Maître de conférences des universités (MCU) Faculté d’économie de l’université de Montpellier (UM) Centre d’Economie de l’Environnement de Montpellier (CEE-M)
November 8, 2021
1 Champ, objectifs et méthodologie du calcul économique public.
2 Fondements conceptuels et microéconomiques du calcul économique public.
3 L’évaluation des coûts et des béné…ces sociaux directs et indirects.
4 Le taux d’actualisation public.
consiste à sommer tous les béné…ces qui en résultent et à soustraire tous les coûts associés.
A…n de pouvoir les comparer, on exprime les coûts et les béné…ces en termes monétaires.
L’évaluation monétaire des coûts et béné…ces peut se révéler di¢ cile en pratique mais, en principe, cette évaluation reste assez simple dès lors que l’on est capable de mesurer leSC, leSP et leSE.
En outre, ce sont généralement les variations de ces mesures (conséquentes à un projet ou une politique) qui nous intéressent et
Dans ce chapitre, nous allons voir comment les variations deSC,SP et SE peuvent être facilement calculées lorsque toutes les courbes d’o¤re et de demande pertinentes sont connues.
Nous allons d’abord nous intéresser auxmarchés primaires, puis aux marchés secondaires.
Les marchés primaires sont les marchés qui sont directement a¤ectés par un projet ou une politique.
Les marchés secondaires sont les marchés qui sontindirectement a¤ectés.
Par exemple, si une ville construit une nouvelle ligne de tramway, les marchés primaires sont notamment le marché du transport collectif et le marché des matériaux nécessaires à la construction de la ligne.
Dans cet exemple, lesmarchés secondairessont notamment le marché des automobiles et le marché des carburants. Ces marchés pourraient en e¤et être a¤ectés en cas de report modal de la voiture vers le tramway conduisant à une baisse de la demande d’automobile et de la demande de carburant.
Le chapitre débute avec une brève discussion des causes et
conséquences du fait que les études menées en pratique sont souvent basées sur des mesures incorrectes des coûts et des béné…ces.
Nous verrons alors comment les e¤ets des politiques publiques doivent être évalués sur les marchés primaires. En la matière, les concepts fondamentaux sont les concepts de disposition maximale à payer, les courbes de demande et leSC.
Puis nous étudierons l’évaluation des ressources achetées sur les marchés primaires (entrants du projet ou de la politique publique). En la matière, les concepts fondamentaux sont les concepts de coût d’opportunité, les courbes d’o¤re et leSP.
monopole, les externalités, les asymétries d’information, les biens collectifs ou encore les addictions.
La justi…cation est que les défaillances de marché fournissent la principale justi…cation de la mise en oeuvre de la plupart des projets et politiques publiques qui sont évalués par le calcul économique public.
Rappelons toutefois que les défaillances du marché ne fournissent qu’une justi…cation prima facie de l’intervention publique. Encore faut il montrer que le béné…ce de la réglementation est supérieur à son coût.
Nous verrons …nalement que les impacts des projets et politiques publiques sur les marchés secondaires devraient généralement être ignorés.
Nous distinguerons notamment l’impact sur les marchés e¢ caces de l’impact sur les marchés ine¢ caces.
3 L’évaluation des coûts et des béné…ces sociaux directs et indirects.
3.1 Mesures correctes vs mesures utilisées en pratique.
3.2 Valorisation des conséquences: dispositions à payer.
3.3 Valorisation des entrants: coûts d’opportunité.
3.4 Marchés secondaires e¢ caces et ine¢ caces.
En pratique, la plupart des études concrètes visant à évaluer les projets publics et les politiques publiques sont basées sur desmesures incorrectes des coûts et des béné…ces.
Cette di¤érence est unedi¤érence conceptuelle. Le point n’est pas de discuter la perte de qualité des mesures correctes compte tenu des di¢ cultés pratiques.
Ainsi, nous comparerons les mesures utilisées en pratique avec les mesures correctes en supposant que toute l’information nécessaire à la mesure des variables économiques pertinentes est disponible.
Beaucoup de mesures utilisées en pratique di¤èrent des mesures correctes car il est souvent plus commode d’utiliser les prix directement observés sur les marchés pour évaluer les coûts et les béné…ces.
Cependant, comme nous allons le voir dans ce chapitre, dès lors que la politique publique implique la production d’un bien collectif, ou en présence d’une externalité ou d’un pouvoir de marché, les prix observés sur les marchés ne re‡ètent plus la valeur sociale des biens et services.
Il existe aussi des situations dans lesquelles les prix n’existent tout simplement pas (en l’absence de marché).
Par exemple, le prix d’entrée dans les parcs naturels ou dans les lieux culturels publics est …xé par les politiques et/ou les gestionnaires de service et non par le marché. Il est alors peu probable que les prix administrés re‡ètent correctement la valeur des biens pour les individus.
situations dans lesquelles on peut évaluer tous les coûts et béné…ces à partir des prix observés sur des marchés non-défaillants, et d’un autre côté les situations dans lesquelles aucun prix n’est disponible.
Lorsque les prix sont incorrects ou manquants, on utilise des prix
…ctifs(shadow prices). Il s’agit de combler le manque d’information provenant des marchés défaillants.
Par exemple, le prix de marché du papier peut être di¤érent de la valeur sociale de l’impression dès lors que le processus de production dégrade l’environnement. Dans ce cas, on devrait utiliser un prix …ctif supérieur au prix de marché a…n de re‡éter la présence d’externalités
Un autre exemple est la valeur de la vie humaine pour laquelle il n’existe pas de marché. Beaucoup d’études économiques sont menées a…n de parvenir à une valeur appropriée de la valeur statistique de la vie humaine.
De même beaucoup de travaux sont menés a…n d’évaluer la valeur des zones de loisir comme les parcs publics, ou encore celle des zones naturelles.
Ce chapitre considère de nombreux autres exemples dans lesquels des prix …ctifs sont requis, et suggère aussi la manière de les obtenir.
Pourtant, ces derniers sont rarement considérés en pratique, ce qui conduit à des évaluations incorrectes. De nombreuses raisons expliquent ce phénomène.
1. Il peut s’agir d’uneerreur des analystes. Par exemple, dans certaines circonstances, la distinction entre la mesure employée et la mesure correcte peut être trop subtile pour être perçue. Dans ce type de cas, les analystes n’ont pas conscience du fait que leurs résultats sont erronés et ne tentent donc pas de les corriger en intégrant des techniques appropriées d’évaluation.
