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Adrien Arcand : sa vision, son modèle et la perception inspirée par son programme

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iJL

STÉPHANE MORISSET

ADRIEN ARCAND: SA VISION, SON MODELE ET LA PERCEPTION INSPIRÉE PAR SON PROGRAMME

Mémoire présenté

a la Faculté des études supérieures de l'Université Laval

pour l'obtention

du grade de maître es arts (M.A.)

Département d'histoire FACULTÉ DES LETTRES

UNIVERSITÉ LAVAL

NOVEMBRE 1995

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La présente étude tente d'analyser la façon dont le fasciste Adrien Arcand était perçu .liez les Canadiens, pour essayer de comprendre en partie son

incapacité à attirer un nombre important de membres au sein de son

organisation. En première partie, nous faisons ressortir que la base de la pensée du chef fasciste était un antisémitisme fanatique, faisant des Juifs les

responsables ultimes de l'ensemble des problèmes affligeant les pays civilisés. Dans la deuxième partie, nous affirmons que cet antisémitisme pathologique était ce qui était le plus susceptible d'éloigner les masses du parti d'Arcand. Nous mettons aussi en relief que la perception soulevée par Arcand a évolué au cours de la période, passant de l'indifférence à l'hostilité, influencée en cela par le contexte extérieur.

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AVANT-PROPOS

En tant que première ( et souvent seule) recherche d'envergure, le mémoire de maîtrise occupe une place particulière dans le coeur de beaucoup d'étudiants. Mais il ne faut pas oublier que cette recherche est le résultat d'un patient travail d'équipe entre le chercheur et son directeur, dont les conseils éclairés sont indispensables pour mener le projet à terme.

À cet égard, je voudrais remercier mon directeur, M. Richard Jones, dont l'enthousiasme et la disponibilité ne se sont jamais démentis tout au long de la période, malgré un emploi du temps souvent fort chargé. J'aimerais aussi remercier Mme Christine Piette pour ses commentaires judicieux et pour l'extrême diligence dont elle a fait preuve lors de la lecture préalable de ce

mémoire. Je voudrais de même souligner la participation de M. Bernard Lemelin, qui n'a pas ménagé ses suggestions pour améliorer mon travail.

Je voudrais aussi dédier ce mémoire à mes parents pour leur compréhension, leur support et leurs encouragements constants.

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Page

AVANT-PROPOS II TABLE DES MATIERES Ill BIBLIOGRAPHIE IV INTRODUCTION 1 CHAPITRE I: ADRIEN ARCAND: SA VISION ET SON MODELE 15

A) Sa vision 15 l-Les problèmes du Québec, au début de l'action

politique d"Arcand 15 2-Le tournant du bill David 19

3-Les trois facettes de l'influence juive dans les

pays chrétiens 25

35

B) Son modèle

1-En attendant la prise de pouvoir

2-A la suite de la prise de pouvoir 40

o

35 CHAPITRE II: LA PERCEPTION INSPIRÉE PAR ARCAND ET SON

PROGRAMME 5b A) Les facteurs influençant la perception 56

l-Les obstacles à l'adhésion des masses 56 2-L'importance de la situation extérieure 61 B) Les différences mineures de perception entre les

trois principaux groupes étudiés 65 1 -Les Québécois francophones 6b 2 -Les Canadiens et Québécois anglophones 6ô

C) Les exceptions: deux groupes dont la perception

ne fut pas influencée par la situation extérieure 70

l-Les Juifs du Québec 70 -Paul Bouchard et La Nation. 73

D) Les différentes étapes menant à la dissolution du

mouvement d"Arcand 77

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BIBLIOGRAPHIE

SOURCES Brochures

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Le Patriote, hebdomadaire de quatre à huit pages, publié de 1933 à 193Ô, avec une suspension du 3 septembre 1936 au 21 octobre 1937. (C.A.A.).

(6)

juin 1940.

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L'effondrement des cours à la bourse de New York, le 24 octobre 1929, marqua, de façon symbolique, le début d'une crise économique qui frappa la presque totalité des pays occidentaux. Cette crise, la pire vécue par le monde contemporain, se poursuivit jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale et entraîna des bouleversements économiques considérables. Pour donner une idée de l'importance et de la rapidité de la désorganisation économique, mentionnons que la production mondiale d'acier brut passa de 120,4 millions de tonnes en

1929 à 50,4 millions en 1932, alors que celle de cuivre diminuait de 1,5 millions à 0,9 million de tonnes au cours de la même période.1 Le prix des produits

agricoles et des biens manufacturés s'effondra aussi de façon importante. Au Canada, par exemple, le prix du blé chuta d'environ 70£, pour atteindre un faible 0,32$ le boisseau en 1932.2 Cette chute des prix fut suivie par une baisse de la demande, une surproduction de biens, une vague de faillites, une montée du chômage, etc.

Bien entendu, plusieurs signes précurseurs de cette débandade se manifestèrent au cours de la décennie précédente. La croissance des

investissements au niveau mondial avait provoqué une surproduction dépassant les possibilités financières des acheteurs et, conséquemment, une stagnation puis une baisse des prix. De même, le recul progressif des échanges internationaux au profit de tendances autarciques annonçait une débâcle d'envergure Dans ce contexte, la crise boursière ne représenta donc qu'un symbole, les véritables causes étant beaucoup plus profondes.

1 Atlas historique. Paris, Perrin, 1987, p.460.

2 R. Douglas Francis, Richard Jones et Donald B. Smith, Destinies. Canadian History since

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papiers et les métaux, sujettes à de brusques chutes de prix. La diminution des échanges internationaux toucha d'autant plus le Canada que la valeur des

produits qu'il exportait baissa plus rapidement que celle des produits ouvrés qu'il importait.3 Le Québec, notamment Montréal, n'échappa pas à la dépression et à son cortège de problèmes sociaux. Montréal, qui groupait à l'époque environ

520 000 personnes, comptait, en 1933 250 000 personnes ne vivant que grâce aux secours directs.4

Il était normal, dans un tel contexte, qu'un peu partout dans le monde une ebullition idéologique apparaisse, remettant en question les démocraties libérales qui semblaient incapables de réagir et d'apporter des solutions satisfaisantes à cette crise qui perdurait. L'une des solutions qui attira un grand nombre de personnes était le remplacement des démocraties par un régime politique de type fasciste.

Les régimes fascistes, malgré quelques particularismes locaux, étaient en général tous basés sur un modèle et des refus communs. Ils refusaient la

démocratie, y voyant un régime faible, dominé par des groupes de pression qui privilégiaient leurs intérêts avant celui de la nation. Ils contestaient aussi

l'individualisme car, selon eux, l'individu n'avait pas de droits, n'existant que par la communauté à laquelle il devait s'intégrer. De même ils combattaient le

socialisme marxiste parce qu'il était fondé sur une lutte des classes qui

3 Jean-Paul Montminy et Jean Hamelin, «La Crise», dans Fernand Dumont, dir. étal,.

Idéologies au Canada Français 1930-1939, Québec, Presses de l'Université Laval, 1971, p. 22.

4 Fernand Ouellet, «Le Québec et la Crise», dans Paul G. Cornell, étal, Canada Unité et

diversité, Montréal, éd. Holt, Rinehart et Winston, 1971, p. 490. Il n'existe pas de chiffre précis concernant la population de Montréal en 1933- Le seul disponible est celui provenant du recensement de 1931 qui indique 818 577 personnes.

