S ! T V ; C E D E : r R E S Î
j.A . No 8 S IO N
LE P R E M I E R J O U R N A L I L L U S T R É D U V A L A I S
Décem bre 1951
Depuis plus d e 20 a n s
au service
d e la clientèle v a laisan n e
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Martigny - Saxon - Sion
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O R G A N E I N D É P E N D A N T
P A R A I S S A N T C H A Q U E M O I S
Tirage 15 décembreL’E T O I L E D E M I I f U I T
Conte d e J ea n F ollonierQuand la neige cessera-t-elle de tomber ? Les deux hommes n’essaient même plus de se le demander, maintenant qu’ils com prennent l’inutilité de cette question. Cha que pas qu’ils font dans la haute couche blanche répète pourtant incessamment la même interrogation.
C’est le soir de Noël, un peu après le com mencement de la nuit. Les hommes ont quitté la haute clairière dans la vallée et marchent maintenant vers le village où se trouve l’église. Est-ce bien sûr qu’ils vont dans cette direction ? Quelle certitude possèdent-ils ? Un peu de jour se mélangeait encore aux pre miers flocons, alors qu’ils partirent de leur chalet. Maintenant, quelle heure est-ce ? Ni l’un ni l’autre ne tirerait sa montre de la poche pour regarder. Regarder avec quoi, d’ailleurs ? L’œil ne va pas loin dans l’épais seur ténébreuse de la nuit. Il ne faut plus compter sur l’aide de l’œil.
Et puis, est-ce que l’heure compte ? Ce qui compte, c’est d’atteindre le village pour la messe de minuit. Us sont deux hommes, le vieux Joseph, qui aurait bien l’âge d’être grand-père et Pierre, le plus jeune, dont vi ent de naître le troisième enfant. Ils vien nent du fond de la vallée, là où sont les petits troupeaux domestiques en cette saison.
Maintenant, où sont-ils ? Où est le petit chemin qui devrait les guider ? La neige est haute, entourant leurs jambes comme une molle carapace. Où vont-ils ? Ils n’ont plus de feu. L’un des deux avait une lampe élec trique qui projetait devant leurs pas son beau cône blond. En glissant sur une racine, il la perdit dans la neige.
Il fallut continuer sans clarté, dans cette gueule traîtresse de la nuit, de la neige et de la mort. Maintenant, ils sentent que le petit chemin s’est dérobé sous leurs pieds : à peine en discernaient-ils une toute petite ride sur la neige, avant, quand ils avaient une lampe de poche pour les guider. Et ils vont, à l’aveuglette, un pas devant l’autre pénible ment, à chaque minute un peu plus enlisés. Où vont-ils ? Est-ce bien sûr qu’ils descen dent vers leur village ? Le vieux Joseph va devant, silencieux, s’aidant de son long bâton a Pointe d’acier. Pierre le suit, ahanant, guidé seulement par le bruit mat devant lui. U n en peut plus. Une grande lassitude coule dans ses membres. A quoi bon continuer ? N est-ce pas marcher vers la mort, chaque pas un peu plus — vers cette mort qui com mence aux pieds, atteint les jarrets, le bassin, le cœur ? Reverra-t-il le regard de sa femme, entendra-t-il encore les voix joyeuses de ses enfants ?
— Remontons, dit enfin Pierre, le plus jeune.
Joseph se retourne. Pourquoi ces paroles inutiles quand il faut faire un autre usage de toutes ses forces ?
— Tu es fou.
Il a son idée, le vieux, qui le tient solide ment. Ce soir, c’est Noël. Renoncera-t-il à la joie de cette fête à cause de la neige et de la nuit ? Et il va, le bâton plongeant dans la neige, l’aidant à s’arracher de cette couche molle.
— On arrivera, dit-il.
Est-ce bien sûr ? Qui lui dit qu’ils attein dront le village cette nuit ? Des pensées mauvaises minent le courage de celui qui vient derrière, de celui qu’attendent au vil lage une femme et trois enfants. « Il ne descendra pas, dit la mère pour rassurer les petits. Le temps est trop mauvais. »
— Qu’est-ce que tu fais, Pierre ? — Arrêtons-nous...
— Il ne faut pas, il ne faut pas. — Je n’en peux plus.
Il a peur aussi de ces paroles de vaincu. Comment faire ? Il connaît ces instants de désespoir secret, quand on jette loin de soi toute volonté de vivre, quand on oublie tout ce qui vous est cher, quand on n’a plus de pensées, plus de souvenirs ni d’espoirs. Com ment éperonner cette volonté ? Il sait bien que l’image de sa femme et de ses enfants ne ranimera plus son compagnon. C’est à la femme et aux enfants que l’homme a pensé avant de s’arrêter. Maintenant, c’est fini. L’homme a renoncé à ce qu’il avait de plus fortement enraciné en lui, l’homme s’est pen ché contre le tronc de sapin, il désire fermer les yeux...
cachée derrière ce tronc d’arbre, elle a posé la main sur l’échine de Pierre qui ne s’est pas défendu.
Un silence d’éternité tournoie autour
d’eux. Inexorablement, la mort continue son mouvement de strangulation.
Alors, le vieux a pris son compagnon aux épaules et l’a violemment secoué :
— Pierre, tu m’entends ?
Une douce somnolence berce l’homme. Comme on est bien à rester là, immobile, à descendre doucement dans ce bain parfumé de senteurs mystérieuses.
— Tu sais, c’est Noël, continue le vieux. Mais ces mots n’atteignent pas l’oreille de Pierre. La mort aurait-elle gagné la partie ?
— J’entends les cloches. Pour la messe, Pierre...
Ce n’est pas vrai. Il n’entend que le grand silence de la forêt touffue. Jusqu’à quand devra-t-il rester là à combattre cette agonie ? Ils sont prisonniers à une grande distance du village. Et la mort a choisi sa proie, en cette nuit de Noël. Pourquoi ne s’est-elle pas posée sur moi qui suis le plus vieux et qui n’ai pas d’enfants. Demain, il y aura une pauvre veuve et trois orphelins au village. Le père, ici, continue de mourir, il ne sait pas qu’il meurt, que ce bien-être trompeur n’est que la dernière étape avant de s’endormir pour l’éternité.
Où sont-ils ? Il ne faut pas que cet homme meure. Joseph a cherché de sa main le visage de son compagnon. Alors, d’un coup sec et violent, il le souffleta à plusieurs reprises :
— Lâche ! Tu veux te réveiller.
Et il s’est réveillé, les joues brûlantes. Il a poussé un grognement et s’est avancé vers cet agresseur invisible.
Le vieux, rapidement, rep'art. Il repart vers Noël.
