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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Résumé

Le décor de La Brèche, de Vladimir Makanine, est un Moscou post-apocalypti- que où il est difficile de subsister. Les seuls à survivre confortablement sont les in- tellectuels, réfugiés dans un souterrain accessible par une étroite brèche. Cette étude s’intéresse au statut de ces intellectuels démissionnaires, « planqués », qui donnent tout son sens à l’apocalypse. La fin du monde ne provient pas de la destruction, mais du retrait de la pensée, qui se cache sous terre et ne nourrit plus le monde d’en haut.

L’apocalypse, c’est la fin du Verbe. Le roman répond à cette apocalypse par son écri- ture même, puisque, construit sur un subtil réseau d’intertextes et de dialogues avec les œuvres de Boulgakov et Dostoïevski notamment, il montre en acte comment la culture, la pensée font vivre le monde.

Abstract

The world in Vladimir Makanin’s Escape Hatch is that of a post-apocalyptic Mos- cow where subsistence itself has become difficult. The only people to survive in any comfort are the intellectuals who have sought refuge in an underground accessible only through a narrow breach. What is the status of these intellectuals, who have ab- dicated all responsibility, landed themselves a cushy situation - and who give the word apocalypse its full meaning? The end of the world is not due to the destruction, but to the abdication of thought, as it hides away beneath the surface of the earth and no lon- ger nourishes the surface world. The apocalypse is the end of the Word. The novel’s response to it is writing itself: constructed from a subtle network of intertextualities and dialogues with among others the works of Bulgakov and Dostoïevski, its very texture demonstrates how culture and thought make the world go round.

Natalia L

ecLerc

Le souterrain selon Makanine

Pour citer cet article :

Natalia LecLerc, « Le souterrain selon Makanine », dans Interférences littéraires, nou- velle série, n° 5, « Le sujet apocalyptique », s. dir. Christophe Meurée, novembre 2010, pp. 199-208.

http://www.uclouvain.be/sites/interferences ISSN : 2031 - 2970

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Interférences littéraires, n° 5, novembre 2010

L

e souterrain seLon makanine

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, le Mur de Berlin est anéanti. Le 25 décembre 1991, c’est au tour de l’Union Soviétique de s’effondrer. Pourtant, contrairement à toute attente, les soixante-dix ans de communisme ne sont pas balayés dans la violence. La terrible Révolution de 1917 ne connaît pas son pendant au terme du régime qu’elle avait initié.

Bien que relativement pacifique, la transition de l’Union soviétique vers un régime capitaliste signe une mutation profonde de la société russe, mais aussi de tout l’équilibre européen. La chute de l’Union soviétique est bien la fin d’un monde.

Dans La Brèche, qu’il publie en 1991, Vladimir Makanine met en scène l’évolution un personnage d’intellectuel, Klioutcharev, dans un Moscou post-apocalyptique. Ce roman met donc en scène des craintes liées à la fin du régime communiste, mais traite sur le mode allégorique ces angoisses qui n’ont pas été réalisées sur le plan historique, ou en tout cas, pas en tant que telles.

Toutefois, derrière ce tableau apparemment décalé des événements histori- ques, on peut lire une réalité que, cette fois, Makanine traite sur un mode plus mimétique. Klioutcharev vit, ou survit, à Moscou, avec sa femme et son fils de quatorze ans, handicapé et très gros. Il se rend régulièrement, en passant par la brèche, dans un monde souterrain où vivent les intellectuels, qui ont reconstruit là un univers à l’abri des dangers de l’existence à la surface. Klioutcharev ne peut s’y installer, car son fils ne passerait pas par la brèche, et d’ailleurs, tout en faisant preuve d’un attachement particulier à ces êtres qui pensent, il n’en manifeste guère l’envie. À ce titre, le roman présente une configuration complexe en raison de ses différents niveaux de lecture : si le discours du narrateur présente les intellectuels comme des individus globalement attractifs et appréciés de Klioutcharev, le lecteur, lui, comprend en filigrane que ces intellectuels sont détachés de la réalité, s’y intéres- sent assez peu, et surtout, ne font rien pour les gens d’en haut. Entre le discours du narrateur et la compréhension du lecteur se forme donc également une brèche, qui frappe le pacte de lecture. En dernière instance, il semble bien que les intellectuels ne vivent pas seulement en retrait, mais qu’ils ont franchement démissionné et ne se préoccupent que de leur survie et de vagues questions abstraites de la réalité.

