J.J.
COLLEAUINRA Station de
Génétique quantitative
etappliquée 78352 Jouy-en-Josas
CedexEffet
de la somatotropine
bovine (BST)
sur l’efficacité des programmes de sélection laitière
La possibilité de fabriquer de grandes quantités de BST par génie génétique depuis 1982 et d’utiliser des préparations retard depuis 1985
constitue
unévénement très important dans le domaine de la production
laitière bovine. Il est indispensable d’analyser le plus précisément possible
les conséquences d’une éventuelle autorisation de la BST
surl’efficacité de la sélection laitière, étant donné que celle-ci est effectuée à partir des
données d’un grand nombre de troupeaux inscrits
aucontrôle laitier. La série de
mesuresà prendre pour préserver cette efficacité doit également
être soigneusement définie.
La
somatotropine
bovine(BST)
s’est révéléeêtre un
puissant
outil deproduction (Chilliard
et al
1989)
mais, à la différence des facteurs d’intensificationqui
l’ontprécédée,
elle est enmême temps
souple (utilisation
en fonction desanimaux et des
périodes)
et d’efficacité immé-diate. La distribution de
concentré,
par exem-ple,
peut s’effectuer de la même manière maisne conduit pas à des
réponses
aussirapides
etspectaculaires.
Une telle situation n’estjamais
rencontrée dans les
systèmes
deproduction
actuellement utilisés. Les
problèmes posés
à lasélection sont par
conséquent
réellement nou- veaux. Peut-on compter sur le hasard pour effa-cer l’effet de ce nouveau facteur de variation
non
génétique
sur les index des vaches et destaureaux ? Dans le cas contraire,
peut-on
direqu’il
suffitd’enregistrer
àchaque
contrôle men-suel la situation de
chaque
vache(traitée
ounon)
pourgarantir
une bonne efficacité de la sélection laitière ?Quelles
sont les situationspratiques,
à court et àlong
terme,qui
pour- raient nous conduire àrépondre
par lanégative
aux
questions précédentes
’?Les
généticiens
doivent donc s’efforcer deprévoir
aussi correctement quepossible
les réa-lités et
problèmes qui prévaudraient après
uneéventuelle autorisation
publique
de la BST.Dans cet
article,
on essaiera d’identifier les pro- blèmes à court et moyen terme et on décrira lesstratégies d’adaptation correspondantes.
En cequi
concerne lelong
terme, onindiquera
lesraisons pour
lesquelles
les programmes de sélection laitièrepourraient
être amenés à abandonnerprogressivement
leur forme actuelle. Les structures de substitution seront brièvementindiquées.
Résumé
<!._______._______________L’utilisation libre de l’hormone de croissance bovine
(BST)
dans les troupeaux au contrôle laitier entraînerait desperturbations
dans les programmes de sélection laitière.Grâce aux travaux de simulation
numérique déjà réalisés, français
et autres, il estmontré que ces
perturbations
atteindraient non seulement la sélection des vaches mais aussi la sélection des taureaux sur descendance. L’effetglobal
de ces pertur- bations serait de diminuer lesrythmes
deprogrès génétique
et surtout de fausser l’évaluation de l’efficacité réelle du programme de sélectionqui pourrait
êtreoptimiste
oupessimiste
suivant lesystème
de choix des vaches traitées.En
conséquence,
il seraitimpératif
decorriger
les données en fonction de l’exis- tencepossible
d’un traitement. Les simulations montrent que, pour êtrefiables,
ces corrections devraient être effectuées par
comparaison
intra animal des contrôles mensuels traités et non traités. Laméthodologie correspondante
étantencore à mettre au
point
et laprécision
finale de telles corrections étant encoreinconnue,
il estproposé
dans unpremier temps d’extrapoler
à une durée nor-male les lactations
partielles précédant
lepremier
traitement à la BST.A
long
terme, si les corrections n’étaient paspossibles
pour les diverses raisonsévoquées
dans le texte, il estproposé
que la sélection se fasse sous contrat avecdes méthodes de
reproduction
intensives.1 / Caractéristiques principales
et conséquences de la sélection laitière
1.i / Sources du progrès génétique
La sélection laitière a pour
objectif premier
l’accumulation degènes
favorables à la quan- tité et à la richesse du lait. Apartir
des nom- breuses étudesgénétiques
menées dans lemonde entier, il
apparaît
que la variationgéné- tique
existe à de nombreux loci et que lepla-
teau de
sélection, qui correspond
à la fixation de tous les allèlesfavorables,
doit êtreéloigné
et par
conséquent
atteint au bout d’ungrand
nombre de
générations’de
sélection intensive.On doit
rappeler
ici que la sélection d’animaux de laboratoire sur des caractèresquantitatifs
permet d’aboutirgénéralement
à des résultatstout à fait
spectaculaires (Verrier 1989).
