89 OU
LA RÉVOLUTION MANQUÉE
La Révolution a créé une Nation où la richesse seule a du prix.
RENAN.
L E S F A I T S
L'histoire commence le 14 octobre 1614. L a Régente a convoqué les Etats Généraux. Déjà, dans les délibérations du Premier Ordre, un jeune évêque, fort peu connu, du nom de Richelieu, se distingue.
Le Second Ordre comprend la Noblesse. Il s'agit encore de la noblesse de race et d'épée, sortie ruinée des guerres civiles et étrangères et peu sûre pour la Couronne. Le Roi, de treize ans, et le futur Cardinal, de vingt-neuf, sauront s'en souvenir. Cette noblesse n'est évidem- ment pas apte à légiférer. Heureusement elle ne peut émettre que des v œ u x . Parmi les plus déraisonnables — et qui ne seront pas oubliés — figurent :
l'interdiction, pour les bourgeois, d'être armés ;
l'interdiction de se vêtir, ainsi que leurs femmes, de velours
•et de satin ;
l'interdiction d'avoir des chiens, sinon les jarrets coupés.
Or cette bourgeoisie, qui constitue le Troisième Ordre (le Tiers Etat) n'est composée que de magistrats. E t quels noms déjà : Molé,
"Séguier, Lamoignon, etc.. Il va de soi que les v œ u x du Tiers sont à la fois rationnels et modérés. Y figurent, en bonne place, et ce sera répété en 89, les poursuites contre les jaux nobles. Colbert y fera droit puisqu'en 1661 plus de 40.000 faux nobles ont été remis à la taille.
Quant au peuple, il est encore plus méprisé du Tiers que de la
Noblesse. D'ailleurs il n'est pas plus représenté en 1614 qu'il ne le sera en 89. Seulement la confusion s'établira en 89, durera et dure encore que Tiers égale Peuple.
*
Sur sa lancée, le Tiers de 1614, qui a obtenu la vénalité des charges, donc leur transmission héréditaire, va franchir rapidement les étapes. Car arrive ce « long règne de vile bourgeoisie » dont parle Saint-Simon avec vérité, à l'adjectif près. Louis X I V l'a voulu et y tiendra la main : pas un grand seigneur dans les Conseils du Gou- vernement. Les surintendants et Contrôleurs Généraux des Finances sont tous roturiers et c'est le Tiers ou la noblesse de robe, souvent bien récente, qui fournit les Chanceliers. A u reste, c'est cette classe sociale qui possède la plus grande partie de la fortune mobilière.
A la fin du x v me siècle, la plupart des députés du Tiers de 1614 sont restés gens de robe, et pour de bonnes raisons, mais presque tous anoblis et certains couverts de titres. Ce sont d'ailleurs des bourgeois qui ont fait ou font alors construire, en cette fin d'un monde, les plus belles demeures des environs de Paris. On a bâti Champs pour Poisson de Bourvalais, Chamarande pour Pierre Mirault, Courances pour Claude Gallart, L a Grange pour Charles Durât, Grosbois pour Raoul Moreau, Maintenon pour Jean Cotereau, etc..
Alors la bourgeoisie va lancer une nouvelle vague : ce sera le Tiers des Etats Généraux de 89, avec très peu de magistrats, puisqu'ils sont maintenant du 2e Ordre, beaucoup d'avocats, de médecins, de propriétaires. Déjà cette nouvelle classe s'affuble de particules — plus de cinquante — et s'indigne d'être dite le 3e Ordre et d'être considérée comme « députés des Communes » alors qu'elle a conscience d'être la Nation. Les seigneurs des Parle- ments joueront le m ê m e jeu que le Tiers. Cette association, qui relie 1614 à 1789, conduira à sa perte une Monarchie qui ne souffrait que d'une plaie d'argent et de privilèges inadaptés au siècle — sans d'ailleurs que personne songeât à rabattre. Il eût suffi d'une Ordon- nance d'un Roi énergique.