— Canaille ! grogne derrière lui celui qu’il vient d’arracher à la mort. Il s’attache à cha cun de ses pas, toujours éperonné par ces soufflets dont il sent les picotements sur la joue.
Us ont quitté la forêt, la neige dépasse leur bassin. Où sont-ils ? Seul le grand point noir de la nuit leur répond.
Soudain, Pierre s’arrête. Aucune violence ne subsiste encore dans sa voix :
— Regarde ! Une étoile !
Le vieux aussi s’arrête. Il regarde. Il dit : — Non, c’est l’église.
C’est l’église, lointaine encore, qui vient à eux avec l’éclat de ses vitraux illuminés pour la fête. L’église, le village, la femme, les enfants, la vie.
Un peu avant la messe de minuit, deux hommes sont entrés au village dont l’un reve nait des confins de la vie.
J E A N FOLLONIER
JOYEUX NOËL A TOUS !
Ce qu’elle ne sait pas, cette femme, c’estque l’homme est perdu dans la nuit, qu’il marche comme un aveugle, continuant ainsi pour ne pas se laisser mourir. Et c’est bien qu’elle ne le sache pas.
C’est justement à elle qu’il pense, à elle qu’il voudrait demander du courage. Je n’en peux plus, femme, je ne peux plus faire un pas. Adieu !
Ils sont entrés dans une forêt, mais quelle forêt est-ce ? Elles sont nombreuses qui bor dent le chemin de la vallée. L’homme qui vient après s’appuie contre un fût de sapin, s’appuie de tout son corps. Pardonne-moi, femme. C’est fini.
— Pierre ! appelle le vieux, qui a fait quelques pas avant de s’apercevoir de la défaillance de son compagnon.
Nulle réponse. — Hé ! Pierre !
— Arrêtons-nous, murmura alors une voix très lasse.
Alors, le vieux a soudainement eu peur du découragement de cet homme qui est pour tant plus jeune, mais auquel il manque quel-a u e chose.
Oui, encore quelques instants à se reposer ainsi, il est si bien. Une vague tiède l’enve loppe des pieds à la tête, la nuit n’est pas mauvaise, il n’y a plus de neige, comme on est bien. Laisse-moi encore un moment, Joseph, après, je repartirai.
Mais le vieux sait trop bien que son com pagnon ne fera plus un pas. parce qu’il est déjà entre les griffes de la mort.
Ils sont partis de la haute clairière alors que la nuit et la neige tombaient. En cette même nuit, ils ont- -fait cette même course ces années passées, pour se rendre à l’église. Maintenant, ils sont dans la forêt, perdus comme de pauvres épaves dans cette mer d’ombre. Ils ont lutté contre la neige pen dant plus d’une heure — contre la neige et deux complices, la nuit et la mort. Mainte nant, un homme s’est appuyé contre le fût d’un sapin, il n’a plus la force de continuer. On ne peut pas abandonner ce compagnon à la mort lente et atroce qui l’attend.
Le plus vieux porte en lui toute la joie et toute l’espérance de Noël. Mais comment les faire entrer dans l’âme de son compagnon vaincu par les forces hostiles ? La mort s’est
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aux fine* griotte« de noe esteau x que
a c r i é e pour votre régal, perpétuant une vieille tradition
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toute une ga m m e deliqueurs surfines
dans d'elegants fla con sLes Grands-Bailiifs du Pays
et République du Valais
R e tra c e r le rôle de nos Grands-Baillifs, ce se ra itdérouler les annales m êm es de n o tre histoire dès le X lIIm e siècle, c a r ce rôle e st inséparable du développem ent de nos institutions. Tâche considérable on en conviendra. J e ne recueillerai que quelques gerbes dans c e tte riche moisson.
T outes les origines sont obscures e t in c erta i nes, e t les origines du baillivat valaisan n ’échap p en t pas à ce tte règle. On connaît deux ou trois personnages du X lIIm e siècle qui fu re n t investis du titr e de bailli, p ro p re m en t baillivus episcopi, bailli de l’évêque, so rte de fonctionnaire ou d'officier laïc du P rin c e Evêque pour l ’adm i n istra tio n du tem porel. Donc aussi a g e n t fiscal, et, p a r ta n t, am ené à pren d re des m esures im popu laires. Un J e a n de Rupe, de F rib o u rg en 1276, un M a rtin de S ain t-Je o ire en 1291. Au siècle suivant, un Je a n d’Aubonne, ou ce J e a n d’A ttinghausen, re v ê tu en 1354 de la charge de R e cto r te rr a c Vallesii pro Rm o (episcopo). T outes ces fonc tions sont du re ste assez m a l connues, m ais le ti tr e existe dès le X lIIm e siècle. I l va se tr a n s fo rm e r en celui de Grand-Baillif, p a r une lente évolution.
A v rai dire, les personnages que je viens de vous c ite r ne nous in té re sse n t guère. E tra n g e rs au canton, inféodés aux évêques savoyards, ils ne font nullem ent figure de re p ré se n ta n ts des com m unes du H aut-V alais, au sein desquelles allait se cristalliser l’idée de liberté. E t souvent, d er rière ces baillis prim itifs, to u t comme derrière le P rin c e Evêque imposé, Philippe de Cham - berlhac, G uichard Tavell, E d o u ard de Savoie, Guillaum e de la Baum e, H u m b e rt de Billens, en c e tte deuxième m oitié du XTVme siècle, se profile, avec le u r approbation ta c ite ou leurs encourage m ents m anifestes, l ’om bre m e n aç an te des ducs de Savoie qui cherchaient à s’éten d re en am o n t de la Morges.
C’est précisém ent sous l’épiscopat d’H u m b ert de Billens, en 1388 qu’a p p a ra it dans l’histoire le p rem ier Grand-Baillif, le p re m ie r L an d e sh au p t m ann du pays, en la personne de Sim on M urm ann de W yler. L a fonction e x ista it ce rtain em e n t depuis quelques années. E lle é ta it née de la situ atio n dangereuse du tem ps, de nécessités m ili taires. H y av a it a le r te à l’ouest e t l’incendie se propageait dans le pays. E n effet, les troupes savoyardes e t vaudoises, H u m b e rt de Billens et le duc de G ruyère en tê te, avec des contingents du Bas-Valais, de S ierre e t m êm e de Loèche, m a rc h aien t s u r le H aut-V alais. Simon M urm ann, com m andant les milices des dixains de Viège, Brigue, R arogne e t Conches, les a r r ê ta aux abords de Viège, le 23 D écem bre 1388, le u r infligeant une cuisante défaite.
