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Academic year: 2022

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Texte intégral

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GLES

T R I B U L A T I O N S D U

C O L O N E L GREY

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DU MÊME AUTEUR

LIBRAIRIE ARTHÈME FAYARD.

L' Opération fil d'Ariane.

Court-Circuit en mer Rouge.

ÉDITIONS DE LA COLOMBE.

Le Trésor du mont Athos, couronné par l'Académie française.

J'ai été moine au mont Athos.

ÉDITIONS DITIS.

Le Dossier Lotus.

Le Séraphin noir.

Le Dossier Mirage.

Le Dossier Pipe-Line.

Attentat en Jordanie.

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C O S T A D E L O V E R D O

LES

T R I B U L A T I O N S DU

C O L O N E L GREY

ROMAN

ILLUSTRATIONS DE HENRY BLANC

LIBRAIRIE ARTHÈME FAYARD 18 rue du Saint-Gothard Paris XIV

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Il a été tiré de cet ouvrage : cinquante exemplaires hors commerce sur alfa numérotés

de 1 à 50

© Librairie Arthème Fayard, 1961.

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Ce livre est dédié à un carburateur... car-

rossé par la nature en jeune femme char-

mante, reliée à une pile de Haute Tension.

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PREMIÈRE PARTIE

« ANIMUS MEMINISSE HORRET » (Mon âme tremble à évoquer ces souvenirs).

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« Le colonel Wilburce Grey d'Albion, de la Royal Air Force, D. S. O., D. F. C., et membre du club des Nicker- bockers de Londres, fut affecté à la 13 escadrille hellénique en qualité d'instructeur, au moment où celle-ci venait de se poser sur le terrain de Hassani, voisin d'Athènes, après s'être distinguée dans les campagnes de Libye, de Sicile et d'Italie.

« Il était alors en parfaite santé mentale.

« Quelques jours plus tard, cet officier présentait tous les symptômes de la folie furieuse. Il ne doit d'y avoir échappé qu'à l'exceptionnel équilibre nerveux des gentlemen origi- naires du Derbyshire. »

R a p p o r t d u d o c t e u r DE L O V E R D O ,

Directeur des Services neuro-psychiatriques au ministère de l' Hygiène

(Athènes, 1945).

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CHAPITRE PREMIER

Par une belle matinée de l'été 1945, le très honorable colonel Wilburce Grey d'Albion, Royal Air Force, gravissait l'escalier des Opérations combinées, à Athènes; l'officier des liaisons anglo-helléniques, venait de le mander.

Ayant remis sa carte au planton, il fut prié de patienter dans l'antichambre, l'heure exacte de son rendez-vous n'ayant pas encore sonné.

Malgré le masque de self-control qu'il s'efforçait d'arborer, une certaine méfiance voilait son regard pervenche à la pers- pective de rencontrer le w.-c. 1 Dodd.

Des raisons hautement valables légitimaient cette suspi- cion.

Dodd avait étudié à Oxford ; Grey, portait les couleurs de Cambridge. Or, Cambridge venait de triompher de son éternelle rivale en rowing. L'idée ne pouvait-elle venir au 1. Précisons qu'il s'agit là des initiales de wing-commander, grade dans la R. A. F.

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w.-c. de prendre sournoisement avantage de son grade pour égaliser le score ? Il était Écossais. Une pensée aussi contraire au fair play n'avait donc rien d'impossible : dans le Derbyshire natal du colonel Grey, on tient pour avéré que les mœurs sportives sont demeurées regrettablement primitives partout ailleurs que dans le comté.

Puis, Dodd avait la réputation de frayer avec les Grecs, indigènes d'un pays où l'on ignore jusqu'aux rudiments du cricket. Autant dire que l'âge de la pierre s'y trouve à peine dépassé. Un gentleman est fondé à redouter le pire s'il dépend d'un officier corrompu par les mœurs d'une telle contrée.