Car l'Etat — donc Te Roi — tenait tout en main. Les droits féodaux, qui ont fait couler tant d'encre et provoqué autant d'incen- dies, étaient un ramassis devenu hors saison, ridicule et de peu de valeur réelle. Par contre les i m p ô t s imaginés depuis trois siècles
par l'Etat représentaient plus de vingt fois la valeur des droits féodaux. On sait de reste ce que furent les intelligentes tentatives de Machault, de Turgot et, jusqu'à la dernière minute, de Calonne.
Vauban lui-même, tout militaire qu'il fût, avait donné les plus sages conseils : « Si Sa Majesté, pénétrée enfin des souffrances de ses sujets, prenait une bonne fois la résolution d'y mettre fin et d'améliorer leur position en rendant V imposition de ses revenus légale et propor- tionnelle aux forces de chacun... sans exception de bien de personne... » N'oublions pas, en effet, que l'Ordre de beaucoup le plus riche, le Clergé, était exempt de tous les impôts et se bornait, tous les cinq ans, au « don gratuit » et à des « décimes » qui n'entraient point dans les caisses du Trésor.
Mais le Destin avait groupé contre la vieille Monarchie une étrange vague d'assaut.
De quoi donc est faite cette vague qui va tout submerger et dont le ressac se fait encore sentir en d'autres continents ?
— de toute l'intelligence française qui domine alors l'Europe.
Tous ces bourgeois de race, grands aristocrates de l'esprit, sont appréciés, fêtés, honorés par les Souverains étrangers inconscients mais lettrés ;
— de toute la haute noblesse qui depuis vingt-cinq ans n'a eu d'autres champs de bataille que l'Amérique, colonie révoltée.
Ainsi, chose étrange et pourtant évidente, à l'assaut des Privi- lèges partent tous les privilégiés. Car en dehors de l'Armée et de la Cour, le Tiers est partout et détient 95 % des innombrables
« emplois de finance ». Il sera dès le début à la pointe du combat.
Mais que l'on ne s'y trompe pas. L a Noblesse de Paris, sous l'influence certes du Palais Royal et du sombre Laclos, n'est pas en reste. Ses Cahiers sont établis le 7 mai et comportent entre autres : la démolition-de la Bastille, l'adoucissement (?) de la peine de mort et la réhabilitation de la mémoire du Chevalier de L a Barre. Voilà l'anticléricalisme des philosophes qui déjà apparaît. A u moins le Tiers de Paris, s'il avait pris un v œ u identique, avait ajouté : « sur le sol on établira une place publique, au milieu de laquelle s'élèvera une colonne avec cette inscription « A Louis X V I restaurateur de
« la Liberté publique ». C'était le dernier article du Cahier.
Le premier député élu de cette noblesse qui va si vite de l'avant, est Stanislas de Clermont-Tonnerre, jeune homme brillant de trente et un ans, portant l'un des plus grands noms de France et les clefs de Saint-Pierre dans ses armoiries.
Son éloquence, au service d'une incontestable bonne foi, fera plus que la plupart des « robins » du Tiers. Quand il évoque « cette dette immense que vous n'avez ni consentie ni m ê m e connue » il ouvre la brèche par où la vague passera. Enfm,le 25 juin, il est à la t ê t e des 47 députés de la Nobles se qui entrent dans la chambre du Tiers.
Celui-ci, déjà majoritaire, va dominer : la Révolution paraît faite.
Dès le 27, la loge de Clermont-Ferrand, réunie au grand complet vote des félicitations au très respectable F . . . Comte de Clermont- Tonnerre qui fut affilié à cette loge.
Les 47 portaient les plus beaux noms de France : Montesquiou,;
d'Aiguillon, Crillon, Broglie, Montmorency, L a Tour du Pin, Castellane, Noailles, L a Rochefoucauld, Rochechouart, etc.. A leur t ê t e , le Duc d'Orléans. Il est hors de doute que la rencontre avec la bourgeoisie dans les loges maçonniques depuis quelques années, a<
complété le puissant effort de la bourgeoisie encyclopédiste. Reste le Clergé. On sait que le premier Ordre était composé pour les trois quarts de curés de campagne ; 150 d'entre eux, le 22 juin, ajoutent, dans l'Eglise Saint-Louis de Versailles, le noir de leur pauvre soutane au noir de la sobre tenue des députés du Tiers. Comment ces curés à « portion congrue » ont-ils pu capituler entré les mains de ces anticléricaux ? Robespierre lui-même ne sera pas longtemps le maître de modérer cet anticléricalisme. Le « Bourgeois voltairien » est le vrai roi. Il triomphera à Thermidor, à l'heure où tout le pouvoir sera à lui, où les prêtres seront déportés dans des conditions ignominieuses, où m ê m e le clergé assermenté n'aura plus de sûreté.