Il nous semble que l’apocalypse selon Makanine se situe là, dans ce décro- chage entre la pensée et la vie, entre la culture et l’existence. Ainsi, après avoir pré- senté la configuration romanesque de La Brèche, nous verrons de quelle manière le roman lui-même incarne une autre modalité du souterrain, qui se fait alors source de renouveau. En effet, l’écriture de Makanine se fonde sur la présence de nom- breux intertextes, ici des œuvres de Boulgakov et de Dostoïevski, intertextes qui ne fonctionnent pas comme des grottes pleines de vide, mais comme des réservoirs destinés à nourrir la pensée et l’écriture. Enfin, nous nous intéresserons au rôle de l’intellectuel dans la vision apocalyptique de Makanine. La notion d’intellectuel, dans

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la culture russe, a une histoire spécifique et son statut est celui du prophète. Dans le Moscou apocalyptique, pourtant, ce missionnaire démissionne, et c’est peut-être ce repli égoïste qui constitue le sens même de l’apocalypse.

L’univers romanesque de La Brèche est structuré autour d’un axe vertical, op- posant le monde du dessus au monde du dessous. Entre ces deux mondes n’existe presque aucune communication, à l’exception d’une brèche. Personne ne semble la connaître sinon Klioutcharev et, en tout cas, personne ne l’utilise pour descendre dans le souterrain, pas plus que les intellectuels ne s’en servent pour remonter à la surface. Le patronyme du héros a d’ailleurs pour racine le mot russe qui signifie

« la clé ». Le monde d’en haut est celui de la violence et de la peur, que le narrateur évoque dès l’incipit : « Klioutcharev évite de penser au vide ambiant et aux habi- tants qui se terrent dans leurs appartements aux stores soigneusement baissés »1. La violence apparaît dans le roman comme un Leitmotiv : Klioutcharev rencontre un voleur (p. 52), vient en aide à une prostituée en train de subir un viol (p. 53).

Tous évoquent le danger qu’il y a à sortir dans la rue, notamment pour les femmes, condamnées à rester chez elles. Le monde d’en haut est donc lui-même structuré selon une opposition entre l’intérieur vivant, rassurant, et l’extérieur, qui est tantôt celui de « l’immobilité générale »2, tantôt celui de la foule, dans les deux cas mortifè- res. Cette dimension mortifère n’est pas seulement représentée dans le délabrement et la destruction matérielles, mais aussi, sur le plan humain, par la montée de l’indi- vidualisme. Après presque un siècle de logique communiste subie, les survivants de la catastrophe changent de stratégie :

Paradoxalement, la nature ne les pousse pas à se rassembler pour survivre, mais au contraire à rester séparés, à rentrer chacun dans son terrier, à se faire le plus petits possible [sic] pour qu’on ne les remarque pas, car ceux qui se dispersent et deviennent pareils à des grains de poussière ont davantage de chances de s’en sortir.3

On notera l’image du terrier, nouveau rappel de la thématique du souterrain. La scission concerne les gens d’en haut et les gens d’en bas, mais aussi les gens d’en haut entre eux. La culture a déserté et une fois ce lien interpersonnel disparu, seul l’individualisme peut régner. Là est l’apocalypse. Le sujet apocalyptique est un sujet solitaire dans un univers morcelé.

La circulation entre les deux univers se fait donc par le biais des allées et venues de Klioutcharev, mais l’attente du lecteur est constamment déjouée. Tout laisse d’abord croire que cette descente est une libération, un enrichissement pour un héros qui dialogue avec les gens d’en bas. Mais le texte construit petit à petit l’idée d’une coupure entre les deux univers, d’autant plus forte que la circulation est théoriquement possible. Les passages de Klioutcharev se font de plus en plus difficiles au fil du texte. Ce court roman accorde un nombre important de pages au récit de ses descentes et de ses remontées. Elles sont riches en connotations, qu’el- les évoquent le ver ou le ventre maternel. Le narrateur n’épargne aucun détail à un lecteur qui étouffe en même temps que le héros dans les passages les plus étroits de

1. Vladimir Makanine, La Brèche (1991), trad. du russe par Christine Zeytounian-BeLoüs, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire », 2007, p. 9. Lorsqu’il s’agira d’indiquer des lieux du texte sans pour autant le citer, on aura recours aux numéros des pages concernées, entre parenthèses, dans le texte.