Le
progrès génétique provient
de 4 sourcesd’importance inégale.
Environ 35 % duprogrès génétique provient
du choix despères
des tau-reaux, 25 % du choix des
pères
desvaches,
33 % du choix des mères des taureaux et 7 % du choix des mères des vaches de
remplace-
ment. Les
pères
sont évaluésd’après
leur indexsur descendance et les mères sont évaluées
d’après
un index combiné(ascendance
+ per-formance).
Seul le dernier choix est totalementsous la
responsabilité
de l’éleveur individuel.Les sources 1 et 3
expliquent
environ 70 % desgains
totaux etdépendent
de l’efficacité de l’or-ganisation
collective de la sélection.L’indice
global
de l’efficacité d’un pro- gramme de sélection pour un caractèreparticu-
lier est donné par leprogrès génétique
annuel.Si le programme de sélection a atteint sa
phase
de
croisière,
ceprogrès correspond
toutsimple-
ment à la moyenne
arithmétique
dessupériori-
tés
génétiques
vraies des 4catégories
d’ani-maux
ci-dessus, (différentielles
desélection),
divisée par la moyenne
arithmétique
de leurâge
au moment de la naissance de leurs pro- duits(intervalles
degénération).
Les différentielles de sélection sont des para- mètres relativement
complexes
parcequ’elles dépendent
de 4 facteursplus
élémentaires : ledegré
de variationgénétique
existant dans lapopulation,
lapression
de sélection(rapport
entre le nombre d’animaux retenus et le nom-
bre de
candidats),
laprécision
de la sélection(corrélation
entre la valeurgénétique
vraie etles valeurs
génétiques
estimées, ouindex,
utili-sées pour les décisions de
sélection), l’impor-
tance des biais
générés
par une méthode d’in- dexation éventuellement déficiente. De manièrepratique,
l’existence de biaissignifie
que leserreurs aléatoires faites lors de l’évaluation des animaux ne sont
plus
centrées sur zéro maissur des valeurs différentes. Dans ce cas,
l’aug-
mentation de l’information de
base,
comme parexemple
le nombre de filles d’un taureau ou le nombre de lactations pour unevache,
ne per- met pas de serapprocher
deplus
enplus
de lavraie valeur
génétique
mais de cette valeurplus
le biais. Ce
point
est de laplus grande impor-
tance et doit être
gardé
en mémoirequand
onparle
del’impact possible
de la BST dans lesprogrammes de sélection.
1.
2
/ Méthodes actuelles d’intensification des progrès génétiques
De
grands
efforts sont effectués à l’heureactuelle pour augmenter la
pression
de sélec-tion en diminuant le nombre d’animaux rete-
nus
(grâce
au transfertd’embryons,
par exem-ple)
ou pour augmenter le nombre de candidatsou les deux. La
précision
de la sélectionpeut
être améliorée en utilisant
plus
intensivement lesparentés
entre animaux. Il y a actuellementbeaucoup
de recherchesentreprises
pourappli-
quer à
grande
échelle le modèle individuel(l’«
animal model » desanglo-saxons).
Cetteprocédure
de calcul permet d’estimer la valeurgénétique
dechaque animal,
avec le moins d’erreurspossibles,
enprenant
en considéra-tion toutes les
parentés
existant entre tous lesanimaux contrôlés
(Henderson
1988,Ducrocq 1990).
Ceci est évidemmentexigeant
entemps
de calcul. Unpoint essentiel, qui
demande lui aussi dutemps,
est ladescription
correcte del’incidence des facteurs de variation non
géné- tiques
sur lesperformances.
Un modèle de des-cription inadéquat,
parquantification
incor-recte des effets de milieu déclarés
(par
exem-ple, l’âge,
le troupeau,l’année, ...)
ou parigno-
rance d’effets non déclarés
(par exemple,
3traites par
jour)
est la sourcemajeure
des biaisrencontrés dans l’évaluation des
reproducteurs.
Par
ailleurs,
l’accélération de la vitesse d’exé- cution desopérations
de sélection par diminu- tion des intervalles degénération (Colleau
etMocquot 1989)
constitue une méthodecomplé-
mentaire
d’augmentation
desprogrès généti-
ques.
