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Incidences de l’emploi des machines agricoles et de leur evolution sur les techniques culturales et sur le sol
Gwendal Monnier
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Gwendal Monnier. Incidences de l’emploi des machines agricoles et de leur evolution sur les techniques culturales et sur le sol. Bulletin Technique d’Information - Ministère de l’Agriculture, 1966, pp.3-11.
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Incidences de l'emploi des machines agricoles et de leur évolution sur les
techniques culturales et sur le sol
par Gérard MONNIER, maître de recherches au Laboratoire des sols (I.N.R.A.)
L'état physique d'un sol dépend de ses constituants, de son profil, du climat dans lequel il est placé, mais aussi du système de culture, de l'asso- lement, des techniques culturales qui lui sont appliquées Les transformations d'ordre technique, économique, sociologique, que subit actuellement l'Agri- culture, en France en particulier, ont déjà entraîné des modifications sensi- bles de ces • traitements » qu'ils soient appliqués au sol de façon directe ou indirecte, consciente, ou involontaire Aussi, conçoit-on aisément que nous assistions à des évolutions parfois brutales et qu'apparaissent des problèmes nouveaux.
Lévolution du machinisme agricole dans son ensemble et des matériels de travail du sol, en particulier, fournit un exemple significatif de cette situa- tion. Il faut admettre, en effet, que les raisons pour lesquelles on mécanise une opération dans ce domaine, ou pour lesquelles on utilise une machine nouvelle, sont plus souvent économiques ou sociologiques ou simplement liées à l'apparition d'un matériel nouveau sur le marché, que proprement techni- ques. Dans ces conditions, les répercussions entraînées par ces mutations ou ces évolutions sur la qualité du travail fourni, et donc sur le sol, ne sont pas toujours prévues ni même perçues.
Il apparaît donc nécessaire de procéder à un contrôle et, le cas échéant, à des ajustements par rapport à des critères techniques, de l'emploi de ces machines nouvelles et des conditions dans lesquelles on les utilise.
C'est là un probleme vaste et en constant renouvellement. Aussi, loin de chercher à être exhaustif, nous bornerons-nous à en examiner quelques aspects caractéristiques et suffisamment connus.
Dans cet esprit, nous ne retiendrons dans l'évolu- tion actuelle du machinisme agricole que deux ten- dances qui, d'ailleurs, prolongent les conséquences de l'abandon de la traction animale :
L'augmentation de la puissance des tracteurs et celle du poids de l'ensemble des matériels.
1. AUGMENTATION DE LA PUISSANCE DES TRACTEURS
Ses conséquences peuvent se traduire, du point de vue des performances réalisées, de plusieurs maniè- res :
Toutes choses égales par ailleurs, on peut obtenir :
— une augmentation de la largeur du travail ;
— un accroissement de la puissance disponible pour réaliser une largeur de travail donnée ;
— une disponibilité de puissance à la prise de force permettant l'utilisation d'outils commandés ;
— enfin, une augmentation de la vitesse d'avance- ment pour un matériel et un travail donnés L'AUGMENTATION DE LA LARGEUR DU TRA- VAIL a pour première et plus apparente conséquen- ce, de réaliser plus rapidement une opération déter- minée. Cela peut présenter un intérêt agronomique certain : on sait, par exemple, l'importance revêtue par l'état d'humidité du sol au moment où il subit l'action d'un outil, quel qu'il soit. Pour certains sols et pour certains types de travail, la marge dont on dispose à cet égard pour réaliser ce dernier dans les meilleures conditions est fort étroite. Ainsi, cer- tains labours de printemps, effectués tardivement dans le but d'obtenir un ameublissement homogène et poussé de toute la couche arable, provoquent la formation de mottes gâchées et de lissages si le sol
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L'examen d'une coupe de labour permet d'apprécier le travail realisé repartition des mottes et de la terre fine, présence de cavernes », localisation des résidus de récoltes enfouis, compaction et lissage
du fond de labour. (Cliché M. SEBILLOTTE).
est pris trop humide, ou ne réalisent qu'un ameublis- sement insuffisant si le sol est trop sec. Il est évi- dent qu'à une saison où le sol est susceptible de sé- cher très vite en surface, mais où l'on reste à la merci d'une pluie, toute diminution du temps d'exé- cution entraîne une diminution plus importante en- core de ces risques.
Toutefois, en ce qui concerne les labours, on doit distinguer deux façons d'accroître la largeur de tra- vail.