2. Ibid., p. 10.

3. Ibid., p. 82.

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la brèche. Ainsi, lorsque Klioutcharev s’aperçoit que la brèche a rétréci, il y plonge la tête la première : « Son sang reflue, ce qui est fort désagréable (et dangereux). Mais au moins, […] il peut tordre son corps en mettant à pleine contribution l’expérience des rampants, la mémoire génétique de toute colonne vertébrale ». Descendre dans la grotte admet constamment deux référents : il s’agit tantôt d’une venue au monde, surtout ici, où il avance la tête la première, et tantôt d’une régression à un stade primitif, antérieur à la société et à la culture. Les intellectuels qui y vivent ne sont peut-être guère plus qu’une colonie de fourmis. Au mieux des « abeilles »5, ce qu’un des habitants d’en bas présente comme une forme de noblesse au moment de la mort, mais qui n’en reste pas moins un groupe animal, un insecte. Les descentes de Klioutcharev sont d’ailleurs ambigües : sous terre, il trouve des outils dont il a besoin, mais ne participe guère à l’activité intellectuelle, à laquelle il assiste en sim- ple spectateur. Il éprouve le besoin de descendre dans la brèche, bien qu’il régresse alors au stade du ver, mais il ne tarde pas à remonter à la surface pour retrouver son statut d’être humain. Lors de chaque passage, le narrateur rappelle avec précision la douleur des pierres qui blessent Klioutcharev, la terre qui lui tombe dans les yeux, dans la bouche, la difficulté à progresser. La remontée est aussi pénible que la des- cente, souvent davantage car le héros est chargé d’outils rapportés d’en bas, qu’il destine à l’excavation de sa propre grotte, pour sa famille. Il descend pour s’emplir du verbe, respirer l’air spirituel, mais c’est bien la remontée qui le ramène à l’« air frais », à « l’odeur de l’humus, de cette fine couche qui nourrit toute vie »7. Alors que les intellectuels d’en bas sont confinés dans un espace où ils peinent à respirer, tombent malades et meurent par manque d’air, les hommes condamnés à vivre en haut gardent le privilège de respirer librement un air naturel qui semble pur. La thé- matique de la respiration est importante dans ce roman, où, contrairement à toute attente, ce n’est pas l’arrivée dans l’univers rêvé des intellectuels qui constitue un appel d’air, une renaissance, mais la remontée à la surface dans un Moscou ravagé par une catastrophe. Cette remontée prend la forme d’une paradoxale expulsion douloureuse hors d’un ventre stérile.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est donc en haut que l’humanité continue, ce que Klioutcharev illustre. De façon tout aussi surprenante, c’est encore le modèle du souterrain qui évoque alors l’humanité. Quel que soit le danger, le hé- ros s’attache à enterrer Pavlov – signe éminent de culture, puisque l’on date les dé- buts de la civilisation des premières pratiques funéraires. Une assez grande partie de l’intrigue (si l’on peut parler d’intrigue) consiste à organiser cet enterrement. Il s’agit à nouveau de creuser, mais cette fois, le souterrain connote la culture, la sortie hors du stade animal : « d’abord, la cavité ressemble à une brèche, à un trou, puis, s’élar- gissant, évoque une caverne ; mais finalement, sa forme devient rectangulaire et elle se met à ressembler à ce qu’elle est : une tombe. Un abri pour leur ami Pavlov »8. L’idée du souterrain comme abri, mais comme abri protecteur de l’humanité, est en effet récurrente dans le roman. Le narrateur évoque régulièrement celui que tente de creuser Klioutcharev, et ses efforts, puis son échec, constituent un des fils nar-

. Ibid., p. 60.

5. Ibid., p. 92.

6. Ibid., p. 28.

7. Ibid., p. 29.

8. Ibid., p. 81.

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ratifs de ce roman. Il s’achève ainsi sur le saccage de son travail, saccage qui passe significativement par le comblement de sa grotte. Cet anti-dénouement, au même titre que l’absence d’intrigue au sens classique du terme, signale d’ailleurs aussi la fin du monde romanesque classique. Pourtant, même devant ce spectacle désolant, le héros voit des raisons d’espérer : les vandales ont suspendu une corneille morte. Ce signe morbide laisse pourtant entendre que « [d]u stade animal de la haine, ils sont passés à des signes qu’on peut déchiffrer. C’est déjà un début de dialogue. (Après les signes et les gestes viendront peut-être les mots) »9. Les vandales ne sont pas reclus dans l’autonomie stérile des intellectuels de la grotte. De plus, envers et contre tout, Klioutcharev reste dominé par des sentiments positifs et altruistes : face à ses outils volés, il préfère penser que les vandales en avaient peut-être « plus besoin que lui »10. Cet état d’esprit humain et humaniste caractérise le héros tout au long du roman.

Loin de se laisser aller au « chacun pour soi », il continue à chérir et à s’occuper de son fils, lourdement attardé. Loin de raisonner en termes de loi de la jungle, il s’in- terdit l’égoïsme. Ainsi, lorsqu’il finit, au terme d’une longue quête, par trouver un téléphone pour appeler Olia et la prévenir de la mort de son mari Pavlov, il s’apprête à camoufler sa découverte avant de se raviser : « Et soudain, il se rend compte que la porte a été laissée ouverte exprès, pour les autres, pour tout le monde »11. Ce détail indique que Klioutcharev n’est pas le seul individu animé de sentiments humains. Alors que les intellectuels croupissent dans leur grotte, les hommes d’en haut, qui baignent dans la destruction et la violence, s’entraident, même de façon anonyme.

