L'EGLISE CATHEDRALE DE PARIS AU VP SIECLE.

Texte intégral

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L'EGLISE CATHEDRALE DE PARIS AU VP SIECLE.

LA premiere pierce de l'e'glise actuelle de Notre-Dame de Paris fut pose'e en 1163 : pour parler moins prdcise'ment, les travaux de construc- tion furent commences cette annee-la. L'eVgque qui les entreprit, Maurice de Sully, e"tait eVfique de Paris depuis le 12 octobre 1160. La nouvelle e'glise, dont le chevet fut construit d'abord, — il e"tait a peu pres termine" en 1177, et le maltre-autel fut consacre' le 19 mai 1182, — £tait construite en arriere de la cathe'drale prdexistante, qui allait rester debout tant que la nouvelle ne serait pas encore habitable.1 Mais on dut d6molir de bonne heure (peut-£tre avant 1170) une e'glise qui £tait au chevet de la vieille cathe'drale et qui portait le vocable de Saint- Etienne.1

Le miracle serait grand que l'e'glise primitive eut subsist^ sans avoir jamais 6t6 rebitie depuis ses origines jusqu'en 1163. Si, vers m o , on l'appelait nova ealesia (comme l'a releve" l'abbe1 Lebeuf), et si vers 1150 Suger lui donna un vitrail celebre, qui plus tard fut utilise1 dans la rose nord du transept de la cathedrale de Maurice de Sully, apparemment elle n'e"tait plus la basilique du temps de Grdgoire de Tours et de Fortunat. On a de bonnes raisons de croire, en effet, que la catWdrale de Paris fut reconstruite au commencement du xne siecle, done dans le style roman de l'lle-de-France.1 La cathe'drale romane dut Stre

^lev^e sur les fondations de l'e'difice ante'rieur. M. Mortet, qui a mis une Erudition tres attentive a ^tudier la pr^histoire de Notre-Dame, pense avoir trouve trace, trace bien fugitive, il est vrai, d'une refection de la cathe'drale dans les premieres apnees du ixe siecle.* Nous aurions eu

1 M. Aubert, La calhidralt Notn-Dam* de Paris (1909), pp. 6-7. V. Mortet, £ludi hitt. tt arrhtol. sur la catkidraU it It palais episcopal d* Paris du VI* au XII* sudt (1888), pp. 41-44.

1 Mortet, p. 39 : ' L'e'glise de Saint-Etienne £tait, & cette dpoque, une iglise en mines: les tennes par lesquels elle est ddaignie dans le reglement royal de 1110 [ " t n u r o s v t t t r i s t a l t s i a t sancti S t t p h a m . . . p o r t a s v e l t r i s t e d t s v u , . . . a capiti f r a c t i tnuri vtttris tedtsiat. . . "] ne pennettent guere d'h^sitation a ce sujet.'

• Mortet, pp. 33-33. On a conjecture que le tympan- de la porte droite de la facade actuelle representant la Vierge assise sur un trone sous un dais, couronn^e, nimble, et 1'enfant Jisus sur ses genoux, dtait lc tympan de la porte unique de la catbidrale du XII° siecle. Mais cette thiorie paralt controuvee.

* Mortet, pp. 16-17.

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de la sorte une eglise romane au xne siecle, une eglise carolingienne au ixe, toutes deux sur les m£mes fondations que l'eglise primitive.

Notre sujet ainsi se limite, puisque c'est l'eglise anterieure au ixe siecle, seule, qui retiendra notre attention.

Nous possedons, des environs de l'an 700, le testament d'une dame nomme'e Ermenthrade, testament par lequel sont faits des legs a diverses e'glises de Paris. Je cite:

. . . baselids constitutis Parisius, id est: basclicat sancti Petri . . ., baselicae domnae Mariae . . . , basdicac domni Stefani . . ., baselicae domni Gervasi . . . , baselicae sancti Sinfuriani . . . , sacrosanctae ecclisiae civitatis Parisiorum . . ., baselicae sancte Cruccs vel domni

Vincenti . . .>

Dans cette Enumeration, la cath^drale, qui herite d'un plat d'argent de cinquante sols, est designee par la formule sacrosancta ecclisia civitatis Parisiorum, l'eglise par excellence, l'eglise qui n'a pas besoin d'etre de'signe'e par le nom des saints ses patrons, comme on fait pour la basilique de Saint-Pierre, la basilique de Saint-Gervais, la basilique de Saint-Symphorien, la basilique de la Sainte-Croix ou de Saint-Vincent.1' Notez l'emploi du terme basilica; la catheclrale seule est appelee eccUsia. On a infere" de cette terminologie que la basilica domnae Mariae et la basilica domni Stefani n'avaient rien de commun avec la cathe'drale, et — ceci est beaucoup plus hasarde — devaient £tre les petites e'glises de la rive gauche qui porterent dans la suite le vocable de Notre-Dame-des-Champs et le vocable de Saint-fitienne-des-Gre's.' Nous ne croyons pas que cette distinction soit recevable.

En effet, on n'a pas la preuve que ces deux e'glises de la Vierge et de Saint-litienne aient exists sur la rive gauche au vn« siecle ni au vme. Nous connaissons, par contre, dans la Cite, une eglise de Saint-Etienne, celle-la meme qui disparut a la fin du xne siecle, quand Maurice de Sully construisit Notre-Dame et qui Etait situ£e approximativement sur l'emplacement du transept actuel (le portail sud du transept porte le nom de saint fZtienne). Cette eglise de SaintVfitienne est tout indique'e pour etre la basilica domni Stefani du testament d'Ermenthrude.

Or, dans un document datE de 690, contenant les donations faites par un fidele nomme' Vandemir et sa femme nommee Ercamberte a diverses Eglises de Paris, il est fait mention entre autres ^glises de la

1 R. de Laateyrie, Cartulairt 'giniral cU Paris, t. i (1887), p. a i .

* Saint-Pierre ou basilique des Saints-ApOtres est la basilique oil fut e n t e n t e sainte Genevieve et qui portera plus tard son nom ; Saint-Vincent est la basilique qui deviendra Saint-Gennain-des Pres ; Saint-Symphorien est une e'glise conjointe a Saint-Vincent et dans Iaquelle saint Germain, qui l'avait fait construire, a tti enterrfi d'abord.

» Mortet, p. 3.