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Selon les fascistes, l'État devait être centralisé, fort et autoritaire, pour faire valoir l'intérêt collectif sur celui des individus, des groupes professionnels ou des classes sociales. Cet État devait s'incarner dans un chef providentiel, guide et sauveur de la nation, dont la parole constituait l'unique vérité. Le lien entre ce chef et le peuple devait se faire par le biais d'un parti unique. La société fasciste était aussi très hiérarchisée: les uns commandaient, les autres devaient croire et obéir. Pour surmonter les tensions de la société industrielle, les théoriciens du fascisme prônaient la création d'une économie où les patrons, les ouvriers et les représentants de l'État devaient siéger à égalité au sein de corporations. Le corporatisme devait, aussi permettre une certaine prise en charge de l'économie par l'État en facilitant la direction planifiée de la production et la médiation dans les conflits de travail.6

La nation, pour les fascistes, était sacralisée et constituait le bien suprême. Les fascistes allaient, d'ailleurs chercher leurs modèles dans un passé national plus ou moins mythique. Au cours de cet «âge d'or», la nation fonctionnait de façon parfaite et était exempte d'éléments étrangers. Désirant, purifier leur pays pour retourner à cet état de grâce, les fascistes étaient habituellement

xénophobes ou carrément racistes.7 Dans plusieurs pays, ce furent les Juifs qui eurent le plus à subir les foudres engendrées par une telle idéologie, servant de boucs émissaires, responsables de tous les bouleversements économiques,

politiques et sociaux du temps.

5 Henri Michel, Les rascismes. Paris, P.U.F., 1983, pp. 6-7.

6 Ibid., pp. 8-9. 7 Ibid., p. 7.

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Allemagne. Même s'ils n'ont jamais représenté autre chose qu'une pâle imitation de leurs collègues d'outre-Atlantique, quelques mouvements et partis fascistes firent aussi leur apparition au Canada et au Québec, durant la même période. Le fasciste canadien qui a le plus fait parler de lui au cours de cette époque troublée est. sans contredit le journaliste Adrien Arcand.

Après des débuts journalistiques à La Patrie, au Star et à La Presse.8 Arcand commença sa carrière politique par la création au Québec, en novembre

1929, de l'Ordre patriotique des Goglus^, un mouvement para-politique basé sur le nationalisme racial, prônant une action politique indirecte par des pressions sur les partis en place.10 En 1934, considérant le temps venu de s'impliquer plus directement, il fit le saut en politique québécoise avec un programme résolument fasciste en fondant, à Montréal, le Parti national social chrétien. Arcand étendit par la suite son activité sur la scène fédérale, à partir de 1935, en fusionnant son parti avec les autres groupuscules fascistes canadiens pour former le Parti de l'unité nationale, sous sa direction.

Arcand créa aussi au cours de la période, avec l'aide de son associé Joseph Ménard, un grand nombre de journaux fascistes et antisémites11 où il exposait de

8 Jacques Langlais et David Rome, Juifs et québécois français, 200 ans d'histoire commune,

Montréal, Fides, 1986, p. 149.

9 Cette organisation était divisée en 15 zones, couvrant l'ensemble de la province. Ces structures pouvaient accueillir un total de 150 000 membres, mais le membership réel ne fut jamais divulgué. Selon Martin Robin, il était peu important. Martin Robin, Shades of Right Hativist and Fascist Politics in Canada 1920-1940, Toronto, University of Toronto Press, 1992, P 93

I ° Real Caux, «Le Parti National Social Chrétien (Adrien Arcand, ses idées, son oeuvre et son

influence)», mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 1958, p. 42.

I I II est difficile de comprendre pourquoi Arcand et Ménard fondèrent autant de journaux.

En effet, tous ces journaux abordaient les mêmes thématiques et s'adressaient au même public. Peut-être que les deux hommes voulaient donner l'impression que le mouvement fasciste et antisémite était plus puissant qu'il ne l'était en réalité?

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d'ailleurs une existence assez éphémère. Son aventure politique se termina abruptement en 1940, lorsqu'il fut arrêté et interné jusqu'à la fin de la guerre, sous l'accusation d'avoir comploté contre l'Etat.

Contrairement à ce qui se produisit dans plusieurs pays européens, les fascistes au Canada n'ont jamais conquis le pouvoir; ils n'ont même jamais

représenté une force politique d'envergure, malgré les prétentions d'Arcand, qui affirmait en 1935 regrouper 15 000 membres12, seulement au Québec. Selon les chiffres de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), le Parti de l'unité nationale comptait au Canada, en janvier 1940, un total de 7 053 membres, dont 5 942 dans la région de Montréal, 962 dans le reste du Québec et 159 dans les autres provinces canadiennes.13 Le membership d'un mouvement n'est bien entendu pas le seul indicateur de sa puissance, mais il donne quand même une bonne idée. Pour quelles raisons les fascistes canadiens connurent-ils un échec aussi lamentable? C'est ce que ce travail tente de faire ressortir en analysant le cas du mouvement d'Adrien Arcand, de 1929 à 1940. L'étude s'arrête en 1940 parce qu "Arcand tomba rapidement dans l'oubli après sa sortie de prison, victime du discrédit frappant le fascisme après la guerre et de la divulgation des horreurs nazies.

Même si Arcand méprisait la démocratie, ii était probablement conscient que le contexte canadien se prêtait difficilement à un coup d'Etat; c'est pourquoi il prônait la prise de pouvoir par le biais d'une élection libre. Le fasciste canadien n'explique malheureusement pas les raisons de cette «contradiction». De toute

12 Kenneth G. Wright, «Quebec Fascists Aim to Raise 8 Divisions», The Globe and Mail, 31

janvier 1938, p. 15.

13 GRC, La loi et l'ordre dans la démocratie canadienne, Qttava. Imprimerie de la Reine, 1952,

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Allemagne.

Il est raisonnable de croire qu'une bonne partie de son échec à former une force politique réelle résidait dans la façon dont son programme était perçu par les différents groupes québécois et canadiens. Mais il est difficile de l'affirmer avec certitude, puisque les journaux parlent peu d'Arcand avant la fin de 1937.

Si nous partons du principe que la perception soulevée par le programme d'Arcand explique en grande partie son échec, il est nécessaire de connaître ce qui fait l'objet de cette perception, de même que les différents facteurs

environnementaux qui la conditionnent.

Nous allons donc tenter, dans une première partie, de cerner l'ensemble des projets de réformes économiques, politiques et sociales pronées par Arcand, ainsi que sa façon particulière d'interpréter les multiples bouleversements du temps. Par la suite, nous analyserons la façon dont cette propagande était reçue chez différents groupes pour essayer de comprendre, du moins en partie, cette incapacité d'Arcand à soulever l'enthousiasme populaire. De plus, comme cette perception n'était pas statique chez la plupart des groupes étudiés, nous nous attarderons sur les facteurs qui l'ont fait évoluer.

Les différentes critiques envers son mouvement permettront de

comprendre, par exemple, que la faiblesse du mouvement d'Arcand se situait davantage au niveau du message véhiculé et de la perception de ce message, qu'au niveau du messager lui-même. Ce travail fera aussi ressortir que la perception négative des différents groupes s'appuyait sur la base même de ce que véhiculait Arcand, et non sur les idées secondaires. De plus, le lien que nous ferons entre les critiques et le contexte extérieur permettra de comprendre que

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Parmi les différents groupes étudiés, nous commencerons par nous

attarder à la perception d'Arcand chez les Québécois francophones. Par la suite, nous analyserons celle des Canadiens et des Québécois anglophones. Nous étudierons par la suite la perception des Juifs du Québec et, finalement, nous examinerons la perception d'un autre groupe québécois penchant fortement vers le fascisme, celui gravitant autour de Paul Bouchard et de son journal La Nation. Mais il faut être bien conscient que ces groupes ne sont pas tous sur un pied d'égalité, certains étant beaucoup plus importants que d'autres. La perception d'un groupe comme celui de Paul Bouchard, par exemple, était beaucoup moins importante pour l'avenir d'Arcand que celle de l'ensemble des Québécois

francophones.

