WORLD HEALTH ORGANIZATION
SYMPOSIUM INTERREGIONAL SUR LES CRITERES El' LES METHODES DE MESURE DE LA PURETE DE L'AIR
Genève, 6-12 août 1963.
ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE
vmo/Ll.r/14
26 juillet 1963
r;BJlNcrr? .sEULEMEnT
APERCUS SUR LES RISQUES DE CANCERISATION
POUVANT RESULTER DE LA POLLUTION DE L'AIR DES VILLES par
René Truhaut
Professeur de toxicologie et d 1 hygiène industriel-le à la Faculté de Pharmacie de l'Université de Paris, Chef des Recherches chimiques à l'Institut Gustave Roussy
(Institut du Cancer)
L'air est l'aliment le plus fondamental de l'homme, qui en absorbe chaque jour, de sa naissance jusqu'à sa mort, environ 12m3 , soit un peu plus de 15 kg.
Toute altération de sa pureté est, par suite, d1ur1e importance primordiale, car les agents nocifs qui peuvent s'y trouver incorporés, au moins dans les gaz et vapeurs, ainsi que les vésicules et les particules microniques ou submicroniques qui ne sont pas arrêtées par les filtres trachée-bronchiques, viennent en contact direct avec l'épithélium pulmonaire, exerçant des effets nocifs à son niveau, ou même, très sou- vent, passant dans la circulation générale.
Comme la respiration est la caractéristique la plus essentielle de la vie, la pollution de l'air réalise ainsi les conditions optimales à la réalisation d'effets de toxicité à long terme résultant de l'absorption répétée de doses même très minimes de substances polluantes, doses trop faibles pour entraîner des effets de toxicité aiguë ou subaiguë, mais dont la répétition peut finir par provoquer des symptômes beauooap -plus insi~eux, parce .que n'apparaissant, en général, sans aucun signe d'alarme et s'avérant alors très souvent irréversibles.
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Les substances douées de propriétés cancérogènes sont, à cet égard, particu- lièrement dangereuses pour plusieurs raisons principales
a) L'activité considérable de certains composés cancérogènes, et en particulier de ceux de la classe des hydrocarbures aromatiques polycycliques, benzo-3,4-pyrène
(benz(o)pyrène) par exemple.
L'absorption de doses très minimes, pouvant atteindre le millième de milligramme
(~g) chez de petits animaux comme la souris, suffirait, selon certains (Lettinga, 1937)}5•51
•59 pour provoquer la cancérisation après un temps de latence
suffisamm~nt
prolongé.
b) La sommation très probable des Gffets cancérogènes
A , 18,19
cet egard, les constatations faites par Drucl~:rey & Kupfmuller au cours de,leur étude de l'activité cancérogène du p-diméthylaminoazobenzène, ou jaune de beurre, chez lo rat, en fonction de la dose, sont d1un grand intérêt. Cey auteurs ont administré le colorant pcr os à des doses journalières maintenues constantes pendant toute la durée de l'expérimentation, mais variables po1~ chaque lot d'animaux. Ils ont vu que, comme on pouvait s'y attendre, le délai d'apparition en jours (t) des hépatomes dans chaque lot était d'autant plus court que la dose journalière absorbée (d) était plus forte; mais, constatation à notre avis fondamentale, ils ont observé que la dose nécessaire (dt)
pour faire apparaître les tumeurs hépatiques était pratiquement constante pour des durées d'expérience allant de 32 à 700 jours. Des résultats analogues ont été obtenus par
Druckrey, Schmahl ct leurs collaborateurs avec le p-diméthylaminostilbène53 et avec la N-diéthylnitrosamine.21
Si de tels faits se confirmaient avec les autres substances cancérogènes, il faudra:i t admettre cette notion a priori paradoxale du point de vue toxicologique, que les effets de chaque dose isolée s'ajoutent sans aucune perte, pendant toute la vie, quel que soit le jeu des éliminations. Il y aurait sommation totale d'effets absolument irréversibles.
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Ce serait là une caractéristique de l'action des agents cancérogènes qui les différencierait des autres agents responsables de phénomènes de toxicité à long terme, Dans le cas de ces derniers, tous les faits connus jusqu'à maintenant permettent de con- sidérer, au moins pour les doses suffisamment basses, leurs effets toxiques comme réver- sibles et diminuant au fur et à mesure de l 1éliminGtion, pour disparaître lorsque la concentration au niveau des récepteurs physiologiques devient suffisamment faible. Les effets toxiques dépendent en effet avant tout de cette concentration, On peut donc, en tenant compte des vitesses plus ou moins grandes d'élimination, fixer avec une approxi- mation convenable des doses-seuils en deça deGquelles il n'y a plus de danger.
