais
traduiteci la lettre, et c'estpresque
la seulebonne
chose qu'il y aitdans
VHeraclius. » Enfin,une
autre «preuve
indirecteque Calderón
afondé sondrame
sur celui deMira de Amescua,
eten aucune manière
sur celuide
Corneille,c'est qu'ilatraitédans un
autredrame,
intitulé
La
exaltaciónde
laCruz,
l'histoirede
l'empe- reur Heracliusd'une
façon trèsconforme
à l'histoire, ce quiinterditde supposer
qu'il aitpu
ensuitemontrer une
sicrasse ignorance
dans
ledrame En
esta vida^composé longtemps
après,s'il l'on s'en tientàladatede
l'édition. »Tout
cela, je suis fâchéde
le dire, est fort léger.En premier
lieu,M. Menéndez
devaitlire lepremier
travailrepresentó en festivo obsequiode los felizes años del segundo Carlos de Austria, » en 1676, et àMadrid; LaSerpiente demetal, «auto...
quese represento á las Catliolicas Magestades Carlos II y D'*Mariana de Austria, » en 1676, et à Madrid; Tetis
y
Pelco^ «que se repre- sentó en Palacio, en 4 de noviembre de 1676 ... el dia del nombre del Rey N'" S*"^; » Hadoj
divisa de Leonido y de Marfisa, que se hizo á susM<í^^Don
CarlosII y D^ Maria Luisa en elcoliseodel Buen Retiro, el dia 3 de marzo del año 1680. » //estprom'éc[\xq ees pièces n'ontpasété représentées àParis, parcela seul qu'elles sont toutesdes années 1676 ou 1680, et que la dernière troupe espagnole venue en France en 1660, apriisle mariage de LouisXIV
etdeMarie Thérèse, quitta Paris (ou plutôt la cour, car depuis longtempselleétaituni(|ue-ment (;ntreteiiue par la reine) en l'année 1674. Voir Despois, Le Tliédtiefrançais sous LouisX/f\ p. 70 etsuiv.
—
de M. Viguier\
qu'il n'aconnu que
par les notes de l'éditionHartzenbusch
; il auraitdû
lireégalement
laréponse de M.
Viguier àHartzenbusch,
qu'il n'a pasconnue du
tout%
et je suis assuré qu'après cette lecture lebon
espritde M. Menéndez ne
se serait pas refusé à reconnaître l'excellence des raisons alléguéespar
le cri- tique français.Mais
suivons pas à pas l'argumentation deM. Menéndez.
D'abord, le côté externeou
bibliogra-phique de
la question. Il n'est point permis,comme
l'admet sifacilement notreprofesseur,
de supposer
l'exis- tenced'une éditionde En
esta vida antérieure à cellede
1G64.Pour
s'en convaincre, il suffit d'ouvrir levolume de
cette dernière édition, qui,pour
le direen
passant, n'a pas été publié par le frèrede
Calderón,mais
par D. Se- bastianBentura de Vergara
Salzedo,probablement aux
frais
du marquis
d'Astorga,D. Antonio Pedro
Alvarez Ossorio, à qui il est dédié. Voici cequ'on
trouvedans
ladédicace
de Calderón
' :« Por el papel, Ex'""S"'', que sigue á este pequeño humilde culto de mi ol)Iigacion y de mi alecto, verá V. E. las razones con que
Don
Sebastian Bentnra de Vergara Salzedo, mimas
apassionado amigo, se lia movido á sacar estas doze comedias de sus originales, procurando (según dizc) restaurarlas de los achacados erroresque padecen otras en la estampa (como sino* Imj)i'imé pourla première fois à Rouenen 1846, puis insérédans un volume intitulé : M. Ep. Viguier, Fragments et correspondance, Paris, 1875, p. 32 etsuiv.
^ Cette réponse se trouve dans le tome
V
du Corneille des Grands écrivainsdelaFrance, etdansle volume Fragmentsetcorrespondance, p. 202 et suiv.^ L'édition de 1664 était demeurée inconnue à Hartzenbusch lors- qu'il préparait son travail. L'existence lui en futrévélée par M. Vi- guier, qui, lui-même, n'a pas fait usage des renseignements contenus dans les pièces préliminaires. M. Menéndezneles a pas consultéesnon plus etsemble s'en être ra|)portéàVera Tasis, qui, dans le prologue dela Tercera parte de son édition, a complètement faussé les décla- rations explicites de Calderón et de Vergara Salzedo ; voirla préface
du tome 111 de l'édition de Vera ïasis dans Hartzenbusch, t. 1, p.XXIV.