De façon plus précise, nous avons l'intention de démontrer que

l'antisémitisme hystérique véhiculé par Arcand était la principale facette de son programme susceptible d'éloigner les masses de son mouvement. Ce mémoire vise aussi à prouver que la façon dont Arcand était perçu par la majorité des Canadiens était intimement liée à la façon dont ils percevaient les agissements d'Adolf Hitler en Europe.

Afin de comprendre les réformes proposées par Arcand ainsi que sa vision de l'actualité, nous avons dépouillé plusieurs brochures dont il est l'auteur. Nous ne nous sommes attardés qu'à celles rédigées avant son internement en 1940, bien qu'Arcand ait continué à écrire jusque vers la fin des années cinquante. Comme il a été mentionné plus tot, il est tombé dans l'oubli à la fin de la Seconde Guerre mondiale; nous ne voyions donc pas l'intérêt d'analyser ses écrits de cette époque. De plus, l'importance de cette période est d'autant plus réduite que l'ensemble des ouvrages sur Adrien Arcand s'entendent pour affirmer que sa

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pensée a été d'une remarquable constance tout au long de sa vie, surtout en ce qui concerne son antisémitisme.

Pour compléter les informations que renfermaient les brochures, nous avons dépouillé plusieurs des journaux fascistes et antisémites fondés par Arcand et dans lesquels il écrivait un certain nombre de textes. Ces journaux se composent de deux mensuels, Le Combat National et Le Fasciste canadien, et de trois hebdomadaires, Le Goglu. Le Miroir et Le Patriote14 Plusieurs des articles publiés ne sont malheureusement pas signés; nous les avons donc écartés en grande partie de notre recherche pour nous intéresser surtout à ceux que nous pouvions attribuer de manière certaine à Arcand, malgré la forte probabilité que plusieurs des textes anonymes proviennent de lui. La plupart de ces journaux, de même qu'un grand nombre des brochures d'Arcand, étaient présents dans la Collection Adrien Arcand, conservée notamment à la bibliothèque de l'Université Laval. Cette collection rassemble d'ailleurs la plupart des écrits du fasciste

canadien, de ses débuts en politique jusqu'à la fin des années cinquante. Nous avons décidé de dépouiller l'ensemble des journaux publiés

mensuellement, mais de ne nous attarder qu'à un journal par mois pour ceux dont la parution était hebdomadaire, en variant la période du mois choisie. Etant donné qu "Arcand explique en détail sa pensée dans les brochures mentionnées plus haut et qu'il n'y a en somme qu'un nombre assez restreint de thèmes qui reviennent continuellement, cet échantillon nous paraissait raisonnable.

14II existe un autre hebdomadaire publié par Arcand de 1930 à 1931 et qui s'intitule Le

Chameau. Malheureusement, il nous a été impossible de le retracer. L'ouvrage édité par Jean Hamelin sur la presse québécoise mentionne sa présence aux Archives Nationales du Québec, mais les responsables des Archives nous ont affirmé que la majeure partie de leur collection de journaux avait été cédée il y a plusieurs années et qu'on avait perdu leur trace. La

Bibliothèque de la Législature ne le possède pas non plus. Nous avons aussi été incapable de retrouver les exemplaires du Miroir à partir de ses débuts en 1929 jusqu'au 26 avril 1931

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Anctil et de David Rome. Nous n'avons donc pas rencontré beaucoup de difficultés à analyser la perception de ce groupe face aux affirmations et aux projets du fasciste canadien.

En ce qui concerne les autres groupes, le dépouillement de l'ensemble des journaux et des revues choisis dépassait largement la somme de travail

demandée pour un mémoire de maîtrise. Nous avons donc choisi des événements précis impliquant Arcand de façon directe ou indirecte et susceptibles de

provoquer une couverture par les différentes sources, pour aller ensuite les dépouiller aux journées subséquentes, ce qui nous a donné une idée assez précise des réactions soulevées par Arcand et son programme politique.

Pour avoir une idée de la perception canadienne-anglaise, nous avons choisi de dépouiller le journal The Globe and Mail, qui nous a fourni trente articles; nous avons aussi déniché quelques écrits sur Arcand et son mouvement dans les revues Canadian Forum et Maclean's. Ce que nous avons trouvé sur la perception des Québécois anglophones, quant à elle, s'appuie sur la lecture des journaux The Montreal Star et The Montreal Gazette, qui nous ont donné

respectivement dix-huit et dix-neuf articles. Celle des Québécois francophones provient, du Devoir (trente-cinq articles) et de La Presse (dix articles). La plupart de ces articles ont été trouvés à. partir de la fin de 1937; les débuts politiques d'Arcand semblent s'être déroulés dans l'indifférence générale.

Nous sommes parfaitement conscient que l'éventail des journaux étudiés, tant francophones qu'anglophones, est un peu restreint pour analyser avec certitude la perception de ces groupes. Mais il était difficile pour nous, dans le cadre restreint d'un mémoire de maîtrise, de dépouiller un corpus plus vaste Nous avons donc nuancé nos conclusions.

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La Nation était l'organe d'un mouvement indépendantiste présidé par Paul Bouchard. Il nous a paru, du moins au début, le groupe le plus rapproché

idéologiquement du Parti national social chrétien parce qu'il faisait lui aussi la promotion d'un régime fasciste, même s'il le prônait dans un cadre strictement québécois. Ce fut révélateur d'analyser les réactions de Paul Bouchard et de ses acolytes face au groupe d'Arcand et de les comparer avec celles des autres groupes.

Il existe un certain nombre de travaux donnant des renseignements sur Adrien Arcand et son mouvement. Beaucoup d'auteurs abordent, le sujet dans des ouvrages portant sur 1 "antisémitisme au Québec. Dans Le rendez-vous manqué: les juifs de Montréal face au Québec de l'entre-deux-guerres.15 Pierre Anctil tente d'expliquer les raisons de la montée de l'antisémitisme dans plusieurs couches de la société québécoise et analyse les relations d'Arcand avec le secrétaire du Congrès juif Canadien de l'époque, H. M. Caiserman. Anctil peint aussi un tableau des différents incidents à saveur antisémite de cette période en expliquant le role d'Arcand, lorsqu'il était impliqué.

Les recherches de David Rome, présentées dans Clouds In The Thirties. On Antisemitism In Canada (1929-1939).16 représentent aussi un apport non

négligeable. Cet ouvrage, qui tient plus du cahier de presse que de la synthèse historique, recense en plusieurs volumes des informations sur l'antisémitisme au Canada, tirées de certains médias écrits canadiens et étrangers. Le cinquième volume traite du cas d'Adrien Arcand. L'auteur donne des renseignements sur la façon dont Arcand percevait les Juifs, en se basant presque exclusivement sur Le Patriote. L'auteur donne aussi quelques indications sur la façon dont les

15 Pierre Anctil, Le rendez-vous manqué: les juifs de Montréal face au Québec de l'entre-deux-guerres. Québec, IQRC, 1988,366 p.

1 6 David Rome, Clouds In The Thirties. On Antisemitism In Canada (1929-1939), Volume 5,

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Canadiens voyaient Arcand, mais l'information est assez restreinte. Il faut dire que le but premier de son travail était surtout de recenser des exemples

d'antisémitisme dans les journaux et revues, et non pas de voir comment les antisémites étaient perçus dans la population. De plus, lorsque l'auteur donne des informations sur les réactions qu'Arcand soulevait, il ne cite qu'un nombre limité d'articles du Devoir, du Globe and Mail et de la Gazette, de même qu'un article de Maclean's. Il ne semble pas avoir dépouillé La Presse et le Montreal Star.

Néanmoins, ces quelques indications bibliographiques ont représenté une bonne piste de départ pour le présent travail.