Onze heures sonnant à la pendule, une porte s'ouvrit. La silhouette massive du wing-commander s'y encadra en même temps que celle, difforme, de son bouledogue Rommel, qui était d'ailleurs une femelle venant de mettre bas.

— Hello, Wilburce ! s'exclama le Highlander dont le visage pigmenté ressemblait à une éponge imbibée de whisky.

— Good morning, sir! émit dignement Grey, chez qui toute autre boisson que le thé provoquait de l'urticaire allergique.

— Mettez-vous à l'aise. Des nouvelles du pays?

— Le bruit court que notre équipe a battu les Américains au football.

— Bonne chose, si c'est vrai ! Mais ce n'est pas ce à quoi je faisais allusion. Je voulais dire : comment ça va chez vous?

— Ah! Pas trop mal, merci. Notre Pasteur vient d'être opéré au ventre. Très intéressant! L'ulcération se trouvait au même endroit que celle de Napoléon 1

— Honorifique ! Honorifique ! Et alors ?

— On l'a enterré dimanche ! Le Collège Royal de Chirur- gie a envoyé une gerbe.

Dodd parut légèrement surpris : I. Mort d'un ulcère au duodénum.

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— Le Pasteur était membre du Collège de Chirurgie?

— Non, repartit Grey. C'est à cause de l'emplacement du trou dans le boyau. Napoléon, vous comprenez...

— Maintenant que vous m'y faites penser, cela va de soi.

Content de savoir que tout va bien à Derby ! A propos, votre famille ?

— La duchesse souffre de son asthme : le souci de me voir demeurer célibataire. Le brigadier 1 lui, pâtit de la goutte.

Par contre, l'entonnoir de la bombe qui s'était égarée sur la pelouse du manoir a été transformé en massif de pétunias. Il paraît que c'est tout bonnement splendide.

— Excellent! Excellent! Bon! Venons-en au fait, old man!

Nos conventions avec les Grecs comportent l'obligation d'en- traîner leurs recrues. Vous êtes au courant? J e vais donc vous envoyer commander un peu la 13e hellénique. En vérité, ces gens ont surtout besoin de se faire à l'idée d'une disci- pline quelconque. Les hommes de cette unité-là, surtout.

Wilburce était sur ses gardes et pensait : « Quel tour san- glant cet Écossais cherche-t-il donc à me jouer? » Il biaisa :

— Qu'ont-ils donc de si particulier?

— Oh, reprit négligemment le w.-c., c'est une unité endia- blée ! Mais ils ont contracté en Libye l'habitude de remplacer le manuel par le système D. Ils ont réalisé des choses éton- nantes. Ils sont même parvenus à faire prendre l'air à plus d'avions qu'ils n'en possédaient. C'est comme je vous le dis.

Quand ils en manquaient, ils en volaient aux Polonais de la base voisine. Ce sont des héros! Mais il s'agirait de les inciter à davantage de... hm!... discrétion!

— Je vois! prétendit Grey, qui nageait en plein cirage.

— Tant mieux! De toute façon l ' a i r - m a r s h a l Simons a signé votre affectation : impossible de reculer.

1. Général de brigade.

2. Général de l'air.

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— Et comment entrerai-je en contact avec ces... Dirais-je pickpockets ?

— Mais en rendant visite à leur commandant, je suppose : un certain Manavis. Le mot signifie « marchand de pri- meurs », en grec. Allez-y doucement pour commencer : avec un tel nom, c'est peut-être un poète...

— Dois-je comprendre : une main de fer dans un gant de velours ?

— Parfait! s'exclama Dodd. Absolument parfait! Pour ce job, vous êtes bien the right man in the right place! Un verre de

whisky? Il faut fêter cela!

Et, désignant l'affreux bouledogue qui ronflait indécem- ment sur un coussin :

— Rommel prendra un petit sucre. Elle a enfanté derniè- rement. Vous saviez?