Une augmentation de la largeur des corps de la charrue entraîne, à profondeur de travail constante, une modification de la forme du labour ; celui-ci est plus retourné, « couché » : il risque alors de se res- suyer moins vite, ce qui en terre battante accroit la dégradation de la structure et en terre argileuse di- minue l'action bénéfique du gel ; les matières orga- niques qu'un tel labour permet d'enfouir sont moins bien réparties dans le sol et ceci augmente les ris- ques d'accidents ultérieurs dus à une évolution dé- favorable de ces matières organiques.
Par contre, l'augmentation du nombre de corps per- met de profiter de toute la puissance disponible, sans modifier la forme du labour. Elle permet, en outre, de diminuer le nombre de passages de roues dont nous examinerons plus loin les conséquences.
Si ce dernier point garde toute son importance lors des façons dites « superficielles », il s'y ajoute la possibilité de réaliser, dans un temps donné, le pas- sage d'un plus grand nombre d'outils. Les avantages
en sont parfois réels, mais il convient alors d'exami- ner si les façons supplémentaires réalisées sont vrai- ment nécessaires et si, sous prétexte qu'on en a la possibilité, on n'a pas tendance à en augmenter le nombre inconsidérément, c'est-à-dire sans bénéfice voire à l'encontre du but recherché.
On peut également utiliser la puissance supérieure qui est disponible au crochet, sans modifier la largeur de travail, pour réaliser des travaux auparavant im- possibles.
Ainsi, alors qu'avec des moyens de traction mo- deste l'agriculteur était contraint de tenir le plus grand compte de l'état du sol au moment du travail, il lui est désormais possible, dans certaines situations, d'élar- gir les conditions dans lesquelles une façon culturale donnée, un labour en terre argileuse par exemple, est mécaniquement réalisable.
Ceci ne présente pas que les avantages évidents de rendre l'agriculture moins tributaire des conditions climatiques à l'époque des travaux. Les risques de travaux exécutés à contre temps, d'un point de vue agronomique, cette fois, peuvent être considérable- ment accrus (gâchage de terres prises trop humides, formation de grosses mottes difficilement réductibles en terre trop sèche, etc.).
Par ailleurs, cette puissance supplémentaire peut être employée, et l'est en fait fréquemment, à appro- fondir les travaux du sol.
L'approfondissement des labours a été l'une des conséquences les plus générales du passage de la
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traction animale au tracteur et fréquemment, il a con- tinué à suivre les accroissements de puissance Les mobiles agronomiques qui ont poussé techniciens et praticiens dans cette voie sont nombreux, mais de valeur inégale.
— On a recherché d'abord une augmentation de l'épaisseur de ce que GASPARIN appelait le sol actif » ameubli, donc accessible aux racines des vé- gétaux cultivés qui y trouvaient les éléments fertili- sants nécessaires qu'on pouvait y incorporer. L'intérêt de l'opération est apparu aux agriculteurs particuliè- rement net pour certaines cultures, comme la bette- rave à sucre, dont la racine pivotante est très sen- sible aux obstacles physiques.
Sous certains climats, les labours d'hiver profonds sont réputés accroître la quantité d'eau de pluie mise en réserve.
Dans le cas de sols battants, on a cherché à mé- langer à la couche arable, pour lui .» donner du corps », quelques centimètres d'un sous-sol plus argileux
Malgré la force apparente de certains des argu- ments ainsi mis en avant, les résultats n'ont pas tou- jours été à la mesure des espoirs conçus. Au cours de l'analyse des échecs constatés, on s'est aperçu.
plus ou moins aisément, qu'il existait parfois des contre-parties défavorables aux avantages obtenus et même que ces derniers n'étaient pas toujours con- crétisés dans les faits.
Ainsi, les betteraves peuvent se développer nor- malement sur une couche arable de 25 ou 30 cm d"épaisseur, parfois même plus mince, à condition que la structure en soit favorable sur toute l'épais- seur. Il est beaucoup plus fréquent, et préjudiciable à la récolte, que les pivots buttent sur une couche compacte a mi-labour qu'au fond de celui-ci.
Cette couche défavorable résulte souvent d'une mauvaise tenue du labour au cours de l'hiver et est accentuée par le passage des outils de préparation du lit de semence. On le rencontre aussi bien sur un labour a 40 cm que sur un labour moins profond.
