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Québec BOEUF MUSQUÉ

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(1)

BOEUF MUSQUÉ

par

Didier Le Henaff Novembre 1986

Québec

DD

(2)

Direction de la faune terrestre

PLAN TACTIQUE BOEUF MUSQUÉ

par

Didier Le Hénaff

Direction générale de la faune

Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Québec

Novembre 1986

(3)

Dépôt légal

Bibliothèque nationale du Québec 2e trimestre 1988

ISBN: 2-550-18658-3

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III

TABLE DES MATIÈRES

Page

1. MISE EN SITUATION 1 2. BIOLOGIE DE L'ESPÈCE 5 2.1 Généralités 5 2.2 Habitat 6 2.3 Reproduction 8 2.4 Facteurs limitatifs 10 2.4.1 Les conditions climatiques 10 2.4.2 La prédation 11 2.4.3 Les combats entre les mâles 12 2.4.4 Le stress physiologique 12 2.4.5 L'habitat 13 2.5 Répartition et densité 13 3. DYNAMIQUE DES POPULATIONS 20 3.1 Situation actuelle 20 3.2 Potentiel 22 4. L'OFFRE 26 5. LA DEMANDE 27 5.1 Pour la ressource 27 5.2 Pour l'habitat 28 6. UTILISATION ET IMPACT ÉCONOMIQUE 30 6.1 Cynégétique 30 6.2 Non-cynégétique 30 6.3 Commerciale 30

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IV

TABLE DES MATIÈRES (suite)

Page

6.4 Alimentaire 31 6.5 Impact économique 31 7. OUTILS DE GESTION 33 8. PROBLÉMATIQUE 35 8.1 Distribution et densité 35 8.2 Utilisation 35 8.3 Habitat 35 8.4 Gestion 36 9. ALTERNATIVES DE SOLUTIONS 37 9.1 Gestion minimale 37 9.2 Gestion intermédiaire 38 9.3 Gestion maximum 38 10. ORIENTATIONS 40 Bibliographie 42 Figure 1 15 Figure 2 17 Tableau 1: Libération de boeufs musqués au Nouveau-Québec

(Le Henaff 1986e) 16

Tableau 2: Résultats des recensements et des structures de population réalisés sur le groupe de boeufs musqués du lac Diana, entre février 1980 et octobre 1983,

(Le Henaff 1986b) 21

Tableau 3: Pourcentage de veaux dans les populations de boeufs musqués du Nouveau-Québec, de Nunivak et des îles

de l'Arctique 21 Tableau 4: Problèmes, alternatives de solutions et priorités

d'intervention pour la gestion du boeuf musqué

au Québec 39

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1. MISE EN SITUATION

Le boeuf musqué (Ovibos moschatus), dont les ancêtres parcou- raient les plaines de l'Europe et les steppes de l'Asie avec le Mammouth, le Mastodonte, le Rhinocéros à narines cloisonnées et le Renne, est un vestige de la dernière période glaciaire (Banfield 1975).

Sa présence dans l'Arctique fut mentionnée pour la première fois, en 1689, par l'explorateur Henry Kelsey (Wilkinson 1971). En 1708, Ni- colas Jërëmie frappé par l'extrême finesse de ses poils rapporta en France des échantillons de cette laine dont il fit confectionner une paire de bas qui furent jugés "plus fin que ceux fabriqués en soie"

(Wilkinson 1974). En dépit de cette appréciation favorable, l'intérêt suscité par le qiviut (laine produite par le boeuf musqué) ne se tra- duisit en terme d'apport économique possible qu'en 1854, alors que S.F. Baird émit pour la première fois l'idée de domestiquer le boeuf musqué. Il ne reçut cependant aucun appui en faveur d'un tel projet.

L'animal n'aura cependant pas, pour autant, échappé à la convoi- tise des hommes; il constitua une source de nourriture importante pour les baleiniers, les explorateurs et les autochtones. Le prix élevé of- fert pour sa peau incita les aventuriers à abattre des troupeaux en- tiers dont le mode de défense naturelle ne faisait qu'accroître la vul- nérabilité. Entre 1862 et 1916 la compagnie de la Baie d'Hudson rappor- te avoir négocié à ses comptoirs pas moins de 14 000 peaux (Bloomfield 1972). Impressionné par ce carnage, le gouvernement du Canada légiféra en 1917 en interdisant toute chasse dans les Territoires du Nord-Ouest et dans les îles de l'Arctique.