A a 3

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'•basilica domne Vincente' dans laquelle '(vir vene)raiilis Audcharius abba praeesse veditur', et, en tgte de toutes les e"glises qui recpivent des donations, de la ' basilica domnae Ste/anae in Parisius ubi domnus Sigofridus pontefex praeesse veditur'} Cette basilica domnae Siefanae, comme e"crit incorrectement l'acte de donation de 690, a toute apparence d'etre la me'me que la basilica domni Siefani d'Ermenthrude, et ce n'est pas une petite £glise de la rive gauche, mais bien l'e'glise ou siege l'eVfique de Paris.*

Une difficult^ se pose aussit6t: comment expliquer que l'evgque ait sa cathedra dans une e'glise autre que la cathe'drale {sacrosancta ecclisia dvitatis Parisiorum) et que la basilica domnae Mariae d'Ennen- thrude ? Nous cherchions la cathe'drale, et nous en trouvons trois. — On a beaucoup ecrit sur ce petit probleme, dont nous n'avons pas de solution decisive. Tout bien consider, j'incline a penser que l'e've'que Sigofridus avait sa cathedra simultane'ment dans la basilica domni Stefani et dans la basilica domnae Mariae, et que les deux basiliques voisines, re'unies peut-6tre, n'en faisaient the'oriquement qu'une qui etait la sacrosancta ecclisia civiiatis Parisiorum, Yecclesia matrix. A l'appui de cette hypothese on peut faire valoir le fait de l'existence, non pas de trois basiliques, mais de deux, sur Pemplacement de la Notre-Dame de Maurice de Sully, fait arcWologiquement certain. On peut faire valoir cet autre fait que, y ayant deux Edifices, le vocable fut, du moins a la fin du vme siecle, ramasse^ en un seul, auquel s'ajouta le nom de saint Germain. Un jugement de Charlemagne de 775 designe la cathe'drale sous le vocable de 'ecclesia sancti (sic) Mariae vel sancti Stephani et sancti Germani'.' II y eut ensuite flottement. Un dipldme de Louis le Pieux, en 814, la designe par la formule 'ecclesia sanctae Mariae semper virginis et sancti Stephani protomarlyris atque sancti Germani confessoris, in quorum honore ipsa sedes Parisiaca dicata est '.* Puis, au cours du ixe siecle, le nom de saint Germain disparait Enfin, dans un .dipldme de 867, la Vierge est devenue seule patronne : ' Ecclesia sanctae

•Dei genetricis et semper virginis Mariae.' * Les variations du vocable de la cathe'drale, entre 690 et 867, eVoluent dans le sens de l'elimination de saint £tienne.

On objecte que la basilica qui n'e'tait pas proprement sancti Stefani ne portait pas avant la seconde moitie' du vme siecle le vocable sanctae

1 De Laateyrie, p. 17.

* On pourra voir dans Lebeuf, Histoirt dt la vdU tt dt tout U diodst dt Paris, t. i (idit. de 1883), p. 6, l'opinion ancienne, qui conclut de la que saint fitienne a 6t6 le patron primitif de la cathidrale de Paris.

1 De Laateyrie, p. 31 (diplame original). Le texte dans P. L. t. xcvii, pp. 945-946.

* De Lasteyrie, p. 40 (original).

6 Ibid. p. 64 (original). Mortet, pp. 4-6.

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Mariae. On nous dit: Vous invoquez un dipldme de 528 dans lequel Childebert ICT parle de la mater ecchsia Parisiaca de'die'e 'in honorc sanctae Mariae matris Domini nostri Jhesu Christi',1 et un passage de la Vita sancti Clodoaldi qui parle de ' matri eulesiae eiusdem civitatis videlicet sanctae Mariae'. Or la Vita sancti Clodoaldi, loin d'etre contemporaine de saint Cloud (t 560), parle de la cathe'drale de Paris dans le style du xe siecle.1 II en est de m£me, sans doute, du dipldtne de 528, qui n'est connu que par des copies du xe et du xne siecle.*

Mais il serait inoul que l'^glise cathe'drale de Paris fut demeurde sans patron jusque dans la seconde moitie du vme siecle. Toute e'glise avait un saint e'ponyme, c'est une loi liturgique qui, a dater du v® siecle, est sans exception. Au vie siecle, la Vierge Marie e'tait un vocable aime' en pays gallican: YHistoria Francorum de Gr^goire de Tours nous fait connaitre une basilica sanctae Mariae a Poitiers, une k Toulouse, une a Tours; * \'7n gloria con/essorum, une basilica sanctae Mariae a Lyon.' Si done la cathe'drale de Paris est, a l'dpoque caro- lingienne, de'die'e a la Vierge, le vocable ne date pas ne'eessairement de cette e'poque.

1 CediplOme est le plus ancien du cartulaire de Paris. De Lasteyrie, p. 1.

1 E. Le Blant, Inscriptions chrltimnts dt la Gauli antiriturts au VHP siicU, t. i (1856), pp. 300-301, donne l'inscription funeraire de saint Cloud, qui est en meme temps l'inscription dedicatoire de lYglise par lui ddifiee a Novigentum (Saint- Cloud) oil il dtait enterre :

Artubus hunt tumulum Chlodoaldus cottstcrai almis, edilus ix regum s/tmmatt ptrspicuo,

qui vttilus rtgni stptrum rtiintrt caduci basilicam studuit Mane fabricart Dto, ataUsiatqut dtdit tnatrias iun ttntndam

urbis pOHttfta quiqu* font parisi.

On conclura de la que, a la date oil cette epitaphe fut composee, l'eglise cathedrale de Paris etait designee par l'expression tedtsia ma/rir,reglise-mere. C'est l'inter- pretation de Le Blant, loc. dt. — La Vita Clodoaldi (n. la, dd. Krusch, p. 356) depend de l'inscription ci-dessus. EUe dit: '. . . monasterium (pour basilicam) . . . aedificavit, atque matri ecclesiae (pour tccltsiai matrici) eiusdem civitatis, videlicet sanctae Mariae, perpetuo habendum testamento delegavit.' Hincmar, qui connalt le fait, ecrlt: ' Villam . . . matri aecclesiae Pariaius civitatis . . . donavit'. Vita Rtmigii, 30 (ed. Krusch, p. 313).

1 Mortet, p. 3.

4 Hisior. Francor. x 31 (id. Omont-Collon, p. 461) pour Tours, oil la con- struction de la basilica sandat Mariat infra tnuros urbis est entreprise par l'eveque Ommatius, au commencement du vi* siecle. La basilica sandat Mariat de Poitiers a ete construite par sainte Radegonde, done dans la seconde moitie du vi" siecle {Aid. ix 43, p. 404). Sur la basilica sandt Mariat Tholosa, voyez ibid, vii lo (p. 360).

» In glor. conf. 64 (ed. Amdt, pp. 785-786).

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Gre'goire de Tours mentionne a plusieurs reprises la cathe'drale de Paris, grace a lui nous savons quelque chose de ce qu'elle ^tait a la fin du vie siecle.

