LA CULTURE EN NOUVELLE-AQUITAINE
Numéro 81 AVRIL 2021
Gratuit
JUNK PAGE CHAUD COMME L A BR AISE
Visuel de couverture :
« Quartiers d’hiver », Lucie Jean, 2015.
dans le cadre de la 30e édition du festival Itinéraires des photographes voyageurs, Bordeaux (33), à venir cet automne si Bachelot, Castex et Véran disent oui…
www.itiphoto.com www.lucie-jean.com
© Lucie Jean
JUNKPAGE est une publication d’Évidence Éditions ; SARL au capital de 1 000 €, 32, place Pey-Berland, 33 000 Bordeaux, immatriculation : 791 986 797, RCS Bordeaux.
Tirage : 22 000 exemplaires.
Direction de la publication et rédaction en chef : Vincent Filet / Secrétaire de rédaction : Marc A. Bertin [email protected] / Direction artistique & design : Franck Tallon [email protected] / Assistantes : Emmanuelle March, Isabelle Minbielle / Publicité : Claire Gariteai 07 83 72 77 72 [email protected]/ Administration : Julie Ancelin 05 56 52 25 05 [email protected]/
Ont contribué à ce numéro : Didier Arnaudet, Julien d’Abrigeon, Marc A. Bertin, Laurent Bigarella, Henry Clemens, Séréna Evely, Benoît Hermet, Anna Maisonneuve, Olivier Pène, Stéphanie Pichon, José Ruiz, Nicolas Trespallé / Stagiaire : Maélys Lefeuvre / Correction : Fanny Soubiran
Fondateurs et associés : Christelle Cazaubon, Serge Demidoff, Vincent Filet, Alain Lawless et Franck Tallon.
Impression : Roularta Printing. Papier issu des forêts gérées durablement (PEFC) / Dépôt légal à parution - ISSN 2268-6126
L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellés des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays, toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles sont interdits et donnent lieu à des sanctions pénales. Ne pas jeter sur la voie publique.
SOMMAIRE
6 LE BLOC-NOTES 8 PHOTOGRAPHIE 10 EN BREF
12 MUSIQUES
14 SCÈNES 18 EXPOSITIONS 20 JEUNE PUBLIC 22 LITTÉRATURE
26 GASTRONOMIE 28 ENTRETIEN 30 CARTE BLANCHE REVUE FAR OUEST HERVE BOURHIS
Avec Le Labo, uchronie fantasque réécrivant les débuts épiques de l’informatique, le scénariste revient sur la résistible ascension et plantade de la franchouille tech.
MICHEL GOUDARD
Contraint à l’arrêt, le magnat
limougeaud de la musique, de l’humour et du spectacle jeune public attend-t-il des jours meilleurs ?
DIDIER ESTÈBE
Zéro concert avant 2022.
Que faire ? Le directeur du Krakatoa, SMAC de Mérignac, en Gironde, prend le temps de la réflexion.
ALAIN ROUSSET
En attendant Godot, seules les
collectivités locales sont au chevet de la culture. Le Président de la région Nouvelle-Aquitaine dresse le bilan d’une année singulière.
Ultime refuge des arts de la scène, les écoles, collèges et lycées, deviennent un terrain de jeu des compagnies. Les enfants en redemandent.
LITTÉRATURE
SCÈNES MUSIQUES
ENTRETIEN JEUNE PUBLIC
P 22
P 12
P 14
P 28
P 20
JUNKPAGE 81 / AVRIL 2021 3
Prochain numéro le 29 avril
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Inclus les suppléments Astre 2021 proposé par la rédaction du journal JUNKPAGE et diffusé dans l’édition datée avril 2021.
© Nicolas Pulcrano
© Laurent Wangermez
© Laureline Grel © Hervé Bourhis © Région Nouvelle-Aquitaine Olivier Panier des Touches
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LE BLOC-NOTES
de Jean-Michel ExaspéréNon essentiel. Non essentiel. Non essentiel.
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Enfoncez-vous ça dans la tête !
CARTE BLANCHE
à Léa MurawiecÉDITO
LA PHOTOGRAPHE
Valérie SixAuteure-photographe basée à Bordeaux, Valérie Six utilise la rue comme décor pour composer des scènes énigmatiques, projections de son regard mi-amusé mi- interrogateur sur nos vies modernes.
Lauréate et finaliste de nombreux prix, ses images ont été exposées dans le monde entier et publiées dans de nombreux magazines (Réponses photo, Eyeshot, Fisheye…) et livres de photographies. Lauréate de la résidence d’artiste Women Street
Photographers à New York en 2019, elle a présenté une sélection de son travail réalisé dans ce cadre lors d’une exposition individuelle à la galerie Artspace PS 109 de NYC.
Tout récemment, sa série « Compli-cities » a été éditée par Bump Books, photo-zine dédié à la photo de rue ; et son image « Curtain on a thought », exposée à New York fin 2020, a fait l’objet d’une parution dans le livre Women Street Photographers, publié en mars 2021 aux éditions Prestel.
www.valeriesix.com
www.instagram.com/valeriesixlouis/
www.facebook.com/valerie.six.35
Les deux publications citées ci-dessus sont disponibles à L’Ascenseur Végétal.
L’Ascenseur Végétal, 20, rue Bouquière, 33000 Bordeaux.
Du mardi au samedi de 11h à 19h.
www.ascenseurvegetal.com
PHOTOGRAPHIE
Curtain on a thought de la série « Shades of thoughts »
Claude Closky Stalker
Xavier Veilhan Élisabeth Ballet Michel François Melik Ohanian
Ilya et Emilia Kabakov Antoine Dorotte
Daniel Dewar et Grégory Gicquel Pascal Convert
Cécile Beau et Nicolas Montgermont Suzanne Treister
Clémence Van Lunen Bettina Samson
Stéphane Carricondo
bordeaux-metropole.fr/l-art-dans-la-ville
Initiez-vous à l’art contemporain avec les œuvres à ciel ouvert de Bordeaux Métropole.
16 œuvres et 5 parcours à découvrir
L’art dans la ville
FR • EN • ES
Livret de parcours-découvertes
disponible auprès de l’Office de tourisme, ou à l’Hôtel de Bordeaux Métropole.
GRATUIT
L’art dans la ville
DEMANDEZ LE GUIDE !