Certains auteurs se sont penchés en profondeur sur Arcand et son mouvement. René Durocher, par exemple, a publié dans un collectif dirigé par Fernand Dumont, Idéologies au Canada français.17 un article sur le Fasciste Canadien, l'organe officiel du Parti national social chrétien. Il donne plusieurs renseignements sur les problèmes internes qui ont abouti à une réorganisation profonde du parti en 1935 et à deux scissions majeures en 1937 et 1936. Il aborde aussi les principaux thèmes du journal, de même que la façon dont

Arcand analysait les questions socio-économiques et justifiait son antisémitisme. L'ouvrage le plus complet, qui existe présentement sur Arcand et celui qui nous a été le plus utile est celui de Martin Robin, Shades of Right. Nativist and Fascist Politics in Canada 192 0-194018 La majeure partie de son travail traite du parcours politique d'Arcand, de la création de l'Ordre patriotique des Goglus en

1929, jusqu'à son arrestation et son internement en 1940. Robin donne une profusion d'informations sur l'origine du mouvement d'Arcand, son idéologie et les réformes qu'il proposait. Il s'attarde aussi à l'influence des facteurs extérieurs

17 Fernand Dumont, dir., étal. Idéologies au Canada Français 1930-1939, Québec, Presses de

l'Université Laval, 1971. pp. 257-271.

1 8 Martin Robin, Shades of Right. Nativist and Fascist Politics in Canada 1920-1940, Toronto,

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qui ont déterminé l'évolution de la perception d'Arcand, de même qu'aux relations entre le chef du P.N.S.C. et son collègue fasciste Paul Bouchard, ce qui nous a été très utile pour approfondir notre problématique.

Il ne faut pas non plus oublier l'oeuvre de Lita-Rose Betcherman, The Swastika and the Maple Leaf. Fascist Movements in Canada in the Thirties.1? Les deux tiers de l'œuvre sont consacrés à Arcand. D'ailleurs, c'est dans cette étude que plusieurs des ouvrages abordant Arcand prennent la majeure partie de leur information. Malheureusement, l'auteure insiste sur l'antisémitisme d'Arcand sans donner beaucoup de renseignements sur les différentes réformes sociales et politiques qu'il proposait. Elle donne par contre des informations sur les liens d'Arcand avec quelques hommes politiques et avec certains leaders fascistes européens, ce qui nous a donné une bonne idée des appuis dont jouissait son mouvement.

Soulignons aussi l'article de Pierre Trépanier, «La religion dans la pensée d'Adrien Arcand»20, paru dans les Cahiers des Dix. L'auteur tente de démontrer que le fascisme canadien-français ne représentait pas une simple extension du nazisme et qu'il contenait plusieurs réformes originales. Il affirme aussi que la pensée d'Arcand sur la religion était sincère, qu'elle ne servait pas seulement à justifier son antisémitisme. Il défend qu'il est simpliste de réduire toute la

pensée d'Arcand à son antisémitisme. Trépanier va même jusqu'à affirmer que si Arcand avait pu s'emparer du. pouvoir, son régime politique aurait été plus proche d'une sorte de chrétienté autoritaire et moderne que du Illème Reich.

Il existe également deux mémoires qui portent spécifiquement sur Adrien Arcand et son mouvement. Le premier, celui de Rollande Montsion, s'intitule «Les

1 9 Lita-Rose Betcherman, The Svastika and the Maple Leaf. Fascist Movements in Canada in

the Thirties. Toronto, Fitzhenry & Vhiteside, 1975,167 p.

20 Pierre Trépanier, «La religion dans la pensée d'Adrien Arcand», Les Cahiers des Dix, vol

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grands thèmes du mouvement national social chrétien vus par les principaux journaux fascistes au Canada français 1925-35».21 L'auteure relie les idées d'Arcand à trois thèmes principaux: le nationalisme, l'antisémitisme et le

fascisme. Elle s'attarde, entre autres, à sa perception de l'environnement social et des problèmes de l'époque, de même qu'à sa conception du nationalisme. Par contre, elle n'aborde pas l'accueil que ces idées ont reçu dans la population québécoise.

Le deuxième, celui de Real Caux, intitulé «Le Parti National Social Chrétien (Adrien Arcand, ses idées, son oeuvre et son influence)»,22 n'est pas très récent, mais donne quand même quelques renseignements utiles sur les structures du Parti national social chrétien (noms des lieutenants, noms et fonctions des différents comités et organismes subsidiaires, etc.). L'auteur consacre aussi une partie de son travail aux réactions suscitées par Arcand et sa propagande chez les membres du clergé, de "l'intelligentsia" québécoise, du groupe de Paul Bouchard et de la population, mais il ne fait qu'effleurer le sujet en ne lui

consacrant qu'une dizaine de pages. L'éventail des groupes qu'il étudie est aussi plus restreint que celui du présent travail. D'ailleurs, ce qui distingue notre mémoire de ces deux autres portant sur Arcand (et ce qui nous distingue d'autres études comme celle de Martin Robin) est l'emphase que nous mettons sur la perception de ses idées et de son mouvement chez les Canadiens.

Le plan de démonstration de notre travail se divisera en deux grandes parties. Dans le premier chapitre, nous commencerons par analyser la façon dont Arcand expliquait les différents bouleversements du temps, pour ensuite en venir aux solutions qu'il proposait pour rétablir la situation. Ce chapitre servira

21 Rollande Montsion, «Les grands thèmes du mouvement national social chrétien vus par

les principaux journaux fascistes au Canada français 1928-38», mémoire de maîtrise, Ottava, Université d'Ottava, 1975,123 p.

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aussi de base au chapitre deux, traitant de la façon dont Arcand était perçu. En effet, pour bien comprendre les bases et la dynamique de la perception des Canadiens, il est nécessaire d'avoir une bonne connaissance de la vision et du modèle qu'Arcand leur proposait. Dans la deuxième partie, toujours dans la perspective de mieux comprendre les raisons de l'échec d'Arcand, nous verrons donc comment les différents groupes de la population canadienne percevaient sa façon de voir, quels étaient les facteurs qui firent évoluer cette perception et comment cette évolution se répercuta sur la situation des fascistes au pays.

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Chapitre 1

Adrien Arcand: sa vision et son modèle

Ce chapitre traitera de la façon dont Arcand expliquait les différents problèmes qui affectaient le Québec, le Canada et le monde en général, au cours des années trente. Il s'attardera aussi au modèle qu'Arcand préconisait advenant sa prise de pouvoir pour solutionner les difficultés qu'il identifiait, tout en

insistant sur le manque d'originalité d'un grand nombre des réformes proposées. En effet, la majeure partie du programme d'Arcand était un amalgame d'idées empruntées à l'extérieur.

A) Sa vision

1 -Les problèmes du Québec, tels que perçus par Arcand, au début de sa carrière politique.