En 585, un violent incendie deVora la Cite" de Paris. Le feu prit, par l'imprudence d'une femme, dans une maison attenant au pont du petit bras de la Seine: ' Erat domus haec prima seats portam, que ad mediam diem pandit egressum.' Le feu gagna les prisons, dont les prisonniers, a qui saint Germain apparut miraculeusement, s'e"chap- perent sur son ordre, et allerent se reTugier ' ad basilicam sancti Vincenti, in qua sepulcrum habetur btati antestitis'. Le feu s'dtendit a toute la Cite", 'per totam civitatem', et jusqu'a l'autre porte (celle du pont donnant acces a la rive droite) oil est une chapelle de saint Martin, 'ad aliam portam, in qua beati Martini oralurium habebatur.' La l'incendie s'arrte, grace a la protection de saint Martin. L'incendie avait done pris au pont (du midi) et consume toutes les maisons jusqu'a l'autre pont. Mais l'e"glise fut e'pargne'e et ses maisons avec elle: ' Verumiamen ecclesia cum domibus suis non sunt aduste.' Et Gregoire ajoute : ' Agebat enim hoc urbem quasi consecratam fuisse antiquitus, ut non ibi incendium praeyaleret, non serpens, non glerus aparuisset.'1

Je lis ecclesia cum domibus suis, quitte a accorder ecclesia cum domibus suis avec adustae au pluriel. Agebat est apparemment pour Aiebat, e'est-a- dire Aiebant. J'hdsite a lire hanc urbem dans un re'eit ou la moitie' de la Cite vient de flamber. Faut-il entendre: Aiebant hoc urbem quasi consecratam fuisse dans ce sens que la ville aurait €t€ consacre"e par la presence de sa cathddrale, hoc [ecclesia'] ? Ce serait fort seduisant, trop peut-€tre. Abstenons-nous de traduire ! Mais je crois sure la lecture ecclesia cum domibus suis : on a ainsi lieu de penser que Gre'goire d&igne les Edifices qui font partie de Yecclesia, comme doivent Stre la maison de l'e've'que, les maisons des clercs, et sans doute le baptistere, peut-^tre un xenodochium. Du moins on conclura de ce texte que Yecclesia en 585

£tait dans la partie onentale de la Cite1, a Test de la voie transversale qui joignait les deux ponts de lile. Uecclesia formait un groupe d'e'difices.1

Un texte plus explicite de Gre'goire de Tours se trouve au livre vi de VHistoria Francorum et se rapporte a un ^v^nement de l'anne'e 583.

1 Histor. Francor. viii 33 (pp. 330-333). L'idition Arndt, p. 349, lit : ' Verum- tamen aeclesiae cum domibus suis non sunt adustae. Aiebat enim, bane urbem qua3i consecraUm fuisse antiquitu3, ut non ibi incendium praevaleret, non serpens, non gliris apparuisset.' (Glis, gliris, glerus — loir.)

• Fortunat, Vita Sandi Gtrmam, xiv (id. Krusch, p. 15), mentionne un oratorium qui faisait partie de l'babitation de 1'eVeque de Paris. Plus loin (xii, p. 16), U fait mention d'un baptist (Hum, et d'un malade qui se roule ' per baptisterii pavimentum '.

Plus loin (xxiii, p. 16), la residence de 1'eVeque est appelee domus tedtsuu, ou encore ( l u v , p. 37) damns pour la distinguer de Vccdisia.

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Le comte Leudaste, espe"rant rentrer en grace aupres de la reine Fre'd^gonde, se prdsente devant elle un dimanche dans l'dglise sainte de Paris et se jette a ses pieds en lui demandant pardon: ' . . . regi Parisius revertenti, die dominico in ecclesia sancta reginae pedibus pro- volviiur, veniam depraecans.' La reine le repousse avec horreur et on le jette hors du lieu saint: ' Tune repulso eo a loco sancto, missarum sollemnia ecltbrata svnt.' Quand la messe est finie, le roi et la reine sortent de l'e'glise: ' . . . egresso rege cum rtgina de ecclesia saticla.' Leudaste les suit sur la place: ' . . . Leodastisque ad platcam est pro- seculus.' Sur la place donnent des maisons de marchands, dont les boutiques sont ouvertes: Leudaste va et vient de l'une a l'autre, ' domus neguiiantum circumiens', examinant les marchandises, surtout les plus pre'eieuses': ' J'acheterai ceci, et cela, car j'ai beaucoup d'or et d'argent', affecte-t-il de dire. A ce moment surviennent les serviteurs de la reine, ' reginaepueri'; ils entourent Leudaste et veu'.ent le ligoter;

Leudaste de'gaine, les autres aussi et foncent sur lui, un des assaillants lui porte un coup violent sur la tSte. Leudaste prend la fuite, ' cumque perporitcm urbis fugiret', il fait un faux pas au milieu du pont, il tombe

et il est fait prisonnier.9

Gr^goire de Tours a trace' la un croquis d'une rare finesse, une description du cceur de Paris en 583, une topographie ou se situe admirablement la cathe'drale, et aussi la description d'une matine'e de dimanche, le roi et la reine venant assister a l'office du matin, 1'eVeque celebrant les missarum sollemnia en leur presence et en presence de tout le peuple chre'tien. Puis, devant la cathe'drale, la pla/ea, avec ses boutiques de luxe, dont Leudaste fait le tour: '. . . domus negutiantum circumiens, species rimatur, argentum pensat atque diversa ornanienta prospicit, dicens: Haec et haec conparabo, quia multum mihi aurum

argentumque resedit.'

L'anne"e d'apres, 584, le roi Chilpe"ric a e'te' assassine a Chelles. la.

reine Fre'de'gonde accourt aussitot se rdfugier a Paris avec ses tremors.

' Parisius advenit, 6crit Gr^goire de Tours, . . . ad ecclesiam confugit adque a Ragnemundo fovetur episcopo.' * Uecclesia est la cath£drale, ou TeVfique donne asile a la reine. Cependant Chilp^ric, assassin^

a Chelles et aussitdt abandonnd de tous les siens, n'aurait eu personne

1 Dans le rtcit de l'incendie de 585 il est fait mention de cea boutiques. Car

l'incendie a iti pridit par une femme qui en a eu revelation dans la basilique de Saint-Vincent : elle a vu lui apparaltre un homme tenant un cierge a la main et mettant le feu l'une apris l'autre aux maisons des marchands, ' domus Htcutiantunt ix orditu SHCctndnttm' (p. 330). Grigoire de Tours n'aurait pas rapporti cette prophitie si elle n'avait pas iti accomplie a la lettre.

• Histor. Francor. vi 33 (pp. 335-336).

» Ibid, vii 4 (p. 357). Cf. vii 15 (pp. 365-366).

