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Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour tous les pays y compris la Russie.
Copyright by Librairie Gallimard, 1940.
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A PIERRE LAFUE,
notre Ami.
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AVANT-PROPOS
Ce livre n'a qu'un objet, mais un objet essentiel apprendre aux Français qu'ils possèdent outre-mer un immense domaine. Car si la France est un Empire de 110 millions d'habitants, il arrive qu'elle ne le sache
pas toujours très bien. Elle continue souvent à parler,
a penser et à agir comme si elle restait simplement une nation européenne, une des plus riches et des plus belles sans doute, mais non pas, désormais, la plus peuplée ni la plus vaste.
Son Empire, il faut donc le rendre sensible à ses yeux et à son esprit. Elle doit pouvoir s'en représenter l'éten-
due presque un vingtième des terres habitées la variété, les ressources en hommes et en produits, les richesses actuelles et virtuelles. Elle doit connaître aussi l'œuvre qu'ont édifiée au loin les meilleurs, les plus entreprenants de ses fils, et qui témoigne éloquemment de ses aptitudes colonisatrices. Elle doit dénombrer enfin les forces jeunes et fraîches qui peuvent relayer ou doubler les siennes en cas de péril.Or, à cette tâche si nécessaire ce livre est destiné à collaborer. De sa lecture nous avons voulu qu'on retire une certitude L'Empire est fait. La guerre l'a achevé.
Si, jusque-là, ce n'était trop souvent qu'un thème à dis-
cours, désormais la menace allemande et les doctrines racistes lui ont donné conscience de sa réalité défini- tive.
Il est apparu un bloc organisé, reposant sur des inté- rêts identiques sans doute, mais aussi inspiré par un idéal commun. Au lieu de la dislocation espérée par nos ennemis, c'est un rassemblement émouvant qui s'est pro-
duit. Sur les bords de l'Océan indien comme sur ceux de l'Atlantique, est né un langage nouveau. Le senti-
ment unanime des populations de nos territoires d'outre-
mer a su pour s'exprimer trouver soudain des mots quii nous sont familiers depuis longtemps, mais dont nos indigènes goûtent encore la fraîcheur. Pour la première fois, ils ont traduit leur angoisse et leur amour, exacte- ment comme l'auraient fait les habitants de nos plusExtrait de la publication
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anciennes provinces. Eux aussi ont parlé de la « Mère- Patrie ». Eux aussi ont employé avec une foi d'enfants ce terme de « douce Francequ'un trop long usage a
peut-être privé pour nous d'une partie de sa valeur.
De tous côtés, on a noté un élan spontané, une véritable
explosion de loyalisme qui a fait apparaître au grand
jour les contours d'une communauté politique dont les fragments dispersés ont été enfin soudés l'un à l'autre par la révélation d'une solidarité miraculeuse.Et à la mobilisation de toutes nos énergies nationales a correspondu la mobilisation de toutes les ressources de notre univers français.
Mais si cet univers est vraiment devenu un organisme vivant dont la diversité n'empêche plus la cohésion, c'est sous cet aspect qu'il convient désormais de se le repré-
senter et de le décrire.
Il a pu arriver que ceux qui traitèrent dans le passé de nos possessions lointaines aient cédé à une sorte de particularisme colonial, et que, abordant isolément telle ou telle contrée, accumulant les détails pittoresques, ils aient parfois oublié de recomposer la grande image. Ici, au contraire, c'est l'Empire qui est toujours présent, dans son ensemble et dans ses rapports de toute nature avec la Métropole. A une vision fragmentaire, ces pages tendent à substituer la vision d'une unité organique.
Un chapitre entier est consacré aux liaisons terrestres, maritimes, aériennes, qui sont comme les coutures de l'ample manteau que nous avons jeté sur toute l'étendue de la planète.
On n'insistera jamais trop sur ce point II n'y a pas telle ou telle colonie, ni même tel ou tel groupement
de colonies. Il n'y a qu'un Empire, un et indivisible, pour
se servir de la légendaire formule.
