Egouttement
enjeunes pessières
et intensité de la première éclaircie
F.
FRANÇOIS,
Laboratoire
P. MERTENS forestier de l’Un
P. ANDRÉ versité catholi
F. DEVILLEZ *
e de Louvain Laboratoire
forestier
de l’Universitécatholique
de LouvainFaculté des Sciences agronomiques
2, place Croix-du-Sud, B.P. 4, B 1348
Louvain-la-Neuve, Belgique
""" Laboratoire
d’Ecologie
végétale de l’Universitécatholique
de LouvainFaculté des Sciences
4, place Croix-du-Sud, B 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique
Résumé
L’intensité de la
première
éclaircie enjeunes pessières
conditionne directement laproduction
courante dupeuplement
en modifiant notamment l’environnement de croissance des arbres.Une des composantes du bilan
hydrique
-l’égouttement
- a été mesurée au coursde la
période
devégétation
sous le couvert de 2peuplements
de densités différentes(16,5
et 24m 2 /ha)
traités par éclaircie sélective.Les
principaux
résultats font état d’uneaugmentation
de8,4
p. 100 du tauxd’égout-
tement dans la parcelle fortement
éclaircie, où,
parailleurs,
il a été constaté que le seuild’égouttement
moyen diminuait de 27 p. 100.Le maintien ou l’amélioration du taux de croissance des
épicéas,
soumis u de fortes éclaircies, pourrait donc s’expliquer en partie par l’apport d’une quantité d’eau supplémcn- taire, enpériode
de sécheresse relative.En
pessières équiennes
de 20 à 30 ans, de récentesexpériences (ANDRÉ!’, 1976 ;
ANDR
É &
B LEROT , 1978)
démontrentqu’une première éclaircie,
dont l’intensitédépasse
sensiblement les normesgénéralement
retenues dans le traitement del’épicéa,
favorise la croissance des arbres et des
peuplements
etcela, malgré
uneperturbation complète
de l’état de massif. Cetteaugmentation
de croissance résulte de la double action de l’éclaircie sur lepeuplement :
diminution de lacompétition
interindivi- duelle d’unepart,
et modificationsquantitatives
etqualitatives
du milieu de crois-sance d’autre
part.
Dans cette
optique,
nous avonsabordé,
en relation directe avec le traitementsylvicole,
les variations de certainescomposantes mésologiques (quantités
depréci- pitations
reçues sous le couvert,rayonnement
perçu au niveau du sol ettempérature
de la couche
superficielle
dusubstrat)
en vue de discuter leur effet sur la croissanceet
d’interpréter
le rôle de l’éclaircie. AuSSENAc et al.(1982)
ontpublié
une étuderelative à l’influence d’une éclaircie
systématique
sur le bilanhydrique
d’unpeuple-
ment de
douglas âgés
de 19 ans. Plusprécisément,
cette note est consacrée auxmesures des
quantités
deprécipitations atteignant
lesol, pendant
lapériode
decroissance,
sous le couvert de 2peuplements d’épicéas
traités selon 2 intensitésd’éclaircies sélectives extrêmes.
1. Matériel et méthode
Deux
parcelles
de densités différentes ont été choisies dans ledispositif
misen oeuvre par le Laboratoire forestier de l’Université
catholique
deLouvain,
etsitué dans le bois de Lauzelle à une altitude de 110 m
(province
deBrabant,
Bel-gique),
sur sol limoneux dutype
Aba(classification belge).
Lesprincipales
caracté-ristiques
de cesparcelles
sontreprises
au tableau 1. A 27 ans, la hauteur dominantedes
épicéas
était de 18 mètres.Chaque parcelle
a unesuperficie
d’environ 8 ares.Plantés en 1951 à
1,5
md’écartement,
cesépicéas
ont été éclaircis pour lapremière
fois en mars 1977.
Les mesures ont
porté uniquement
sur la fraction desprécipitations atteignant
le
sol,
communémentappelée l’égouttement,
à l’exclusion de l’eauqui
s’écoule lelong
des troncs
(fig. 1).
Pendant lapériode estivale,
onpeut
considérer que cette fraction desprécipitations
estnégligeable
par rapport à laquantité
desprécipitations
inci-dentes. AussErvne
(1968)
cite despourcentages
d’écoulementqui
varient entre 0,1et
1,3
p. 100 pour les mois dejuin, juillet
et août 1965 et 1966.1 1
Les
précipitations
ont été recueillies par despluviomètres
dont la surface totalede
réception
étaitidentique
dans chacune desparcelles,
mais dont l’aire derépar-
tition variait en fonction de
l’hétérogénéité
du couvert : les 20pluviomètres disposés
dans
chaque parcelle
étaientrépartis
sur une surface de 40 m2 dans laparcelle
Bet de 25 m2 dans la
parcelle
A. Leurdisposition
estreprésentée
de manièreplus précise
auxfigures
3 et4,
où la surface deprojection
des cimes est calculée sur based’un
rapport D/d égal
à 16.L’égouttement
a été mesuré une fois par semainependant
2
périodes
devégétation
successives(1977
et1978), correspondant
chacune à laphase
de croissance secondaire des arbres. Le choix de cettepériode
de mesuredécoule directement de
l’objectif
de cetteétude, qui
vise àinterpréter
les variations de l’accroissement en circonférence en fonction du traitementappliqué.
Les donnéesdu
poste climatologique
ont été fournies par la stationmétéorologique
de l’Uni-versité de
Louvain,
située àquelque
500 m dudispositif,
et ont été assimilées auxquantités
deprécipitations atteignant
le sommet dupeuplement.
