Le climat scolaire
Textesréglementaires de références
- Loi d’orientation du 8 juillet 2013 et son rapport annexé : objectif : « d’améliorer le climat scolaire pour refonder une école sereine et citoyenne en redynamisant la vie scolaire et en prévenant et en traitant les problèmes de violence et d’insécurité ».
- Code de l’éducation, article R421-20 (modifié par le décret n° 2014-1236 du 24 octobre 2014 - art. 9) : le conseil d’administration adopte un plan de prévention de la violence, qui inclut notamment un programme d’action contre toutes les formes de harcèlement.
- Circulaire n° 2013-100 du 13-08-2013 - Prévention et lutte contre le harcèlement à l’école.
- Circulaire n° 2013-142 du 15-10-2013 - Renforcer la coopération entre les parents et l’école dans les territoires.
- Circulaire interministérielle n° 2014-159 du 24-12-2014, relative à la prévention de l’absentéisme scolaire. Elle invite à inscrire la lutte contre l’absentéisme dans la perspective systémique du climat scolaire : «Il revient à chaque responsable, à tous les niveaux de l’institution scolaire, de se mobiliser pour mettre en place des actions de prévention et de suivi de l’absentéisme et apporter, dans un climat de confiance avec les familles, des réponses rapides et efficaces lorsque des absences sont constatées. A cet égard, l’amélioration du climat scolaire fondée, entre autres, sur les relations entre les différents acteurs de l’école et l’alliance avec les parents, dans la poursuite d’un travail de coéducation comme mentionné dans la Circulaire n°
2013-142 du 15-10-2013 relative au renforcement de la coopération entre les parents et l’école dans les territoires, constitue la condition première pour prévenir l’absentéisme. Elle est le cadre dans lequel doit se construire une politique éducative visant la réussite de tous les élèves.»
Repères historiques
- 1958 : premières recherches liées au « climat scolaire »
- 2010 (depuis) : enquêtes nationales de victimation et de climat scolaire administrées en France (initiées par Debarbieux et reprises par la DEPP à partir de 2011)
- 2013 : création de la Délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire (dirigée par Debarbieux)
- Aujourd’hui : devenu préoccupation de l’OCDE.
Auteurs de
références
- Benbenishty et Astor - Cohen
- Debarbieux, Eric
Grandes idées Résultats enquêtes Debarbieux et DEPP
- Une très grande majorité des élèves vivent plutôt heureux dans l’EPLE (90%)
• 14% relations négatives avec enseignants
• 86% pas peur de l’école
- Problème concentré sur une minorité d’élèves souvent soumis au harcèlement (10%) - 20 à 25% des absentéistes chroniques n’a pas peur du harcèlement.
Enjeux
Cohen : « La relation entre le climat scolaire positif et la réussite des élèves a été établie internationalement. »
- Un bon climat scolaire entraîne :
• une amélioration des résultats scolaires,
• une meilleure implication des élèves dans les apprentissages,
• une meilleure estime de soi,
• contribue à réduire les inégalités scolaires,
- Il se traduit par :
• une baisse de la victimation (violences, harcèlement) et de l’absentéisme,
• une amélioration du bien-être des élèves et des enseignants.
Définitions
Définition du National School Climate Center (Cohen et al, 2012) :
« Le climat scolaire reflète le jugement qu’ont les parents, les éducateurs, et les élèves de leur expérience de la vie et du travail au sein de l’école. Pour autant, il ne s’agit pas d’une simple perception individuelle. Cette notion de « climat » repose sur une expérience subjective de la vie scolaire qui prend en compte non pas l’individu mais l’école en tant que groupe large et les différents groupes sociaux au sein de l’école. En ce sens, il convient de ne pas limiter l’étude et l’action sur le climat scolaire aux seuls élèves. Le concept doit inclure tous les membres de la communauté scolaire. La sécurité des professeurs et leurs relations sociales et émotionnelles avec leurs collègues, la qualité du leadership doivent être incluses tout autant que l'interaction entre la perception de ce climat par les parents, les élèves et les enseignants. La violence exercée contre et par les personnels est aussi à prendre en compte, même si elle est trop peu renseignée dans la littérature. »
L’OCDE liste 5 éléments composant le climat scolaire (OCDE, 2008)
1. les relations : positives entre tous et respectant la diversité, promeuvent les décisions partagées, la participation des élèves, la collaboration, l’entraide, la participation des parents aux décisions, le partage d’une vision commune parents/professeurs sur l’apprentissage et la discipline ;;
2. l’enseignement et l’apprentissage : attentes élevés en matière de réussite, pédagogie différenciée, aide apportée si besoin, apprentissage relié à la vraie vie, une créativité valorisée, participation encouragée, apprentissage social, émotionnel et éthique - enseigné, valorisé, en lien avec les disciplines ;;
3. la sécurité : comprend la sécurité physique et émotionnelle (tolérance, à la différence, réponses au harcèlement, résolution des conflits) ;;
4. l’environnement physique : propreté de l’établissement, espace et matériel adéquats, esthétisme, des offres extrascolaires ;;
5. le sentiment d’appartenance : sentiment d’être relié à la communauté scolaire, avec un adulte au moins pour les élèves, par l’engagement, l’enthousiasme des professeurs et des élèves.