L'approfondissement des labours entraîne de plus une dilution des réserves minérales et de la matière organique concentrées dans la couche arable.
S'il est possible d'atténuer les conséquences de la dilution des premières en opérant progressivement et en ajustant les fumures minérales, il n'en va pas de même avec la matière organique.
Si nous nous en tenons à l'un des rôles, le plus important peut-être, de l'humus dans le sol . le main- tien d'une stabilité structurale suffisante, il est aisé d'examiner sur un exemple concret les conséquences d'un approfondissement même progressif du labour Prenons le cas d'un sol argilo-limoneux habituel- lement labouré à 20 cm de profondeur et dont la cou- che arable présente une teneur en matières organi- ques de 3 % indispensable dans cette gamme de
Influence d'une semelle de labour sur l'enracinement de la luzerne : une telle déviation des pivots peut entratner des diminutions de
rendement. (Cliché M. SEBILLOTTE).
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texture au maintien d'une bonne stabilité structurale.
Si le sous-sol présente une teneur en matières orga- niques de 1 % entre 20 et 30 cm, après un labour à 30 cm la teneur de la nouvelle couche arable ne sera plus que de 2,33 %.
Pour ramener ce taux aux 3 % nécessaires, il faut donc apporter 0,66 % d'humus supplémentaire, ce qui, rapporté à 4 500 tonnes de sol, poids approxima- tif d'une couche de terre de 30 cm d'épaisseur sur un hectare, représente environ 30 tonnes d'humus par hectare. Cela implique, compte tenu du coeffi- cient moyen de transformation en humus des diffé- rents apports possibles, soit 0,2, un apport de 150 tonnes de matière sèche à l'hectare. Si l'on sait que les restitutions moyennes d'une rotation de grande culture sont de l'ordre de 3 à 5 tonnes de matière sèche/ha/an et qu'elles ne parviennent, dans la plu- part des cas, qu'à équilibrer les pertes annuelles par minéralisation lente du stock d'humus, on conçoit qu'il soit pratiquement impossible de redresser une telle situation et ceci particulièrement dans les exploita- tions agricoles où l'abandon de l'élevage et des so- les améliorantes qui l'accompagnent (prairies tempo- raires ou artificielles) a déjà tendance à diminuer le niveau des restitutions humiques.
Ce qui précède n'implique pas qu'un approfondis- sement des labours soit toujours contre-indiqué et il
existe des profondeurs minima de labour, variables suivant les sols et les cultures, qu'il est préférable d'atteindre progressivement lorsqu'on en acquiert les moyens. Si nous avons quelque peu insisté sur les dangers d'un approfondissement du labour, c'est pour mieux souligner l'absolue nécessité d'une étude préa- lable à l'opération. Après s'être assuré que la pro- fondeur actuelle est réellement un obstacle à la crois- sance des cultures, il convient de prévoir les modi- fications annexes que l'approfondissement risque d'en- traîner, de s'efforcer de peser leurs conséquences défavorables et d'apprécier les moyens dont on dis- pose pour y remédier.
Ces conclusions sont également vraies pour le sous- solage dont la pratique est évidemment liée à une disponibilité élevée de puissance. Sans entrer dans les détails des problèmes soulevés, rappelons que dans ce cas aussi les effets ne sont pas toujours conformes à ce que l'on attendait ; fréquemment nuls, ils peuvent être défavorables lorsque les opérations ne sont pas conduites d'une manière raisonnée à partir de l'observation du terrain (c'est le cas du sous- sciage de parcelles à relief tourmenté qui aboutit à la formation de fondrières dans les parties basses).
Ils ne sont bénéfiques que dans des situations dé- finies (présence d'un alios) ou parfois dans des condi-
Dans certaines terres de structure instable, l'examen du sol fait apparaître sur la semelle de labour une accumulation d'eau qui s'écoule (on volt le reflet) à l'ouverture de la fosse. Dans de tels sols, Te fond du labour doit être » modelé ». (Cliché M. SEBILLOTTE).
Le tassement par une roue de tracteur peut se répercuter sur toute l'épaisseur de la couche labourée. Intervenant sur une terre humide, il peut provoquer des enracinements défectueux.
(Cliché M. SEBILLOTTE).
Un outil à dent passé rapidement peut ne travailler que très superficiellement (partie gauche du cliché). Il est indispensable de contrôler par un examen du sol l'ameublisse- m9nt effectivement réalisé. (Cliché M.
