3rd Quarter 2019 1
L’ÉCONOMIE LIBANAISE, PRISE DANS UNE STAGFLATION ET APTE À FAIRE FACE AUX DÉFIS MONÉTAIRES/FINANCIERS CONSIDÉRABLES EN 2021
Faiblesse dans le secteur réel, dérives monétaires et financières et pressions socio-économiques considérables sur les ménages
Il est clair que la crise économique qui sévit depuis le dernier trimestre 2019, le défaut de paiement de l’État sur sa dette en devises au premier trimestre 2020, la pandémie du COVID-19 qui a forcé un bouclage du pays pendant plusieurs semaines à partir du deuxième trimestre de l’année et l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth au troisième trimestre pèsent sur l’activité économique, générant une faiblesse dans le secteur réel, des dérives monétaires et financières et des pressions socio-économiques importantes sur les ménages.
Contraction de déficit de la balance commerciale de 58% au cours des neuf premiers mois de 2020, sous l’effet de la baisse des importations
Le secteur extérieur du Liban a connu une baisse considérable du déficit commercial de 58% au cours des neuf premiers mois de 2020, par rapport aux neuf premiers mois de 2019, passant de 12,5 milliards de dollars US à 5,2 milliards de dollars US respectivement, selon les chiffres officiels publiés par les autorités douanières. En fait, la contraction tangible du déficit de la balance commerciale est due à la nette baisse des importations de 48,5% principalement liée aux conditions économiques et financières difficiles et à la diminution des exportations de 6,3%, au lendemain de la pandémie Covid-19.
Baisse de 14% du déficit des finances publiques sur les huit premiers mois, tandis que le solde primaire passe de l’excédent au déficit
Les chiffres des finances publiques pour les huit premiers mois de 2020 suggèrent que les recettes et les dépenses publiques ont enregistré des contractions à deux chiffres, générant une baisse nette du déficit budgétaire, bien que le solde primaire passe d’un excédent à un déficit. En fait, les dépenses publiques totales ont diminué de 18,5% au cours des huit premiers mois de l’année, tandis que les recettes publiques totales ont baissé de 20,2% sur la période couverte, générant une diminution de 14,1% du déficit total.
Dérive importante de la livre libanaise en 2020 et détérioration des conditions monétaires
L’année 2020 a été une année erratique pour les conditions monétaires du Liban, marquée par la diminution des réserves en devises, l’effondrement de la livre libanaise face au dollar américain sur le marché noir des changes, l’émergence de taux de change multiples, les préoccupations croissantes concernant la rationalisation des subventions et la réduction des taux d’intérêt en livres libanaise pour la première fois depuis dix ans.
Les réserves de la Banque centrale en devises étrangères ont diminué au cours de l’année 2020 pour atteindre un niveau extrêmement bas de 24,1 milliards de dollars à fin décembre contre 37,3 milliards de dollars à fin décembre 2019, en baisse de 13,2 milliards de dollars, et ont poursuivi leur descente pour atteindre 23,5 milliards à fin janvier 2021. Si l’on exclut les eurobons souverains détenus par la BDL estimés à 5,03 milliards de dollars ainsi que les facilités fournies par la BDL aux banques libanaises, les réserves liquides de devises de la BDL seraient au-dessous de 18 milliards de dollars.
Des conditions difficiles et un environnement atypique pour le fonctionnement des banques Sous l’effet conjugué de la crise économique très grave, de la contraction des flux financiers entrants et de la défaillance de l’État sur sa dette en devises, les conditions d’exploitation des banques se sont considérablement détériorées au cours de l’année 2020. L’année a en fait vu une contraction dans les dépôts et les prêts, une pression sur la liquidité bancaire ainsi que des pertes nettes dans les comptes financiers, ce qui a entraîné une baisse des fonds propres. Mesurée par les actifs consolidés des banques opérant au Liban, l’activité bancaire s’est contractée de 26,5 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois de 2020, soit l’équivalent de 12,2%.
Crash du marché en 2020 alors que le Liban traverse la crise économique et financière la plus sévère depuis des décennies
Le défaut de paiement de l’Etat libanais sur ses eurobons pour la toute première fois en mars 2020, l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth le 4 août qui a causé des dommages humains et matériels inédits depuis la guerre civile, et la détérioration des conditions financières et socio-économiques ont eu des effets négatifs sur les marchés boursiers et obligataires au cours de l’année 2020. Le marché boursier libanais est en fait resté en déclin en 2020, comme en témoigne la baisse de l’indice des prix de la Bourse de Beyrouth de l’ordre de 8,9%, après une contraction de 16,9% en 2019, tandis que les spreads des CDS ont monté en flèche sur le marché des titres à revenu fixe en raison de la forte détérioration de la perception des risques souverains par le marché.
TABLE DES MATIÈRES Sommaire Exécutif 1 Introduction 2 Profil Conjoncturel 3 Secteur Réel 3 Secteur Extérieur 6 Secteur Public 7 Secteur Financier 8
Conclusion 11
CONTACTS Recherche Marwan Barakat (961-1) 977409
[email protected] Jamil Naayem
(961-1) 977406
[email protected] Salma Saad Baba
(961-1) 977346
[email protected] Fadi Kanso
(961-1) 977470
[email protected] Farah N. Nahlawi
(961-1) 959747
4e TRIMESTRE 2020
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Il est évident que la crise économique sévère qui sévit depuis le dernier trimestre de 2019, le défaut de paiement de l’Etat libanais sur sa dette en devises au premier trimestre de 2020, la pandémie du COVID-19 qui a forcé un bouclage du pays pendant plusieurs semaines à partir du deuxième trimestre de l’année et l’explosion dévastatrice du Port de Beyrouth au cours du troisième trimestre ont tous pesé sur l’activité économique conduisant à une stagnation du secteur réel, à des dérives monétaires et financières et à des pressions socio-économiques notables sur les ménages.
L’économie libanaise est en effet passée en mode stagflation en 2020, avec de nettes contractions sur l’ensemble des secteurs économiques accompagnées d’un bondissement de l’inflation au-dessus de la barre des 100%. Les secteurs dits défensifs de l’économie libanaise ont perdu de l’élan, alors que les secteurs vulnérables ont plongé davantage dans le rouge. La stagnation de l’économie réelle est bien reflétée par l’indicateur synthétique de la BDL en 2020, moyenne de plusieurs indicateurs du secteur réel qui reflètent l’activité économique réelle. Ce dernier a affiché une moyenne de 184.4 au cours des neuf premiers mois de 2020, selon la BDL, soit une contraction de 38.3% relativement à la période correspondante de 2019. Cet indicateur avait connu une croissance de 1,4% en moyenne au cours des trois années précédentes et de 2,0% au cours des cinq années précédentes.