E n c e tte période troublée, Simon M urm ann joue un rôle de p rem ier plan e t f a it figure de héros national. Lors d'une nouvelle ren c o n tre au printem ps de l’année suivante avec les troupes d’Amédée VII, il f u t f e it prisonnier avec son lie u te n a n t Je a n de Lovina e t je té dans les geôles savoyardes. Les q u a tre Dixains ré u n ire n t les som m es exigées pour le u r ra c h a t. Mêlé à tous les événem ents du tem ps, am i du nouvel évêque Guillaum e IV de Rarogne, Simon M urm ann fut honoré de façon particu lière au L a n d r a t te n u à Loèche le 30 ju ille t 1392, p our avoir défendu les libertés de la p a rtie e t rendu de grands services aux dixains. I l e st m o rt vers 1430. L a famille M urm ann s ’est étein te dans la vallée de Conches au XVIme siècle.
J ’ai dit que le p rem ier de nos G rands-Baillifs é ta it originaire de W yler. Il ne s’ag it pas ici de W yler dans le L ötschenthal, m ais d’un ham eau de la vallée de Conches. L es opinions sont p a r ta gées q u a n t au lieu ex act de sa naissance. C a r il y a W yler près de Fiesch. W yler près de Geschi- nen, W yler près de Blitzingen. Les recherches le? plus récentes plaident pour c e tte d ernière localité. Quoiqu’il en soit, c’est le H aut-C onches qui a donné le p rem ier L an d eshauptm ann du pays, qua lifié dans les docum ents de l ’époque du ti tr e de capitaneus Allem anorum .
Nous avons les noms de tous ses successeurs, la liste ininterrom pue de tous les m a g istra ts qui lui o n t succédé dans c e tte charge depuis 1388 à la chute de la République des V II Dixains, en 1798, sous les crosses françaises. Jacques-V alentin Sigristen, d ’Ernen, f u t le dernier des Grands- Baillifs de l’Ancien Régime.
Il y a là 130 noms exactem ent, mêlés pour une bonne p a r t à des pages p alp ita n tes de n o tre histoire, à des événem ents parfois considérables. On les tro u v e dans to u tes les to u rm e n tes dan gereuses pour la vie ou l’avenir du pays, à tous les to u rn a n ts du développem ent ou de l’évolution de nos institutions. On les tro u v e aussi fo rte m e n t engagés dans des lu tte s tr è s vives, l ’en tête m e n t é ta n t égal des deux côtés de la barricade, lu tte s au cours desquelles la souveraineté populaire, soit celle des V II Dixains, a fini p a r élim iner la souveraineté épiscopale e t s’im poser au pays. La b a g a rre d u ra deux cents ans.
Il m ’est impossible d’e n tre r dans beaucoup de détails. Il existe d’ailleurs un ouvrage in té re s sant, une biographie de nos Grands-Baillifs, qui va de l’année 1388 à l'année 1537. Elle est duc à l’abbé H ans-A nton von Roten, le frè re de n o tre collègue ici présen t M. P e te r von Roten. B iogra phie qui tém oigne d’une louable objectivité et d’un co n stan t souci d’exactitude historique. Ceux qui désirent approfondir ce côté passionnant de n o tre passé la consulteront avec fruit.
J ’ai laissé en ten d re que bien des conflits m a r quaient ce tte époque. Conflits in tern es égale m ent, en tre le Grand-Baillif, la D iète e t les Com munes d ’une p art, e t l'a u tre puissance du Valais, le P rince Evêque. De tem ps im m ém orial, ce d er n ier av a it exercé la souveraineté su r le pays en v ertu de la fam euse Caroline, la donation du com té du Valais faite p a r C harlem agne à S ain t Théodule, dont on exhibait les titre s. D onation confirm ée en 999 p a r Rodolphe I I I de Bourgogne à l’évêque H ugues e t à l ’Eglise de Sion, e t p ar Charles-Q uint au Cardinal en 1521. Ces conflits avaient pour cause la confusion qui rég n a it en tre les deux puissances, la D iète e t le P rince Evêque, qui revendiquaient l’une et l’a u tre la souveraineté du pays.
Mais il ne fa u d ra it pas croire que l’é ta t de guerre, si l ’on put dire, fût perpétuel. Il y a eu des périodes de crise grave e t m êm e violente, et des périodes d’accalmie.
On doit reco n n aître aussi que l ’évêque, au tem ps de la dom ination des grandes familles féodales, av a it joué un rôle b ienfaisant en se po sa n t en p ro te c te u r des com munes a s p ira n t à secouer un joug devenu intolérable e t q u ’il a contribué puissam m ent à l'ém ancipation des com munes.
Une fois libérées, les com munes p rire n t conscience d’elles-m êm es e t de leurs forces. Le X lIIm e, le X lV m e siècle fu re n t des siècles de transition, de m odification de l’ordre social, de passage de l’é t a t féodal vers une so rte de fédé ralism e, de la vassalité à une com m unauté des in térêts. On se se rre les coudes. L ’éveil de l’esp rit com m unal m arque ces époques, non seulem ent en V alais e t en Suisse, m ais dans to u te l ’E urope occidentale. L ’hom m e de confiance des communes est to u t trouvé : le Grand-Baillif. Son pouvoir va cro ître e t g ra n d ir à m esure que dim inuera celui du P rin c e Evêque. Un vent de fronde soufflera m aintes fois su r le pays qui finira p a r ren ie r et b a ttr e son ancien m a ître temporel... j ’allais dire sa nourrice.
C e tte évolution dans la form e de l’E ta t a été lente e t progressive, f o rt heureusem ent. Il est toujours dangereux de bouleverser les in s titu tions. Il f a u t y a lle r prudem m ent. On ne doit pas y a p p o rte r la hache, m ais la lime, selon le m ot d’un hom m e d ’E ta t anglais, une lime constante. L a lu tte p our la souveraineté d u ra 200 ans. P arm i les a rtisa n s de ces tran sfo rm atio n s, de ces ré fo r mes de stru c tu re , nous ren co n tro n s to ujours le Grand-Baillif. C’est bien lui qui dirige la barque des Dixains p a r vents e t m arées. On p eu t avec justesse c a ra c té rise r ainsi son action dans le passé : _
A l’origine, to u t en é ta n t investi de la fonction de chef des milices libres des Dixains, il a p p a ra ît aussi comme fonctionnaire de l ’évêque, préposé à l’ad m in istra tio n tem porelle. Mais ce ca ra c tè re de se rv ite u r du souverain est assez rapidem ent absorbé p a r son rôle essentiel de Landeshaupt
m ann, de capitaneus, q u ’il jo u a it pour le com pte des Communes. E t dès le XVme siècle déjà, il lui arriv e de devoir p ren d re position contre le P rin c e Evêque, de s ’érig er en G egenspieler du com te e t p ré fe t du V alais e t sa puissance balance celle du souverain traditionnel.
