MT241. Cours no 4, vendredi 4 octobre 2002.
Rappel. S´eries de Riemann: la s´erie P
n−α converge si et seulement si α >1.
Riemann s’est int´eress´e `a une fonction tr`es importante en math´ematique, ζ(s) =
X+∞
n=1
1 ns.
Par la formule ci-dessus, la fonction est d´efinie pour s r´eel > 1, mais on verra un peu mieux plus loin. Cette fonction pose des probl`emes non r´esolus `a ce jour.
Exercice trait´e: ´etude de la s´erie P
2−√n; on a v´erifi´e que les crit`eres de Cauchy et de d’Alembert ne donnent rien. En revanche, on voit que limn−2un = 0, donc la s´erie converge.
Changement de l’ordre des termes
Proposition. Soit π une bijection de N sur N et soit P
un une s´erie convergente `a termes positifs; la s´erie permut´ee P
uπ(n) est convergente et X+∞
n=0
uπ(n) = X+∞
n=0
un.
D´emonstration. On va montrer que P
uπ(n) converge et P+∞
n=0 uπ(n) ≤ P+∞
n=0 un; en appliquant ensuite `a la bijection r´eciproque, on obtiendra le r´esultat.
On v´erifie que pour tout n, si on pose N = max(π(0), . . . , π(n)), on a uπ(0)+uπ(1)+· · ·+uπ(n)≤u0+· · ·+uN ≤
+∞X
k=0
uk
d’o`u l’in´egalit´e voulue en passant `a la limite dans l’in´egalit´e large pr´ec´edente.
ATTENTION. Ce r´esultat est FAUX pour les s´eries qui ne sont pas absolument conver- gentes comme on va le voir dans l’exemple qui suit.
Un exemple
Consid´erons la permutation suivante de la s´erie harmonique altern´ee 1 + 1
3 − 1 2 + 1
5 + 1 7 − 1
4 +· · · Si on pose
xn = 1 + 1 3 − 1
2 + 1 5 + 1
7 − 1
4 +· · ·+ 1
4n−3 + 1
4n−1 − 1 2n et
yn = 1− 1 2 + 1
3 +· · ·+ 1
4n−1 − 1 4n on voit que
xn−yn = 1
2n+ 2 +· · ·+ 1 4n
quantit´e qui tend vers 12ln(2) (encadrement avec l’int´egrale de dt/t entre n et 2n).
Finalement,
1 + 1 3 − 1
2 + 1 5 + 1
7 − 1
4 +· · ·= 3
2 ln(2).
On a donc une permutation de la s´erie harmonique altern´ee avec unesomme diff´erente de la somme de la s´erie originale (qui est ´egale `a ln 2 comme on l’a vu).
Remarque. Soit P
un une s´erie convergente telle que P
|un| = +∞; pour tout nombre r´eel x, il existe une permutation π des entiers telle que P+∞
n=0uπ(n)=x.
1.5. S´eries absolument convergentes
D´efinition 1.5.1. On dit que la s´erie `a termes r´eels ou complexesP
un estabsolument convergente si la s´erie des modules P
|un| est convergente.
Th´eor`eme 1.5.1. Toute s´erie absolument convergente P
un est convergente, et
¯¯X+∞
n=0
un
¯¯≤ X+∞
n=0
|un|.
Cette derni`ere in´egalit´e peut ˆetre vue comme une forme d’“in´egalit´e triangulaire infinie”.
D´emonstration. Commen¸cons par le cas r´eel. Pour tout r´eel u on pose
u+=u si u≥0, u+ = 0 sinon ; u− = 0 si u≥0, u− =−u sinon.
On a 0 ≤ u+, u− ≤ |u| et u = u+ − u−. Pour chaque entier n ≥ 0, posons un = (un)+−(un)−. La convergence de la s´erieP
|un|implique par le th´eor`eme de comparaison 1.3.2 la convergence des deux s´eries `a termes positifsP
(un)+ et P
(un)−, qui donne par diff´erence la convergence de P
un.
Dans le cas complexe on ´ecritun=an+ibn; on a|an|,|bn| ≤ |un|, et les deux s´eries r´eelles P
an et P
bn sont absolument convergentes, donc convergentes.
Exemples. La s´erie exponentielle complexe P
zn/n! est absolument convergente pour tout z ∈C. On posera pour toutz ∈C
ez = X+∞
n=0
zn n!.
Cette d´efinition est coh´erente, puisque pour x r´eel la valeur de la somme de cette s´erie est bien ex. Calculons
eix =
³ 1− x2
2! +· · ·
´ +i
³
x− x3 3! +· · ·
´ .