2. Il peut s’agir de di¢ cultés techniques dans l’évaluation d’un prix
…ctif. Dans certaines situations, les analystes sont conscients du fait que la mesure employée est incorrecte mais ne disposent pas des ressources nécessaires pour la corriger (impossibilité technique, manque de temps, de données, de budget, etc.). Et même lorsque des prix …ctifs sont employés, ce ne sont pas nécessairement les bons (valeurs générales imparfaitement adaptées à des situations plus particulières). Les analystes doivent alors expliquer pourquoi et comment leurs résultats sont biaisés.
3. Dans certains cas en…n, on peut penser que la di¤érence entre la mesure utilisée et la mesure conceptuellement correcte reste in…me de sorte que l’on puisse raisonnablement considérer que le biais n’a¤ecte pas les résultats. Si tel est le cas, il n’est pas nécessaire d’utiliser des prix …ctifs.
Intéressons nous d’abord à la valorisation des conséquences ou extrantsdes projets et politiques publiques. La valorisation des causes ou entrantsest étudiée dans la section suivante.
Autrement dit, nous discutons d’abord la mesure des béné…ces sociaux, puis la mesure descoûts sociaux.
positives sur le bien-être de certains individus (qui sont disposés à payer pour leur mise en oeuvre) et des conséquences négatives sur le bien-être d’autres individus (qui sont disposés à payer pour éviter leur mise en oeuvre ou, de manière équivalente, sont disposés à recevoir si la mise en oeuvre est e¤ective).
Dans cette section, les ‘coûts’font donc référence aux possibles conséquences négatives de la politique et non pas aux dépenses associées à l’achat des entrants nécessaires à sa réalisation.
Nous distinguerons aussi l’évaluation des béné…ces sociaux selon que les marchés sont défaillants ounon-défaillants.
L’évaluation des béné…ces sociaux (bruts) reste assez simple lorsqu’un projet ou une politique publique a¤ecte la courbe d’o¤re de biens vendus sur des marchés non-défaillants.
Dans ces circonstances, la règle est la suivante: les béné…ces sociaux sont évalués par la somme de ∆SE (conséquente au projet, sans comptabiliser les coûts du projet), ∆SC et ∆SP.
Nous examinons deux situations courantes dans lesquelles la règle ci-dessus est applicable.
1. La politique a¤ecte directement la quantité de bien disponible pour les consommateurs, provoquant un déplacement de la courbe d’o¤re vers la droite.
Par exemple, la création d’un établissement public de garde pour enfants fait qu’une quantité plus importante est disponible à chaque niveau de prix. Ce type de politique réduit généralement (mais pas toujours) le prix du marché, ce qui pro…te aux consommateurs.
2. La politique a¤ecte indirectement l’o¤re via son impact sur la valeur ou la disponibilité des entrants des producteurs, provoquant un déplacement de la courbe d’o¤re vers le bas (lorsque l’impact est positif).
Par exemple, un projet public d’extension d’un port maritime permettant de faciliter le chargement et déchargement des marchandises devrait réduire les coûts des transporteurs.
Considérons le marché d’un bien. En l’absence de politique, la quantité échangée sur le marché est q0 et le prix de marché estP0. On envisage alors une hausse directe de la quantité de bien disponible pour les consommateurs. L’Etat fournit une quantité supplémentaire q0, tarifée au prix actuel du marchéP0.
La quantité supplémentaireq0 de bien apportée par le projet est supposée su¢ samment faible pour que le prix du marché ne soit pas a¤ecté. La demande est supposée parfaitement élastique de telle sorte que la quantité supplémentaire est absorbée au prix de marché.
Voir Figure 4.2. Projet (a).
Comme la demande est parfaitement élastique, le surplus des consommateurs n’est pas a¤ecté (∆SC =0). En e¤et, le gain apporté par la consommation de la quantité supplémentaireq0 est exactement égal à son coût en terme de dépense additionnelleP0.q0 (l’achat de q0 unités au prixP0).
De plus, le surplus des producteurs reste le même (∆SP =0) car ils vendent la même quantité au même prix avant et après le projet.
En…n, si la quantité supplémentaire q0 de bien est tarifée au prix de marché P0, l’Etat collecte un montant
∆SE =P0.q0 =airefq0abq1g (1) C’est le seul béné…ce social (brut) de cette politique.
Si par contre l’Etat ajoute une quantité su¢ samment importante de bien sur le marché, la politique devrait avoir un impact à la baisse sur le prix du marché.
Dans ce cas, on relâche l’hypothèse d’une demande parfaitement élastique. Le déplacement de la courbe d’o¤re vers la droite fait que le prix passe de P0 àP1.
L’Etat vend la quantité supplémentaire au prix de marché P1. Voir Figure 4.3. Projet (a).
Le surplus des consommateurs augmente car le prix de marché diminue deP0 àP1:
∆SC = airefP1bfg airefP0afg
= airefP1baP0g (2) Par contre le surplus des producteurs diminue car la quantité qu’ils vendent diminue de q0 àq2 le long deS:
∆SP = airefP1ceg airefP0aeg
= airefP1caP0g (3) La somme de ces deux variations reste positive:
La quantité supplémentaireq étant vendue au prix de marchéP1, le surplus de l’Etat augmente:
∆SE =P1.q0 =airefq2cbq1g (5)
Au …nal, le béné…ce social (brut) de cette politique est positif:
∆SC+∆SP+∆SE = airefabcg+airefq2cbq1g
= airefq2cabq1g (6)
Si la quantité supplémentaire q0 est o¤erte gratuitementà certains consommateurs sélectionnés, et si le prix de marché n’est pas a¤ecté, comme sur la Figure 4.2 Projet (a), le surplus des consommateurs sélectionnés augmente
∆SC =P0.q0 =airefq0abq1g, le surplus des producteurs reste constant ∆SP =0, et le surplus de l’Etat également ∆SE =0 (l’Etat ne collecte plus les fonds publics liés à la vente).
Par contre, si la quantité supplémentaireq0 est o¤erte gratuitement à certains consommateurs sélectionnés, mais quele prix de marché est a¤ecté à la baisse, passant deP0 àP1, comme sur la Figure 4.3 Projet (a), alors l’impact de la politique est moins évident. Il dépend des dispositions à payer des consommateurs sélectionnés (ceux à qui on o¤re le bien gratuitement).
Si la quantité supplémentaire q0 est o¤erte à des consommateurs qui ont une disposition à payer au moins égale àP1, alors l’impact de la politique est exactement le même que lorsque la quantité
supplémentaire est vendue au prix P1.