D ans c e tte crise du pouvoir, une prem ière escarm ouche éclate lors de la réorganisation judi ciaire de 1435, où l ’évêque A ndré de Gualdo, dont le beau sarcophage fa it l’orgueil de la cathédrale de Sion, a eu comme an tag o n iste le Grand-B aillif Thom as V enetz de Saas. S a G ra n d eu r finit p ar souscrire aux exigences des Dixains, à son corps défendant, p a r gain de paix, afin d ’év iter des troubles e t des discordes. Une p a rtie im portante du pouvoir judiciaire passe alors aux P atrio tes, soit à la D iète qui est reconnue comme instar.ee souveraine d’appél, e t non plus le P rin c e Evêque. Le G rand-B aillif se taille son p rem ier succès, et un pan de son f u tu r m a n te a u dans l’herm ine du P rin c e du S aint-E m pire.
Ce f u t plus graves en 1446, l’année de la prom ulgation des fam eux A rticles de N aters. Ces article s co n stitu e n t le dro it valaisan de l’époque, le L andrecht, et, d'après les spécialistes, ce docu m en t e st du plus g ran d in térêt. B est l’œ uvre des re p ré se n ta n ts des Dixains qui l’im posent, à N ate rs, au ch â te au du Roc, à Guillaum e V II de R arogne. Cet ac te législatif consacre l’abandon, au p rofit de la nouvelle puissance dém ocratique, des anciennes prérogatives de l’évêque en m a tiè re tem porelle. Le p ré la t proteste, refuse de signer, invoque les anciens droits, la confirm ation de la
C aroline p a r Rodolphe III. Mais il est prisonnier ; dans les prairies d’alen to u r s’a g ite n t 2000 citoyens dont les intentions sont claires. B d u t passer p a r ces F ourches Caudines. Le G rand-B aillif du tem ps é ta it A nton K uonen de Ried-Brigue. Mandé à Rome pour s’expliquer su r ce dépouillement, l’in fo rtu n é p ré la t m o u ru t à P allanza, su r le chemin du retour.
La volonté collective des D ixains domina n e t te m e n t le pouvoir épiscopal, p endant quelques années. Mais ce changem ent de régime, si l’on p eu t dire fu t une source de longs conflits, avec l’arrivée à la m itre d’un p ré la t belliqueux comme le Cardinal, qui fit un effo rt désespéré pour r e prendre les rênes du pays. Conflits virulents, avec confiscations, to rtu re s, condam nations à m ort, excom m unication ou in terd it, le to u t com pliqué d'influence étra n g ère, de politique in te r nationale. On é ta it p rê t à se je te r à l’eau pour la F rance, l’E spagne ou le Saint-Siège. L ’acte législatif connu sous le nom de P aix N ationale ou L andfrieden d er L andleute de 1517, Simon In- Albon de Viège é ta n t GrandBaillif, consomme la défaite du Cardinal.
Quelques années au p a rav a n t, lors de la bataille de la P la n ta e t de la conquête du Bas-Valais, on av a it vu le rapprochem ent des deux puissances, D iète e t P rin c e Evêque, devant le d anger com mun, l’ennemi savoyard. Elles av aien t aussi un b u t commun, p a re r à ce danger, le prévenir, é c a rte r un voisinage dangereux pour la capitale et le siège épiscopal. L ’habile W a lte r I I S uper saxo s'y employa en diplom ate avisé. Il p rép a ra l'affaire de longue m ain p a r un jeu d ’alliances et l ’accum ulation de moyens financiers, ca r une guerre coûte toujours cher. Mais le vrai a rtisa n de la conquête a été le G rand-B aillif A nthelm e Uff der Eggen (Aufdereggen) de Reckingen, un chef ce rtain em e n t rem arquable, de décision prom pte e t réaliste. On peut le com parer à Naegeli qui conquit le pays de Vaud pour le com pte de Berne. Le 16 m a rs 1476, dans la cour de l’Abbaye, il prend possession, au nom des Dixains, du te rrito ire e t de la ville de St-M aurice. L a conquête é ta it accomplie e t l ’œ uvre viable pour plus de 300 ans.
L ’en tre p rise a donc été une affaire commune des P a trio te s et de l’Evêque. Au fond, elle recou v ra ce que l’on appelait alors « le P atrim o in e de Saint-Théodule », et sem blait devoir é c a rte r défi nitivem ent la m enace savoyarde. Mais la vieille querelle, cependant, re p rit plus vive que jam ais dès qu’ap p a ru re n t les av an tag es de l’opération. L ’h é ritie r du siège de S ain t Théodule entendait se proclam er seul prince tem porel du pays nou vellem ent conquis, cela en v e rtu de la donation de C harlem agne, e t soutenait que le Bas-Valais devait revenir à l'Eglise de Sion.
Mais les P a trio te s revendiquent avec non moins de force les revenus du baillage. E n D iète on ne m âche pas les m ots. C ’est noüs qui avons sup p o rté le poids de la guerre. Nobs avons payé nos libertés de n o tre sang. T el est le leitm otif. La
Caroline ! bien oui, la N arrolihe ! L ’évêque dut se co n ten te r des anciens fiefs qu’il possédait dans le Bas-Valais, m ais l’ad m in istra tio n de ce dernier passa aux Dixains.
Depuis de nom breuses décades, de m d e s assau ts sont périodiquem ent lancés contre ce bastion de la Caroline, d errière lequel s'a b r ita it la puissance tem porelle du P rin c e Evêque e t de son conseil, le V énérable C hapitre. Le bastion allait ê tre em porté sous H ildebrand Jo st. Vous connaissez la vigueur de l ’a tta q u e e t la vivacité de la défense. C et évêque de sa n té débile, tr è s jeune encore, déploya un beau courage pour défendre les p ré rogatives de l’Eglise de Sion. L a lu tte d u ra vingt ans et constitue l ’un des épisodes les plus p a s sionnants de n o tre histoire. Les deux Grands Baillifs qui tin re n t alors tê te à l’évêque fu re n t Sébastien Z uber de Viège et s u rto u t Michel M ageran de Loèche.
