C AHIERS DE
TOPOLOGIE ET GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE CATÉGORIQUES
J EAN B ENABOU
Structures algébriques dans les catégories
Cahiers de topologie et géométrie différentielle catégoriques, tome 10, n
o1 (1968), p. 1-126
<http://www.numdam.org/item?id=CTGDC_1968__10_1_1_0>
© Andrée C. Ehresmann et les auteurs, 1968, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Cahiers de topologie et géométrie différentielle catégoriques » implique l’accord avec les conditions générales d’utilisation (http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou impression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
STRUCTURES ALGEBRIQUES
DANS LESCATEGORIES
parJean
BENABOUA Doudou
MATHEMATICIEN, IENNE. Celui, celle qui
sait les mathématiques, les enseigne et les pratique. C’est un grand mathématicien. j e
ne puis concevoir comment tous ces habiles mathématiciens nient un mathématicien éter- nel. (Voltaire)
1
Philol. Contre les mathé- maticiens, Titre d’un livre de Sextus Empi- ricus dirigé contre les philosophes dogma-tiques. )
Les mathématiciens discourant avec une justesse toute mécanique sur les choses de leur état, sauf le cas d’erreur matérielle,on en concluait autrefois qu’ils avaient néces- sairement le sens droit et devaient raison-
ner juste. C’était un préjugé; on confondait le travail intellectuel, les spéculations de l’esprit, avec les opérations machinales dites pondération, mesure, calcul; et l’on était fort éloigné de soupçonner que le raison-
nement dit mathématique n’avait absolument rien de commun avec le véritable raisonne-
ment. Cette erreur était elle-même la consé- quence de l’application vicieuse qu’on avait faite des termes de logique et de philosophie
tels que raisonnement, déduction, etc. , à la science spéciale dont l’objet unique est l’ap- préciation exacte de l’étendue en tous sens.
Aujourd’hui, les esprits les plus éminents
sont conv ain cu s, au contraire, qu e 1 e s ma-
thématiciens, en dehors de tout ce qui con-
cerne la mesure des quantités et des gran- deurs, sont les plus pitoyables raisonneurs que l’on puisse rencontrer, notamment en
politique, en morale, en philosophie, et
surtout dans le domaine des sentiments et
des passions. Cela tient à ce que le mathé- maticien, habitué à avoir l’unité, quelle qu’elle soit, pour base, point de départ et terme de comparaison, est nécessairement dévoyé, privé de boussole ou de phare, et
ne saurait’ faire dès lors un pas assuré, tou-
tes les fois que l’unité lui fait défaut. La
logique rigoureuse veut qu’il en soit ainsi.
Le mathématicien est fatalement, par état,
un esprit terre- à- terre; voilà pourquoi il est
généralement athée ou matérialiste, ce qui
a été un sujet de grand étonnement pour Vol- taire. On voit que rien n’est plus naturel, plus facile à comprendre. Cette inaptitude, logiquement démontrée des mathématiciens à raisonner juste, est peut- être l’une des plus heureuses découvertes de l’esprit mo- derne. (C. H enriey) .
INTRODUCTION
L’exposé qui
suit se compose de deuxparties.
Dans la
première
nous étudionssystématiquement (c’est-à-dire fonctoriellement ! )
les structuresalgébriques
sur les familles finies ou infiniesd’ensembles,
ouplus généralement d’objets
d’unecatégorie quelconque.
Plusieurs rédactions et
exposés (en particulier
au séminaire de M. Ehresmann en1963)
d’un travailbeaucoup plus général
où l’on étudiait les structuresalgébriques
sur les familles decatégories,
ou mieux surles
familles d’objets
d’une 2-catégorie,
nous ont convaincusqu’il
était« difficilement lisible >> sans
préparation préalable.
Lapublication posté-
rieure de la note de Lawvere
[ 1](*)
et de l’article deHiggins [ 1 ] ,
ainsique la
question posée
par Heller[ 1] , nous
ont renforcés dans cette con-viction.
La
première partie
est « le casparticulier
à une dimension >> de cepremier travail,
datant de1963, qui
feral’objet
d’une autrepublication.
Un type de structures
algébriques
sur 1- ternies(abrégé
en 1-type),
où 7 est un ensemble d’ « indices »quelconque, est
unecatégorie T
ayant pour
objets
les éléments du monoide libre Mengendré
par 1, et telle que tout motf.L == l 1 ...
6 E Msoit,
dansT ,
leproduit
desobjets l1 ... ln.
