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LE MARBRE SAINTE-ANNE

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Academic year: 2022

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LE MARBRE SAINTE-ANNE

éric GRoESSENS

Université catholique de Louvain Service géologique de Belgique

Introduction

les terrains paléozoïques, qui constituent une bonne partie du sous-sol de la Wallonie, comportent toute une série de niveaux calcaires dont beaucoup ont été utilisés, à une époque ou à une autre, comme matériau de construction, marbre ou roche ornementale parfois largement exporté. la Belgique a donc produit des centaines de variétés différentes de marbres et était, jusque vers le milieu du siècle passé, un des principaux producteurs mondiaux. la plupart de ces sites d’exploitations ont été abandonnés, tel est le cas de ceux du marbre sainte-anne, d’autres sont encore exploités comme par exemple le petit-granit.

ce matériau qui fut extrait à Maffle dans le passé fit l’objet d’une quantité de remarquables notes de Jean-Pierre Ducastelle1.

le terme « marbre » est utilisé ici dans son sens technique et commercial, c’est-à-dire le sens que « monsieur-tout-le-monde » lui assigne. la définition géologique du terme, qui en limite l’usage au calcaire métamorphique, est relativement récente. c’est donc dans la première acception que ce mot est employé historiquement pour décrire les roches qui allient un aspect agréable à la possibilité de prendre un beau poli et d’être utilisées en décoration, ameu- blement, confection d’objets de bimbeloterie et en sculpture. en Belgique, ce sont tous des calcaires durs, sédimentaires, d’âge dévonien supérieur ou car- bonifère inférieur, c’est-à-dire qu’ils se sont déposés en mer, dans un intervalle de temps de 50 millions d’années, entre 380 et 330 millions d’années.

ce sont des roches à faible porosité mais de coloration et d’intensité variées, souvent rehaussées de veines de calcite, ou de restes d’organismes fos- siles tels que coquillages, coraux, entroques et de remplissages énigmatiques dénommés « stromatactis ».

L’origine du nom

certains auteurs ont écrit que le nom du marbre sainte-anne provenait de la chapelle située près de la carrière de solre-saint-Géry d’où étaient extraits différents marbres, dont évidemment celui qui nous intéresse. On peut cepen- dant se poser la question de l’antériorité de cette chapelle par rapport à l’exploitation.

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1Jean-Pierre Ducastelle, Les carrières de Maffle, études et Documents du cercle royal d’His- toire et d’archéologie d’ath et de la région, ath, t. 25, 2013, 448 p.

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De même, Jules Demaret, dont nous reparlerons, écrit que les premières carrières ont commencé au hameau de sainte-anne à labuissière. ce hameau n’a pu être localisé, mais ici aussi le nom pourrait avoir été donné après le début de l’exploitation.

Je me suis interrogé à propos des relations entre sainte-anne et les maté- riaux extraits du sous-sol. chez nous, il y a sint-anna Pede d’où provenaient les briques qui ont servi, au Moyen Âge, aux constructions bruxelloises. tou- jours à Bruxelles, on a exploité en divers endroits des grès calcareux lutétiens, appelés chez nous les grès lédiens et bruxelliens. certains toponymes, liés à sainte-anne, rappellent ces anciennes exploitations : rue sainte-anne près du Grand sablon ; chapelle et drève sainte-anne à laeken à côté d’un grand gise- ment de pierres ; paroisse sainte-anne à auderghem à deux pas d’un lieu-dit Kalkoven, etc. une carrière de marbre noir de Dinant aux abords de cette ville est dénommée sainte-anne et de nombreuses mines étaient dédiées à cette sainte, dont celle d’annaberg dans le Hartz, qui a donné son nom au minéral nickelifère « annabergite ». n’oublions pas non plus qu’elle est la patronne de la Bretagne, haut-lieu de l’exploitation du granit et d’autres substances miné- rales.

une réponse m’a été fournie par DrOlet2qui écrit qu’au Moyen Âge, Marie, la fille de sainte anne, était associée à la lune et son fils Jésus au soleil.

comme la lune et le soleil symbolisent l’argent et l’or, on eut tôt fait d’honorer sainte anne comme « la mère de la mine » ou « mine spirituelle », celle qui produit les richesses du sous-sol.

