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Les monstres qui parlent

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Après-midi 14 h – 14 h 30

MARIE MESTROT (DOCTORANTE EN PHILOSOPHIE, NANTERRE)

« LE MONSTRUEUX ET L’ESTHÉTIQUE DE L’INFORME DANS LA REVUE DOCUMENTS.

COMMENT UN RÉGIME D’IMAGES INFORMES EST UN RÉGIME D’IMAGES TRANSGRESSIVES ».

La question de la monstruosité peut être posée en terme de forme, d’informe, de métamorphose. Monstrueux serait ce qui n’a pas de forme au sens d’une totalité définie et unique. Mais le monstrueux n’est pas seulement dans une relation d’écart par rapport à une norme, il travail aussi celle-ci, selon une hybridation, des séparations et des assimilations paradoxales ; le monstrueux est toujours pris dans un jeu de composition. Serait en ce sens monstrueux ce qui toucherait à un informe, c’est-à-dire ce qui mettrait activement en jeu la forme et le sens qui en procède.

La revue Documents (1929-1931, fondée par Georges Bataille) procède selon un travail de montages d’images et de textes selon une esthétique pour laquelle l’anthropomorphisme est déjoué. La revue Docu- ments n’a pas seulement été un lieu de visibilité du monstre. Elle a plutôt permis de mettre en oeuvre une visibilité monstrueuse. Le monstrueux au sens de l’informe est à la fois le mode opératoire et la finalité de la composition de la revue. Contre l’impératif que chaque chose ait sa forme « la transgression se traduit en formes prodigieuses » ainsi que l’énonce Georges Bataille ; et c’est dire que la pratique monstrueuse à l’oeuvre dans la revue touche à une mise en question de toute totalité, esthétique, politique et métaphysique.

14 h 30 – 15 h

DELPHINE BIÈRE-CHAUVEL (MAÎTRE DE CONFÉRENCE EN HISTOIRE DE L’ART CONTEMPORAIN À L’UNIVERSITÉ DE LILLE III)

« HYBRIDISME ET MONSTRUOSITÉ DU CIRCUS WOLS : ENTRE PERCEPTION ET DISTANCE ».

En 1940, interné au camp des Milles prés d’Aix-en-Provence, Wols, artiste allemand exilé en France depuis 1932, conçoit un projet d’art total, Circus Wols, et peignit de nombreuses aquarelles peuplées d’être hy- brides et monstrueux. Ces oeuvres ne sont pas des témoignages de la vie du peintre dans le camp même si elles conservent quelques indices obsédants du quotidien. L’analyse des aquarelles soulève un certain nombre de questions concernant le choix du langage plastique, modifié par l’imaginaire de l’artiste. A travers le Circus Wols, l’artiste remet en cause la certitude de l’image et propose une nouvelle relation entre sujet et objet. La plongée dans une subjectivité totale libère la production artistique de la censure de la raison, engendrant des monstres, des formes hybrides mais aussi une crise du sens au sein de la représentation comme celle de la perception.

15 h – 15 h 40 : Pause

15 h 40 – 16 h 10

SÉBASTIEN JANICKI (DOCTEUR EN PHILOSOPHIE, LABORATOIRE D’ÉTUDES DU PHÉNOMÈNE SCIENTIFIQUE, UNIVERSITÉ DE LYON)

« POURQUOI PARLER ? LE MONSTRE SE MONTRE ».

Les monstres suscitent notre curiosité, nous interpellent et nous effrayent dans le sens où ils échappent à la règle. C’est par sa monstration que le monstre échappe à la règle de production et contredit un ordre

« régulier ». Produit du jeu de formation et de déformation, le monstre peut être considéré comme une anamorphose, le produit d’un jeu de composition-altération comme l’avait proposé Baltrusaïtis dans son ouvrage du même nom. Pourquoi leur forme nous dérangerait-elle ? La forme du monstre pose problème car elle convoque cet « autre », qui s’expose à la fois comme étrange et familier. Pourquoi est-il si étranger et le reste-t-il ? Dans quel sens pouvons-nous parler d’altération et par rapport à quoi ? Le monstre serait-il une forme parmi d’autres, une forme altérée, un accident, une forme déviante ? Une réflexion sur les monstres semble interroger une théorie de la forme.

