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Introduction au dossier critique : Les Géorgiques (1981)

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Academic year: 2022

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Cahiers Claude Simon 

8 | 2013 Varia

Introduction au dossier critique : Les Géorgiques (1981)

Anne-Yvonne Julien

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/ccs/858 DOI : 10.4000/ccs.858

ISSN : 2558-782X Éditeur :

Presses universitaires de Rennes, Association des lecteurs de Claude Simon Édition imprimée

Date de publication : 31 mars 2013 Pagination : 67-69

ISBN : 9782354121785 ISSN : 1774-9425 Référence électronique

Anne-Yvonne Julien, « Introduction au dossier critique : Les Géorgiques (1981) », Cahiers Claude Simon [En ligne], 8 | 2013, mis en ligne le 21 septembre 2017, consulté le 24 septembre 2020. URL : http://

journals.openedition.org/ccs/858 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccs.858

© PUP 2013

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S’il y a un mot qui revient sous la plume de tous les critiques ayant salué dans la presse la publication des Géorgiques en août ou septembre 1981, c’est le mot « ampleur », mot auquel s’adjoignent parfois des expressions telles que « densité », « drames en série » ou même « foisonnement de péripéties ». Est-ce à dire que Claude Si- mon, avec cette œuvre longuement murie, aurait fait un pas du côté du retour aux normes romanesques, que certains perçoivent et ana- lysent comme l’une des tendances fortes qui saisit le roman depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui1 ? La question mérite assurément d’être posée, mais la réponse exige d’infinies nuances. Car il va de soi que ce que Lucien Dällenbach décrit en termes de « composition concertante »2 ne se coule nullement dans un modèle périmé du roman, avec laquelle la phase militante du Nouveau Roman avait déclaré vouloir rompre. En revanche, il n’est peut-être pas illégitime de penser que le texte des Géorgiques joue de cette composante ro- manesque3 comme il joue de la composante autobiographique, mais

1. Un retour des normes romanesques dans la littérature française contemporaine, W. Asholt et M. Dambre, dir., Presses Sorbonne nouvelle, 2010.

2. L. Dällenbach, Claude Simon, Seuil, coll. « Les contemporains », 1988, p. 150.

3. A cet égard, on peut penser que le texte des Géorgiques un peu comme La Vie, mode d’emploi de Perec qui lui est contemporain réussit à réconcilier recherches formelles et « plaisir du romanesque ». Voir Alain Schaffner, « Le romanesque mode d’emploi », dans Un retour des normes romanesques, op.cit., p. 51-65.

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ce, dans la proximité avec d’autres possibles génériques qu’il articule au sein d’un ensemble complexe.

Sans doute n’est-il pas vain, à ce titre, de s’interroger sur les modes de désignation des figures principales du roman et de mesu- rer les effets que l’auteur en tire. C’est le sens de l’enquête menée par Bernard Heizmann qui part de l’intuition que les « désignateurs » de personnages mis en place par Simon font apparaître ce point de né- gociation entre roman d’ordre romanesque et roman expérimental.

Car si le choix des initiales anonymantes pour deux des protagonistes (L.S.M. et O.) semble faire entrer le texte dans la logique du roman historique, en équilibre toujours instable entre l’avéré et l’inventé, le

« il » anaphorique sans antécédent explicite, agent commun de plu- sieurs parcours, déconstruit la spécificité des identités, et partant, la continuité narrative nécessaire au déroulement des destinées fictives.

Mais ce « il » récurrent n’a pas une fonction simplement déconstruc- trice, sa vertu est aussi de constituer un accélérateur romanesque, un instrument de montage presque cinématographique. De même, si les constituants d’un quelconque effet-personnage sont plus que dis- séminés dans l’ensemble du volume, il est patent que les attributs de telle ou telle figure sont souvent présentés par le biais d’un « surco- dage », reposant sur les médiations iconiques. Comment nier pour- tant que Les Géorgiques accueille, comme tous les textes de Claude Simon, un regard qui égalise l’humain et le non-humain ? Il reste qu’ici, Simon ne fait pas fi de la force intensément dramatique de l’histoire familiale, cet affrontement des deux frères Lacombe Saint- Michel, en parfait miroir du clivage d’une époque, car l’archive elle- même s’est constituée en matrice de la fiction. (U. de Lorraine)

Toutefois, Les Géorgiques peuvent aussi se lire comme un épisode du roman de Georges, autre nom d’un narrateur quasi autobiogra- phique, par la voix duquel il se pourrait que l’auteur se soit souvent exprimé. Aymeric Glacet privilégie cette piste en rappelant cette vo- lonté obstinée de trouver matériau dans le vécu que Claude Simon aimait à revendiquer : la donnée biographique se muerait-elle, dans ce cas, en truchement autobiographique ? Non qu’il faille imaginer

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LES GÉORGIqUES (1981) 69 l’écrivain se rêvant en soldat « ayant fait la plus grande révolution de l’Histoire » (G, p. 222), ou ayant servi quarante-sept années sous l’uniforme, lui qui n’a cessé à travers ses fictions de remettre en cause tout discours idéaliste et héroïque. Peut-être, en revanche, peut-on imaginer qu’il a cherché à faire des archives de l’autre ses propres brouillons, qu’il a tenu à tremper sa plume dans l’encre boueuse de l’aïeul, d’autant que les affaires du monde y étaient étonnamment mêlées aux travaux de la terre : tout Georges n’est-il pas, depuis L’Herbe, un être « vi[vant] comme un paysan » (H, p. 56) ? Et dans cette ouverture familiale à l’histoire du XIXe siècle et à ses soubre- sauts postrévolutionnaires, ne faut-il pas voir se dessiner l’ombre d’un Balzac, lui aussi hanté par les affrontements entre royalistes et révolutionnaires, par les drames du fratricide et du parricide ou par les sombres conséquences des secrets de famille ? Ancêtre auquel il a fallu nécessairement se mesurer un jour, ne serait-ce que pour pou- voir réinventer le roman généalogique, comme le suggèrera la der- nière séquence de L’Acacia (1989) (Sewanee, the U. of the South).

A.-Y. J.

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