1.
3 / Rentabilité des programmes de sélection
D’une manière
générale,
les programmes de sélection chez les bovins laitiers sont haute- mentprofitables quand
on compare leurs recettes à leurs coûts. Ilsreprésentent
donc uneaide au maintien de la
productivité
del’élevage
dans une situation où les
prix
industriels et del’énergie
sont enaugmentation.
L’ensemble des recettes liées à la sélectionreprésentait
500 à600 % des coûts
correspondants
avant l’instau-ration des
quotas
laitiers(Graser
et al1985).
Depuis lors,
cette rentabilité a chuté d’environ1/3,
même en tenantcompte
d’efforts accrus auniveau de la
composition
du lait(Wilmink 1988).
La sélection peut néanmoins être consi- dérée comme une sorte d’investissement àlong
terme, de rentabilité élevée.
1.
4
/ Conséquences de la sélection
surles caractéristiques des animaux
Avec des
gains génétiques
annuelsqui
sesituent entre 50 et 100
kg
de lait parlactation,
la sélection conduit à utiliser dessystèmes d’exploitation
intensifs. L’efficacité alimentaireen vue de la
production
laitière est amélioréeessentiellement à cause de la dilution relative des besoins d’entretien
parmi
les besoinstotaux
(Korver 1988).
Bien que les consé- quences de la sélection sur lescaractéristiques physiologiques
etbiochimiques
n’aient pas étéanalysées précisément
sur degrands effectifs,
ilparaît possible
que la sélection intra- race mène à des niveauxplus
élevés d’hormone de crois-sance circulante naturelle
(Flux
et al 1986,Bonczek et al
1988). Quelques-uns
des locisélectionnés contrôlent donc
probablement
lessécrétions d’hormone de croissance. Si l’on se
base sur des
comparaisons
interraciales(Olden-
broek et al
1989),
iln’apparaît
pascependant
que la sélection laitière affecte des
gènes impli- qués
dans laréponse
à l’hormone de croissanceexogène.
2 / Effets généraux de la BST
sur
les performances laitières
Ces effets ont été récemment
passés
en revuepar Chilliard et al
(1989).
Laproduction
laitière augmente de 2 à 5kg
parjour
en moyenne sui- vant les essais. Ceci annonce une interaction vraisemblable entre l’effet de la BST et l’effet troupeau. L’effet moyen de la BST semble être essentiellementdépendant
du bilanénergéti-
que au début des
injections,
bilanqui
est reliéau niveau de la conduite alimentaire. La varia- bilité de la
réponse
individuelle est élevée.Cette
réponse
semble êtreindépendante
oumodérément
opposée
au niveau naturel de pro- duction laitière. Tous cespoints
doivent êtreanalysés
defaçon
détaillée pour être en mesured’utiliser des méthodes de correction
adéquates
dans les programmes de sélection laitière.
La
composition
moyenne du lait ne semblepas être
beaucoup affectée,
sauf dans de mau- vaises conditions d’alimentation où le tauxbutyreux
augmente à cause de la mobilisation des réservescorporelles
et où le tauxprotéique
diminue.
Une autre difficulté
majeure
concernant la correction des donnéesprovient
des fluctua- tions à court terme extrêmementimportantes qui
sont entraînées par l’administration de BST.Vérité et al
(1988)
ont montré clairement cetaspect. Ceci a été confirmé récemment par Bau-
man et al
(1989).
La visualisationgraphique
deces fluctuations peut être trouvée dans Chil- liard et al
(1989).
3 / Caractéristiques des études
de simulation
surl’efficacité des programmes de sélection
laitière
Ce domaine de recherche n’est pas encore très
développé
et les travauxcorrespondants
sont relativement récents
(Burnside
etMeyer
1988,Frangione
etCady
1988, Colleau 1989 a etb,
Simianer etWollny 1989).
En raison de lacomplexité
desproblèmes statistiques posés,
on a dû recourir à la méthode de Monte-Carlo
(simulation
desperformances individuelles)
cequi
a contraint à se limiter à des schémas de sélectionsimplifiés (pour
limiter les temps decalcul).
Parailleurs,
dans cesétudes,
on a sup-posé
que la durée du traitement BST était uni- forme(8
moisaprès
un début de lactation sansBST).