En utilisant la formule de Taylor-Lagrange on montre que les parties r´eelles et imaginaires du nombre eix sont cosx et sinx,
eix = cos(x) +isin(x).
Changement de l’ordre des termes
Proposition 1.5.1. Soit π une bijection de N sur N et soit P
un une s´erie absolument convergente ; la s´erie permut´ee P
uπ(n) est absolument convergente et X+∞
n=0
uπ(n) = X+∞
n=0
un.
D´emonstration. Ecrire un =un+−un− et appliquer le cas positif, vu pr´ec´edemment.
Produit de s´eries num´eriques absolument convergentes Etant donn´ees deux s´eries P
un et P
vn, on introduit une nouvelle s´erie P wn appel´ee s´erie produit et dont le terme g´en´eralwn est d´efini par
wn= Xn
k=0
ukvn−k.
L’id´ee derri`ere la d´efinition: si les s´eries sont des sommes finies, si on a un = anxn et vn=bnxn, on a regroup´e dans wn les termes du produit (P
uk)(P
v`) qui ont la mˆeme puissance de x.
Th´eor`eme 1.5.4.Si les deux s´eriesP
un etP
vnsont absolument convergentes, la s´erie produit est absolument convergente, et
+∞X
n=0
wn =
³X+∞
n=0
un
´³+∞X
n=0
vn
´ .
D´emonstration. J’ai agit´e les mains pour tenter (sans succ`es) d’expliquer que l’on somme de deux fa¸cons les termes de la famille double ukv`. Sous les hypoth`eses, cette famille, rang´ee dans un certain ordre, donne une s´erie absolument convergente, ce qui permet de changer l’ordre de sommation sans changer la somme.
La fonction exponentielle complexe Posons pour a, b∈C
un = an
n!, vn= bn n!. On v´erifie avec la formule du binˆome que
wn = Xn
k=0
ukvn−k= (a+b)n n!
ce qui montre par le th´eor`eme des produits de s´eries que ea+b = eaeb pour tous nombres complexes a, b. On remarque que eze−z = e0 = 1, en particulier ez n’est jamais nul. Si z =x+iy, on a
ez = exeiy = ex(cosy+isiny).
On voit que |ez|= ex.
Pour a >0 on posera az = ezln(a). On montre ainsi que
+∞X
n=1
1 nz
converge absolument quand Rez > 1, et cette formule d´efinit la fonction ζ dans ce domaine.
Cours no 5, lundi 6 octobre 2002.
Exemple. La s´erieP
sin(nx)/n2est convergente: en effet, elle est absolument convergente puisque |un| ≤n−2.
Exemple de produit de s´eries. Quand |z|<1, on a 1
(1−z)2 =
+∞X
n=0
(n+ 1)zn.
Exemple de passage `a la limite. On a pour tout z complexe ez = ez.
On retrouve ainsi |ez|= eRez.
Reprise. Convergence de la s´erie produit On a P
|un|<+∞, P
|vn|<+∞, on note Un, Vn et Wn les sommes partielles des trois s´eries en pr´esence, o`u P
wn est la s´erie produit. On pose V = limnVn. On choisit A >P+∞
n=0 |un|, et B tel que |Vn| ≤ B pour tout n. Etant donn´e ε >0, on trouve n0 tel que P
n>n0|un| < ε/(4B) et on trouve n1 tel que |Vn −V| < ε/(2A) lorsque n≥n1.
On montre alors que|Wn−UnV|< ε pour n > n0+n1, en ´ecrivant Wn =u0Vn+· · ·+unV0,
|Wn−UnV| ≤ |u0| |Vn−V|+· · ·+|un| |V0−V|.
Dans la somme pr´ec´edente on majore les termes |uk| |Vn−k−V| avec un indice k ≤ n0
par |uk|ε/(2A) (car n−k ≥n−n0 ≥n1), et les suivants par |uk|(2B). Au total,
|Wn−UnV| ≤ε¡X
k≥0
|uk|¢
/(2A) + 2B¡ X
n>n0
|un|¢
< ε.
1.6. S´eries semi-convergentes. S´eries altern´ees
On se donne une suiten0 < n1 < . . . et on consid`ere les ensembles A0 ={0,1, . . . , n0}, A1 ={n0+ 1, . . . , n1} et plus g´en´eralement pour tout k ≥1 on pose
Ak ={n∈N:nk−1 < n≤nk}.