Si e
est unecatégorie
àproduits finis,
lacatégorie Alg( T, C)
des
algèbres
de type Tdans C
est la sous-catégorie pleine
deFonct(T, é )
( * ) Les
chiffres entre crochets renvoient à la bibliographie.ayant pour
objets
les foncteurs A : T -C qui
commutent avec les pro- duits finis.I . Ces définitions sont ensuite «
justifiées»
de la manière suivante :(1.1)
Nous donnons un sensprécis
à laphrase
«S
est uneespèce
de structures
algébriques
définie par desopérations,
internes ou externeset des relations entre
opérations composés »
.( I. 2) Si S
est une telleespèce et C
unecatégorie
àproduits finis,
nous définissons lacatégorie Alg(S, C)
desalgèbres d’espèce S dans C
et le foncteur d’oubli :Alg (S , C ) -> Cl qui,
à toutealgèbre,
associe la
famille sous- jacente d’objets de C-.
Deux
espèces S
etS’
sontéquivalentes si,
pour toutecatégorie C
àproduits finis, Alg (S , C )
etAlg ( S’ , C’ )
sont-équivalentes, l’équiva-
lence respectant les familles sous-
jacentes.
(1. 3)
Nous « classifions » lesespèces
de structures pour cetteéquivalence
en associant à touteespèce S
un typeT(S)
tel que :( i )
Pour toutecatégorie e
àproduits finis,
(Th.
2 1. 22).
( ii)
Deuxespèces 8
etS’
sontéquivalentes
si et seulement si leurs typesT (S)
etT (S’)
sontisomorphes (Cor. 2. 1. 3. 7 ) .
( I. 4)
Nous examinons les rapports entre nos définitions et les notions « diverses >> de structuresalgébriques
et montrons que :( i )
Lescatégories d’algèbres
universelles de Birkhoff sont les caté-gories Alg (S, Ens),
oùS
est uneespèce
sur un terme ( 1 ={O} ) définie
par des
opérations,
sansrelations,
c’est- à- dire uneespèce
libre.( ii )
Les variétéséquationnelles» correspondent
au casAlg(S,
Ens),où
S
est uneespèce
sur un terme, définie paropérations
et relations.( iii)
Les théoriesalgébriques
de Lawvere sont les types sur unterme et ses
catégories algébriques
sont lesAlg ( T , Ens ) ,
où T est untel type.
(iv)
Lescatégories d’algèbres
à schémasd’opérations
deHiggins
sont les
Alg (S, Ens), où S
est une I -espèce
libre(les
variétéséquation-
nelles
correspondant
au cas oùS
est définie paropérations
et relations.( v ) Les
structuresalgébriques (monordes,
groupes,etc... )
sur lesobjets
d’unecatégorie C
àproduits
finis sont lesobjets
decatégories
Alg (S, C),
oùS
est uneespèce
sur un terme définie paropérations
etrelations.
D’après (1. 3)
toutes ces notions sont des casparticuliers
decatégories Alg (T, C) .
Cecirépond
en passant à laquestion posée
par Heller[1]
sur les rapports entre les situations( I. 4 ) (iii)
et(iv)
ci-dessus.
II. L’étude des
catégories d’algèbres
de type T dans descatégories e
autres que Ens permet une
plus grande généralité (algèbres topologiques, algèbres
dans lescatégories
de faisceaux defoncteurs,
etc... les théo-rèmes démontrés pour Ens sont étendus sous des hypothèses raisonna- bles aux
catégories quelconques) .
Mais cette étude est surtout motivée par des nécessités de cohérence interne de lathéorie;
en effet :( i ) Pour
touteespèce
de structuresalgébriques S,
il y a unefamille canonique d’objets
deT ( S)
munie d’une structure deS- algèbre,
dite
S - algèbre générique
et notéeG (S) , qui joue
le rôle d’un modèle universel » pour toutes lesS- algèbres.
Defaçon précise :
Pour toutecatégorie C
et toute structure deS- algèbre A
sur une familled’objets de e,
il existe un foncteuruni que TS ( A ) : T (S)-> C
tel que A soitl’image
d irecte deG (S)
parTS ( A) .
Enparticulier,
pour touteS - algèbre A,
lesopérations
structurales de A sont lesimages
desopéra-
tions structurales de
G (S) ,
et une relation entre cesopérations
structu-rales est
identiquement vérifiée,
pour touteS- algèbre,
si et seulementsi elle est vérifiée dans
l’ algèbre générique G (S) .