Si cet événement n'avait pas retenu l'attention du colonel, le mot sucre, lui, n'échappa point à la chienne. Elle ouvrit l'œil droit, qu'elle braqua vers son maître, puis l'œil gauche, qu'elle fixa sur le visiteur, ce qui provoquait un strabisme divergent du plus saisissant effet.

Wilburce était sujet au mimétisme et louchait avec faci- lité. Il se sentit soudain très pressé de s'en aller.

— Non merci, s'excusa-t-il, en refusant le verre que Dodd poussait vers lui.

— Comme vous voudrez ! En ce cas, passez au bureau des

« transferts ». Votre ordre de mission doit être prêt. Et bonne chance, old man!

Grey remercia, salua et se retira. Du temps qu'il franchis- sait le seuil, Rommel avait englouti la moitié du sucrier.

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A P R E M I È R E V U E , G R E Y L ' A V A I T P R I S P O U R U N E S T I V A N T . . .

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En possession de son affectation, Wilburce se rendit au mess pour déjeuner.

Le cadre était somptueux, et le menu affichait les plats les plus classiques de la cuisine anglaise.

Il faut avouer que ceux-ci réservaient parfois des surprises aux palais britanniques. Le restaurant avait été réquisitionné avec son personnel, y compris le cordon bleu crétois. D'où la présence inopinée d'ail dans le stew, et celle d'anisette dans le pudding.

Désireux d'éviter de tels non-sens gastronomiques, Grey scruta la carte à la recherche d'un mets n'offrant aucun aléa.

Il fixa son choix sur un mixed-grill arrosé de stout.

La serveuse se tenait non loin de lui, appuyée à une colonne, et il s'aperçut qu'elle le dévisageait avec une insistance flat- teuse.

A quarante ans, le très honorable Wilburce Grey était assez bel homme. Ses cinq pieds six pouces, bien sanglés dans un uniforme impeccable, lui conféraient de la prestance, de l'élé- gance même, car il savait atténuer le soupçon de raideur du puritain par la souplesse acquise dans la pratique des sports.

Ses ancêtres Vikings (côté du brigadier) lui avaient légué un nez bien dessiné et des cheveux filasses qui refusaient de tenir au peigne (mais il se coiffait très court). De ses chromosomes saxons (côté de la duchesse), il tenait des lèvres charnues et une mâchoire à peine trop carrée. Ses yeux bleus, limpides, s'éclairaient parfois d'une lueur romantique extrêmement attirante pour le beau sexe.

Mais rien ne l'intimidait autant que les femmes. Aussi feignit-il de se replonger dans le menu, fuyant le regard de

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la fraîche friponne, et les sollicitations i m p u r e s q u ' i l c o m p o r - tait.

Après avoir chassé la r o u g e u r sournoise qui lui était m o n - tée a u visage, il se décida à lui faire signe. Elle prit note de la c o m m a n d e en esquissant u n e m o u e déçue, et se dirigea vers les cuisines avec u n d a n d i n e m e n t des hanches p r o p r e à ins- pirer les regrets les plus inavouables a u c o n s o m m a t e u r récal- citrant.

La brochette était t r o p cuite.

« Ces d a m n é s fils de Thémistocle sont v é r i t a b l e m e n t p e u sophistiqués », songeait Wilburce, en m a s t i q u a n t u n r o g n o n qui paraissait découpé dans u n vieux p n e u d'avion. « Ce cuisinier semble capable de t r a n s f o r m e r le meilleur v e a u des D o w n l a n d s en r e v ê t e m e n t p o u r chenillettes caterpillar. »

Et, r e n o n ç a n t à b r o y e r d a v a n t a g e le m o r c e a u rétif, il t e n t a de l'avaler tel quel. Il s'étrangla.