Le marbre Sainte-Anne

Dans le pavement des Grands appartements de Versailles3, au Palais royal de copenhagen et chez nous aux murs de la salle du trône du Palais des aca- démies, on peut voir de nombreux exemples d’applications de marbre sainte- anne4qui démontrent sa préciosité.

Précisons d’emblée que lorsque nous parlons de sainte-anne, nous par- lons exclusivement du marbre belge et pas de ces succédanés que sont les sainte-anne français (d’Hon-Hergies, de trélon, de rancennes, etc.) qui sont d’âge givétien, ni du marbre de cousolre, également d’âge frasnien, mais légè- rement plus jeune que celui qui nous concerne. nous ne parlerons pas des

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2Jean-Paul DrOlet, Santa Barbara, Patronne des mineurs, 65 p., laval, vers 1990.

3eric GrOessens, « les marbres de Flandre et du Hainaut à Versailles », Les échos de la Soc.

Hist. rég. de Rance, n° 356, 2005, pp. 6-23.

4eric GrOessenset Francis tOurneur, « les marbres wallons à Versailles », dans Les Wallons à Versailles, éd. renaissance du livre & com. r. des Monuments, sites et fouilles, liège, 2007, pp.

357-376.

la décoration actuelle de cette salle du trône de l’académie (dite aussi salle de bals) date probablement des restaurations de 1969-1976 dues à s. Brigode. à l’origine, cette salle était décorée de miroirs et marbres de carrare.

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sainte-anne des Pyrénées (arudy) d’âge urgonien, ni de celui de louverne (viséen du bassin de laval) et pas plus de celui d’evenos (crétacé supérieur du Var). à chamesson (côte-d’Or), on exploite un autre sainte-anne gris, jurassique, qui ne retiendra pas plus notre attention dans ce présent chapitre.

Il existe encore un sainte-anne de l’Ouest, dans la sarthe et un sainte-anne d’Haur(s) dans les ardennes. Même la suisse eut son marbre sainte-anne exploité à saint-triphon dans le canton de Vaud.

celui qui nous intéresse est un marbre frasnien (légèrement plus ancien que le marbre rouge belge) à fond noir, sur lequel se détache un mélange de fleurs grises et de taches blanches cristallines. Il était très estimé parce qu’il présente un bel aspect, qu’il est solide et d’un prix abordable. comme le mar- bre rouge, il est d’origine corallienne mais ses bancs sont stratifiés et plus ou moins continus, contrairement aux récifs rouges qui formaient des monticules dans le paysage sous-marin. Il est formé d’un amas serré d’une innombrable quantité de polypiers (Favosites, Alvéolites, Cyathophyllum,etc) et de stromato- pores allongés (Diapora), actuellement considérés comme des éponges fossiles.

ces organismes sont intimement soudés entre eux par un ciment calcaire gri- sâtre et les vides sont colmatés par de la calcite blanche.

l’épaisseur de cette formation varie d’une localité à l’autre de six à cin- quante mètres. On l’a exploité à labuissière, Gerpinnes, Gougnies, Biesme, etc.

On distingue trois variétés ; grand mélange, moyen mélange et petit mélange, selon l’importance des taches blanches. le grand mélange, le plus apprécié, est marqué de bandes ondulées (dites rubans) gris clair, lits de polypiers, tandis que le petit mélange est de tonalité générale noirâtre.

ce marbre apparaît surtout à partir des environs de 1775, époque de la découverte de son plus beau gisement à labuissière, en Hainaut. On l’a extrait aussi dans la région de Biesme, Gerpinnes et Gougnies, et déjà aussi antérieu- rement une variété de ce type était extraite près de Beaumont, à savoir à Bar- bençon et à solre-saint-Géry. le gouverneur charles de lorraine (1712-1780), grand collectionneur, passionné de sciences naturelles, a fait installer vers 1766, dans le vestibule de son palais bruxellois, une superbe rosace dont les 28 rayons recensent les principales variétés marbrières exploitées dans les régions qu’il régentait5. Outre quelques erreurs évidentes et beaucoup d’im- précisions, on peut y voir un marbre dénommé sainte-anne, malheureusement non localisé, mais que Paul DuMOn6suppose provenir de solre-saint-Géry.

