Le jeu des puissances dans un espace mondialisé de 1945 à nos jours

Texte intégral

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Le jeu des puissances dans un espace mondialisé de 1945 à nos jours

Les relations internationales depuis 1945.

Plan du cours :

I - LA GUERRE FROIDE DIVISE LE MONDE EN DEUX CAMPS OPPOSÉS.

A) LESPRÉMICESDELA GUERREFROIDE.

B) EN 1947, LESDOCTRINES TRUMANET JDANOVDÉCLARENTLEDÉBUTDELA GUERREFROIDE. II - 1947-1949 : LA CRÉATION DES DEUX ALLEMAGNES.

A) LAGUERREFROIDENAÎTEN EUROPE.

B) APRÈS 1948, LA GUERRE FROIDESEMONDIALISE. C) UNEGUERREIDÉOLOGIQUEOPPOSANTDEUXMODÈLES.

III - LA VICTOIRE AMÉRICAINE/LA FIN DE LA GUERRE FROIDE.

A) L'EXPANSIONSOVIÉTIQUE (ANNÉES 70) PUISLACRISEDEL'URSS (DÉBUTANNÉES 80).

B) "AMERICAISBACK" (ANNÉES 80).

C) URSS : LEDERNIERSURSAUT (85-91).

D) LACHUTE, LEFFONDREMENTDUBLOCDEL'EST (89-91).

IV - LE MONDE DE L'APRÈS GUERRE FROIDE.

A) VERSUNMONDEDEPAIX ?

B) UNE EUROPEENPLEINBOULEVERSEMENT

C) LENOUVELORDREMONDIALENCEDÉBUTDE XXIÈMESIÈCLE : UNMONDEPLUSSÛR ? D) VERSUNMONDEMULTIPOLAIRE

Sujet d’étude : L'Amérique latie : eitre domiiatoi traditoiielle des Etats-Uiis et remise ei cause du leadership iord-américaii.

Qu'est-ce que le système des blocs ?

« Cette période est dominée par la notion de bloc, c'est-à-dire l'existence d'ensembles, en fait deux, s'opposant l'un à l'autre dans tous les domaines. Tout pays, toute situation se trouvent en quelque sorte contraints de se définir par rapport à cette notion, de se lier à l'un-au- l'autre des blocs. C'est l'ère de l'exclusive et du manichéisme.

Cette logique de la guerre froide, selon laquelle celui qui n’est pas un allié ne peut être qu'un ennemi, implique l'organisation de blocs. Le bloc a deux caractères :

a/ Il exige une union globale, qui touche les armées, les économies, les régimes et, bien sûr, la politique internationale. Le concept de guerre froide suggérant un conflit total et permanent, l'alliance classique ne saurait convenir : le dispositif doit, lui aussi, être total et permanent. Le caractère quasi-religieux de l'affrontement idéologique efface toute frontière entre politique intérieure et politique extérieure. Enfin, le bloc tend à imposer une manière de vivre à l'Ouest, l'« American way of life »; à l'Est, les lendemains qui chantent. […].

b/ Le bloc s'appuie sur une puissance directrice. Celle-ci est à la fois le protecteur incontesté - même s'il est parfois pesant - et la synthèse presque parfaite des valeurs, qui assurent et justifient la solidarité du bloc. Le bloc résulte bien d'un monde où se déploient des idéologies détentrices de vérités absolues et de promesses d'un bonheur terrestre »

P. MOREAU DEFARGES, Les relations internationales dans le monde d'aujourd'hui, Éditions S.T.H., 1981.

1) A l’aide de ce document, définissez la notion de bloc.

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Poly 1 : Frise chronologique

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Poly 2 : Combien de morts ? Un décompte bien difficile à faire ! Etudiez avec attention l'extrait de l'ouvrage d'André Fontaine, "la tache rouge" qui analyse cette question :

" Chaque fois, certes, qu'elles se sont affrontées dans ces « parties au bord du gouffre » [...], la peur de déclencher l'apocalypse nucléaire a aidé les deux superpuissances à trouver une porte de sortie, quasi miraculeuse dans le cas de la crise des fusées de Cuba. Mais cette froideur ne doit pas nous abuser : les épisodes chauds de ce conflit ont fait davantage de morts qu'aucune guerre de l'Histoire, la seconde officiellement étiquetée mondiale exceptée.