Importance de la qualité des règles définissant le « vivre-ensemble »
- travaux espagnols montrent rôle important d’une discipline démocratique avec règles claires, transparentes, compréhensibles.
- pour Gottfredson, la perception d’une faiblesse de la justice scolaire (= de l’application du règlement scolaire) est un des facteurs explicatifs majeurs de la violence à l’école.
Facteurs
7 facteurs influencent la qualité du climat scolaire. Facteurs interdépendants présentés par ordre d’importance, selon leur « poids » respectif par rapport à la qualité du climat scolaire et identifié par la recherche.
1. La stratégie d’équipe. Facteur le plus déterminant sur qualité du climat scolaire. Cohérence et cohésion de l’équipe, c’est la garantie d’un bon niveau du moral et de l’engagement des enseignants. Une véritable équipe constitue un soutien, une émulation et permet de développer le sentiment d’appartenance des personnels à l’établissement.
2. La justice scolaire. Un sentiment de justice améliore les contextes d’apprentissage des élèves et les conditions d'exercice des personnels de l'Education nationale. Il favorise aussi la collaboration positive avec les familles et les partenaires. C'est ce qui va aider les élèves à comprendre le sens des règles, des droits, des devoirs et à acquérir les compétences sociales nécessaires pour un comportement juste avec autrui, respectueux, responsable et citoyen.
3. Les problèmes de violences et de harcèlement. Ces problèmes, entre les élèves et entre ces derniers et les enseignants, ont un impact direct sur la qualité du climat scolaire. Plus les problèmes de violence sont aigus, plus le climat scolaire est ressenti comme de mauvaise qualité.
4. La coopération entre les élèves. La coopération produit un engagement, une motivation des élèves et permet de réduire l’absentéisme, le manque d’assiduité, de travail et de participation.
Les élèves sont acteurs de leurs apprentissages dans tous leurs aspects : cognitifs, émotionnels, sociaux. Ce facteur renvoie au sentiment d’entraide, d’aide, de solidarité, de résilience.
5. La coéducation. Ce facteur renvoie à la confiance que peut avoir l’enfant dans les adultes qui l’entourent. Si ces adultes trouvent un terrain d’entente et arrivent à concevoir une alliance éducative autour de l’enfant, celui-ci ne se trouvera pas en conflit de loyauté entre ses parents et ses enseignants. La coéducation permet de développer le sentiment de confiance en soi chez l’enfant.
6. Les pratiques partenariales. Les adultes, au-delà des personnels éducatifs et des parents, qui s’occupent de l’enfant, de son quartier, sont des acteurs qui contribuent à la qualité du climat scolaire. Des pratiques partenariales de qualité garantissent un bon climat scolaire et diminuent le risque de développement d’un conflit de loyauté pour l’enfant entre son lieu de vie et l’école.
7. La qualité de vie à l’école. Ce facteur renvoie aussi bien au cadre de vie (bâtiment scolaire), qu’à la qualité de l’accueil ou encore à la convivialité scolaire.
Acteurs
Délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire (depuis 2013)
-> promeut une politique de prévention active -> accompagne les acteurs
-> observe les pratiques
-> recueille nombre d’expériences de terrain et propose des solutions concrètes Lien avec le
métier de CPE
- Détecter les signes de victimation : vigilance sur les relations entre élèves et attention particulière à la parole des élèves et à ce qui se joue entre eux.
Ce qu’il faut retenir
- lien entre victimation et climat scolaire > vision du climat scolaire par les élèves victimes de harcèlement (1 sur 10 au cycle 3 et au collège) directement corrélée au nombre de victimations (insultes, coups, cyberviolence, racket, violences à caractère sexuel, etc.) subies : plus le nombre croît, plus la perception du climat scolaire est dégradée.
- ce qui se passe dans la classe est surdéterminant > le climat de classe façonne le climat scolaire.
- la chercheuse finlandaise Sanna Herkama insiste sur l'interaction entre climat de classe et climat d’établissement.
L’action de l’enseignant dans sa classe a un impact important sur le climat scolaire. Le climat de classe explique 80%
le climat scolaire. Ensuite seulement, l’école à un impact mais bien moindre (l’effet établissement), puis enfin l’environnement.
- ne pas confondre climat scolaire et sécurité scolaire.