De l'édifice enfin construit, chacun de nos compa- triotes doit pouvoir prendre les mesures. Pour la France de notre temps, l'idée imnériale est le talisman le plus
précieux, car il lui garantit la durée. Savoir que nous
ne sommes plus jamais seuls, oue dans la paix comme dans la guerre se trouvent derrière nous les ressourcesde tout un monde. d'un monde de plus en plus pros- père, de plus en plus civilisé, cela ne saurait être pour
nous qu'un puissant réconfort. Et ce ne sera pas notre moindre satisfaction que d'avoir tenté de tourner l'es- prit des Français vers cette pensée.Paris. Avril 1940.
CHAPITRE PREMIER
L'EXPANSION COLONIALE
ET L'HISTOIRE DE FRANCE
ou
PAS D'EMPIRE SANS EQUILIBRE EUROPEEN
L'Empire Français? Cent onze millions d'habitants.
Onze millions de kilomètres carrés. Transposer ces notions sur le plan de l'Europe, équivaut à constater
que l'étendue territoriale de l'Empire Français est supérieure à celle de l'Europe tout entière.
Prenez la France métropolitaine ajoutez-y la popu-
lation de la Belgique, de l'Espagne et de la Grande- Bretagne, et vous atteindrez le chiffre de la population
de notre Empire. Mais il faudrait encore y ajouterl'Allemagne de 1940 avec toutes ses conquêtes, la
Suisse, les Etats Scandinaves, la Hollande, l'Italie, laYougoslavie, la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie, la
Turquie, la Russie soviétique jusqu'à l'Oural et une
bonne partie de la Turquie d'Asie pour atteindre la superficie totale de nos possessions.
Comparaisons que tout Français devrait garder
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dans sa mémoire lorsqu'il songe à son patrimoine ou lorsqu'il doit faire face aux menaces de l'ennemi.
Elargissant ainsi sa conception nationale à la mesure de son Empire, il aurait une notion plus juste de valeurs trop souvent méconnues.
Cet immense Empire, au prix de quels sacrifices l'avons-nous conquis? Est-ce le hasard des voyages ou le régime des vents qui ont poussé -ici et là nos vaisseaux corsaires vers les côtes hostiles des pays lointains? Est-ce au contraire le fruit d'un patient labeur diplomatique et militaire qui a permis d'ali- gner ces jalons sur les routes maritimes? En vérité,
la formation de notre Empire résulte à la fois de
l'esprit aventureux de nos marins et de la prudence de nos hommes d'Etat. Le destin politique de la France s'est trouvé constamment partagé entre un goût prédestiné pour l'action et un amour de la paix qui lui a permis de conserver ce qu'elle avait conquis.
Géographiquement, la France est un isthme, situé au bout de l'Europe, que baignent trois mers et océan.
Elle s'allonge paresseusement vers l'Atlantique com- me pour engager ses habitants à l'aventure. Bretons et Normands entourés de trois côtés par la mer sont hantés par le mirage des découvertes. Cette situation impose à notre pays des obligations maritimes aux- quelles il ne peut se dérober. Une flotte puissante est nécessaire pour défendre nos côtes.
Mais la France doit également porter sur ses épau- les tout le poids des invasions continentales. L'absence de frontières naturelles à l'est, l'oblige à contenir ou à refouler le flot des envahisseurs qui déferle pério- diquement et à servir de rempart à la civilisation gallo-romaine. Son attention ne peut donc se détour- ner de l'Europe. Pour elle, point de « splendide iso-
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lement» ou de « repliement impérial» sans abandon de son indépendance.
Des pays strictement insulaires comme la Grande- Bretagne ou péninsulaires comme l'Italie et l'Espagne, ne peuvent connaître d'autre rayonnement que celui que leur assurent des conquêtes lointaines. Leur
empire fait leur force. Lorsque Rome eut perdu ses
possessions méditerranéennes, elle commença à péri- cliter et le premier objectif de l'Italie, dès que sonunité eut été rétablie, fut de reconstituer un Empire.
L'Espagne, après la disparition de ses colonies, ne tarda pas à perdre son rang de grande puissance.
Quant à la Grande-Bretagne, elle tire de son Empire l'élément essentiel de sa force.