Combien ? Les estimations sont peu nombreuses et elles varient énormément : les professeurs Victor Prévot et jean Boichard situent entre quinze et trente millions le nombre des victimes des conflits intervenus entre 1945 et 1987. L'ancien secrétaire à la Défense de Kennedy et de Johnson, Robert McNamara, a dressé en 1991 devant une conférence de la Banque mondiale un tableau des pertes

enregistrées sur chaque théâtre d'opérations dont le total dépasse les quarante millions. Dans une communication à un colloque tenu à Uppsala, en Suède, en 2001, le professeur Milton Leitenberg de l'université de Maryland en rajoute encore près de trois millions.

Il est vrai que ces décomptes impliquent des conflits comme ceux qui ont opposé Israël et ses voisins arabes, l'Inde et le Pakistan, ou encore l'Irak et l'Iran, de même que diverses guerres « de libération nationale », au premier plan desquelles celles d'Algérie, dont la problématique ne se situait pas en priorité dans le cadre du conflit Est-Ouest. Mais la guerre de Corée, enfant de la guerre froide s'il en a été, a tué à elle seule deux millions et demi de personnes, les guerres d'Indochine presque autant, le génocide cambodgien, de notoriété publique, au moins deux millions. Les guerres d'Afghanistan et d'Éthiopie dont l'URSS s'est activement mêlée, directement ou par Cubains interposés, chacune un bon million. Les guerres civiles qui ont ravagé l'Angola et le Mozambique ont provoqué des hécatombes. On s'est également copieusement entretué pour ou contre le communisme en Grèce, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, au Guatemala, au Nicaragua, au Salvador. Et comment ne pas prendre en compte les dizaines de millions de victimes dont McNamara crédite la guerre civile chinoise de 1945-1949 et les grands tournants, du Grand Bond en avant à la Révolution culturelle, qui ont jalonné le règne de Mao ? La terreur à l'Est, le soulèvement de Budapest ?

Aucune guerre n'aura été plus « mondiale » que celle-là, dont l'objet était fondamentalement de déterminer qui, de la Maison-Blanche ou du Kremlin, dominerait ce « marché mondial » dont, à défaut d'avoir inventé le mot de « mondialisation », Marx et Engels avaient prédit dès 1848, avec une impressionnante rigueur, le mécaniquement inévitable avènement. Aucune n'aura non plus autant déplacé peuples et frontières, ni détourné vers une course aux armements démentielle autant de ressources qui, mieux employées, auraient singulièrement amélioré le sort de milliards d'humains vivants et à venir."

André Fontaine, LA TACHE ROUGE. LE ROMAN DE LA GUERRE FROIDE , Editeur La Martinière, 2004

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POLY 3 : la fin de la Grande Alliance (1945-1947)

Document 1 : Discours de Winston Churchill prononcé à Fulton aux Etats-Unis le 5 mars 1946.

« Une ombre s'est reépandue sur les sceènes si reécemment illumineées par la victoire allieée. Personne ne sait ce que la Russie sovieétique et son organisation communiste internationale ont l'intention de faire dans l'avenir immeédiat ni quelles seront les limites, s'il en est, que respecteront leurs tendances aè l'expansion et au proseélytisme. De Stettin dans la Baltique, aè Trieste, dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu aè travers le continent. Derrieère cette ligne se trouvent les capitales de tous les pays de l'Europe orientale : Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia. Toutes ces villes ceéleèbres toutes ces nations se trouvent dans la spheère sovieétique et toutes sont soumises sous une forme ou sous une autre, non seulement aè l'influence sovieétique, mais encore au controôle treès eétendu et constamment croissant de Moscou. (...) Les communistes qui eétaient treès faibles dans tous ces pays de l'Est europeéen ont eéteé investis

de pouvoirs qui ne correspondent nullement aè leur importance numeérique et cherchent partout aè s'entourer d'un controôle totalitaire. (...) Sauf en Tcheécoslovaquie, il n'existe pas dans cette partie de l'Europe de vraie deémocratie. {...)

J'ai appris pendant la guerre aè connaîôtre nos amis et allieés russes et je suis convaincu qu'il n'y a rien au monde qu'ils admirent autant que la force et rien qu'ils respectent moins que la faiblesse militaire. »

Discours de Winston Churchill aè Fulton, mars 1946 1) Présenter le texte et son auteur les circonstances de sa rédaction et ses thèmes principaux.

