224 Exemples de développements asymptotiques de suites et de fonctions.
SoientE un espace métrique,F un espace de Banach surK=RouC, f, g: D⊂E →F et a un point d’accumulation de D. On notera V(a) l’ensemble des voisinages dea.
1 Relations de comparaison
Définition 1. On dit que f est dominée parg au voisinage deaet on notef(x) = O
x→a(g(x))(ouf(x) 4
x→ag(x)) si
∃C>0, ∃V ∈ V(a), ∀x∈V ∩D, kf(x)k6Ckg(x)k.
Remarque 2. f est bornée au voisinage dea ⇐⇒ f(x) = O
x→a(1).
Définition 3. On dit que f est négligeable devantg au voisinage dea et on note f(x) = o
x→a(g(x))(ouf(x)
x→ag(x)) si
∀ε >0, ∃V ∈ V(a), ∀x∈V ∩D, kf(x)k6εkg(x)k.
Notation 4 (Équivalent). f(x) ∼
x→ag(x)⇐⇒ f(x)−g(x) = o
x→a(g(x)).
Remarque 5. Si`∈F, alorsf(x)−−−→
x→a ` ⇐⇒ f(x)−`= o
x→a(1).
Si l’on a déjà précisé que x→a et s’il n’y a pas ambiguïté, on écrira par exemplef(x) =O(g(x))ouf 4g au lieu def(x) = O
x→a(g(x)).
Exemple 6 (suites). E = N∪ {+∞} usuel, a = +∞, F = R. Pour tous α, β >0, γ >1,
1log(n)αnβγnn!nn (lorque n→+∞).
Exemple 7 (fonctions). E=C“usuel,a=∞,F =C. Pour tout poly- nômeP ∈C[X]de degréd,P(z) =O(zd)lorsque|z| →+∞.
Attention 8. Il vaut mieux ne plus lire ‘=’ comme une égalité à pro- prement parler, et considérer que Ox→a(g(x)) désigne l’ensemble des fonctions (ou bien l’une d’elles) dominées parg(x)lorsquex→a.
Exemple 9. Si Π(x) est le nombre de nombres premiers inférieurs ou égaux à x, alorsΠ(x)∼log(x)x lorsque x→+∞.
Exemple 10. Si(cn)∈CZest la suite des coefficients de Fourier d’une fonctionf C∞2π-périodique, alors∀k∈N, cn= o
n→±∞(|n|−k).
Propriétés 11. (Dans les relations ci-dessous, il est sous-entendu quex→a.)
a) f(x) =O(g(x)) ⇐⇒ kf(x)k=O(kg(x)k).
b) “O mange les constantes” :O(λg) =O(g)pour toutλ∈K∗. c) Si l’on remplace la norme de F par une norme équivalente, on ne
change pasO.
d) O est stable par combinaison linéaire : O(g) +O(g) = O(g) et λ·O(g) =O(g)pour toutλ∈K.
e) Si f(x) =O(g(x))alorskf(x)kα=O(kg(x)kα)pour toutα∈R+. f) Si f1(x) = O(g1(x)) et f2(x) = O(g2(x)), et si B est bilinéaire
continue, alorsB(f1(x), f2(x)) =O(kg1(x)kkg2(x)k).
(On a des propriétés analogues pour la relation de négligeabilité.) g) Si f 4g et gest nulle au voisinage dea, alorsf aussi.
h) 4est réflexive ;4etsont transitives.
i) “Unoest unO” :o(g) =O(g).
j) “Un od’unO est uno” :f =O(g) =⇒ o(f) =o(g).
k) “UnOd’un oest uno” :f =o(g) =⇒ O(f) =o(g).
l) Changement de variable. Soient b un point d’accumulation d’une partie D0 d’un espace métrique, et ϕ:D0 →D telle queϕ(y)→a lorsquey→b. Alorsf(x) = O
x→a(g(x)) =⇒ f◦ϕ(y) = O
y→b(g◦ϕ(y)), et on a la même formule pouro.