J e sais bien qu’à l’époque d ’H ildebrand Jost, e t sous ses prédécesseurs, les idées p ro te sta n te s a v aien t passablem ent p é n é tré en V alais e t tr o u vaient de la sym pathie chez les classes dirigean tes qui av aien t étudié à Genève, Z ürich ou Bâle. M ais co n tra ire m e n t à ce que l ’on p réte n d dans les m anuels d'histoire, ce n ’est pas essentiel lem ent c e tte influence calviniste ou lu th érien n e qui est à la base de l’a tta q u e de g ran d style déchaînée contre l ’évêque Jost. Au reste, une chose est sûre. Le dogme ni la foi n ’y é ta ie n t pour rien. Ce n ’est pas la question confessionnelle qui a exaspéré les P a trio te s contre le p ré la t qui revendiquait h a u t e t ferm e les av a n ta g es décou la n t de la donation de C harlem agne. D ’abord on ne croyait plus à l ’a u th e n tic ité de la fam euse charte. Des érudits comme S tu m p f e t Sim ler av aien t établi que le p rem ier évêque connu du Valais, S ain t Théodule, av a it q u itté ce monde plusieurs siècles a v a n t l’avènem ent de l ’em pereur à la b arb e fleurie. C ’é ta it une question essentiel lem ent politique. C ’é ta it la vieille querelle ou v e rte dès la prem ière m oitié du XVme siècle déjà, à savoir qui ex erçait le pouvoir souverain en Valais, les Com m unes ou l ’Evêque. Question non encore résolue au X V IIm e siècle e t toujours controversée.
D ans l’H istoire du V alais du chanoine G renat, qui a ta n t de m é rite p a r ailleurs, un ch ap itre ne cadre plus avec ce que nous savons m a in te n an t, à la lum ière de documents^ nouveaux, de la grande dispute e n tre la D iète e t les G rands Baillifs e t H ildebrand Jo st. C’e st le ch a p itre qui s’in titu le : H ildebrand J o st e t la lu tte acharnée
du p ro testan tism e en Valais. H s e ra it plus ju ste de l’in titu le r : H ildebrand J o st e t sa lu tte a c h a r née pour le pouvoir tem porel.
L a question a d’ailleurs é té rep rise de nos jours p a r deux historiens ém inents, M. Je an G raven dans son E ssa i de l ’E volu tion du droit pénal en V alais, e t s u rto u t p a r M. G régoire Ghika, a rchiviste can to n al adjoint, qui consacre un ouvrage en tie r à l ’établissem ent de la souverai n eté des V II Dixains, c’est-à-dire aux dém êlés de l ’évêque J o s t avec les re p ré se n ta n ts des Com mu nes e t au trio m p h e de celles-ci au X VHm e siècle.
Le b u t vers lequel te n d aie n t les députés en 1613 n ’é ta it pas de fonder un E t a t p ro te sta n t, m ais un E t a t républicain e t dém ocratique, un E t a t libre comme les W ald stae tte n , non dépen d a n t d'un P rince quelconque, fut-il h é ritie r du siège de S ain t Théodule. Les recès des D iètes du tem ps le prouvent. On y tro u v e en 1616 ceci, en p articu lier : « D ivers tr a ité s o n t é té faits avec l'évêque de Sion ,par lesquels le suprêm e pouvoir de n o tre pays a é té a ttrib u é aux p a trio te s vain queurs, vu q u ’ils ont, p a r le u r succès e t puissance, sauvé non seulem ent soi, leurs en fa n ts e t leurs descendants, m ais aussi l’Eglise de Sion, les évêques e t successeurs des m ains de l ’ennemi... que de là e st venu aux p atrio tes, p a r tra n sm is sion, le u r a u to rité e t liberté, e t qu'ils sont to u jours disposés à faire selon le u r devoir pour le m aintien de la dignité e t considération épiscopa- les... Nos a n c être s se sont bien trouvés de la foi catholique... avec elle (il fa u t sous-entendre avec l'aide des anciens évêques) ils se sont affranchis de la ty ra n n ie des seigneurs féodaux e t de l’é tra n g er, en v e rsa n t le u r sueur, le u r sang, ainsi que le tém oignent les chroniques, actes e t ancien nes histoires, e t les châteaux d é tru its qui se voient encore... »
Ces textes, e t d’au tre s, sont significatifs du m otif qui anim ait les re p ré se n ta n ts des com m u nes. Ce q u ’ils voulaient, c’é ta it d’ê tre considérés comme un peuple libre, souverain, organisé en régim e dém ocratique, possédant pleinem ent la lib erté conquise de le u r sueur e t de le u r sang, la liberté, p u r joyau d’une valeu r inestim able com me ils disaient.
Si je m e suis étendu su r cet épisode, c’est qu’il m arque une véritable réform e de s tru c tu re de notre pays, réform e à laquelle o n t été mêlés six de nos Grands-Baillifs, de 1613 à 1634, un M athieu S chiner de M ühlebach, Antoine W aldin et Nicolas K a lb e rm a tte n de Sion, Je a n R oten de Rarogne, su rto u t Sébastien Z uber e t Michel M ageran, tous deux fo rt m alm enés p a r certain s historiens.
E lle in te rv in t le 9 janvier 1634, sous le bail liv at de Michel M ageran. H ildebrand J o s t se décida alors à faire le geste devenu inéluctable. Avec son chapitre, il p a ra p h ra sa l’ac te solennel de renonciation à la C aroline e t aux confirm a tions de la tro p fam euse charte. G re n at lui- même, to u t en v itu p é ra n t la D iète e t le G rand- Baillif, constate avec sincérité que la paix en Valais é ta it au prix de c e tte renonciation, conseil lée d’ailleurs p a r le nonce. Celle-ci allait consa c re r la souveraineté des Communes, la souverai n eté nationale, celle des X II Dixains. Solution heureuse d ’un vieux conflit qui, s ’il n ’avait pu se dénouer à ce m om ent critique, a u ra it ce rta in e m ent provoqué un schisme. L ’acte de H ildebrand Jo st a vraisem blablem ent a r r ê té le Valais su r la p ente où il glissait vers le p rotestantism e. S uc cès to ta l pour les P a trio te s, m ais p a r tro p exclu sif, p a r tro p unilatéral. II ne semble pas en effet que les m a g istra ts du tem ps se soient posés un seul in sta n t la question de savoir s'il n ’a u ra it pas été équitable de procéder à un règlem ent de compte, c’est-à-dire d’indem niser le siège épisco pal pour les énorm es concessions arrac h ée s alors. Sans doute, c e tte form e de l ’E ta t é ta it devenue surannée e t en la m odifiant au profit de la D iète e t des Communes, les députés du tem ps n ’étaie n t pas à l’arriè re -g a rd e des idées en m a tiè re consti tutionnelle. Ils tra d u isa ie n t en pratiq u e le nou veau concept de « Souveraineté » tel que l ’avaient défini les théoriciens français de l’époque, en particu lier le célèbre Je a n Bodin, pour qui l’élé m en t co nstitutif de l ’E ta t est la dém ocratie pure, e t non un P rin c e absolu ou le droit divin, e t dont
les idées avaient incontestablem ent pénétré de Genève en Valais p a r l’école p ro testan te . Mais il n ’en é ta it pas moins vrai que le siège de Saint Théodule av a it joui sans contestation de l’exer cice de la souveraineté su r le pays jusque vers 1400, soit pen d an t au moins six siècles, e t qu’à cet exercice é ta ie n t a tta c h é s de grands avanta ges m atériels sous la form e de la p lu p a rt des revenus publics.