2) Quelles sont les intentions de politique extérieure que Churchill prête à Staline ?

3) Le rideau de fer : expliquez l'expression. Quels sont les pays concernés dont le texte nous cite les capitales ? Voir carte Doc 1 page 19

4) Dans quel but Churchill prononce-t-il ce discours ? Que propose-t-il pour l'avenir ? Peut-on considérer ce discours comme une "déclaration de guerre froide " ?

Document 2 : De 1945 à 1947.

« (En 1945) Toutes les conditions semblent reéunies, institutionnelles, politiques, psychologiques, pour preéserver la liberteé et la paix.

Or, moins de deux ans apreès, les vainqueurs sont deésunis; le terme "deésunis" est meôme faible pour caracteériser la situation de 1947. Deux blocs hostiles se dressent l'un contre l'autre dans une forme de guerre ineédite pour laquelle on a eéteé obligeé d'inventer un nom, plus exactement une image, celle de la guerre froide. La situation de 1947 est aussi diffeérente que possible de ce que le monde espeérait en 1945. »

Reneé Reémond, Le XXe siècle de 1914 à nos jours, p. 170-171 Document 3 : La fille de la Seconde Guerre mondiale.

« 1. La guerre froide est neée de l'affaiblissement dramatique de l'Europe. Elle est la fille de la Deuxieème guerre mondiale. C'est qu'en 1945, aè l'exception des Etats-Unis et de l'Union sovieétique qui ont souffert ineégalement du conflit, il n'y a que des vaincus. L'Allemagne et l'Italie, d'un coôteé, la Grande-Bretagne et la France, de l'autre, ont perdu l'essentiel de leur influence. (...) Les deux supergrands sont face aè face.

L'Europe, principal champ clos des rivaliteés entre les Etats-Unis et l'Union sovieétique, est entreée dans la bipolarisation.

2. Les Etats-Unis et l'Union sovieétique sont deux puissances messianiques , encore que leurs messianismes soient contradictoires. Chacune des socieéteés propose un modeèle, non point seulement un modeèle politique ou eéconomique, mais un modeèle de civilisation, un choix fondamental. Chacune consideère qu'il est de son devoir, de sa mission, voire de son essence de se faire le champion de cette civilisation, de se porter aè la teôte d'un camp. (...)

3. De toute eévidence, chacun des supergrands perçoit mal les intentions de l'autre. Ou bien les exageère.

Les Ameéricains ont tendance aè imaginer le pire, qu'il s'agisse de la Roumanie, de la Pologne, de la Hongrie, qu'il s'agisse de la Greèce et de la Turquie, qu'il s'agisse de l'Europe occidentale. Ils constatent que, partout ouè elle est preésente, l'Armeée rouge donne aè l'Union sovieétique l'occasion de grignoter l'influence des Occidentaux, qu'un empire se creée aè l'est de l'Elbe, qu'il pourrait bien s'eétendre aè l'ouest, voire au sud, que les Sovieétiques ont des intentions expansionnistes qui ne laissent pas d'inquieéter. »

KASPI Andreé. Débat sur la guerre froide.

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Poly 4 : La fracture de l’Europe au milieu des années 50

Document 1 : les blocs en Europe.

« Au lendemain de la seconde guerre mondiale et jusqu'aè la disparition de l'URSS en 1991, l'Europe a eéteé scindeée en deux blocs geéographiques, politiques et strateégiques : l'Ouest, sous l'aile ameéricaine et rattacheé aè l'OTAN, alliance deéfensive constitueée en 1949 contre la « menace » sovieétique, et l'Est sous l'aile de Moscou, au sein du Pacte de Varsovie. »

Cartographie du site du Monde diplomatique Complétez la légende suivante :

- Nommez (avec un feutre fin et en majuscule) les principaux Etats d‘Europe.

- Tracez le rideau de fer I - Le bloc occidental :

Etat membre de l’OTAN en 1955 (page 14) Etat militairement neutre

II - Le bloc communiste :

Etat signataire du pacte de Varsovie.

(voir page 14)

Etat communiste militairement neutre.

Les crises de la premieère deécennie

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Poly 5 : LES modèleS soviétique et AMERICAIN.