Au contraire, dans le cas des substances cancéroeènes, bien que les études sur les relations entre la dose et l'effet aient montré l'existence de doses-seuils, il est beaucoup plus difficile de fixer ces dernières car, si l'on ad~ct la persistance de l'effet après élimination de la substance qui en est responsable, même des doses in- fimes peuvent être dangereuses si leur absorption se répète pendant une période suffisam- ment longue pour que le seuil à partir duquel peut sc manifester la cumulation des effets soit atteint.
Il faut. m~m~ _ so_uligttE;)r que, qans le cas de petites doses, plus elles sont fractionnées, plus elles paraissent efficaces. Les observations de Druckrey et ses col- laborateurs concernant le p-diméthylaminostilbène et les N-dialcoylnitrosamines nous paraissent, à cet égard, particulièrement significatives.
Le danger est d'autant plus grand qu'on ne peut, a priori, exclure la possi-. bilité d1une sommation des effets des diverses substances cancérogènes auxquelles l 1homme peut se trouver exposé dans les conditions de la vie moderne, aussi bien du fait de la
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pollution de l'air des villes que du fait, par exemple, de la consommation du tabac ou de l'ingestion d'aliments dans lesquels ont été incorporés, volontairement ou for- tuitement, certains produits chimiques. Les résultats obtenus par Nakahara
&
Fukuoka47 dans l 13.pplication succe::osive sur la peau de la souris de méthylcholanthrène et de N-oxyde de nitro-4-quinoléine plaident en faveur d1une telle éventualité et le concept de la syncarcinogénèsc mis en avant par Bauer1se trouve ainsi matérialisé.
c) La manifestation à retardement des effets cancérogènes
l\insi que 11 ont établi, aussi ·bien les observations sur l'homme que les
, . t t. 11 • l 18 ~ ' ff . . t ,
exper1men a lons sur an1ma , ces ericts sont typiquement des e ets de tox1c1 e à très long terme, exigeant le plus souvent, pour se manifester, un très long temps de latence. Ils risquent, par suite, de passer inaperçus si l'observation des sujets exposés n'est pas suffisamment prolongée.
Cette remarque doit être particulièrement prise en considération dans le cas des agents cancé1•ogènes de faible activité.
d) La toxicité aiguë ou subaigu8, souvcrrt très faible, des agents chimiques cancérogènes, comportant comme conséqucnce.le risque de méconnaissance des dangers qu1ils représentent.
e) L1 existence de nombreux facteurs "cocancérogènes" ou "promoteurs11, c 1 est-à- dire de facteurs qui ne sont p&s cancérogènes par eux-mêmes, mais dont l'intervention, en même temps ou à la suite de celle d'un agent cancérogène, permet à cc dernier
d 1 exercer son ac ti vi té à des doses q1..li, en leur absence, seraient sans effet.2~3~4,5,6,13~20,25,J0,44,45,50,56
Tels sont, en particulier, certains agents tensio-actifs ou détergents du groupe des Tweens et surtout lee hydrocarbures légers, provenant de l'évaporation des
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essences pour moteurs automobiles, jouant le rôle de solvants et même d1éluants vis- à-vis des hydrocarbures polycycliques cancérogènes adsorbés sur les particules d'im- brÛlés lourds (suies) présentes dans l'air des cités industrielles.
Il faut, en outre, souligner l'allongement ininterrompu de la liste des agents reconnus pot-ent"H.ùlement cancérogènes.
Contrairement à ce que l'on avait pensé au moment de la découverte des premiers composés définis doués d'action cancérogène se rattachant ilU groupe des hydrocarbures aromatiques polycycliques, l'activité cancérogène n'est pas caracté- ristique d1une classe chimique particulière, mais se retrouve chez des substances se rattachant à des séries chimiques très différentes. Dans la liste des agents chimiques reconnus potentiellement cancérogènes, comprenant à l 1heure actuelle plusieurs centaines de représentants, figurent même des composés minéraux comme les dérivés de l'arsenic et du sélénium.
c'est dire que, malgré l'importance, à la fois théorique et pratique, de certaines notions acquises sur les rapports entre l'activité cancérogène et la struc- ture moléculaire au sein d1un groupe chimique particulier, il est, dans l'état actuel de nos connaissances, impossible de déduire avec certitude,de la considération de la formule et de la configuration d'une substance non encore soumise à l'investigation, si cette substance est dépourvue de propriétés cancérogènes.