SEBILLOTTE).
en,-
Exemple de localisation de la paille en lits obliques. L'enracinement du colza peut être contrarié par la présence de cet obstacle.
(Cliché M. SEBILLOTTE).
bons de travail très particulières (terre très sèche) et encore mal connues.
Enfin, la possibilité de faire travailler jusqu'au fond de la couche arable certains cultivateurs ou vibro- culteurs représente un aspect important de l'emploi d'engins de traction plus puissants. Lorsque l'état du sol l'exige, on peut ainsi disloquer des couches • re- prises en masse » au cours de l'hiver, mélanger à la masse du sol des matières organiques trop loca- lisées par la charrue, etc.
L'APPARITION D'OUTILS « COMMANDÉS » em- pruntant la puissance nécessaire à la prise de force du tracteur est un exemple des mutations techniques découlant du développement du machinisme agricole et des problèmes nouveaux qu'elles entraînent On a pensé, au début, qu"on tenait là un moyen de se libérer des contraintes que représentaient, dans les techniques classiques de préparation des terres, la succession d'outils spécialisés et surtout l'attente de l'état d'humidité du sol permettant de les utiliser dans de bonnes conditions. En un ou deux passages, cer- tains de ces outils paraissaient susceptibles de rem- placer successivement la charrue et tous les instru- ments de pseudolabour. Le travail pouvait être par- fois mécaniquement réalisé dans une gamme d'humi- dité beaucoup plus large et les résultats obtenus pa- raissaient parfaits. Cependant, à des partisans con- vaincus du bénéfice tiré de leur emploi, sont venus s'opposer des détracteurs qui, eux, s'appuyaient sur les aspects défavorables de leur action. Le lissage du fond de la couche travaillée qui, par certaines pièces travaillantes, constitue un obstacle aux racines et provoque parfois un engorgement du sol en contra- riant l'infiltration de l'eau, la fabrication d'une quan- tité excessive de terre trop fine, sont effectivement apparus comme des conséquences fréquentes ren- dant l'emcloi de certains de ces outils agronomique- ment dangereux. Progressivement. il devient possible d'arbitrer ces oppositions. Ainsi, le rotovator ou les appareils similnires ne paraissent susceptibles d'être utilisés pour le travail du sol, proprement dit, aue dans des terres très stables (sols maraîchers par exemple) et avec précaution. Leur emploi selon les normes de fonctionnement courantes ne peut être Pue fortement déconseillé pour les raisons énoncées plus haut dans la plupart des terres de grande cul- ture. Ils peuvent, certes, être précieux certaines an- nées dans la préparation de terres lourdes, motteu- ses, rendues trop cohérentes par une dessiccation rapide Mais il s'agit là de « méthodes chirurgica- les » dont l'intervention doit rester exceptionnelle Par contre, leur emploi peut être généralisé « au- dessus du sol pourrait-on dire, pour briser ou dila- cérer des débris organiques résistants (feutrage de prairie) et préparer leur incorporation au sol
L'ACCROISSEMENT DE LA VITESSE D'AVANCE- MENT des outils est la dernière conséquence de l'augmentation de puissance que nous envisagerons.
Nous ne reviendrons pas sur les avantages liés aux possibilités d'exécution d'un travail, ou à la suc- cession de diverses opérations dans un laps de temps très court. Ils paraissent souvent déterminants aux agriculteurs. On ne doit toutefois pas négliger le fait que la qualité du travail réalisé à l'aide d'un outil dé- terminé dépend étroitement de la vitesse. Un labour exécuté à grande vitesse, est presque toujours plus émietté, fabrique davantage de terre fine qu'un labour lent. Les réglages divers, le choix de corps de char- rues différents, ne permettent qu'imparfaitement d'at- ténuer cette tendance. Dans le cas d'un labour de printemps exécuté juste avant le semis, une vitesse élevée facilitera la réalisation d'un ameublissement poussé et économisera des façons ultérieures. Par contre, avant l'hiver, les dangers de dégradation de la structure et de ressuyage trop lent du sol sont accrus. Il apparaît, dans ce cas, préférable à l'agro- nome d'utiliser la puissance disponible, en augmen- tant le nombre de corps, qu'en labourant à vive allure
Cette incidence de la vitesse d'avancement d un outil sur le type de travail qu'il réalise se retrouve dans le cas des cultivateurs à dents vibrantes. Pour un réglage statique de profondeur donnée, les dents travaillent d'autant plus profondément et plus modé- rément que la vitesse est plus lente. Selon la vitesse d'exécution, on peut aussi obtenir, soit à vitesse lente la dislocation de toute la couche arable, soit à vive allure un travail superficiel, mais beaucoup plus poussé
2. AUGMENTATION DU POIDS DES MATÉRIELS AGRICOLES
L'augmentation de puissance des tracteurs est gé- néralement accompagnée d'une augmentation de leur poids et de celui de l'ensemble du matéKel. Il appa- raît alors un problème dont l'importance est nette- ment perçue par les praticiens : celui du tassement ou plutôt de la convection des sols par les roues des tracteurs ou des matériels roulants divers, en particulier remorques de récoltes ou matériel de trai- tements phytosanitaires.