EN BREF
SALON
RÉSISTER
Avec plus de 30 ans d’existence, Lire à Limoges imagine une formule inédite qui s’étend sur sept jours, du 3 au 9 mai. Une semaine placée sous le signe de la lecture et l’occasion de profiter de rencontres privilégiées, d’animations ou d’ateliers gratuits avec plus de deux cents auteurs ! La place de la République sera au cœur des événements puisqu’elle accueillera des stands revisités où les auteurs pourront rencontrer leurs lecteurs lors de séances de dédicaces, avec le soutien des libraires complices et des maisons d’édition locales. Thème central des rencontres : « Les Résistances ».
Le tout sous la présidence de la romancière Agnès Martin-Lugand.
Lire à Limoges,
du lundi 3 au dimanche 9 mai, Limoges (87).
lire.limoges.fr
LIVRE
PATRIMOINE
Depuis 2017, dans le cadre d’un partenariat via le service du Patrimoine et de l’Inventaire, le Conseil régional de Nouvelle- Aquitaine accompagne une étude consacrée au patrimoine artisanal et industriel du parc naturel régional Périgord-Limousin. Cette campagne d’inventaire a donné lieu au repérage de près de 600 sites et à une étude plus approfondie menée sur 200 d’entre eux. Aujourd’hui achevée, cette étude fait l’objet d’une publication – PNR Périgord- Limousin : Patrimoine industriel et artisanal – dans la collection régionale « Visages du patrimoine » aux éditions du Festin.
PNR Périgord-Limousin :
Patrimoine industriel et artisanal Le Festin, collection « Visages du patrimoine »
www.lefestin.net
LIVRE
MÉMOIRES
Chahuts annonce la publication, le 14 mai, de l’ouvrage Empreintes de Rachid Akbal et Laetitia Vassal. Sur une commande du festival bordelais des arts de la parole, Rachid Akbal, le raconteur d’histoires, et Laetitia Vassal, la dessinatrice, sont allés à la rencontre des anciens combattants marocains de la résidence Mohamed Mechti. Soldats de l’armée française des colonies, puis obligés de rester vivre à Bordeaux six mois dans l’année pour percevoir leur pension de guerre, ces anciens combattants ont partagé un peu de leur vie avec eux.
www.chahuts.net/empreintes/
ART CONTEMPORAIN
VIVANT
Du 7 août au 31 octobre, La Littorale, biennale internationale d’art contemporain Anglet-Côte basque, présente « L’Écume des vivants », un parcours artistique confié à Lauranne Germond, co-fondatrice de COAL, collectif agissant pour l’émergence d’une nouvelle culture de l’écologie et de la nature.
Cette 8e édition se propose de réveiller nos sens et de remuer nos consciences en nous rappelant notre condition de vivants parmi le vivant.
Chaque artiste y célèbre la vie et le mouvement, la poésie et le vivant, dans un monde anthropisé. Ils sont onze, invités à se confronter à l’océan au regard de leur intérêt pour les enjeux écologiques.
La Littorale–Biennale
internationale art contemporain Anglet-Côte basque,
du samedi 7 août au dimanche 31 octobre, Anglet (64).
MUSIQUES
RÉCITAL
L’association MKP-MusiK à Pile et le Château Prieuré-Marquet unissent leurs savoir-faire le temps d’une soirée pas comme les autres :
« MusiK à Pile Wine Notes #1 ».
Rendez-vous vendredi 7 mai, au château, pour un moment d’émotion à partager dans un lieu remarquable, papilles et oreilles en alchimie, où musique et vin se répondent. C’est la chanteuse Yseult, promesse du paysage musical français, qui nous embarquera pour un concert piano- voix. Une voix intense, des textes bouleversants pour une parenthèse unique, pour un lieu magique avec la révélation Nouvelle Star 2014.
Yseult, vendredi 7 mai,
Château Prieuré-Marquet, Lieu-dit Marquette, Saint-Martin-du-Bois (33) www.musikapile.fr www.prieure-marquet.com
THÉÂTRE
SUR PLACE
Avec « Livraison de spectacles à domicile », nouvelle manifestation dédiée aux artistes de la saison 20/21, le Théâtre de l’Union, à Limoges, propose des alternatives à la place de sa programmation initiale, s’invitant chez vous en petit comité, dans l’espace public, dans des établissements scolaires… À venir Les Noces de Samira Sedira, mise en scène de Jeanne Desoubeaux, par la compagnie Maurice et les autres, du 26 au 29 avril. Puis, Plumés, un spectacle de Romain Bertrand, par la compagnie Le Bastion de l’âme, du 21 mai au 13 juin.
« Livraison de spectacles
à domicile », Théâtre de l’Union–Centre dramatique national du Limousin, Limoges (87)
www.theatre-union.fr
LECTURE
HONORER
Car la lecture fait partie des axes majeurs de la politique culturelle de la Ville de Pessac, la médiathèque Jacques Ellul propose trois prix des lecteurs de la Ville de Pessac : prix des jeunes lecteurs (9-11 ans) catégorie albums ; prix des lecteurs adultes catégorie romans étrangers 2021 ; prix des lecteurs adultes catégorie romans français 2021.
Les conditions de participation sont les suivantes : avoir entre 9 et 11 ans ou plus de 18 ans (selon le prix) ; s’engager à lire les 5 ouvrages de la sélection avant le 3 juillet 2021 ; voter pour son titre préféré.
La sélection a été effectuée parmi les nouveautés de la rentrée littéraire de septembre 2020.
Médiathèque Jacques-Ellul 05 57 93 67 00
[email protected] Kiosque culture & tourisme 05 57 93 65 40
EXPOSITION
DESIGNS
Nul poisson, la Fondation d’entreprise Martell rouvre le 1er avril avec deux expositions ! À travers « Beauty », Stefan Sagmeister et Jessica Walsh font un plaidoyer immersif et interactif, très sensoriel, pour prendre plaisir face à la beauté. L’exposition active tous les sens et démontre clairement que la beauté est plus qu’une simple stratégie superficielle.
« Places to Be », elle, convie 14 designers internationaux dans une maison composée de 11 pièces juxtaposées, vaste jeu de Cluedo à échelle humaine. Chaque pièce étant confiée à un designer qui l’a rendue habitable et utilisable par les visiteurs et potentiels occupants.