Mais engénéral G(S)
n’est pas une structure
algébrique
sur une famille d’ensembles.( ii ) On
peut dualiser tous les résultats auxcatégories
de co-algèbres >>
définies parCo- alg ( T ,C) = ( Alg (T*, C*)] * , où e
est unecatégorie
à sommes finies.III. Les structures
algébriques
surplus
d’unobjet
permettent de traiter les modules sur les anneauxvariables,
les ensembles à groupesd’opéra-
teurs, etc... mais l’introduction de familles
(et
même de famillesinfinies) d’objets
munies de structures est, elleaussi, imposée)
par la nature même de la théorie. Un des résultats essentiels est en effet le suivant : Pour tout ensemble 1 lacatégorie Typ ( I )
de tous les types de struc-tures
algébriques
sur 1- termes(qui
ne cause aucun « ennuilogique»)
estelle-même de la forme
Alg (M(I), Ens ) ,
c’ est- à- dire est unecatégorie
de familles
d’ensembles,
munies de structuresalgébriques
d’un typeM( 1 )
bien
déterminé,
ditmétatype
de tous les 1- types. MaisM(I)
est un typesur M X 1- termes, c’est- à- dire que, même si l’on se restreint à l’étude des types sur un terme
( 1
={O}), M( 1)
s’identifie à N et il faut consi- dérer des structures sur une infinité dénombrable d’ensembles pourpouvoir interpréter Typ ( I )
comme unecatégorie d’algèbres. (C’est
le cas parexemple
de lacatégorie
des « théoriesalgébriques
» de[ 1] qui
n’est pasune «
catégorie algébrique>>
au sens de[ 1]).
Cette
«interprétations>>
a de nombreusesconséquences,
parexemple:
( i ) La catégorie Typ (I)
admet des limites inductives etprojec-
tives.
(ii)Le
seul fait queTyp (I)
admet des sommes finies permet de résoudre tous lesproblèmes
universels» sur lescatégories d’algèbres
sur des
ensembles,
sous une formebeaucoup plus générale
que dans l’in-terprétation
usuelle» . Ainsi la construction desalgèbres
libres engen- drées par des familles d’ensembles se réduit àl’adjonction
de constantesà un 1- type T . On peut tout aussi facilement
adjoindre
à T desopérations
et
imposer
à cesopérations
des relations. Parexemple,
le passage de la théorie des groupes à la théorie des anneaux(resp.
d’un ensemble X augroupe libre
engendré
par cetensemble,
resp. d’un groupe G àl’algèbre
Z
[ G] [X 1 ’ ..., Xn] des polynômes
à n indéterminées à coefficients dansl’algèbre
deG) apparaît
commel’adjonction
d’uneopération
au type Gr des groupes(resp. adjonction
d’un ensemble X de constantes à Gr, resp.adjonction
simultanéed’opérations
et de constantes au type Ab des groupesabéliens) .
( iii ) Les espèces
de structuresapparaissent
comme desprésenta-
tions des types, considérés comme
algèbres
de typeM( 1 ).
Defaçon précise,
le typeT ( S)
associé à uneespèce S
est laM (I) - algèbre
ayant pour
générateurs
lesopérations de S
et pour relations les axiomes deS.
Cequi
montre à nouveau que le type est le « vrai »objet
mathé-matique.
(iv) Des propriétés générales
descatégories d’algèbres
sur lesensembles, appliquées
aux casAlg ( M (I) , Ens)=Typ (I) (I e Ens),
on déduit des
propriétés
descatégories Typ (I) ,
c’est- à- dire des types.Ces résultats à leur tour permettent d’obtenir de nouvelles
propriétés
descatégories Alg (T, C),
et enparticulier
desAlg ( T ,
Ens ) . Cette méthode de « balancement» a été utilisée à diversesreprises,
sans êtreexplicitée.
IV.
Beaucoup
depropriétés prouvées
dans des casparticuliers
en « véri-fiant des axiomes» sont des
conséquences
immédiates du fait que lescatégories d’algèbres
sont descatégories
de foncteursqui
commutent avecles
produits
finis. Ils sont établis dans un «paragraphe
formel» où l’on introduit en outre la notion decatégorie
à limitesvirtuelles,
et surtout de foncteurqui
commute avec les limitesvirtuelles,
cettepropriété beaucoup plus forte
que la commutation avec les limites est satisfaite par tout fonc-teur
qui
admet unadjoint.
V. Notons enfin les rapports très
étroits, signalés
occasionnellement dece
travail,
avec la « théorie des modèles» . Le rôleprivilégié
de la caté-gorie
Ens tient au faitqu’elle
«sépare »
les structuresalgébriques :
Deuxespèces S
etS’
sontéquivalentes
au sens de(I. 2) si,
et seulementsi,
Alg (S, Ens )
etAlg (S’ ,
Ens ) sontéquivalentes, l’équivalence
respec-tant les familles sous-
jacentes.