D’autres marbres rappellent le sainte-anne : un marbre nommé « Devigne »

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5Francis tOurneur, « les Pierres et les Marbres de Wallonie : une tradition plus que millénaire et toujours bien vivante », dans Le savoir-faire wallon au fil du temps, Les Dossiers de l’IPW, n° 9, 2010, pp. 154-199.

6Paul DuMOn, « rosace des marbres du palais de charles de lorraine à Bruxelles », dans Bull.

trim. du Crédit Communal de Belgique, 35eannée, n° 135, 1981, pp. 31-33.

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qui rappelle dans certaines parties le marbre Florence, dans d’autres le « sainte- anne » et un autre dit « sirei », marbre médiocre rappellant le sainte-anne grand mélange. enfin, un marbre, plus foncé, nommé improprement « Haut- mont » qui, comme les autres, est de provenance inconnue.

examinons rapidement les références anciennes.

Xavier Duquenne, spécialiste du bâti du 18esiècle, écrit que « la nou- veauté du marbre de labuissière, jointe à sa beauté l’a aussitôt lancé dans la mode, de sorte qu’il se présente fréquemment en plateau sur le mobilier de l’époque louis XVI. c’est cet engouement qui finalement, avec la tonalité endeuillée, entraîna une certaine disgrâce après une trentaine d’années, mais au 20e siècle, le sainte-anne connut une reprise dans les édifices publics : Bibliothèque de l’université de Gand, Institut national de radiodiffusion, et vers 1965, archives générales du royaume »7.

la première mention écrite que j’ai trouvée concernant le marbre sainte- anne est due à rozin, professeur à l’ecole centrale de la Dyle qui écrit, en 1802, que ce marbre vient de « près de Mons » et qu’il est gris-bleuâtre, avec des veines et des striures blanches. Il signale que ce marbre a l’avantage de résister au feu.

Dans « les statistiques générales et particulières de la France… » de 1804, on peut lire sous la rubrique relative au département de Jemmapes (actuelle- ment Jemappes) qu’à la Buissière, il y a des « carrières de marbre fond bleu, ardoise, prend un beau poli, exploité. ce marbre est connu à Paris sous le nom de marbre sainte-anne ». On cite également Montigny-saint-christophe, idem, non exploité ; solre-sur-sambre, idem, exploité ; Pont-de-Hante, idem ; leu- gnies, idem, moins veiné, non exploité ; solre-saint-Géry : carrière de marbre bleu foncé, veiné de bleu pâle, tirant sur le gris, épuisée; et strée : marbre ardoise, non exploité. l’exploitation du marbre rouge brique foncée de rance est abandonnée, de même que les carrières de brèche, actuellement appelées brèches de Waulsort, sont non exploitées à Fontaine-l’evêque et Montigny-le- tigneux (sic).

les déboires de l’entreprise industrielle « aux Marbres de Flandre » ins- tallée à Paris sous l’empire, sont racontés par a.-F. Dumont (1956). On peut y lire que ces marbriers se fournissaient à labuissière et qu’ils appellaient ce matériau « bleu sainte-anne ». à la même époque, on peut lire dans le « traité des pierres précieuses … » de BrarD8, que « l’on distingue deux variétés de marbre sous cette espèce. la première est d’un gris assez foncé et présente, à

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7Xavier Duquenne, « les marbres mis en œuvre en Belgique au XVIIIe siècle », dans J. tOus-

saInt(s. dir.), Acte du Colloque « Autour de Bayar». Monogr. Musée des Arts anc. du Namurois,t. 32, 2006, pp. 109-118.

