Mod`ele fluide pour les ondes de sillage
Jerome Faure December 10, 2007
Le but du pr´esent document est d’´etablir un mod`ele qui d´ecrive l’excitation d’ondes plasma par une impulsion laser ou un faisceau de particules.
Les hypoth`eses sont les suivantes:
• Les ions sont immobiles. Cette hypoth`ese se justifie dans le cas o`u la dur´ee de l’impulsion laser est courte devant le temps typique de d´eplacement des ions (τ ¿ωpi−1).
• le plasma est mod´elis´e par un fluide d’´electrons. Le fluide ´electronique est donc repr´esent´e par des grandeurs macroscopiques telle que sa den- sit´en(r, t), sa vitesse v(r, t). Notons cependant que ce mod`ele ne per- met pas de d´ecrire des ph´enom`enes cin´etiques tels que l’effet Landau, le d´eferlement, le pi´egeage des ´electrons. Ces effets n´ecessitent des d´eformations de la fonction de distribution des ´electrons, ce que le mod`ele fluide ne permet pas.
• Le fuide ´electronique est consid´er´e comme froid. On prendra donc sa temp´erature ´egale `a zero et les ´equations fluides ne comportent donc pas de termes de pression thermique. Cela se justifie car dans le cas des ultra-hautes intensit´es, l’´energie des ´electrons oscillant dans le champ laser est de l’ordre du MeV, plusieurs ordres de grandeurs au-dessus de l’´energie thermique des ´electrons. Cela peut aussi s’´ecrire vosc'eElaser/(mω0)Àvth = (kBTe/m)1/2. C’est donc l’oscillation du champ laser qui domine le mouvement des ´electrons, les collisions sont n´egligeables.
• On consid`ere le r´egime faiblement relativiste pour lequel les ´electrons ne sont pas relativistes. Cela implique que l’intensit´e laser est suff- isamment faiblea20 ¿1, ou que la densit´e du faisceau de particules est
suffisamment faible nb ¿ n0. En cons´equence, l’amplitude de l’onde plasma est ´egalement faible δn/n0 ¿1.
• on suppose que le plasma est fortement sous-dense: ωp ¿ ω0. Cette hypoth`ese permet de d´ecomposer les grandeurs en une partie haute fr´equence (ω0) et basse fr´equence (ωp).
• On se place en polarisation lin´eaire. Notons que cela ne nuit pas `a la g´en´eralit´e du probl`eme.
1 Definition des faisceaux excitateurs
1.1 Cas d’un laser
L’impulsion laser est d´efinie grˆace au potentiel vecteur normalis´ea=eA/mec, o`uAest le potentiel vecteur du laser. Pour une impulsion se propageant selon l’axe z et polaris´ee selon l’axex:
a= ˆa(r, z, t) cos(k0z−ω0t)ex (1) o`uk0 etω0sont le vecteur d’onde et la pulsation du champ ´electromagn´etique associ´e au laser. ˆaest une fonction d’enveloppe qui repr´esente la forme spatio- temporelle de l’impulsion. On peut par exemple choisir une forme gaussienne pour ˆa de sorte que
ˆ
a2(r, ζ) =a20exp(−ζ2/L20) exp(−r2/σ2) (2) o`uζ =z−vgt etvg est la vitesse de groupe du laser. a0 est l’amplitude laser, L0 est la longueur d’impulsion andσ est la dimension radiale de l’impulsion.
1.2 Cas d’un faisceau de particules
De fa¸con similaire, on peut repr´esenter un faisceau de particules par sa densit´e de particules nb:
nb(r, ζ0) =nb0exp(−ζ02/L2b) exp(−r2/σb2) (3) o`u ζ0 = z−vbt, et vb est la vitesse du faisceau, Lb la dur´ee du paquet de particules et σb sa taille transverse.
2 Equations de base
2.1 Equations de Maxwell
On a besoin de l’´equation de Poisson:
∇ ·E = ρ
²0 (4)
o`uρ=−e(n−n0)+qnb est le terme source total. qnb est le terme source dˆu `a la pr´esence du faisceau. Par la suite, nous ferons l’hypoth`ese que l’excitateur est un faisceau d’´electrons: q = −e. −e(n −n0) est le terme source qui d´ecoule de la s´eparation de charge dans le plasma: n0 =Zni is la densit´e des ions (immobiles) alors que n est la densit´e des ´electrons (qui bougent). Le d´eplacement des ´electrons par le faisceau excitateur cr´ee une s´eparation de charge qui est la source du champ ´electrique E.