P a r l'ac te co nstitutif de 1613, imposé p ar les P a trio te s à l'élection du jeune H ildebrand Jost, contesté pen d an t vingt ans au cours d’un épisco- p a t tra v e rs é de lu tte s poignantes, accepté enfin en 1634, l’a d m in istra tio n to u t en tière du pays passe aux Dixains. La puissance du Grand-Baillif est alors à son apogée e t se m a intiendra jusqu’à la chute du régim e en 1798. Le Grand-Baillif cumule les fonctions de grand juge, n 'ay a n t au- dessus de lui comme instance d ’appel, que le trib u n a l souverain de la Diète. Secondé p ar son S ta tth a lte r , le vice-baillif, il gouverne, administre le pays. Il incarne aussi le pouvoir législatif, à la tê te de la Diète. On le comble de titre s e t d’hon neurs. Il devient le spectabilis e t magnificus
dom inus baillivus, ou p o rte la qualification offi cielle de : Seine schaubare G rossm ächtigkeit, qui su b sistera jusqu’à la Révolution. Ces honneurs rejaillisent su r sa famille. Son épouse est consi dérée comme la prem ière D am e du V alais et on la salue du ti tr e de m agnifica bailliva ou de G rossm ächtige L andeshauptm ännerin.
Chose digne de rem arque, le P rin c e Evêque continue de p o rte r tous ses titre s de prince civil. Il est appelé, comme p a r le passé, comte e t p réfet du Valais aussi bien du H a u t que du Bas, prince du sa in t E m pire rom ain germanique. La D iète le consulte dans les affaires im portan tes. Quelquefois, il préside le corps législatif. A son élection on porte devant lui, à titr e symboli que, le glaive de la Régalie. A son élection seule m ent, ca r ce prince, s'il continue de régner, d’être e n touré dans certaines circonstances des mar ques extérieures de la souveraineté, ne gouverne plus. E n cela le Valais av a it alors quelque ana logie avec la m onarchie anglaise constitution nelle.
Les V II Dixains ap p a raissen t alors constitués en dém ocratie pure, où tous les citoyens des com m unes é ta ie n t investis du dro it de p ren d re part à la législation, de faire leurs propres lois, car les députés ne pouvaient accepter un p ro jet de loi en D iète sans en r é fé re r au préalable à leurs m andants, à leurs communes. Le referendum obli g atoire ex ista it pour to u tes les décisions impor ta n te s ou in té re ssa n t le contribuable.
On a insisté su r le fa it que le Valais ne s’était ém ancipé de la tu te lle épiscopale que pour retom- ) b er sous celle des familles patriciennes. L a liste des G rands-Baillifs nous fo u rn it à ce su jet des éclaircissem ent précieux e t assez inattendus. Je m ’excuse de l’arid ité de c e tte nom enclature.
P a rm i les 130 personnages rev êtu s de cette charge en tre 1388 e t 1798 nous ne trouvons que tr è s peu de noms à particule. Encore, un bon nom bre de ces fam illes n 'o n t été blasonnées que tardivem ent, vers la fin du XVHme, au XVHIme e t même au début du X IX m e siècle. Voici ces familles : H einzm ann de Silenen de Viège qui, en D iète de Loèche le 7 ao û t 1428, eu t à prendre des m esures de répression contre la sorcellerie ; P e te rm a n n de P la te a de V enthône, 1459, baillivat sans éclat ; F rançois de P la te a du m êm e lieu, dont le -b a illiv a t (1486-1488) a été m arqué par
les expéditions m alheureuses dans la vallée d’Ossola e t le désastre de Crévola. B é ta it en charge lorsque la D iète imposa, le 18 mai 1487, un nouveau L andrecht, dit C apitulations de Jost de Silenen à l'évêque de ce nom, qui am ena ce dernier à résigner sa charge e t à prendre le chem in de l ’exil ; J e a n de Pileo de Brigue, no taire, à la tê te, en 1470, d’une délégation auprès du duc de M ilan ; P e rrin u s de Cabanis de Loèche qui joua un rôle im p o rta n t dans la conquête du Bas-Valais, G rand-B aillif de 1476 à 1479 ; Jean de P la te a de Sion ; le gran d S tockalper de Brigue, J e a n de M ontheys de Sion 1678.
A joutons à ces noms ceux anoblis tardivement, M aurice C urten qui a p p a ra ît à Brigue en 1432 ; N icolas K alb e rm atten , originaire d ’Unterbâch, grand-baillif à Sion en 1455, sous la crosse d ’H enri E sperlin qui m a ta la D iète d u ran t son b ref épiscopat ; Je a n R oten de R arogne en 151S, Je a n W e rra de Loèche en 1524, P ie rre Ried- m a tte n de M ü n ster en 1582. C’est tout.
J e persiste à croire à la composition en très grande p a rtie dém ocratique du corps des Grands- Baillifs de l'A ncien Régime. Voici du reste la p lu p a rt de ces personnages e t vous jugerez vous-
mêmes. . ,
Après les guerres avec la Savoie, a la fin nu X lV m e siècle, souvent m alheureuses e t qui d u rè re n t vingt ans, nous ayons la non moins longue guerre avec la puissante famille de R arogne e t qui ab o u tit à l’effondrem ent des familles féodales. Période to u rm e n tée ou la liberté se forgea peu à peu au prix de la vie des citoyens e t de toutes sortes de m isères pour le pays. A la tê te des P a trio te s, nous trouvons en 1420 Thom as T heiler de Simplon, qui occupa trois fois la charge de L andeshauptm ann. C’est lui qui d étru isit le ch â te au de la Soie, reç u t la red dition du ch â te au de Granges, tr a i ta une alliance avec les C antons prim itifs. C’est sous son baillivat que fut gagnée contre les Bernois la bataille d’U lrichen de 1429. P en d an t cette période m arquée p a r la destruction des chateaux des R arogne e t des Tavel, Je an H ein g a rter de Selkingen fu t trois fois grand-baillif, Thomas V enetz de Saas, deux fois. Ces derniers se distin g u ère n t aussi dans la guerre contre les Rarogne. Une période plus tranquille suit, pendant laquelle s’affirm e la puissance des communes, s'effrite celle de l'évêque, période de courte durée, avec Je a n an der M a tte n de Selkingen en 1442 ; Mar tin Zuren d’O bergesteln en 1449, Aegidius in der Kum ben de N a te rs en 1456, Michel T s c h a m p e n
de N iedercrnen en 1462, Théodule Venetz de S talden en 1472, qui tous re v ê tire n t à plusieurs reprises la fonction.