Les données n'en sont pas simples. Pour qu'il y ait compaction, il faut qu'une pression suffisante soit appliquée sur un sol déformable. Cette dernière con- dition implique surtout que le sol contienne un mini- mum, variable d'ailleurs, d'humidité. Mais c'est sou- vent le cas aussi bien au moment du labour qu'à celui des façons superficielles, à la période des ré- coltes tardives (betteraves, maïs, fruits à pépins) ou
celle des traitements de printemps dans les ver-
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gers. Nous pouvons donc aborder le problème en le considérant comme rempli.
La pression appliquée, elle dépend à la fois du poids par roue et de la surface de contact entre la roue et le sol.
Deux solutions s'offrent donc si l'on veut diminuer la pression . ou bien diminuer le poids, ou bien aug- menter la surface de roulement.
Dans le cas des tracteurs agricoles, on ne peut diminuer le poids au-dessous d'un minimum, faute de quoi l'adhérence deviendrait insuffisante lorsque l'on sollicite toute la puissance disponible au crochet à l'occasion de labours, par exemple. On cherche alors à augmenter la surface de roulement en utilisant des pneumatiques à basse pression qui, de plus en plus, prennent le relais des pneumatiques conventionnels.
Lorsqu'on utilise, pour des façons superficielles, des tracteurs ainsi équipés, pour peu qu'il soit né- cessaire d'effectuer plusieurs passages d'instruments de largeur différente, il arrive que la totalité de la surface de la parcelle ait été ainsi tassée Cela est parfois préférable à des actions localisées car on peut en tenir compte en supprimant, par exemple, un passage de rouleau qui, sans cela, aurait été né- cessaire Lorsque l'état du sol ne supporte pas, sans se compacter excessivement, même cette pression atténuée, on a recours au jumelage des roues ou aux roues cages.
Dans le cas du labour, le tassement et les risques de compaction qu'il entraîne se situent aussi bien au niveau de la roue de raie (formation de semelles de labour) qu'au niveau de la roue de champ. De plus, d'autres éléments viennent compliquer le problème.
Les pneumatiques à basse pression nécessitent une raie assez large qui ne peut être obtenue que par l'emploi de corps de charrue de 14 ou 16 pouces (1).
On est ainsi conduit, si l'on ne change pas la profon- deur du labour, à en modifier la forme qui dépend, entre autres, du rapport profondeur/largeur. Quant au passage d'un pneumatique dans une raie trop étroite pour lui, il peut provoquer le plaquage sur le fond de labour d'un peu de terre fine arrachée à la dernière bande labourée. Il se constitue ainsi une pseudo semelle de labour dont les inconvénients, en particulier sur la croissance des racines, peuvent être aussi graves que ceux qui résultent d'une compac- tion au-dessous de la couche labourée.
La « roue de guéret » pose également un problème de compaction bien que la couche qui subit son pas- sage soit sur le point d'être labourée. Après un labour en terre humide, il est courant de constater que les bandes correspondant aux parties de sols compac- tées par cette roue, avant d'être retournées par la charrue, sont plus motteuses que les autres.
Les problèmes de compaction peuvent être liés à l'augmentation de poids des engins de tassement, en particulier les rouleaux croskills et cultipacker, dont on a maintenant reconnu que, par leur poids très élevé et par leur forme qui assure une transmis- sion des contraintes dans toute la couche arable, ils étaient susceptibles de provoquer en terre humide des accidents structuraux d'autant plus dangereux qu'ils se produisent à 7 ou 10 cm de profondeur et n'apparaissent donc qu'à la faveur d'une observation du profil cultural.