Au moment, où Adrien Arcand décida de fonder l'Ordre patriotique des Goglus, en 1929, le système démocratique québécois et canadien lui paraissait encore viable. Il fallait j>ar contre changer les hommes qui en étaient à la tête, car ils étaient, selon lui, corrompus jusqu'à la moelle et le soulagement de la misère affligeant les classes populaires représentait le cadet de leurs soucis. Le gouvernement provincial libéral de Louis-Alexandre Taschereau constituait la cible préférée d'Arcand et de ses différents périodiques:

Vous n'ave2 jamais rien fait, M. Taschereau, pour aider la classe ouvrière, vous n'avez jamais dit

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le sort du travailleur qui vous donne vos surplus. (...) Vous avez beau parler de prospérité (...)1 "ouvrier est plus pauvre et plus malheureux qu'avant votre régime. Vous ne pouvez le constater, vous qui êtes directeur de banque et dirigez de grosses transactions. Vous ignorez la cruauté d'un salaire de 15$ à une sic père de famille, vous qui ne pensez que Beauharnois Power et International Paper.1

Le gouvernement libéral fédéral de Mackenzie King, qui devait perdre le pouvoir en 19.30 aux mains des conservateurs de R. B. Bennett, ne valait guère mieux, selon Le Goglu. qui lui reprochait les mêmes travers que son homologue

provincial: «Le libéralisme, supposé combattre tout ce qui opprime le peuple, n'a fait qu'aider à exploiter le peuple sous le régime pourri (...) de Mackenzie King

(...) Tout l'argent va aux trusts tyranniques et le peuple, sans ouvrage, pauvre, malheureux, ne sert plus qu'à engraisser ces despotes modernes encouragés par Mackenzie King.»2

Selon Arcand, la corruption des hommes politiques les rendait sensibles aux magouilles des grands capitalistes. Les trusts, les grosses compagnies et les con tracteurs d'importance dans la province représentaient ainsi les principaux pourvoyeurs de fonds électoraux des partis politiques, selon le rédacteur du Goglu. En retour, ces amis du régime jouissaient de contrats, de concessions et d'une réglementation assez laxiste pour pouvoir exploiter les masses

laborieuses. 3

Cette exploitation se faisait sentir au niveau agricole, par exemple, où les trusts étrangers, grâce à la protection dont ils jouissaient, importaient leurs fruits, légumes et produits laitiers des autres provinces et des autres pays à des prix tels que les coopératives et les petits marchands étaient incapables de lutter

1 Emile Goglu (Pseudonyme d'Adrien Arcand), «A propos de statistiques». Le Goglu, 25

octobre 1929, p. 2.

2 Le Goglu. 25 juillet 1930, p. 6.

3 Adrien Arcand, «En marge d'une enquête». Le Miroir, 26 juillet 1931, p. 2. (Collection Adrien Arcand)

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en s'approvisionnant à la production locale. Cette situation nuisait donc fortement aux cultivateurs et au petit commerce canadien-français, les bases du

dynamisme de la province, selon Arcand.4 Ce dernier reprochait aussi au

gouvernement provincial, dans l'administration générale du patrimoine forestier, de sacrifier le petit colon, «l'avenir agricole et national de notre race»5, à

l'avancement de grandes corporations comme l'«International Paper Co».6, qui jouissaient en exclusivité d'immenses concessions forestières.7

Les critiques concernant les politiciens et leurs liens avec les trusts exploiteurs étaient répandues au Québec au cours des années trente. En effet, plusieurs intellectuels reprochaient à Taschereau ses liens privilégiés avec les grandes compagnies. Philippe Hamel, par exemple, s'étonnait de «l'appui, la défense même que ces exploiteurs paraissent recevoir du gouvernement provincial.»8 Georges Pelletier partageait cette opinion:

... la morale des trusts est devenue celle de la politique (...) les trusts comptent au parlement québécois, depuis des années, des avocats influents et des représentants plus vigilants lorsqu'il s'agit de protéger les droits et privilèges du monopole et de les étendre qu'ils ne le sont quand il s'agit de défendre le public et de mettre Baptiste à l'abri des exploiteurs. 9

Taschereau avait toujours misé, pour le développement économique de la province, sur l'importation de capitaux étrangers, surtout américains. Le

4 Emile Goglu, «Le Pape et les campagnes». Le Goglu, 29 mai 1931, p. 2.

5 Adrien Arcand, «Compagnies contre colons». Le Miroir, 29 mai 1932, p. 2. (C.A.A.)

6 Ibid.

7 Cette complainte voulant que le gouvernement privilégiait les compagnies forestières aux

dépens des colons était répandue chez plusieurs contemporains, dont Albert Rioux, président de l'Union catholique des cultivateurs (U.C.C.). Alain Lacombe, «Les nationalistes et le rôle de l'Etat provincial en matière économique à travers la lutte anti-trusts au Québec (1927-45)», mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 1989. pp. 65-66.

8 Philippe Hamel, «Les gouvernements et les taux de l'électricité», lettre au Devoir, Le

Devoir, 28 juillet 1931, p. 2. cité dans Alain Lacombe, «Les nationalistes et le rôle de l'Etat provincial...», p. 29.

9 Georges Pelletier, «Un "Québec"», Le Devoir, 15 janvier 1932, p. 1. cité dans Alain Lacombe, «Les nationalistes et le rôle de l'Etat provincial...», p. 30.

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gouvernement libéral n'hésitait pas à intervenir fréquemment pour attirer les investisseurs en leur accordant des dégrèvements d'impôts, des monopoles, des concessions forestières et un contrôle très souple.10 Peu de gens songeaient à critiquer cette façon de faire en période de prospérité et de création d'emplois. Mais lorsque la grande crise économique débuta, ce libéralisme économique devint de plus en plus critiqué et Taschereau acquit une image d'esclave du gros capital, de «trustard».

Afin de solutionner les différents problèmes économiques affligeant la province, Arcand recherchait un homme intègre qui serait en mesure, avec l'aide d'un parti politique oU la corruption n'aurait pas sa place, de remettre le système démocratique sur le droit chemin, c'est-à-dire de l'amener à s'occuper davantage du sort des plus démunis. A cette époque, sa vision du système démocratique n'était pas différente de celle de plusieurs autres intellectuels. Si on enlevait le patronage et les magouilles qui la paralysaient, Arcand avançait que la

démocratie parlementaire pourrait donner sa pleine mesure sans que l'on ait à la remplacer par un autre système.

Arcand crut un instant avoir trouvé l'homme de la situation en la personne de Camillien Houde, qui fut élu maire de Montréal en 1925 et, un an plus tard, leader du parti conservateur provincial. Houde brisa ses espoirs lorsque, à l'occasion du débat entourant le Bill David11, il condamna vigoureusement la campagne d'antisémitisme lancée par Arcand dans ses journaux.12 Houde devint à partir de ce moment une des têtes de turc préférées des différents périodiques d'Arcand. On l'accusa de tenir Montréal sous sa coupe et d'exploiter la ville pour

I o Denis Chouinard, «Les Jeune Canada: un mouvement contestataire des années 30»,

mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 1984, p. 5.

I I Voir plus loin, p. 19.

12 Lita-Rose Betcherman, The Svastika and the Maple Leaf. Fascist Movements in Canada in

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son profit et celui de ses amis, entre autres par le biais du patronage. Certaines de ces accusations étaient d'ailleurs assez virulentes. «Plus on étudie le

Houdisme, plus il est laid et répugnant: plus on conçoit que cette organisation d'arrivistes est en somme une bete immonde»^

Le leader du parti conservateur fédéral, Richard Bedford Bennett, qui avait prouvé «qu'il est un homme juste et qu'il sait protéger le peuple avant les

intérêts des individus, si gros soient-ils»14, représentait un excellent choix pour

réformer le système démocratique fédéral. Même après la fondation du Parti national social chrétien, Arcand affirma que le gouvernement Bennett était la meilleure option, en attendant sa propre prise de pouvoir. Nous verrons plus loin les raisons de cette admiration d'Arcand pour Bennett.

2-Le tournant du bill David

Les récriminations d'Arcand, au début de son action politique, n'étaient pas très différentes de celles des autres groupes nationalistes du temps, comme les Jeune-Canada ou la Société Saint-Jean-Baptiste. Il était loin d'être le seul pendant cette période, par exemple, à condamner le pouvoir et l'influence des grands trusts; nous n'avons qu'à penser à la croisade entreprise par le docteur Philippe Hamel. Ce n'est que plus tard, lorsqu'il adopta un antisémitisme forcené et qu'il fit part de son désir de détruire le système démocratique, qu'il s'éloigna de façon notable des autres nationalistes de son temp>s. Plusieurs autres penseurs firent aussi montre d'une certaine hostilité envers les Juifs, mais cet antisémitisme resta assez superficiel. Arcand fut l'un des seuls à faire de la haine des Juifs la base de son action politique. Les traces discrètes d'antisémitisme qui

13 «Régime de fripouilles». Le Miroir. 12 juillet 1931, p. 1 - (CAA.)