L’évolution des indicateurs du secteur réel reflète celle de l’indicateur synthétique de la BDL. En effet, parmi 11 indicateurs du secteur réel, 10 furent à la baisse et un à la hausse au cours de 2020. Entre les indicateurs à croissance négative, il convient de noter le nombre de touristes avec -78,4%, le nombre de passagers à l’aéroport avec -71,7%, le nombre de ventes de voitures neuves (-72,0%), les livraisons de ciment (-48,3%), les importations (-48,5%), le volume de marchandises au Port (-30,1%), la surface totale des nouveaux permis de construire (-20,4%), la production d’électricité (-5,7%), les exportations (-6,3%) et la valeur totale des chèques compensés (-5,5%). Le seul indicateur à connaître une augmentation fut la valeur totale des ventes immobilières avec +110,4% au cours de l’année, les investisseurs étant à la recherche d’une valeur-refuge.
Au niveau du secteur extérieur, la balance des paiements a enregistré un déficit considérable de 10,2 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois, presque le double de celui de la période correspondante de 2019 (5,0 milliards de dollars US), selon les statistiques monétaires/bancaires de la BDL. L’élargissement du déficit de la balance des paiements survient malgré une contraction du déficit de la balance commerciale de 58% l’année dernière, suggérant que la contraction des flux financiers entrants fut encore plus significative.
Au niveau du secteur bancaire, l’activité bancaire, mesurée par l’actif total consolidé des banques opérant au Liban, s’est contractée de 26,5 milliards de dollars US, soit de 12,2%, au cours des 11 premiers mois de 2020. Il avait progressé de 4,1% au cours de la période correspondante de 2019 et de 6,9% au cours de la période correspondante des cinq dernières années. Similairement, les dépôts de la clientèle, représentant le gros de l’actif total des banques opérant au Liban, ont enregistré une contraction de 19,0 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois de 2020. Depuis le début de 2019, les dépôts de la clientèle se sont contractés de 34,4 milliards de dollars US, soit de 19,7%. En parallèle, les créances bancaires sur le secteur privé, accaparant près des deux-tiers de la contraction des dépôts, ont diminué de 12,7 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois de 2020. Depuis le début de 2019, les créances sur le secteur privé ont diminué de 22,3 milliards de dollars US, soit de 37,5%.
Au niveau des marchés de capitaux, les marchés boursier et obligataire furent à la baisse en 2020. Le marché boursier a connu une diminution des prix de l’ordre de 8,9% malgré la croissance notable des prix des actions « Solidere ». Cette baisse de prix s’inscrit dans le contexte d’une progression de la valeur totale des échanges de 18,6% en 2020 pour atteindre 233 millions de dollars US. En parallèle, le marché obligataire a connu des pressions notables et les prix ont atteint des niveaux à deux chiffres bas, suite au défaut de paiement de l’Etat sur sa dette en devises en mars.
Les développements au niveau des secteurs réel, extérieur, public et financier en 2020 sont analysés ci-dessus, alors que les remarques de conclusion sont consacrées à une évaluation des perspectives macroéconomiques en 2021.
1. PROFIL CONJONCTUREL
1.1. SECTEUR RÉEL
1.1.1. Agriculture et Industrie
Les secteurs primaire et secondaire touchés par la crise économique et les bouclages
Les secteurs de l’agriculture et de l’industrie du Liban ont connu un ralentissement en 2020, tous deux sous la pression de la crise économique, la dépréciation de la monnaie locale qui a fait augmenter les coûts des deux secteurs et du bouclage du pays imposé en raison de la propagation de la pandémie de COVID-19.
En ce qui concerne le secteur agricole, les importations agricoles ont notamment chuté alors que les exportations ont enregistré une amélioration. Les exportations agricoles se sont améliorées de 34,3%
au cours des neuf premiers mois de 2020. Les importations agricoles ont diminué de 27,9% au cours de la même période. Le secteur agricole est essentiel pour l’autosuffisance car le coût des importations de produits alimentaires augmente avec la hausse des taux de change.
Il est à noter que l’Union européenne, dans un effort pour aider le peuple libanais à atteindre la sécurité alimentaire, a lancé un projet visant à promouvoir le développement agricole durable. À cette fin, elle a élaboré un plan visant à développer la productivité agricole afin d’accroître les revenus des agriculteurs locaux. Le projet créerait des emplois à court terme et augmentera les revenus d’un certain nombre de familles vulnérables. Le projet sera géré par la FAO des Nations Unies, en partenariat avec le FIDA et le PAM, en collaboration avec le ministère de l’agriculture du Liban.
Au niveau du secteur industriel, la dépréciation de la monnaie a augmenté les coûts de production, notamment avec les matières premières importées, en plus des bouclages récurrents qui ont ralenti l’activité du secteur. Les exportations et les importations industrielles se sont contractées au cours des neuf premiers mois de 2020, principalement en raison des difficultés à importer les matières premières utilisées dans la production des articles exportés. La baisse des produits importés du secteur industriel a atteint environ 66,8% pour les matériaux comme les métaux et les produits métalliques et 64,7% pour les équipements et produits électriques. Sur le plan extérieur, les exportations industrielles ont diminué pour la plupart des produits et la baisse la plus importante a été de 70,4% pour les produits minéraux.
En bref, les secteurs primaire et secondaire du Liban ont été affectés par les événements négatifs que le pays a connus en 2020. Les réformes, visant l’économie dans son ensemble et affectant ces secteurs, seraient fondamentales pour leurs perspectives d’avenir.
1.1.2. Construction
Le secteur immobilier bénéficie d’une demande croissante alors que l’offre reste sous pression
Le secteur de l’immobilier et de la construction au Liban a affiché une performance mitigée en 2020. Alors que la demande a bénéficié de la perception du marché comme un havre de sécurité, l’offre est presque arrêtée. La hausse du prix du dollar américain sur le marché accompagné par une instabilité générale persistante au Liban a augmenté les coûts de construction ainsi que la pression sur l’activité de construction.
Au niveau de la demande, le nombre d’opérations de vente de biens immobiliers a considérablement augmenté, passant de 50 352 opérations en 2019 à 82 202 opérations en 2020, dans un contexte où les investisseurs fuient vers l’immobilier pour échapper à toute décote sur leurs investissements financiers, avec une augmentation des ventes aux étrangers de 26,6% d’une année sur l’autre pour atteindre 1 257 opérations en 2020, selon les dernières statistiques publiées par la Direction générale du registre foncier et du cadastre.
Parallèlement, la valeur des transactions de vente de biens immobiliers a enregistré une hausse annuelle notable de 110,4% pour atteindre un total de 14 387 millions de dollars US en 2020. En conséquence, la
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valeur moyenne des ventes est passée de 135 828 dollars US en 2019 à 175 015 dollars US en 2020. En ce qui concerne la répartition de la valeur des ventes de biens immobiliers, Beyrouth a obtenu la part la plus élevée l’année dernière avec 33,2%, suivie du Metn avec 17,6%, de Baabda avec 17,5%, de Kesserwan avec 11,5%, du Sud avec 11,1%, du Nord avec 5,3% et de la Bekaa avec 3,1%.