Enfin, le roulage des remorques de toutes espèces (traitements phytosanitaires, récolte, etc ) fréquem- ment équipées de pneumatiques de récupération de camions routiers, gonflés à haute pression, provo- que des dégâts qui peuvent être considérables et dont l'effet persiste parfois plus d'un an. C'est le cas, certaines années, du débardage des betteraves ou de la récolte du maïs-grain.
* *
La diversité des conséquences, qu'une modifica- tion apparemment simple d'un matériel ou des condi- tions de son emploi peut entraîner, met en évidence la complexité des recherches dans ce domaine. Et, encore n'avons-nous pris nos exemples que parmi les effets directs sur les propriétés physiques du sol.
Dans de nombreux cas, la mécanisation ou son evo- lution sont à l'origine, mais de façon indirecte, de perturbation dans l'état physique d'un terrain.
Ainsi, l'abandon du modelé des champs, jugé peu adapté à l'emploi des machines, la suppression de fossés cernant des parcelles devenues trop petites pour être cultivées mécaniquement, ont fréquemment entraîné un ralentissement du drainage pouvant abou- tir à des engorgements du sol, une dégradation de sa structure.
Autre exemple . dans la mesure où la mécanisation a accéléré la spécialisation des exploitations, elle a entraîné des changements de rotations, modifiant ainsi l'équilibre humique des sols. Aux agriculteurs céréaliers abandonnant l'élevage s'est ainsi posé le problème difficile de l'enfouissement des pailles ; et l'on pourrait citer de nombreux autres exemples.
Dans certains cas, l'apparition de nouveaux maté- riels ou de machines plus puissantes a permis d'ai- der à résoudre les problèmes que cette évolution posait ailleurs. On verra, dans un autre article (*), comment l'utilisation agricole de matériel de terras- sement peut permettre la réalisation d'un nouveau type de modelé des champs, mieux adapté que l'an-
(1) Au moins tant que l'on n'aura pas résolu le problème par l'adoption de formes nouvelles de versoir.
() M. CHAZAL, page 143.
Une préparation très poussée pour le blé entraîne fréquemment un glaçage des sols battants et des irrégularités de levée. Le phénomène est encore accentué sur les passages des roues. (Cliché M. SEBILLOTTE).
Lors des opérations de remembrement, Il est souhaitable de tenir le plus grand compte des possibilités d'évacuation des eaux superfi- cielles. (Cliché M. SEBILLOTTE).
Formation d'un horizon de gley dans un sol trop humide. Le fer, réduit dans l'ensemble de la coucke (couleur gris bleuâtre), est réoxydé autour des cavités (centre du cliché). Les compactions, les enfouissements en profondeur de matières organiques entrainent fréquemment une telle asphyxie du sol. (Cliché Biocilmato-
*or logie I.N.R.A.).
(Partie hachurée : fer réoxydé).
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On voit ici, en vue générale et en détail, l'ampleur des dégâts provoqués par une récolte de mais en terre trop humide. Les langues de terre ainsi gâchées peuvent persister plus d'un an dans le sol. (Clichés M. SEBILLOTTE).
cien à la culture mécanique tout en assurant l'écou- lement des eaux à la surface du sol.
De même, les possibilités nouvelles de broyage poussé des pailles facilitent considérablement leur enfouissement.
Dans de nombreux autres cas, toutefois, on se trouve en face d'une série de conséquences, les unes favorables, les autres défavorables, mais qui souvent ne se compensent pas, car elles sont d'ordres diffé- rents. Si nous avons principalement insisté sur les aspects défavorables, ce n'est pas dans le but de faire apparaître un bilan en défaveur de l'évolution actuelle, car un bilan aussi partiel n'aurait pas gran- de signification, mais pour tenter de montrer que les
problèmes que cette évolution crée, existent et qu'il est parfois possible de leur trouver des solutions satisfaisantes.
Enfin, il est probable que certaines conséquences de l'emploi, dans des conditions déterminées, d'une machine nouvelle risquent de passer inaperçues. La connaissance empirique qu'ont les agriculteurs des exigences de la conduite de leur terre, connaissance acquise progressivement dans un contexte de stabi- lité technique, doit désormais être perpétuellement remise à jour. L'observation fréquente, approfondie et systématique du sol peut seule permettre, dans le domaine qui nous intéresse, un tel ajustement assez rapide pour ne pas être, à chaque instant, dé- passé.