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Submitted on 6 Sep 2020
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Le langage et ses disciplines de J.-L. Chiss & Ch. Puech, Duculot, 1999 – Compte rendu
Gabriel Bergounioux
To cite this version:
Gabriel Bergounioux. Le langage et ses disciplines de J.-L. Chiss & Ch. Puech, Duculot, 1999 – Compte rendu. 1999, pp.172-173. �halshs-01854645�
Le langage et ses disciplines XIXe-XXe siècles Jean-Louis Chiss et Christian Puech,
Champs linguistiques/Manuels, Duculot, Bruxelles, 1999
Gabriel Bergounioux Contribution à l’histoire récente de la linguistique, ce livre se subdivise en trois
ensembles :
- une problématique de la discipline ;
- la construction de l’objet entre mémoire et projection ; - extension de champs et frontières disciplinaires.
La première partie est une réflexion originale, dont on retrouvera la topique dans le numéro 117 de Langue Française sur « la linguistique comme discipline en France ». En général, l’analyse rétrospective des sciences du langage se partage entre deux types d’approche : la première recense, évalue, compare, enchaîne les théories, les
« paradigmes » (au sens de Kuhn) et les écoles. La seconde cherche les déterminants sociaux des découvertes et des modèles. Mettre l’accent sur le concept de discipline permettrait d’échapper à certaines impasses d’une réflexion unilatéralement théoriciste ou historiciste, comme les auteurs en apportent la démonstration en resituant, suivant la perspective qu’ils ont tracée, quelques uns des savants majeurs dont l’œuvre exerce aujourd’hui encore ses effets dans le champ : Saussure, Jakobson, Hjelmslev, Benveniste.
La deuxième partie présente deux chapitres à même d’intéresser plus particulièrement le lecteur de la RSP :
* « Signe et langue : idée, projet, point de vue sémiologiques » fait retour sur une interrogation cruciale dont la résolution n’est pas acquise, qui se formulerait ainsi : quelle serait la spécificité d’une théorie du signe par rapport à une théorie du sens ? Dans la durable hésitation entre l’encyclopédisme et le philologisme, entre la sémiologie et la sémantique, entre la sémiotique et la psychologie, les auteurs balisent les étapes d’une science linguistique qui ne s’est jamais vraiment déprise de la fascination pour la référence à quoi elle avait nommément renoncé au moment de définir un objet qui lui soit propre.
* « Enonciation, interaction, conversation : les théories du langage entre le psychique et le social » reconstitue les principes d’une genèse du structuralisme en linguistique et les articulations de son histoire, en rapport avec les interactions obligées de savoirs (psychologie, sociologie, psychanalyse...) plus souvent concurrents que convergents. La conclusion interroge les conditions mêmes de possibilité épistémologique de la pragmatique :
« Ce qui est donc en question à travers le développement voire l’inflation des pragmatiques et psychosociologies du langage, c’est la recherche d’un cadre conceptuel de réinterprétation de l’état présent des disciplines qui ont à faire avec le langage ou, en d’autres termes, le problème de la possibilité ou de l’impossibilité d’enfermer le langagier dans une discipline qui, telle la
linguistique générale de Saussure, ferait figure – à tort ou à raison – d’horizon de pensée. »
La disjonction du thème (le langage) et de la méthode (la linguistique ou toute discipline à même de traiter efficacement du langage) permet à la réflexion de se déprendre des problèmes de frontières et de démarcations et de poser à nouveaux frais la question d’une heuristique qui concerne l’ensemble des sciences humaines.
Il y a, dans la troisième partie (p. 162-171), une analyse de la stylistique de Bally où, à côté d’enjeux disciplinaires, sont évoqués les problèmes liés à la subjectivité dans le langage. La discussion, amorcée dans les chapitres précédents, est exemplifiée à partir des conceptions de l’auteur du Langage et la vie.
Ni histoire de la linguistique, ni philosophie du langage, le livre de J.-L. Chiss et Ch.
Puech se présente comme une réflexion épistémologique fondée sur le concept de discipline définie non seulement comme savoir positif ou dispositif institutionnel mais aussi comme lieu de mémoire, dans la rencontre indéfiniment reconduite d’objets tantôt refoulés (c’est le partage structural du saussurisme), tantôt reconquis au risque d’une perte d’autonomie. Nul doute que, dans la linguistique contemporaine, la pragmatique ne soit, en cette fin du XXe siècle, aussi centralement critique que le fut, à la fin du XIXe, la sémantique, à la fois symptôme d’une crise dans l’image reçue de la science et occasion d’avancées radicales.