Il convient de mentionner que la plupart des régions ont enregistré une augmentation de la valeur des transactions de vente, les mouvements les plus significatifs étant les suivants Keserwan (+153%), Metn (+112%) et Beyrouth (+106%). Parallèlement, les impôts fonciers ont enregistré une hausse de 123,0% pour atteindre 673,8 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2020.
Si l’on considère l’offre, dont le stock existant a été constitué au cours des dernières années, les permis de construire nouvellement délivrés, indicateur de l’activité de construction à venir, ont continué à baisser cette année. Selon les derniers chiffres publiés par les Ordres des ingénieurs de Beyrouth et de Tripoli, les permis de construire ont couvert une superficie de 4.564.051 mètres carrés au cours des 11 premiers mois de 2020, contre une superficie de 5.735.505 mètres carrés au cours des 11 premiers mois de 2019, ce qui équivaut à une baisse annuelle de 20,4% entre les deux périodes.
La répartition des permis de construire par région montre que la plupart des régions ont connu des contractions, Beyrouth et le Mont Liban enregistrant les plus fortes baisses, respectivement de 75,3% et 24,8%, au cours des 11 premiers mois de 2020. En ce qui concerne la répartition des permis de construire, le Mont Liban a continué à accaparer la plus grande part des nouveaux permis de construire délivrés au cours des 11 premiers mois de 2020 avec une part de 33,0%, suivi du Sud Liban avec 23,4%, du Nord Liban avec 19,3%, de Nabatiyeh avec 13,0%, de la Bekaa avec 9,4% et de Beyrouth avec 2,0%.
Quant aux livraisons de ciment, un indicateur coïncident de l’activité de construction, elles ont diminué de 48,3% par an au cours des neuf premiers mois de 2020, comme l’a récemment publié la Banque centrale du Liban. Les livraisons de ciment ont atteint environ 1 337 000 tonnes au cours des neuf premiers mois de 2020, contre 2 586 000 tonnes au cours de la période correspondante de 2019, ce qui reflète un affaiblissement de l’activité de construction.
En résumé, la performance positive au niveau de la demande est principalement due à la migration de l’épargne de nombreux déposants vers l’immobilier, tandis que l’instabilité socio-économique et politique actuelle, ainsi que les fluctuations de la livre libanaise, exercent une pression négative sur l’offre.
1.1.3. Commerce et Services
Le secteur tertiaire fortement touché par les événements négatifs en cours dans le pays
Le secteur tertiaire libanais a été sévèrement affecté en 2020. La propagation de la crise du COVID-19 qui a imposé un certain nombre de bouclages, suivie par l’explosion du port au troisième trimestre de l’année, ainsi que la dépréciation continue de la monnaie qui a mis la pression sur le pouvoir d’achat ont tous eu des effets négatifs sur le secteur.
Dans le port de Beyrouth, qui a souffert les conséquences d’une explosion destructrice, la quantité de
CONSTRUCTION ÉVOLUTION DES INDICATEURS DE CONSTRUCTION
2020 Variation
T4 2019 T4 2020 T4/T4 2020 / 2019 Valeur des ventes immobilières
(en millions de US$) 2,101 6,839 4,309 14,387 105.1% 110.4%
Nombre de ventes immobilières
(propriété foncière) 13,400 50,352 27,094 82,202 102.2% 63.3%
dont ventes aux étrangers 235 993 481 1,257 104.7% 26.6%
Valeur moyenne des ventes
immobilières (en milliers de US$) 157 136 159 175 1.4% 28.9%
Taxes immobilières (en millions
de US$) 84 302 226 674 167.6% 123.0%
* livraisons de ciment 11m 2019 et 11m 2020 couvrent les neuf premiers mois
marchandises a diminué de 30,1% pour atteindre 4 561 000 tonnes en 2020, tandis que les transbordements se sont contractés de 38.0% par rapport à l’année précédente pour atteindre 305 424 conteneurs, après une hausse de 14,2% en 2019. Parallèlement, le nombre de conteneurs a enregistré une baisse annuelle de 36,4% pour atteindre un total de 466 527 en 2020, tandis que le nombre de navires a affiché une baisse de 21,1% pour atteindre un total de 1 377 navires en 2020, selon les derniers chiffres publiés par le port de Beyrouth. Ainsi, les revenus du port ont atteint 110,6 millions de dollars en 2020, ce qui révèle une baisse nette de 44,4% par rapport à l’année précédente.
Au niveau du tourisme, le secteur de l’hospitalité au Liban a connu une forte contraction des taux d’occupation, des tarifs moyens et du rendement des chambres, selon Ernst & Young. En effet, le taux d’occupation des hôtels quatre et cinq étoiles de la capitale n’a atteint que 16% au cours des 11 premiers mois de 2020, contre 69% au cours de la même période de 2019. Le prix des chambres à Beyrouth a notamment baissé pour atteindre 165 dollars US pour les 11 premiers mois de 2020, contre 195 dollars US dans la période correspondante de l’année dernière. Le rendement des chambres s’est contracté de 79,9% par an pour atteindre 27 USD pour les 11 premiers mois de 2020, contre 135 USD dans la période correspondante de l’année précédente.
Par ailleurs, selon Global Blue, la société qui rembourse la TVA aux touristes aux postes frontières libanais, les achats des touristes au Liban dont la TVA a été réclamée et qui donne une image fidèle des tendances d’achat des touristes, ont diminué de 68% en 2020 par rapport à 2019. La répartition des dépenses par pays de résidence montre que la part la plus élevée fut celle des résidents des Emirates Arabes Unis avec 15%, suivie par les résidents d’Arabie Saoudite avec 9%, d’Égypte avec 8%, de Syrie avec 7%, du Koweït avec 3%
et du Qatar avec 2%, sachant que tous les pays ont signalé des baisses annuelles significatives du niveau des dépenses de leurs résidents en 2020. La répartition des dépenses par catégorie montre que la part la plus importante de 58% est celle de la mode et de l’habillement, suivie par les montres et les bijoux avec 26%, les grands magasins avec 5%, la maison et le jardin avec 4%, les équipements et vêtements de sport avec 3%. La répartition des dépenses par région pour 2020 montre que 73% des achats ont eu lieu à Beyrouth, tandis que 19% ont eu lieu au Metn. Le reste a été réparti entre Baabda (4%), Kesserwan (3%) et d’autres régions.
Au niveau de l’activité de l’aéroport, tous les indicateurs ont fait état d’une croissance négative, en raison des bouclages imposés au pays du fait de la crise du COVID-19. Le nombre total de passagers à l’aéroport a enregistré une contraction annuelle de 71,7% en 2020, comme l’a révélé l’Aéroport international Rafic Hariri. Le nombre d’avions a diminué de 62,6% par rapport à l’année précédente. De même, le fret total traité par l’aéroport a diminué de 26,3% au cours de la période couverte. Un aperçu détaillé des activités montre que le nombre de passagers entrants a diminué de 72,6% par an et celui des passagers sortants de 70,8% pour atteindre respectivement 1 172 049 et 1 269 393 en 2020, tandis que le nombre de passagers en transit est passé de 52 198 passagers en 2019 à 60 502 en 2020. En ce qui concerne l’activité aérienne, les atterrissages et les décollages ont diminué de 62,5% et 62,6% par an, respectivement, les premiers s’élevant à 13 534 avions et les seconds à 13 528 avions l’année dernière. En ce qui concerne les mouvements de fret au sein de l’aéroport, un total de 29 575 000 tonnes ont été importées et déchargées l’année dernière, tandis que 34 336 000 tonnes ont été exportées et chargées. La première activité mentionnée a affiché une baisse de 38,9% et la seconde une baisse de 10,3% sur base annuelle en 2020.