L’image du souterrain est donc ambivalente chez Makanine : si le souter- rain dans lequel se terrent les intellectuels est fortement déprécié, celui que creuse Klioutcharev, la tombe de Pavlov ou le bunker du voisin, qui servent de protection et de lieu d’humanité, sont au contraire des espaces marqués par une axiologie positive. Toutefois, cette structure n’est pas à envisager sur le seul plan spatial. Le souterrain, c’est aussi le soubassement, le réservoir, dans lesquels on trouve une nourriture concrète ou spirituelle. Le souterrain des intellectuels ne constitue pas un tel réservoir, c’est ce que déplore Makanine. Mais son texte lui-même présente, lui, ses propres souterrains, et incarne ce fonctionnement. Les souterrains de La Brèche, comme de toute l’œuvre de Makanine, sont nombreux, nous ne retiendrons que les plus évidents : Dostoïevski et Boulgakov. Ils fonctionnent comme devrait fonctionner la culture, en nourrissant l’œuvre, la pensée. Contrairement aux intel- lectuels du roman qui vivent en autonomie et ne nourrissent ni la vie ni la réflexion des hommes d’en haut, et qui signent ainsi l’instauration d’un monde apocalyptique, les souterrains du roman illustrent la place idéale de la culture. En cela, en tant que roman, La Brèche est aussi une utopie.

En dépit de la chronologie, nous évoquerons d’abord les rapports possibles de La Brèche avec l’œuvre de Boulgakov, en particulier avec Le Maître et Marguerite et Adam et Ève12. L’œuvre de Boulgakov présente plusieurs figures d’intellectuels plus ou moins malmenés par le pouvoir. Le Maître est l’une d’elles. Il écrit un roman sur Ponce Pilate, autrement dit sur un épisode symétrique à celui de l’apocalypse. Il

9. Ibid., p. 11.

10. Ibidem.

11. Ibid., p. 35.

12. Les deux romans sont repris dans Mikhaïl BouLgakov, Œuvres II. Le maître et Marguerite et autres romans. Théâtre, Paris, Gallimard, « Pléiade », 200.

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évolue dans le Moscou des années 1930, en pleine tyrannie stalinienne, traitée par le biais du mythe faustien. Woland, une figure de Méphistophélès, prend ses quartiers à Moscou où il sème un désordre qui prend parfois des allures apocalyptiques. Par la pureté de l’amour qui l’unit à Marguerite, le Maître est toutefois sauvé et emporté dans une éternité bienheureuse. Klioutcharev n’est pas sans évoquer le Maître, par son statut d’intellectuel, et plus discrètement par son bonnet à pompon, étonnant couvre-chef qui évoque le petit bonnet du Maître brodé par Marguerite. Le souter- rain, lui, rappelle le Griboïedov, quartier général du Massolit, association des écri- vains soviétiques du roman de Boulgakov. Le rapport de La Brèche avec Adam et Ève, autre référence à une antithèse de l’apocalypse, est encore plus net, dans la mesure où elle a précisément pour cadre un univers post-apocalyptique. Tout le monde semble avoir succombé à une catastrophe à l’exception d’un groupe de personnes protégées par l’appareil à rayons d’une nouvelle figure d’intellectuel, le professeur Efrossimov. La mention dans La Brèche d’un appareil à rayons (p. 65) constitue une allusion supplémentaire. Il serait possible d’approfondir les parallèles évoqués, mais il semble préférable ici de souligner un trait moins visible. Le Maître et Marguerite est une réécriture de Faust. L’opéra constitue le fond musical d’Adam et Ève. Dans le texte de Goethe, un passage célèbre montre Faust réécrivant justement le prologue de l’Évangile de saint Jean : « Au commencement était l’Action », affirme-t-il. La Brèche pose cette même question : elle constate l’échec du Verbe, et montre Kliout- charev dans la logique de l’Action. Il retourne à une sorte d’état de nature, en tout cas à un état fondamental où les préoccupations premières consistent à enterrer les morts, à protéger les faibles. Il dépasse même l’opposition entre le Verbe et l’Action, Action qui pour lui est tout sauf un agir pur, démesuré, orgueilleusement calqué sur la Raison. Le sujet apocalyptique récuse les deux termes sans les trahir, et retrouve une voie de l’humanité, ce que font aussi les personnages de Boulgakov.