La conquête du Bas am ena de nouvelles tour m entes e t de nouveaux accrochages avec le P rince Evêque. A nthelm e Uff der Eggen, la veille de la conquête, faisait opposition à une nouvelle
codification du droit proposé p a r W alter U Supersaxo et qui n ’est jam ais en tré e en force. Voici encore des noms essentiellem ent démocra tiques. A ntoine Lencr, de Brigue, grand baili» on 1479, Nicolas W ala de Brigue, en 1489, Georges
M ajoris ou M eyer de St-N icolas en 1495, Jean Rym en de N a te rs en 1497, M artin Holzer N iederernen en 1503, Nicolas Clawoz de Loecne
en 1509, Je an W a lk e r de M oerel en 1510. Martin Steffilen de T o urtem agne au tem ps du Cardinal, P ie rre Zlowinen de M uhlebach en 1519, Jean Z entriegen de Bürchen l'année suivante, Antoine Wyss, originaire de Törbel, grand baillif à Sion en 1521 G aspard M ctziltcn de Brigue en 1525,
Antoine Venetz de N a te rs en 1528, E tienne Maxen de S t-G erm ain su r R arogne en 1530, Egidius Im ahorn d’U lrichen en 1533, P ie rre Owlig de Brigue en 1539, M a rtin Clausen de M ühlebach en 1544, Georges S u m m e rm a tte r de S talden en 1548, P ierre A llet de Loèche en 1558, M aurice Zum-Brunnen d 'E rn e n en 1571, Georges Michlig dit Supersaxo de N a te rs en 1593, Egidius Jossen Banmatter de Sion en 1601, fougueux adversaire de l’évêque. C’e s t lui qui fit pla ca rd e r ou laissa placarder dans la bonne ville qu ’H ildebrand de Riedmatten s e ra it le d ern ier évêque de Sion. A part les noms déjà cités au cours de l’exposé, nous trouvons encore A drien Lam bien de Sion en 1684, Je a n K reig d’E rn e n en 1699, J e a n Jodoc Burgener de Viège en 1707, A rnold B la tte r de Zermatt en 1731, Alphonse Am buhl de Sion en 1737, M aurice F abien W egener de B rigue en 1771, Augustin G asner de Loèche en 1785 e t le dernier, Jacques V alentin Sigristen.
Il est difficile de voir dans tous ces nom s une oligarchie quelconque. Sous l ’Ancien Régime, le patriciat ne semble pas du to u t s ’imposer. Son règne com m encera avec la R e sta u ra tio n . Ces personnages — les prem iers de l ’E t a t — p o rte n t des patronym iques les plus divers. L eur origine est non moins diverse. Ils viennent de to u tes les régions, des vallées la té ra le s comme de la plaine, des bourgs comme de to u tes petites localités. On trouve dans c e tte longue liste une douzaine de junker c’est entendu, m ais su rto u t des paysans et bourgeois. P ay sa n s plus ou moins fortunés, en général assez bien n an tis en te rre . Encore, cela est assez relatif. L ’un d’eux est rem a rq u é p arce qu’il a dix tê te s de bétail. On y trouve aussi des potentats de village, la p lu p a rt fo rt habiles e t intelligents. D ’au tre s moins. M a rtin S teffilen de Tourtemagne, qui n av ig u ait ta n tô t dans les eaux du Cardinal, ta n tô t dans celles de Georges S uper saxo, a passé dans l’histoire pour la ru stic ité de ses manières e t sa force physique. On y tro u v e aussi des tabellions versés dans la connaissance du droit écrit ou coutum ier, des m ilitaires, des commerçants, des aubergistes avisés, des person nes qui ont fa it leurs affaires dans les tra n sp o rts
(Theiler-P artitoris), le roulage p a r le chem in du Simplon e t la vallée du Rhône.
Je n ’ai pas à p a rle r du Bas-Valais qui n ’a fourni aucun grand-baillif sous l’Ancien Régim e e t pour cause. H é ta it baillage et, comme tous les ball iages, tr a ité fo rt durem ent.
Pendant q u a tre ans, de 1798 à 1802, le Valais incorporé à la R épublique H elvétique e s t adm i nistré p a r des p réfets natio n au x qui fu re n t Charles E m m anuel de Rivaz de St-Gingolph e t Joseph Louis P ittie r de Sem brancher.
Bonaparte, que le chemin du Simplon in té re s sait au plus h a u t point, m ais qui n ’osait encore annexer pu rem e n t e t sim plem ent le Valais, dota notre canton de la constitution de 1802, su r la base de la sép aratio n des pouvoirs et, n a tu re lle ment, des im m ortels principes de liberté, d’ég a lité, de fra te rn ité . C e tte C onstitution a eu pour résultat d’am en e r aux affaires les fam illes p a tri ciennes. A p a r t l ’in term ède de q u a tre ans, de 1811 à 1814 où le Valais e st annexé à la F ra n c e et gouverné p a r les p réfets français Derville- Maléchard e t le com te de R am buteau, c’e st le long règne, de 1802 à 1839, de q u a ra n te ans, de cinq fam illes patriciennes qui, à to u r de rôle, administrent le pays : A ntoine M arie de Augus tin}, qui eu t à correspondre avec T ailleyrand lors de la désignation en 1803 de C h a teaubriand com me chargé d’affaires à Sion e t qui invente une graphie in atten d u e du nom de l’a u te u r du Génie du Christianisme (C h atteau -B rian d ) ; Léopold de Sépibus de N aters, G aspard E ugène de S tockalper de Brigue, qui eu t à r e m e ttr e ses pouvoirs, le 14 novembre 1810, au général C ésar B e rth ie r prenant possession du V alais au nom de l’E m pe reur, Charles Em m anuel de Rivaz e t M aurice de Courten de S ierre. Un seul nom sans p articu le apparaît alors, celui de Michel D ufour de Mon- they, qui f u t tro is fois grand-baillif.