Cespremières
études n’ontégalement
concerné que la
quantité
de lait.Enfin,
elles ontpris
en compte la variabilité de laréponse
vraieà la BST alors
qu’en pratique
lors des contrôles laitiersmensuels,
celle-cipourrait
être mal esti-mée,
à cause dephénomènes
aléatoires et aussi de l’incidence très nette de l’intervalle de tempsséparant
la date du contrôle laitier de celle del’injection.
L’apparente complexité
des effetsstatistiques
de la BST et la nature pour l’instant confiden-Avec 10 à 20
%
de vaches traitées à laBST,
leprogrès génétique
annueldiminuerait
d’environ 5%.
tielle des bases de données intéressantes
expli- quent
sans doute que certainspoints
n’aientpas encore pu être
pris
encompte
dans les simulations. Al’évidence, l’aspect composition
du lait doit êtredéveloppé
dans des simulations futures.4 / Conséquences pour la sélection de l’absence d’une correction des données pour la BST
La sélection réalisée à
partir
d’unmélange
de données provenant de vaches traitées et nontraitées conduit à réduire le
progrès génétique
annuel créé par le programme de sélection. Par
ailleurs,
des biaisstatistiques empêchent
depercevoir
correctement les niveauxgénétiques
vrais
(des
sur- ou des sous-estimations sontpossibles).
Les deux effets sont clairement nui- sibles.4.
1 / Diminution des progrès génétiques
annuels
L’ordre de
grandeur
du taux de réduction desprogrès génétiques
annuels est de 5 %(tableau 1), quand
le tauxglobal
de vaches traitées estd’environ 10-20
%,
chiffre couramment men-tionné par les économistes
(Zeddies
et Dolus-chitz 1988, Schmidt
1989).
Cette réductionpeut
être minimisée si seules les mauvaises vaches sont traitées. Il existe en effet une très forte influence de la méthode de choix des vaches traitées. Ces résultats sont obtenus àpartir
de moyennes d’un assezgrand
nombrede
répétitions (100
pourchaque
situation élé-mentaire en
présence
de BST et 300 à 500 pour la situation de référence sansBST).
Les résul-tats obtenus par Simianer et
Wollny (1989)
montrent
qu’avec
30 % de vaches traitées auhasard,
il y a une réduction de 3 à 4 % du pro-grès génétique.
Ceci n’est pas en contradictionavec notre résultat.
Comme on
pouvait
leprévoir,
l’efficacité de la détection de bonnes mères à taureaux est lacaractéristique
laplus
affectéepuisque
lasupé-
riorité
génétique
vraie de ces vaches est réduited’environ 10-15 %
(tableau 2).
Certaines desanciennes mères à taureaux
(vaches A) peuvent
être
remplacées
par de nouvelles vaches de moindre valeurgénétique (vaches B).
Ceci peutarriver si A est non traitée et B est traitée ou si A
répond
moins que B au traitement. La pre- mièrepossibilité
estfréquente
si le traitement à la BST est effectué au hasard. La secondepossi-
bilité estfréquente
si seules les bonnes vaches sont traitées. Dans la situation où seules les mauvaises vaches sont traitées, iln’y
aqu’un
très
petit
nombre de vaches Bcapables
de rem-placer quelques
vaches A.Plus de 50 % du
progrès génétique
est sous ladépendance
du choix despères
à taureaux etdes taureaux de service.
Puisqu’ils
sontjugés
àpartir
desproductions
laitières de leursfilles,
ilest
logique
de penser que la sélection des tau- reaux n’est pas tout à fait insensible auxphéno-
mènes affectant les
productions
des femelles.Les résultats de simulation
permettent
de véri- fier cetteprédiction, particulièrement
pour lespères
à taureaux dont lapression
de sélectionest très élevée. La différentielle de sélection pour ces taureaux est réduite de 5 %
(tableau 2).
Certains des anciens taureaux(C) peuvent
être
remplacés
par de nouveaux taureaux de moindre valeurgénétique (D).
Cecipeut
arriversi une
plus
forteproportion
de filles du taureau D est traitée ou si les filles du taureau Crépon-
dent moins au traitement. La
première possibi-
lité est
fréquente
si la BST est utilisée auhasard. La seconde
possibilité
estfréquente,
sila BST est utilisée
uniquement
sur des bonnes vaches.Quand
les vaches traitées sont mau-vaises,
presqu’aucun
des mauvais taureaux,même surestimés, ne
parvient
à être considérécomme
père
à taureaux. D’unpoint
de vue qua-litatif,
il se vérifie donc que les mêmes causesont les mêmes
effets, qu’il s’agisse
de la sélec- tion des vaches ou de celle des taureaux.Cependant,
dans le second cas, lesphéno-
mènes sont un peu amortis par le hasard.