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parsemaient ses écrits du début prirent ainsi progressivement de plus en plus de place jusqu'à former la majeure partie de la propagande contenue dans ses

articles et ses journaux en général.

Le point de départ de l'antisémitisme fanatique d'Arcand fut la présentation par le secrétaire provincial, Athanase David, d'un projet de loi prévoyant la création d'une commission scolaire juive séparée. En effet, de nombreux Juifs, surtout ceux d'immigration récente, rêvaient d'un système scolaire séparé, administré par eux, où les matières indispensables à l'insertion de l'enfant dans la société auraient pu s'intégrer à celles qui étaient spécifiques au judaïsme.15 Cette loi, adoptée le 2 avril 1930 par l'Assemblée législative, provoqua une flambée de mécontentement chez l'épiscopat catholique de la province. Une loi mettant des non-chrétiens, au plan de l'éducation, sur le même pied que les catholiques et les protestants était considérée par l'épiscopat comme étant inacceptable dans une société chrétienne.16

Les membres du clergé craignaient qu'éventuellement d'autres groupes non-chrétiens s'appuient sur ce dangereux précédent pour réclamer eux aussi des écoles séparées. Cette situation créerait des complications telles que le

gouvernement, pourrait décider d'établir un système scolaire unique pour tous, ne dispensant que des matières laïques, ce qui sonnerait le glas du système

d'écoles confessionnelles. Comme l'école représentait pour le clergé une condition essentielle de survie culturelle et religieuse, cette perspective les inquiétait

fortement.17

15 Jacques Langlais et David Rome. îuifs et québécois français, 200 ans d'histoire commune. Montréal, Fides, 1986, p. 121.

16 Marc Hébert, «La presse du Québec et les Juifs, 1925-1939: le cas du Soleil et du Quebec Chronicle Telegraph», mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 1994, p. 25.

17 Antonin Dupont, Les relations entre l'Eglise et l'Etat sous Louis-Alexandre Taschereau

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A la suite de l'adoption de cette législation, les membres de l'épiscopat s'adjoignirent les services de plusieurs journaux sympathiques à leur cause qui bombardèrent le public et le gouvernement d'éditoriaux exposant de long en large leur position. Par exemple, Mgr Georges Gauthier, coadjuteur de

l'archevêque de Montréal, fit appel à la plume acérée d'Adrien Arcand, qui avait donné plusieurs preuves de sa combativité face aux politiciens dans les pages du Miroir et du Goglu.18

Arcand se lança donc dans la bataille avec ardeur et fougue. Au début de son implication dans la lutte contre le bill David, Arcand n'avait pas encore sombré dans son obsession du Juif diabolique; ses arguments étaient assez nuancés et se rapprochaient beaucoup de ceux d'un grand nombre de membres de l'épiscopat québécois. Sa position était que le pacte de la confédération

canadienne ne reconnaissait que deux «races»: celle des Canadiens anglais et celle des Canadiens français. Tout nouveau venu se devait de perdre son identité

première pour s'identifier à l'une ou l'autre des deux races fondatrices.19 En créant une commission scolaire séparée pour les Juifs, soutenait Arcand, l'Etat leur reconnaissait le statut de «race officielle», ce qui les mettait sur le même pied que la race anglaise et la race française.20

Selon Real Caux, Arcand reçut, lors de cette campagne, un grand nombre de publications sur la question juive mondiale, provenant de plusieurs pays

étrangers, mais surtout d'Angleterre.21 Lorsqu'il eut pris connaissance de ces documents, une haine profonde à l'égard des Juifs se forma en lui. L'étude de cette documentation représenta le point de départ de sa haine farouche des Juifs.

18 Jacques Langlais et David Rome, Tuifs et québécois français..., p. 132.

19 Emile Goglu, «Le Canada est la patrie des canadiens et non des juifs». Le Goglu, 4 avril

1930, p.2.

20 Emile Goglu, «Un Québec chrétien ou un Québec juif?». Le Goglu. 29 août 1930. p. 2.

21 II entretenait notamment une correspondance régulière avec Sir Osvald Mosley, le leader

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Québec et du monde.22 Arcand entra ainsi de plain-pied dans le club sélect et international des antisémites fanatiques. Il se mit d'ailleurs par la suite à correspondre régulièrement, avec des fascistes antisémites de partout dans le monde qui lui faisaient parvenir constamment des écrits renforçant ses convictions.

De plus, lorsque le gouvernement du Québec dut faire marche arrière et revenir au statu quo23, l'antisémitisme d'Adrien Arcand fut puissamment renforcé par ce qu'il considérait comme une victoire personnelle:

Il est avéré que si nos journaux n'avaient pas fait le vacarme que l'on sait autour de cette affreuse législation, le Bill David aurait été mis en opération (...) Cette historique reculade du gouvernement Taschereau et du chef de l'opposition est la plus belle victoire remportée jusqu'ici par les Goglus. Seuls les Goglus la savourent, car ils ont combattu seuls. Ils ne

permettront à personne de leur enlever ou simplement partager leur mérite.24

Cette façon de s'approprier tout le mérite était bien entendu grandement exagérée, puisque l'opposition au bill David rassemblait une grande partie de l'épiscopat et de la presse catholique. Taschereau reçut, par exemple, des lettres de protestation du cardinal Raymond-Marie Rouleau, de Mgr Gauthier, de

Montréal, de Mgr Cour chesne, de Rimouski, de Mgr Comtois, de Trois-Rivières, de Mgr Ross, de Gaspé, de Mgr Decelles, de St-Hyacinthe et de Mgr Brunault, de

22 Réal Caux, «Le Parti National Social Chrétien (Adrien Arcand, ses idées, son oeuvre et son

influence)», mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 1958, pp.30-31.

23 La loi du 2 avril 1930 prévoyait la création d'une commission scolaire juive à Montréal,

composée de sept membres. Toutefois, le gouvernement dut reculer face à la levée de boucliers qu'elle engendra. Il fit pression sur la nouvelle commission scolaire pour qu'elle renonce à ses droits reconnus par la nouvelle loi d'établir ses propres écoles hébraïques et pour qu'elle signe avec le Montreal Protestant School Board une entente qui n'accordait en fait aucun statut particulier aux Juifs. On revint donc pratiquement au statu quo, sauf qu'il y avait maintenant une commission scolaire juive pour surveiller les ententes. Jacques

Langlais et David Rome, Juifs et québécois français..., p. 136.

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Nicolet.2^ Ces interventions eurent probablement beaucoup plus de poids face au gouvernement que les récriminations du Goglu. n'en déplaise à Arcand.

Ce dernier, comme ses collègues antisémites d'Europe et d'ailleurs, devint convaincu, à la suite de ses lectures, que la race juive complotait pour dominer le monde et assujettir toutes les autres races en établissant une république juive universelle. Ce désir de domination, selon Arcand, provenait de leur religion qui enseignait que les Israélites étaient le seul peuple élu et que les autres races étaient destinées à devenir leurs esclaves.26 Cette doctrine était supposément fixée dans le Talmud, le livre religieux juif qui s'enseignait dans les synagogues. Celui-ci, selon la majorité des antisémites fanatiques, enseignait la haine des chrétiens, considérés comme des bêtes, et valorisait le mal commis contre eux.