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pour lui rendre les derniers devoirs, si PeVfique de Senlis, Mallulfus, ne s'e"tait trouve' Ik: FeVfique lava le corps, le revStit d'habits con- venables, et, apres une nuit de prieres, le ramena a Paris, ou on l'enterra 'in basilica sancti Vinctnti', pendant que Fre"d^gonde con- tinuait a s'abriter dans la cathddrale, lFrtdcgundae regina in eclesia derelicia'.' On voit la, le plus clairement qu'il est d&irable, comment la cathe'drale est Vecclesia tout court, Yealesia par excellence. En 584, sa rivale est Saint-Vincent: Childebert I", le fils de Clovis, y a 6t6 enterr^ (en 568),' tandis que Clovis et Ootilde ont 6t6 enterrds dans la basilique de Saint-Pierre ou basilica sanctorum Aposiolorum.1 Saint Germain, quand en 576 il meurt, est enterrd a Saint-Vincent4 On n'enterre pas encore, semble-t-il, dans la cathe'drale.*

A ces premiers textes, on peut en joindre un autre, pris a Yin gloria confessorum de Gre"goire de Tours. On y lit:

Tumulum erat in vico Parisiorum, hand procul a loco in quo senior, ut aiunt, eclesia nuncupatur, nullo operto tegumine; ibique in lapide habebatur scriptum; Hie REQUIESCIT CRISCENTIA SACRATA DEO PUE-LLA.'

Vicus Parisiorum, terme qui s'oppose a Civiias Parisiorum, de'signe chez Gr^goire de Tours le territoire immediatement au dela des portes de la ville, la Civitas e"tant a l'inte'rieur des portes.7 La presence d'une sepulture chre"tienne, l'inscription fune'raire de cette vierge Crescentia inconnue d'ailleurs, fait aussitfit penser au cimetiere Saint-Marcel.' En effet, €cx\t M. de Pachtere, ' il n'est qu'un endroit ou Ton ait enseveli r^gulierement les chrdtiens avant l'^poque mdrovingienne, c'est le cimetiere Saint-Marcel. C'est aussi le seul oh Ton ait trouvd jusqu'ici

1 Hislor, Fratuor. vi 46 (p. 349). ' Ibid, iv 20 (p. 12a).

1 Ibid, ii 43 (p. 75). * Ibid, v 8 (p. 161).

0 La Vita GtHovtfat Virginia parisitnsis, 13 (6d. Krusch, p. 319) mentionne le baptisttriutn de Paris ou, a l'approcbe d'Attila, Genevieve f«it prier les matrones de Pari3. On y retrouve aussi la platta (n. 18, p. 323), Vecdtsia (n. 33, p, 335). Mais cette piece hagiographique ne paralt pas ant^rieure au vm° siecle.

• Inglor. conf. 103 (e'd. Arndt, p. 813).

7 Histor. Francor. viii 33 (p. 331).

* Ce point eat bien mis en lumiere par F. G. de Pachtere, Paris a tipoqut gallo- romaiiu (1912), pp. 131-133. Sur le cimetiere Saint-Marcel, ibid. pp. 137-139. Le cimetiere, ecrit M. de Pachtere, avait une tres grande itendue : au sud, on l'a repere sur le terrain de la manufacture des Gobelins, au nord, rue du Petit-Moine, au voisi- nage meme de la Bievre, k l'estjusqu'a La rue Scipion, a l'onest jusqu'a la rue Pascal.

Voyez encore E. Le Blant, Inscriptions chrttitnnts, t. I, p. 377, commentant I'epitapbe chre'tienne (fin du v* siecle) de Domina Barbara trouvee en 1753 'deniere l'eglise parochialede Saint-Martin ducloltre Saint-Marcel avecsoixante-quatresarcophages de pierre sans ^pitaphes'. Cette inscription eat a la Bibliotheque Nationale. Les s«rcophages et autres restea retrouves du cimetiere Saint-Marcel sont au musee Car- navalet (section romaine et mdrovingienne).

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des inscriptions chre'tiennes. On est done invite" a placer la le bourg oil fut enterr^e Cfescentia.' On devra placer dans ce bourg, et dans le voisinage de ce cimetiere a ciel ouvert, l'e'glise qui, au temps de Gr£goire de Tours, a la fin du vi« siecle, portait le nom de ' la vieille dglise', senior ecclesia. M. de Pachtere croit qu'on peut prendre le vocable en rigueur, et entendre ' la vieille e"glise' au sens de ' la vieille cathe"drale', par contraste avec la cathe"drale plus jeune alors existante. Cette opinion, qui n'est pas nouvelle (elle a 6t6 proposed par Launoy), est motive'e et s6duisante.

Les origines chre'tiennes de Paris se rattacheraient a la senior ecclesia et devraient 6tre localised dans la region qui, a travers tout le moyen age, a conserve" le nom de l'e'vgque de Paris, saint Marcel.1 La cathe"- drale qui supplanta la senior ealesia dut 6tre e'leve'e dans la Cite" vers ce me'me de"but du ve siecle. M. de Pachtere croit pouvoir avancer qu'elle £tait construite ' sous le bas cfite" meridional de l'dglise (actuelle) de Notre-Dame'. II est oblige" de convenir ndanmoins qu'on n'en a de"couvert aucun vestige. Cette cathe"drale gallo-romaine, supposed dis- tincte de la cathe"drale meYovingienne, est done purement hypothe'tique.

Et, en fait, les fouilles du parvis n'ont r6v&6 qu'une cathe'drale.

Ces fouilles, les premieres du moins, datent de 1847. Elles ont re've'le' l'existence d'une basilique chre'tienne, qui avait la mSme orien- tation que Notre-Dame, sinon exactement le mSme axe, et dont le seuil e"tait a 35 metres environ en avant de la facade actuelle *: son extr^mite1 orientale, qui n'a pas e^e" repe're'e, a du fitre noy6e dans les fondations des tours. Les fouilles de 1847, d'apres l'inspecteur des fouilles, Wacquer, sont de"crites par Albert Lenoir, dont nous citerons, en l'abrdgeant a peine, le texte.

'Pendant liiiver de 1847, une tranche"e ouverte sur le parvis Notre- Dame, pour l'e"tablissement d'un ^gout, ayant amen^ la de'eouverte de quelques antiquit^s, les fouilles furent e"tendues sur la presque totality de la place, et de nombreuses constructions de diverses ^poques sortirent de ces ddblais . . .

' Les constructions romaines se divisaient en deux groupes distincts;

les unes, situdes vers la rue Neuve-Notre-Dame ; la devait fitre un Edifice public important... Le second groupe de constructions romaines e"tait

1 Gregor. In glor. con/. 87 (id. Arndt, p. 80^) : ' Marcellus vero Pariaiacae urbU episcopu3 . . . nunc in ipsius civitatis vico quiescit.'