Document 1 : Le pari économique de Nikita Khrouchtchev

« Si l’on compte par habitant, il faudra probablement encore cinq ans environ apreès l'exeécution du plan septennal (1) pour rattraper et deépasser les EÉtats-Unis dans la production industrielle. Donc, vers cette eépoque; et peut-eôtre meôme avant, l’Union sovieétique occupera la premieère place au monde tant pour le volume absolu de la production que pour la production par habitant. Ce sera une victoire historique du socialisme dans la compeétition pacifique avec le capitalisme dans l'areène internationale. » N. Khrouchtchev, rapport au XXeème congreès du PCUS, 1956.

1 C'est-aè-dire en 1971

Document 2 : Un modèle stalinien imposé en Europe de l’Est.

« Les Etats communistes apparus apreès la Seconde Guerre mondiale, c’est-aè-dire tous sauf l’URSS, furent placeés sous la coupe de partis communistes formeés ou façonneés dans le moule sovieétique, c’est-aè-dire stalinien. […] nous trouvons des systeèmes politiques de parti unique avec des structures d'autoriteé hautement centraliseées ; une veériteé intellectuelle et culturelle officiellement promulgueée et deétermineée par l'autoriteé politique ; une eéconomie planifieée et centraliseée ; et meôme, la relique la plus eévidente de l'heéritage stalinien, des dirigeants supreômes « fortement profileés ». En fait, dans les EÉtats directement occupeés par l'armeée et les services secrets sovieétiques, les gouvernements locaux se virent contraints de suivre le modeèle de l'URSS, en organisant par exemple de grands proceès et des purges de communistes sur le modeèle stalinien - affaire dans laquelle les partis locaux ne montreèrent aucun enthousiasme spontaneé. En Pologne et en Allemagne de l'Est, ils reéussirent meôme aè eéviter ces parodies de justice, et aucun dirigeant communiste n'y fut exeécuteé ou livreé aux services secrets sovieétiques. En revanche, aè la suite de la rupture avec Tito, des dirigeants locaux furent exeécuteés en Bulgarie (Traicho Kostov) et en Hongrie (Laszlo Rajk), tandis que la dernieère anneée de Staline vit l'organisation d'un proceès massif particulieèrement invraisemblable, avec un caracteère antiseémite prononceé, qui deécima les rangs des dirigeants communistes tcheèques.

Peut-eôtre ce proceès n'eétait-il pas sans lien avec la paranoîïa croissante de Staline lui-meôme, qui, dans un eétat physique et mental deégradeé, envisagea d'eéliminer jusqu'aux plus loyaux de ses partisans.

En Europe, tous les nouveaux reégimes des anneées 1940 furent rendus possibles par la victoire de l'Armeée rouge, mais dans quatre cas seulement ils furent exclusivement imposeés par la force : en Pologne ; dans la partie de l'Allemagne occupeée ; en Roumanie, ouè le mouvement communiste local comptait tout au plus quelques centaines de personnes, pour la plupart issues de minoriteés ethniques ; et, au fond, en Hongrie. En Yougoslavie et en Albanie, l'aveènement du nouveau reégime demeura treès largement un pheénomeène inteérieur; en Tcheécoslovaquie, les 40 % qu'obtint le Parti communiste aux eélections de 1947 refleétaient certainement sa force aè cette eépoque ; et en Bulgarie, l'influence communiste profita d'une russophilie de tous ses habitants. […] »

Hobsbawm, Eric J., L’âge des extrêmes – Histoire du Court XXème siècle , eéditions Complexe, 1994, page 510.

Document 3 : L’Union soviétique dénoncée comme « l’empire du Mal » par R.Reagan (8 mars 1983).

« Nous ne mettrons jamais en peéril nos principes et nos criteères moraux. Nous n’abdiquerons jamais notre liberteé.

Nous n’abandonnerons jamais notre croyance en Dieu. Et nous ne cesserons jamais de rechercher une paix veéritable.