Dans la seconde
partie
nous étudionsle problème
d’ associativité » suivant :On se donne une famille
(Cl) (l
e I ) decatégories,
un ensembleH,
uneapplication
a d’un sous- ensemblede .0 x
I X 1 dans 7 et, pourtout
triplet (ú"
l ,l ’)
tel quea(w,l,l’)
estdéfini,
un foncteurEn outre, pour certains
quadruplets (w, w’, w1 , w’1) 6QB
on supposeque,
chaque
fois quea(w’, a(w,l,l’),l’’
eta(w1,l,a(w1,l’,l"))
sont
définis,
on s’est donné desmorphismes fonctori els
« d’association »La donnée des foncteurs
Xw (l , 6 ’ )
permet de définir des foncteurs X -itérés(cf. 2.3)
parsuperposition,
et aussi des «f açons
d’écrire» » lesfoncteurs (8) - itérés (définition
3. 9.2) .
De même les
morphismes
d’association permettent de définir les associations itérées(cf. 4. 4)
et les « transformations admissibles »(cf.
4. 3 ) qui
sont lesfaçons
d’écrire les associations itérées.Ces données sont
formellement
cohérentessi,
pour toutcouple
x, x’ de
façons
d’écrire des foncteursX-itérés,
il y a auplus
une trans-formation admissible de source x et de but
x’ ;
elles sont cohérentessi,
pour tout
couple
F, F’ defoncteurs X-itérés,
il y a auplus
une associa-tion itérée de source F et de but F’.
Mac- Lane
[1]
etEpstein [ 2J
ont étudié leproblème
dans le casoù il y a une seule
catégorie e,
un seulfoncteur X
et un seulmorphisme
d’association,qui
en outre est unisomorphisme,
même dans ce cas, il fautdistinguer
entre la cohérence et la cohérenceformelle;
les conditions«
pentagonales
»qu’ils
donnentpermettent
seulement de conclure à la cohérenceformelle.
Le théorème essentiel( 5. 2 4 )
assure la cohérenceformelle,
dèsqu’il
y a « suffisamment » dediagrammes
dedegré 4,
si tousles
diagrammes
dedegré
3 et 4 commutent.Ces
conditions,
de caractèrefini,
sont faciles à vérifier dans les« cas concrets » ; en outre, dans ces cas, la cohérence formelle
implique
la
cohérence, d’après
5. 1. 4’ .Notons enfin que le théorème d’associativité reste vrai si l’on
remplace
partout« catégorie»
parobjet
d’une2 - catégorie
àproduits stricts,
« foncteur >> par « flèche » et transformation naturelle par « 2- cellule » d’une telle
2- catégorie. (De façon précise,
les foncteurs e-itérés et les trans-formations admissibles sont les
opérations
de dimension 1 et 2 d’un type de structuresalgébriques
«bi- dimensionnel >> ) .
Nous ne saurions terminer cette introduction sans dire tout ce que
ce travail doit à Monsieur
Ehresmann,
à ses idées sur lescatégories structurées,
et à l’aide constantequ’il
nous aapportée.
Qu’il
nous soitpermis d’exprimer
ici notre très vive reconnais-sance :
A Monsieur H. Cartan
qui
nous a fait l’honneur deprésider
notreJury;
A Monsieur C.
Chevalley
dont les encouragements nous ont été unstimulant très
précieux;
A Monsieur G.
Choquet qui
a bien voulu nous donner lesujet
de laseconde
thèse;
Notre reconnaissance aussi au Professeur S. Mac- Lane pour l’in- térêt
qu’il
aapporté
à notretravail;
Nos remerciements à Madame
Campos
pour lesoin,
et surtout lapatience, qu’elle
aapporté
à lacomposition
d’un texte bieningrat.
1. NOTION DE STRUCTURE ALGEBRIQUE ELEMENTAIRE.
1.1.
Conventions. Ayant
à considérerfréquemment
desfamilles(d’objets,
de
flèches, etc... )
nous utiliserons les notations suivantes. SiA ,
B , C, ...sont des
ensembles,
les familles(Xaby)(a,b,y)
E A X B X C(resp.
(X!)8 E D , ... )
seront notéesX(A)(BC)
ou(XaBy) (resp. X(D)
ou(Xd) ,...).
De manière
générale
les indices inférieurs se rapporteront a auu sources » etles indices
supérieurs
« aux buts» .Dans ce
qui
suit 7désigne
un ensemblefixe,
dont les élémentsl ,
t’ , t 1 ,...
sontappelés
indices. Un multi-indice delongueut .n
est unélément /L
= t 1
...ln
du monorde libre M =M (I) engendré
par 1. On note 0 le multi-indicevide,
élément neutre deM,
et on identifie 1 à sonimage canonique
dans M .Soit C
unecatégorie
àproduits finis,
etX f l )
une familled’objets de e.