La baisse du prix fait que le surplus social augmente d’un montant égal à l’aire fabcg, comme précédemment. Cependant, comme le bien est o¤ert gratuitement, le surplus de l’Etat est nul (∆SE =0) et le montant P1.q0 reste dans la poche des consommateurs et vient s’ajouter à leur surplus. On retrouve donc le même résultat que lorsque le bien est vendu au prixP1.
Le surplus des consommateurs augmente du même montant que précédemment plus le terme P1.q0:
∆SC = airefP1baP0g+P1.q0
= airefP1baP0g+airefq2cbq1g (7) Le surplus des producteurs diminue du même montant que
précédemment:
∆SP = airefP1caP0g (8) Au …nal, le béné…ce social (brut) de la politique est le même que lorsque le bien est vendu au prixP1:
∆SC+∆SP = airefabcg+airefq2cbq1g
= airefq2cabq1g (9)
Si par contre la quantité supplémentaire q0 est o¤erte à des consommateurs qui ont une disposition à payerP inférieure àP1, alors l’impact de la politique est di¤érent par rapport au cas précédent où la quantité supplémentaire est vendue au prix P1. Dans ce cas, les consommateurs qui reçoivent le bien gratuitement n’auraient pas été disposés à payer le prix de marchéP1 pour cette quantité, mais seulementP <P1. En conséquence,la variation de leur surplus est surestimée et le béné…ce social (brut) de la politique est plus faible que l’airefq2cabq1g.
Toutefois, la mesure du béné…ce social (brut) de la politique donnée par l’airefq2cabq1gest correcte dès lors que les consommateurs qui se sont vus o¤rir le bien gratuitement sont en mesure de le revendre au prix de marché (sans coût de transaction) à des consommateurs qui eux sont disposés à payer au moins P1.
Par exemple, supposons que l’Etat o¤re gratuitement une partie de son stock de carburant à des ménages à bas revenus durant une période de pénurie. Cette politique prend ainsi la forme d’une subvention en nature.
Certains consommateurs vont recevoir plus de carburant que ce qu’ils auraient acheté au prix de marché et préfèreront donc revendre tout ou partie du carburant qui leur ait o¤ert plutôt que de le consommer.
En l’absence de coût de transaction, si par exemple les ménages reçoivent des coupons carburant non-nominatifs (transférables légalement), on peut s’attendre à ce que la subvention en nature ait le même e¤et qu’un transfert monétaire dont le montant serait égal à la valeur des coupons.
Considérons maintenant les politiques qui a¤ectent indirectement l’o¤re à travers une baisse des coûts de production.
Sur les Figures 4.2 et 4.3 Projet (b), on peut interpréter le
déplacement de la courbe d’o¤re comme la conséquence d’une baisse des coûts marginaux permettant d’o¤rir (de manière pro…table) une quantité supplémentaireq0 de bien à chaque niveau de prix.
Figure 4.2 Projet (b), le prix de marché reste constant à P0 et la quantité d’équilibre augmente de q0 àq1.
Figure 4.3 Projet (b), le prix de marché diminue de P0 àP1 et la quantité d’équilibre augmente de q0 àq1.
Si la demande est parfaitement élastique, comme sur la Figure 4.2 Projet (b), le surplus des consommateurs reste constant (∆SC =0).
Le surplus des producteurs augmente:
∆SP = airefP0bdg airefP0aeg (10)
= airefabdeg
Si la demande est décroissante, comme sur la Figure 4.3 Projet (b), le surplus des consommateurs augmente:
∆SC = airefP1bfg airefP0afg (11)
= airefP1baP0g
Le surplus des producteurs augmente:
∆SP = airefP1bdg airefP0aeg
= airefP1ceg+airefcbdeg [airefP0acP1g+airefP1ceg]
= airefcbdeg airefP1caP0g (12)
(b), la variation de son surplus est nulle (∆SE =0). Le béné…ce social (brut) du Projet (b) est donc obtenu en sommant les variations de surplus des consommateurs et des producteurs:
∆SC+∆SP = airefP1baP0g+airefcbdeg airefP1caP0g
= airefabcg+airefcbdeg
= airefabdeg (13)
Si le Projet (b) consiste à agrandir ou moderniser un port maritime,
Lorsqueles marchés sont défaillants l’évaluation des béné…ces sociaux (bruts) reste la même que précédemment: les béné…ces sociaux sont évalués par la somme de∆SE (conséquente au projet, sans comptabiliser les coûts du projet),∆SC et ∆SP.
Toutefois, le calcul de ces di¤érentes variations de surplus peut s’avérer plus délicat. Nous illustrons ces complications en considérant cinq types di¤érents de défaillance de marché: monopole,asymétrie d’information,externalités,biens collectifset biens addictifs.
Le monopole est un exemple typique de marché défaillant.
La di¤érence fondamentale entre un monopole et une entreprise concurrentielle est que le monopole est en mesure de …xer le prix du marché tandis que l’entreprise concurrentielle considère le prix comme une donnée.
On dit que le monopole dispose d’un pouvoir de marchécar il est capable de faire le prix du marché.
Le pouvoir de marché du monopole lui permet de s’approprier une partie duSC (par rapport à la situation de concurrence), mais le gain de surplus du monopole ne compense pas la perte deSC:
∆SPc!m =airefPcdaPmg airefbcdg (14) et
∆SCc!m = airefPccaPmg (15)
Ainsi, le monopole non-réglementé conduit à une perte sèche (le surplus social est plus faible que lorsque le marché est concurrentiel):
∆SSc!m = ∆SCc!m+∆SPc!m = airefabcg (16)
Plus spéci…quement, considérons maintenant unmonopole naturel.
La réglementation des prix est fréquemment mise en oeuvre pour les monopoles naturels, tels que les entreprises de services publics locaux (ex. transports, énergie, etc.).
Un monopole naturel émerge lorsqu’il existe d’importantes économies d’échelle dans la production d’un bien. Si tel est le cas, une entreprise peut produire le bien à un coût plus faible que plusieurs entreprises.
L’existence d’économies d’échelle résulte typiquement de la présence decoûts …xes importants.
Ainsi, le coût moyen de LT est décroissant et reste donc toujours supérieur au coût marginal de LT (qui est supposé constant égal à Pc pour simpli…er).
Voir Figure 4.5.
Dans ce contexte, il est raisonnable que l’Etat autorise qu’une unique entreprise serve la demande.
On peut alors se demander si le monopole naturel doit être
réglementé ou non? Et quelle forme doit prendre la réglementation le cas échéant?