16 h 10 – 16 h 40

VALÉRIE ETTER (ATER, DOCTORANTE EN ARTS VISUELS, STRASBOURG) ET AGNÈS LLORET (DOCTORANTE EN ARTS VISUELS, STRASBOURG)

« MONSTRE ERTSNOM, LE DISCOURS D’UN MONSTRE À DEUX TÊTES ».

Ce discours à deux voix interrogera les pratiques et représentations du monstre dans l’art à travers un double regard, d’une part intrigué par le corps, ses représentations et les pratiques d’hybridations dans l’art contemporain, d’autre part scrutant les œuvres à travers leur poïétique et les méandres dans lesquelles elles nous entraînent, dans la pratique de la tache.

17 h

CLÔTURE DES JOURNÉES D’ÉTUDES.

Du 16 au 24 mai, exposition

« Les monstres qui parlent : un cabinet de curiosités contemporain » Musée Zoologique

29 boulevard de la victoire

lundi au vendredi 12 h - 18h / fermé le mardi samedi et dimanche 10 h - 18 h

nuit des musées / samedi 16 mai 10 h - 24 h

conception et impression : imprimerie DALI 2009 - UdS

monstres les qui parlent

Collège Doctoral Européen 46 boulevard de la victoire

journées d’étude 15 et 16 mai 2009

vendredi et samedi de 9 h à 18 h dans l’amphithéâtre www.lesmonstresquiparlent.over-blog.com

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VENDREDI 15 MAI 2009

« CORPS HYBRIDES ET PRATIQUES MONSTRUEUSES »

9 h 30 – 9 h 50

OUVERTURE GÉNÉRALE DU COLLOQUE PAR MONSIEUR GILBERT LASCAULT (ÉCRIVAIN, CRITIQUE D’ART ET PROFESSEUR ÉMÉRITE DE PHILOSOPHIE DE L’ART À L’UNIVERSITÉ DE LA SORBONNE).

9 h 50 – 10 h 20

SOPHIE GOSSELIN, (DOCTORANTE EN PHILOSOPHIE, STRASBOURG)

« DES MONSTRES À LA MONSTRATION ».

Le mot monstre partage son origine étymologique avec le mot montrer. Le monstre c’est la chose exception- nelle, prodigieuse, contre-nature que l’on montre, que l’on pointe du doigt du fait de sa différence. Or nous serions les contemporains d’un basculement dans les relations entre monstre et monstration. Encore jusqu’au début du siècle, dans les fêtes foraines par exemple, les monstres étaient montrés, mis en exposition comme des curiosités, des accidents témoignant d’une nature incontrôlable. La monstration du monstre avait alors le même caractère sulfureux et interdit que la monstration d’un sexe. Elle s’adressait à ce qui était pensé comme la part perverse ou obscure de l’humain, offerte à la jouissance ambiguë de voyeurs. Actuellement, la monstration du monstre répond à de toutes nouvelles coordonnées. La monstration du monstre est ainsi mise en oeuvre et valorisée par des artistes contemporains qui se font les représentants d’une science toute puissante en inventant artificiellement des êtres hybrides et monstrueux. L’enjeu n’est plus seulement de donner à voir du monstre, mais de rendre visible l’emprise de l’humain sur la nature en présupposant sa transparence. La nature devenue transparente au regard humain, grâce à sa traduction en code (génétique), devient alors l’objet d’une manipulation contrôlée et contrôlable du vivant, une matière plastique transformable. On passerait alors d’une époque où les monstres étaient considérés comme des accidents de la nature, identifiés, isolés et exclus de la société humaine, à une époque où les monstres résultent d’une production contrôlée par la société elle-même, comme pour conjurer l’intempestivité irréductible de la nature. Le monstre n’est plus le représentant de la part cachée et obscure de la nature, mais le signe de la toute puissance de l’humain.

10 h 20 – 11 h : Pause 11 h – 11 h 30

MARTIAL GUÉDRON (PROFESSEUR EN HISTOIRE DE L’ART, STRASBOURG)

« LE MONSTRE POLÉMIQUE ».

Très fréquent, le recours au monstrueux dans l’imagerie satirique et la caricature est un procédé visant à représenter un individu, une faction, une classe sociale ou une idéologie par le biais d’une créature ima- ginaire suscitant la dérision, le rejet ou la crainte. Apparu à la faveur des nouvelles techniques de gravure, il privilégie le support papier, mais la sculpture en connaît des exemples probants. Son aspect emprunte aussi bien au répertoire iconographique antique et médiéval qu’à l’iconographie des prodiges, à l’imagerie médicale, à la tératologie, à l’hybridation et à l’analogie avec le monde animal.

