MINISTERE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PECHE
Service de l'Aménagement etde
l'Exploitation de la fauneDirection régionale de l'Abitibi-Témiscamingue
L'exploitation du castor
en Abitibi-Témiscamingue
par: Jean Fink biologiste
Claude Daigletechnicien de la
faune
Juillet 1982Table des matières
Page
Remerciements
Introduction 1.
I. Les quotas d'exploitation
2. La récolte -
Conclusion 11.
Bibliographie
Remerciements
Des remerciements s'adressent à Patricia Falardeau pour
la correction et la dactylographie du texte.
L'exploitation du castor en Abitibi-Témiscamingue
Introduction
Le système de terrains enregistrés de piégeage aux animaux à fourrure est principalement axé sur le castor (Castor canadensis).
Le ministère du Loisir de la
Chasse et de la Pêche, par son mandat, s'est donné comme objectif d'optimiser la récolte de cette espèce tout en assurant sa pérennité. C'est donc dans cette optique qu'un systèmede
quotas est opéré présentement sur les territoires sous bail en Abitibi-Témiscamingue.Nous avons voulu
par ce document
fournir aux lecteurs des informations générales sur l'attribution des quotas de capture, la récolte annuelle et les orientations à privilégier à brève échéance.1. Les quotas d'exploitation
Jusqu'en 1979-80, les quotas d'exploitation du castor étaient alloués selon la norme de 1,5 individu par colonie active
pour toutes les divisions de la région 08 à l'exception de Senneter- re pour laquelle un seul castor par colonie
était attribué
comptetenu de la faible densité de la population en place.
2.
Depuis 1980-81,1'exploitation du castor sur les terrains de piégeage enregistrés est axée davantage vers une récolte optimum, cet 'optimum" n'étant pas nécessairement le rendement maximum soute- nu comme nous le verrons dans les lignes qui suivent.
Pour optimiser la récolte en fonction des objectifs pour- suivis (augmentation, stabilisation ou réduction des populations) les connaissances de base sur la dynamique des populations en cause de- viennent essentielles. Or, si l'inventaire des colonies actives de castor est disponible annuellement à partir des déclarations des trap-
peurs, les données sur la composition moyenne des colonies sont enco- re inconnues pour la majeure partie du Ûuébec.
L'attribution des quotas d'exploitation se fait donc à par- tir de l'hypothèse suivante: "La colonie de castor en Abitibi-Témis- camingue est composée en moyenne de cinq individus et sa productivité nette est. de 3fr. Les quotas sont donc accordés selon les modalités suivantes:
ski
1 Terrains à densité inférieure à 2 colonies/25 km
2. Sur ces terri-
toires, aucun prélèvement ne saurait être autorisé en raison de la très faible densité de la population.
2- Terrrains à densité entre 2 et 6 colonies/25 km2.
3
Un prélèvement d'un castor par colonie est alloué sur ces terrains enregistrés pour
permettre à la population
d'atteindre la capacité de support del'habitat.
3- Terrains à densité entre 6 et 10 colonies/25 km2
. La densité, si elle n'a pas atteint la
capacité de support
de l'habitat, nedoit pas
être augmentée car les risques de déprédation sont éle- vés. Dans ce contexte, un prélèvement de 1,5 castor par colonie devraitstabiliser
les populations touten permettant
une récolte soutenue.4- Terrains à densité supérieure à 10 colonies/25 km2
. La qualité de l'habitat sur ces territoires risque d'être affectée et les cas de déprédation deviennent de plus en plus nombreux. il de- vient donc nécessaire que les prélèvements dépassent la producti- vité pour réduire la population. Un quota de deux castors par colonie a donc été retenu.
Les quotas de castor sont donc alloués 'a partir de données empiriques et devant les exigences du bail de droits exclusifs de piégeage, (capture d'un minimum de 75' du quota) i1 nous apparaît ur- gent de rationaliser notre procédure.
2. La récolte
La méconnaissance des dynamiques de population de castor en Abitibi-Témiscamingue rend difficile l'établissement avec préci- sion de la récolte potentielle tout comme l'interprétation du taux d'exploitation.
Deux études de population dans des régions limitrophes à la notre nous révèlent cependant des résultats intéressants, quoique très peu semblables. Traversy et McNicoll (1976) dénombrent dans la région de
la Baie
James, 3,26 castors par colonie et 30% de jeunes(0,5 an) alors que Novak (1972) découvre pour la région de North Bay, 7,59 castors par colonie et 65' de jeunes.
En utilisant les résultats du premier, nous récolterions actuellement en Abitibi-Témiscaminnue, 106%, de la récolte potentielle,
tandis
qu'avec les résultats dusecond, nous
obtenons une récolte de seulement 22%,(Tableau 1.).