En outre, la valeur totale des chèques compensés, quasi-indicateur des dépenses totales au sein de l’économie
COMMERCE ET SERVICES ÉVOLUTION DU NOMBRE DE TOURISTES
2019 2020 Variation
T4 2019 T4 2020 T4/T4 2020/2019
Nombre de navires au Port 408 1,746 353 1,377 -13.5% -21.1%
Nombre de conteneurs au
Port (en milliers) 145 734 136 467 -6.0% -36.4%
Marchandises au Port (en
milliers de tonnes) 1,340 6,524 1,294 4,561 -3.4% -30.1%
Nombre d'avions à
l'Aéroport 15,494 72,279 7,547 27,062 -51.3% -62.6%
Nombre de passagers à l'Aéroport (excluant ceux en
transit, en milliers) 1,628 8,630 718 2,441 -55.9% -71.7%
Chèques compensés (en mil-
lions de US$) 14,574 56,971 13,151 53,818 -9.8% -5.5%
6
BREAKDOWN OF EXPORTS AND IMPORTS BY COMMODITY*
locale, a indiqué un recul de 5,5% par rapport à l’année précédente en 2020. La valeur des chèques compensés a atteint 53 818 millions de dollars US en 2020, contre 56 971 millions de dollars US en 2019, selon les derniers chiffres publiés par la Banque centrale. Une répartition par devise montre que les compensations des banques en livres libanaises se sont élevées à 30 055 milliards de livres (-10,0%) en 2020, tandis que celles en dollars US se sont élevées à 33 881 millions de dollars, soit une baisse de 2,7% par rapport à l’année précédente.
Parallèlement, le nombre de chèques compensés a enregistré 5 850 941 en 2020, soit une baisse de 41,1% par rapport aux 9 930 420 de 2019. La valeur moyenne par chèque a augmenté de 60,3% par rapport à l’année précédente, pour atteindre 9 198 dollars US en 2020. D’autre part, la valeur des chèques sans provisions a atteint 958 millions de dollars US en 2020, contre 1 637 millions de dollars US en 2019, tandis que le nombre de chèques sans provisions a enregistré 109 329 en 2020, soit une baisse de 67,0% par rapport aux 331 046 de 2019. Ainsi, le ratio valeur des chèques sans provisions/valeur totale des chèques compensés a diminué de 2,9% à 1,8% entre les deux années, tandis que le ratio nombre de chèques sans provisions/nombre total de chèques compensés a légèrement diminué, passant de 3,3% en 2019 à 1,9% en 2020.
Il est clair que le secteur tertiaire a été touché à tous les niveaux en 2020. L’instabilité socio-économique et politique actuelle, la dépréciation de la monnaie, la propagation de la pandémie COVID-19, l’explosion du port de Beyrouth, outre l’absence de gouvernement depuis la mi-août, ont contribué à la grave détérioration du secteur au cours de l’année.
1.2. SECTEUR EXTÉRIEUR
Le déficit de la balance commerciale se contracte de 58% au cours des neuf premiers mois de 2020, sous l’effet de la baisse des importations
Le secteur extérieur du Liban a connu une baisse considérable du déficit de la balance commerciale de 58%
au cours des neuf premiers mois de 2020, par rapport à la période correspondante en 2019, passant de 12,5 milliards de dollars US à 5,2 milliards de dollars US, selon les chiffres officiels publiés par les autorités douanières. En fait, la contraction notable du déficit de la balance commerciale est due à la nette baisse des importations de 48,5%, principalement liée aux conditions économiques et financières difficiles, et celle des exportations de 6,3%, au lendemain de la crise de la pandémie du Covid-19. Ainsi, la somme totale des exportations et des importations a diminué de 42,0% pour atteindre 10,5 milliards de dollars US sur les neuf premiers mois de 2020, alors que le ratio de couverture des importations par les exportations a presque doublé, passant de 18,3% à 33,4% sur la période couverte.
La répartition des exportations par produit suggère que la baisse la plus importante parmi les grandes catégories a été enregistrée par le papier et les produits du papier avec 41,1%, les produits en plastique avec 37,7%, suivis par les produits chimiques avec 18,3%, les équipements et produits électriques avec 16,2% et
RÉPARTITION DES EXPORTATIONS ET IMPORTATIONS *
* 9M 2020
les métaux et produits métalliques avec 6,1% sur les neuf premiers mois de 2020 par rapport à la période correspondante en 2019. D’autre part, les principaux postes ayant affiché une augmentation sont les animaux vivants et les produits animaux avec 50%, les produits végétaux avec 49,2% et les produits alimentaires avec 1,1% sur la même période.
La répartition des exportations par pays de destination suggère que les exportations vers la Syrie ont enregistré la baisse la plus significative avec 50,0% d’une année sur l’autre, suivie par les EAU avec 16,7%, la Jordanie avec 16,4%, l’Irak avec 14,8% et l’Arabie Saoudite avec 12,8% entre les deux périodes, tandis que les exportations vers la Turquie ont enregistré une augmentation importante avec 42,2%, suivie par le Koweït avec 32,0% sur la même période. Il convient de mentionner que les exportations terrestres via la Syrie ont continué leur tendance négative à diminuer de 36,6%, passant de 224 millions de dollars US à 142 millions de dollars US. Parallèlement, les exportations via l’aéroport international de Hariri ont diminué de 5,7%, tandis que celles via le port de Beyrouth ont connu une augmentation relative de 2,3% sur la même période.
Parallèlement, la répartition des importations par produit suggère que la baisse la plus importante a été enregistrée par les véhicules de transport avec 67,6%, suivis par les textiles et produits textiles avec 64,8%, les métaux et produits métalliques avec 63,8%, les équipements et produits électriques avec 61,4%, les produits en plastique avec 55,4% et les produits minéraux avec 54,6% au cours des neuf premiers mois de 2020 par rapport à la même période de 2019. La répartition des importations par pays d’origine sur la même période montre que, parmi les principaux partenaires, les importations en provenance du Koweït ont le plus baissé de 72,3%, suivies par la Russie avec 62,4%, la Chine avec 61,7%, l’Espagne avec 59,6%, les États-Unis avec 56,8%, la France avec 56,7%, l’Italie avec 48,2% et la Grèce avec 39,9% entre les deux périodes.