Rappelons que l’on peut ´ecrire les champs en fonction des potentiels:
B = ∇ ×A (5)
E = −∇Φ− ∂A
∂t (6)
On choisit la jauge de Coulomb: ∇ ·A= 0. Dans cette jauge, l’´equation de Poisson devient
∇2Φ = e
²0
(n+nb−n0)
Cette jauge est commode pour le probl`eme qui nous int´eresse: Arepr´esente le champ laser haute fr´equence alors que Φ repr´esente les champs de d´eplacement de charge du plasma (basse fr´equence). En plasma tr`es sous-dense, les fr´equences laser et plasma sont nettement s´eparables (ωp ¿ ω0) et la jauge de Coulomb permet donc de s´eparer le champ ´electromagn´etique du laser du champ ´electrostatique de l’onde plasma. Notons que lorsque la densit´e du plasma se rapproche de la densit´e critique, les champs laser et plasma sont plus difficilement s´eparables car leurs fr´equences caract´eristiques sont proches. Dans notre cas, la s´eparation est applicable et le champ ´electrique E a deux composants: une composante laser EL = −∂A/∂t `a la haute fr´equence ω0 et le champ plasma Ep =−∇Φ, qui oscille `aωp.
En ´ecrivant n =n0+δn, o`u δn= n−n0 est la perturbation de densit´e plasma, l’´equation de Poisson devient:
∇2Φ = en0
²0
³δn n0
+ nb n0
´
(7)
2.2 Equations fluides
On commence avec l’´equation de continuit´e
∂n
∂t +∇ ·(nv) = 0 (8)
On a ´egalement l’´equation du mouvement pour le fluide ´electronique
∂v
∂t + (v· ∇)v=− e
me(E+v×B) (9)
que l’on peut re´ecrire:
∂v
∂t + (v· ∇)v=− e
me(EL+v×BL− ∇Φ) (10)
2.3 Force pond´ eromotrice
Pour l’instant, nous allons n´egliger les champs plasma pour se focaliser sur la force pond´eromotrice. Nous allons donc faire l’hypoth`ese (temporaire) que les ´electrons ne sont soumis qu’au champs laser et pas aux champs du plasma:
∂v
∂t + (v· ∇)v=− e
me(EL+v×BL) (11) Nous allons montrer ici que l’action du laser sur les ´electrons est double: tout d’abord, le champ ´electrique transverse du laser provoque une oscillation transverse des ´electrons `a ω0. Mais la composante magn´etique du champ dans la force de Lorentz pousse les ´electrons longitudinalement. Ecrivons la vitesse des ´electrons comme la somme d’un terme du premier ordre et d’un terme nonlin´eaire du second ordre: v = vl+vnl. En lin´earisant l’´equation pr´ec´edente, on arrive au premier ordre `a
∂vl
∂t =− e
meEL (12)
Physiquement, cela signifie simplement que le mouvement principal des ´electrons consiste en une oscillation transverse dans le champ laser. On peut main- tenant utiliser une autre ´equation de Maxwell: ∇ ×EL =−∂BL/∂t, et ´ecrire
∂∇ ×vl
∂t =− e me
∇ ×EL = e me
∂BL
∂t
et finalement BL =me/e∇ ×vl.
Au second ordre, l’´equation du mouvement (eq. 11) peut s’´ecrire seule- ment en fonction de vl, apr`es remplacement de BL:
∂vnl
∂t =−(vl· ∇)vl+vl× ∇ ×vl =−∇(vl2/2)
On peut ´ecrire vl diff´eremment: vl = eA/me de sorte que ∇(v2l/2) = c2∇(a2/2). Finalement, l’´equation du mouvement devient:
∂v
∂t =− e me
EL−c2∇a2 2
Le dernier terme, proportionnel au gradient de l’intensit´e laser, est la force pond´eromotrice.
Lorsque l’on consid`ere la force pond´eromotrice, on consid`ere g´en´eralement le mouvement des ´electrons moyenn´e sur la haute fr´equence laser `a ω0. Dans ce cas, si l’on introduit `a nouveau les champs plasmas, l’´equation “lente” du mouvement des ´electrons (`a ωp) est alors donn´ee par:
∂v
∂t =−c2∇ˆa2 4 + e
me
∇Φ (13)
o`u nous avons utilis´e l’op´erateur hxi, la moyenne dex sur une p´eriode laser:
hxi= 1 T0
Z T0/2
−T0/2
xdt
Cela donne hELi= 0 etha2i= ˆa2/2.