Faut-il rappeler que lorsque mourut à Valence le Pape Pie VI,, après avoir été transporté de prison en prison, le Directoire envoya pour l'inhumation une somme dérisoire, qui ne parvint m ê m e pas à destination. Comme le temps passait, le corps du Saint P è r e tournait en pourriture. Alors un protestant offrit l'argent et l'on fit enfin au Pape un enterrement civil. C'était le 29 août 1799.
Bientôt les bourgeois sentiront la main de fer de Bonaparte qui, à cet égard comme à d'autres, « déssouillera » la Révolution, et la rendra ainsi présentable aux siècles à venir.
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Dans ces temps-là « bourgeoisie » est presque synonyme de-
« finances ». Seul Rivarol, dès le début de l'Assemblée devenue- Nationale, dénonce ouvertement dans son Journal Politique le;
•rôle des « banquiers ». E n effet, les banquiers sont aussi bien dans 'la Garde Nationale que dans les grandes Commissions. Deux
d'entre eux ont pris une part active à la chute de la Bastille. Petit à petit, ils prendront tout. C'est pourquoi leur premier souci est d'établir le droit de propriété. Le chemin est long de 1789 au Code Civil, mais les patients juristes y parviendront, laissant au passé le droit mesuré et chrétien de la propriété, tel que l'a compris l'ancienne Monarchie et tel que le conçoit le Christianisme. L'inique jus abutendi sera proclamé. On est Romain ou on ne l'est pas...
Bien entendu les non propriétaires ne seront pas électeurs et la loi du 14 mai 1790 décide que les biens nationaux seront vendus aux enchères et fort peu morcelés. Comment donc les pauvres paysans pourraient-ils les acquérir ? Mme Régine Pernoud (1) fait très bien remarquer que seul, en 1794, Robespierre proposera un partage des biens confisqués entre « des sans-culottes pauvres et patriotes ».
Cela ne fut jamais appliqué et la bourgeoisie au pouvoir se débar- rassera du gêneur, comme elle coupera le cou un peu plus tard à Babeuf.
Pauvre peuple, dont nul ne se soucie, car le bourgeois, fier de son étymologie m ê m e , l'a toujours tenu à distance.
Sans doute, on l'utilise pour faire des émeutes et, plus tard, pour fournir la piétaille. Ce seront les "volontaires de 92 imposés aux Municipalités des campagnes, longtemps de piètres troupes qui inquiéteront les grands chefs. Il n'est que de lire les lettres écrites de Châlons, peu avant Valmy, par Laclos, Commissaire aux Armées, à son ami Servan, Ministre de la Guerre.
L a fameuse Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ne donnera au peuple — à ce pauvre peuple de L a Bruyère et de Vauban — ni le droit de vote (il devra attendre — les bourgeois veillent — jusqu'en 1848) ni le droit de grève, certes, ni m ê m e celui de pétition. E t tout cela, bien entendu, ... « en présence de VEtre Suprême ».
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Bientôt l'heure sera venue pour la Bourgeoisie de se débarrasser de la Noblesse. Les 47 sont ses otages. Le descendant d'un Conné- table de France, Mathieu de Montmorency, montera le premier à
(1) Pour toute cette période, il faut se reporter au remarquable ouvrage de Mme Régine
<Pernoud : l'Histoire de la Bourgeoisie (Editions du Seuil), admirablement écrit, documenté
•et présenté.
la tribune le soir du 4 août. Mais le Tiers fera mieux. C'est le m ê m e Montmorency (1), représentant la famille, qui jusqu'à nos jours aura compté et transmis, m ê m e par les femmes, le plus de duchés ou de principautés, qu'il poussera en 1790 à demander la suppression des titres de noblesse et le retour aux noms patronymiques. C'est le décret du 19 juin. E t plus encore, répondant au fâcheux Décret du Maréchal de Ségur, exigeant pour l'entrée aux Ecoles Militaires quatre degrés de noblesse paternelle, le Décret du 9 septembre 93, excluait des emplois et des fonctions publiques, les jeunes gens qui se trouvaient dans ces m ê m e s Ecoles militaires, jusqu'à ce que
« par une conduite et des sacrifices aussi patriotiques que constants, ils eussent fait oublier le malheur de leur naissance ».