Pour être concret, supposons que le monopole naturel de la Figure 4.5 produise une route et que sa quantité produite soit le nombre
d’usagers de cette route. Le prix est le montant du péage.
Le plus souvent, c’est le secteur public qui …nance et gère
l’exploitation des routes, mais on rencontre aussi de nombreux cas de PPP (ex. autoroutes en France). Il y a alors fourniture privée de biens collectifs accompagnée d’une réglementation publique.
On considère ici quatre formes alternatives de réglementation du monopole naturel.
l’opérateur souhaite un niveau de tra…c correspondant à Qm de telle sorte que la recette marginale égalise le coût marginal au pointb. Il est possible d’atteindre cet objectif avec un péage au prixPm.
1 Toutefois, ceci conduit à un prix supérieur au coût marginal (Pm >Pc), une quantité inférieure à la quantité concurrentielle (Qm <Qc), et donc à une perte sèche (par rapport à la situation de concurrence):
airefabcg
| {z }
∆SSc!m
= airefPccaPmg
| {z }
∆SCc!m
+airefPcbaPmg
| {z }
∆SPc!m
(17)
2 Ainsi, l’opérateur s’approprie une part importante du surplus des
2. L’opérateur se voit imposer un pro…t nul à LT. Dans ce cas, le niveau de tra…cQr et le montant du péage Pr sont déterminés au point d par l’égalisation de la recette moyenne (D) et du coût moyen (AC).
1 Il existe toujours une perte sèche mesurée par l’airefdecgmais celle-ci est sensiblement réduite par rapport au cas précédent de laisser faire.
La variation du surplus social conséquente à cette réglementation est la di¤érence entre l’airefabcget l’airefdecg.
3. Le prix concurrentielPc est imposé à l’opérateur.
1 Le prix est plus faible et le niveau de tra…c est plus fort que dans les deux cas précédents (Pc <Pr <Pm etQc >Qr >Qm). L’e¢ cacité productive est réalisée et le surplus social est maximisé au pointc, car le béné…ce marginal de la consommation égalise le coût marginal de la production. La perte sèche est donc totalement éliminée.
2 Cependant, l’opérateur ne peut pas couvrir ses coûts …xes car le prix est inférieur au coût moyen et l’entreprise ne peut pas atteindre pas le seuil de rentabilité. Il faut donc subventionner l’opérateur sur fonds publics. Lavaleur empirique du coût marginal des fonds publics est ici essentielle pour juger de la désirabilité de cette réglementation.
4. La route est libre d’accès (pas de péage) et l’Etat …nance la construction et l’exploitation de l’infrastructure sur fonds publics.
1 Le prix est nul et le niveau de tra…cQ0 est maximal. L’e¢ cacité productive n’est toutefois pas atteinte, car le béné…ce marginal de la consommation est inférieur au coût marginal de la production.
2 Il existe une perte sèche mesurée par l’airefchQ0gcar les unités produites au-delà deQc sont ine¢ caces.
3 Comme l’Etat …nance l’intégralité du projet, lavaleur empirique du coût marginal des fonds publicsest encore plus essentielle que précédemment pour juger de la désirabilité de cette réglementation.
Il existe uneasymétrie d’information sur un marché dès lors que l’information est di¤érente du côté de l’o¤re et du côté de la demande.
Par exemple, les vendeurs peuvent avoir une meilleure information concernant la qualité ou la sécurité d’un produit que les acheteurs.
Les médecins sont mieux informés des besoins médicaux que les patients. Les employeurs peuvent aussi avoir une meilleure information concernant les risques d’accident du travail que les employés.
Pour illustrer, on considère le cas d’un marché où les vendeurs sont mieux informés que les acheteurs. Ces derniers surestiment la valeur du bien.
On peut représenter cette situation graphiquement en considérant deux courbes de demande di¤érentes. L’une notéeDi lorsque les consommateurs ont la même information que les vendeurs et l’autre, plus à droite, notée Du lorsque les vendeurs sont mieux informés.
Voir Figure 4.6.
L’asymétrie d’information a deux e¤ets.
Premièrement, les producteurs s’approprient une partie du surplus des consommateurs. Le transfert est mesuré par l’airefPicaPug.
Deuxièmement, comme le véritable béné…ce marginal de la consommation est inférieur au coût marginal de la production, il existe une perte sèche:
airefabcg
| {z }
∆SSi!u
= | airefP{zicbaPug}
∆SCi!u
+aire| fP{zicaPug}
∆SPi!u
(18)
Les deux e¤ets identi…és ci-dessus (en particulier le second) peuvent justi…er l’intervention de l’Etat qui pourrait apporter l’information manquante aux consommateurs.
Le problème est qu’à la fois l’acquisition et la di¤usion de l’information engendrent des coûts potentiellement élevés. Il faut donc comparer ces coûts au montant de la perte sèche pour juger de la désirabilité de la politique.
On peut alors s’interroger sur les circonstances qui font que la perte sèche est importante de telle sorte que les béné…ces de la politique soient susceptibles d’être supérieurs aux coûts de la politique. Ceci dépend essentiellement de deux facteurs:
La facilité avec laquelle les consommateurs peuvent acquérir l’information par leurs propres moyens.
La possibilité de voir émerger une troisième partie prenante privée qui pourrait apporter l’information manquante.
A…n de discuter les deux facteurs identi…és ci-dessus, il est utile de distinguer trois types de produits.
1 Biens d’examen(search goods). Ce sont lesbiens dont les caractéristiques peuvent être examinées avant l’achat(ex.
vêtements, meubles, achats avec des spéci…cations ou un cahier des charges). Ces biens font l’objet de comparaisons et subissent la pression concurrentielle du fait des prix aisément véri…ables et de l’existence de nombreux substituts. L’asymétrie d’information est minimisée dans ce cas car les consommateurs sont en mesure de la réduire par leurs propres moyens.
2. Biens d’expérience(experience goods). Ce sont les biens dont les caractéristiques ne sont révélées qu’au moment de la
consommation ou à l’usage(ex. restauration, voiture d’occasion, séjours touristiques, biens de loisir ou culturels, immobilier).