— Sacrée cuisine ! m a u g r é a - t - i l en a h a n a n t . Avec ça, leurs c o u t e a u x c o u p e n t c o m m e des rasoirs. C o m m e n t se méfier ? E n Grèce, m ê m e u n r o g n o n d ' a p p a r e n c e b r i t a n n i q u e p e u t cacher le booby-trap !

Il a b s o r b a v i v e m e n t u n e gorgée de stout, q u ' i l t r o u v a t r o p glacé. É c œ u r é , il repoussa son assiette et d e m a n d a l ' a d d i - tion.

Puis, il se j e t a avec courage dans la fournaise des rues, e m p r u n t a n t les trottoirs d u côté de l'ombre, afin d ' é v i t e r d ' ê t r e cuit d u r c o m m e u n vulgaire œuf.

Il p a r v i n t a u x « transferts » vers les treize heures. Il o b t i n t de ce service u n e voiture d ' é t a t - m a j o r p o u r rallier sa nou- velle unité.

Le t e r r a i n d ' H a s s a n i Airfield se trouve en b o r d u r e de la mer, à dix kilomètres d ' A t h è n e s environ. L a route p o u r s'y

I. Mine servant à piéger les objets les plus divers.

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rendre longe l'Acropole, le champ de courses, puis la baie du Phalère, d'où le panorama s'étend sur l'Égée.

Calé sur les coussins de la Bentley, Grey sentait ses ap- préhensions se dissoudre dans le parfum des lauriers-roses qui embaument le parcours.

Le trajet lui parut bref. Au bout de l'autoroute littorale, la voiture franchit l'enceinte d'Hassani et stoppa derrière le P. C. de la 1 3 hellénique de bombardiers.

Aux offres de services du chauffeur, le colonel répondit par la négative : il n'avait plus besoin de lui.

La Bentley démarra et Wilburce se mit à la recherche d'une issue.

A l'angle, il se trouva face à face avec un individu installé sur... cinq chaises, se balançant légèrement, appuyant la crosse de son fusil à terre, de temps en temps, pour entretenir les impulsions.

— Cherchez quoi ? fit cet homme en se levant au prix d'un effort apparemment herculéen.

Grey, qui l'avait pris tout d'abord pour un estivant, s'avisa qu'il s'agissait du planton et entreprit de s'expliquer :

— Je suis le colonel instructeur...

— Et moi, Ianni Papadopoulos, rétorqua la sentinelle, qui croyait à un échange de politesses.

— Le commandant Manavis, s'il vous plaît?

— En principe, c'est par là! indiqua l'homme, avec un mouvement de la tête vers l'intérieur du bâtiment.

Wilburce esquissa un pas vers le seuil.

— Hep!

Outré d'une telle insolence, le colonel se retourna comme piqué par un serpent. Mais avant qu'il eût trouvé une for- mule suffisamment cinglante pour foudroyer l'énergumène, celui-ci, très calme, enchaîna :

— Il n'est pas là!

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Grey proféra un « Comment? » qui lui racla la gorge en passant.

— Je dis qu'il n'est pas là, répéta patiemment le planton.

Manavis, ajouta-t-il, comme on explique l'évidence à un débile mental.

Le colonel pensa qu'il serait temps plus tard de régler ses comptes avec l'hurluberlu. Il trancha :

— En ce cas, où peut-on le joindre ?

— Sais pas, moi! Essayez la pâtisserie Tsitas?

— En ville?

— Oui, rue de l'Université.

— Mais j'ai renvoyé la voiture!

Le planton leva les bras au ciel :

— Grosse erreur! Fallait pas!

— Où puis-je trouver une jeep ? souffla l'Anglais, décon- certé.

— Il y a surtout le bus! observa l'homme, apparemment étonné qu'on pût emprunter un autre moyen de locomotion.

Il passe dans cinq minutes, tout au bout du terrain, au tour- nant de la route. En courant vite, vous risquez de l'avoir!