8cyprien Prosper BrarD, Traité des Pierres précieuses, des porphyres, granits, marbres et albâtres et autres roches propres à recevoir le poli et à orner les monuments publics et les édifices particuliers(etc.), éd. schoell, Paris 1808.

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sa surface, de jolies taches blanches où l’on remarque souvent les restes de cer- tains corps marins de la famille des madrépores : c’est à cette première variété qu’on donne particulièrement le nom de sainte-anne.

la seconde est d’un gris beaucoup moins foncé, et ne présente, à sa sur- face, que des taches irrégulières et sales. c’est de ce marbre dont on se sert à Paris pour des dessus de commodes, de chambranles, des tables de café, etc.

« néanmoins, il commence un peu à tomber depuis qu’on a introduit dans le chantier de marbriers ce vilain marbre du département de Jemmapes connu sous le nom de petit granit. On peut placer, à côté du marbre sainte-anne, celui de l’abbaye de leff, qui lui ressemble beaucoup ». Outre le qualificatif attribué au petit granit, la ressemblance avec le marbre de leffe est purement fantai- siste, puisque ce marbre rouge est une variété de la brèche de Waulsort.

le « père de la Géologie belge », J.B.J. d’OMalIus D’HallOydécrit notre marbre de la manière suivante : « ce calcaire est souvent exploité comme mar- bre, et on doit citer en premier lieu le marbre gris et blanc, connu dans le com- merce sous le nom de marbre sainte-anne, du nom d’une carrière des environs de thuin ; ce marbre, qui présente un agréable mélange de gris et de blanc, est si solide et si sain, pour me servir de l’expression des ouvriers, que l’on peut quelquefois le scier en grandes dalles qui ont moins d’un centimètre d’épais- seur. Il est formé d’une pâte bleue, analogue aux autres couches calcaires, et traversée, en tout sens, par une infinité de petits filets blancs ; on croirait voir deux pâtes pétries ensemble »9.

Dans son Traité sur l’Art de bâtir, rOnDeletécrit en 1817 que le sainte-anne est le marbre gris le plus recherché. Il était d’un emploi très considérable dans la marbrerie ; presque tous les dessus de meubles communs ; les tables de café sont couvertes avec ce marbre ; on en fait des quantités de cheminées. Il se ven- dait communément à 24 f. en blocs rendus à l’atelier de l’entrepreneur, le pied brut à Paris, en 1817, au même prix que le cerfontaine, le Franchimont, le Bar- bençon mais était étonnement moins cher que le petit granit (dit marbre feluil) qui se vendait 26 f.

Par contre, le marbre Malplaquet (de Merlemont) se vendait 31 f. et les marbres noirs de Dinant et de namur 35 f. le prix du marbre de rance et autres griottes de Flandre montait à 40 f. et le blanc statuaire à 52 f. les marbres de chez nous étaient considérés à Paris, comme des marbres bon marché, ce qui était parfois faussement assimilé à un matériau de moindre qualité car les marbres des Pyrénées, par exemple, se vendaient nettement plus cher. le sar- rancolin, 45 f ; le campan rouge, 55 f. sans parler de marbres étrangers comme

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9Jean-Baptiste-Jullien d’OMalIus D’HallOy, Mémoire pour servir à la description géologique des Pays-Bas, de la France et de quelques contrées voisines, éd. D. Gérard, namur, 1828.