4.
2 / Biais dans la sélection
En matière de
sélection,
il existe un biaisquand
la valeurgénétique
moyenne d’ungrand
nombre d’animaux
ayant
la même valeurgéné- tique
estiméeG n’est
paségale
à G. G, la vérita-ble valeur
génétique,
ne fluctue pas autour deG,
la valeurprédite,
mais autour deG
+ B où Breprésente
un biais(une
valeurnégative
de Bcorrespond
à une surestimation des valeursgénétiques estimées).
Ignorer
le fait que certaines vaches sont trai-tées induit un biais en faveur des vaches trai- tées. La
performance
relative des vaches nontraitées est affectée alors que leur
performance
absolue ne l’est évidemment pas. Ce
phéno-
mène essentiel permet de
comprendre
les résul-tats du tableau 3.
Quand
les vaches traitées sont les meilleureslaitières,
les valeurs deG
pour les vaches sélectionnées sont meilleures
qu’auparavant.
Ceci est encore vraiquand
lesvaches sont traitées au
hasard,
bienqu’à
unmoindre
degré. Quand
les vaches traitées sont de mauvaisesvaches,
c’est le contrairequi
arrive : la valeur
génétique
estimée des vachessélectionnées est réduite. Les mêmes
phéno-
mènes
peuvent
être observés au niveau de la sélection des taureaux,quoiqu’à
une moindreéchelle.
Les
conséquences
de ces biais sont doubles.D’abord,
ilspeuvent
mener à des choix erronés(mais
ce n’est pasautomatique :
parexemple
demauvaises vaches traitées sont surestimées mais ne sont
jamais
choisies comme mères àtaureaux)
et ensuite, ilsempêchent
d’évaluercorrectement la
qualité
du travail de sélectionqui
ne peut être mesuréequ’à partir
de lasupé-
riorité apparente des animaux sélectionnés sur
l’ensemble des candidats. Il s’avère en effet
qu’on peut
obtenir de trèsgrands
désaccordsentre les
progrès génétiques
réels et lesprogrès génétiques
attendus. Des surestimations ou des sous-estimations, de l’ordre de - 10 à + 20%, peuvent
être trouvées en fonction de lapoliti-
que d’utilisation de la BST
(tableau 3).
Enconséquence,
l’évaluation des animaux d’élite seraitplus
affectéeaprès
utilisation de la BST que ne le seraient lesgains génétiques
en réa- lité.La
conséquence
àlong
terme d’une telle situation serait certainement une diminution dela confiance des utilisateurs envers le pro- gramme de
sélection, qui pourrait
affecter sesstructures fondamentales et induire des
pertes supplémentaires
deprogrès génétique.
Noussommes ici dans un domaine hautement
hypo- thétique
et la modélisationcorrespondante
devient très difficile.
Tous les
problèmes précédents (perte
de pro-grès génétique, perturbations
dans l’indexation des vaches et destaureaux) pourraient
êtremaintenus à un niveau raisonnable s’il était sûr que la BST soit destinée dans le futur à être uti- lisée au hasard.
Cependant,
la sagesse recom- mande de ne pasdépendre
d’une tellehypo-
thèse. Il est vraisemblable que des
stratégies
d’utilisation serontdéveloppées
dans le futuren vue de maximiser les recettes pour un même coût de traitement : traitements
répétés
desvaches
qui répondent
bien ouqui
ont une com-position
favorable dulait,
sans oublier le casd’animaux à très haut niveau de
production
envue de
promouvoir
la vente de leur descen- dance(génisses, embryons).
5 / Problèmes de court terme et solutions
L’autorisation d’utiliser librement la BST serait suivie immédiatement de l’arrivée de per- formances
provenant
de vaches traitées.Comme le montrent les résultats
précédents,
ilserait
plutôt
néfaste d’utiliser ces données sans modification comme si rien ne s’étaitpassé.
D’un
point
de vuethéorique,
la meilleurestratégie correspondrait
d’unepart
àenregistrer
l’informationcorrespondant
au traitement, d’autrepart
à introduire un « effet BST » dans les modèlesstatistiques
utilisés pour évaluer vaches et taureaux.L’information minimale à collecter sur le ter- rain serait la
réponse
à laquestion
laplus
sim-ple possible posée
aux éleveurs par les contrô- leurs laitiers : cette vache a-t-elle été traitée à la BSTdepuis
le dernier passage mensuel ? CetteEn fonction
de la politique
ed’utilisation de la BST,
sur
les meilleures
ou
les
moinsbonnes laitières,
lesprogrès génétiques
sont tsur ou sous-estimés
de-
10à+20%.