1.3. SECTEUR PUBLIC
Une baisse de 14% du déficit des dépenses publiques sur les huit premiers mois, tandis que le solde primaire passe de l’excédent au déficit
Les chiffres des finances publiques pour les huit premiers mois de 2020 suggèrent que les recettes et les dépenses publiques ont enregistré des contractions à deux chiffres, générant une baisse nette du déficit budgétaire, bien que le solde primaire passe d’un excédent à un déficit. En fait, les dépenses publiques totales ont diminué de 18,5% au cours des huit premiers mois de l’année, tandis que les recettes publiques totales ont baissé de 20,2% sur la période couverte, générant une diminution de 14,1% du déficit total.
Les dépenses publiques ont en fait diminué de 2 979 milliards L.L., passant de 16 062 milliards L.L. pour les huit premiers mois de 2019 à 13 083 milliards L.L. pour les huit premiers mois de 2020. Le recul des dépenses publiques est principalement lié à la baisse des paiements d’intérêts, principalement en raison de la défaillance de l’État en mars de cette année. En fait, le service de la dette a diminué de 59,0% par an au cours des huit premiers mois de 2020, passant de 4 917 milliards L.L. à 1 973 milliards L.L., avec une baisse de 88,3% du paiement des intérêts sur la dette en devises et de 28,2% du paiement des intérêts sur la dette en livres. Les transferts à l’EDL ont également diminué de 37,0% au cours des huit premiers mois, dans un FINANCEMENT DU DÉFICIT PUBLIC ENDETTEMENT PUBLIC
* Chiffres couvrant les huit premiers mois de 2020
en millions de US$ 8M-19 8M-20 Progression
Vol Vol Vol
Financement du Déficit
Déficit 2,951 2,535 -416
Comptes créditeurs de l'Etat -699 -993 -294
Autres postes -1,093 1,091 2,184
Emplois = Ressources 1,159 2,633 1,474
Livres Libanaises 2,148 1,146 -1,002
Bons du Trésor (système bancaire) 2,019 907 -1,112
Autres 129 239 110
Devises -989 1,487 2,476
Eurobons souverains (Paris II inclus) -1,150 0 1,150
Autres 161 1,487 1,326
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contexte de baisse significative des prix du pétrole.
Les recettes publiques ont diminué de 2 351 milliards L.L., passant de 11 613 milliards L.L. à 9 262 milliards L.L. entre les deux périodes. Le recul des recettes totales est principalement lié à la baisse des recettes budgétaires de 2 975 milliards L.L., tandis que les recettes du Trésor ont augmenté de 623 milliards L.L. sur la période. À son tour, la baisse significative des recettes budgétaires est liée à l’atonie macroéconomique qui résulte de la crise économique actuelle, aux retombées de la pandémie de Corona et à la chute drastique des importations dans un contexte d’affaiblissement de la consommation intérieure et de la demande d’investissement. Il convient de mentionner que les recettes douanières ont diminué de 34.5%, les recettes de la TVA de 49,7% et les recettes des télécommunications de 56,5%. Paradoxalement, les taxes foncières ont augmenté de 85,6% par rapport à l’année précédente en raison d’importantes transactions immobilières dans un contexte où les investisseurs se sont dirigés vers l’immobilier pour échapper à toute décote sur leurs investissements financiers.
La baisse la plus importante des dépenses publiques par rapport aux recettes publiques entraîne de petites économies dans le déficit global des finances publiques. En effet, le déficit des huit premiers mois de 2020 s’est élevé à 3 821 milliards L.L., contre 4 449 milliards L.L. sur la période correspondante en 2019. Cependant, en pourcentage des dépenses publiques, le déficit budgétaire est passé de 27,7% à 29,2%, avec une augmentation encore plus importante par rapport au PIB qui se serait fortement contracté cette année.
Si l’on considère le solde primaire, l’excédent primaire de 556 milliards L.L. sur les huit premiers mois de 2019 (l’équivalent de 3,5% des dépenses) s’est transformé en un déficit primaire de 1 713 milliards L.L. sur les huits premiers mois de 2020 (l’équivalent de 13,1% des dépenses), ce qui met en évidence la nature insoutenable des finances publiques qui nécessitent un ajustement fiscal pour éviter une nouvelle dérive monétaire à l’avenir.
Ainsi, la dette brute a atteint 95,5 milliards de dollars à fin novembre 2020, en hausse de 6,7% par rapport au niveau de fin novembre 2019 et de 4,2% par rapport à fin 2019, selon les derniers chiffres publiées par le ministère des finances. En fait, la dette intérieure a augmenté de 6,7% par rapport à fin novembre 2019 pour atteindre un total de 59,7 milliards de dollars à fin novembre 2020. La dette extérieure du Liban a augmenté de 6,7% par rapport à fin novembre 2019 et de 6,2% par rapport à fin 2019 pour atteindre environ 35,8 milliards de dollars à fin novembre 2020. Dans ce contexte, la dette publique nette, qui exclut les dépôts du secteur public à la Banque centrale et aux banques commerciales, a augmenté de 6,5% par rapport à fin novembre 2019 et de 5,6% par rapport à fin 2019 pour atteindre un total de 85,8 milliards de dollars à fin novembre 2020.
1.4. SECTEUR FINANCIER 1.4.1. Situation Monétaire
Dérive importante de la livre libanaise en 2020 et détérioration des conditions monétaires
L’année 2020 a été une année erratique pour les conditions monétaires du Liban, marquée par la diminution des réserves de change, l’effondrement total de la livre libanaise face au dollar américain sur le marché noir des changes, l’émergence de taux de change multiples, les préoccupations croissantes concernant la rationalisation des subventions et la première réduction des taux d’intérêt en LL depuis dix ans.
SITUATION MONÉTAIRE INDICATEURS DU MARCHÉ DES CHANGES
Variations en millions de US$ 11M-19 11M-20 Progression
Vol Vol Vol
Avoirs extérieurs nets (excluant l'or) -3,452 -11,695 -8,243
Créances nettes sur le secteur public (excluant
les différences de change) -1,219 -9,621 -8,403
Créances sur le secteur privé -5,801 -11,383 -5,582
Emplois = Ressources -10,472 -32,700 -22,228
Monnaie (M3) -4,850 -2,624 2,226
Différence de changes et autres postes -5,621 -30,076 -24,454
Alors que le Liban traverse une crise économique et financière sans pareil, la pire depuis la guerre civile, et dans un contexte de blocage ministériel persistant et d’absence de mise en œuvre des réformes structurelles attendues depuis longtemps pour accéder à l’aide financière internationale si nécessaire, les réserves de devises étrangères de la Banque centrale du Liban ont diminué au cours de l’année 2020 pour atteindre un niveau bas de 24,1 milliards de dollars à fin décembre contre 37,3 milliards de dollars à fin décembre 2019, en baisse de 13,2 milliards de dollars US, et ont poursuivi leur diminution pour atteindre 23,5 milliards à fin janvier 2021. Si l’on exclut les eurobons souverains détenus par la BDL estimés à 5,03 milliards de dollars ainsi que les facilités fournies par la BDL aux banques libanaises, les réserves liquides de devises de la BDL seraient en-dessous de 18 milliards de dollars.