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le Jaune de sienne (130 f.)10. Vers 1850, le sainte-anne coûtait à Paris, de 640 à 700 frs le m3alors que le cousolre ne se vendait que de 440 à 460 frs le m3»11. en 1885, à l’exposition d’anvers, des blocs de marbres sainte-anne étaient exposés par s.a. Merbes-le-château, la sté Bayot et cie de Biesmes-colonoise, la s.a. des carrières de Gougnies, Devillers et cie de Bruxelles et par la s.a. des carrières et usines à marbres de l’entre-sambre-et-Meuse à yves- Gomezée.

en 1887, Jules Demanet cite la production de marbre dans le groupe de labuissière de 1000 m3par an, et celle de Biesmes-Gougnies limitée à 1500 m3, à cause de la difficulté de vente, mais qui pourrait aisément être portée à 3000 m3. Il signale le coulsore ou sainte-anne français exploité à solre-saint- Géry, d’une production de 150 à 200 m3par an12.

lors de l’exposition de Bruxelles en 1897, e.-c. Bayot et cie, de Biesme, exposait du sainte-anne, petit, moyen et grand mélange, ainsi qu’un marbre sainte-anne Moinil. Bragard, à Gerpinnes, était également présent avec les petit et grand mélanges provenant de Gougnies. la s.a. de Merbes-le-château ne présentait que du sainte-anne français de la carrière du lorroir à Gougnies.

Par contre, la société tagnon frères de Wellin exposait des « faux » sainte- anne : le sainte-anne d’Or, le sainte-anne moucheté et le saint-anne histo- rique. le qualificatif employé est lié au fait que ces marbres sont façonnés à partir de calcaires d’âge givetien et non pas frasnien.

La Société anonyme de Merbes-le-Château

les carrières de la localité de labuissière, situées sur la sambre, un affluent de la Meuse, à proximité de Merbes-le-château, fournissaient près de 1000 mètres cubes de marbre annuellement. une industrie de transformation de marbre s’est développée dans cette localité13.

en 1762, on a noté « à Ghoy où est située l’église paroissiale de labuissière, il y a une carrière… » et en 1767, cette carrière de « pierres communes » occupe six ouvriers. On dénombrait aussi trois autres carrières de pierres communes, appartenant respectivement à nicolas robert, Pierre Puissant père et Jean-Bap- tiste Puissant fils, occupant chacune quatre ouvriers.

le 16 janvier 1779, suite à une demande de charles de lorraine et après avis favorable du conseil Privé et des fiscaux du Grand conseil dont le village

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10Jean-Baptiste rOnDelet, Manuel d’Architecture ou Traité de l’Art de bâtir, éd. roret, 1832, t. 2.

11B. sancHOlle, Dictionnaire du commerce et des Marchandises, éd. Guillaumin et cie, Paris, vers 1850.

12Jules DeMaMet, « Gisement, exploitation, travail et commerce des Marbres en Belgique et à l’étranger », Ann. Trav. Publics de Belgique, Bruxelles, t. 44, 1886.

13a. FaucOnnIer, De Ghoy-sur-Sambre autrefois à Labuissière aujourd’hui(cercle d’Hist. Pierre Wins), Merbes-le-château, 1999, 150 p.

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de Hantes dépend comme terre franche, le chancelier de cour et d’état propose à sa Majesté d’autoriser la communauté de ce village à céder 20 verges de ter- rain à Henri robaux pour y établir un moulin et un chantier pour scier et polir les marbres qu’on vient de découvrir à labuissière14.

ce moulin à eau avait été installé par un habitant de labuissière, Fran- çois-Joseph Baillion, suite à une lettre-patente d’octroi de l’impératrice Marie- thérèse.

rapidement, cette scierie sera développée par albert-Joseph Puissant qui, en 1782, ouvrit une carrière de marbre sainte-anne et fonda la société ano- nyme de Merbes-le-château pour exploiter plusieurs scieries situées dans la même commune et dans les communes avoisinantes. ces scieries joueront un rôle important dans le développement de ce qui est actuellement le fleuron de notre industrie de la pierre. en effet, il faudra attendre le début du 19esiècle pour qu’apparaissent les premières scieries à écaussinnes. Jusqu’à cette date, les blocs extraits à soignies, écaussinnes, ligny, Feluy, etc. devaient être trans- portés à grands frais vers labuissière. De là, les tranches partaient vers Paris où le marbre reçu le nom de marbre de ligny ou de petit-granit15.

le siège de la société et les bureaux de l’entreprise furent installés rue saint-Martin à Merbes et la petite scierie de marbre entre la sambre et les carrières.