11 h 30 – 12 h

GAËLLE LE DREF (DOCTORANTE EN PHILOSOPHIE, STRASBOURG)

« LE MONSTRUEUX ET LES SCIENCES NATURELLES : DU PRODIGE AU « MONSTRE PROMETTEUR » ».

L’étude épistémologique des sciences naturelles et de leur regard sur le monstre met au jour à la fois une continuité et une rupture avec les théories pré- et parascientifiques qui les précèdent. Ainsi, objectivé et naturalisé le monstre conserve malgré tout son statut d’être exceptionnel, position ambiguë qui n’est sans doute pas sans conséquence sur la place qui lui est réservée dans notre société, le monstre nous parlant alors de notre propre monstruosité.

Après-midi 14 h – 14 h 30

PIERRE BOILEAU (ARTISTE PLASTICIEN, DANSEUR CHORÉGRAPHE), AURORE HEIDELBERGER (DOCTORANTE EN ARTS DU SPECTACLE), JULIETTE LABRUYÈRE (ETUDIANTE DE MASTER 2 EN ARTS DU SPECTACLE)

« ACTIONS CORPS IMAGES ».

Dans la performance Actions corps images, les corps se font surface d’inscription qui saisissent l’image mais la déplace aussitôt, bousculant nos perceptions. Entre déformations monstrueuses et constructions esthétisantes, le corps perfomeur explore différentes transformations en surface qui le travestissent, utilisant cosmétiques, costumes, perruques, corsets, emballages divers ou tout simplement en se présentant nu... Le corps devient un matériau, une enveloppe investie à titre sensible.

14 h 30 – 15 h

ALEXANDRA PIGNOL (DOCTEUR EN PHILOSOPHIE, ENSEIGNE L’ESTHÉTIQUE, STRASBOURG)

« LE MONSTRUEUX DÉMASQUÉ : EXPRESSIONNISME ET SOCIÉTÉ ».

Le monstrueux est toujours ce qui est exclu, tu, tabou. Parler du monstre, faire parler les monstres a été un enjeu pour l’expressionnisme allemand. Plus particulièrement chez Georg Grosz ou Gottfried Benn. En levant le tabou sur le monstrueux, ce qui grimace, ce qui fait grincer des dents, on lève le voile sur un état de la société.

Le monstrueux touche par conséquent toujours la question de la limite à ne pas dépasser - et sa transgression.

15 h – 15 h 30 : Pause 15 h 30 – 16 h

GERMAIN ROESZ ET JEAN-FRANÇOIS ROBIC (PROFESSEURS, STRASBOURG)

« L’ÉPONGISTES ».

En roue libre j’ai croisé un monstre en bicyclette. Tous sont des monstres, le cycliste, et ceux qui l’ont poussé vers la monstruosité.

16 h – 16 h 30

PATRICE LECHE (ENSEIGNANT, LYON ET GRENOBLE) « L’INCROYABLE HULK ».

« L’Incroyable Hulk » est un personnage des comics américains, issu de l’esprit fécond de Stan Lee et Jack Kirby, qui fit sont apparition en 1962 sous son propre label et reçut un accueil assez mitigé avant de disparaître puis de revenir sur le devant des couvertures, connaissant alors un succès grandissant – au point de développer des séries télévisées, des films à gros budgets et des jeux. Notre étude se fera par le biais de l’arrière-plan mythique et folklorique utilisé pour la création de Bruce Banner/Hulk, à travers le réseau de résonnances que ces personnages possèdent quant aux points suivants : les noms, l’aspect plastique (Hulk verra sa représentation physique énormément évoluer et connaîtra deux couleurs : le gris puis le vert), les emprunts au folklore (plus particulièrement les loups-garous, les trolls et les géants, le thème de la terre gaste), mais aussi l’aspect trifonctionnel indo-européen (nous montrerons que chaque membre du couple Banner/Hulk commet les trois transgressions justifiant sa déchéance).

16 h 30 – 17 h

BARBARA STENTZ (DOCTORANTE EN HISTOIRE DE L’ART, STRASBOURG)

« L’EXPRESSION DE LA DOULEUR COMME FIGURE MONSTRUEUSE ».