Oh ! Droits de l'Homme et du Citoyen ! Oh ! vengeance calculée des Etats de 1614 !
Longtemps la Bourgeoisie régnera. E n souplesse sous le Premier Empire et sous la Restauration. Puis en maîtresse sous la Monarchie de Juillet, œ u v r e à nouveau des « banquiers » puisque trois d'entre eux font partie du Gouvernement provisoire qui comprend sept membres. Ils employèrent la méthode qui avait si bien réussi en 89.
E n effet, quand le Moniteur publia dans la matinée du 26 juilletl830, les fameuses Ordonnances, cela n'avait provoqué d'abord aucun mouvement. Le peuple était indifférent à ces histoires de Presse — il ne lisait pas les journaux — et de scrutin — il ne votait pas. Alors Thiers et ses complices secouèrent cette torpeur, notamment en faisant fermer les Ateliers. Les ouvriers, jetés à la rue, et encadrés des pires éléments, passèrent à l'émeute.
Il n'y eut de mouvement spontané que dans les salons de Laffitte et de Casimir Périer.
Mais ce règne, grâce à l'intelligence, à la valeur, au patriotisme du « Roi des Français » et des siens, ne fut pas un règne de « vile bourgeoisie ». Les Romantiques étaient là, et les vieux cadres légiti- mistes et les chansonniers, pour mettre du sel dans cette mixture politique.
L E S C O N S É Q U E N C E S
Seulement, la Révolution n'était toujours pas faite et quelques personnages s'en étaient aperçus.
(1) Le Destin ne sera pas sévère pour Mathieu de Montmorency qui, à la Restauration, retrouva plus de titres qu'il n'en avait abandonnés. E n outre, Louis XVIII, peu rancunier, en fit un Président du Conseil, Ministre des Affaires Etrangères.
Ici il faut revenir un peu en arrière — aux « Thermidoriens » et aux premiers « Directeurs » du 27 octobre 1795 — tous choisis parmi les Conventionnels qui avaient voté la mort du Roi.
Les bénéficiaires et les jouisseurs de la Révolution, déjà inquiétés par Robespierre et « le pâle Saint-Just » — qui avait mis sa fougue d'aristccrate de vieille souche au service de l'Incorruptible — veil- lèrent avant tout à ne pas laisser ouvrir une brèche dans ce droit de propriété auquel ils tenaient plus que jamais et pour les meilleures raisons personnelles.
Ils avaient un autre souci. Sans doute étaient-ils, dans le secret de leur cœur, d'accord avec Rivarol qui avait cru pouvoir affirmer dans le Journal Politique National que « les écrivains sont tous plus ou moins corrompus par l'événement ». Mais Rivarol prouvait qu'il y avait des exceptions et le plus lucide des écrivains de son temps avait ajouté : « Ceux qui ont fait une Révolution voudraient aussi la raconter. Ils voudraient, après avoir tourmenté ou massacré leurs contemporains, tromper encore la postérité ; mais l'Histoire repousse leurs mains criminelles »...
Seulement l'Histoire est lente dans ses jugements — d'autant plus lente qu'on se débarrasse de l'historien.
Jusqu'à nos jours, cette histoire a fait de Babeuf (qui eut tort de se prénommer Gracchus) une sorte de monstre préfigurant le
« bolchevik au couteau entre les dents » — Babeuf — de son vrai prénom François-Noël — était de bonne famille et destiné à une carrière honorable et facile. Adepte des « philosophes » — donc de la Révolution — il alla de déception en déception. L a Terreur l'indigna et il fut le premier à créer et à employer le mot de « terro- riste » si en usage depuis. Quand il vit triompher la vénalité, la cruauté et la pourriture morale, il tenta, lui, de faire la Révolution.