Jusqu’à m a in te n an t, la durée de la fonction a été assez variable. E lle est en général de deux ans, mais l’on trouve des grands-baillifs en fonc tion pendant trois, q uatre, cinq ans e t plus. Ce sont vraisem blablem ent les événem ents qui d é te r minaient c e tte durée. Michel M ageran a été en fonction p endant sept ans consécutifs. L e record est détenu p a r F ra n z Joseph B u rg en e r de Viège et Jean I I von R oten de R arogne au XVTIIme, tous deux en charge p en d a n t 19 ans. Les réélec tions sont aussi trè s fréquentes. L a moitié des personnages cités o n t été réélus deux ou trois fois. Antoine M ayenzet de Loèche e t Je a n In Albon de Viège, au XVIIme, le fu re n t chacun six fois.
En 1840 nous assistons à la dém ocratisation de l'institution de la D iète e t à*la proclam ation de l'égalité des droits en tre le B as e t le H a u t Valais. La vieille D iète fa it place au jeune G rand Conseil. Les fonctions du Grand-Baillif, réta b lie s à la R estauration dans le u r in té g rité ad m in istra tive et législative, se scindent définitivem ent. Elles passent au P ré sid en t du G rand Conseil et au Président du Conseil d’E ta t.
Contrairem ent à ce» q u e l’on a pu écrire, c’est bien le P ré sid en t du G ra n d Conseil qui est l’héritier nom inal e t le successeur des G rands Baillifs. Ceci d’abord en v e rtu de la p rim a u té du Pouvoir législatif su r le pouvoir exécutif. E nsuite, dans certaines m anifestations publiques e t pen dant les sessions du G rand Conseil, le président de ce corps a la préséance su r le P ré sid en t du Conseil d’E ta t. Ce droit de préséance, auquel nos ancêtres ont a tta c h é ta n t d’im portance, e s t d é te r minant e t fait du président du G rand Conseil le premier m a g istra t du C anton, donc le successeur en titre du Grand-Baillif. Ce ti tr e qu’on lui donne encore n ’est pas usurpé e t ne doit pas tomber en désuétude.
Le prem ier président du G rand Conseil issu du mouvement que l’on a appelé la R égénéra tion, en 1840, a été Joseph H yacinthe B a rm an de St-Maurice. Jusqu'en 1914, la durée des fonc tions présidentielles é ta it de deux ans e t Camille Desfayes a été le d ern ier des présidents de deux ans. Pendant ce tte période, P ie rre T o rre n t de Monthey e t M aurice C hapelet de S t-M aurice furent appelés à deux reprises \ la présidence. Ce sont les seuls cas. L ’année 1914 inaugure, avec Adolphe Imboden de H erbriggen, la série des Présidents en fonction pour une année, qui re ste ouverte. Je rappelle sim plem ent pour te rm in e r Que le doyen des anciens présidents du G rand Conseil, actuellem ent au nom bre de vingt-trois, M. Laurent Rey, a rev ê tu ses fonctions de 1916 a 1917 et Monsieur le Conseiller F éd éra l E scher de 1923 à 1924.
Lucien L athion
Les anciens Présidents du Grand Conseil
NOËL DES PAUVRES
Selon un désir qui a v a it é té m anifesté il y a quelques années e t su r l’initiative de M. Théo Schnyder, les anciens P résid en ts de n o tre G rand Conseil se sont retro u v és à Sion le 17 novem bre 1951, d ern ier jo u r de la session d’autom ne.
S u r les 23 anciens « G rand baillifs » en vie — . parm i lesquels ceux-ci s’honorent de com pter M. le Conseiller fédéral Joseph E sch e r — douze o n t répondu à cet appel, qui le u r fo u rn it l’occasion d’en ten d re une rem arq u ab le causerie de M. Lucien L athion e t de revivre, en m ême temps, d ’abondants e t parfois pittoresques souvenirs.
M. Lucien Lathion, historien aussi m odeste qu ’érudit, prononce la ca p tiv a n te causerie que nous avons le privilège de reproduire dans
ces pages.
Sept heures ! La nuit est d’encre. Les bam bins pour qui le nid est chaud et la pan toufle douillette sont rentrés. Seules quel ques frêles silhouettes débraillées flânent encore : p e tits doigts gelés colés aux vitrines alléchantes du Père Noël, minois au regard triste et pourtant plein d ’émoi dev a n t des friandises et joujoux m erveilleux ! C onvoi tises de rêve, mirage d ’un moment... ces gos ses de pauvres s’en m e tte n t « plein la vue », voilà leur N oël à eux. « A d m ire z p ’tits gas, mais ne touchez pas — sem blent ironiser poupées et tro m p e tte s ! — »
Pour tous ces bouts d ’hom m es à l’allure frippée, la cheminée restera ,vide, FEnfant Dieu n’emplira pas de sabots. N oël sera un jour pareil à tant d ’autres !
La tendresse d ’une maman rem place bien les plus beaux jouets du m onde, certes, mais une mère rongée par l ’éternelle et sinistre rengaine : « joindre les deux bouts », a-t-elle bien toujours la main à la caresse ?
Parler Noël, Paix, A m ou r à des gosses pour lesquels les jolis désirs de l’enfance ne se palpent qu’en songe, autant sem er haine et ré volte en leur cœur.
Ne nous dérobons pas, p e tits amis p rivilé giés ; il faut à tout p rix que les moins favori sés p articipen t aux joies de Noël.
Garçonnets et fillettes, avec la com plicité de vos mamans, bien entendu, ne voudriez- vous pas dem an der à l’Enfant de la Crèche qu'il se trom pe de p o rte en ce N oël 51, au moins pour la m o itié de vos désirs ? Si vous acceptez le partage de vos joujoux, il neigera des paillettes de bonheur dans le cœur de mille p e tits déshérités.
Grâce à vous, la locom otive et le p ’tit ours en peluche ne seront objets de rêve, mais bien les vrais joujoux que vos « p e tits frères les pauvres » ont convoités si longtems.
Hélène Mudry
se réunissent
M. Théo Schnyder, qui fut, avec M. B e rn a rd de Lavallaz, le seul à occuper le siège présidentiel p endant plus d’une année en raison de la mobilisation. A ses côtés, M. Joseph K untschen, ancien conseiller national e t président
de la Ville de Sion.
L ’a u tre côté de la table. De gauche à droite : MM. Cyrille Michelet, Lucien Lathion, Guillaume de K alb e rm atten , P e te r von Roten, Théo
Schnyder, Joseph K untschen, Camille P ouget e t Léo G untem . P e n d a n t la conférence de M. Lucien Lathion. De gauche à droite : MM. Théo Schnyder, Joseph K untschen, Camille Pouget, Léo G untern, Em ile Bourdin, Joseph Moulin, A lfred Moron, huissier, A ndré G erm anier,
E dm ond Gay, Cyrille M ichelet e t l ’orate u r.
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