Le substrat le plus évident de La Brèche est l’œuvre de Dostoïevski, qui im- prègne de nombreux romans de Makanine. Ainsi, Dostoïevski est convoqué de façon explicite lorsque Klioutcharev arrive dans la grotte et entend que les auteurs disser- tent sur son œuvre. Toutefois, tout évident qu’il soit, ce substrat s’intègre au roman de façon très complexe. Nous n’examinerons ici que la présence dans La Brèche des Notes d’un souterrain, dans la mesure où le dialogue entre ces deux textes est lui-même mouvant et empêche de poser des équations définitives. En effet, le premier écho à s’imposer est celui qui rapproche les intellectuels chez Makanine de l’homme du souterrain, dont le credo est le suivant : « le monde peut bien aller au diable pourvu que ma tasse de thé soit assurée »13. L’homme du souterrain est en effet un individu malade, méchant, obsédé par les rapports de maître à esclave et par l’humiliation tant infligée que subie. Si les intellectuels de Makanine semblent loin de cette abjec- tion, leur refus du monde est pourtant bien leur méchanceté propre. Néanmoins, et l’équivalence stricte entre les deux œuvres commence à se compliquer, l’homme du souterrain n’a guère d’amitié pour l’intelligence et pour ceux qui en sont pourvus :

« Un homme intelligent du XiXe siècle doit, est moralement tenu d’être avant tout une créature sans caractère »1. Il nous semble lire là un profil de la population de la grotte makaninienne, peu individualisée, quasi anonyme et tristement banale. Sa

13. Fiodor M. Dostoïevski, Notes d’un souterrain, trad. du russe par L. Denis, Paris, Aubier- Montaigne, « Bilingue », 1972, p. 237. Notons que le texte original ne parle pas d’aller au diable, mais de s’effondrer, ce qui est plus proche de notre propos.

1. Ibid., p. 5.

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description va encore dans le sens de Makanine lorsqu’il avance que « l’unique et directe mission de tout homme intelligent est de bavarder, c’est-à-dire de transvaser volontairement du creux dans du vide »15. Nous verrons plus loin à quel point les intellectuels de Makanine ont du mal à tenir une discussion, au point qu’ils sombrent de façon systématique dans le bavardage. Ainsi, ces derniers sont à la fois un reflet de l’homme du souterrain lui-même et une incarnation de ce que l’homme du sou- terrain dénonce. Les deux œuvres travaillent encore ensemble dans leur réflexion sur la société. Les Notes d’un souterrain font plusieurs allusions au palais de cristal, utopie socialiste élaborée par Tchernychevski dans Que faire ? L’homme du souterrain refuse ce palais de cristal précisément pour sa transparence, pour l’impossibilité dans laquelle l’individu s’y trouve de tirer la langue ou de faire la figue. Il prône la défense du libre- arbitre, le droit au caprice. Cette défense de la volonté va loin, puisque l’homme du souterrain avance que, même parfaitement heureux, l’homme fera le mal dans le but de montrer qu’il est un homme, et non une tirette d’orgue : « Et s’il est démuni de moyens, il inventera la ruine et le chaos, il inventera mille souffrances. Mais il aura le dernier mot ! »16. L’homme du souterrain explique cette volonté de destruction par la crainte qui habite l’humanité de voir parachevé « l’édifice qu’il est en train de bâtir »17. L’homme aurait naturellement tendance à refuser la perfection, et en cela il s’oppose aux fourmis dans leur fourmilière, édifice qui représente un aboutissement possible du palais de cristal. Dans La Brèche, les intellectuels vont au bout du palais de cristal, palais de cristal inversé puisque souterrain et donc opaque. Toutefois, le narrateur décrit avec insistance l’éclairage magnifique du souterrain. À défaut d’avoir un palais de cristal, on a un souterrain où l’on voit remarquablement bien.

Ainsi, dans ce dialogue entre Dostoïevski et Makanine, on peut supposer que les intellectuels deviennent des fourmis, des insectes, ce que l’homme du souterrain, lui, n’est jamais parvenu à faire à cause de son « excès de conscience »18. Les four- mis, elles, ne doutent plus, ne souffrent plus – certes, le narrateur évoque de vagues tentatives pour les gens d’en bas d’entrer en contact ou de se soucier du monde d’en haut, mais elles restent superficielles face à la situation réelle : celle de l’incapacité pour les intellectuels de sortir de leur microcosme. L’homme du souterrain, que l’on peut, par certains aspects, rapprocher des intellectuels de Makanine, devient en cela leur négatif. De même, Klioutcharev ne devient jamais une fourmi, même si dans ses allées et venues par la brèche, il prend parfois l’allure d’un ver. Il reste un homme, et sa tentative même de creuser une grotte est anéantie et le contraint à rester humain. Ainsi, la relation de Klioutachrev à l’homme du souterrain est elle-même complexe : il en est à la fois l’antithèse par sa bonté et son humanité, et le reflet, par sa résistance à la fourmilière. Cette configuration rend également ambigu le rapport de Klioutcharev aux intellectuels. Le narrateur met en parallèle le souterrain de ces derniers et celui du héros : « Oui, il copie malgré lui. C’est plus instinctif qu’intuitif : c’est sa mentalité souterraine qui met à profit un savoir-faire étranger sans en référer à la conscience »19. Il est doublement question du texte de Dostoïevski, par l’allusion à la « mentalité souterraine », mais aussi par la mention de