La diminution des réserves de change a entrainé un large écart entre les taux de marche de change, officiel et parallèle, et a permis l’émergence de taux multiples. La livre libanaise, restée ancrée au dollar américain à 1507,5 LL/$ sur le marché officiel, était en chute libre face au dollar américain sur le marché noir des changes sur l’année 2020, principalement à cause de la perte totale de la confiance, la création monétaire excessive en livres, l’affaiblissement des flux financiers entrants, l’inquiétude croissante concernant les réductions imminentes dans les subventions, la monétisation du déficit par la BDL et la longue impasse gouvernementale. Le taux de change LL/$ a atteint un niveau bas record enregistrant 10 000 LL/$ sur le marché noir en début juillet 2020, mais s’est amélioré en octobre suite à la désignation du premier ministre et à une éventuelle percée dans la formation du cabinet, pour atteindre 8 375-8 425 LL/$ à la fin de l’année.
Parallèlement, le syndicat des changeurs de monnaie a maintenu le taux de change au prix d’achat minimum de 3 850 LL/$ et au prix de vente maximum 3 900 LL/$. En parallèle, les banques libanaises ont permis aux déposants en dollars américains de retirer leurs dépôts en livres libanaises au taux du marché (actuellement fixé à 3 900 LL/$) jusqu’au 31 mars 2021.
Suite à l’émergence de taux de change multiples, l’ancrage LL/$, en place depuis décembre 1997, fut récemment remis en question. En effet, le gouverneur de la Banque centrale a dévoilé début janvier 2021 son intention de sortir du régime de taux de change indexé et d’unifier les taux multiples, signalant que tout flottement de la monnaie locale dépendrait des négociations avec le FMI après la formation du gouvernement.
Dans le contexte d’une création monétaire excessive en livres au cours des onze premiers mois de 2020, comme le montre une forte expansion de “la monnaie en circulation hors BDL” de l’ordre de 170,1% ou l’équivalent de 16 703 milliards LL, le taux au jour le jour est resté pratiquement stable à 3,0% sur le marché monétaire au cours de l’année, notant que son taux officiel a été réduit de 200 points de base à la fin mars 2020 pour atteindre 1,90%.
Les souscriptions totales du système financier en bons de Trésor LL ont atteint 14 136 milliards de LL en 2020 contre 17 524 milliards de LL en 2019, en baisse de 19,3% sur l’année. A mentionner que les bons à plus haut rendement et à plus long terme, notamment de cinq ans, sept ans et les catégories décennales, ont représenté plus des deux tiers du total des souscriptions (73%). En parallèle, la Banque centrale du Liban a continué à jouer le rôle d’intermédiaire entre les banques et l’Etat en 2020, comme en témoigne
ACTIVITÉ BANCAIRE
En millions de US$ 2019 2020
T1 T2 T3 Octobre Novembre 11M-19 T1 T2 T3 Octobre Novembre 11M-20
Var. de l'actif total 3,268 3,229 6,215 608 -3,111 10,209 -8,231 -7,455 -8,528 -1,473 -784 -26,471
Progression en % 1.3% 1.3% 2.4% 0.2% -1.2% 4.1% -3.8% -3.6% -4.2% -0.8% -0.4% -12.2%
Var. des dépôts de la clientèle -1,758 -394 -1,828 -1,937 -5,768 -11,685 -9,273 -5,088 -2,320 -1,218 -1,052 -18,951 dont dépôts en livres -493 -1,645 -2,906 -1,437 -3,568 -10,049 -5,093 -3,854 -1,015 -262 -286 -10,510 dont dépôts en devises -1,265 1,251 1,079 -501 -2,199 -1,635 -4,180 -1,234 -1,305 -956 -766 -8,441 Progression des dépôts en % -1.0% -0.2% -1.1% -1.1% -3.4% -6.7% -5.8% -3.4% -1.6% -0.9% -0.7% -11.9%
Var. des crédits -2,057 -1,326 -1,502 -335 -1,683 -6,903 -4,754 -3,597 -2,816 -926 -569 -12,662
dont crédits en livres -890 -584 -604 -176 -94 -2,348 -404 -101 -209 -66 -60 -840
dont crédits en devises -1,167 -742 -898 -160 -1,588 -4,555 -4,350 -3,496 -2,607 -861 -507 -11,821 Progression des crédits en % -3.5% -2.3% -2.7% -0.6% -3.1% -11.6% -9.6% -8.0% -6.8% -2.4% -1.5% -25.4%
% change in total credits -3.5% -2.3% -2.7% -0.6% -3.1% -11.6% -9.6% -8.0% -6.8% -2.4% -1.5% -25.4%
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la hausse dans le portefeuille de titres en livres de l’ordre de 3011 milliards de LL. Quant aux taux d’intérêt, les bons du Trésor en livres ont vu en 2020 leurs premières baisses de taux en dix ans. Le ministère libanais des Finances et dans le but de réduire le coût de la dette a changé à la baisse les taux d’intérêt à tous les niveaux à une fourchette oscillant entre 1,80% et 3,0%. Parallèlement, le portefeuille total de Certificats de Dépôts en LL est passé de 48 043 milliards L.L. fin décembre 2019 à 45 188 milliards L.L. fin novembre 2020, en baisse de 2 855 milliards LL, ce qui marque sa première contraction depuis 2016.
Une résolution de la crise ministérielle et une formalisation du contrôle des capitaux ouvriraient la voie à la mise en œuvre de réformes structurelles tant attendues afin de débloquer l’aide financière internationale nécessaire, contribuant ainsi à rétablir la confiance, à attirer des flux financiers entrants et à contenir les conditions monétaires en général.
1.4.2. Activité Bancaire
Des conditions difficiles et un environnement atypique pour l’activité des banques
Sous l’effet conjugué de la crise économique très grave, de la contraction des flux financiers entrants et de la défaillance de l’État sur sa dette en devises, les conditions d’exploitation des banques se sont considérablement détériorées au cours de l’année 2020. L’année a en fait vu une contraction notable dans les dépôts et les prêts, une pression sur la liquidité des banques ainsi que des pertes nettes dans les comptes financiers, ce qui a entraîné une baisse des fonds propres.
Mesurée par les actifs consolidés des banques opérant au Liban, l’activité bancaire s’est contractée de 26,5 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois de 2020, soit l’équivalent de 12,2%. En comparaison, elles avaient augmenté de 4,1% sur la même période de 2019 et de 6,9% en moyenne sur la même période des cinq dernières années.
De même, les dépôts des clients, qui représentent la majeure partie des actifs bancaires au Liban, ont enregistré une contraction de 19,0 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois de 2020. Depuis le début de 2019, les dépôts des clients ont diminué d’un montant cumulé de 34,4 milliards de dollars, soit l’équivalent de 19,7%.