Pour tout03BC=l1 Ln
E M on choisit unobjet x’ = Xl1...ln,
pro- duitdans C
desobjets Xl1,..., Xt n , et
desprojections
«La » famille
X(M)=(X03BC)
est diteprolongement
à M de la famille X(1) ,
,de même la famille de flèches
1.2. Définition fonctorielle
desalgèbres.
1. 2. 1. TYPES ET ALGEBRES.
DE FINITION 1.2.1.1. Un type
d’algèbres
à une dimension sur 1- termes debase
(abrégé
en 1-type)
est unecatégorie T
ayantM (I)
comme ensemble desobjets
et telle que tout multi-indice 03BC=l1... t n
est muni deflèches
prk03BC : l1...ln->lk(k=1
,...,n)
ditesprojections canoniques, qui
enfont,
dans
T ,
leproduit
desobjets t
ln.Si
T
etT’
sont deux1-types, un morphisme
deT
dansT’
e s t unfoncteur de
i
dansT’
dont la restriction auxobjets
estl’application
iden-tique
deM ( 1 ) ,
etqui
commute avec lesprojections canoniques.
Il est clair que tout 1- type est une
petite catégorie
admettant desproduits
finis(en particulier
unobjet
finalqui
est le mot vide deM)
et quetout
morphisme
commute auxproduits
finis. On noteTyp ( I )
lacatégorie
ayant pour classe
d’objets
la classeTyp (I)
des 1- types, et pour flèches lesmorphismes.
REMARQUE 1.2.1.2. On
n’exige
pas que lesprojections canoniques
soientdistinctes. Ainsi le
grouporde
associé à l’ensembleM ,
muni de la relation d’ordre«chaotique» (de graphe
M XlVI ), est
unI- type (c’ est
mêmel’objet
final de
Typ ( I ) ) .
DE FINITION 1.2. 1. 3. Soit
T un
1-type et
unecatégorie
àproduits finis.
Une
algèbre
de typeT (ou
T.algèbre) de é
est unfoncteur
A :T
..e qui
commute avec les
produits finis.
Si A et A’ sont deux T -algèbres,
unmorphisme
de A dans A’ est unetransformation
naturelle.La
catégorie
T étantpetite,
les T -algèbres de C
forment une clas-se notée
Alg (T, C),
et leursmorphismes
déterminent unecatégorie
Alg(T, C).
Dualement,
pour un1- type
T et unecatégorie e
admettant dessommes
finies,
on définit lesco-algèbres
de type Tdans C (ou
T -coal-gèbres)
comme les foncteurs T * ->C qui
commutent avec les sommesfinies,
et la
catégorie Coalg (T, e)
comme lasous-catégorie pleine
de Fonct(T*,C )
ayant pour
objets
lescoalgèbres. L’isomorphisme canonique
évidentpermet de dualiser aux
coalgèbres
les définitions et résultats relatifs auxalgèbres.
Nous laisserons presquetoujours
au lecteur le soin de faire la traduction.REMARQUE 1. 2.1. 4. Dans ce
paragraphe,
le faitque C
admet desproduits (resp. sommes)
finis sert essentiellement àsimplifier l’exposition.
Cesrestrictions seront levées au
paragraphe
2 .E X E M P L E 1. 2 .1. 5. Si I =
1 ( ={O}),
M s’identifiecanoniquement
à N etla
catégorie 9
des théoriesalgébriques
de Lawvere[1]
s’identifie à lacatégorie Typ ( 1 )
des typesd’ algèbres
à une dimension sur 1 terme. Sescatégories algébriques
ne sont autres que lescatégories Alg (T , Ens)
oùT
est un 1- type.De manière
générale
nousappellerons catégories
I-algébriques
lescatégories Alg (T, Ens )
oùT
est un1- type.
1.2. 2. LE FONCTEUR D’OUBLI. Soit T un
I - type et C
unecatégorie
àproduits
finis. A touteT - algèbre
A : T->C,
on associe une famille 0(A)=
=
(Al) (l e I),
où Al =A (l ), d’objets de C ,
ditesous- jacente,
et A estdite T -
algèbre
sur cette famille. Si u : A -+ A’ EA lg ( T, C)
est un mor-phisme,
défini par la famille de flèches(u(03BC) : A (03BC) -> A’ (03BC)) (03BC E M ),
la sous-famille
(ul = u (l)) (l 6 1)
est unmorphisme 0 (u) : 0 ( A ) -> 0 ( A’ )
dans
CI.