15. Ibid., p. 67.

16. Ibid., p. 87.

17. Ibid., p. 91.

18. Ibid., p. 7.

19. Vladimir Makanine, La Brèche, op. cit., p. 31 (Makanine souligne).

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la conscience, longuement présentée comme une maladie par l’homme du souter- rain. S’il ne mentionne pas les fourmis, le narrateur évoque les animaux rampants, le stade animal, celui où « l’expérience personnelle ne se distinguait pas encore de celle d’autrui, où n’existait qu’une seule expérience, instantanée et éphémère »20. En creusant sa grotte, même s’il est animé par une autre motivation, Klioutcharev tend dangereusement à se rapprocher des intellectuels. En cherchant à sa mettre à l’abri et à protéger sa famille, il risque de créer une fourmilière dont il ne pourra plus sortir. Après l’apocalypse, il faut rester en haut coûte que coûte. Le souterrain, c’est le bas, mais c’est un bas figé dans l’immobilisme, l’individualisme, la négation d’autrui. C’est un bas qui n’admet plus de renversement. L’apocalypse, c’est aussi l’impossibilité du carnaval.

La notion bakhtinienne de carnaval reçoit dans La Brèche de multiples échos.

Le renversement carnavalesque est impossible, en raison du figement stérile du bas, des intellectuels du souterrain, mais il est aussi refusé, évité par ceux d’en haut. Ce n’est peut-être pas un hasard que personne d’autre que Klioutcharev ne souhaite descendre dans la brèche ; sans que cela soit formulé, le haut semble vivre dans la conscience qu’il ne doit surtout pas chercher à se régénérer auprès du bas. Tout se passe comme si la situation était celle d’un renversement qui n’avait pas fini son cycle : la culture est tombée d’en haut, mais loin de se ressourcer auprès du bas, elle y reste, et elle y reste telle qu’elle était auparavant, dogmatique et stérile. C’est maintenant en haut que la vie continue. Ainsi, tandis que Bakhtine définit le carnaval comme

« l’authentique fête du temps, celle du devenir, des alternances et des renouveaux », comme fête qui porte « ses regards en direction d’un avenir inachevé »21, Makanine effectue un renversement entre le haut et le bas qui, dans et par le contexte apoca- lyptique, n’est pas tourné vers une dynamique de renaissance. Au mieux, l’avenir de La Brèche n’est ouvert que pour les gens d’en haut, mais qui ne trouveront pas dans la culture de quoi l’alimenter. Seuls ceux d’en haut peuvent prétendre à « une seconde vie qui [leur] permettrait d’entretenir des rapports nouveaux, proprement humains, avec [leurs] semblables »22. Ces rapports humains sont particulièrement mis en valeur dans le roman par la relation entre Klioutcharev et son fils. Ce dernier est un représen- tant du carnaval. Infirme et pourvu du « gros ventre de Sancho Pança »23, il incarne le grotesque. Paradoxalement, sous l’angle du carnaval bakhtinien, dans le cadre duquel

« [l]’image grotesque caractérise le phénomène en état de changement, de métamor- phose encore inachevée, au stade de la mort et de la naissance, de la croissance et du devenir »2, c’est donc lui qui figure l’espoir d’un renouveau. Le fait que l’être grotes- que ne puisse pas descendre dans la grotte, qui est censée être son lieu propre, traduit l’originalité du traitement du carnaval par Makanine.

La Brèche accuse les intellectuels. Avant de le mettre en lumière, rappelons la spécificité de la notion d’ « intelligentsia » en Russie. On s’accorde à dire que le terme est né dans les années 1860, et désigne spécifiquement l’ensemble des intel- lectuels critiques, engagés dans une opposition révolutionnaire au régime tsariste.

20. Ibidem.

21. Bakhtine M., L’œuvre de François Rabelais et a culture populaire au Moyen Âge et sous la Renais- sance (1965), trad. du russe par Andrée roBeL, Paris, Gallimard, « Tel », 1970, p. 18.