1 Mortet, p. 15. M. Lesprit, L* Jt&ntur dt Notrt-Datni (Paris, Champion, 1913), p. 36, public une '.ettre ecrite au nom de l'inspecteur general des pont3 et chaussees de Paris par l'inginieur Legendre, oil on lit: ' D'apres nos plus anciens itindraires, le mesurage des routes nationales cominence a un point situfi sur l'axe de Notre- Dame et a 30 metres de la facade printipale sur le parvis.' De quand date le mesurage des routes aboutiasanfa Paris? II serait bien curieux que leur point de depart fut le seuil de l'ancienne cathcdrale.

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plus rapproche' de la cath^drale . . . La e'taient e'videmment des habitations.

'On reconnaissait que ces dernieres constructions avaient e'te' ddtruites en partie pour Clever un Edifice qui en couvrait toute l'e'tendue et qui e'tait d'origine chre"tienne a en juger par la maniere dont e'tait faite la maconnerie. La grande surface occupe'e par les murailles, leur forte dpaisseur, la re'gularite' de leurs dispositions en quatre lignes paralleles, formant une large nef et des bas cdte's, pre'ce'de's de fondations qui n'ont pu appartenir qu'a un porche et a ses distributions accessoires, tout contribuerait a faire admettre que ces ruines e'taient celles de la basilique e"lev£e par Childebert'; des fragments de la mosai'que de cet Edifice, publies a la planche XXI, des colonnes en marbre d'Aquitaine, de 70 centimetres de diametre, un chapiteau qu'on verra plus loin a la planche XIX, confirment cette attribution."

Lenoir dit plus loin:

' Des colonnes en assez grand nombre, mais tres mutile'es, ont e'te' trouve'es au parvis Notre-Dame, au milieu des ruines dont le plan est grave1 a la planche XVII; elles sont en marbre noir et blanc dit grand antique. Le profil des astragales ou moulures qui oment le haut indique qu'elles ont e'te' exe'cute'es a une e"poque de decadence. De nombreux fragments de colonnes semblables ont e'te' trouve's jusque dans les sub- structions de l'e'glise de Notre-Dame; elles de\xiraient la basilique construite en ce lieu par Childebert. Un seul chapiteau en marbre blanc, qui paralt avoir appartenu au meme ddifice, a e'te' trouve' aupres de ces colonnes: la planche en pre'sente le dessin ; il est tres inutile1, et la rudesse de la sculpture, les details mal dessine"s et mal composed qui le de'corent, indiquent son origine meVovingienne; il est, ainsi que deux colonnes, de'pose' au mus^e de Cluny.''

Et encore:

'Au nombre des fragments d&ouverts dans les fouilles du parvis Notre-Dame se trouvaient ceux de plusieurs pav^s en mosaique offrant trois sujets de dessins vane's. Ils ont 6t6 reproduits sur la planche XXI, et sont places de maniere a faire connaitre les diverses combinaisons qui ornaient ces pave"s. La fabrication e"tait imparfaite; des croix et des

1 Nous nous expliquerons plus loin sur cette attribution, qui n'est pas fondee, on le verra.

1 A. Lenoir, Siatistiqutmonumtntalt<UParis (Imprim. imfxfriale, 1867), pp. ao-ai.

F. de Guilhermy, Itinhairt archiologiqut d* Paris (1855), p. 21, donne un dessin du chapiteau corinthien- conserve i Cluny.

• Lenoir, p. 33. E. du Sommerard, Calalogut it dtscription dts objits dart txposis au mush [de Cluny] (1884), p. 39, decrit trois ' colonne3 en marbre antique trouvdes dans les fouilles du parvis Notre-Dame en 1848 ',sous lesn0* 410-412, et un ' chapiteau antique en marbre blanc trouvd au meme endroit la meme armde ', sous le n° 413. Ces restes sont exposes dans la grande sallt dts Uurnus de Cluny.

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triangles place's au milieu de plusieurs compartiments doivent faire admettre qu'ils e"taient d'origine chre'tienne,1 bien qu'ils fussent exe'cut^s dans un systeme analogue- a celui qu'employaient les Romains. Ces mosaiques ont done pu servir de pave1 a la basilique de Childebert. . . La nef principale, les bas co'te's et le sanctuaire de la basilique chre'- tienne de la Cite" devaient avoir des pave's diffe'rents.1 De la peut-toe la cause des trois motifs de dessins vane's reconnus dans les fragments de mosaique publics sur la planche XXI.

' Le premier dessin . . . est formd de cercles enlaces offrant des tons blancs et noirs combine's de maniere a former une.se'rie de fleurons s'enle- vant sur le fond blanc du pave. Au centre de chaque cercle est figure'e une croix grecque menage'e en blanc au milieu de tons rouges et noirs. Ce dessin porte sa bordure compose'e de cercles tangents les unsauxautres et contenant alternativement une croix, puis un triangle; la croix dessinde en blanc sur un fond noir, le triangle en noir sur un fond blanc.

' Le (second) dessin . . . est forme' de courbes enlace'es d'une facpn inge'nieuse, un trace' le fait mieux comprendre qu'une description; un ton blanc compose le fond sur lequel un large trait noir indique les contours vane's des courbes.

' Le troisieme dessin . . . formait la bordure d'un motif central qui a disparu presque entierement. Ce pave" offrait trois tons diffe'rents, le rouge et le blanc servant alternativement de fond a de larges traits noirs, dessinant des cercles enlace's. Une large" ligne en terre cuite d'un ton jaune fonce" encadrait l'ensemble de cette mosai'que, dont l'effet e"tait plus riche et plus grave que celui des pre'ee'dentes. Ces fragments sont au mus£e de Cluny.' •

Des fouilles nouvelles, pratique"es en 1907 et en 1914, ont confirm^ les re"sultats des fouilles de 1847, et ont donne" quelques nouveaux frag- ments de colonnes et un remarquable de'bris de mosaVque.4

1 Le triangle, pour figurer la Trinitd, est un symbole rare ; encore se retrouve- t-il en Afrique, a Rome, en Gaule. Voyei l'art. ' Dreieck' de la RtaUncyklopddit dtrchristl. AlttrthQmtr de Kraus, t. i (1883), pp. 378-379. Pour la Gaule, Le Blant, Intcript. chrtl., t. i, p. 107.

1 Les fragments de mosaique decrits par Lenoir et celui du musie Carnavalet paraissent avoir appartenu a des bordures.

' Lenoir, pp. 35-37. Du Sommerard, Catalogut, p. 375, n05 4763-4766, mosalques, ne mentionne pas les fragments que lui attribue Lenoir. M. Haraucourt, conser- vateur de Cluny, m'a confirm* oralement (34 mai 1916) la Don-existence de ces fragments dans le muse> dont il est conservateur. On ne les connalt ni au musee Carnavalet, ni au musee de Saint-Germain-en-Laye. — Les trois fragments de Lenoir sont ddcrits dans VInvcntairtdis mosatqua dtla GauU tt dt PAfriqut(publie par l'Academie des Inscriptions), t i, fasc ii, p. 47, n° 908. Ledit inventaire ignore oil sont aujourd'uui les trois fragments.