On peut lire dans les comptes seigneuriaux de 1786 : « aultre recette à la Buissière d’une nouvelle carrière de marbre… accordée d’extraire marbre pour un bail de 9 ans, à charge d’en payer 6 liards du pied cube de tout marbre extrait propre à être fabriqué »16.

après la révolution française, en 1812, les biens du château de labuis- sière, qui appartenaient à la duchesse de Montellano, furent vendus par lots séparés. six carrières de marbre sainte-anne furent adjugées à des exploitants différents, dont albert Puissant17qui louait depuis 1804 la carrière dite « le trou des chiens ».

nous avons lu plus haut, dans les statistiques du temps de l’empire, que le marbre de la Buissière est connu à Paris sous le nom de « marbre sainte- anne »18.

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14yannick cOutIez, Le Gouvernement central et les communautés rurales Hainuyères, p. 542, note 68 (cité par a. Fauconnier).

15éric GrOessens, « le petit-granit, les prémices d’une grande histoire industrielle », dans J. tOussaInt(s. dir.), Actes du colloque autour des marbres jaspés. Monogr. du Musée des Arts anc. du Namurois, n° 59, 2013, pp. 222-245.

16cité par a. Fauconnier.

17ni les maîtres de forges de Gougnies, ni le chanoine edmond Puissant (1866-1934) ne sont liés à cette famille.

18Statistique générale et particulière de la France et de ses colonies… par une société de gens de lettres et de savans, Paris, éd. Buisson, 1804.

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Dans l’Almanach de l’Industrie et du Commerce(1868), nous pouvons lire sous la rubrique « carrières de marbres » les noms de Beaugrand et Duquesne ; e. Horgnies ; Mahy ; Puissant (frères) ; lebrun-renotte. les deux derniers noms apparaissent également sous la rubrique : « scierie de pierres » et deux noms apparaissent sous « Pierres bleues à bâtir » : O. Berteaux et souris. Dans l’almanach de 1897, on trouve sous « carrières de marbres et pierres » : Ber- teaux, e., Horgnies, O., Mahaux. c. et usine de la s.a. de Merbes-le- château.

en 1876, lors de l’ouverture d’une carrière au lieu-dit « la Falize », exploi- tée par J.-B. Gillain, on découvrit des tombes franques.

rapidement, cette scierie sera développée par a.J. Puissant et ses succes- seurs et cette société se diversifiera et étendra ses activités non seulement en Belgique mais aussi en europe puisqu’elle installera, en 1871, une usine à Ham- bourg, en 1873 à carrare et un magasin à saint-Petersbourg. en 1868, elle est transformée en société en nom collectif sous la raison sociale « Puissant frères » et, à partir de 1922, sous le nom de « Merbes-sprimont », elle se transforme en multinationale et contrôle, entre autres, les sociétés « les Marbres Français »,

« les Marbres du Boulonnais » et « s.-Henraux » en Italie.

en 1880, la société en nom collectif est transformée en société anonyme au capital de 3 millions 5000 francs. Outre les Puissant albert, Jules, auguste et romain, nous trouvons dans le c.a. : Ferdinand Bayens et Jules Descamps.

la carrière restera en activité tout au long du 19esiècle ; en 1895, les quatre carrières de labuissière produisent ensemble près de 1000 mètres cubes de marbre. toutefois, vers 1900, elles seront progressivement abandonnées au pro- fit de celles des autres régions, d’exploitation plus aisée. une tentative de réou- verture, vers 1954, restera sans lendemain. les anciennes carrières sont maintenant réaménagées en site paysager privé19.

en 1983, la firme Vachaudez, spécialisée dans la construction de routes, souhaitait réexploiter les déchets de la carrière des carmes à labuissière.