22. Ibid., p. 19.

23. Ibid., p. 31.

2. Ibid., p. 33.

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Dans les années 1880, la notion d’intelligentsia prend encore plus franchement une coloration missionnaire. Les intellectuels constituent donc un ensemble plus ou moins autonome de la société civile, mais qui a pour fonction de guider le peuple. Sa fonction sociale est nette, et sa mission historique détient un caractère messianique.

L’intelligentsia est le prophète de la justice sociale, raison pour laquelle la majorité des intellectuels adhère aux idéaux socialistes. Il est alors étonnant de constater que l’époque soviétique cherche à faire disparaître cette catégorie sociale de petits- bourgeois qui ne travaillent pas de leurs mains. Les intellectuels, que le régime sait s’attacher, subsistent tout de même, et sont désignés comme appartenant à une

« couche intermédiaire ». Dans La Brèche, le lecteur rencontre le produit de leur déchéance. Loin des intellectuels prophètes de la fin du XiXe siècle, ceux du roman de Makanine ne sont plus, non plus, au service d’un régime : ils se sont repliés dans l’individualisme égoïste le plus stérile.

Le traitement de la question des intellectuels est néanmoins marqué par une forte ambiguïté : le narrateur et le héros semblent valoriser ce groupe de gens qui pensent, cette présence du verbe, mais derrière ce discours se cache en filigrane une dénonciation de cette communauté d’individus égoïstes et coupés du monde. L’énon- ciation contient ses propres grottes. Ainsi, lors de la première descente de Klioutcha- rev dans le souterrain relatée dans le roman, l’aperçu donné de la société qui y évolue est suggestif. La discussion en cours à l’arrivée de Klioutcharev porte sur la société contemporaine : « un ensemble communautaire ou un système collectif ? La première hypothèse implique une continuité dans la tradition, tandis que le système collectif suppose une organisation »25. En fait, derrière ce programme se cache un vide spé- culatif complet, dans la mesure où les gens d’en bas ne réfléchissent à proprement parler sur rien. La société contemporaine d’en haut ne correspond à aucune des deux hypothèses, puisqu’elle n’est que chaos et désolation, au sein desquels subsistent quel- ques éléments isolés d’humanité. La communauté d’en bas, quant à elle, ne répond pas non plus au critère de société. Elle est un regroupement d’intellectuels qui ne reflète nullement la nécessaire diversité d’une société, un groupe d’élus dont on se demande d’ailleurs comment il fonctionne, dans la mesure où aucun détail matériel, ne serait-ce que sur leur approvisionnement, n’est jamais expliqué. Le vide hante également l’en- tretien de Klioutcharev avec les journalistes, dont la seule question saillante consiste à demander « s’il y a des morts dans les rues »26. Des deux côtés, le discours officiel consiste à dire que la séparation est regrettable : « Nous habitons le même pays, mais les circonstances nous ont coupés les uns des autres. Ça s’est produit malgré nous.

Nous en souffrons. L’autre vie, c’est aussi notre vie, comprenez-nous bien… »27, pré- tendent les journalistes, qui pourtant ne cherchent pas à remonter par la brèche.

C’est le chapitre qui présente la description la plus longue de la vie dans le souterrain. À l’arrivée de Klioutcharev, la discussion concerne Dostoïevski. Le discours du narrateur est à nouveau ambigu. S’il assure que le héros s’imprègne de « ces paroles élevées », « sent la présence du verbe »28, il précise aussi que la conservation porte sur un « début classique » – le « refus de bâtir son bonheur sur le

25. Vladimir Makanine, La Brèche, op. cit., p. 13.

26. Ibid., p. 15.

27. Ibid., p. 1.

28. Ibid., p. 88.

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Natalia LecLerc

malheur d’autrui »29. Outre la probable banalité du propos, la question du malheur d’autrui est ironiquement tragique, en regard de la situation des intellectuels dans le contexte apocalyptique de Moscou. La discussion est si banale qu’elle retombe et cède place au « simple bavardage, au quotidien et à sa dérision »30. L’épisode qui suit rend l’effort fourni par l’un des intellectuels, Gueorgui N., pour maintenir la conversation à niveau, mais la machine ne fonctionne plus, la coupure est trop nette. Les intellectuels vivent à huis clos et Makanine met en scène sous les yeux du lecteur la mort d’une culture, d’une pensée déconnectée de la vie : « au nom de quoi pouvons-nous soutenir que nous sommes ensemble (ceux des rues sombres et ceux qui se trouvent à cette table), pourquoi croyons-nous que cette communauté est une donnée a priori ? »31. Mais les intellectuels n’ont plus la flamme, leur pensée est à peine faite de « braises », et l’oxygène manque sous terre : il s’agit ici à la fois de son caractère vital et de sa fonction d’entretenir le feu de la pensée. Ici, Makanine attire moins l’attention du lecteur sur le propos des intellectuels, bien que ce propos soit en lien direct avec la situation sociale, que sur l’impossibilité de tenir un discours construit, de faire progresser un raisonnement, ou même d’avoir une conversation enrichissante. Chacun lance une bribe d’idée et si le héros semble apprécier de voir son esprit « fécondé par le chaos des opinions diverses »32, on n’en trouve pas moins ici une assimilation entre le chaos sur terre, dans la vie, et celui qui règne dans les intelligences. La scène la plus étonnante est celle du sondage sur l’avenir. Les gens d’en bas jettent leur billet, pour montrer qu’ils n’y croient plus, eux qui sont à l’abri dans leur souterrain, où ils ne font rien pour la société, la situation, la pensée. Seul le discours de l’organisateur du sondage semble énoncer la réalité de la situation :