La baisse des dépôts de la clientèle l’année dernière est liée aux dépôts en LL et en FX. Les dépôts LL se sont contractés de 10,5 milliards de dollars, tandis que les dépôts en devises ont diminué de 8,4 milliards de dollars US. Ainsi, la dollarisation des dépôts est passée de 76,0% en décembre 2019 à 80,3% en novembre 2020, soit son niveau le plus élevé depuis 28 ans.
Parallèlement, les crédits au secteur privé, dont la contraction représente près des deux tiers de la contraction des dépôts, ont enregistré une baisse de 12,7 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois de 2020. Depuis le début de 2019, les crédits au secteur privé ont diminué d’un montant cumulé de 22,3 milliards de dollars US, soit l’équivalent de 37,5%.
MARCHÉS BOURSIER ET OBLIGATAIRE PERFORMANCE DES MARCHÉS DE CAPITAUX
2015 2016 2017 2018 2019 2020 Bourse de Beyrouth
Capitalisation boursière (en millions de US$) 10,496 10,951 10,578 9,117 7,540 7,176 Valeur des échanges à la Bourse (en millions
de US$) 498 885 608 376 197 233
Valeur annualisée des échanges à la Bourse/
Capitalisation boursière 4.7% 8.1% 5.8% 4.1% 2.6% 3.2%
Indice des prix 104.6 106.9 98.2 83.9 69.7 63.5
Variation de l'indice des prix -1.2% 2.1% -8.1% -14.6% -16.9% -8.9%
Eurobons Libanais
Volume global (en millions de US$) 25,535 26,123 26,123 30,964 28,314 31,314
Taux de rendement moyen 6.1% 6.5% 6.5% 10.0% 30.0% 57.0%
Durée de vie moyenne (en nombre d'années) 6.1 6.2 6.7 7.8 7.5 7.1 Variation des spreads sur les CDS à cinq ans
(points de base) 26 57 42 229 1,649 -
La baisse des crédits au secteur privé l’année dernière est principalement liée aux crédits en devises. Les crédits LL n’ont diminué que de 0,8 milliard de dollars, tandis que les prêts FX ont baissé de 11,8 milliards de dollars US. Ainsi, la dollarisation des crédits est passée de 68,7% en décembre 2019 à 60,3% en novembre 2020, un niveau bas record depuis 34 ans.
Conformément aux directives réglementaires, les banques ont continué à réduire les taux d’intérêt sur les comptes des créanciers et des débiteurs. Le taux moyen des dépôts en LL s’est contracté de 445 points de base depuis le début de l’année pour atteindre 2,91% à la fin novembre et le taux moyen des dépôts en dollar US a diminué de 365 points de base pour atteindre 0,97% (se rapprochant des taux de référence internationaux avec un écart de 74 points de base entre le taux de dépôt dollar et le taux Libor, le plus bas niveau depuis 12 ans). En parallèle, le taux moyen des crédits en LL a diminué de 117 points de base sur la période couverte et le taux des crédits en dollars US a baissé de 421 points de base depuis le début de l’année.
En ce qui concerne l’exposition sur l’état, le portefeuille des eurobons des banques a rapporté 9,9 milliards de dollars US à fin novembre, soit l’équivalent de 8,8% des dépôts de la clientèle en devises, contre 11,4%
à fin 2019 et 13,0% à fin 2018. Quant à la liquidité primaire à l’étranger, elle a connu une baisse de 2,2 milliards de dollars US au cours des 11 premiers mois. En ce qui concerne la capitalisation, les fonds propres des banques s’élevaient à 18,9 milliards de dollars US à fin novembre 2020, contre 20,7 milliards de dollars US à fin 2019.
En conclusion, les 11 premiers mois de 2020 ont enregistré un important déficit de la balance des paiements de 10,2 milliards de dollars US, soit près du double du déficit de 5,0 milliards de dollars US enregistré au cours de la période correspondante en 2019. Malgré la contraction de 58% du déficit de la balance commerciale, l’augmentation du déficit de la balance des paiements est liée à une diminution considérable des flux financiers entrants sur la période.
1.4.3. Marchés Boursier et Obligataire
Crash du marché en 2020 alors que le Liban connait la crise économique et financière la plus sévère depuis des décennies
Le défaut de paiement de l’Etat libanais sur ses eurobons pour la toute première fois en mars 2020, l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth le 4 août qui a causé des dommages humains et matériels jamais vus depuis la guerre civile, et la détérioration des conditions financières et socio-économiques ont fait payer un lourd tribut aux marchés des actions et des obligations du pays au cours de l’année 2020.
Le marché boursier libanais est resté en déclin en 2020, comme en témoigne la baisse de 8,9% de l’indice des prix de la BSE, après une contraction de 16,9% en 2019, alors que le Liban s’enlisait dans sa pire crise économique et financière depuis des décennies, après avoir échoué à former un gouvernement “de sauvetage” qui sortirait le pays d’une myriade de crises accumulées et mènerait les réformes structurelles attendues depuis longtemps. La répartition sectorielle montre que les actions bancaires ont été le principal frein à l’indice des prix en 2020, enregistrant d’importantes baisses des prix allant jusqu’à 70,7%.
En revanche, les prix des actions Solidere «A» et «B» ont plus que doublé, passant respectivement de 7,30$
et 7,29 $ en fin 2019 à 18,50 $ et 18,29 $, respectivement, en fin 2020. En outre, les actions industrielles comme celles de «Holcim Liban» et «Ciments Blancs Nominal» ont enregistré une forte hausse annuelle de prix de l’ordre de 49% et 58%, respectivement. Cela s’est accompagné par une légère volatilité des prix, les actions se dirigeant soit vers le nord, soit vers le sud au cours de l’année 2020. En fait, la volatilité des prix, mesurée par le ratio de l’écart-type des prix par rapport à la moyenne des prix atteint 3,9% sur la bourse de Beyrouth en 2020, en nette baisse par rapport au ratio de 7,5% enregistré en 2019.
Dans un contexte de baisse significative des prix et de quelques inscriptions supplémentaires, la capitalisation boursière de la BSE s’est contractée de 4,8% en 2020, passant de 7 540 millions de dollars US à fin décembre 2019 à 7 176 millions de dollars à fin décembre 2020. La valeur boursière de la BSE s’est élevée à 233,1 millions de dollars US en 2020, contre 196,6 millions de dollars en 2019, soit une hausse de 18,6%, les actions de Solidere se taillant la part du lion (77,5%). Ainsi, le taux d’échange total de la bourse de Beyrouth, mesuré par la valeur des échanges annuels par rapport à la capitalisation boursière, a atteint 3,2% en 2020, contre 2,6% en 2019.
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En parallèle, le prix des eurobons libanais a chuté de manière drastique au cours de l’année 2020, principalement en raison du tout premier défaut de paiement du Liban sur sa dette en devises étrangères le 9 mars 2020, trois baisses de notation de crédit par les agences internationales de notation, les attentes selon lesquelles les pertes subies par les détenteurs d’obligations dépasseraient probablement 65% et l’incapacité à former un gouvernement “de sauvetage” qui lancerait les réformes structurelles attendues depuis longtemps pour débloquer l’aide internationale dont le Liban a tant besoin. En conséquence, les prix des obligations libanaises ont convergé vers le bas de la fourchette des 10% à la fin de l’année 2020.
