M ATHÉMATIQUES ET SCIENCES HUMAINES
G. T H . G UILBAUD
Avant-propos
Mathématiques et sciences humaines, tome 54 (1976), p. 5-6
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AVANT-PROPOS
La
présente
livraison de"Mathématiques
et Sciences Humaines" est centrée sur unequestion
depraxéologie mathématique -
souhaitons que la technicité desexposés
nefasse
pas oublier quel’origine
des vroblèmes setrouve dans une
réflexion -
ancienne etpermanente -
concernant lesprocédures
de vote.Encore
aujourd’hui,
et,(qui
sait ?)peut-être plus aujourd’hui
quejamais,
une certaineambiguïté
doit être mise àjour. Lorsqu’une collectivité, grande
oupetite,
a l’habitude de recourir au votec’est., semble-t-il,
pourprendre
une décision. Pour chacun desélecteurs,
le choix àfaire
est celuid’un acte à
accomplir -
et ce choix doit évidemment être éclairé par lesconséquences
de chacun des actespossibles ;
et cesconséquences jugées
par le but recherché (les"intérêts",
la"finalité",
etc.).Mais les
discours, populaires
ou savants,présentent
très souvent unetoute autre
image. Quand
onparle
de "consultationpopulaire".
parexemple,
on a l’air de croire que la
procédure
a pour but dedégager
uneopinion -
et la
pratique,
maintenant bieninstallée,
dessondages,
n’afait
querenforcer
cetteimage.
C’est à cette
image qu’on
seréfère implicitement quand
onparle
derrvote sincère". On attribue à Borda (l’un des
pionniers
en la matière) laréplique
’!ma méthode d’élection estfaite
pour les honnêtesgens".
Maisqu’est-ce
donc que cette honnêteté ? J’ai le droit (etparfois
le devoir)de
déposer
un bulletin dans l’urne. Je sais lesrègles
dudépouillement, je
peux doncimaginer
toutes lesconséquences possibles
de mon acte, ycompris
les incertitudes.Mais où a-t-on dit que c’es* "mon sentiment" que
je
dois dire ?au
point
que siquelqu’un
lisait monbulletin,
il saurait "ce queje
pense’;
"ce queje
souhaite".6
C’est une
façon
demélanger
les genres,confondre
l’isoloir et leconfessionnal.
est
signalée
defaçon fort
claire par cette locution courante de "sincérité duvote" ;
àquoi
oppose l’idée de "votestratégique"
(ou bien encore : votez utile !~ .Il y aurait
beaucoup
à dire sur ce thème : suivre l’idée chez les écrivains de lapolitique -
examiner comment les institutionsqui
seveulent
démocratiques
ont évolué à la suite de tellesréflexions -
mais cen’est pas le lieu. ici. Notre revue
s’occupera
seulement desefforts
mathématiciens pour mettre au clair les modèles. On verra que ce n’est pas
facile.
L’occasion du rassemblement de textes
qu’on
va lire est la rencontred’un
important
texte de S. Lhuilier. Cet "examen du mode d’élection ...adopté
à Genève" (1794) est cité par Montucla (H2st. des Math. Part. V. Liv.Ip.421).
Mais c’est à lasagacité
de Monsieur P.Moessinger
que nous devons de l’avoirretrouvé,
et depouvoir
le mettre ici sous les yeux de nos lecteurs.Remercions-en la Société d’Histoire et
d’Archéologie
de Genève et sonPrésident,
leProfesseur
Louis Binz.On aura,
je
pense,beaucoup
deplaisir,
à lire ce texte savoureux. Etbeaucoup
d’intérêt aux articlesqui suivent,
tous consacrés à notre thème : l’action par le vote. On verra ainsi que laquestion,
même sur leplan mathématique-qui
est lenôtre,
est loin d’êtredéfinitivement réglée.
*
G.Th.