Mais les preétendues solutions proôneées par certains et qui passeraient obligatoirement par le gel nucleéaire ne nous permettent pas de deéfendre ces ideées essentielles aè l’Ameérique. La veériteé est que deécreéter le gel aujourd’hui serait une tromperie dangereuse, car il ne s’agirait que d’une illusion de paix. La veériteé, c’est que nous devons rechercher et trouver la paix par la force.[…]

L’Histoire nous apprend que prendre nos deésirs pour des reéaliteés et rechercher naîïvement la conciliation avec nos adversaires n’est que folie. Cette attitude reviendrait aè trahir notre passeé et aè dilapider notre liberteé. En conseéquence, je vous encourage aè vous eélever contre ceux qui chercheraient aè placer les Etats-Unis dans une position d’infeérioriteé militaire et morale. Et, lorsque vous deébattez des propositions de gel nucleéaire, je vous exhorte aè vous deéfier de la tentation de l’orgueil, de cette tentation qui consisterait aè vous deécreéter alleégrement au-dessus de la bataille, aè deécider que les deux camps sont eégalement coupables, aè ignorer les faits de l’Histoire et les pulsions agressives de l’Empire du Mal, aè vous contenter de dire que la course aux armements n’est qu’un vaste malentendu et par laè meôme aè vous soustraire au combat entre le juste et le faux, le bien et le mal. […] Je crois que nous releèverons le deéfi. Je crois que le communisme n’est qu’un chapitre suppleémentaire, triste et bizarre, de notre Histoire dont les dernieères pages sont entrain de s’eécrire sous nos yeux. »

Discours d’Orlando devant la convention annuelle de l’Association nationale des Evangeélistes.

Citeé dans R.Reagan, Une vie américaine, Mémoires, JC Latteès, 1990.

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Poly 6 : Réussir ses révisions : Lire et réfléchir sur la guerre froide au sens large (1947-1991)

« L’expression « guerre froide » a été employée pour la première fois par le prince Juan Manuel d’Espagne, au XIVe siècle, pour désigner l’interminable conflit qui opposait alors les Rois Catholiques aux Maures d’Andalousie. Non certes qu’il ne fît pas couler le sang. Mais il présentait cette double originalité de n’avoir pas été précédé d’une déclaration de guerre et d’être voué à s’achever sans traité de paix.

L’usage contemporain, réserve en général, à la suite du financier américain Bernard Baruch et du grand journaliste Walter Lippmann, le nom de guerre froide à la longue épreuve de force qui s’est engagée entre les Etats-Unis et l’Union soviétique après la dissolution, au lendemain de la capitulation du Reich, de la coalition anti-hitlérienne.

Pour cette guerre froide-là, non plus, il n’y a pas eu de « déclaration », et elle s’est achevée, elle aussi, sans traité de paix.

Mais ce qui a popularisé cette appellation, c’est que les belligérants, tout en employant toutes les ressources de l’intimidation, de la propagande, de la subversion, voire de la guerre locale, les Etats-Unis participant massivement quant à eux aux deux guerres de Corée et du Vietnam, ont réussi à éviter de se trouver directement aux prises.

La présence des armes nucléaires y est évidemment pour beaucoup, qui a conduit plus d’une fois les superpuissances à reculer au seuil de l’apocalypse et à s’engager sur la route d’une détente marquée par d’importants accords, les uns de nature politique, les autres portant sur la limitation des armements. Mais la détente ne pouvait être qu’un ersatz de paix, dont de nouvelles tensions devaient prendre immanquablement le relais, et il aura fallu attendre l’effondrement des régimes communistes en Europe de l’Est pour qu’on puisse enfin, en 1990, considérer la guerre froide comme terminée.

[…] Des plans d’organisation du monde d’après guerre sont arrêtés de concert. Mais l’alliance, déjà agitée en temps de guerre, ne survit pas longtemps au péril qui l’a suscitée.

À la différence de Franklin D. Roosevelt, Harry Truman se méfie de Staline. La possession de l’arme nucléaire le convainc qu’il est possible de dresser un barrage contre ses ambitions. L’aide à la Grèce et à la Turquie, le plan Marshall, le pacte atlantique, le réarmement de l’Allemagne occidentale, entre autres, marquent les étapes de cette politique dite de l’endiguement, encouragée par le durcissement continuel de l’U.R.S.S., l’asservissement rapide de ses voisins européens, le blocus de Berlin, l’invasion de la Corée du Sud, etc.

La mort de Staline (1953) change l’atmosphère. Des accords mettent fin aux guerres de Corée et d’Indochine et à l’occupation de l’Autriche. Mais le choc en retour de la « déstalinisation » entraîne l’intervention de l’U.R.S.S. en Hongrie (oct. 1956) au moment même où la crise de Suez bat son plein. La guerre froide rebondit partout pour aboutir, en 1961, à la construction du Mur de Berlin et, l’année suivante, à la dramatique crise des fusées de Cuba, dont l’heureux dénouement a engendré entre les deux « Super Grands » une longue période de détente.