Wilburce mesura la distance par l'esprit et consulta sa montre. C'était exact : il lui faudrait sprinter. Puis il s'in- digna. Mais qu'était donc en train de suggérer ce sanglant individu ? Lui, Grey, de la Royal Air Force, membre du club des Nickerbockers, parcourir le champ d'aviation à la course pour sauter dans un véhicule bourré de soldatesque et farci de cages à poules?

Le sang se mit à lui marteler les tempes :

— Où peut-on téléphoner? grogna-t-il en faisant un effort pour se contenir.

Le soldat le dévisageait avec curiosité :

— Ça ne va pas? Trop chaud ? Besoin d'une bière ?

— Le téléphone !

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— Là-bas, fit l'autre. Au bout du camp. Près de l'arrêt d'autobus !

Comme dans un cauchemar, Grey entreprit la traversée d'Hassani Airfield. Il parvint à la route, à demi frappé d'in- solation, les paupières collées par la poussière et la chemise bonne à tordre.

Un car bringuebalant fit son apparition. Il l'escalada non sans peine. Effondré entre un pope déguenillé fleurant le rance et une grosse femme qui portait deux canards attachés par les pattes, il débarqua à Athènes, vidé de toute substance, et se traîna jusqu'au King George Hotel, où la R. A. F. le logeait.

Ce n'est que le lendemain qu'il osa affronter le regard de ses semblables, après s'être juré d'apporter désormais la plus grande circonspection au moindre de ses contacts avec les Grecs.

Ianni Papadopoulos tenait régulièrement son journal. Il y nota ce soir-là :

« Apparition inattendue à l'escadrille d'un colonel de la R. A. F. du genre teigneux, arrivé à l'improviste et reparti en courant. Affaire à suivre. Peut offrir des développements intéressants, susceptibles de rompre la monotonie quotidienne selon processus éprouvé, consistant à faire enrager les Anglais.»

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CHAPITRE II

Grey avait demandé qu'on l'éveillât à huit heures. Il s'étonna d'avoir passé une nuit exempte de cauchemars.

Le garçon d'étage lui apporta son breakfast : œufs au bacon, marmelade d'oranges, porridge et thé au lait.

Wilburce ne voyait jamais paraître cet homme sans une certaine irritation. L'expression dégoûtée avec laquelle il lui présentait le porridge disait assez qu'à ses yeux, cette mixture était tout juste bonne à coller des affiches.

La bouillie était d'ailleurs mal préparée. Pourtant, son- geait le colonel, dans un hôtel baptisé King George, on aurait dû savoir la mieux doser. A moins, toutefois, que le King George dont il s'agissait fût le souverain grec de ce nom, et non le Britannique, ce qui pouvait fournir une explication naturelle au phénomène.

— C'est parfait! mentit Grey, à l'adresse du garçon. Vous pouvez aller. Ah! Vous voudrez bien descendre ma cantine en fin de matinée. Je quitte l'hôtel.

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Et, pensant faire plaisir, il ajouta :

— Je viens d'être affecté à votre glorieuse 13 de bombar- diers...

Le garçon esquissa une moue catastrophée :

— Eh bien, murmura-t-il, ils vont rudement s'amuser!

Et il s'en fut en hochant la tête, tout comme si un fléau menaçait l'unité.

Une telle réaction ne manqua pas de blesser l'amour-propre du colonel. Mais la journée s'annonçait belle, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient dans les arbres de la place de la Constitution, toutes choses qui l'incitaient à l'optimisme. Il résolut de partir à la recherche de Manavis.

Douché, rasé, tiré à quatre épingles, il se dirigea vers le Q. G. des Forces aériennes helléniques, où il eut la chance de rencontrer un sergent qui parlait l'anglais. Que ce sous- officier le saluât en soulevant son calot comme un chapeau ne constituait plus, aux yeux de Wilburce, qu'une infraction vénielle au règlement, après ce qu'il avait enduré la veille.

— Voyez-vous qui pourrait m'indiquer où se tient le commandant Manavis ?