* Commission municipal* du Vitux Paris, annit 1007, prods-vtrbaux (Paris, 1908), pp. 219-333 : Rapport presente par M. Charles Sellier, sur la decouverte de quel-

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Les elements que les fouilles ont r6v6\6s permettent de concevoir notre catheclrale me'rovingienne comme une dglise a plan basilical: une nef (de 25 metres de largeur) a deux bas cdte's (chacun de 5 metres de largeur), la nef se'pare'e de ses bas c6t^s par un alignement de colonnes de marbre veine1 blanc et noir, sunnonte'es de chapiteaux de marbre blanc a feuilles d'acanthe: le pavement e'tait de mosaique, tout au moins les bordures dtaient a dessins ge'ome'triques en rouge et noir sur fond blanc, ou revenaient comme motif principal des croix et des triangles. Des quelques morceaux de minces plaques de marbre retrouve's dans les fouilles, on peut conclure a Phypothese de rev£tement de marbre pour les murs a l'inte"rieur de la basilique. Quelques debris de tuiles a rebords font penser a une toiture de tuiles. La disposition des murs de fondation de la facade suggere que l'e'glise avait un narthex. II serait invraisemblable qu'elle n'eut pas posse'de une ques vestiges de la basilique merovingienne de la Citi, au parvis de l'eglise Notre- Dame. — En avril 1907, au coura de la construction d'un egout au droit de la facade ouest de la cathedrale, on a retire les vestiges de quatre murs supposes meYovingiens, et entre le troisieme et le quatrieme quelques vestiges de maponnerie romaine. Ces derniers faisaient partie d'une murrttt qui suivait a peu pres la meme direction que les murs presidents, etque M. Sellier suppose etre le reste d'une 'construction antique demolie pour faire place a un Edifice dont faisaient partie les quatre gros murs dont nous venons de parler'. A am,4O de profondeur, partant du troisieme gros mur pour joindre' la murttti romaine, une aire de biton, qui apparemment ' formait le fond d'un dallage disparu ayant appartenu a l'edifice antique dont la susdite murette faisait partie'. M. Sellier estime que les gros murs par lui reports ' correspondent en grande partie a ceux decouverts par Vacquer, lesqueU, jusqu'a present, d'£minents archSologues ont admis comme appartenant a la basilique elevde par Childebert I"', et que les resultats des fouillcs de 1907 corroborent ceux des fouilles de 1847. Parmi les objets trouves dans les fouilles de 1907, M. Sellier signale : deux fragments de tambours de colonnes en marbre veine^ blanc et noir, dit grand antiqut; un fragment de mosaique; quelques mor- ceaux de marbre, en plaques minces ayant pu appartenir a un revfitement; quel- ques debris de tuiles a rebords. M. Sellier joint a son rapport un plan oil est report^ le trace de3 fouilles et des decouvertes de 1847. — J'ajouterai que les fragments de colonnes en marbre grand antiqm, au nombre de trois, sont exposes en bonne place dans la section romaine et merovingienne du musee Carnavalet (8*

travel). M. Georges Cain et M. Ch. Magne ont eu l'extreme obligeance de faire chercher dans les magasins du mus<£e et de me presenter le fragment de mosaique signal^ par M. Sellier. Ce fragment est exactement dans la maniere du troisieme fragment de Lenoir : le dessin est d'une bordure et fait de cercles enlaces : ils sont traces en noir sur fond soit blanc soit rouge. Ce fragment, bien conserve, est un specimen tres intiressant, que M. Georges Cain a l'intention de mettre en bonne place dans une vitrine de la section romaine et merovingienne. M. Magne a fait le releve des fouilles de 1914, qui confirment les donndes de 1907, et dont le rapport paraitra incessamment dans les proces-verbaux de la Commission municipalt du Viiux Paris (juin 1916).

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abside, mais on ne saurait dire si cette abside e"tait ou n'e'tait pas flanqude de deux absidioles.1

Albert Lenoir vient de prononcer le nom du roi Childebert, Childe- bert Ist (511-558), le fils de Clovis, en supposant inconteste" que la cathe'drale parisienne a 6t4 bade par ce prince. Cette assertion est tiree d'une piece de vers de Fortunat intitule'e De ecclesia parisiaca, oh est decrite une somptueuse eglise bade par Childebert en effet, mais que, actuellement, on identifie avec la basilique parisienne de Saint-Vincent, non avec la cathe'drale. Alors que, sur la rive gauche, Clovis (481-511) avait construit la basilique de Saint-Pierre ou des Saints-Apotres a l'instigation de sainte Genevieve, on ne comprendrait pas que la Cite1

n'eut pas posse'de deja une cathe'drale. Si fragile que soit l'autorite' de la Vita Genovefae, on peut noter qu'elle parle d'un baptistere situe dans la Cite', a l'occasion de l'approche des Huns (448): un baptistere ne va pas sans une cathe'drale. On a done lieu de croire que la catheclrale primitive dtait ante'rieure a Childebert et a Clovis. II faut citer ce- pendant les vers de Fortunat De ecclesia parisiaca}

'Si Ton vante la magnificence du temple de Salomon, celui-ci, oh Part est egal, doit a la foi une beautd supe'rieure. Les vote's sublimes cachees jadis sous le voile de l'ancienne loi s'offrent ici sans voile aux regards des hommes. Les murs du temple de Jerusalem e'taient revfitus de me'taux pr^cieux; ceux-ci, teints du sang du Christ, brillent d'un plus vif eclat L'or, les marbres, le bois de cedre contribuerent a la decoration du Temple: l'^glise a la croix, ornement et plus riche et plus venerable.

' Le Temple, €lev6 a prix d'or, etait destin^ a p^rir: l'liglise, qui a rachet^ le monde, repose sur des fondements in^branlables. Celle-ci, dont la splendide nef s'eleve sur des colonnes de marbre,

Splendida marmoreis attollitur aula columnis,

parce qu'elle reste pure a une grace plus grande. Par ses fenetres de verre elle regoit les premiers rayons du jour et la main de l'artiste a enferme' le jour dans son arche :

Prima capit radios vitreis oculata fenestris, artifirisque manu dausit in arce diem.

' Des le lever de l'aurore la lumiere l'inonde et remplit ses charpentes (Jaquearia): elle brille pareillement de ses propres rayons et elle etincelle quand le soleil manque.