3 Equation de l’onde plasma
Nous lin´earisons maintenant l’´equation de continuit´e (eq. 8) de sorte que l’on obtient le syst`eme d’´equation suivant:
∂δn
∂t +n0∇ ·v= 0 (14)
∂v
∂t =−c2∇ˆa2 4 + e
me
∇Φ (15)
∇2Φ = en0
²0
³δn n0
+ nb n0
´
(16) En d´erivant (14) et en utilisant les ´equations (15) et (16), on obtient
∂2δn
∂t2 +n0∇ · µ∂v
∂t
¶
= ∂2δn
∂t2 − n0e me
∇2Φ−n0c2∇2ˆa2 4
= ∂2δn
∂t2 + n0e2
me²0(δn+nb)−n0c2∇2ˆa2 4 On obtient finalement l’´equation fluide sur l’onde plasma:
µ∂2
∂t2 +ωp2
¶δn
n0 =c2∇2ˆa2
4 −ω2pnb
n0 (17)
Cette ´equation montre simplement que les ´electrons du plasma se comportent comme des oscillateurs harmoniques excit´es soit par la force pond´eromotrice (terme c2∇2ˆa2/4) soit par la force de Coulomb du faisceau de particules (terme −ωp2nb/n0). Ici, l’excitateur, qu’il soit laser ou faisceau de particules, d´eclenche une r´eponse similaire dans le milieu plasma: une onde plasma relativiste. Dans la suite, pour des raisons de clart´e, nous ne consid´ererons que le cas d’un laser (nb = 0) mais le cas d’un faisceau de particules est similaire.
Au lieu d’´ecrire une ´equation surδn/n0, nous allons ´ecrire une ´equation sur le potentiel de l’onde plasma. Tout d’abord, on a∇2Φ =en0/²0×δn/n0
et on d´efinit le potentiel scalaire normalis´e φ = eΦ/mec2, on peut alors exprimer φ comme ∇2φ = ωp2/c2δn/n0. En rempla¸cant δn/n0 dans eq. 17, on obtient l’´equation sur le potentiel
µ∂2
∂t2 +ωp2
¶
φ=ω2paˆ2
4 (18)
3.1 Approximation quasistatique (cas d’un laser)
Le laser se propage `a une vitesse proche de la vitesse de la lumi`ere (a est fonction de ζ =z−vgt), il est donc pratique de se placer dans un r´ef´erentiel qui suit l’impulsion laser: τ =t et ζ =z−vgt. Pour les nouvelles variables,
on a:
∂
∂t = ∂
∂τ −vg ∂
∂ζ
∂
∂z = ∂
∂ζ
∂2
∂t2 = ∂2
∂τ2 +vg2 ∂2
∂ζ2 −2vg ∂2
∂ζ∂τ
∂2
∂z2 = ∂2
∂ζ2
En r´ealisant le changement de variables, on obtient une ´equation sur le potentiel plasma:
µ ∂2
∂τ2 +v2g ∂2
∂ζ2 −2vg ∂2
∂τ ∂ζ +ωp2
¶
φ=ωp2aˆ2
4 (19)
Si on fait l’hypoth`ese que l’enveloppe de l’impulsion laser varie peu durant le temps de transit d’un ´electron du plasma sous le laser (approximation quasistatique), alors on peut n´egliger les d´eriv´ees en τ dans les ´equations.
Cela signifie que ∂/∂τ ¿ ∂/∂ζ pour les quantit´es plasma. A l’arri`ere de l’impulsion laser on a les quantit´es plasma (φ, δn et u) qui varient selon
∂/∂ζ ' kp et sous l’impulsion laser, ∂/∂ζ ' 1/L0, o`u L0 est la longueur de l’impulsion laser. L’impulsion laser et les quantit´es plasma ´evoluent au cours du temps selon ∂/∂τ ' 1/τE o`u τE est le temps d’´evolution du laser, typiquement de l’ordre du temps de Rayleigh τR =zR/c
En d’autres termes, l’´equation quasistatique implique que L0/c ¿ τE et ωp−1 ¿ τE . Cela signifie que la r´eponse ´electronique suit de fa¸con statique l’´evolution de l’impulsion laser au cours de sa propagation. Cette hypoth`ese est donc viol´ee pour des impulsions trop longues ou pour des focalisations tr`es fortes (dans le cas d’une autofocalisation dramatique de l’impulsion par exemple).
