L’expérience du monde

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L’expérience du monde

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Ateliers populaires de philosophie collection dirigée par Nathalie Monnin

Cette collection a pour objet de publier des conférences données à Rennes par des professeurs de philosophie dans le cadre de la Société bretonne de philosophie. La vocation de cette association (loi 1901) est de mettre l’exercice de la pensée à la portée de tout citoyen, quelle que soit sa formation. Ces textes s’adressent ainsi au plus large public.

www.societebretonnedephilosophie.fr

Kévin Cappelli, agrégé de philosophie, enseigne en Ille-et-Vilaine.

L’Expérience du monde est son premier ouvrage publié.

ISBN 978-2-84398-548-5

© 2018 Éditions Apogée, une marque de la société Feuilles de style, Rennes.

Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction, sous quelque forme que ce soit, réservés pour tous pays.

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Kévin Cappelli

L’expérience du monde

Quand transports et médias changent notre réalité

Éditions Apogée

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Mes remerciements chaleureux à Arnaud Guilloux, Nathalie Monnin et Guillaume Rouzaud.

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I

ntroductIon

De nos jours, des tour-opérateurs ou des guides de voyage s’adressent à nous en ces termes : « Nous vous offrons le monde », « Voyagez et vivez le monde »,

« Parcourez le monde ». Les médias ne sont pas en reste : on peut avoir à la télévision « le monde en face » ou écou- ter à la radio « les voix du monde » ; certains sites internet ou logiciels permettent d’« observer le monde en direct », de « voir le monde entier », de rester « en contact avec le monde entier ». Ces slogans sont clairs : ils formulent des promesses d’expérience du monde. Cependant, on ne peut pas être partout en même temps ; on ne peut pas vivre, percevoir, ressentir tout ce qui se passe sur toute la surface de la terre. Mais grâce aux techniques contemporaines de déplacement et de communication, il semble possible de s’approcher d’une telle expérience. En effet, nous utilisons beaucoup la voiture, le train et l’avion, qui nous permettent d’aller de plus en plus loin, de plus en plus vite, et ainsi d’élargir notre horizon. La radio, la télévision et les ordi- nateurs connectés au Web nous fournissent au quotidien quantité d’images et de sons qui donnent à percevoir les hommes, les événements et les paysages de tous les conti- nents.

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L’emploi massif et planétaire de ces moyens techniques semble exprimer un besoin humain d’expérience du monde.

De fait, nous considérons plus ou moins consciemment que la recherche d’une telle expérience constitue un impératif.

De celui qui ne voyage pas alors qu’il en a le temps et les moyens ou qui ne consulte jamais les médias, nous dirions sûrement qu’il « se coupe du monde ».

Cependant, si nous passons beaucoup de temps dans des véhicules motorisés et devant des écrans, faisons-nous pour autant davantage l’expérience du monde ? Le voyage et la communication, sous leurs formes actuelles, n’implique- raient-ils pas pour nous, et cela, paradoxalement, un défaut inédit d’expérience du monde au profit de l’expérience d’un dispositif technologique désormais omniprésent ?

Il importe d’expliciter tout de suite le sens du terme

« monde ». Pour ce faire, partons des slogans publicitaires que nous avons notés, puisqu’ils visent à atteindre chez le consommateur une compréhension immédiate et commune de cette notion. Le monde que les agences de voyage ou les médias nous proposent de « vivre », de « parcourir » ou d’« observer », ce n’est pas l’univers en général, ce n’est pas l’ensemble de la réalité effective. Définir le monde comme la totalité de ce qui existe ne permet pas de saisir la spécifi- cité de cette notion. Dans les slogans cités, on nous promet plutôt d’entrer en contact avec les autres pays, les autres lieux, les autres hommes situés sur la surface de la terre. Le terme « monde » ne désigne donc pas la réalité considé- rée abstraitement, mais plus concrètement la terre en tant qu’elle est habitée par les hommes.

La notion de monde renvoie ainsi à un aménagement humain de la réalité. L’étymologie du mot confirme cette idée : le terme latin mundus peut désigner des objets de

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parure ou d’usage et le terme grec kósmos qui lui correspond évoque le bon ordre et la convenance. Il est question dans les deux cas d’une mise en ordre qui convient à l’homme.

Parcourir le monde revient précisément à découvrir, à expé- rimenter les différentes manières que les hommes ont de mettre en forme leur réalité.

Qu’il puisse y avoir un intérêt à « observer » ou « parcou- rir » le monde, comme le suggèrent les slogans que nous avons relevés, donne des indications supplémentaires sur la notion de monde. D’abord, il se passe des choses dans le monde, des hommes y accomplissent des actions et y profèrent des paroles, ce dont les médias nous informent.

Ensuite, les contrées où ces événements se déroulent sont plus ou moins éloignées de notre séjour quotidien. Ainsi, le monde se donne à l’homme qui l’habite selon la différence du proche et du lointain. C’est pour cette raison qu’on peut parler de « vaste monde » et que l’on peut souhaiter réduire, ou en tout cas modifier, les rapports d’éloignement au moyen du voyage ou de la communication. C’est aussi pour cette raison que je peux considérer le monde comme une réalité qui m’englobe et me dépasse, dans laquelle d’autres hommes vivent, ont vécu et vivront. Enfin, l’éloignement qui caractérise le monde est aussi culturel ou symbolique ; découvrir le monde est enrichissant dans la mesure où il est fait de lieux différents, occupés par des choses intéressantes (édifices, œuvres d’art, etc.), mis en forme selon des cultures qui ne sont pas comme la nôtre.

En reprenant tous ces éléments, on pourra définir le monde comme la diversité des lieux que les hommes habitent sur la surface de la terre ; ces lieux sont plus ou moins éloignés les uns des autres et abritent les choses et les actions des hommes. C’est cette réalité que nous cherchons

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Dans la même collection Le Sens de la vie, Gérard Amicel

La Monstruosité. Réflexions sur la nature humaine, Gérard Amicel De la fragilité de la démocratie. Une lecture de Tocqueville,

Amine Boukerche

La Citoyenneté républicaine face au libéralisme économique, Amine Boukerche

L’Amour, échec de la philosophie ?, Yvan Droumaguet Qui sont les bêtes ?, Didier Heulot

Bernard Stiegler ou le poisson volant, Didier Heulot Ce que le poète dit au philosophe, Yvon Inizan

Une histoire philosophique de la nature, Patricia Limido-Heulot Les Arts et l’expérience de l’espace, Patricia Limido-Heulot

Aimer se dit en plusieurs sens, Gabriel Mahéo Qu’est‑ce que penser librement ?, Nathalie Monnin

Une histoire de la vérité, Nathalie Monnin Une morale après Auschwitz, Nathalie Monnin

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Conception graphique et réalisation de la couverture : Laure Bombail

Coordination éditoriale et mise en page : Nathalie Richard

Éditions Apogée 34 rue Frédéric-Le Guyader

35200 Rennes Tél. : 09 87 11 93 18 contact@editions-apogee.com

www.editions-apogee.com

Publié avec le concours de la région Bretagne

et Rennes Métropole

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