L’asymétrie d’information peut ici être importante. Toutefois, les consommateurs informés transmettent généralement l’information aux autres. De plus, les vendeurs o¤rent souvent des garanties. En général, si une demande importante d’information des consommateurs existe concernant un produit, il est pro…table pour une troisième partie (et désirable pour la société) d’acquérir et de vendre cette information. L’intervention de l’Etat n’est donc pas systématiquement
3. Biens de croyance(post-experience goods oucredence goods). Ce sont lesbiens dont les caractéristiques sont di¢ ciles à percevoir pour les consommateurs, non seulement lors de l’achat, mais également lors de la consommation(ex. compléments
alimentaires, médicaments ayant des e¤ets secondaires à LT, vice caché pour une voiture). Les croyances (fondées ou non) jouent ici un rôle essentiel pour déterminer l’appréciation du produit. La réputation des vendeurs peut ne pas su¢ re et la caution ou …abilité d’une éventuelle troisième partie est alors essentielle. Pour ce type de bien, il peut s’avérer di¢ cile de résoudre le problème d’asymétrie
d’information par des moyens privés et l’intervention de l’Etat peut être plus particulièrement justi…ée dans ce cas.
production ou la consommation d’un bien a un impact direct (sans passer par le marché) positif ou négatif sur d’autres agents
économiques.
Comme cet impact est hors-marché, il n’est pas re‡été par les prix sur les marchés. Autrement dit, il existe des externalités lorsque certains marchés sont manquants (ex. pollution, services rendus par les écosystèmes, e¤ets de réseau).
Nous considérons d’abord le cas d’une externalité négative (induisant des coûts sociaux) puis uneexternalité positive
On considère le marché d’un bien pour lequel la production engendre une externalité négative (ex. pollution de l’air ou de l’eau).
L’o¤re privée S ne re‡étant que les coûts privés et n’intégrant pas l’e¤et externe négatif, elle sous-estime le coût social de la production.
Le marché non réglementé conduit à un niveau de productionQ trop important.
Lorsque l’e¤et externe négatif est pris en compte, le coût social marginal de la production est re‡été par la courbe d’o¤reS# plus au nord. La quantité socialement optimale est e¤ectivement plus faible Q#<Q .
Voir Figure 4.7.
La distance verticale entre S#et S mesure la valeur du dommage marginal.
La perte sociale qui résulte de l’externalité négative est donnée par C. En e¤et, les unités produites au delà deQ# coûtent toutes plus cher socialement qu’elles ne rapportent car S# >D.
La technique standard pour résoudre ce type de problème est d’internaliser l’e¤et externe négatif au moyen d’une taxe (Pigou, 1920). Il s’agit de …xer une taxe à l’unité dont le montant est égal au dommage marginal.
La taxe pigouvienne provoque un déplacement de la courbe d’o¤re de S àS#, le niveau de production socialement optimalQ#est atteint, et le prix payé par les consommateurs augmente deP àP# tandis que le prix reçu par les producteurs diminue deP àP# t.
Notons que la taxe ne supprime pas totalement la pollution associée à la production du bien (car la production est réduite mais pas
supprimée).
pigouvienne est réparti de manière non-égalitaire parmi les agents concernés.
Les consommateurs et les producteurs du bien subissent une perte de surplus, le gain de surplus des agents impactés par la pollution est l’e¤et externe, et le surplus de l’Etat augmente du montant des recettes de la taxe t.Q#. En sommant ces variations de surplus, on constate que la taxe pigouvienne supprime la perte sècheC:
|{z}C
∆SS !#
= [A+B]
| {z }
∆SC !#
[E+F]
| {z }
∆SP !#
+ [A+E]
| {z }
∆SE !#
+ [B+C +F]
| {z }
E¤et externe
(19)
Considérons maintenant le cas d’une externalité positive. On considère une campagne publique de subvention des services de dératisation dans un quartier pauvre.
On peut mettre en oeuvre ce type de programme en o¤rant aux habitants du quartier des coupons ou bons d’achats utilisables pour payer les services de dératisation (les entreprises se font alors rembourser la valeur monétaire des coupons par l’Etat).
Clairement, ce type de programme est susceptible d’avoir des e¤ets externes. En e¤et, il sera plus facile de lutter contre les rats dans les quartiers voisins.
En l’absence d’intervention publique dans le quartier, l’o¤re de services de dératisation est donnée par la droiteS tandis que la demande est donnée par la droite DM.
La droite de demande sociale DS intégrant l’impact positif sur les quartiers voisins est plus au nord. La distance verticale entre DM et DS représente ainsi le béné…ce externe marginal de la dératisation.
Voir Figure 4.8. En l’absence de réglementation, la quantitéq0 est trop faible. L’optimum social correspond en e¤et à l’intersection entre l’o¤re S et la demande socialeDS. Laperte sècheest ainsi mesurée par C +F +H.
Si un coupon pour une intervention de dératisation a une valeur de ve, alors le programme conduit à un déplacement de l’o¤re vers le bas d’un montant égal à ve.
Le nombre d’interventions augmente deq0 à q1, les résidents payent un prix plus faibleP1 <P0 et les entreprises de dératisation reçoivent un prix plus élevéP1+v >P0. Les résidents des quartiers voisins pro…tent (gratuitement) de plus de dératisation.
surplus des habitants des quartiers voisins augmente. Par contre le surplus de l’Etat diminue d’un montant égal à v.q1:
C +F
| {z }
∆SSS!S v
= [B+E]
| {z }+
∆SCS!S v
[A+C]
| {z }
∆SPS!S v
[A+B+C +E +G]
| {z }
∆SES!S v
+ [C+F +G]
| {z }
E¤et externe
(20) En sommant ces di¤érentes variations, on obtient le béné…ce social de la politique mesuré par C +F. Une partie de la perte sèche est éliminée (reste seulement H). La distribution du béné…ce social est
Les biens collectifs purs (par opposition aux biens privés) possèdent les propriétés de non-rivalité dans la consommationet de
non-exclusion d’usage.
Lorsqu’il est produit, un bien collectif pur est donc disponible en quantité égale pour tous (ex. digues, phares, défense nationale). On peut donc voir la production de bien collectif pur comme un cas particulier d’émission d’une externalité positive.
Le problème posé par la non-exclusion d’usageest unproblème d’incitation à produire(pas su¢ samment d’externalités positives émises par les agents privés) car les producteurs auront du mal à se faire payer du fait des comportements de passagers clandestins.
Le problème posé par la non-rivalitéest qu’il est ine¢ cace d’exclure certains consommateurs par le prix (ceux qui ne sont pas disposés à payer le prix) lorsque le bien est produit. La raison est quele coût marginal de production est nul.
A…n d’illustrer les implications de la propriété de non-rivalité, on compare le cas d’un bien privé (possédant la propriété de rivalité) avec celui d’un bien collectif (possédant la propriété de non-rivalité).