Arcand appuyait un grand nombre de ses affirmations sur les notoires Protocoles des Sages de Sion. ce supposé plan secret juif px>ur dominer le monde dont une enquête avait révélé, dès 1920, qu'il s'agissait d'un faux forgé par la police tsariste pour discréditer le mouvement révolutionnaire communiste à travers ses membres juifs.27 Le fasciste canadien ne faisait pas preuve d'une grande originalité puisque ce document, qui fut traduit dans la plupart des langues européennes à partir de 1919-1920, était cité par un grand nombre d'antisémites d'Europe et d'ailleurs.

Arcand tentait aussi d'utiliser la religion catholique pour justifier son antisémitisme. Il affirmait régulièrement, par exemple, que le racisme était conforme à la loi divine. Il accusait aussi constamment les Juifs de déicide28 dans

25 Antonin Dupont, Les relations entre l'Eglise et l'Etat..., p. 260.

26 Adrien Arcand, «Amour et haine». Le Miroir, 18 décembre 1932, p. 2. (C.A.A.)

27 Lita-Rose Betcherman, The Svastika and the Maple Leaf.... p. 22.

28 Cette accusation n'était pas non plus très originale, puisqu'elle correspondait aux

affirmations de l'Eglise catholique. En effet, ce n'est qu'à l'occasion du Concile Vatican II, en 1965, que l'Eglise révisa son enseignement relatif au peuple juif, l'exonérant du «crime de déicide». Léon Poliakov, Les Juifs et notre histoire, Paris, Flammarion, 1973,

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ses différents journaux. En effet, Dieu, dans son infinie bonté, avait tenté en vain de sauver cette race dégénérée en lui envoyant son fils. Les Juifs l'assassinèrent, puisqu'ils étaient les enfants de Satan et faisaient l'oeuvre de leur père. René Durocher, notamment, a tenté de prouver que la religion n'était qu'un prétexte pour Arcand et ses disciples. Dans une étude sur le Fasciste Canadien, il a

démontré que dans 52$ des cas où il était question de religion dans ce journal publié par Arcand, celle-ci servait à justifier son antisémitisme.2? Pierre

Trépanier, dans une étude intitulée «La religion dans la pensée d'Adrien

Arcand»3°, a bien affirmé qu'Adrien Arcand était un chrétien sincère, qu'il avait une pensée religieuse originale ne servant pas seulement à justifier son

antisémitisme, mais les tenants de cette thèse ne sont pas très répandus chez les historiens.

A la suite de son adhésion virulente à l'antisémitisme, Arcand continua de dénoncer les problèmes évoqués au début du chapitre, mais toujours en les reliant au fameux problème juif. Par exemple, le Premier Ministre Taschereau demeurait toujours aussi corrompu, mais il devenait maintenant un valet de la juiverie, surtout après qu'il eut affirmé, à la suite du jugement rendu dans l'affaire Abugov?1, que les Juifs étaient au Québec pour y rester.32 Les maîtres des trusts qui causaient tant de problèmes au Québec devinrent des Juifs, etc. De plus, Arcand commença à établir des liens de plus en plus fréquemment, entre la situation du Québec et celle des autres pays chrétiens, internationalisant ainsi sa pensée.

29 René Durocher, «Le Fasciste Canadien», dans Fernand Dumont, dir. étal.. Idéologies au

Canada Français 1930-1939 Québec, Presses de l'Université Laval, 1971, p. 266.

30 pierre Trépanier, «La religion dans la pensée d'Adrien Arcand», Les Cahiers des Dix, vol. 46(1991), pp. 207-247.

31 voir chapitre deux, p. 63.

32 «Three Classes of Journalism are Denounced», The Montreal Gazette, 16 septembre 1932, p.

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3-Les trois facettes de l'influence juive dans les pays chrétiens a) L'influence juive au plan politique

Selon Arcand et les autres antisémites fanatiques, dans leur tentative de soumettre les Canadiens et l'ensemble des autres races à leur domination, les Juifs lancèrent une vaste offensive qui touchait autant le plan politique que les plans économique et socio -culturel. Au niveau politique, ils inventèrent trois stades de déchéance devant amener à terme la destruction des pays civilisés.

Le premier de ces stades était bien entendu la démocratie libérale; elle fut imposée en Occident à la suite de la Révolution française, elle-même fomentée par les Juifs. Cette révolution, dont la philosophie de base était un libéralisme prêchant la tolérance et condamnant la discrimination raciale, a permis aux Juifs de sortir des ghettos où le sommet de la civilisation occidentale qu'était le moyen âge les avait, confinés. Ainsi libérés, ils purent se lancer à la conquête du

monde. 3 3

La démocratie, cette diabolique invention juive qu'Arcand appelait

d'ailleurs souvent la juivocratie, a consacré les faux principes d'égalité pour tous et de liberté pour tous, faisant disparaître les protections dont jouissaient les «races nationales»:

Les races nationales, sous la démocratie, ont perdu la suprématie terrienne de leur pays, par la liberté accordée aux étrangers de s'en emparer. Les religions nationales ont perdu leur suprématie, par la liberté accordée à toutes les religions étrangères de devenir leurs égales. Les races nationales ont perdu leur suprématie nationale, par la liberté accordée à toutes les races étrangères de devenir leurs égales chez elles, avec la liberté de partager leurs droits, leurs privilèges, leur patrimoine. Les races nationales ont perdu leur suprématie financière, industrielle et commerciale chez elles, par la liberté accordée à tous les éléments étrangers de venir leur livrer 33 Adrien Arcand, Fascisme ou Socialisme? Montréal, Le Patriote, 1934, p. 35

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compétition. 34

Bien entendu, les éléments étrangers qui profitèrent le plus de ces nouvelles conditions furent les Juifs, puisqu'ils étaient les grands responsables de leur mise en place. Selon Arcand, de l'égalité de statut à la domination, il n'y avait qu'un pas que les Juifs allaient s'empresser de franchir.35

En plus de permettre l'émancipation des juifs, la démocratie constituait, selon Arcand, un excellent instrument de déstabilisation des peuples. Au Québec, par exemple, en détruisant le principe d'unité et d'autorité, la démocratie avait provoqué la disparition d'un peuple uni pour le remplacer par deux moitiés de peuples antagonistes, se détestant mutuellement, la moitié bleue et la moitié rouge. Le démembrement de l'unité organique de la nation et les querelles incessantes qui en résultèrent permirent ainsi aux Juifs de raffermir leur unité comme État dans l'État.36

Un autre des vices de la démocratie provenait du fait qu'elle tirait son autorité de la majorité du nombre, exprimée par le mode électoral. Selon Arcand, cette majorité représentait une masse incohérente, anonyme, impersonnelle et ignorante. De plus, «comme cette majorité est presque toujours le fruit de la corruption électorale, comme la masse est corruptible, comme l'élu (...) est placé dans des conditions qui le rendent plus corruptible encore, il s'ensuit que la démocratie ne vit que de corruption»37 II était donc normal, dans de telles conditions, que ce système soit incapable d'apporter une solution durable aux problèmes que vivaient le Canada et le reste du monde.

34 Ibid., pp. 38-39.

35 Cette analyse était fréquente chez les antisémites.

36 Adrien Arcand, «La démocratie, une farce criminelle». Le Combat National, octobre 1938,

p. l.(CAA)

(36)

Si Arcand, au début de son action politique, défendait une réforme du système démocratique, c'était parce qu'il n'avait pas encore eu accès aux documents qu'il reçut à la suite de la lutte entourant le bill David. Cette

documentation provenant des antisémites européens lui fit «prendre conscience» de la profondeur des maux affligeant le système démocratique. Il en vint donc à la conclusion, comme la majorité des antisémites fanatiques, que la démocratie parlementaire était une invention juive qu'il fallait détruire et non réformer avant que les dommages ne soient, irréversibles.