1 On calcule que la longueur d'une grande nef basilicale est, soit le double, soit le triple de sa largeur: la longueur de la grande nef aurait done 6ti de 50 a 75 metres.

* Fortunat, Carm. ii 10 (id. Leo, p. 39). Nous citons, en la retouchant, la traduction franpaise de Nisard.

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' Le pieux roi Childebert a donne" a son peuple ce gage imp^rissable de son amour. DeVoue" de toute son ame au service de Dieu, il a ajoute' de nouvelles richesses au tre'sor indpuisable de l'liglise. Veritable Melchisedech de ce temps, a la fois prStre et roi, laique il a fait une ceuvre de religion.

Compltvit laicus religionis opus.

'Tout en gouvernant les peuples, sans quitter son palais royal, il a e"te" la gloire et le modele du sacerdoce. II est parti d'ici, la-bas il vit dans l'honneur de ses me'rites/mais ici mSme immortelle sera la louange de ses vertus.

Hinc abiens illic meritorum vivit honore:

hie quoquc gestorum laude perennis erit.'

La basilique de Saint-Vincent, construite par Childebert Ie r (511-558),

^tait le lieu de sa sdpulture : les vers de Fortunat louent Childebert de son ceuvre et font allusion a sa sepulture, hinc abiens. La basilique e'tant de'die'e a la sainte croixx en mfirne temps qu'i saint Vincent, on comprend tout le sens du vers

Hinc vencrabilior de cruce fulget honor.

Si le titre DE ECCLES/A PARISIACA pose une petite e"nigme dont on n'a pas le mot, le contenu de la piece ne laisse pas de doute sur l'intention de Fortunat, qui est de glorifier la basilique de Saint-Vincent et le roi qui la construisit."

II ne sera pas dit pour autant que Fortunat n'a pas parle" de la cathe'- drale de Paris, car Fortunat a e"crit une piece intituled AD CLERUM PARISIACUM? qui dut combler de plaisir les destinataires, et qui est pour nous e'rudits pleine de traits instructifs. Elle s'ouvre par cet envoi:

' Illustre compagnie, l'honneur et le sommet d'un ordre tres ample, peres que je ve'nere dans mon coeur, dans ma foi, dans ma religion . . . " Ce clerge" est celui de la cathe'drale de Paris.

Coetus honorifici decus et gradus ordinis ampli, quos colo corde fide religions patres . . .

Suivent quatorze vers dans lesquels le versificateur s'excuse de la rouille de ses doigts a manier le plectre et la lyre: e'est un peu long, du moins y apprenons-nous que les gens qu'il loue sont ses amis:

Art is ad officium vester adegit amor.

1 CC Fortunat, Vita sancti Germani, xlii (id. Krusch, p. ao): ' Item cum Parisius ad basilicara beatae crucis vir Dei procederet. . .'

1 Cette interpretation cat acquise depuis Le Blast, Inscriptions chrttimnts, t i, pp. 395-299, qui rfsume la controverse.

• Fortanat. Carm. ii 9 (pp. 37-39).

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Ce clergy est le ge'nie, la gloire, la paruxe, et l'honneur.de Yecclesia, oil il s'acquitte de la douce tache du cursus assidu, c'est-a-dire du chant des psaumes, a 1'ofEce des vigiles nocturnes :

Cclsa Parisiaci clerus reverentia pollens, eccUsiae genium gloria munus honor, carmine dauitico divina poemata pdngens,

cursibus assidu is dulce revohnt opus.

Ce clergy se compose de prfitres et de diacres :

Inde sacerdotes, leviticus hinc micat ordo.

Les prfitres sont des vieillards chenus, les diacres sont decores de l'e'tole, insigne distinctif des diacres gallicans :

Tibs canities, hos stola pulchra tegit.

Les uns blancs des frimas de l'ige, les autres de l'e'tole qu'ils por- tent (vestibus albent), les uns piles, les autres rougissants :

Et candunt rutilis lilia mix/a rosis.

Au milieu des prStres et des diacres est l'eVSque Germain : In medios Germanus adest antistes honorc.

Et void une rapide description de l'entre"e processionnelle de l'e"veque et de son clerge1: ' II est pre'ce'de' des diacres et suivi de Yordo grave des pr£tres . . .; lui-meme s'avance lentement, comme un autre Aaron'.

Fortunat fait valoir qu'il ne porte pas de costume special comme Aaron : Non lapides coccus cidar aurum purpura byssus

exomant humeros, sed micat alma fides}

Sitot que la cloche sonne {signum mox tinnit in aures), il s'arrache au sommeil, il arrive le premier a L'dglise (advolat ante alios), et chacun arrive pour y prendre la place k chacun assignee.

L'eglise se retnplit de peuple. On chante l'office nocturne, de la nuit a la premiere pointe du jour, on chante en chants qui alternent:

Pervigiles noctes ad prima crepuscula iungens, construit angelicos turba verenda choros}

1 Fortunat Vita s. Girm. lxxii (p. 36) ' . . . frequenter contentus una casula vel tunica quidquid erat residui nudum pauperem ve3tiebat, ut inops calefieret largitore algente.' Et ibid, xxiii (p. 16): '. . . sancti palliolum', petit manteau : il n'e3t pas question de pallium.

• Fortunat Vita s. Gtrm. xii (<d. Krusch, p. 14) : ' Denique adeptus gradum curac pajtoralis episcopus, de relico vero monachua persiatebat Hinc se fre- quentantibus ezercebat vigiliis, inde continuatia macerabat inediis. Pernoctabat

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On hesitera a prendre a la lettre ce qui suit. Le pohte dnonce que l'enfant accorde sa voix aux flutes exigues, fait de sa gorge une flute, tandis que les vieillards donnent a leur gorge une sonority de trompette.

Nisard traduit: ' Les enfants adaptent leurs voix aux sons les plus faibles de l'orgue, les vieillards aux sons les plus forts.' Mais il n'y a pas ombre d'orgue dans le texte latin.1 Fortunat a e\:rit:

Hinc puer exiguis attemperat organa cannis, inde senis largam ructat ab ore tubam.

Fortunat a entendu comparer la voix des enfants a des flutes, la voix des vieillards a des trompettes. On ne donnera pas un autre sens aux vers qui suivent:

Cymbalicac voces calamis miscentur acutis disparibusque tropis fistula duke sonat : tympana rauca senum puerilis tibia muket,

atque hominum rtparant verba canora lyram.

Fortunat developpe et s'edifie: quelles vertus, quelle foi I Toute l'assemblee chante les psaumes, clercs, peuple, enfants, sous la conduite de Germain :

Pontificis monitis citrus plebs psallit et in/arts'

H e u r e u s e c e t t e arme'e q u i m a r c h e avec G e r m a i n p o u r chef. O M o i s e , tends-lui la m a i n et a i d e c e c a m p qui est d i g n e d u tien.