Après l'exposé de ces généralités, nous envisagerons les principales sources éventuelles de rejet de composés cancérogènes dans l'atmosphère des villes.
~
Si 11on met à part les poussières radioactives, dont l'étude des conditions de dissémination et des nocivités pouvant en résulter nous entraînerait beaucoup trop loin et demande d'ailleurs des suppléments d'information pour pouvoir évaluer, sans
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exagération outrancière, les risques pour la santé pouvant résulter aussi bien des essais d'engins nucléaires de destruction que du développement des applications pa- cifiques de l'énergie atomique, on peut dire que les composés cancérogènes les plus importants pouvant être rencontrés dans l'air des cités industrielles sont les hydro- carbures aromatiques polycycliques présents dans les ;'imbrûlés lourds" formés lors de la combustion incomplète et de la pyrolyse de différentes matières : gaz naturels, charbons, combustibles liquides, etc. Ces imbrûlés lourds constituent de véritables suies. Il faut rappeler à cet égard que les suies sont les premiers matériaux chimi- ques reconnus aptes à provoquer, dans certaines conditions, des cancers chez 11homme, en l'espèce le cancer du scrotum observé, dès
1775,
chez les ramoneurs par le chirur- gien anglais Sir Percival Pott. Le pouvoir cancérogène de la suie formée dans la com- bustion incomplète du charbon minéral a été, par la suite, confirmé chez l'animal par48,49
29
le cancérologue anglais Passe~.- • Goulden & Ti pl er ont d 1 ailleurs pu en isoler (jusqu'à 300 ~/g) 11un des représentants les plus actifs de la série des hydrocar- bures polycycliques cancérogènes, le benzo-3,4-pyrène, déjà isolé des goudrons de houille cancérog~nes par Kennavray, Cook et leurs collaborateurs en 1933.
Or, de tels imbrÛlés lourds sont, le plus souvent, présents dans les maté- riaux suivants, rejetés en permanence dans l'atmosphère des villes :
fumées des foyers domestiques;
fumées des foyers industriels;
fQ~ées des locomotives et des bateaux;
gaz d1échappoment des véhicules automobiles, et tout spécialement des véhi- cules à moteurs Diesel lorsque ceux-ci sont mal réglés.
Comme autres sources d'hydrocarbures polycycliques cancérogènes, il faut mentionner les poussières provenant de l'usure des r0utes goudronnées ou asphaltées, ainsi que des pneus de véhicules automobiles dont le caoutchouc est additiorillé, corrme
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7
substances de charge; de noirs de carbone qui ne sont pas toujours constitués par du carbone pur, mais, si leur fabrication est mal conduite, peuvent renfermer des hydrocarbures polycycliques cancérogènes.
La réalité de ces risques de pollutions cancérogènes a été objectivée par toute une série de constatations :
I. Sur le plan biologique
Le pouvoir cancérogène des poussières récoltées dans l'air de diverses cités industrielles a été mis en évidence par expérimentation sur l'animal. Dès
r.ll 40 ' t 1 • i
1~2, Leiter, Shimkin & Shear observerent des sarcomes au pain d inJect on chez
8%
de souris ayant reçu une injection sous-cutanée de 50 mg d'extrait obte- nu par épuisement au benzène et à l'éther de poussières récoltées dans différentes villes des Etats-Unis, les tumeurs apparaissant entre 5 à 16 mois après l'injec- tion. La .. m@me année, Donald & 'ioodhouse17constatèrent une augmentation notable, par rapport à des animaux témoins, de l'incidence des cancers pulmonaires chez des souris exposées à des inhalations prolongées de poussières d'atmosphères de villes industrielles; ils firent des observations analogues chez des souris soumises à des badigeo~~ages de la peau avec des extraits des m~mes poussières.
Douze ans plus tard, Kotin,
Fall~,
Mader&
Thomas34
rapportèrent le développement de papillomes et de tumeurs de la peau chez la souris ayant subi des badigeon- nages répétés avec des extraits de poussières du "smog11 de Los Angeles, la pre- mière tumeur étant apparue465
jours après le début des expériences (42 %de tumeurs dont3/4
environ étaient malignes). Ces résultats furent confirmés dans6~
d'autres pays. Personnellement, nous avons pu, en collaboration avec Mlle de Clercq, ~ observer le développement d'épithéliomas spinocellulaires chez des souris qui av:aient été badige9nnées pendant plusieurs mois avec un extrait acétonique de poussières récoltées à Paris.