« Quel que puisse être le futur, aujourd’hui déjà vous dormez, mangez et buvez au prix de milliers et de milliers de larmes d’enfants ; vous êtes déjà souillés, vous êtes déjà marqués… Reprenez vos billets, résignez-vous ! »33. On relèvera une nouvelle allusion à une phrase célèbre de Dostoïevski ,prononcée par Ivan Karamazov, qui refuse de fonder le royaume de Dieu sur une seule larme d’enfant.

Le paradoxe de ce rapport entre le monde d’en haut et celui d’en bas réside surtout dans la volonté de ceux d’en bas de communiquer avec ceux d’en haut, mais une volonté qui se fait insaisissable : outre les journalistes, qui interviewent le héros, le commerçant d’abord désagréable demande timidement à Klioutcharev de donner des nouvelles à sa famille ; dans son rêve final, Klioutcharev entend les voix de ceux d’en bas réclamer de garder le contact : « Parle encore ! Parle-nous ! »3. L’ironie veut que Klioutcharev s’interroge dans son rêve sur le caractère compréhensible de son discours, mais se rassure : « [l]eurs ordinateurs feront le reste, ils analyseront non seulement le sens de ce qu’il dit, mais l’horreur de son rêve et la sincérité de sa confession »35. Les intellectuels sont devenus si incapables de penser que l’analyse des discours ne se fait plus que par ordinateur. En échange, ils font parvenir pour les gens d’en haut, de plus en plus plongés dans l’obscurité, des cannes d’aveugle.

Cette obscurité grandissante dit la répercussion sur le monde d’en haut de la dé-

29. Ibidem.

30. Ibid., p. 89.

31. Ibidem. Les italiques sont de l’auteur.

32. Ibid., p. 91.

33. Ibid., p. 108.

3. Ibid., p. 116.

35. Ibid., p. 117.

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mission des intellectuels. Pourtant, malgré elle, les gens d’en haut restent humains, gardent une lumière propre à leur sourire, à leur capacité à l’empathie, comme l’il- lustre l’« homme bon », dans la dernière scène, qui réveille Klioutcharev de son cauchemar.

Ceux qui parlent ont trahi le Verbe. Peu leur chaut de continuer à discourir et de vivre en traîtres. Ils sont les représentants d’une culture livresque, perroquets qui ne cessent de brasser les mêmes idées. Étonnamment, Klioutcharev, qui pourtant, sur d’autres plans, est un héros parce qu’il est un homme, a besoin de ces sons. Son fils ne parle pas, il ne fait que balbutier péniblement quelques syllabes. Klioutcharev peine pour aller chercher des balbutiements guère plus sensés dans le souterrain. Ce personnage reste assez énigmatique, puisqu’il s’obstine à garder le contact avec les gens du souterrain, alors même que le narrateur, comme une voix détachée, laisse fortement entendre sa condamnation de ces intellectuels démissionnaires.

Malgré l’obscurité de l’horizon proposé par Makanine, le roman contient aus- si, en souterrain, des perspectives pour dépasser l’apocalypse. Tous les souterrains, nous l’avons vu, ne sont pas mortifères. Outre celui que creuse Klioutcharev, outre la tombe de Pavlov, apparaît dans le roman un bunker où se sont réfugiés Tchour- sine et sa famille. Ce bunker est un autre refuge de l’humanité : Klioutcharev est invité à y trouver à son tour asile, avec sa propre famille. Que son fils soit obèse n’est pas un problème, on l’aidera à passer. L’autre trésor que recèle ce bunker n’est autre que la beauté, incarnée par les deux splendides filles de Tchoursine. Cachées là, elles attendent, peut-être, de sauver l’humanité.

Natalia LecLerc

Université de Bretagne Occidentale

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