La
prise
encompte d’un
traitement éventuel àla
BST nécessiterait decorriger
les données utilisées pour estimer
les valeurs génétiques,
suivantune
méthodologie spéciale qui
estencore à trouver.
information est donc individuelle et mensuelle.
Collecter
plus
d’informations(nature
du pro-duit
commercial, doses,
datesd’injection, etc)
suppose
qu’elles puissent
être véritablement utilisées dans les calculsstatistiques.
La difficulté de trouver des méthodes appro-
priées
et desparamètres
pourcorriger
les per- formances ne doit pas être sous-estimée. Ceci est bien montré par certains résultats de simu-lation,
obtenus dans la même situation quepré-
cédemment : les vaches sont traitées avec le même
produit
commercialpendant
la mêmepériode
de 8 mois. Enréalité,
il existedéjà plu-
sieurs
produits
commerciaux et surtout, le trai- tement sera très diversifié en fonction de nom-breux facteurs : saison, situation du troupeau vis à vis des quotas,
réponses
desvaches,
etc.La simulation montre que même dans nos
conditions
optimistes,
ledéveloppement
de fac-teurs de correction suivant des idées
simples
venant naturellement à
l’esprit,
ne permet pas d’éliminer les biais existants et peut même en créer de nouveaux ! Onpourrait
être tenté parexemple
d’inclure le traitement BST comme un nouveau facteur àprendre
en considération dans le modèlestatistique
avec 2 modalités(oui
ou
non).
Le résultat de cesmanipulations
rela-tivement aisées
figure
au tableau 4. Si la BSTest utilisée au
hasard,
lesgains génétiques
sontaméliorés. Dans les autres cas, les
gains généti-
ques sont
égaux
ou même inférieurs à ceuxobtenus en l’absence de correction des don- nées. Ceci a été
également
trouvé par Simianer etWollny (1989).
La raison essentielle est l’exis- tence de nouveaux biais. Si la BST est utiliséesur de bonnes
vaches,
l’effet de la BST est sur-évalué et en
conséquence
lesperformances
deces vaches sont
trop corrigées.
Si la BST est uti-lisée sur de mauvaises
vaches,
l’effet de la BST est sous-évalué et lesperformances
de cesvaches ne sont pas assez
corrigées.
Dans les deux cas, lasupériorité
estimée des vaches sélectionnées est inférieure à leursupériorité
vraie. Les mêmes
phénomènes
sont observésquand
on compare des descendances de tau-reaux. Ceci
explique pourquoi,
dans le tableau 4, lesgains génétiques
estimés sont inférieursaux
gains réels,
dans le cas où la BST n’est pas utilisée au hasard.Par
conséquent,
ilapparaît
clairement que dans les situations mêmes où les corrections pour la BST sont nécessaires, c’est-à-direquand
le traitement n’est pas fait au
hasard,
elles sonttrès
risquées
si elles sont deconception
tropsimple.
Desprocédures
de correction efficacesne
peuvent
pas êtredéveloppées
immédiate-ment par les
généticiens
au moment où les pre-mières données
provenant
de vaches traitéescommencent à être
intégrées
dans les fichiers de contrôle : delarges
bases de données et des études détaillées sont nécessaires. Ceci est entotale contradiction avec le besoin d’une cor-
rection immédiate et
représente
une difficultémaj
eure.Etant donné les
dangers
encourus par une attitudestatique
ou par des essais de correctionprématurée,
la meilleure attitudepourrait
être intermédiaire. Si lesparties
traitées de lactationne sont pas
prises
en considération pour lasélection,
on exclut immédiatement lesrisques
provenant des biais entraînés soit par uneabsence de correction, soit par une correction trop
rigide. Cependant,
ceci n’est pas sans inconvénient. Les calculs visant àoptimiser
l’évaluation des animaux àpartir
demélanges
de lactations totales et de lactations
partielles
sont
plus importants qu’en présence
de lacta-tions totales. Par
ailleurs,
il y a une certaine perte deprécision,
due au fait que les débuts de lactation sont moins héritables que les lacta- tions totales et leur sontimparfaitement
corré-lées. Ce
problème déjà
sensible pour la quan- tité delait,
ne serait sans doute pasnégligeable
pour la
composition
du lait. Les résultats du tableau 5 montrent que, au moins pour laquantité
delait,
cettestratégie correspondrait
àune réduction modérée des
progrès génétiques (2-3 %)
etqu’il
n’existeraitplus
debiais,
comme
prévu.