Exemple 12. Pour toutP ∈C[X],P(n)e−n=o(1).
Exemple 13. DansE=Mn(K),
det(Id +H) = 1 + tr(H) +O(H2) lorsqueH →0.
2 Développements asymptotiques
2.1 Définitions et exemples
Définition 14. Uneéchelle de comparaison au point aest une famille Ea de fonctions définies au voisinage dea(sauf peut-être ena) telle que
∀(h, k)∈ Ea2, h6=k =⇒ h
a k ou k
a h .
Exemple 15. {x7→(logx)αxβecxγ |α, β, c∈R, γ >0}est une échelle de comparaison en+∞pour les fonctions de la variable réelle.
Définition-proposition 16. Soitm∈N∗. On appelle développement asymptotique à m termes de f:D → F par rapport à une échelle de comparaison Ea au voisinage de a toute expression de la forme c1f1+ c2f2+· · ·+cmfm vérifiant
1. ci∈Ket fi∈ Ea pour tout16i6m, 2. fi
a fi+1 pour tout16i < m, 3. f(x) =Pm
i=1cifi(x) + o
x→a(fm(x)).
Si l’on impose de plus quecm6= 0, un tel développement est unique. Dans le cas particulier oùDest un intervalle deR,a∈R, etfi:x7→(x−a)i, 16i6m, on parle dedéveloppement limité à l’ordremena.
Exemple 17. Soit pn le périmètre du polygône régulier à n sommets inscrit dans le cercle unité. Alorspn= 2π−3nπ2 +60nπ54 +o(n15).
Théorème 18 (Formule de Taylor-Young). On suppose que D est un intervalle deRet quef:D→F est dérivablenfois ena∈D. Alors
f(a+h) =f(a) +f0(a)h+f00(a)h2
2 +· · ·+f(n)(a)hn n! + o
h→0(hn).
Exemple 19 ([Gou, p. 90]). tan(x) =x+x33 +2x152 +17x3157 + o
x→0(x7).
Applications 20. Les développements asymptotiques permettent de déterminer la limite d’une forme indéterminée, de préciser la position relative d’une courbe par rapport à une tangente ou une asymptote, de calculer les parties polaires de fractions rationnelles.
Exemple 21. Pour toutz∈C,(1 + zn)n−−−−−→
n→+∞ ez. Exemple 22. Soitf(x) =x3sin(1x)six6= 0etf(0) = 0.
f(x) =x3(x1−6x13+120x1 5+o(x15)) =x2−16+120x1 2+o(x12)lorsque x → ±∞. La parabole d’équation y = x2−16 est donc asymptote (par valeurs inférieures) à la courbe représentative def en±∞.
f admet leDL2(0) f(x) =O(x3) =o(x2).f est donc dérivable en0 et f0(0) = 0. Pour autant, f n’est pas deux fois dérivable en0.
Exemple 23. Soit la fraction rationnelle f(X) := XX3(X+1)2+1 . On a x3f(x) = (x2+ 1)(1−x+x2+o(x2)) = 1−x+ 2x2+o(x2)lorsque x→0, donc la partie polaire def relative au pôle0 est X13−X12 +X2.
2.2 Obtention de développements asymptotiques
Proposition 24 (Comparaison série-intégrale, [Gou, p. 204]).
Soitf une fonction de[n0,+∞[dansR+décroissante. AlorsP
n>n0f(n) et R+∞
n0 f(t)dt sont de même nature, et 1. s’il y a divergence,Pn
k=n0f(k)−Rn
n0f(t)dtconverge dansR+, 2. sinon,R+∞
n+1f(t)dt6P
k>nf(k)6R+∞
n f(t)dtpour toutn>n0.
Exemple 25 (Série harmonique). SoitHn :=Pn k=1
1
k, n>1. Il existe γ∈R+ tel queHn= log(n) +γ+o(1)lorsquen→+∞.