Pour simpli…er, on considère seulement deux consommateurs.
Les demandes individuelles des deux consommateurs, c’est à dire leurs dispositions à payer sont notéesdA et dB. On peut alors en déduire la courbe de béné…ce social marginal selon qu’il y a rivalité ou
non-rivalité dans la consommation du bien.
Voir Figure 4.9. Cas (a) rivalité et cas (b) non-rivalité.
représentant le béné…ce social marginal de la consommation du bien, est simplement obtenue en sommant les quantités individuelles désirées pour chaque niveau de prix.
On somme horizontalement les quantités demandées horizontalement.
Ainsi, le béné…ce social marginal P est associé à une quantité de bien privéQ =q1+q2.
On peut remarquer que lorsque le prix est supérieur àP#, le béné…ce social marginal du bien se confond avec le béné…ce marginal du consommateur B (puisqu’il est le seul acheteur à ces prix et donc le
Sur la Figure 4.9. (b) Le béné…ce social marginal du bien est obtenu en sommant les dispositions à payer des agents pour chaque niveau de production.
On somme les dispositions à payer des agents verticalement (plutôt qu’horizontalement). Ainsi, le béné…ce social marginal associé à une quantité de bien collectif Q estP =pa+pb.
On peut remarquer que lorsque la quantité est supérieure àQ#, le béné…ce social marginal du bien se confond avec le béné…ce marginal du consommateurB (puisqu’il est le seul à tirer un béné…ce de ces quantités supplémentaires).
La distinction qui vient d’être faite concernant la manière dont est déterminée la demande totale selon que le bien possède ou non la propriété de rivalité a des implications importantes.
Dans le cas d’un bien privé, les consommateurs révèlent la quantité qu’ils désirent au prix de marché. Par exemple, si le prix d’un hamburger estP , alors le consommateur Adésirera acheter une quantité q1 et le consommateurB une quantitéq2.
Par opposition, dans le cas d’un bien collectif, rien n’incite les consommateurs à révéler les quantités qu’ils désirent. Par exemple, si le prix d’un lampadaire estpb, alors le consommateur B souhaitera acheter une quantitéQ et le consommateur Aune quantité nulle à ce prix.
Si tel est le cas, le consommateur Aobtient gratuitement la quantité Q alors qu’il serait disposé à payerpa pour cette quantité. Il adopte ainsi un comportement depassager clandestin.
Ainsi, le consommateurB peut refuser d’acheter la quantité Q si le consommateur Arefuse de participer au …nancement. Il en résulte une situation sous-optimale dans laquelle les deux consommateurs sont perdants.
négociationpeut permettre d’améliorer la situation. L’Etat peut également intervenir et imposer des prix personnalisésà la Lindahl (1919). Mais ces solutions deviennent vite impossibles à mettre en oeuvre lorsque les agents concernés sont nombreux.
De plus, le problème du mécanisme de Lindahl est qu’il est
manipulable. On peut alors construire desmécanismes incitatifs comme le mécanisme de Clarke-Groves. Mais dans tous les cas on se heurte au problème de révélation de la disposition à payer des agents qui reste une information privée. On doit alors concéder unerente informationnelle aux agents pour obtenir qu’ils révèlent leur
Les biens addictifs peuvent être considérés comme des biens
générant des externalités intrapersonnelles. Pour certains individus, la consommation d’un bien aujourd’hui augmente leur envie de le consommer dans le futur. Par exemple, un individu sensibilisé à la musique durant son enfance souhaitera certainement consommer plus de musique à l’âge adulte.
Les modèles économiques de biens addictifs supposent que le montant demandé dans le présent dépend des montants consommés dans le passé (Becker and Murphy, JPE, 1988). On parle d’addiction rationnellelorsque les individus ont pleinement conscience et tiennent compte de l’impact futur de leur consommation présente.
L’addiction est souvent irrationnelle. Par exemple, un adolescent peut mal anticiper les conséquences futures de sa consommation présente de tabac. Un individu peut aussi mal anticiper les e¤ets de son addiction aux jeux d’argent.
Ceci explique que l’on parle d’externalités intrapersonnelles. Si la consommation présente a un impact futur négatif, l’individu présent émet une externalité négative a¤ectant ce même individu dans le futur.
La présence d’externalités intrapersonnelles conduit à s’interroger sur la validité de l’usage de la variation du surplus des consommateurs lorsqu’il est calculé à partir de la demande observée sur le marché.
Plus généralement, faut-il respecter les préférences révélées par les consommateurs sur les marchés, même si ces préférences sont irrationnelles?
La réponse est négative dès lors que les individus ont conscience de leur irrationalité et sont volontaires pour sortir de l’addiction (sinon ce serait du paternalisme).
Pour illustrer, on considère un joueur de casino présentant une addiction. Ce dernier surestime le béné…ce de sa dépense aux jeux.
Au prixP, il consomme une quantité QA. Or s’il n’était pas addict, il consommerait seulement une quantité QR <QA au même prix P.
Voir Figure 4.10.
En l’absence d’addiction, le surplus du joueur serait égal à
l’airefPPCag. L’addiction le conduit à augmenter sa dépense d’un montantP[QA QR], mais son surplus n’augmente que d’un montant mesuré par l’airefQRacQAg. La perte sèche due à l’addiction est mesurée par l’airefabcg.
Le surplus du consommateur est donc mesuré par la di¤érence entre l’airefPaPCget l’airefabcg. Si une politique permettait de libérer le joueur de son addiction, le béné…ce de la politique serait mesuré par l’airefabcg.
Les projets et politiques publics nécessitent des ressources, des entrants, pour produire d’autres biens et services.
Par exemple, les projets publics comme les barrages, digues, autoroutes, ponts, tunnels ou le métro, nécessitent de la main d’oeuvre, des matériaux, des terrains et des équipements.
De même, les programmes sociaux nécessitent l’emploi de personnel quali…é, des ordinateurs, des téléphones, des bureaux.
Les programmes de préservation des zones naturelles, l’aménagement d’espaces de loisirs, les parcs publics, nécessitent au moins des terrains.
Les ressources consommées par les projets et politiques publics n’étant plus disponibles pour d’autres usages, leur emploi représente uncoût d’opportunité(on renonce à l’emploi de ces ressources dans leur meilleur usage alternatif).
La mesure conceptuellement correcte du coût d’opportunité d’une ressource est l’aire se situant sous sa courbe d’o¤re (re‡étant le CVT).