C'est alors qu'il établit la doctrine du « bien commun » d'où est venu le mot « communiste ». Inutile de rappeler les détails de son chimérique projet qui n'eût convenu qu'à « ce peuple de dieux » dont parlait J . - J . Rousseau et encore à condition que les dieux ne soient pas trop nombreux. E n tous cas, les dieux du Directoire prirent très mal la chose. Le partage des richesses était fait et bien fait à leur idée. Le peuple, le « pauvre » de Babeuf et de l'Evangile n'était pas capable de posséder. Son rôle pour l'heure — une heure qui devait durer 23 ans — était de se battre aux frontières et de répandre au-delà, les doctrines dont il n'avait rien tiré.
Le manifeste de Babeuf au Directoire est un des seuls écrits
de cette époque rédigé en bon français — car la langue française avait disparu aussi dans la tourmente. L a réaction du Pouvoir fut immédiate : la Haute Cour. A c q u i t t é sur le chef principal, il fut condamné à mort sur un chef d'accusation incident. Transféré à Paris, il fut exécuté dans des conditions ignobles le 25 mai 1797..
Il avait 33 ans. Il faut croire que tout le monde ne le prenait pas pour un énergumène dangereux, puisque son fils aîné fut aussitôt adopté par le ci-devant Comte Félix Le Pelletier de Saint-Fargeaux, frère cadet du Le Pelletier assassiné en 93.
Il faudra attendre maintenant deux autres bourgeois authen- tiques mais dissidents — Engels et Karl Marx — pour que ce
« communisme » imaginé par Babeuf, en disciple de Jean-Jacques, soit proposé comme la « vraie Révolution », en 1848, par le fameux.
« manifeste » qui précéda de près de vingt ans le « Capital ».
Qu'on ne s'y trompe pas. Si ce Marxisme s'étend maintenant sur une partie du monde et menace l'autre, la raison profonde en est que le « grand mouvement » de 89 dont parlait le Comte de Chambord lui-même, avait é t é dévié au profit des capitalistes.
Robespierre s'en était aperçu et personne ne doute plus de ses intentions à la veille de Thermidor. Mais Robespierre n'était pas Bonaparte. E t puis il manquait aux Français ce chef héréditaire en qui si souvent ils avaient placé leur confiance. Rivarol l'avait vu.
le premier quand il écrivait, dès 1790 : « On est forcé, en lisant l'histoire, d'avouer que nos Rois, afin d'accroître leur puissance, passaient leur vie à empiéter sur les privilèges de la Noblesse et du Clergé, de sorte que le peuple et l'Assemblée Nationale en écrasant le Clergé, la Noblesse et la Magistrature dans la Révolution actuelle, n'ont fait qu'achever l'ouvrage des Rois. » L a Convention fera de m ê m e aux frontières. Mais il manquera toujours la tête coupée le 21 janvier.
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C'est ainsi que nous arrivons au socialisme. Certes, dans la der- nière partie du x i xe siècle, l'évolution a pris le pas sur la R é v o l u t i o n . L'aile marchante du Parlement réussit à faire voter, petit à petit, les « lois sociales » tandis que le Patronat était sollicité dans le m ê m e sens par les derniers papes.
Mais le problème posé dès 1787 à la première réunion des Notables, n'est pas résolu entièrement. A vrai dire il ne pouvait pas l'être, car il s'est compliqué de la montée démographique^
de la décolonisation, de l'inaptitude à s'unir des tenants de la civilisation chrétienne. Le pouvoir personnel s'est dès lors substitué à l'idée monarchique dont il est le fils illégitime. Il domine le monde
— fût-ce sous forme d'apparence collégiale. E t que voyons-nous : en Europe libre, le régime parlementaire •— honorable élément d'équilibre — ne subsiste réellement que dans les pays monarchiques ou qui le furent il y a peu de temps encore. Qui l'emportera finalement ?
L a question sera bientôt posée aux Français.
I V A N L O I S E A U .