Exemple 26. Pour tout0< α <1,Pn
k=1k−α= 1−α1 n1−α+o(n1−α).
Pour toutα >1,P
k>n 1
kα = α−11 n1−α+o(n1−α).
Théorème 27 (Sommation des relations de comparaison, [Gou]).
SoientPun ∈F et Pvn ∈R+deux séries telles que un=o(vn).
1. SiPvn converge, alorsPun cv. (abs.) etP
k>nun=o(P
k>nvn).
2. SiPvn diverge alorsP
k6nun=o P
k6nvn .
Exemple 28. Soit pour toutn>1,εn:=Hn−log(n)−γ.
Alorsεn−εn+1=−n+11 +log(1+1n) =2n12+o(n12), doncεn= 2n1 +o(n1).
D’oùHn= log(n) +γ+2n1 +o(n1)lorsquen→+∞.
Exemple 29 (Sinus itéré, [Gou, p. 219]). Soient u0 ∈ ]0,π2] et pour n>1,un = sin(un−1). Alorsun =»3
n −3
√3 10
logn n√
n +o(logn√nn). Dév. 1 Théorème 30 (Intégration des relations de comparaison, [Gou]).
Soient f: [a, b[ → K, g: [a, b[ → R+ deux applications localement intégrables sur[a, b[(−∞< a < b6+∞) telles quef(x) = o
x→b−
(g(x)).
1. Sig est intégrable, alorsf aussi etRb
xf(t)dt= o
x→b−
ÄRb xg(t)dtä
. 2. Sig n’est pas intégrable alorsRx
a f(t)dt= o
x→b−
Rx a g(t)dt
. (Lesthéorèmes 27et 30admettent des énoncés analogues pourO.) Exemple 31 (Logarithme intégral, [Gou, p. 169]).
Z x
2
dt logt = x
logx
n
X
k=0
k!
logkx+o x logn+1x
!
lorsquex→+∞.
Applications 32. Les développements asymptotiques peuvent être uti- lisés pour étudier la convergence d’une série ou d’une intégrale.
Exemple 33 ([Gou, p. 214]). P
>2 (−1)n
(−1)n+nα converge ssiα >1/2. Exemple 34. La sériePsin(π√
n2+ 1)est convergente.
2.3 Autres méthodes
Théorème 35 (Méthode de Laplace, [Far, casn= 1 ou2, p. 103]).
Soient f: [a, b[→Retϕ∈ Cn([a, b[,R)(n>1) telles que : (i) f est continue enaetf(a)6= 0;
(ii) ϕadmet enaun minimum global strict,ϕ(b−)> ϕ(a),ϕ(i)(a) = 0 pour tout16i < net ϕ(n)(a)>0;
(iii) il existe t0 > 0 tel que x 7→ e−tϕ(x)f(x) est Lebesgue-intégrable pour toutt>t0.
Alors, en notant Γla fonction Gamma d’Euler, Dév. 2 I(t) :=
Z b
a
e−tϕ(x)f(x)dx ∼
x→a
Γ(1/n) n f(a)n
n!
ϕ(n)(a)te−ϕ(a)t.
Application 36 (Formule de Stirling). Γ(t+ 1) ∼
t→+∞
√2πtt+1/2e−t. Théorème 37 (Formule d’Euler-Maclaurin, [Gou, p. 301]). Soient m < ndansZ,r∈N∗ etf ∈ Cr([m, n],C). Alors
n
X
k=m
f(k) = Z n
m
f(t)dt+1
2[f(m) +f(n)] +
r
X
k=2
bk
k![f(k−1)(n)−f(k−1)(m)]
+(−1)r+1 r!
Z n
m
B˜r(t)f(r)(t)dt,
où – (Bk)k∈N est la suite des polynômes de Bernoulli définie parB0= 1 et Bk0 =kBk−1, R1
0 Bk(x)dx= 0pour toutk>1,
– pour toutk∈N,bk=Bk(0)et B˜k est la fonction1-périodique sur Rqui coïncide avecBk sur]0,1[et vaut 12(Bk(0) +Bk(1))en0.