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Il faut toutefois souligner que la plupart des résultats positifs ont été obtenus, soit par injection dans le tissu sous-cutané, soit surtout par badigeonnages de la peau, et que beaucoup plus rares sont les observations d'effets cancérogènes au niveau du tissu pulmonaire lui-m@me des animaux expérimentés. Il semble, à cet égard, que le tissu pulmonaire de l'homme soit beaucoup plus apte à subir la transformation maligne sous l'influence des agents incriminables que celui des espèces animales étu- diées jusqu'ici. Récer.JIDent cependant, JCotin38 a pu observer la production de cancers pulmonaires chez le rat à la sui te d 1 exposition prolongée à âes atmosphères polluées.
D'autres auteurs, entre autres Ryazanov et collaborateurs,
52
s'orientent vers 1'expé.~
rimentation par voie intratrachéale qui, avec le benzo-3,4-~yrène, a fourni des résul- tats positifs.
2. Sur le plan chimique :
a) Des composés cancérogènes définis~ en particulier le benzo-3.4-pyrène, ont pu ê"tre caractérisés et mê"me dosés dans l'atmosphère des cités industrielles.
C'est ainsi que, en
1952,
Waller,65
dont les résultats ont été confirmés par Cooper, 10 a caractérisé le benzo-3.4-pyrène dans l'atmosphère de huit villes an- glB:ises o Les concentrations en cet h;y drocarbure étaient de l'ordre de 1_,3 à4_,5~J.L/l00
m3•D'après Waller_, elles sont beaucoup plus fortes en hiver qu'en été, ce qu'explique partiellement la suppression, pendant cette dernière saison, des pollutions attri- buables aux foyers domestiquesu Se basant sur ces résultats et sur ceux qu'ils avaient personnellement obtenus concernant les taux de carbone dans le poumon humain,
J. W.
s.
Bla.cklock, E.L~
Kennaway et leurs collaborateurs 7 ont calculé qu'un habitant d'une cité industrielle telle que Londres inhalait, en 70 ans, environ lOO g de car- bone (dont99
à99,5 %
sont heureusement rstenus par les filtres des muqueuses nasales et trachée-bronchiques) représentant approximativen1ent 16 rr~ de benzo-314~pyrène. Cet hydrocarbure a été décélé également dans l'atmosphère de nombreuses cités industrielles et en particulier dans l'air de Montréal par G. E. Moore et M. Kats,43 dans l'air des villes norvégiennes par J. M4 Campbell et L. Kreyberg et dans l'air de Paris par 8Page 9
divers auteurs et en particulier par Florentin et
r~e
Heros27
et aussi par ' · 46 L b t · . . 1 P f . 1 . d 'M .. H. Moureu et son equJ.pe du a ora oJ.re munJ.cl.pa • our l.Xer es l. ees~ nous avons jugé utile de reproduire le tableau suivant dressé par P. Kotin dans lequel sont indiqués les taux de benzopyrène trouvés dans l'atmosphère de diverses cités industrielles.
TAUX DE BENZOPYRENE DANS LES ATMOSPBERES DES CI'I'LS INDUSTRIEIJ...ES
Los-Angeles ·••••••••••••••••••••
Reykjavik •••••••••••••••••••••••
Bergen ••••••••••••••••••••••••••
Oslo ••••••••••••••••••••••••••••
Copenl1agt.1e ••••••••••••••••••••••
Sheffield •••••••••••••••••••••••
InnŒes ••••.••.••.••••..•••.••••
3-3,25 0,23
0~5-1,9
0,09-1152 1-4,5
2~0-3,3
2,6-14,7
1..1. [;/ g de suie
155-255
125-233 143-300
295 136-190
Personnellement~ en collaboration avec Mlle de Clercq, nous n'avons pas caractérisé le benzopyrène avec certitude dans les extraits que nous avons préparés par épuisement des poussières recueillies à partir de l'air de notre capitale, mais, en revanche 1 nous avons identifié des composés neutres ou basiques renfermant dans leur molécule jusqu'à 4 ou 5 cycles aromatiques polycondensés. Il est intéressant de
·souligner que certains hydrocarbures cancérogènes 1 et en particulier le benzo-3 14- pyrène, ont, malgré leur photo-oxydabilité 1 une stabilité suffisante pour s'accumuler dans l'air.23
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Il faut ajouter que d'autres composés cancérogènes accompagnent cet hydro- caruure polycylique et ses co~génères tels que le l, 2,
5, 6
dibenzanthracène~ d~ce~.é31,14,57-58 1 ' t . •t' .