2. Résultats et discussion
Le tableau 2 et la
figure
2reprennent
les valeurs del’égouttement
et des tauxd’égouttement
observés dans lesparcelles
A etB,
et relatives aux 2périodes
d’obser-vation.
Malgré
des différences très nettes entre lesrythmes
deprécipitations
estivalesdes 2
années,
les tauxd’égouttement (T,,)
restent constants et sont en moyennesupérieurs
de8,4
p. 100 dans laparcelle
fortement éclaircie.Comparées
aux valeursproposées
par la littérature(tabl. 4),
les valeurs del’égouttement
obtenues dans notreexpérience
sont très faibles. Cet écartprovient
descaractéristiques
inhérentes à lapériode
de mesures - alternance de courtes ondées et de fortes chaleurs --. De telles conditions favorisentl’évaporation
d’unepartie
de l’eau receuillie par lesplu- viomètres,
lephénomène
étant d’autantplus accusé,
- et c’est le cas ici - que lapériodicité
des observations est assezlongue.
A titre decomparaison,
AUSSENAC(1968)
cite des valeursd’interception
nette de59,6
et51,5
p. 100 pour les mois d’août 1965 etjuillet 1966,
pour unpeuplement d’épicéas
de 30 ans. Mais ses obser-vations ont été effectuées 4 ans
après
le passage en éclaircie de telle sorte que le couverts’y
étaitdéjà refermé,
cequi
n’est pas le cas dans notreexpérience.
P
! . 1
Les résultats inscrits au tableau 2 sont donc
logiques,
si l’on sait que, d’unepart,
les densités de nosparcelles
A et B sont faibles et que d’autrepart
les mesuresne sont effectuées que
pendant
lapériode
de croissance secondaire des arbres.D’après
MITSCHERLICH & MoLi.(1970),
il existe pourchaque type
de couvertforestier,
une relation linéaire entre lesprécipitations atteignant
le sommet du peu-plement (P)
etl’égouttement (PN) :
PN = aP + b(1)
où a et b sont des constantesdépendant
dutype
deprécipitation
et descaractéristiques
dupeuplement,
et où Pet PN sont
exprimés
en mm. Cette relation a étéappliquée
à nos résultats et lesparamètres
del’équation (1)
sontrepris
au tableau 2 pour chacune desparcelles
et en fonction de la
période
de mesures. Notons de suite que les coefficients decorrélation sont hautement
significatifs,
cequi
confirme la relation existant entrel’égouttement
et lesprécipitations
incidentes aupeuplement.
Cesrégressions
nouspermettent également
de calculer les seuilsd’égouttement (S!) exprimés
en mm ;ils
représentent
lesquantités
deprécipitations
nécessaires à la saturation dufeuillage
avant le début de
l’égouttement.
Eneffet, d’après
Knc.Mn et al.(1968),
on a :1
1
Ces valeurs s’inscrivent dans l’intervalle des seuils
généralement
admis etqui
s’étend entre 3 et 7 mm
(tabl. 4).
Ilimporte
d’insister sur la différencequi
semanifeste ici entre les
parcelles
de densités extrêmes. On constate en effet que, pour despluies
dont l’intensité a étécomprise
entre4,6
et6,3
mm - seuilsd’égout-
tement moyens calculés sur les 2
périodes
-,l’égouttement
n’a eu lieu que dans laparcelle
claire soumise à une forte éclaircie où lefeuillage
moins abondant a étéplus rapidement
saturé.S’il est évident que l’intensité du traitement
appliqué
détermine le niveau del’égouttement,
il reste àenvisager
pour la croissance secondaire del’arbre,
lesconséquences
d’uneplus grande disponibilité
en eau. En cettemanière,
ni le rôlefondamental de l’eau dans les processus de
croissance,
ni l’occurrence enpériode
chaude d’un déficit
hydrique temporaire
au niveau du sol ne restent à démontrer(KOZLOWSKI
&K RAMER , 1979).
D’autrepart,
KRAMER(1966)
et KOZLOWSKI(1955
et
1958)
ontdéjà souligné
le lien existant entre le stresshydrique
du substrat etcelui
qui,
considéré comme un des facteursrégulateurs
de lacroissance,
estenregistré
au cœur même de l’arbre.
Toute
quantité
d’eausupplémentaire qui
atteint le sol enpériode
de sécheresse relative durant laphase
de croissancesecondaire,
contribue au maintien ou à l’amélioration du taux d’accroissement individuel en diamètre.Or,
cettequantité
est d’autant
plus
élevée que l’éclaircie est forte.L’augmentation
du taux de croissance mise en évidence dans lesparcelles d’épicéas
fortementéclaircies,
trouve vraisemblablement dans l’amélioration du tauxd’égouttement
un facteurd’explication significatif.
Summary
Drip
in youngsuper-fir
stands in relation witlT theintensity of
tlzefirst thinning.
The
intensity
of firstthinning
in young stands of spruce (P. abies Karst.) directly influences the currentyield
of these stands. This can bepartially explained by
a modi-fication of the environment of the trees.
One of the components of the water balance - the
drip
- has been measuredduring
thegrowing
season in two stands ofdifferently
thinned(16,5
and 24 M2/ha)spruce trees.
The results show that the
drip
rate has been increased by 8,4 p. 100 in the moreintensively
thinned stand(16,5
m!/ha) ascompared
to the other one (24 m!/ha). In theformer,
the average minimum valuc of rainfall needed to have a drip was reduced by 27 p. 100. Thishigher
proportion of water reaching theground
level is beneficial for thestand, especially
indrought periods.
It is
suggested
that this couldpartially
explain the observed highergrowth
rate of thestands intensity thinned.
Reçu Ie
14juin
1983.Reçu le
14juin
1983.Accepté
le 28 novembre 1983.Références
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