Les prix des obligations souveraines arrivant à échéance entre 2020 et 2037 se situaient entre 13,0 cents par dollar américain et 14,3 cents par dollar américain à la fin décembre 2020, contre 44,75 cents par dollar américain - 87,13 cents par dollar américain à la fin décembre 2019. Dans ce contexte, le rendement moyen pondéré des obligations a atteint un niveau sans précédent de 57% à la fin décembre 2020 (après exclusion des rendements des papiers arrivant à échéance en 2020 et 2021), et comparé à un rendement moyen pondéré de 30% à fin décembre 2019.
Dans le futur proche, les marchés des capitaux libanais attendent la formation d’un gouvernement
« de sauvetage » qui lancerait des réformes essentielles et ré-initierait les négociations avec le FMI, ce qui ouvrirait la voie à un soutien financier international bien nécessaire et des discussions constructives avec les détenteurs d’eurobons.
2. CONCLUSION: LES DÉFIS MACROÉCONOMIQUES EN 2021
Le premier défi en 2021 est de replacer la situation monétaire sur un sentier soutenable étant donné la contraction des réserves liquides de la BDL vers un niveau inférieur à 18 milliards de dollars US dans le contexte de besoins financiers en devises notables et qui sont estimés à pas moins de 7 milliards de dollars US par an.
L’Etat fait face à un paradoxe difficile:
(i) Soit il décide d’arrêter les subventions, ce qui équivaut à une hyperinflation et des pressions socioéconomiques accrues sur les ménages étant donné que les prix du blé, des hydrocarbures et des médicaments augmenteraient de 400% selon le taux du marché noir. Ceci signifierait une croissance additionnelle de l’indice des prix à la consommation de 100%, lequel a déjà augmenté de 113% sur base annuelle en novembre.
(ii) Soit il décide de continuer les subventions donc de mettre à risque les réserves obligatoires de devises (il puiserait ainsi dans les réserves obligatoires de devises des banques dont le montant avoisine les 17 milliards de dollars US) et ultimement les dépôts de la clientèle en devises.
Nous pensons que le seul moyen véritable de briser ce cercle vicieux est de sécuriser une aide internationale et que le nouveau gouvernement à venir signe un accord avec le FMI sur un programme complet qui donnerait de la crédibilité à l’implémentation des réformes prévues par l’Etat et encouragerait d’autres donateurs à aider le pays. La faible lueur d’espoir à ce niveau-là réside dans l’effort de formation d’un cabinet, en espérant que les obstacles actuels entravant la formation de ce dernier soient levés, qu’un cabinet crédible soit formé, qu’une conférence internationale sur le Liban soit arrangée et que la voie vers les réformes d’ajustement soit pavée.
Au niveau bancaire, le défi en 2021 est de réformer le système bancaire avec des efforts de restructuration afin de renforcer son standing financier, sa gouvernance et sa capacité à faire face aux pressions. Il faut d’abord et avant tout unifier les mesures de contrôle de capitaux adoptées par les banques sous l’égide d’une loi sur le contrôle des capitaux à être adoptée par le Parlement, afin d’éviter toute discrimination entre les banques et d’assurer un traitement juste et équitable pour tous les clients et d’éliminer les risques de poursuites judiciaires contre le secteur bancaire. Mais une restructuration est également nécessaire. Avec un secteur bancaire presque trois fois la taille du PIB, il est normal de dire que le secteur bancaire libanais est surencombré. Les réglementations imposées par la BDL en termes de liquidité et de capitalisation devraient réduire le nombre de banques opérant au Liban à travers des liquidations par la BDL ou des fusions/acquisitions, conduire à la vente de la plupart des filiales des banques libanaises à l’étranger et réduire la taille du secteur relativement à celle de l’économie locale pour atteindre un ratio actif bancaire/
PIB aligné sur les pays à structure économique similaire.
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Au niveau extérieur, le défi principal en 2021 consiste à assurer un équilibre de la balance paiements. Il est possible d’atteindre cet objectif en réduisant davantage les importations, en renforçant les exportations et en encourageant les flux financiers entrants. Ainsi, l’importance de renflouer la capacité du Liban à attirer des flux financiers en provenance de l’étranger avec un retour graduel de la confiance, de dynamiser la production locale et les exportations en subventionnant les secteurs à forte valeur ajoutée et en imposant des restrictions et des taxes sur les importations qui consomment les avoirs extérieurs du système financier libanais.
Au niveau du secteur public, le défi consiste à réduire les déséquilibres actuels au niveau des finances publiques, sachant que le modèle qui repose sur le financement du déficit public à travers les dépôts bancaires ne tient plus en raison des retraits continus des dépôts. Ces derniers ont diminué de 15 milliards de dollars US en 2019 et de 18 milliards de dollars US au cours des 10 premiers mois de 2020, et sont susceptibles de continuer à diminuer au cours des années à venir. En parallèle, la monétisation directe du déficit par la BDL s’avère super inflationniste, l’inflation ayant dépassé les 100%. D’où la nécessité pour l’Etat de diminuer ses besoins de financement en renforçant sa base de recettes, en améliorant la collecte fiscale et en combattant l’évasion fiscale tout en réduisant les dépenses publiques et le service de la dette, en réformant le secteur de l’électricité et en privatisant quelques entités détenues par l’Etat afin de réduire les ratios de déficit et d’endettement publics.
Au niveau du secteur réel, le défi en 2021 est de restaurer une croissance positive du PIB réel. Le FMI a prévu une croissance négative de -25% pour le Liban en 2020 dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales en octobre, soit la troisième performance la pire mondialement après la Libye et le Venezuela. Le PIB connaît actuellement une contraction, passant de 52 milliards de dollars US en 2019 à 19 milliards de dollars US en 2020, soit une contraction nominale de 64%, dont 25% en termes de PIB réel et 39% en termes de prix des biens et services rapportés au dollar US. Alors que le PIB nominal en livres libanaises a augmenté de 18% en 2020, la contraction notable de cet agrégat en dollars US est due à l’adoption du FIM d’un taux de change de 5.000 livres par dollars US pour 2020, contre 1.507 pour 2019.
Par conséquent, le revenu par habitant est passé de 7.660 dollars US en 2019 (le pays se classant 85ème sur 192 pays de par le monde) à 2.745 dollars US en 2020 (135ème rang, avec 50 pays surclassant le Liban en termes de conditions socioéconomiques en un an). Il demeure toutefois possible, partant de cette base faible de PIB en 2020, d’enregistrer une croissance positive en 2021 suite à une amélioration du facteur- confiance après la formation du cabinet qui stimulerait la consommation et l’investissement privés alors que les dépenses publiques seraient toujours sujettes à une austérité requise.