D’où le foncteur d’oubliSoit T un 1- type. Une
opération
deT
est une flèche w : 1-L =l1
... ln -> L, dont le butappartient
à I . Lecouple (03BC,l)
E M X 1 est le typeT(w)
del’opé-
ration Cù. On note
Wl03BC (T)
l’ensemble desopérations
de type(03BC,i)
etSi A :
T
...e
estune T - algèbre,
touteopération úJ: L 1 ... Ln ...
e détermineune flèche
A (w) : A ( i1
...i n ) = Al1 x ... x Aln --> A (i ) = Ai , c’ est·à-dire
ausens usuel une loi de
composition
externe, ditestructurale,
associée à úJ en- tre lesobjets Ai 1,..., Ain
et Ai de la famille 0( A ) .
Enparticulier
si úJ == prku: i ...in--+ t .
est uneprojection canonique,
la loi associée est laLi
L lkproj ection Al1 x ... x Aln --+ Alk .
LEMME 1.2.2. i. Soient A et B :
T... e
deuxT-algèbres, et ul : Al--+ Bl
un
morphisme
desfamilles sous-jacentes.
Il existe unmorphisme
u : A ... Btel que
0 ( u ) = ( ul ) ssi,
pour touteopération
w : u =i1... ln -->
t deT,
le
diagramme :
est
commutatif.
Lemorphisme
u est alorsunique.
Il suffit de poser, pour
la vérification est immédiate.
Il en
résulte,
enparticulier, qu’une algèbre
«est définie» par sa famillesous-jacente
et sesopérations
structurales. Defaçon précise,
soient A et
B : T --> C
deuxT - algèbres
telles que At -Bt (l E 1 )
etA ( w ) = B ( ws ) (w EW). Si u
=L 1
... ln est un mot delongueur n >_
1, leslois structurales
A (pr1u)
etB (pr1u), égales,
ont même source, donc A(it
= B (u).
Enappliquant
1.2.2.1. à la familleut = id( Al
on trouve unisomorphisme
u : A -. B tel queu (u ) = id ( A ( u ))
siu# 0.
Ainsi lesfoncteurs A et B coi’ncident sauf peut être sur
l’objet 0, auquel
casA ( 0 )
etB ( 0 )
sont deuxobjets
finauxde C,
reliés parl’isomorphisme
évident.
(Il
est facile de voir que si dans T il existe une flèche de source0,
autre queid ( 0 ),
les foncteurs A et B coïncident au sensstrict).
Dans la suite pour éviter de telsisomorphismes triviaux,
on supposera choisi unobjet
final danschaque catégorie
àproduits finis,
et lesalgèbres
serontles
foncteurs pointés
transformant 0 en cetobjet.
Les
homomorphismes d’algèbres s’interprètent
aussi de la manière usuelle.D’après
1.2.2.1. eneffet,
unmorphisme test»
unmorphisme
desfamilles
sous-jacentes, compatible
avec les lois decomposition structurale,
Enparticulier :
COROLLAIRE 1.2. 2.2. Le
foncteur
d’oubli :Alg ( T , C ) --+ el
estfidèle.
Soit A :
T
--+e
une T -algèbre
et( ut :
At~--+ B L) (
l EI)
un iso-morphisme
de0 ( A )
sur unobjet (Bl)
deCI.
Siu(M)
est « le »prolon-
gement de
u (1), ç’ est
unisomorphisme de A(M)
surB(M).
La corres-pondance
u~--+Bu
seprolonge
de manière évidente en un foncteurB:Î
-·C
tel que la famille
(uu)
définit unisomorphisme A Z
B . LaT - algèbre
Best dite déduite de A par transport de structure
(au
moyen de l’isomor-phisme u (I)).
Notons que B n’est pasunique.
Elledépend
duprolongement
B(M)
choisi pour la familleB(I).
A un autreprolongement B( M)
corres-- 8-
pond
unealgèbre B ,
munie d’unisomorphisme canonique
B--+ B tel que0 ( 8 )
soit lemorphisme identique
deB(I).
De telsisomorphismes
sontdits triviaux.
(En
choisissant des foncteursproduits : e" - e (n
EN )
onpeut se restreindre au cas où les seuls
isomorphismes
triviaux sont lesidentités) (cf. 2.1.4.3 ).
1.3.
Définitions usuelles
desalgèbres.
1.3.1. SCHEMAS D’OPERATIONS SUR 1- TERMES. Un 1- schéma
d’opéra- tions E
est uncouple (W,T)
formé d’unensemble W
et d’uneapplication
T:
Q - M
X I.Les éléments
de .0
sont lesopérations
duschéma, T(w ) _ (l i . ...ln ,l )
est le type de
l’opération
ce , caractérisé par son multi-indice source u == 1.