Il appert de façon évidente que la récolte du castor dans la région OB soit reliée étroitement aux prix de revient de la fourru- re comme le démontre la figure 1.
Dans ce contexte, il devient difficile d'évaluer l'impact des efforts entrepris par le SAEF au cours des dernières années pour faire respecter les conditions du bail de piégeage.
Tableau 1. Récolte potentielle de castors en Abitibi-Témiscamingue selon les résultats de Traversy et McNicoll (1976) et Novak (1972)
Traversy et McNicoll Novak
Nombre de colonie 1 10 869 10 869
Population estimée 35 433 82 496
Récolte (réelle) 2 11 600 11 600
Récolte potentielle 10 629 53 622
% d'exploitation 106 22
1 Inventaire des trappeurs 1981-82
2 Estimation à partir de la récolte de septembre 1981 à février 1982 5.
récolte
— prix de la fourrure
1977-1978 1978-1979 1979-198n 1980-1981 1981-1982 25
20
r
15 0 0
aa
cu
10
5
Figure 1. La récolte et le prix des fourrures depuis 1977-1978
7.
Il ne nous apparaît pas prétentieux de croire cependant que ces in- fluences aient contribué à élever le rendement des trappeurs jusqu' en 1979-80 (Figure 2.).
A partir de 1980-81, ce rendement connaît un fléchissement qui n'est sûrement pas étranger à la baisse des prix moyens obtenus aux enchères publiques
(Tableau 2.).
Pour la saison 1981-82, si la récolte réelle confirme nos estimations, d'aucuns pourraient croire que les pressions exercées par le SAEF auront été vaines.Il faut préciser à ce point que nous avons de
bonnes rai-
sons de croire que la reproduction du printemps 1981 fut médiocre en raison des effets cumulatifs de mortalités naturelles (tularémie et inondation en février 1981) couplées à la hausse des quotas d'exploi- tation sur plusieurs territoires. L'inventaire des colonies actives déclaré par les trappeurs pourrait constituer une surestimation en- traînant l'attribution de quotas exagérés.Seul un inventaire aérien et une étude de dynamique des po- pulations pourraient confirmer ou infirmer ces hypothèses.
Ouoi qu'il en soit, il faut constater avec une corrélation aussi élevée
entre le
prix de la fourrureet
la récolte (rz u,93) que les trappeurs puisent leur motivation principale dans le revenu engen- dré par la vente des fourrures.te com pa rée aux quotas attri b ué s
Tableau 2. Rendement des trappeurs de FAbitibi-Témiscamingue pour le piégeage du
castorSaison
Quota alloué Récolte totale1
Prix moyens (S) Rendement %
1977-78 23 009 13 496 25,00 58,6
1978-79 20 767 14 650 40,00 70,5
1979-80 22 453 18 086 55,00 80,5
1980-81 23 237 14 100 39,00 60,7
1981-82 24 023 11 600 1
25,00 48,3
1
Récolte estimée à partirdes statistiques
disponibles pourseptembre 1981 à février 1982
9.
Dans ce contexte, il nous apparaît important de
poursuivre
nos efforts pour faire respecter le quota minimumet
cela dans lebut de réduire l'influence des prix sur le rendement des trappeurs.
Le système de terrains enregistrés de piégeage doit être en mesure d'assurer une récolte minimum soutenue; sans cela ii n'a guère rai- son d'exister.
10.
Tl.
Conclusion
Le rendement des trappeurs pour le piégeage du castor se- rait étroitement lié à la valeur marchande de la fourrure. Au cours des dernières années le SAEF n'éprouvait guère de difficulté à faire respecter une récolte minimum de 50% du quota fixé au permis.
Depuis deux ans, la chute inportante des prix sur les en- chères publiques entraîne avec elle une réduction considérable des captures, voir même bien en deçà des 75% exigés cette année.
Pour rencontrer les objectifs du système de terrains enre- gistrés de piégeage, les gestionnaires devront agir avec rigueur de façon à modifier les habitudes des locataires de droits exclusifs et les inciter à prélever la récolte potentielle sur leur territoire.
D'autre part, il est prévisible que la faiblesse des prix de la fourrure sur le marché se maintienne encore quelques années, compte tenu de la situation économique mondiale. Les trappeurs auront par conséquent â subir cette conjoncture et réagiront probablement en réduisant volontairement l'inventaire des colonies actives sur leur
territoire.
Un programme exhaustif d'inventaire aérien deviendra à court terme, un outil essentiel au suivi des populations, telles que mention- nées dans un rapport antérieur (Fink et Daigle, 1982).
Enfin, des connaissances
élémentaires sur la dynamique des populations locales se doivent d'être recueillies à brève échéance pour être en mesure d'établir la récolte potentielle avec un mini- mum de confiance.12.