par Shabad et ses collaborateurs · dans l atmosphere de roJ.s cl. es J.ndus-~
trielles soviétiques .. et le benzo-3,1~-fluoranthrène_, décelé p'lr Kotin et ses collabo- t d l ' . d Lo 0 l 34 0 t ' d '1 f t •t t' li 1 ra eurs ans al.r e s r>rve es. fi. ce egar J l. au cl er en par J.cu er es d.érivés arsenicaux et les époxydes alj_phê.tiques, formés è.ans 1 'oxydation photo-chi- mique des hydrocarbures non saturés de la sé~ie grasse proven~~t des essences de pé- trole, dont les propriétés cancérogènes ont été rç;.connues par Kotin et ses collabo-- rateurso
36
Il faut mentionner é6alement le car::J.ctère pour le moins extr~ement suspect des radicaux libres caractérisés, entre autres, dans le "smog" oxydant de Los Angeles
60
54. etG4
par Stephens et ses collaborateurs~ , sans parler des vapeurs nitreuses dont il n'est pas interdit de penser qu'elles peuvent'dbhhêr·naissanéê~ par réaction sur les groupements aminés libres cle. :nolécules protidiques à faible poids moléculaire, à des corps de la série des nitrosamines dont beaucoup sont des cancérogènes puissants pou1ant exercer leur redoutable activité sur de nombreux organes·comprehant, en par- ticulier, en dehors dn poumon, le cerveau_, l'oesophage .. l'estomac .. le foie et le
. 22 rel.n.,
b) Des composés cancérogènes .. et en particulier le benzo-3 .. 4-pyrène, ont été caractérisés au sein m6'me de l'or::;anisme humain.
Il faut surtout c:. ter à cet éJZard les travaux des savants tchèques Hopp ..
Novotna et Sula62
qui ont caractérisé le b0nzo-pyrène dans les glandes lymphatiques humaines et s1-:rtout ceux à.cs chercheur::: soviétiques P. P. Dikun et N. D. Gorelova28 qui, uettant en oeuvre pour la recherc!1e du ;:,enzo-pyrène une techn.ique particulière- ment sensible basée sur l'effet ShpolskJ. (spectres de fluorescence à structure fine à très basse température et sous at1nosph8re cl' azote), ont pu identifier, de façon cer- taine, une petite quantité de benzo-3 .. 4-pyrène - (ordre du 1/lüème de (..LS) - danc. ::.e
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poumon des habitants de cités industrielles. En France, L. Mallet et Mme Heros- Dekeirel 41 ont pu également caractériser la prése~ce, dans les poumons et les ganglions bronchiques et médiastinaux d0 sujets habitant Paris et décédés acciden- tellement, d'une substance a;,rant les caractéristiques spectrales et chromatogra.,.
phiques du benzo-3,4-pyrène (ordre du ~ r; par gramme de tissu sec). Poursuivant leurs recherches, ils ont décelé la substance cancérogène dans les gan~lions lombaires et
iliaques, le foie et la rate, soulignant que les quantités étaient plus importantes chez les sujets ~gés que chez les sujets jeunes. Ils ont enfin montré que l'hydro- carbure polybenzénique s'éliminait partiellement par les voies urinaires. Ils ont
m~me retrouvé, chez un enfant de dix ans habitant Paris, un taux de 3 ~g/litre. Le fait est d'importance car, dans ce cas, il n'y a pas à tenir compte du benzo-pyrène éventuellement inhalé avec la fumée de tabac qui constitue également une source reconnue de l'hydrocarbure cancérogène.
En ce qui concerne le mode de pénétration du benzo-Dvrène dans la circulation
35 37 24 38
générale, il faut souligner, avec Kotin etses collaborateurs, , " , le r61e éluant des solutions protéiques qui, d'après le spécialiste américain, intervient au niveau des macrophages pulmonaires qui phagocytent les particules de suie sur les- quelles se trouve adsorbé l'hydrocarbure. Il faut ajouter que les hydrocarbures légers rejetés dans l'atmosphère par les gaz d'échappement des moteurs à essence et aussi éventuellement par les raffineries localisées dans les banlieues de certaines cités industrielles, Los Angeles par exemple, jouent le r&le de solvants et m~me
d' éluants vis-à-vis des hydrocarbures aromatiques polyc~Tcliques cancérogènes adsorbés sur les particules d'imbrÛlés lourds.
Les'agents chimiques oanoérogènes présents dans l'air des villes et semblant bien pénétrer dans l'orc;anisme chez des su .ets exposés manifestent-ils leur redoutable activité chez ces derniers ?