Application 38. Hn= logn+γ+2n1 +Pr−1 k=2
(−1)k−1bk
k n−k+O(n−r) pour toutr∈N∗.
3 Autres exemples de développements asymptotiques
Exemple 39 ([BBR, p. 27]). Soit pour toutn ∈N∗, dn le nombre de diviseurs (dansN∗) de l’entiern. Alors
X
n6x
dn=xlogx+ (2γ−1) + O
x→+∞(√ x)
oùγest la constante de l’exemple 25.
Exemple 40. Lorsquex→+∞, Z x
0
sint t dt= π
2 −cosx
x −sinx
x2 + 2cosx
x3 + 6sinx x4 +o
Å1 x5
ã .
Exemple 41 ([Die, p. 98]). Pour toutn∈N, Z +∞
x
e−t2dt=e−x2
n
X
k=0
(−1)k(2k)!
k!22k+1x2k+1 + o
x→+∞
Ç e−x2 x2n+1
å .
Exemple 42 (Perturbation d’une équation différentielle). Soit Eε:
® x00+x+εx2= 0
x(0) = 0, x0(0) = 1, ε>0.
La solution deE0 estx0(t) = sin(t).
On peut chercher une solution deEεau premier ordre enε:xε(t) = x0(t) +εω(t) +O(ε2)uniformément ent, avecω(t)à déterminer. En réinjectant dansEε,ω(t)doit vérifierω00+ω+ sin2t= 0,ω(0) = 0, ω0(0) = 0. On trouvexε(t) = sin(t) +ε4 cos(t)−cos(2t)−3
6 .
ex 1 +x+x22+· · ·+xn!n+o(xn)
cosh(x) 1 +x22 +x244 +· · ·+(2p)!x2p +o(x2p+1) sinh(x) x+x63 +120x5 +· · ·+(2p+1)!x2p+1 +o(x2p+2) tanh(x) x−x33+2x155 −17x3157+o(x8)
cos(x) 1−x22+x244+· · ·+ (−1)p x(2p)!2p +o(x2p+1) sin(x) x−x63 +120x5 +· · ·+ (−1)p x(2p+1)!2p+1 +o(x2p+2) tan(x) x+x33+2x155 +17x3157+o(x8) (1 +x)α (α∈R) 1 +αx+α(α−1)x2 2 +· · ·+α(α−1)···(α−n+1)xn
n! +o(xn)
1
1−x 1 +x+x2+· · ·+xn+o(xn)
log(1 +x) x−x2
2 +x33+· · ·+ (−1)n−1xn
n +o(xn) arctan(x) x−x3
3 +x55+· · ·+ (−1)p x2p+1
2p+1 +o(x2p+2) arcsin(x) x+x63+3x405+· · ·+
2p p
x2p+1
4p(2p+1) +o(x2p+2) argth(x) x+x33+x55 +· · ·+x2p+12p+1+o(x2p+2) argsh(x) x−x3
6 +3x405 +· · ·+ (−1)p
2p p
x2p+1
4p(2p+1) +o(x2p+2)
Figure1 – Développements limités des fonctions usuelles.
Références
[BBR] NicolasBonnault, Jean-FrançoisBurnolet PhilippeRoche: Analyse, Math Sup & Math Spé : exercices corrigés posés à l’oral des concours.
[Die] JeanDieudonné: Calcul infinitésimal. 2ème édition.
[Far] JacquesFaraut: Calcul intégral.
[Gou] XavierGourdon: Analyse. 2ème édition.
[Rou] François Rouvière: Petit guide de calcul différentiel à l’usage de la licence et de l’agrégation. 3ème édition.
Autres développements possibles
— Méthode du col [Die].
— Méthode de la phase stationnaire [Die].
— Développements asymptotiques de fonctions arithmétiques.