« Beauty » et « Places to Be », du jeudi 1er avril au vendredi 31 décembre, Fondation d’entreprise Martell,
Cognac (16).
www.fondationdentreprisemartell.com
D. R.
Samira Sedira
© Thibault Theodore
© iStock D. R.Thiviers chaîne de concassage
© Pauline Darley
Agnès Martin-Lugand
© C.K. Mariot
Installation de Yuan Yuan, « Places to be »
© Guillaume Ségur
Séverine Hubard, Portrait de famille. Photomontage préparatoire
© Rachid Akbal et Laetitia Vassal
www.laboriejazz.fr
ROUGE
ROUGE « DERRIÈRE LES PAUPIÈRES »
SORTIE
16
AVRIL 16
AVRIL 2021 2021
SIMON DENIZART
SIMON DENIZART « NOMAD »
SORTIE
23
AVRIL 23
AVRIL 2021 2021
LIONESS SHAPE
LIONESS SHAPE « IMPERMANENCE »
SORTIE
MAI 77
2021 MAI 2021
ÉRIC SÉVA - TRIPLE ROOTS ÉRIC SÉVA - TRIPLE ROOTS
« RÉSONANCES »
SORTIE
14 14 MAI MAI 2021 2021 ART CONTEMPORAIN
GRAPHITE
Pour ce 6e chapitre EPHEMERA, qui marque également la première année du projet, le Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne - château de Rochechouart a convié la dessinatrice Louise Aleksiejew.
L’artiste a produit cinq dessins à compléter, en valeurs de gris, et donnant la part belle au langage, en écho à l’intérêt du musée pour la poésie graphique. De manière générale, et au titre de ce projet inédit, l’artiste s’est intéressée à la relation de la phrase à l’image.
En donnant des titres à des couvertures vierges, elle nous propose un exercice sur l’imaginaire et la fiction.
« Ephemera », Louise Aleksiejew, jusqu’au lundi 31 mai,
Musée d’art contemporain de la Haute- Vienne - château de Rochechouart, Rochechouart (87).
www.musee-rochechouart.com
PATRIMOINE
DIALOGUES
Né de la collaboration entre Abbatia, le réseau d’abbayes de Nouvelle- Aquitaine, et le Fonds régional d’art contemporain Poitou-Charentes, l’exposition événement « GR 2021 » propose un circuit de visites inédit entre 7 monuments historiques, dont 1 site classé à l’UNESCO, répartis dans 4 départements, accueillant en leurs murs 90 œuvres de 58 artistes contemporains. Cette invitation à déambuler en Nouvelle-Aquitaine jusqu’en juillet répond avec force au besoin actuel d’évasion, de culture et de beauté. Comme un itinéraire bis où 1 000 ans d’histoire éclairés par l’art.
« GR 2021 »,
jusqu’au samedi 31 juillet.
abbatia.eu
www.frac-poitou-charentes.org
LIVRE
CÉLÉBRER
Le 24 avril, plus de 480 libraires se mobilisent en France, en Belgique, au Luxembourg et en Suisse francophone pour la 23e édition de la Fête de la Librairie par les libraires indépendants. À cette occasion, un livre tiré à 25 000 exemplaires sera offert aux clients des librairies participantes tout au long de la journée. Que vive la loi unique du prix du livre ! célèbre les quarante ans de la loi Lang, promulguée le 10 août 1981, qui a instauré dans toute la France la vente des livres neufs à l’unique prix fixé par l’éditeur. Cet ouvrage a été pensé comme une librairie, avec plusieurs entrées et différents collaborateurs.
Fête de la Librairie, samedi 24 avril.
CIRQUE
MUTATIONS
2021, année du changement à Nexon ! Le Sirque - Pôle national cirque ouvre son nouveau vaisseau-chapiteau et imagine un nouveau festival estival, semblable et différent, Multi-Pistes, sous-titré « cirque contemporain, musiques actuelles et arts visuels », qui succède à La Route du Sirque, festival de cirque contemporain né en 2001. La nouvelle saison s’ouvrira du 6 au 16 mai, lors d’une dizaine de jours imaginés pour faire découvrir les rendez-vous de la programmation 2021, présenter les artistes qui la traversent et partager avec spectacles, ateliers et surprises artistiques.
Ré-ouverture,
du jeudi 6 au dimanche 16 mai, Le Sirque - Pôle national cirque à Nexon en Nouvelle-Aquitaine, Nexon (87).
lesirque.com
© Gcom © Nexon
© Louise Aleksiejew
Chapeau-bateau, 2021
Abbaye de Saint-Savin
L’ORDINAIRE, LE NORMAL
ET L’INACCESSIBLE
En mars 2020, il n’y a pas eu de fête d’anniversaire pour les 30 ans du Krakatoa.
L’avez-vous digéré ou la pilule a-t-elle encore du mal à passer ?
Historiquement, nous avons pour habitude de marquer toutes les années en 5 et en 10, précisément le 17 mars en souvenir du premier concert tenu ici le 17 mars 1990. La fête devait donc se tenir le 17 mars 2020, mais, le funeste vendredi 13 mars, alors que le concert de Tindersticks devait se tenir au Krakatoa, nous avons reçu l’ordre d’annuler
non seulement l’événement mais aussi le reste de notre saison puisque le premier confinement a débuté officiellement le 17 mars 2020. Un joli cadeau…
Alors, oui, c’est digéré car il y a des choses bien plus graves comme la gestion de la crise sanitaire. Nous avons simplement envie de repartir et certainement
pas envie de fêter les 31 ou les 32 ans. Nous visons donc les 35 ans.
Professionnellement, comment fait-on face à cette situation inédite ?
La fermeture a été synonyme de sidération.
Jamais le Krakatoa n’avait connu ça, y compris après les attentats du 13 novembre 2015, dont celui du Bataclan ! Puis, quand on est organisateur d’événements, il faut réagir immédiatement pour gérer ce qui est possible de l’être. Durant le premier confinement, j’ai d’abord réfléchi à la suite de Transrock [l’association à la tête du Krakatoa, NDLR].
Et comme beaucoup, l’équipe a découvert les joies du télétravail et des réunions sur Zoom.
Mon souci principal était de veiller au bien-être de toute l’équipe tout en restant à l’écoute des événements. Dès le départ, nous étions face à une problématique sanitaire. L’ancien étudiant
en histoire en moi se rappelait que c’est n’est qu’une période à l’échelle d’une vie. J’ai aussi signé la lettre ouverte de la FEDELIMA et du SMA à destination du gouvernement.
Une salle de concerts peut-elle exister sans concerts ?