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Les données statistiques rassemblées dans différents pays sont en faveur d'une réponse positive à cette question car elles révèlent de façon nette, une augmentation progressive de la fréquence des morts dues au c~ncer du poumon au cours des dernières dé- cades (plus de 150 000 morts par an pour l'ensemble de le. population du globe à l'heure actuelle). Bien que ~ette augmentation puisse s'expliquer en partie par une amélioration des méthodes de diagnostic de la maladie, il est aujourd'hui admis, de façon à peu près unanime, qu'elle correspond vraiment à une réalité et qu'elle traduit l'intervention accrue de facteurs de causalité.
Parmi ceux-ci,16
•32
•55
il faut souligner l'importance reconnue de la fumée de tabac, ce qui rend difficile l'évaluation exacte de la part réelle qui revient à la pol- lution de l'air comme facteur de causalité dans l'étiologie du cancer pulmonaire.
En fnveur du r6le de la pollution de l'air s'inscrit le fait que la fréquence du cancer pulmonaire est, ainsi que l'ont montré, entre autres les enqu@tes de Clemmesen
9
12 61et ses collaborateurs au Danemark, de Curven et ses collaborateurs et de Stocks en Angleterre, de Dikun et ses collaborateurs14
•57• 58 en Union soviétique, de Hoffman
&
33 42 . 39 ' l 'l '
Gilliam, de Mancuso & Coulter aux E-~ats-Unls et de Kreyberg en Norvege, p us e evee dans les zones urbaines que dans les zones rurales, le rapport ville/campagne étant très nettement supérieur chez les sujets du sexe masculin. Les plus grandes différences entre les villes et les campagnes ont été rapportées en Norvège et au Danemark, où le taux de mortalité par cancer du poumon est quatre fois plus élevé dans les capitales que dans les districts ruraux. En Angleterre, le taux de mortalité masculine par cancer du poumon est environ deux fois plus élevé que celui de la campagne ainsi qu'il ressort de la lecture du tableau ci-dessous dressé par \'1aller 65 pour la période de 1950 à 1953 {valeur de réfé- rence pour l'Angleterre et le Pays de Galles pendant cette période =lOO; cette valeur 100, prise pour référence, est relative à chaque sexe, plus forte donc pour le sexe masculin).
Très grandes cités . . . . Villes de plus de 100 000 habitants ••••.••••••••••••
Villes de 50 000 à lOO 000 habitants ••••••••••••••••
Villes d~ moins de 50 000 habitants ·~~···
Zones rurales .•...•...•...•...••...•.•...
Hommes 125 112
93 84
64Page 13
Femmes 121 101
88 86 77
Plus précisément, il existe une corrélation entre les taux standardisés de mortalité par cancer bronchique et la densité de la population, ainsi que l'a montré Stocks 61 dans une enquête portant sur 126 zones du Lancashire.
En France, le relevé des statistiques par département conduit à une conclu-
A 66
sion du meme ordre.
Enfin, la mortalité par cancer bronchique augmente plus vite à la ville qu'à la campagne.
39
Il existe ainsi une liaison entre la fréquence du cancer bronchique et le niveau de concentration urbaine. Il nous paratt important de préciser à ce sujet que, comme l'a bien souligné Kreyberg,39
cette relation concerne spécifiquement les variétés de cancer bronchique de type épidermoïde et anaplasique, c'est-à-dire celles qui pa- raissent dépendre de l'action de facteurs exogènes parmi lesquels figure la fumée de tabac, et qu'elle n'est pas valable, pour d'autres variétés, adénocarcinomes par exemple, dont l'étiologie et la pathogénie paraissent dépendre de facteurs endogènes.Naturellement, de telles données statistiques doivent être interprétées en tenant compte de toute une série de facteurs et en particulier des variations dans des conditions de diagnostic et dans les méthodes d'enregistrement, de l'habitat des malades, de leurs occupations professionnelles, et enfin des différences dans l'habitude de fumer.
Une étude critique sur l'intervention de ces divers facteurs a été faite par Flamant. 26
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En ce qui concerne l'habitude de fumer qui constitue, à notre avis, le prin- cipal facteur à prendre en considération, il convient de citer les conclusions de l'en- qu@te de Hammond
&
Horn, 32 d'après lesquelles la mortalitê par cancer bronchique-augmente selon le degré d'urbanisation, non seulement chez les fumeurs de cigarettes, mais aussi chez les non-fumeurs. Stocks 61 aboutit aux m@mes conclusions dans une étude portant sur 225 femmes, pour lesquelles la proportion plus importante de non-fumeurs ou fumeurs lé- gers augmente la signification des résultats comparatifs.·A la lumière de ces résultats, on peut admettre, dans l'état actuel de nos connaissances, que les différences de com- portement vis-à-vis de l'usage du tabac n'explique pas entièrement la plus grande fré- quence du cancer bronchique chez les citadins comparativement aux habitants descampagnes.