.L'Allemagne, au contraire, dont les côtes ne s'éten- dent que sur une mer fermée et qui peut évoluer en Europe centrale sans rencontrer de sérieux obstacles naturels, n'a pas et n'aura sans doute jamais de des- tin colonial. Ses revendications en ce domaine sont inspirées par des arguments diplomatiques. Elles lui servent de monnaie d'échange ou d'amorce à des négociations.
Pour la France, rien d'aussi absolu. Sa double fonc- tion, maritime et continentale, a déterminé dans son histoire coloniale une oscillation, un jeu de bascule que l'on peut suivre à travers les siècles.
On peut en dégager une loi qui souffre peu d'ex- ceptions la politique d'expansion a toujours été chez nous fonction d'un équilibre en Europe.
Dès que le respect de nos frontières a paru assuré, notre marine que ne retenait plus la protection de nos côtes, s'est livrée à des expéditions lointaines.
Mais, chaque fois que fut rompu l'équilibre européen,
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nous avons été contraints d'abandonner nos colonies ou tout au moins d'en interrompre la conquête.
Ainsi, les hommes d'Etat ne sont pas aussi libres qu'ils le pensent de pratiquer la politique qui leur plaît. Une fois au pouvoir, lorsque les problèmes que pose la vie de la nation leur apparaissent dans toute leur ampleur, ils se voient amenés à modifier les fausses conceptions qu'ils avaient pu avoir, et s'ils ne le font pas, ils ne tardent pas à être balayés par les événements, et à se voir obligés de laisser à un suc- cesseur plus averti le soin de réparer leurs erreurs.
I
VICISSITUDES DE NOTRE HISTOIRE COLONIALE
Les croisades paraissent avoir été les premières manifestations coloniales de la France. Sans doute la hardiesse de certains navigateurs marseillais avait déjà permis de découvrir les côtes du nord européen;
mais jusqu'au x* siècle, les pays d'Europe avaient à se constituer avant de songer à s'étendre sur d'autres continents. Et l'on ne peut guère ranger parmi les expéditions coloniales la conquête de l'Angleterre par
les Normands.
Engagées dans la lutte contre les Sarrazins, les Français vont jusqu'à conquérir la Sicile, lorsqu'au début du xr siècle le Pape Silvestre II appelle les che- valiers de France pour lutter contre les infidèles. Dès que la menace sarrazine eut été écartée de l'Europe occidentale et qu'au delà des Pyrénées, les barbares mauresques eurent été vaincus, la France prit la tête
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des Croisades en Terre Sainte. Elle pourra tout à loi- sir, pendant deux siècles, de 1096 à 1270, organiser des expéditions orientales, tandis que se poursuivra en Europe centrale, entre le Sacerdoce et l'Empire, la querelle des Investitures.
Ne redoutant aucun danger sur le continent, puis- que Henri IV d'Allemagne, Frédéric Barberousse et Frédéric II, fils du précédent, s'épuisent en luttes con- tre la papauté, les chevaliers français partent à la conquête de la Palestine sous la conduite de Godefroy de Bouillon. Ces expéditions font de nombreuses vic- times. A la première croisade, sur six cent mille croisés qui avaient quitté l'Occident, à peine quarante mille arrivent à Jérusalem. Si la plupart d'entre eux revinrent en Europe, quelques-uns se maintinrent en Orient. Ils se partagèrent les territoires arrachés aux
Musulmans et constituèrent un Etat franc d'outre-mer qui durera deux siècles. Les autres croisades n'auront d'autre objet que de secourir cet Etat fréquemment menacé par les Musulmans. Elles n'aboutiront qu'à des demi-victoires jusqu'au jour où l'émir musulman Saladin parvient à réunir sous sa seule autorité les trois fragments du monde musulman l'Egypte, la Syrie et l'Arabie. Malgré le courage des chevaliers français qui résistèrent longtemps, l'armée du roi franc de Jérusalem, Guy de Lusignan, fut écrasée et Saladin s'empara en 1187 de la Ville Sainte.
Guy de Lusignan se contenta dès lors de s'établir dans l'île de Chypre qu'il transforma en bastion
avancé de la France en Orient.