1 ...
1. n’
, et son indice but 1. , et lalongueur
n de u est ledegré
de ce.On note
(2l.p. (resp. Wu,Wl,Wn)
l’ensemble desopérations
de type(u,1 ) (resp.
de source J.L, debut 1.
dedegré n )
et si co EWlu,
on note w u --+ t . Si ce :ln --+ l ,
, ce est uneopération
interne(dans t ) .
Lesopérations
dedegré 0, co :
0 --+ l , sont desopérations
internesparticulières
dites cons-tantes.
Si
E’= (W’ , T’ )
est un autreI- schéma, un 1-morphisme de E
dansE’
est untriple (S, f , I,’)
danslequel f : W--+W’
est uneapplication qui
respecte les types, c’est-à-dire telle que T’o
f f o
’r’. On noteftu : Wlu --+ W’lu
u. u u(resp. f : Wu--+W’u,...)
les *restrictions* def.
Ondésigne
parOp ( 1 ) la catégorie
ayant pourobjets
les I - schémasd’opération
et pour flèches les 1-morphi sme s.
Dans la suite onabrégera ( 1 , f , E’ )
enf
et on notera par la même lettre T lesdifférentes «applications
types * pour tous les I - sché- mas, conformément aux usages.R E M A R Q U E 1. 3 .1.1. La donnée d’un
1 - schéma t équivaut »
à la donnée d’une familleW(I)(M)
(M) d’ensembles. Formellement : on détermine uneéquivalence
définie entre
Op( 1)
et lacatégorie EnsM x 1
des familles d’ensembles indéxées par M X 1. On pourra doncdésigner
un 1-schéma 1
par la famille(Wlu)
et « transporter » surOp ( 1)
lespropriétés
de lacatégorie EnsM XI;
u
par
exemple : Op ( 1 )
admet des limites inductives etprojectives qui
secalculent «terme à termes
(ainsi
lasommes
de deuxI · schémas E
etE’
est définie par
DL = D.L 1L n’.1,
un sous 1- schémal’ de 1
est» une famil-le
W’tu
de sous-ensembles desWtu;
sif : E--+E’
est unmorphisme,
sonimage f ( E )
est le sous-schéma deE’= ( f (Wtu)) ,
unquotient I" de 1
est une famille(Wntu)
d’ensemblesquotients
desH. etc... ) .
Soit e
unecatégorie
àproduits
finis. Unepréalgèbre
deschéma 1
est un
couple
P= ( X(I) , P(W))
d’une famille(XL ) (L E 1 ) d’objets des
et d’une famille
(Pw) (ce E W)
de flèchesde C
telles que, si co est de type( t 1 ... tn , t ) , Pw : Xt1 x ... x Xtn --+ Xt .
La familleX (1)
est sous-jacente
àP ,
etPw
est la loi decomposition
structurale associée à úJ. SiP = (X ( 1 ) , P(W))
est une autrepréalgèbre
de mêmeschéma S,
un mor-phisme
de P dansP
est untriple ( P , u (I), P ) ,
oùu (I)
=u’
XL --+Xt ) (
tE 1 )
est une famille de flèchesde C compatibles
avec lesopérations
structurales c’est-à-dire rendant commutatifs les
diagrammes :
On note
Préalg ( E ,C )
lacatégorie
ainsidéterminée, Préalg ( E , C )
la classe de ses
objets
et 0 lefoncteur
d’oubli :PréalR (E, C) --+ CI:
( X (I) , P(W))~--+ X (I) , ( P , u (I), P ) ~--+ u (I) .
Conformément aux usages,on
abrégera
les notations endésignant
unepréalgèbre
par( Xt , Pw)
oumême
(XL),
unmorphisme
par(ut )
et les lois structurales’P(.c) associées,
dans les différentes
préalgèbres,
à une mêmeopération
co6 D
seront notéespar le même
symbole
o) si aucune confusion n’estpossible.
REMARQUE 1.3.1.2. La notion de
préalgèbre
a une«interprétation»
trèscommode :
soit C
unecatégorie
àproduits
finis. Pour toutobjet X(l)
deCI
et tout(u,t) 6M
X I on poseWtu ( X ( I )) = {u}
XHom ( X u, X t ) x ( i ) .
Le 1- schéma ainsi déterminé est dit schéma des lois des
compositions
deX ( 1)
etnoté E ( X ( I )).
Unepréalgèbre
deschéma 1
ayantX ( 1)
commefamille
sous-j acente
s’identifie à unmorphisme
de 1- schémasau moyen de la
correspondance f ~---+ ( X ( I ) , ( f ( w )) ( w E W )).