F o r t u n a t p a r l e d ' u n e e'glise a u p r e s d e laquelle h a b i t e 1'eVSque d e algida senectua per biemem sustinens dupliciter frigus aetatis et temporis . . . " II 3'agit la de vigiles privies. Cf. ibid, xiiii (p. 16) : ' Nox in oratorio vigiliis ducrfur';

xxv (p. 17) ; bcxv (p. a6). — Mais Fortunat n'oublie pa3 de parler de3 vigiles celd- brdes avec le d e r g i : ' Tertia noctis hora ingreditur in ecdesiam, non est egressus ulterius psallentium ab ordine, donee clariscente die decantatus sollemniter cursus universus consummaretur ex canone' (ibid, lxxv, p. 27). Dans certaines occasions les vigiles solennelles sont c£l<Sbrees dans d'autres ^glises que la cathe'drale. Ibid, lv (p. 33) : ' Item cum ad basilicam bcatissimorum Gervasi et Protasi vigilaturus acce- d e r e t . . .'

I II faut dire cependant a la ddchargc de Nisard que MabOlon avait vu dans ces vers une preuve que l'eglise-cathidrale de Paris avait un orchestre. Dt liturgia galUama, p. 413: ' Neque tan turn vocum, sed etiam musicorum instrumentorum usum in Parisiaca ecdesia lunc fuisse subdit idem Poeta'. — On sait que l'orgue, au moins rudimentairement, est un instrument signal^ au v" siede. Saint Augustin

&6crit,Ettarr. in pa. lvi 16: 'Organa dicuntur omnit inatramenta musicorum. Non solom illud organum dicitur, quod grande est, et inflatur follibus ; sed qnidquid aptatur ad cantilenam et corporeum est, quo instrumento utitur qui cantat, organum didtur.' Mais le chant d'^glise dans l'antiquiti chretienne s'interdisait tout accom- pagnement instrumentaL Voy. A. Gastoud, Lts origints du chant rotnatH (1907), P-45-

I I Fortunat Vita s. Gtrm, li (p. 32) : ' Andulfiis ecclesiae Parisiacae dericus. . . .'

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Paris Germain, et dans laquelle 1'eVeque et ses clercs ce"lebrent 1'ofBce nocturne au chant des psaumes. 11 y a de grosses voix sonores comme des trompettes, et des voix flut^es d'enfants: ce dernier trait va s'e'clairer.

Le meme Fortunat, en effet, a la demande de saint Germain de Paris, consentit a e'crire une Vita sancii Marcelli, qui nous est parvenue avec, en titre, cette adresse: DOMINO SANCTO ET MERITIS OBTINENTIBUS APOSTOLICO VIRO IN C H R I S T I CARITATE FUNDATO, MEO LUMINI PRAE- PONENDO, DOMINO ET DTTLCI PATRI GERMANO PAPAE FORTUNATUS.1

On n'a pas lieu de douter que cette composition hagiographique ait e'te' 6crite par Fortunat du vivant de saint Germain, done avant 576; et tel est le sentiment tres ferme de B. Krusch, a l'encontre de Tillemont.

Fortunat, n'ayant aucune source ancienne oil puiser, s'est content^ de raconter quelques miracles que la voix populaire attribuait a saint Marcel, celui-ci notamment:

II y avait un clerc, Nonnicius, age1 de dix ans environ, qui avait une tres belle voix, et qui, quand il chantait, faisait les deiices du peuple.

Un jour il arriva que l'archidiacre lui donna l'ordre de chanter; quand l'enfant eut fini, l'eVfique le fit fouetter, parce qu'il avait, lui eVSque, ordonne' qu'un autre cbantit. L'enfant a la belle voix fut done fouette", mais sit6t qu'il commenca de crier sous le fouet, l'e've'que, puni pour sa jalousie, ' quia vodbus invidebat', devint aphone. II resta trois ans completement muet. Heureusement que dans son clerge1 il avait Marcel, alors sous-diacre, qui gudrit par un miracle l'e've'que, apres ses trois ans de mortification. Ce cas de jalousie £piscopale n'est pas tres e'difiant, aussi l'hagiographe a-t-il soin de taire le nom de l'e've'que.

On ne peut penser cependant qu'a un eVSque de Paris, puisque Marcel est son sous-diacre, et que l'hagiographe explique que Marcel e'tait clerc de l'Eglise de Paris avant d'en devenir a son tour l'e've'que. Lalegende aussi bien n'a-t-elle d'autre interSt historique pour nous qile de parler du chant k Paris au temps de Germain et de Fortunat:

Igitur quidam clericus Nonnicius nomine annorum circiter decem propter suavissimae vocis tinnibulum et dulcedinis organum de fauce prolatum, qua contingebat animos populi delectari, cum repercussa in auribus solita esset aura blandire, iussus est ab archidiacono mellita teneritudine decantare. Quo facto praecepit ipsum puerum episcopus flagellari ob hoc, quia alterum iusserat ipse cantare.

Itaque . . . qui puerum cantare prohibuit, pertulit vocis dipendia quia vocibus invidebat.1

Un dernier trait sera pris par nous a Fortunat, qui se rattache

1 FortunaL Vita sancti Marctlli i (id. Krusch, p. 49).

* Ibid, viii (p. 5a).

VOL. XVII. B b

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a lliglise de Paris. II est pris a la Vita sancti Germani, e"crite par Fortunat encore, et qui est si pauvre d'el^ments locaux! Fortunat a quelques lignes sur Moquence de Germain, que je citerai comme le te'moignage d'un contemporain sur la predication :

Quis vero digne repetat quanta virtus verborum ab ore rotabatur, cum praedicaret in populum, ut omni litteraturae nasceretur stupor et fieret in commune generalis conpunctio, atque ex ore dicentis crederes ut verba fonnarentur ab angelo, dum plus quam homo loqueretur translatus in mentis excessu, cum abrasis maculis sinceritate dogma- tis pectora plebis cogeret divinis efflagrare pigmentis ? 1

Une eloquence qui roule comme un torrent, qui stup^fie les auditeurs lettr^s, qui produit la componction, qui s'en prend aux vices au nom de la foi, et embrase les creurs du peuple de divines ardeurs. Cet dloge de l'e'loquence de saint Germain sera une transition toute naturelle a l'e"tude des quelques pages qui nous sont parvenues, croit-on, de lui, et qui ne sont rien de moins qu'une description des usages liturgiques de son eglise cathe"drale.

PIERRE BATIFFOL.

1 Fortunat. Vita s. Gtrm. lxxiii (p. 26). Rapprocher l'ipitaphe de saint Germain, qui itait dans l'^glise Saint-Vincent, et qui nous a iti conserve. Le Blant, t. i, pp. 285-387.

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