Il existe d'ailleurs des arguments statistiques, non plus indirects, mais di- rects, concernant la relation entre la fréquence du cancer bronchique et le degré de pollution atmosphérique. C'est ainsi quo Stocks61
a mis en évidence une corrélation entre le taux de mortalité par cancer bronchique et la quantité de divers polluants dans l'air des zones anglaises soumises à l'enquête statistique : dép6ts non dissous tombant dans les pluviomètres, matière noire recueillie p~r passage des fumées à travers des filtres, hydrocarbures aromatiques polycycliques, notamment le benzo-3,4-pyrène. Il est intéressant de noter qu'une corrélation analogue existe dans le cas du cancer de l'es- tomac, ce qui pourrait s'expliquer par l'ingestion d'aliments contaminés, en raison d'une mauvaise protection par l'air pollué. Rappelons, à propos du r6lc de la pollution de l'air dans l'étiologie des tumeurs bronchiques, que la Grande-Bretagne occupe la première place quant à la fréquence de cette localisation cancéreuse, ce qui cadre avec le degré de pollution de l'air par la fumée de charbon utilisé pour le chauffage domestique.
Page 15
Il faut dans le même sens mentionner les intéressantes conclusions de Campbell
&
Kreyberg,8d'après lesquelles les concentrations en benzo-3.4-pyrène trouvées dans l'air de cités industrielles comme Oslo et Copenhague S8nt du même ordre que celles
enregistrées dans de petites villes rurales d'Angleterre ou du Pays de Galles, où l'on se chauffe beaucoup au charbon. Or les taux de ~ortalité par car1cer bronchique y sont pratiquement les mêmes.
On doit reconnaître que l'ensemble des données d'ordre chimique, expérimental ou épidémiologique que nous avor~s présentées, sans permettre de conclure avec ~~e cer- titude absolue que la pollution de l'air des villes joue un rôle dans l'étiologie du cancer bronchique, apporte une très forte présomption en faveur de cette hypothèse.
Ceci est d'une importance pratique considérable, car si le facteur causal est un facteur exogène, il devient possible d'envisager des mesures de prévention. De toute façon, eomme le doute doit, à notre avis, toujours être au bénéfice de l'homme lorsqu'il s'agit de la protection de sa santé, il s'impose de réduire au strict minimum l'émission de corps "potentiellement cancérogènes" dans l'atmosphère des villes, et, en première ligne, des imbrûlés lourds, ou suies, résultant do la combustion incomplète de divers matériaux.
A cet égard doivent, à notre avis, être imposés, sans plus attendre, le ré- glage et la surveillance des foyers domestiques et industriels, et le contrôle rigoureux du réglage des moteurs Diesel, dont l'efficacité a été reconnue et dont on peut affirmer qu'il est techniquement réalisable. Or, il suffit de circuler sur les boulevards exté- rieurs de grandes villes comme Paris pendant 5 à 10 minutes pour constater que les véhicules à moteur Diesel sont presque tous mal réglés êt l~chent, par leurs tuyaux d'échappement, d'abondantes fumées noires. Les gardiens de la paix n'auraient pas besoin de connaissances chimiques spéciales pour reconnaître une telle infraction et il suf- firait qu'un véhicule ait été immobilisé une o~ deux fois en vuo de son réglage pour que les pertes en résultant pour son propriétair8 conduisent celui-ci à veiller soigneusement à ce que les bFaleurs restent bien réglés.
Page
16
Comme autres mesures de prévcntion,sont à recommander :
l'amélioration et la concentration~ dans la mesure du possible, des foyers de combustion;
- la réduction de la pollution due aux chemins de fer par des mesures d'électrifi- cation ou d'équipement par d~s moteurs Diesel bien réglés;
- et enfin, dans l'application des plans d'urbanisme à côté de la mise en oeuvre de plans de décentralisation des installations industrielles génératrices de pollutions, la création d'espaces verts et boisés séparant los quartiers d'habi- tations des foyers de pollution.