Devant les pressions d’associations de défense de l’environnement, les travaux furent interrompus.

en 1914, la société groupait les usines de labuissière, Poulseur et Onoz, Jeumont, dans le nord de la France, Düsseldorf et Hambourg en allemagne.

elle extrayait du marbre rouge dans les carrières de Vodelée, de Hautmont, de Grand-Fond, de sautour, des Bulants ; du marbre sainte-anne à Gougnies ; du marbre noir à Golzinnes ; du petit granit à anthines et du marbre blanc P (pour Puissant) à Massa-carrare. après la Grande Guerre, le redémarrage de l’industrie de la pierre en Belgique se fera grâce à l’appui financier des banques.

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19Philippe stOneet Francis tOurneur, « Merbes-le-château, labuissière. la s.a. de Merbes- sprimont, la carrière et la marbrerie », dans Le Patrimoine industriel de Wallonie, liège, 1994, pp.

208-212.

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La Société anonyme de Merbes-Sprimont

le 27 juin 1922, la s.a. de Merbes-le-château fusionne avec la société des carrières de sprimont, anciennement société Mathieu Van roggen. en résulte la constitution de la société anonyme de Merbes-sprimont.

la carrière de correux à sprimont, ouverte en 1880 par Matelot, avait été reprise en 1883 par un Hollandais de nimègue, Mathieu Van roggen, alors âgé de 20 ans, qui la développe et la modernise. Malheureusement, il décède en 1909, à peine âgé de 45 ans.

son fils (1890-1980), qui se prénomme également Mathieu, reprend l’ex- ploitation familiale et la développe en reprenant d’autres carrières de petit gra- nit des environs20.

la vie de ce Mathieu Van roggen est à elle seule un véritable roman, car plus intéressé par la mécanique et la course automobile, il mène en parallèle la gestion des carrières et un atelier de construction automobile à Prayon. la Grande Guerre le voit pilote d’avions en angleterre.

en 1920, il rachète l’entreprise Impéria de nessonvaux et reprend plu- sieurs marques belges en difficulté : excelsior, nagant, Métallurgiques et fina- lement Minerva. en 1939, il concentre toute son énergie sur la Minerva, mais ses usines sont occupées par les allemands tout au long du conflit. au début des années cinquante, sous licence land rover, il fabrique des jeeps pour l’ar- mée. la production est de 30 jeeps par jour et près de 500 personnes sont occu- pées dans ses usines. Il essayera de relancer la production de voitures, mais ce fut un échec et, en 1958, la société fut déclarée en faillite. la fin de sa vie sera difficile et il meurt en 1980 dans l’indifférence générale21.

la fusion avec les carrières de sprimont, la plus importante société exploi- tant le petit granit en province de liège, fit de Merbes-sprimont la plus grande entreprise transnationale de marbrerie. Outre les usines de sprimont, l’entre- prise s’est adjointe avec de multiples entreprises en France : à Gussignies, à Fresnes près de Valenciennes, à Marcelle, à Glandieu, à ria, dans les Pyrénées.

elle exploite des carrières en algérie et au Maroc (elle possède un établisse- ment à casablanca).

en 1927, l’usine de labuissière occupait environ 300 ouvriers qui travail- laient couramment 60 variétés de marbres et la société pouvait fournir, sur demande, plus de 400 sortes de marbres différents. lors de son apogée, entre les deux guerres, le groupe exploitait 118 carrières et possédait 40 dépôts, 222 châssis de sciage, 54 polissoirs. Il occupait 400 agents et employés et 5.000 ouvriers.

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20yvette GIlles-sePulcHre, Sprimont, gravé dans la Pierre, éd. V. Brancaleoni, sprimont, 2014, 223 p.

21Michel BeDeur, « Van roggen Mathieu », dans Nouvelle biographie nationale, t. 9, 2007.