Des accords négociés mettent fin à la guerre du Vietnam, consolident le statu quo en Europe centrale, établissent entre les deux grands la parité des arsenaux nucléaires stratégiques. Enfin, le conflit sino-soviétique, né à l’origine d’une divergence d’appréciation sur la force de l’« impérialisme », fait pour un temps de Pékin l’allié de fait de Washington.

En 1973, les relations soviéto-américaines paraissaient suffisamment détendues pour que Leonid Brejnev envisage un

« condominium ». Mais le scandale du Watergate, conduisant à l’éviction de son partenaire Richard Nixon, et la guerre d’octobre au Proche-Orient, avec le « choc pétrolier » qui en est résulté, ont rapidement mis fin à ce rêve. L’« équilibre de la terreur » réalisé entre les États-Unis et l’U.R.S.S. ouvre à celle-ci des possibilités d’intervention dans le Tiers Monde, soit directement, soit par Cubains interposés, qui ne peuvent que recréer un climat de guerre froide.

L’occupation de la Tchécoslovaquie, en 1968, en réplique au Printemps de Prague a déjà montré que Moscou ne tolérerait aucune dissidence dans sa zone d’influence. Le coup d’État du général Jaruzelski en Pologne, en 1981, le confirme. Entre- temps, le passage dans cette zone de la totalité de l’Indochine, du Yémen du Sud, de l’Éthiopie, des anciennes colonies portugaises d’Afrique, du Nicaragua et, pour finir, en 1979, l’invasion de l’Afghanistan montrent que Moscou n’a en rien renoncé à faire progresser ses pions. Il était sans doute fatal que dans ces conditions s’installe à la tête des États-Unis, avec Ronald Reagan, un pouvoir déterminé à bloquer cette avance, au prix d’une relance spectaculaire de la course aux armements. Il était beaucoup moins probable qu’arrivât au pouvoir à Moscou, en la personne de Mikhaïl Gorbatchev, un homme qui allait si vite mesurer l’incroyable délabrement de l’économie et en conclure à la nécessité impérieuse de réduire massivement les dépenses militaires.

Se doutait-il que le prix de ce revirement et de la glasnost , de la transparence du discours sans laquelle il eût été impossible, serait (avec l’abandon du glacis est-européen, la réunification de l’Allemagne dans le cadre de l’O.T.A.N., la renonciation du Parti communiste à son rôle dirigeant et enfin l’éclatement de l’Etat soviétique) de concéder à l’Occident la victoire dans la guerre froide ? »

Extrait de l’introduction de l’article « guerre froide » de l’Encyclopédia Universalis 1) Que signifie l’expression « guerre froide » ? Est-elle une invention de l’après-guerre ?

2) Présentez ses bornes chronologiques.

3) Décrivez les grandes phases de la guerre froide après avoir relevé les dates charnières.

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Poly 7 : L’Amérique latine dans la guerre froide (1947-1991)

Document 2 : « La Cour suprême du Chili lève l'immunité d'Augusto Pinochet, ancien dictateur »

« L'opération « Condor », ce réseau étroit de collaboration entre les dictatures latino-américaines, leur a permis de traquer, enlever, torturer et éliminer conjointement leurs opposants politiques. Entre 1973 et 1983, l'impitoyable chasse à l'homme a fait des milliers de victimes en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Uruguay et au Paraguay.

Selon le juge chilien Juan Guzman, chargé du dossier au Chili, ce plan aurait été conçu à Santiago au cours d'une réunion des services secrets de la région, qui s'est tenue entre le 25 novembre et le 1er décembre 1973, sous la houlette du général Manuel Contreras, chef de la DINA, la police secrète de Pinochet. [...]

D'après les documents d'époque qui sont progressivement déclassifiés aux Etats-Unis, Washington aurait joué un rôle important dans cette opération secrète, et notamment Henry Kissinger, ancien secrétaire d'Etat de Richard Nixon et lauréat du prix Nobel de la paix en 1973. Des juges chiliens et argentins ont demandé, en vain, de pouvoir interroger l'ancien secrétaire d'Etat américain. [...] ».

, samedi 28 août 2004.

Question : Qu’est-ce que l’opération Condor ?

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