6 / Problèmes de moyen terme et solutions
La réutilisation des
parties
traitées de lacta-tion pour la sélection suppose des corrections
adéquates qui
ne peuvent pas être obtenues encomparant
simplement
la lactation totale de vaches traitées et de vaches non traitées. Le traitementstatistique
des données doit alorscommencer au niveau des contrôles mensuels
et non au niveau de la lactation
globale,
demanière à comparer à la même lactation les contrôles mensuels traités et non traités d’un même animal. Ceci permet d’obtenir des esti- mations des effets de la BST non biaisées par le
système
de choix des vaches traitées et inté- grant la variabilité individuelle de laréponse.
Ceci
permettrait également
une correctionglo-
bale pour la lactation totale
qui
tiendraitcompte
d’unepossibilité
de duréesinégales
detraitement.
Cependant,
le traitement idéal d’une telle information mensuelle soulève degrandes
dif-ficultés.
D’abord,
on doit serappeler
que le pro- blèmen’équivaut
pas à comparer les contrôles mensuels de vaches traitées et non traitées, parce que des biaispourraient
exister, exacte-ment comme dans le cas des
productions
totales. Par
ailleurs,
l’action de la BST est trèsrapide
etcyclique,
à la fois pour laquantité
delait et la
composition
du lait. Parconséquent,
l’intervalle de
temps séparant
la date del’injec-
tion et la date du contrôle laitier suivant est cer-
tainement une variable
essentielle, particulière-
ment pour l’indexation des vaches. Mais il est
possible qu’il
soit considéré comme déraison-nable de demander toute cette information au
producteur
laitier. Parailleurs,
des effets àlong
terme du traitement sur les stades ultérieurs de la
lactation,
non traités, ne sont pas àexclure, particulièrement
si le traitement estlong.
Lespoints
mentionnéspourraient
êtreappréhendés statistiquement
en incluant dans le modèle des fonctions non linéaires du temps. Mais la théo- riecorrespondante
doit encore êtredéveloppée
et testée : des difficultés sont
déjà
rencontrées dans la modélisation des courbes normales de lactation(Koops
1986, Grossman etKoops 1988).
Si l’effet de la BST estpartiellement génétique
et si laréponse
à la BST estpartielle-
ment
prise
en compte dansl’objectif
de sélec- tion, lesprocédures optimales
de correctionseront encore
plus complexes.
7 / Problèmes de long terme
et solutions
En
plus
d’une bonneméthodologie
statisti-que,
qui
reste encore à trouver, ledéveloppe-
ment de facteurs de correction
adéquats exige
d’autres conditions.a / Très bon taux de
déclaration
des traitements Ceci suppose une très forteorganisation
desassociations de contrôle laitier et des mesures
efficaces pour
empêcher
les éleveurs de frau- der.Malheureusement,
cette fraude serait rela- tivement aiséepuisque
la BST n’est détectableque dans le sang, dans les 10
premiers jours
suivant
l’injection.
L’éventualité de la fraude est bien entendu unequestion
totalement ouverte, mais lesgénéticiens
doivent avoir des solutions à proposer si elle survient.b / Contexte
biotechnologique relativement
tstable
ethomogène
La situation la
plus
délicate pour l’évaluation de facteurs de correction serait celle où l’éle-veur
pourrait
choisir à tout moment entreplu-
sieurs
préparations
BST,qui
différeraient par la durée derelargage
duproduit
actif. Ceci estdéjà
le casaujourd’hui quand
on compare lescaractéristiques
depréparations
provenant de diverses firmes. On ne peut exclure pour l’ave- nir une diversification desproductions
d’unemême
firme,
en vue de couvrir l’ensemble des besoins du marché. Lesproducteurs
laitierspourraient également
affecter de manière per- manente lepotentiel
deproduction
des vachesUne solution à
long
termepourrait
êtrede baser les programmes
de sélection
sur une
population plus
réduitemais très efficace.