Par définition, la douleur déforme les traits et altère le caractère de celui qui l’éprouve. Les signes en sont particulièrement visibles dans l’imagerie satirique et la caricature, notamment à partir du dernier quart du 18e siècle. Nous nous proposons, à travers l’analyse de quelques exemples, de montrer en quoi la douleur peut parfois engendrer des figures d’aspect monstrueux.

SAMEDI 16 MAI 2009

« CROISEMENT DES GENRES, LE MONSTRE MULTIFORME »

9 h – 9 h 30

FRÉDÉRIC DE BUZON (PROFESSEUR D’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE, STRASBOURG)

« MONSTRE ET LOIS NATURELLES ».

À l’âge classique, la découverte de lois de la nature, considérées comme des principes de conservation du mouvement à valeur universelle, impose un changement de regard sur les monstres, qui ne peuvent précisément plus apparaître comme des exceptions ou des signes surnaturels. En s’appuyant principalement sur Malebranche et Leibniz, on tentera de définir leur nouveau statut.

9 h 30 – 10 h

ISABELLE SORARU (DOCTEUR EN LITTÉRATURE COMPARÉE, STRASBOURG)

« UNE LECTURE POLITIQUE DU MONSTRE : MONSTRUOSITÉ ET IMAGINAIRE SOCIAL CHEZ ELFRIEDE JELINEK ».

La figure du monstre est récurrente et protéiforme dans les œuvres de l’autrichienne Elfriede Jelinek.

Montres moraux que la société engendre, ou encore féminin représenté sous les traits du monstre pour mieux déjouer les représentations du genre, l’intérêt porté au monstrueux dans ses textes est indissociable d’une lecture politique du réel visant à déconstruire représentations et imaginaires sociaux.

10 h – 10 h 40 : Pause 10 h 40 – 11 h 10

PATRICK ABSALON (DOCTEUR EN HISTOIRE DE L’ART CONTEMPORAIN, COMMISSAIRE D’EXPOSITIONS, CHARGÉ DE MISSION AU MUSÉE DU LOUVRE) Dans l’Antiquité et la mythologie grecque, la Sphinx, à l’instar des sirènes d’Homère, est un prodige monstrueux doué de parole, une parole à la fois « enchanteuse » (enchanteresse) et dangereuse. Quand son chant s’achève, quand Œdipe en vient à bout, elle provoque a contrario un regain de discours sans limite, car sa disparition est le moment d’une révélation tragique, comme un abîme. La Sphinx se métamorphose en signe pur, que la pensée moderne va dès lors tenter d’apprivoiser : elle est l’énigme et la nature, la science et le savoir, la vie et la mort, elle est… l’Homme.

Hegel, dans son Esthétique, parle du sphinx (acception générale qui met le monstre au masculin, posant au passage la question des genres) comme le « symbole du symbolique ». Le philosophe ouvre ainsi la voie à de nombreuses œuvres, littéraires et artistiques, qui témoignent de cet interminable interrogatoire que doit subir le monstre.

Cet exposé souhaite convoquer un corpus d’œuvres littéraires dans lesquelles le sphinx ou la Sphinx entament dialogues et monologues, ainsi que des œuvres des arts plastiques la mettant en scène. Quel est finalement le programme du monstre, et n’est-il pas au fond, s’il faut paraphraser Hegel en mettant en exergue une sorte d’analogie, l’œuvre de l’œuvre ?

11 h 10 – 11 h 40

JACQUELINE HARA (PH.D., ASSOCIATE PROFESSOR, DEPARTMENT OF MODERN LANGUAGES, DePAUL UNIVERSITY, CHICAGO, US) « GOYA, FAISEUR DE MONSTRES ».

Les représentations de monstres et de pratiques monstrueuses sont exponentielles dans l’œuvre de Goya.

En distinguant le monstrueux biologique du monstrueux imaginaire, nous proposons d’analyser les créatures hybrides et les aberrations qui fascinent Goya. Les arts de la magie le conduisent à une multiplication et un agrandissement d’images de ses créatures monstrueuses en perpétuelle évolution.

La confrontation de son univers de terreurs, de cauchemars et de songes avec le nôtre nous permettrait alors de montrer que c’est en invoquant des forces irrationnelles que Goya exprime, au sens propre du terme, le « désenchantement » qui nous est familier.

Références

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