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après la guerre, de repli en repli, les effectifs diminuent. en 1979, la société est reprise par une nouvelle équipe dirigeante présidée par a. Demoustier secondé par J. Hainaut et l. Villers. les directeurs sont W. Hainaut et Ph. stone.

les carrières de sprimont resteront dans le groupe Merbes-sprimont jusqu’en 1984, date de la reprise par la famille Brancaleoni jusqu’en 2009, moment où l’entreprise fut reprise par célis et Vanschoonbeek.

Merbes-sprimont est devenue, depuis le début des années 2000, une filiale du groupe franco-portugais Marbrek-solubema, dirigé par M. Jean Kezirian, qui comprend également les sociétés carrières et Marbreries de France et Mar- pic-France. Depuis quelques années, l’entreprise, déjà connue pour ses car- rières de marbre noir de Golzinne, rouge royal et Gris des ardennes de la carrière de Hautmont à Vodelée, est en pleine réorganisation. après avoir recentré toutes ses activités sur son site originel en 2011, elle vient de bâtir un nouveau bâtiment dans lequel sera installé du matériel de sciage primaire et d’usinage numérique afin d’optimaliser sa production. Outre les matériaux extraits de notre sous-sol, l’usine complète ses activités par la distribution des autres matériaux propres du groupe Marbrek-solubema tels que les marbres rose aurore Vigaria du Portugal, le marbre Bois Jourdan et les pierres calcaires de Bourgogne22.

la dernière carrière active de marbre sainte-anne est celle des Hayettes à Biesme. elle était exploitée par M.P.G. (Marbres, Pierres et Granits) et a été arrêtée en 1975.

avant de terminer, rappelons que l’on trouve du marbre sainte-anne dans les appartements royaux de Versailles, mais la date de pose n’est pas connue.

signalons également que l’on trouve quelques dalles de sainte-anne français de cousolre  et de marbre de Glageon dans les couloirs du Parlement, à Versailles. elles furent probablement placées au 19esiècle, sous le règne de louis-Philippe, pour remplacer des dalles défectueuses. le cousolre se trouve dans la même région et un paléoenvironnement semblable au sainte-anne qui lui succède stratigraphiquement. c’est un calcaire gris sombre à gris clair et veines blanches de calcite plus ou moins riche en stomatopores lamellaires et polypiers. Il est malheureusement fort terrasseux, ce qui a provoqué son aban- don vers 1910. le marbre de Glageon, d’âge givétien est gris foncé à noir et très riche en polypiers divers et stromatopores globuleux ressortant en boules pugilaires dans un matériau très terreux. le gisement est actuellement exploité à des fins de concassés23.

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23éric GrOessens, « les marbres du nord de la France et du Boulonnais », dansAnn. Soc. Géol.

Nord,lille, 2003, t. 10 (2esérie) pp. 1-10.

22Denis cettOur, « réindustrialisation du site productif chez Merbes-sprimont », dans Pierre Actual Belgique, n° 40, 2013, pp. 22-28.

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les amoureux de la pierre et du marbre ne peuvent que regretter la dis- parition de ce beau matériau de chez nous. l’antique de Meuse, qui succède stratigraphiquement au sainte-anne pourrait un jour prendre le relais. ce mar- bre a déjà été exploité sporadiquement à tailfer, Profondeville sur la rive droite de la Meuse, il y a une bonne cinquantaine d’années. Jules Van Oncem, un entrepreneur bruxellois avait racheté la carrière en 1943, mais ce n’est qu’en 1957 qu’un bloc de ce marbre antique de Meuse, aussi dénommé rubané de tailfer, de 16 m de long, 12,50 m de large et 8 m d’épaisseur était découpé au fil hélicoïdal dans la « dalle de tailfer » par des carriers originaires de carrare.

la société la Pierre bleue belge de soignies a obtenu en 2001 l’autorisation d’exploiter cette fameuse pierre24.

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24Benoît MIsOnne, « la renaissance de l’antique de Meuse », dans Pierre Actual Belgique, n°

7, 2005, pp. 44-48.

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