Enappli-
quant le même
procédé
dans lacatégorie Fl(e)
des flèchesde C
lesmorphismes
depréalgèbres de e
s’identifient auxpréalgèbres
deFl ( C ) .
Notons que la
correspondance X ( I )~--+ E ( X ( I ) ),
tout en étant« naturelle ),
ne seprolonge
pas en un foncteurde C(I)
dansOp ( 1 ) .
Lasituation est
analogue
à cellequi
seprésente quand
on associe à un groupe abélien X l’anneauEnd ( X )
de sesendomorphismes.
A unmorphisme
degroupes abéliens
f : X --+ X,
necorrespond
pas, engénéral,
un homomor-phisme d’algèbres
deEnd ( X )
dansEnd ( X ).
Si A est un anneau, une structure de A - module sur X «est » unhomomorphisme A -+ End(X).
Enconsidérant des structures
supplémentaires
sur A(unités, etc... )
on obtientsur X des superstructures de la structure de A - module. Dans ce
qui
suiton va
« préciser))
la notion de schémad’opérations
au moyen deprojections, relations, multiplications,
etc..., les schémas de laforme E ( X (I)
serontcanoniquement
munis de ces structuressupplémentaires
et lesmorphismes
à valeurs
dans E(X(l)
respectant ces structures permettront depré-
ciser la notion de
préalgèbre
pour aboutir à celled’algèbre.
Remarquons que, si
T est un1- type,
lesT-algèbres de C
sontsusceptibles
d’une mêmeinterprétation.
Soit(Xt )
une familled’objets
dee, ( Xu)
sonprolongement.
Pour tout(u,u’)6MxM
posonsPour tout
(i.L, u’, u’ )
E M X M’ X M, on a uneapplication :
On vérifie sans
peine
que cesaccouplements
déterminent un 1- typeT ( XL )
dit type de
(XL) dans C ,
etqu’une algèbre
de type Tdans C
ayant(XL)
comme famille
sous-jacente
s’identifie à unmorphisme
de1 -types
Notons
qu’ici
encore lacorrespondance (Xt)~ --+ T ( Xt )
n’ est pas»un f oncteur de
e( 1 )
dan sTyp ( I) .
REMARQUE 1.3.1.3.
Rappelons
la définition de schémad’opérateurs
deHiggins [ 1 ] .
Un telschéma 1
est défini par la donnée d’un ensemble 1, d’un ensembleW
muni d’unepartition n = U On
et d’uneapplication
aqui
associe à tout élément w dedegré n due
une relation( n + 1 ) - aire,
notée Gù a, dans I . Une
algèbre
deschéma I
est définie par la donnée d’une famille(At ) (L El)
d’ensemblesmunie,
pour tout coEn n
et tout(L 1 ,.., Ln L)
6wa, d’uneapplication A L 1X..x A Ln + Ai ;
lesmorphismes
de 2-algèbres
étant définis de manièreévidente,
on obtient ainsi unecatégorie.
Soit 1
un tel schémad’opérateurs.
On définit le 1- schéma asso-ci é
E’ = (Q’tu )
en po s an t, pour tout /i= i 1 ... t n
E Met t 6I,
Il est trivial avec cette définition de vérifier que la
catégorie
desalgèbres
de
schéma 2
au sens deHiggins
estisomorphe
àAlg (l’ , Ens ) .
Inversement
si (Wtu)
est un 1 · schémad’ opérations,
on définitun schéma
d’opérateurs
au sens deHiggins
enposant W= UÕtu,(u,t)
EM Xl,
les
étant les ensemblesd’opérations
dedegré
n, etl’application
aétant définie
par ; a = «( 1 ’"’’ cn’ c ) pour S e .0 (
1**’
n. La
catégorie
des
algèbres
sur ce schémad’opérateurs
estisomorphe
àAlg ( E , Ens ).
Ainsi «pour l’algèbre
sur lesensembles»,
les deux notions sontéquiva- lentes,
la seule différence estqu’un
mêmesymbole
ce peutdésigner plu-
sieurs
opérations
différentes avec la définition deHiggins,
et que dans cecas nous utilisons des
symboles
distincts. Les raisons de cechoix, qui correspond
d’ailleurs àl’usage, apparaîtront plus
clairement dans lasuite,
en
particulier
dans la construction desopérations composées 1.3.3
et des relations 1.3.5.Il convient de noter que les définitions de
morphisme
de schémasont «pour le moment »
distinctes; Higgins
faisant varier 1 maispas n,
alors que nous faisons l’inverse. En réalité la «bonne notion » est celle où l’on fait varier les
deux,
elle sera introduite dans lasuite,
pour éviter audébut des