L'efficacité cte ces diverses mesures est admirablement illustrée par les obser- vations du savant soviétique L. Shabad, présentées au Colloque international sur la
- poilution de l'air, que nous avons eu l'honneur d'organiser à Roy~umont en avril
1960.--
L'analyse comparée de l'air de deux villes de Sibérie si. tuées· à proximité 1 'une de l'autre - Irkoutsk ct Angarsk- avait démontré que les concentrations en benzo-3-4-py- rène y étaient très différentes. Dans l'air de la ville déjà relativement ancienne
d'Irkoutsk, où le chauffage est effectué à l'aide de petits poêles d'un modèle ancien, alimentés avec du charbon, et où los installations industrielles sont disséminées par toute la ville, la concentration de benzo-pyrène.est relativement très élevée. Au con- traire, la ville nouvelle d'Angarsk n'existant que depuis 12 ans a été b~tie d'une fa- çon rationnelle. Los entreprises industrielles y sont séparées du reste de la ville par une bande forestière do 2 à 3 km; les combustibles utilisés dans les foyers industriels y sont brûlés complètement; les cheminées sont munies d'appareils qui· retiennent la fumée; le chauffage des maisons d'habitation ost effectué par l'eau chaude provenant des
~Les résolutions de cc colloque tenu sous l'égide du Comité européen de Recherches sur la Protection des Populations contre l~s·Risqucs de Toxicité à long Terme (EUROTOX) ont été présentées dans un article que nous avons publié dans la Presse i11édicale du 31 juillet
1960.
Par ailleurs, les rapports et communications présentés à ce colloque par les cxp8rts qualifiés de 14 pays sont rassemblés dans un ouvrage d'ensemble publié par SEDES,5,
place de la Sorbonn8, Paris,1961.
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usines. Or, l'analyse d'échantillons de n2ige prélevés dans cette ville, même dans les wnes les moins propres de la cité, n'a décelé que 0,03 mg de 3,4 benzo-~J;:irè..ne!M'mètre rute pendant·6 ma:is, soit environ 7 fois moins que les quantités trouvées dans la neige pré- levée dans la zone des parcs ct des jardins de Leningrad. Par ailleurs, dans certains quartiers de la ville d'Angarsk, auc~~e trace de benzo-pyrè~en'a pu être décelée.
Enfin, l'atmosphère de la ville ne contient que des traces du redoutable hydrocarbure.
Nous sommes pleinement d'accord avec le Professeur Shabad pour reconnaître qu'il s'agit d'un exemple particulièrement sp~ctaculaire de l'efficacité prophylactique des mesures rationnelles d'hygiène urbaine.
Nous tenons, pour terminer, à souligner très fortement la nécessité d'aug- menter nos connaissances, aussi bien du point d8 vue des techniques de contrôle ana- lytique de la pureté de l'air, particulièrement délicates à mettre en oeuvre dans le cas des polluants potentiellement cancér·ogènes que de celui de la toxicologie c;;t de la cancérologie comportant la révélation des risques ct l'établisseme~t de mesures de pré- vention applicables dans la pratique sur les multiples problèmes que pose la pollution croissante de l'air des cités modernes. Ceci nécessite
- l'exploitation d'un réseau très fourni d'études statistiques dans les domaines analytique, épidémiologique et aussi météorolog~que;
- la mise en oeuvre sur une large échelle d'études scientifiques de base sur les grands problèmes de pollution, en réalisant la collaboration indispensable entre les diverses disciplines intéressées et en restant en liaison constante aussi bien avec les industries respcnsables de pollution qu'avec les représentants des pou- voirs publics;
- une documentation aussi complète que possible sur les trava~~ exécutés dans tous les pays du monde.
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C'est dire qu'il reste beaucoup à faire dans la lutte contre ce véritable fléau social à.l'échelle mondiale que constitue la pollution de l'air et cette consi- dération imposè une vaste collaboration internationale pour la stimulation et la coor- dination des recherches et aussi pour la promulgation des réglementations desti~ées à protéger la santé publique.
A Paul Valery qui a écrit un jour : "Je vois bien que les hommes se nour- risscmt de fumées", nous répondons : Encore ne faudrait-il pas qu'ils en meurent !
C'est pourquoi il faut poursuivr0 sans défaillance cette bataille de l'air pur. Pour la gagner, il faudra certes du temps et beaucoup d'efforts. Mais certains des résultats déjà obtenus et la prise de conscience universelle du problème que maté- rialise la réunion de cc symposimn international sous l'égide de l'Organisation mon- diale de la Santé justifient l'espoir dans le succès final et imposent par suite, de façon impérative, aux hygiénistes responsables d'intensifier leurs recherches et aussi leur action auprès des pouvoirs publics, afin de contribuer à la protection des ~opu-
lations qui, rnall1eureust:oment, n'ont aucun moyen de choisir l'air qu'elles respirent.
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