choisies. Un
producteur donné,
une année don- née,pourrait
donc utiliserplus
d’unproduit,
cequi pourrait
affaiblir toutestratégie
de calculvisant à
intégrer
une interaction BST x trou- peau,possible
et même vraisemblable.Le
développement rapide
des biotechnolo-gies
ne facilitera pasl’élimination,
par des méthodesstatistiques,
de l’effet de telles mani-pulations
sur lesproductions
individuelles des vaches.c / Mise en
place
de noyaux de sélection Si les conditionsprécédentes
ne sont pas réunies, la structure même des programmes de sélection laitière devra êtrerepensée
à la base.Le travail de sélection devra être limité à des troupeaux
fiables,
liés à l’unité de sélection parun contrat. Dans ces troupeaux, toute
manipu-
lation éventuelle seraitenregistrée
et ne serait effectuée que si elle est désirée(par exemple
sila
réponse
à la BST est considérée comme un critèresupplémentaire
desélection).
Combien de troupeaux de ce
type
seraientnécessaires ? Il y a
quelques
années, et pour des raisons tout à faitindépendantes
des nui-sances
possibles
desbiotechnologies,
desauteurs ont
proposé
de concentrer la sélection dans des noyaux de sélection utilisant le trans- fertembryonnaire
et abandonnant le testagesur descendance en ferme : la sélection est effectuée
d’après
lesperformances
des ancêtreset des collatéraux
(Nicholas
et Smith1983).
Unseul troupeau de 500 vaches
permettrait
d’obte-nir un
progrès génétique plus important
que des structures intéressantplusieurs
centainesde milliers de vaches. Cette idée est certaine- ment extrême étant donné que les
premiers
cal-culs
théoriques
ne tiennent aucuncompte
desphénomènes génétiques
néfastesqui
ont lieu dans lespetites populations
fermées et que les caractères dereproduction
et delongévité
nesont pas sélectionnés.
(En effet,
ceux-ci ne sontpas très héritables et donc
exigent
letestage
des taureaux sur ungrand
nombre defilles).
Cette dernière
supposition
n’est pas conformeau
profil
de la vache du futur : cette dernièreaura un très haut niveau de
production,
avecdes stress
possibles provenant
dusupplément
de
dépenses énergétiques
causé par l’utilisation deproduits
issus desbiotechnologies.
Desgènes
favorables à lareproduction,
à la résis-tance aux maladies et
plus généralement
à lalongévité
seront deplus
enplus indispensa-
bles.
Des programmes mixtes, utilisant la trans-
plantation embryonnaire
mais conservant le testage surdescendance,
ont étéproposés (Col-
leau et
Mocquot 1989).
Environ 25 % desvaches actuellement contrôlées
pourraient
êtreconcernées
(figure 1).
Le maintien d’une cohé-rence totale à l’intérieur de ces
troupeaux spé-
cialisés en
sélection,
tout en ne lescoupant
pas totalement des bénéfices éventuelsprovenant
desbiotechnologies,
serait certainement unedifficulté
majeure.
Mais dans uneperspective
àlong
terme, cette attitude serait moinsrisquée
que de s’en tenir au statu quo en matière de structures et de se fier
uniquement
à laqualité hypothétique
des correctionsstatistiques.
Conclusion
L’utilisation libre de la BST dans les trou- peaux laitiers sera certainement un défi techni- que dans le domaine de la sélection animale.
La sélection dans le cadre de bonnes
procé-
dures d’évaluation est encore nécessaire parce que dans le
long
terme, elle est une des méthodes lesplus économiques
pour augmen- ter laproductivité
animale et parce que les limites de la sélection sontéloignées,
au moinssi l’on se fie aux résultats obtenus sur animaux de laboratoire. Les
propriétés
attractives actuelles de la BST(souplesse,
bonne efficacité pour laproduction laitière,
relativesimplicité d’emploi)
ainsi que leur améliorationpossible,
suite aux recherches intensives menées dans les
laboratoires,
rendentdifficile,
au moins àcourt terme, la mise en oeuvre de méthodes de correction bien
appropriées.
Ces méthodes peu-vent
probablement
êtreimaginées
pourvuqu’on
laisse un minimum de temps auxgénéti-
ciens et aux théoriciens étant donné la com-
plexité
duproblème.
La situationpeut
êtreplus
délicate s’il y a fraude
puisque
la détection de la BST dans le sang n’est efficace que si elle est effectuéesystématiquement.
Les effets néfastes
qu’on pourrait enregistrer
dans un schéma de sélection laitière seraient d’une part une diminutionsignificative
desgains génétiques
et surtout, des distorsions et des biaisempêchant
de visualiser correctement le niveaugénétique
despopulations
sélection-nées. Ce dernier