Si elle ne fait que de la diffusion, comme c’est le cas dans le secteur privé, cela n’a évidemment aucun sens. Pour une SMAC [Scène de musiques actuelles, label national délivré par le ministère
de la Culture, NDLR]
comme le Krakatoa, le problème ne se pose pas.
Nous menons d’autres actions et nos missions ne sauraient se résumer à organiser des concerts.
Tout ce travail « invisible », comme l’accompagnement et les ressources, est fondamental. Malgré les circonstances
exceptionnelles, ces volets peuvent perdurer et sont, quoi qu’il en soit, tout aussi importants que la diffusion. Ainsi avons-nous énormément consacré de temps aux musiciens en voie de professionnalisation.
Au dernier trimestre 2020, il n’y avait aucun chômage partiel dans l’équipe.
En période de crise sanitaire, comment une SMAC fait-elle pour assurer ses missions de médiation, maintenir son activité de pépinière, accueillir des résidences ? Pour ce qui est des interventions en milieu hospitalier, c’est suspension temporaire.
Cependant, nos actions en la matière obéissent déjà à de fort rigoureux protocoles sanitaires ; on fait jouer des musiciens dans les unités des grands brûlés ou des enfants cancéreux. Pour le très jeune public, les 3 mois-3 ans, les jauges sont naturellement petites, de 12 à 30 bambins.
Donc, le format permet d’être toujours sur
ce terrain. En revanche, les interventions en milieu scolaire sont au bon vouloir des chefs d’établissement. Les résidences, elles, se font en l’absence de public, mais avec masques, distanciation physique, gestes barrières et système d’air renouvelé. Ces dernières ont été démultipliées car nous n’avons plus de concerts.
Nous avons également offert des tournages de clips. Tout ceci a pu avoir lieu grâce au maintien des subventions qui ont fait de 2020 une année à l’équilibre. Pour 2021, c’est pour l’instant l’instabilité.
Les concerts constituent une source de revenus grâce à la billetterie et au bar. Une économie non négligeable. Comment fait-on sans ?
Notre part d’autofinancement, situé à 62 %, se réalise via des recettes propres : les partenariats privés (SACEM, banque CIC, notre brasseur), la billetterie, le bar. Et même si nous n’avons pas dépensé grand-chose en 2020, notre chiffre d’affaires a dégringolé car nous n’avons eu que deux mois et demi d’activité.
Or, nous réinjectons sans cesse les excédents dans les concerts « découvertes ». Je rappelle que chaque année nous ne partons pas avec une ligne budgétaire dédiée à la diffusion.
Heureusement, le premier trimestre 2020 avait été positif. 2021 s’annonce donc plus dangereuse que 2020 avec toujours autant de missions.
La pandémie passée, les lieux de diffusion seront-ils toujours là ?
Du moins ceux aidés par les pouvoirs publics, titulaires d’une aide publique, et correctement gérés… Les lieux 100 % privés, c’est pas la même limonade. Pour le Krakatoa, au regard des niveaux d’intervention qui sont les nôtres, ça passera.
Entretien intégral à retrouver sur JUNKPAGE.FR
DIDIER ESTÈBE Inutile de rêver, il n’y aura pas de concerts avant 2022.
Et encore. Or, que fait un lieu de diffusion d’ici-là ? Le directeur du Krakatoa, SMAC de Mérignac, en Gironde, prend le temps de la réflexion. Avant de repartir au charbon.
Propos recueillis par Tulsa McLean
& Vincent Filet
MUSIQUES
« Nous menons d’autres actions et nos missions ne sauraient se résumer à organiser des concerts. »
© Laurent Wangermez
« Depuis l’ouverture, la clientèle est contente de pouvoir renouer un lien social à travers la musique. » À peine quelques semaines passées qu’Erwan Clermont, gérant de l’enseigne, se réjouit. Selon lui, la ville était prête. Il ose même la comparaison à Amsterdam, avec en ligne de mire l’iconique Rush Hour, disquaire de référence en Europe.
À qui s’étonnerait de voir, à l’heure du succès de Discogs [la plateforme en ligne de vente de vinyls d’occasion, qui a battu ses records de chiffres d’affaires en 2020, NDLR] et de l’hégémonie des algorithmes de recommandations musicales, le choix d’une boutique à l’ancienne, on préfère, ici, parler de complémentarité. « Le public a besoin
de l’expérience “disquaire”. Se perdre dans les références, découvrir de nouveaux sons. Si on aime vraiment la musique, un algorithme ne rassasiera jamais ! »
Gimme Sound propose principalement de la
« seconde main », qui constitue environ 70 % du stock. L’intégralité des références venant, elle, de labels indépendants. Au-delà d’un commerce, Erwan Clermont envisage son magasin comme un lieu de vie et de rencontres intergénérationnelles, mais également tel un espace au service des artistes locaux. « Bordeaux est le genre de réceptacle idéal pour ce projet », confie-t-il, particulièrement enthousiaste face à l’état de scène électronique locale.
À terme, il envisage de faire de son projet une véritable plateforme pour ces artistes, avec un service de distribution internationale. Au point de placer Bordeaux – comme Rush Hour le fit jadis pour Amsterdam – sur la carte des cultures électroniques européennes ? Laurent Bigarella Gimme Sound
25, rue Piliers-de-Tutelle, 33000 Bordeaux
Ouvert du mardi au vendredi 10h30-18h, samedi 11h30-18h, dimanche 14h-18h
www.facebook.com/gimmesoundbdx/?ref=page_internal www.instagram.com/gimmesound/?hl=fr
USED VINYL
GIMME SOUND Ce nouveau magasin de disques, spécialisé dans les musiques électroniques et récemment implanté à Bordeaux, fait le pari de l’occasion.
D. R.
SCÈNES
LE FLOU, C’EST FOU !
Comment allez-vous ?
J’ai l’impression que l’on a voulu me faire goûter à la préretraite. Je suis quelqu’un qui se ronge les sangs lorsque je me sais coupable d’une faute. Là, je mets le masque, prends toutes les précautions, distanciation et le reste…
je javellise mon bain, je ne peux pas être porteur de ce virus. J’essaie de ne pas commettre de fautes, je râle sur ceux qui m’approchent de trop près ou ne portent pas de masque. J’attends donc que ça se passe. Et comme il faut une carotte, j’ai imaginé Les Fous Rires de Bordeaux, un événement initié en 2017, et que je reporte une nouvelle fois. La 5e édition est annulée, et j’ai devant moi le dossier de la 6e, en 2022. C’est ma carotte, je travaille pour 2022 en espérant que nous aurons d’autres choses d’ici là.