En appliquant cette approximation, on obtient finalement l’´equation qua- sistatique sur le potentiel:
µ ∂2
∂ζ2 +kp2
¶
φ =kp2ˆa2
4 (20)
o`u kp =ωp/vg est le vecteur d’onde. Il est assez ´evident quevg = vp, i.e. la vitesse de groupe du laser est ´egale `a la vitesse de phase de l’onde plasmas.
4 R´ esolution de l’´ equation du potentiel plasma
La solution de l’´equ. 20 qui s’annule pour ζ = +∞ (c’est-`a-dire pas de perturbation de densit´e avant l’arriv´ee de l’impulsion laser) est donn´ee par:
φ(r, ζ) = −kp 4
Z +∞
−ζ
ˆ
a2sin[kp(ζ−ζ0)]dζ0 (21) Ici, on cherche `a connaˆıtre la r´eponse du plasma apr`es le passage de l’impulsion, i.e. derri`ere l’impulsion (ζ <0). Or ˆa2 = 0 derri`ere l’impulsion, de sorte qu’il s’agit de r´esoudre l’impulsion suivante:
I =
Z +∞
−∞
ˆ
a2sin[kp(ζ−ζ0)]dζ0
= sin(kpζ) Z +∞
−∞
ˆ
a2cos(kpζ0)dζ0−cos(kpζ) Z +∞
−∞
ˆ
a2sin(kpζ0)dζ0 La fonction ˆa2 est paire (en ζ), et donc la seconde int´egrale est nulle. Nous n’avons donc qu’`a r´esoudre la premi`ere int´egrale qui n’est autre que la trans- form´ee de Fourier de ˆa2:
I =e−r2/σ2 × Z +∞
−∞
a20e−ζ02/L20eikpζ0dζ0 =√
πa20L0exp(−kp2L20/4) exp(−r2/σ2) Ce qui donne la solution suivante pour le potentiel de l’onde plasma
φ =−√
πa20kpL0
4 e−k2pL20/4e−r2/σ2sin(kpζ) (22) On peut alors en d´eduire le champ ´electrique associ´e `a ce potentiel
E
E0 =− 1
kp∇φ=−1 kp
µ ez ∂
∂ζ +er ∂
∂r
¶ φ Cela donne le champ ´electrique longitudinal suivant pour ζ <0
Ez E0
=√
πa20kpL0
4 e−kp2L20/4e−r2/σ2cos(kpζ) (23) et le champ ´electrique transverse
Er E0
=−√ πa20
2e−k2pL20/4L0r
σ2 e−r2/σ2sin(kpζ) (24)
o`uE0 =mecωp/eest le champ de d´eferlement du plasma (le champ ´electrique maximum que le plasma peut soutenir). Quand δn/n0 = 1 (maximum de perturbation de la densit´e ´electronique), l’onde plasma d´eferle et le champ
´electrique atteint une valeur maximale donn´ee parE0(typiquementE0 = 300 GV/m pour un plasma de densit´e n= 3×1019cm−3)
Finalement, on obtient la perturbation de densit´e ´electronique selon δn
n0 =− 1 kpE0
µ∂Ez
∂ζ + 1 r
∂(rEr)
∂r
¶
La perturbation de densit´e peut s’exprimer `a l’aide d’un terme transverse et d’un terme longitudinal δn =δnz +δnr. Cela est dˆu respectivement aux composantes transverses et longitudinales de la force pond´eromotrice. Pour ζ <0
δnz
n0 =√
πa20kpL0
4 e−kp2L20/4e−r2/σ2sin(kpζ) (25) et pour la partie radiale
δnr
ne = δnz n0
4 σ2k2p
µ 1− r2
σ2
¶
(26)
4.1 Condition de r´ esonance
Il existe une condition de r´esonance pour l’excitation des ondes plasmas. En particulier, le champ ´electrique longitudinal est maximal lorsque la dur´ee d’impulsion satisfait la condition suivante:
kpL0 =√ 2
Il existe donc une relation directe entre la densit´e plasma et la dur´ee d’impulsion.
En unit´es pratiques, cela s’´ecrit
nres(cm−3) = 1.7×1021 τf whm2 (fs) o`u τf whm est la dur´ee d’impulsion `a mi-hauteur.