Peuà peu, les Francs reprirent pied en Palestine,
aidés par les croisés de tout l'Occident. La troisième croisade leur rendit Saint-Jean-d'Acre et quelques
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villes de la côte, mais jamais Jérusalem ne put être reprise par les armes.
Saint Louis devait faire les dernières tentatives. Il
forma son expédition dans l'île de Chypre et partit en 1248 pour l'Egypte avec ses trois frères et l'élite de la jeunesse de France. Après le succès de Damiette et la marche sur le Caire, Saint Louis fut battu à Mansourah et emmené en captivité. Libéré, il repar- tit cependant pour la Palestine avec ce qui lui restait
d'armée, c'est-à-dire moins de cent chevaliers sur les
deux mille huit cents qui l'avaient escorté tout d'abord.
Après avoir séjourné en Terre Sainte pendant qua- tre ans, au cours desquels il s'employa à racheter les prisonniers réduits en esclavage et à consolider les cités demeurées intactes, Saint Louis repartit pour la France. Cependant, un sultan musulman s'étant em- paré de Césarée en 1265, Saint Louis, malgré sa maladie, organisa une nouvelle expédition. Mais jil
mourut devant Tunis en 1270.
C'était la fin des Croisades. Quelque vingt ans après, Tripoli, puis Saint-Jean-d'Acre tombaient entre les mains des infidèles et les croisés devaient quitter pour toujours les rives du Levant.
Ainsi se terminèrent les premières aventures loin- taines de la France, animées davantage par la foi religieuse que par un appétit de richesses. Elles n'avaient été possibles qu'en raison de la tranquillité dont notre pays avait pu jouir en Europe.
Bientôt, la France allait être aux prises avec de sérieuses difficultés sur son propre sol. La guerre de Cent ans allait commencer avec l'Angleterre, après le
règne de Philippe le Bel. Il n'était donc plus ques-
tion de conquêtes lointaines.
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Sous le règne de François I", des Français se lan- cent à nouveau dans l'aventure. Au début du xvie siè-
cle s'ouvre, en effet, l'époque des grandes découverles par les conquistadors ibériques. Quelques années après les voyages de Christophe Colomb et de Vasco de Gama aux Amériques et aux Indes, les Portugais et les Espagnols assujettissent les tribus incas et deviennent bientôt les maîtres de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale.
Pendant ce temps, la France s'abstient. N'est-elle pas engagée par François I" dans une guerre contre Charles-Quint et la Maison d'Autriche? Mais, à peine signée la paix de Cambrai, François I" encourage l'expédition de Jacques Cartier en Amérique du Nord.
Il s'agit de rattraper bien vite le temps perdu. En 1535, Jacques Cartier prend possession du Canada, appelé la Nouvelle-France, au nom du roi.
Un mouvement colonial s'ébauche déjà en France
et Rabelais définit, le premier, la mission civilisatrice de notre pays à l'égard des indigènes.a Comme enfant nouveau-né, écrit-il, les faut allai- ter, bercer, esjouir. Comme arbre nouvellement planté, les faut appuyer, esseurer, défendre de toutes vimai- res, injures et calamitez; comme personne sauvée de longue maladie, les faut choyer, épargner, restaurer.» Et Rabelais, propagandiste officiel, lance Panta- gruel dans de véritables expéditions coloniales.
Mais la France ne peut poursuivre cet effort, car le conflit avec Charles-Quint rebondit et arrête notre expansion.
Après la paix de Vauxcelles, signée entre Charles-
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Quint et le fils de François I", Henri II, une nouvelle expédition, d'ailleurs fort brève, sera tentée. Avec
l'appui de l'amiral Coligny, le vice-amiral Durand
de Villegagnon reçoit mission en 1555 de fonder dans la baie de Rio de Janeiro une colonie qui pourraitservir d'asile aux protestants. A peine le débarque-
ment est-il terminé que des dissentiments éclatent entre protestants et catholiques. Tandis que Villega- gnon vient s'en expliquer auprès du roi, une escadre portugaise survient à l'improviste et attaque la gar- nison qui doit se rendre.w~
Pendant tout le règne d'Henri-IV, Sully, paysan prudent et avisé, se sent peu d'ardeur pour les entre- prises lointaines et c'est bien contre son gré que le roi favorise l'entreprise canadienne de Champlain qui, en 1608, fonde Québec et Montréal.