On pose aussi pour tout k≥0 σk = X
n∈Ak
un =unk−1+1+· · ·+unk. On v´erifie que
Σk =σ0+· · ·+σk =u0+· · ·+unk = Unk. Si la s´erie P
un converge, la s´erie P
σk converge aussi puisque la suite (Σk) de ses sommes partielles est une sous-suite de la suite (U ) des sommes partielles de P
u .
L’inverse n’est pas toujours vrai, mais c’est l’inverse qui serait int´eressant. On va ajouter des hypoth`eses pour pouvoir l’obtenir.
Th´eor`eme 1.6.1. Groupements de longueurs born´ees. On suppose donn´ees une suite n0 < n1 < . . .d’entiers et une s´erie P
un telles que
— les longueurs des intervalles (Ak) sont born´ees, c’est `a dire qu’il existe M tel que pour tout k, on ait nk−nk−1 ≤M.
— le terme g´en´eralun tend vers 0; alors la s´erie P
un converge si et seulement si la s´erie P
σk converge.
D´emonstration. Il reste seulement `a montrer que si P
σk est convergente, la s´erie P un
est convergente aussi. Posons Σ =P+∞
k=0σk et montrons que la suite (Un) converge vers Σ. Soit ε > 0 donn´e ; on peut trouver un entier k0 tel que |Σ−Σk| < ε/2 pour tout k ≥ k0. Puisque un → 0, on peut ensuite trouver un entier k1 tel que k1 ≥ k0, et tel que |un|< ε/(2M) pour tout n > nk1. Pour tout entier n≥N =nk1 + 1, on v´erifie que
|Un−Σ|< ε. En effet, il existe un entier k ≥k1 tel que nk< n≤nk+1, et alors
|Un−Σk|=|Un−Unk|=|unk+1+· · ·+un| ≤M ε 2M = ε
2. Exemple.
On pose u0 = 0 et pour n ≥ 1, on pose u3n−2 = 1/(4n−3), u3n−1 = 1/(4n−1), etu3n =−1/(2n). On est naturellement tent´e de regrouper les termes trois par trois; on obtient ainsi
σn =u3n−2+u3n−1+u3n ' c n2 donc la s´erie propos´ee est convergente. En fait cette s´erie est
1 + 1 3 − 1
2 + 1 3 + 1
7 − 1 4 +· · ·
dont on a d´ej`a calcul´e la somme, 32ln 2; c’est une permutation de la s´erie harmonique altern´ee, qui n’a pas la mˆeme somme que la s´erie originale.
Th´eor`eme 1.6.2 (des s´eries altern´ees). Soit P
un une s´erie `a termes r´eels telle que un+1un < 0 pour tout n ≥ 0, et telle que |un| soit d´ecroissant vers 0. La s´erie P
un converge.
D´emonstration. Supposons par exemple u0 > 0 ; on constate que U2n−1 ≤ U2n+1 ≤ U2n+2 ≤U2n pour tout entiern≥1 ; la sous-suite impaire de la suite (Un) est croissante et major´ee, et la sous-suite paire est d´ecroissante et minor´ee, donc ces deux suites sont convergentes. Puisque U2n −U2n+1 = −u2n+1 tend vers 0, les deux sous-suites ont la mˆeme limite et la suite (Un) converge.
On peut aussi utiliser un groupement par paquets de longueur deux. On se ram`ene donc `a une s´erie P
σk de terme g´en´eral σk = u2k+u2k+1 ≥ 0. Il suffit de montrer que ses sommes partielles sont born´ees. Or on a, en posant vn =|un|
Σk= (v0−v1) + (v2−v3) +· · ·+ (v2k−v2k+1) =
=v0−(v1−v2)−(v3−v4)− · · · −(v2k−1−v2k)−v2k+1 ≤v0 =u0.
Exemples. La s´erie
X(−1)n nβ converge pour tout β >0.
Exemple de s´eries `a terme g´en´eral ´equivalent non positif de nature diff´erente. Etudier les
s´eries X(−1)n
√n , X
ln
³
1 + (−1)n
√n
´ .
On a vu que la premi`ere s´erie est convergente. Pour la seconde : avec un DL de ln(1 +u)
`a l’ordre 3, on fait apparaˆıtre la s´erie convergente P
(−1)n/√
n, une s´erie absolument convergente de terme g´en´eral ´equivalent `a cn−3/2 et la s´erie divergente P
1/n. Ceci montre que la deuxi`eme s´erie diverge.
ATTENTION. On voit donc que deux s´eries de termes g´en´eraux ´equivalents peuvent ˆetre de nature diff´erente.