Et le petit commerce ?
En plus d’avoir des projets, le carnet de commandes est complet. Nous avons 300 spectacles en attente ! Avec la
problématique suivante : quand je fais un pas en avant, ils font deux pas en arrière. Bon, on finira par se rejoindre. Le spectacle vivant sur scène existe depuis l’Antiquité. Il est constitutif de l’ADN de l’humanité. Jamais des écrans ou des expériences plus ou moins fantaisistes ne remplaceront ce besoin d’être ensemble, d’aller à la rencontre des artistes qui apportent du bonheur, du bien-être, de la réflexion, du partage. L’être humain est ainsi : nullement fait pour vivre seul dans son coin. Il vit en troupeau.
Tout ça reprendra vie. Un jour…
La crise sanitaire touche tous les domaines de la vie culturelle, à tous les échelons.
Cela a-t-il créé une forme de grande famille, solidaire, dans ce monde-là ?
Avec les artistes, honnêtement, pas forcément.
Mais entre organisateurs, gestionnaires de salle, intermittents du spectacle et toutes les sociétés de prestation de service, services de communication, etc., il y a désormais des appels téléphoniques qui n’existaient pas avant.
On s’appelle pour prendre des nouvelles ; une relation plus intime s’est installée. On ne parle plus seulement de boulot. Parmi les artistes émergents, on se pose cependant la question du
« faire autre chose ». Il y a de la lassitude chez
certains jeunes qui savent que les places sont dures à gagner. Ils pensaient leur heure venue et se disent maintenant que celle-ci est passée.
Comment allez-vous vous relever de tout ça ?
Nous sommes en sommeil, mais pas KO ! La perte en billetterie s’élève à 90 %. Le public constate que le spectacle passe de report en report, donc il attend une situation plus sereine pour acheter des billets.
L’ennui, c’est que l’on programme pour beaucoup plus tard…
mais tout finira bien par rentrer dans l’ordre.
Avec Box Office, nous maintenons un petit service pour expliquer ce qui se passe aux clients. Car la reprise sera progressive mais violente, et il y aura beaucoup de choses à faire pour reprendre
d’une manière efficace. Nous aiguisons nos outils de communication pour être présents sur le terrain le jour J. Aujourd’hui, l’état des lieux est dramatique, nous n’avons aucune visibilité, quelles que soient les annonces du gouvernement. Les festivals d’été, avec la jauge à 5 000, n’ont aucun décret d’encadrement.
Ce sont des mots sans rien derrière. En outre, faire un festival sans les recettes annexes, qui sont la clé d’un équilibre financier, c’est la certitude que le festival ne se relèvera pas.
Ça crée un énorme trouble dans le public qui s’imagine que les spectacles vont reprendre comme avant. À notre niveau, nous nous posons beaucoup de questions sur nos 5 spectacles aux Arènes de Bayonne, cet été, parce qu’il n’y a aucun cadre économique dans lequel nous pourrions faire ces spectacles en jauge réduite.
On ne va pas mettre en difficulté nos structures avec des déficits abyssaux. On sait faire. On veut bien faire. Or, les conditions ne sont expliquées nulle part.
Pensez-vous que les expériences – a priori concluantes – de concerts dans
un protocole très strict constitueraient une piste ?
En janvier, j’avais évoqué la trentaine de petits théâtres de Bordeaux, de 90 à 300 places.
Pourquoi ne leur permet-on pas de rouvrir avec toutes les précautions sanitaires ? Il n’est pas plus dangereux de se retrouver à 90 personnes en jauge Covid à la Comédie Gallien par exemple, avec une file d’attente séparant chaque personne par 1 mètre de distance, les
90 personnes vont entrer en trois quarts d’heure, ça ne fait pas une foule très dense ! Certainement beaucoup moins dense que les foules qui se croisent dans la rue Sainte- Catherine ou sur les quais de Bordeaux. On pourrait tenter ce type d’expérimentation avec un protocole très strict, une entrée, une sortie, on ne se croise pas…
Cela permettrait que ces petits lieux aient une économie, que des artistes émergents puissent présenter leur travail à un public qui viendrait peut-être les voir, alors qu’en temps normal, l’abondance des spectacles les rend invisibles.
Ce modèle permettrait à ce microcosme de la culture émergente de donner le jour à la culture de demain. Pour la plupart, les débuts ont lieu devant 25 spectateurs. Pourquoi ne pas permettre ces expérimentations-là ? La réflexion du gouvernement a toujours porté sur la possibilité de faire des grands festivals, debout, avec des gens dans des carrés, ou dans des bulles. On part tout de suite dans des propositions qui n’ont aucune contingence de réalité, de pieds sur terre. Notre métier souffre de ce que personne ne le connaît, et c’est dramatique. Les institutionnels n’ont qu’une connaissance restreinte du métier : celle du secteur associatif subventionné qui répond à des règles économiques complètement différentes des nôtres. Il pourrait se permettre des expériences de cette nature. La première chose à faire serait de nous éviter de rester dans le flou. Le flou rend fou.
MICHEL GOUDARD
Organisateur, producteur et commercialisateur de spectacles, via ses sociétés Euterpe,
Alhambra et Box Office, le magnat limougeaud couvre toute la chaîne de la musique, de l’humour et du spectacle jeune public. Or, cette dernière est à l’arrêt depuis un an.
En attendant des jours meilleurs ?
Propos recueillis par José Ruiz
« Il y a de la lassitude chez certains jeunes qui savent que les places sont dures à gagner.
Ils pensaient leur heure venue et se disent
maintenant que celle-ci est passée. »
© Nicolas Pulcrano
BOESNER
Bordeaux 3000m 2
Galerie Tatry, 170 cours du Médoc, 33 300 BORDEAUX
Tél. : 05 57 19 94 19, [email protected],
Du lundi au samedi de 10h à 19h.
Parking gratuit et couvert.
Tram C Grand Parc
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ÉCLOSIONS
DE PENSÉES
La newsletter du Carré-Colonnes qui tombe dans la boîte mail, c’est un jaune éclatant qui annonce les spectacles à venir. Sauf en ce mois de mars, où le vert tendre a pris le dessus. Le printemps sera potager, fait de semis, de graines poétiques et de balades artistico-philosophiques. « Il y a un besoin de se retrouver, de se faire du bien », annonce Sylvie Violan. « De célébrer le vivant aussi ; et pas que le spectacle ! » Dès la mi-mai, la scène nationale de Saint-Médard-en-Jalles inventera des dimanches matin en plein air, où dialogueront artistes et penseurs, le temps d’une randonnée.