— Manavis? Celui de la 1 3 s'étonna le sous-officier. Mais chez Tsitas. Il fait la cour à la caissière!

— Aoh! fit Grey, qui trouvait la divulgation d'un détail aussi intime parfaitement déplacée.

— Ce n'est un secret pour personne, poursuivit le sergent, avec un clin d'œil complice. Il doit s'en payer, le bougre!

Vous voyez ce que je veux dire?

Et, pour éviter les malentendus, il dessina d'un geste ondu- lant de la paume, les attributs rebondis auxquels il faisait allusion.

— Il vaudrait mieux que vous me fassiez accompagner, suggéra Wilburce en piquant un fard.

— Facile! Je peux aller avec vous! Ça me fera prendre l'air!

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Ils se retrouvèrent ensemble, sur le trottoir de la rue de l'Université. A la hauteur de l'église Saint-Denis-des-Français, ils croisèrent un général grec. Grey se demanda si le sergent allait soulever son calot. Mais ce fut le général qui s'avança à la rencontre de l'autre et le serra sur son cœur.

— C'est un pays, expliqua celui-ci un peu plus tard. U n fermier de mon père qui a réussi dans l'armée. Pour lui, je demeure toujours un peu le fils du patron!

— En somme, il vous doit le respect! persifla Wilburce, en levant les yeux au ciel, pour prendre saint George à témoin des mœurs de ces descendants d'Épaminondas.

Ils étaient arrivés chez Tsitas. L'immense hall de la pâtis- serie bourdonnait comme une ruche.

— Tenez, là ! s'exclama soudain le sergent. Le petit comman- dant replet qui frôle de ses moustaches les seins de la cais- sière. C'est Manavis!

— Serait-ce abuser que de vous prier de lui signaler ma présence ? murmura le colonel. Mais ne manquez pas d'ajou- ter que je suis navré de le déranger!

Fendant la foule, le sous-officier s'en fut chuchoter quelques mots à l'oreille du commandant de la 1 3 dont le visage jovial s'illumina soudain d'une joie sans limites.

Wilburce le vit foncer vers lui, en gesticulant comme un télégraphe à bras. Il recula d'un pas, et bredouilla :

— Désolé de vous importuner...

— Aucun dérangement! protesta Manavis, d'un ton sans réplique. Sergent tiendra bien compagnie à Aglaé pendant quelques minutes. Aglaé ravie ! Sergent bien plus jeune que pauvre commandant racorni. Venez prendre un verre là-haut ! Il montrait la vaste mezzanine de la pâtisserie. Wilburce s'y laissa entraîner. Un garçon maigre et pâle les conduisit à une table coincée entre un énorme frigidaire et un venti- lateur mural.

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Les Tribulations du colonel Grey, roman d'humour militaire, ce sont " les gaietés de l'escadrille Une escadrille grecque dont les membres, mi-forbans, mi-héros, voient arriver un colonel anglais chargé de leur inculquer la discipline britan- nique. Pauvre colonel Grey, qui n'aime ni les femmes, ni le vin, ni les tenues débraillées... Il en verra de drôles !

Nous aussi, en lisant ce huitième volume de la collection

“ CHAMPAGNE ", la collection gaie qui collectionne les prix.

Prix Scarron 1960 à É T E R N E L A D A M !

par Claude PASTEUR, illustré par Jean BELLUS Prix 1960 de l'Académie de l'Humour à P E I N T U R E F R A I C H E

par Robert ESCARPIT, illustré par l'auteur Prix des Deux-Magots 1961 à S A I N T P I C O U S S I N

par Bernard JOURDAN, illustré par CHANCEL Prix Alphonse Allais 1961 à

F L E U R S D E M É N I N G E

par Emile NOËL, illustré par Michel SMALL.

C O L L E C T I O N D I R I G É E P A R H É L È N E T O U R N A I R E

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