En pratique, la question est de savoir si le coût comptabled’une ressource, c’est à dire la dépense e¤ectivement réalisée pour acquérir une ressource, est la mesure correcte de soncoût d’opportunité.
Utiliser le coût comptable est correct dans certains cas, et pas dans d’autres.
A…n d’identi…er dans quelles circonstances le coût comptable des entrants peut être employé pour mesurer leur coût d’opportunité, nous étudierons trois situations alternatives.
Le marché de la ressource est e¢ cace(i.e. non-défaillant) et le prix de marché n’est pas sensiblement a¤ecté par la demande supplémentaire induite par le projet. (coût comptable = coût d’opportunité).
2 Le marché de la ressource est e¢ cacemais le prix de marché est sensiblement a¤ectépar la demande supplémentaire induite par le projet. (coût comptable coût d’opportunité).
3 Le marché de la ressource est défaillant. (coût comptable >ou<
coût d’opportunité).
Avant de poursuivre, il peut être utile de rappeler que les coûts d’opportunité mesurent la valeur de ce à quoi on renonce dans le présent et dans le futur, et non pas ce à quoi on a renoncé dans le passé. Ainsi,les coûts d’opportunité n’intègrent pas les CF irrécupérables (qui ne sont pas re‡étés par l’aire se situant sous la courbe d’o¤re).
Certains coûts peuvent être considérés comme récupérables ou irrécupérables selon le type de calcul économique mené: ex ante,in medias resouex post.
Par exemple, supposons que vous deviez vous prononcer concernant la décision de poursuivre ou non les travaux de construction d’un pont.
Quel est le coût d’opportunité des métaux et du béton qui ont déjà été utilisés pour les fondations?
Ce n’est pas leur valeur d’achat, mais plutôt leur valeur de revente.
Le coût d’opportunité des métaux et du béton est déterminé par leur valeur dans le meilleur usage alternatif actuellement possible.
Par exemple, les métaux pourraient éventuellement être revendus sous forme de ferraille.
En outre, il est tout à fait concevable que les coûts de démantèlement pour récupérer les matériaux soient supérieurs à leur prix de revente.
Dans ce cas, en supposant que les matériaux doivent obligatoirement être démantelés en cas d’arrêt de la construction, le coût
d’opportunité des matériaux serait négatif (le fait de ne pas avoir à démanteler le pont inachevé est un béné…ce associé à la poursuite de la construction).
Lorsque les ressources qui ont déjà été payées n’ont aucune valeur de revente (comme la main d’oeuvre utilisée pour construire les
fondations du pont), et sont donc totalement irrécupérables, il serait incorrect de les considérer pour prendre une décision concernant des actions futures.
Lorsque l’o¤re d’une ressource est parfaitement élastique (la courbe d’o¤re est horizontale), une hausse de la demande induite par un projet n’a aucun impact sur le prix du marché.
Par exemple, si un programme de formation professionnelle nécessite des fournitures de bureau telles que des crayons, il est raisonnable de supposer que le programme n’aura aucun impact sur le prix des crayons.
Voir Figure 4.11 où le projet nécessite une quantitéq0 de ressource.
Le coût d’opportunité de la ressource est simplement la valeur de cette quantité q0 au prix de marché P0, soit P0.q0 =airefq0abq1g.
La dépense en crayons apparaissant dans le budget du programme représente un coût d’opportunité égale à la valeur des ressources utilisées pour produire ces crayons.
Dans ce cas, le coût d’opportunité de la ressource se confond avec la valeur d’achat de la ressource. Autrement dit, il est correct
d’utiliser le coût comptable de la ressource, qui estdirectement observable, comme mesure de son coût social dans la mesure du béné…ce social net du programme.
Cette approche est donc satisfaisante en l’absence de défaillance de marchéet lorsque la quantité supplémentaire représente une faible part de la demande totale.
On peut aussi considérer le cas opposé dans lequel l’o¤re d’une ressource est parfaitement inélastique(la courbe d’o¤re est verticale).
Par exemple, envisageons la création d’un parc public en zone urbaine nécessitant l’achat de terrains constructibles disponibles en quantité limitée. On suppose que Ahectares sont disponibles.
Si l’Etat n’achète pas les terrains, ces derniers sont vendus à des investisseurs privés au prixP (par hectare).
Voir Figure 4.12.
Dans ce contexte, le coût comptable des terrains nécessaires à la création du parc public est simplement donné par leur valeur au prix de marché:
P.A=airefPbA0g (21) Mais le coût d’opportunité des terrains est plus important. En e¤et, le fait que les terrains ne soient pas vendus aux investisseurs privés fait que ces derniers ne réalisent pas de surplus. Le coût
d’opportunité des terrains est donc plus fort que le coût comptable:
P.A+airefPabg (22) L’idée de prendre en compte la perte de surplus est que l’usage des terrains à travers le parc apparaîtra comme un béné…ce qui sera ainsi comparé au béné…ce qui aurait été tiré des terrains par les
Lorsqu’un projet nécessite de mobiliser d’importantes quantités de ressources sur les marchés, on peut s’attendre à ce que la hausse de la demande induite par le projet conduise à une hausse du prix des ressources.
Par exemple, la construction d’un barrage nécessitant une quantité importante de béton pourrait a¤ecter le prix de marché du béton.
Dans ce cas, la courbe d’o¤re doit être considérée comme croissante.
Voir Figure 4.13. Avant la mise en oeuvre du projet, une quantitéq0
de ressource est vendue au prix P0.
On suppose que le projet nécessite une quantité q0 de ressource.
Ainsi, le projet provoque un déplacement de la courbe de demande vers la droite.
La quantité d’équilibre augmente deq0 àq1 et le prix augmente de P0 àP1.
La hausse du prix exclut les consommateurs qui ne sont pas disposés à payer P1 et qui réduisent leur demande deq0 àq2.
Ainsi, la quantité de ressource destinée au projet q0 =q1 q2 provient à la fois d’un accroissement de l’o¤re (q1 q0) et de la baisse de la demande des consommateurs initialement en place sur le marché (q0 q2).
Quel est le coût social de la quantitéq0 de ressource?
Le surplus des consommateurs diminue:
∆SC = airefA+Bg<0 (23)
Le surplus des producteurs augmente:
∆SP =airefA+B+Cg>0 (24)
Au niveau agrégé, la hausse du prix génère un gain:
∆SC+∆SP=airefCg= 1
2[P1 P0]q0 >0 (25)
Le coût comptable du projet est
∆SE = P1.q0 = airefB+C+E+F +Gg<0 (26)
Au …nal, le coût social est plus faible que le coût comptable (en valeur absolue)
Le point important est que, du fait de la variation du prix de marché, le coût comptable de la ressource surestime son véritable coût social.