La proposition s’est construite en collaboration avec Sophie Geoffrion, membre du conseil scientifique du festival Philosophia de Saint- Émilion, autour de thématiques écologiques.
Lien avec le public
Cette période de crise sanitaire, qui a fait le vide sur les scènes et dans les salles, serait-elle plus propice à ouvrir des espaces réflexifs ? Pas forcément, répondent les programmateurs.
Mais cela a accéléré la visibilité de ces expériences. La Mégisserie de Saint-Junien a
ainsi bâti tout son projet, depuis dix ans, autour du politique, du poétique et de l’éducation populaire. Son compagnonnage avec un artiste de grande lenteur, le compositeur Jean-Pierre Seyvos, a semé depuis six ans un réseau de confiance avec les habitants et le territoire, qui permet de nombreux projets participatifs, dont le dernier, porté par le Consortium Où atterrir et S-composition, deux collectifs en résidence à la Mégisserie, et mené par le philosophe à succès Bruno Latour. Un cycle d’un an d’ateliers et de résidences où se croisent habitants, artistes, urbanistes, philosophes, anthropologues.
À L’empreinte, scène nationale de Brive et Tulle, les deux directeurs Nicolas Blanc et Nathalie Besançon n’ont pas non plus attendu la crise pour confier depuis deux saisons à leur artiste associée, la dramaturge et universitaire Barbara Métais-Chastanier, une série de tribunes et invitations à des penseurs de notre temps. Cette année la thématique aborde la question des solutions et alternatives : « Quels mondes oser ? Quels mondes bâtir ? »
Ces incursions des penseurs dans les lieux culturels constituent aussi, en pleine fermeture,
une manière d’entretenir les liens avec le public, qu’il soit habitué à aller au théâtre… ou pas ! En présence, ou virtuellement. Ainsi les dernières tribunes de L’empreinte ont eu lieu en ligne, réunissant plus d’une quarantaine de personnes. Olivier Couqueberg, directeur de La Mégisserie, défend lui « une programmation presque sans écran ! », imaginant des
propositions en extérieur ou en petit comité.
À La Manufacture CDCN, lieu du corps par excellence, le lien avec le public et les artistes a été entretenu depuis le premier confinement par un projet en ligne : Danse on Air, précipité thématique de culture chorégraphique, multipliant les supports – vidéos, sons, ateliers en ligne, articles – dans un mélange de productions maison (podcasts, vidéos) et d’exhumation d’archives existantes. Devant le succès rencontré et les retours de spectateurs, le pari du numérique semble avoir fonctionné.
Savoir horizontal
Autre signe des temps, le format conférence un brin vertical n’est plus de mise. La matière intellectuelle brassée par les théâtres et lieux
Derrière les portes fermées des théâtres, les artistes sont au travail comme jamais, les équipes au bord de la crise de nerfs à force d’inventer des scénarios B, C et D. Et le public ? Il est de plus en plus invité à venir réfléchir au monde tel qu’il déraille, tel qu’il se rêve, aux côtés de penseurs et d’artistes. Comme si la crise sanitaire, en stoppant net les programmations, avait ouvert un espace-temps pour penser ensemble un monde déboussolé.
SCÈNES
© Nicola s Laureau
culturels s’aborde le plus concrètement possible, dans un dialogue horizontal avec les participants. Olivier Couqueberg décrit ainsi le projet Où atterrir ? :
« Ça n’est pas une conférence, mais un système où la démarche philosophique est spatialisée, dans une matérialisation des forces en présence. Chacun se place autour d’une boussole dessinée au sol et répond à des questions très concrètes :
“De quoi dépendons-nous ?” “Qu’est-ce qui est essentiel ?” Parfois on chante ensemble, on danse ensemble. » Mariella Grillo, secrétaire générale du lieu, défend l’approche de Bruno Latour du politique par le sensible. « Cette manière de faire nous bouleverse dans nos sens et notre chair. Cela ouvre des béances à l’intérieur desquelles l’esprit s’engouffre et peut mijoter autrement. » Plus d’une centaine de personnes ont été associées à ce projet depuis l’automne 2020. De cette lente infusion collective surgira un objet artistico- politique aux contours expérimentaux imprévisibles, à découvrir fin avril, si les restrictions sont levées.
Dans les Tribunes de L’empreinte, travaillées avec l’association locale Peuple et culture, « les positions sont parfois très divergentes, mais c’est un vrai lieu de débat où circule la parole, ça n’est pas du tout vertical », témoigne Nathalie Besançon. Pas question non plus à La Manufacture de produire un outil « académique ou universitaire.
Nous revendiquons un objet produit dans l’instant et le vivant de la création, de manière décomplexée », indique la directrice déléguée Lise Saladain, qui pense d’ores et déjà à des manières d’inviter spectateurs et habitants à y participer activement.
Quant à Sylvie Violan, elle voit même dans ce frottement avec la philosophie un effet thérapeutique : « On a pensé que la philosophie pouvait être un recours, dans une période difficile où beaucoup de gens sont déprimés et se posent des questions existentielles. L’idée n’est pas de proposer des rendez-vous purement
intellectuels, mais bien d’installer un espace où chacun puisse problématiser ce qu’il ressent. »
Pour tous, ces projets n’en sont qu’au début. « On ne fait pas ça par dépit, mais bien pour expérimenter des choses qui vont alimenter la suite, ça n’est qu’un début ! », témoigne la directrice du Carré-Colonnes. La Manufacture ouvrira bientôt un site dédié à Danse on Air. La scène nationale corrézienne réfléchit déjà à sa prochaine saison de Tribunes, et prévoit aussi à l’automne un temps fort, État Général. Fruit de réflexions « autour de l’empreinte » entre artistes, équipes et public, il s’agit depuis un an de repenser une éthique de la relation dans les lieux culturels, plus que malmenée par la crise. « En étant empêchés de programmer, on a eu le risque de perdre le sens de notre travail au quotidien », témoigne Nicolas Blanc. « Avec cet espace de réflexion, on a pu prendre du recul et redonner du sens. C’est important de trouver des pistes qui nous permettent d’atterrir. » Stéphanie Pichon
« L’autonomie énergétique :
au-delà de la technique, un processus d’émancipation ? »,
avec Fanny Lopez, historienne,
mardi 6 avril, 18h30, en ligne sur inscription, L’empreinte, Brive-la-Gaillarde et Tulle (23).