En effet, pour Arcand, de même que pour les antisémites du monde entier, le système démocratique n'était que la première étape du plan juif de

domination mondiale, la seconde étant l'instauration d'un régime socialiste accentuant, les effets du libéralisme ainsi que les autres travers et vices

démocratiques. Le socialisme était une révolte contre ce qui restait d'ordre moral et spirituel, contre les lois naturelles et divines n'ayant pas encore été répudiées par la démocratie libérale. 38 Plutôt que de rétablir l'harmonie entre les classes désaxées par la démocratie, ce système voulait leur abolition pour n'en garder qu'une seule. Il voulait la disparition de la religion, puisque les principes de la charité chrétienne constituaient une soupape contre les abus.

Le socialisme visait aussi la disparition du nationalisme, pour le remplacer par un internationalisme niant la protection des nationaux du pays contre

l'invasion économique et sociale des étrangers.39 De plus, ce régime honni visait, selon Arcand, la disparition du droit de propriété et de la famille. Finalement, dans un système socialiste, l'individu perdait toute liberté pour devenir la

propriété de l'État, ne devant plus penser et vouloir que ce que pensait et voulait

38 ibid,p.45.

(37)

l'État40 Arcand accusait d'ailleurs Taschereau d'avoir fait faire des pas de géants à l'étatisme depuis sa prise de px>uvoir, en imposant notamment des secours directs pour aider les chômeurs. En effet, remplacer la grande loi de la charité individuelle par la charité d'État représentait «la première forme de

socialisme».41 Cela augurait mal pour l'avenir du Québec, selon le rédacteur du Goglu.

Selon Arcand, les Juifs contrôlaient la plupart des pays socialistes. Lorsque de vrais Juifs ne figuraient pas à la tête de ces gouvernements, ils étaient

remplacés par des «demi-juifs ou des irreligieux anti-nationaux et

internationalistes qui ne jur[aient] que par les auteurs juifs, que par leurs

maîtres juifs, et qui défend [aient] la juiverie avec plus d'ardeur que les Israélites eux-mêmes.»42

L'aboutissement ultime de ces doctrines détestables était bien entendu le communisme ou bolchevisme, tel qu'il se pratiquait, en Russie soviétique. Arcand se plaisait d'ailleurs à répéter continuellement l'affirmation du Pape Pie XI: «Le socialisme a le libéralisme pour père et le bolchevisme pour héritier». Selon Arcand, lorsque tous les pays auraient baigné dans un chaos semblable à celui observé en Russie, que partout la famille, les traditions, la morale, les religions, l'idée de Dieu et le libre arbitre auraient été chose du passé, que l'amour libre et le meurtre de tout ce qui est éduqué et instruit seraient devenus chose normale, «[Israël] se [serait levé] dans toute la puissance de sa religion matérielle et haineuse pour dominer les races désorganisées et réaliser son rêve du peuple élu.»43 Et l'aboutissement ultime du bolchevisme était le culte de Satan, déjà adoré dans plusieurs des républiques soviétiques, selon Arcand. En effet, le

4 0 Adrien Arcand, «Socialisme et conservatisme». Le Miroir, 20 novembre 1932, p. 2. (CAA.) 4 1 Emile Goglu, «Menace pour les campagnes». Le Goglu. 22 avril 1932, p. 2.

4 2 Adrien Arcand, Fascisme ou Socialisme? p. 42.

(38)

fasciste canadien affirmait que les Juifs étaient les enfants de Satan et qu'ils faisaient ainsi l'oeuvre de leur père44, ce qui était un thème assez répandu chez les antisémites fanatiques.45

Au Canada, Arcand affirmait que le communisme faisait des progrès considérables. Il n'hésita d'ailleurs pas à avancer que, seulement à Toronto, il y avait quarante mille communistes en 1935, dont vingt mille militants. Une partie de ces communistes était d'ailleurs censée faire des exercices militaires, arme au poing, trois soirs par semaine, dans six salles différentes de la ville.46

b) L'influence juive au plan économique

La juiverie ne se contentait pas de détruire les pays civilisés par le seul biais des systèmes politiques; son influence s'étendait aussi au sein de la sphère économique. Selon Arcand, la haute finance internationale, sous le contrôle absolu des Juifs, était en possession de l'ensemble des réserves mondiales d'or, qu'elle prêtait à différents pays. Par exemple, la Banque de France et la Réserve fédérale des Etats-Unis étaient censées avoir dans leurs coffres une grande partie de l'or mondial. Mais cet or, selon Arcand, n'était pas leur propriété, il provenait de la haute finance qui l'avait prêté à ces pays sur gages.47 Par ce biais, la

44 Adrien Arcand, Fascisme ou Socialisme? p. 30.

45 Cette façon d'associer les Juifs à Satan remontait aux débuts de l'ère chrétienne, alors que

l'Eglise et la Synagogue se disputaient les fidèles dans le monde hellénistique. Par exemple, pour pousser les chrétiens judaïsant d'Antioche à rompre avec la religion mère. Saint Jean Chrysostome qualifiait la synagogue de «temple de démons et de caverne des diables». De même Saint Augustin, pour empêcher ses fidèles de se tourner vers le judaïsme, décrivait la façon dont les Juifs, après avoir été les enfants favoris de Dieu, étaient devenus les enfants de Satan. Ces accusations furent reprises au cours du moyen âge et les Juifs furent de nouveau représentés comme les enfants du diable, destinés à combattre la chrétienté et nuire aux chrétiens. Les antisémites fanatiques de l'époque d'Arcand n'ont donc que réactualisé ces anciens mythes occidentaux. Normand Cohn, Histoire d'un mythe. La «conspiration» iuive et les protocoles des sages de Sion. Paris. Gallimard. 1967. p. 25

4 6 Adrien Arcand, «Progrès du communisme». Discours prononcé au Upper Canada College

de Toronto et reproduit dans Le Combat national, décembre 1938, p. 7. (C.A.A.)

(39)

juiverie avait pris progressivement le contrôle de la valeur et de l'échange des monnaies nationales pour provoquer des crises à son gré et ruiner des classes entières.

C'est ainsi que toutes les crises économiques qu'avait vécues le monde occidental, incluant celle particulièrement éprouvante que vivaient les

contemporains d'Arcand au cours de la décennie 1930, furent provoquées

sciemment par la juiverie internationale px>ur pousser la classe ouvrière vers le communisme. «Maîtres de l'Internationale d'en haut, celle de l'or, ils devinrent aussi maîtres de l'Internationale du bas, la prolétarienne, et entre ces deux mâchoires de la grande pince ils écrasent la bourgeoisie afin d'éliminer les dernières forces de résistance nationale.»48

Etant à la tête de gigantesques trusts internationaux, les Juifs exploitaient aussi les différentes nations pour s'enrichir afin de préparer leur future

domination mondiale. Au Canada, cette exploitation des trusts était apparente, entre autres, dans le commerce du tabac. Selon Arcand, 50% du commerce

canadien du tabac était sous le contrôle de l'Impérial Tobacco Company Limited, une filiale de la British-American Tobacco Company de Londres, elle-même sous la coupe d'une vaste organisation aux ramifications mondiales et dirigée par une bande d'«écumeurs» pour la plupart Juifs.4?

A un niveau plus local, les Juifs immigrés nuisaient à leur pays d'accueil en prenant le contrôle du petit commerce aux dépens des nationaux. En effet,

comme les Juifs étaient foncièrement mauvais et n'avaient aucune morale, ils usaient sans aucune vergogne de pratiques commerciales malhonnêtes

auxquelles les marchands chrétiens ne pouvaient avoir recours car leur religion

4 8 Adrien Arcand, Discours prononcé à Nev-York le 30 oct. 1937 et reproduit dans Le Fasciste

Canadien, décembre 1937, p. 7. (C.A.A.)

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