En e¤et, le coût social intègre les variations de surplus des
consommateurs et des producteurs qui est positive si le prix augmente.
La di¤érence entre coût comptable et coût social est mesurée par l’airefCg= 12[P1 P0]q0. Ainsi le coût social peut être réécrit comme suit:
∆SC+∆SP+∆SE = P1.q0+airefCg= P1+P0
2 q0 (28) Le coût social est obtenu en valorisant la quantité de ressource q0 par une moyenne entre le prix initial P0 et le prix …nalP1. La di¤érence entre coût social et coût comptable est donc susceptible de rester relativement modeste dans la plupart des cas, sauf si la variation de prix est très forte. On peut donc considérer que le coût comptable est généralement une approximation acceptable du coût social.
Sur un marché e¢ cace, leprix d’équilibre d’une ressource égalise son coût social marginal.
Mais lorsque les marchés sont défaillants, en raison de la présence de biens collectifs, d’externalités, de monopoles naturels, d’asymétries d’information, de taxes, de subventions, de réglementations comme l’encadrement des prix, cette égalité ne tient plus et l’e¢ cacité économique est perdue du fait queles coûts privés ne re‡ètent plus les coûts sociaux.
Lorsque les marchés des ressources sont défaillants, le coût d’opportunité des ressources devient plus di¢ cile à évaluer.
Nous allons étudier trois situations di¤érentes:
1 Les ressources d’un projet sont achetées à un prix inférieur à leur coût d’opportunité.
2 L’Etat embauche des travailleurs au chômage pour réaliser un projet.
3 Les ressources d’un projet sont achetées à un monopole.
Considérons une politique d’extension de la capacité des cours d’assises de telle sorte que plus d’a¤aires criminelles puissent être traitées.
Les coûts comptables de cette politique englobent notamment les salaires des juges et autres employés des tribunaux, les loyers des locaux et bureaux supplémentaires, et peut être les coûts d’extension de la capacité des établissements pénitentiaires.
Les coûts comptables supplémentaires associés à ces ressources sont susceptibles de rester assez proches de leurs coûts d’opportunité sociaux.
Toutefois, le budget de la politique peut aussi inclure les dépenses supplémentaires en terme d’indemnisation des jurés. Typiquement, les jurés reçoivent une indemnisation calculée sur la base de leur coût de transport.
Or ce coût est plus faible que leur véritable coût d’opportunité car les jurés subissent aussi une perte de salaire.
Il faudrait alors ajouter la perte de salaire brute conséquente à la participation des jurés a…n de re‡éter leur véritable coût
d’opportunité.
Envisageons maintenant un projet nécessitant l’embauche de
travailleurs actuellement au chômage. Supposons en e¤et qu’il existe un salaire minimum ou des rigidités conduisant à un situation de sous-emploi.
Le chômage est ici du chômage naturel ou structurel (di¤érent du chômage frictionnel et du chômage conjoncturel).
Ce point est important car beaucoup de politiques visent à réduire le chômage structurel de LT.
Avant de discuter la manière dont le coût d’opportunité des chômeurs peut être mesuré, il est utile de considérer plus précisément l’impact des emplois créés sur le nombre de chômeurs.
Considérons par exemple un projet générant 100 emplois.
Une partie de ces emplois sera occupée par des travailleurs ayant quitté un autre emploi, et si cet autre emploi n’est pas réalloué à un chômeur, le nombre de chômeurs peut diminuer de moins de 100.
Mais plus le taux de chômage est fort, plus on peut s’attendre à ce que la baisse du nombre de chômeurs soit proche de 100.
secteur. L’o¤re initiale de travail estS et la demande initiale de travail est D. En l’absence de salaire minimum, le nombre de travailleurs à l’équilibre estLe et le salaire estPe.
En présence d’un salaire minimumPm supérieur au prix de marché Pe, l’o¤re de travailLs est supérieure à la demande de travail Ld. Le nombre de chômeurs est donc Ls Ld >0. Imaginons maintenant une politique nécessitant l’embauche deL0 travailleurs au salaire minimumPm. Ainsi, la courbe de demande de travail se déplace vers la droite d’un montant L0. Comme le nombre de travailleurs
nécessaires au projet reste inférieur au nombre total de chômeurs
Dans ce contexte, il n’existe pas de mesure pleinement satisfaisante du coût social associé à l’emploi desL0 chômeurs pour le projet.
Nous allons considérer cinq mesures alternatives.
Aucune de ces mesures n’est pleinement satisfaisante, mais toutes ne se valent pas (certaines sont plus satisfaisantes que d’autres).
Mesure A. Comme les personnes employées étaient au chômage, on peut considérer que leur coût d’opportunité est nul.
Mais cela revient à considérer que le temps disponible de ces personnes n’a aucune valeur.
Cette approche est inappropriée pour au moins deux raisons.
Premièrement, beaucoup de chômeurs sont en fait engagés dans des activités productive (recherche d’emploi, garde d’enfants, travaux domestiques, etc.).
Deuxièmement, même si les chômeurs n’ont aucune activité
productive, leur temps de loisir a une valeur pour eux. En e¤et, peu de chômeurs sont disposés à travailler gratuitement.
On peut remarquer que sur la …gure 4.14, aucun travailleur n’est disposé à travailler pour un salaire inférieur àPr (car la courbe d’o¤re de travail re‡ète la disposition minimale à recevoir des personnes pour o¤rir leur travail).
Ainsi, le coût d’opportunité des chômeurs ne devrait pas être
Mesure B. SiL0 chômeurs sont embauchés au salaire minimumPm, alors le coût comptable de la politique est
Pm.L0 =airefabLtLdg
Le problème de cette mesure est qu’elle surestime le coût
d’opportunité. En e¤et, les chômeurs auraient été disposés à travailler pour un salaire plus faible que le salaire minimum (la courbe d’o¤re de travail étant inférieure à Pm). Ainsi ils réalisent un surplus qui constituent un transfert de l’Etat vers les chômeurs embauchés.
Mesure C. En supposant que les chômeurs embauchés ont une disposition à recevoir supérieure à Pd et inférieure àPc, on peut soustraire leur surplus donné par l’airefabcdgdu coût comptable PmL0.
Ainsi, le coût d’opportunité desL0 embauchés est l’airefcdLdLtg.