sn-lempreinte.fr
Danse on Air, tous les mois,
La Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux (33) et La Rochelle (17).
www.danseonair.com Consortium Où atterrir – S-composition, sortie publique, samedi 24 et dimanche 25 avril, La Mégisserie, Saint-Junien (87).
la-megisserie.fr
Balades philosophiques et artistiques, de la mi-mai à fin juin, les dimanche matin, Carré-Colonnes, Saint-Médard-en-Jalles et Blanquefort (33).
www.carrecolonnes.fr
© Nicola s Laureau
EXPOSITIONS
DANS LES GALERIES
par Anne Maisonneuve, Didier Arnaudet et Robert Val
DANS UN MOUCHOIR DE POCHE
Enjeu d’un terrible combat entre anciens et modernes, le mouchoir en tissu est à l’honneur à La Rochelle. Merveilleusement suranné, efficace et hygiénique, cet accessoire des plus formidables a tapé dans l’œil du plasticien Pierre-Alexis Deschamps : « Depuis que j’ai mis le nez dans le mouchoir, il m’est apparu comme un objet aux usages bien plus nombreux que le simple réceptacle de nos sécrétions…
Ne permet-il pas également de masquer sa voix au téléphone, d’effacer ses empreintes digitales, de bâillonner une personne, de transporter du tabac, des objets précieux ? ».
Sous la houlette de ce Lillois, la petite pièce de linge devient le support de dessins signés par une centaine d’artistes d’ici et d’ailleurs, parmi lesquels : Pakito Bolino, Julie Gore, Jean- Christophe Menu, Moolinex, Tom de Pékin, Caroline Sury et Anne Van der Linden.
Tirés à une cinquantaine d’exemplaires avec des encres textiles à base aqueuse, imprimés à la main en sérigraphie à La Buanderie (Lille), les modèles de cette collection baptisée « Les plus beaux mouchoirs de Paris » s’exposent en compagnie de livres, d’épreuves sur papier et d’autres surprises.
« Snifff... C’est Beau ! », du vendredi 9 au samedi 24 avril, Atelier Bletterie, La Rochelle (17).
Entrée libre du mercredi au samedi de 13h à 18h.
www.atelierbletterie.fr
CROISEMENTS
Depuis le mois de janvier, l’association Le Second jeudi invite dans son nouvel espace d’exposition les artistes de la Villa Madeleine basée à Boucau, dont elle porte la direction artistique.
Doté de six espaces d’ateliers, ce lieu hybride, à la croisée de la maison bourgeoise et de la cité ouvrière, a été pensé comme un espace de production et d’expérimentations qui accueille, depuis fin 2019, la jeune création issue du territoire et des structures porteuses de projet d’art contemporain.
Après Franck Hoursiangou, Béranger Laymond et Guilhem Roubichou qui ont ouvert les festivités, Anne-Laure Garicoix et Elena Guerin, sans oublier Gregory Cuquel et Ludovic Zeller avec « Ses passions, ses désirs, ses rêves » qui s’est achevé en mars, c’est au tour d’Alizée Armet (artiste numérique diplômée de l’ESA des Rocailles) et d’Alexandre Deron (artiste peintre) de se prêter à l’exercice dans les murs de l’espace d’exposition de la Station V.
Pour ce quatrième volet, les deux résidents de la Villa Madeleine, où ils partagent le même atelier, proposent « Apparatus ». Ensemble, le duo croise leurs pièces qui hybrident les technologies portées par le désir dangereux de contrôler l’écosystème et interrogent les codes de la représentation classique.
« Apparatus », Alizée Armet & Alexandre Deron, du jeudi 8 au samedi 24 avril,
Station V, Bayonne (64).
www.lesecondjeudi.fr
DÉTONATIONS
Natif de Quimper, Corentin Fohlen découvre la photographie pendant ses études de bande dessinée à Bruxelles. Dès 2004, année où il s’installe à Paris, il couvre l’actualité française et internationale : guerre en Afghanistan, émeutes en banlieue parisienne, élection présidentielle en 2007, conflit au Nord-Kivu, révolution à Bangkok, révolutions arabes en Égypte et en Libye, famine dans la Corne de l’Afrique… avant de se concentrer sur des projets plus documentaires. Notamment sur Haïti qu’il découvre en 2010, deux ans avant le séisme, et où il est retourné à de nombreuses reprises.
Depuis, il s’est lancé dans un travail au long cours, montrant une autre image de cette île loin des poncifs misérabilistes souvent associés à celle-ci ; il y explore la richesse culturelle et humaine avec une réflexion sur les conséquences de la mainmise internationale.
« Du chaos surgit la poésie… Cette phrase résume les contradictions du petit pays Haïti.
Pour cette série de photographies et le livre qui l’accompagne, j’ai puisé dans mes archives : 10 ans que je voyage à travers toute l’île. Après 24 séjours, je connais (presque) les moindres recoins d’un pays si complexe à appréhender.
Mais c’est dans les images de villes que j’ai extrait des inédits jamais publiés. Haïti fascine par son histoire, mais aveugle par la flamboyance de ses couleurs. Elle est partout : un magma de teintes plongées dans l’encre de Chine, dilué le long des trottoirs, rampant le (temps) long des murs, soulignant par sa force l’appétit de vie des Haïtiens. “Only colored” est une déclaration faite à la richesse chromatique d’Haïti. »
« Only colored », Corentin Fohlen, jusqu’au dimanche 2 mai,
galerie L’Angle, Hendaye (64).
Rencontre avec l’artiste les 17 et 18 avril.
L’exposition est accompagnée de la présentation du livre éponyme édité chez Photopaper,
dans la collection Smallpaper - 2020.
www.langlephotos.fr
RAPIDO
Dans le cadre du festival ZERO1, l’Atelier Bletterie met en lumière à La Rochelle le robot à six pattes évoquant une grosse araignée mécanique de Fabien Zocco jusqu’au 4 avril. www.festivalzero1.com • En attendant la mise en ligne de son nouveau site, Documents d’artistes Nouvelle-Aquitaine propose une série d’entretiens filmés baptisée « archives/artistes » qui débute en compagnie des plasticiens Pierre-Lin Renié, Erwan Venn et Pierre Leguillon. Facebook : DDA.Aquitaine • Vous avez raté l’exposition « 40 ans & + » ? Pas de panique ! La Ville d’Anglet propose une visite virtuelle de cet accrochage qui a réuni 70 œuvres remarquables issues de sa collection d’art contemporain. www.anglet.fr/visite_virtuelle_expo • Du 28 au 30 avril, le FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine propose une diffusion en direct par livestream vidéo de l’exposition-expérience conçue par l’artiste David Legrand à Angoulême et intitulée « Habiter une collection, Une collection rêvée, Angoulême ».
www.twitch.tv/habiter_une_collection/schedule
NOUVELLE-AQUITAINE
La Buanderie x Ann Van Der Linden.