Richelieu, plus compréhensif, prend en mains la question coloniale, non plus pour ouvrir des comp- toirs commerciaux et pour soutenir les intérêts des armateurs, mais pour pratiquer une forme nouvelle
de politique étrangère.
Dans l'esprit de Richelieu, les colonies font la force de l'Espagne. Il veut l'attaquer sur ses routes maritimes et dans son empire. D'autre part, en créant des courants commerciaux puissants, on étendra l'influence française et, en développant les œuvres missionnaires dont le Père Joseph a la charge, on s'attachera la Papauté.
Ce plan est approuvé par le roi. Richelieu s'em- presse alors d'encourager les initiatives coloniales, fait appel aux capitaux privés, crée des compagnies,
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incite les navigateurs à découvrir les « isles» et à en prendre possession au nom du roi de France.
Simple imitation des méthodes des Hollandais et des Anglais qui octroyaient déjà des chartes d'exploita- tion à des compagnies. En 1626, est créée la Compa- gnie des Cent associés dont l'action s'étendit de la Floride jusqu'à la mer Arctique. D'autre part, la
France s'établit sur les côtes occidentales de l'Afri-
que, tandis qu'une Compagnie prend possession de Madagascar et des villes environnantes.
On encourage le mouvement religieux en faveur de l'évangélisation des sauvages. La reine en prend la tête, tandis que le Père Joseph est nommé par le Pape directeur des missions du Levant.
Hélas! tous ces projets ne purent être complète- ment réalisés par le Cardinal. En vertu de cette loi inéluctable qui interdit à la France de s'occuper à la fois de ses colonies et de l'Europe, les territoires conquis au Canada ne tardèrent pas à péricliter, tan-
dis que Richelieu, puis Mazarin devaient faire face
aux révoltes intérieures et aux entreprises de l'étranger.
En 1661, les difficultés intérieures sont surmontées.
Louis XIV inaugure le pouvoir personnel. Les guerres
qu'il entreprend contre l'Espagne et les Provinces- Unies n'entament pas l'économie française sur la- quelle Colbert est constamment penché.C'est surtout l'intérêt économique des colonies qui
va attirer Colbert. A l'opposé de Richelieu, il nes'arrête pas à des considérations politiques, mais
entend ouvrir des comptoirs où la France serait solj-Extrait de la publication
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dément installée et d'où elle pourrait tirer de pré- cieuses richesses. Les colonies qu'il recherche avant tout sont donc celles qui sont peuplées, et il donne des ordres pour que les indigènes soient bien traités et attachés à l'œuvre française. Les compagnies de colonisation qu'il crée (Compagnie des Indes occiden- tales, Compagnie des Indes orientales, Compagnie du Sénégal) sont des entreprises nationales auxquelles les Français souscrivent et où l'intérêt de l'Etat pré-
domine.
La Compagnie des Indes établit notre influence à Pondichéry, à Ceylan; la Compagnie du Sénégal permet aux établissements de la Côte occidentale du Sénégal de prendre forme.
Cavelier de la Salle fonde la Louisiane, puis remonte le Mississipi et pousse jusqu'à la vallée du Saint-Laurent. Peu à peu, les colonies sont trans- formées en Provinces, placées sous l'autorité du ministère de la Marine. Pendant presque tout le règne de Louis XIV, l'impulsion donnée par Colbert gardera
son effet.
Mais une fois de plus, nos déboires en Europe interrompent cet essor. La grande coalition de La Haye se monte contre Louis XIV et aboutit aux trai- tés d'Utrecht par lesquels la France garde son terri- toire européen, mais se voit obligée de céder à l'Angle- terre les abords du Canada, Terre-Neuve, l'Acadie et les territoires de la baie d'Hudson.
La Nouvelle-France commence d'être sérieusement entamée. Et ce n'est qu'un début.
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