© Pierre-Alexis Deschamps © Alizée ArmetAlizée Armet
© Corentin Fohlen
EXUTOIRE
Nadia Russell a découvert le travail d’Ema Eygreteau en 2019, à l’occasion de la cinquième édition d’Organo, biennale des arts et du corps, où la plasticienne bordelaise présentait « Carnation végétale ».
Dans la foulée, la commissaire d’exposition lui propose d’investir sa galerie Tinbox Mobile.
« Je lui avais donné rendez-vous en 2020, commente ainsi la fondatrice de L’Agence Créative. L’œuvre d’Ema s’était retrouvée confinée place Camille-Jullian avec une esthétique qui ressemblait étrangement au SARS-CoV-2 vu au microscope. Une mise en abîme très étrange… »
Un an après, la pandémie est toujours d’actualité et un nouveau volet du projet d’Ema Eygreteau se dévoile durant la date anniversaire du premier confinement. À la croisée de la science et de l’art, sa proposition baptisée « Gossipium » (en référence à cette plante qui produit le coton) se déploie selon un procédé imitant la mise en culture cellulaire. Inspirée par l’observation de la forme structurelle des pollens, l’œuvre réunit sculptures textiles, objets du quotidien et dessins déterminés par une prolifération inquiétante et une expansion échappant à tout contrôle.
« Gossipium 5.0 », Ema Eygreteau, jusqu’au mardi 11 mai,
galerie Tinbox Mobile, place Saint-Projet, Bordeaux (33).
Visible 7j/7, 24h/24.
www.galerie-tinbox.com
DOUBLET BORDELAIS
Prenant pour point de départ le trait et la ligne, Carole Rivalin, plasticienne basée à Saint-Nazaire, déploie un ensemble d’œuvres à géométrie variable qui jouent avec l’espace, les plans, le volume, la surface, la profondeur et le spectre chromatique.
Invitée par Jean-Tristan Mottier, celle qui a notamment réalisé une œuvre pérenne pour le musée des Beaux-Arts de Rennes (Jenn, 2014) est au cœur d’une exposition en deux volets à découvrir dans deux lieux de Bordeaux.
Au sein de l’espace d’exposition Continuum, situé dans le quartier du Grand Parc, l’artiste diplômée de l’école des beaux-arts de Rennes en 1997 présente un ensemble de sérigraphies et de dessins quand la Vitrine Xhc, située place Stalingrad, met en lumière les restitutions d’ateliers menés auprès de jeunes du service d’hébergement des mineurs de l’association laïque Prado.
Le fruit de ce projet que l’artiste a conduit avec un petit groupe d’adolescents se présente comme une installation inédite dans laquelle des formes colorées et hybrides (au carrefour du cumulus, du pattern ondulé de Claude Viallat et du motif de camouflage militaire) embrassent une dimension mouvante et hypnotique.
Carole Rivalin, jusqu’au vendredi 16 avril, Vitrine Xhc, Bordeaux (33).
Visible 7j/7, 24h/24.
Continuum-Annexe B, Bordeaux (33).
Sur rendez-vous à [email protected]
LIGNES,
PONCTUATIONS ET VIBRATIONS
Sur fond noir, Chris Pillot commence par une première ligne couleur indigo, couleur profonde, gorgée de promesses et marquée d’une
élégance sereine. Cette ligne en appelle une autre, parallèle, double étrange, puis une autre encore, et ainsi de suite, jusqu’à recouvrir toute la toile.
Chaque ligne répète les mêmes interruptions, les mêmes reprises, où la couleur marque une halte pour reprendre vigueur et poursuivre sa lancée. Le geste est celui d’une écriture, et le pinceau lui donne sa singularité d’inscription.
La répétition ne vise pas ici à affirmer
l’efficacité d’une technique, mais à multiplier les interrogations du regard.
La peinture se manifeste d’abord comme une respiration qui reste ouverte à toutes les sollicitations de la lumière. Cette ouverture est assurée par la scansion d’un rythme qui fait alterner lignes et interlignes. Car c’est entre les lignes, entre leurs élans et leurs ponctuations, que se dénoue toute la qualité d’un jeu de réverbérations, et que se dégage cette vibration qui ressemble à la branche fragile d’un arbre qui s’agite dans le ciel.
« Chris Pillot – Indigo », jusqu’au dimanche 30 mai,
Maison Galerie Laurence Pustetto, Libourne (33).
www.maisongalerie-lp.fr
RAPIDO
L’association Pour La Peinture présente peintures, dessins perforés et sculptures de Marie-Françoise Poutays au château Carbonnieux, à Léognan, jusqu’au 9 avril. 06 88 87 40 24 • La galerie Guyenne Art Gascogne invite dans ses murs le peintre et essayiste français Alain Lestié à partir du 14 avril. www.galeriegag.fr • Salvatore Puglia est de retour à la galerie Le Troisième Œil avec « Millenovecento », installation où se croisent les histoires intimes et collectives du xxe siècle à travers documents trouvés, photographies d’archives et de presse, photographies de famille et formes peintes dans le rouge fluorescent qui lui est propre. 05 57 60 14 93 • À la suite de son exposition inaugurale, la galerie 1000m2met à l’honneur l’artiste résident Mt. avec une expérience visuelle immersive alliant peinture et installation à découvrir à Bègles jusqu’au 11 avril. www.1000m2.org • BAG explore la nature, les cinq sens et la notion d’espace avec « Nature Blow&space » présentant des œuvres signées Adélaïde Fériot, Marion Laborde, Wolfgang Laib, Birthe Leemeijer et Sarah Trouche. bakeryartgallery.com
GIRONDE
© Bruno Campagnie
Chris Pillot, Indigo 05, 2020 © Carole Rivalin
© Ema Eygreteau
JUNKPAGE 81 / AVRIL 2021 19