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Selon Wilkinson (1974), l'un des plus ardents défenseurs de la domestication du boeuf musqué fut Vihaljalmur Stefansson, dont l'insis- tance auprès du gouvernement canadien a contribué en 1919 à la mise sur pied d'une commission royale chargée d'enquêter sur les possibilités de domestication du boeuf musqué à des fins commerciales. Les premières analyses de la fibre confirmèrent que le qiviut pouvait devenir un pro- duit de valeur. Néanmoins, la commission royale, considérant les diffi- cultés reliées à la récolte, émit de sérieuses réserves sur la valeur économique de cette laine, et la recommandation des membres, proposant l'établissement d'une ferme sur des îles de l'Arctique pour l'utilisa- tion de la viande, du cuir et de la fourrure, ne se concrétisa pas.

La première mise en captivité du boeuf musqué fut tentée en 1930, à Collège en Alaska. Cette expérience qui prit fin en 1936, permit de conclure que le boeuf musqué s'adaptait bien à la vie sur une ferme et que c'était là la meilleure façon de recueillir le qiviut. Les prémis- ses établies, c'est curieusement au Vermont, sous l'impulsion de John.

J. Teal jr., anthropologue et biologiste, que la première ferme expéri- mentale vit le jour en 1954. Sa conviction était que l'élevage du boeuf musqué pouvait contribuer au développement économique des populations autochtones. Après dix années d'observations et d'expérience, appuyé par l'Université d'Alaska et financé par la W.K. Kellog Foundation, Teal installa une nouvelle ferme d'élevage à Fairbanks. Ce projet de- meure le seul exemple susceptible de nous renseigner sur les possibili- tés d'élevage du boeuf musqué pour la commercialisation du qiviut

(Wilkinson 1974).

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Encouragé par ce succès, Teal incita d'autres pays nordiques à tenter la même expérience. Il contribua ainsi à l'établissement des fermes d'Umingmaqautik au Nouveau-Québec en 1967 et de Barbu en Norvège en 1969. L'expérience de Barbu fut de courte durée. Au Nouveau-Québec, où pourtant aucun vestige de la présence de l'espèce n'avait été signalé, c'est en juillet 1964 que débutèrent les premières démarches qui permirent d'obtenir, des autorités des territoires du Nord Ouest, l'autorisation de capturer des boeufs musqués géniteurs. En août 1967, 15 boeufs musqués âgés de 4 mois (12 femelles, 3 mâles) furent captu- rés, transportés puis débarqués à Umingmaqautik le 2 septembre. L'in- troduction du boeuf musqué au Québec était réalisée. Le projet d'é- levage s'amorça sous la responsabilité de la Direction générale du Nou- veau Québec (D.G.N.Q.),une section maintenant disparue du ministère de l'Énergie et des Ressources, avec la collaboration de l'Institute of Northern Agricultural Research (I.N.A.R.), d'Alaska.

On peut s'interroger sur les objectifs qui motivèrent une telle opération. Pour J.J. Teal, de L'I.N.A.R. l'implantation du boeuf musqué en terre québécoise visait le développement socio-économique du peuple Inuit, par la domestication de l'animal pour en exploiter le qiviut.

Pour R. Lejeune, de la D.G.N.Q., seul l'objectif fondamental, soit une contribution au développement socio-économique du peuple Inuit, rejoi- gnait la vision de Teal. Cet objectif devait toutefois se réaliser par le biais, non pas de la domestication, mais par l'implantation du boeuf musqué à l'état sauvage sur le territoire québécois et, consëquemment, par son exploitation à titre de gros gibier (Belzile et à]_. 1981).

Cette divergence devait se refléter au niveau de la domestication des

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animaux, de l'accroissement du troupeau, de la régie des pâturages et de la participation des Inuit au projet.

En 1975, sur la recommandation du comité chargé de conseiller la D.G.N.Q., le programme de libération était lancé. La D.G.N.Q. s'attacha les services d'un biologiste pour suivre le déroulement de l'expérience d'implantation, tandis que le M.L.C.P. contribua également à la réali- sation du programme, par le prêt de spécialistes, lors des libérations de 1975 et 1976 (Belzile et _al_. 1981). Quant à l'objectif du M.A.P.A.Q., depuis sa prise en charge du projet en avril 1978, il a été d'assumer le maintien de la ferme, jusqu'en 1983, date à laquelle les autorités de ce ministère décidèrent d'abandonner l'élevage du boeuf musqué à Umingmaqautik. Les géniteurs au nombre de 10, (8 femelles et 2 mâles) furent transférés au Jardin Zoologique de St-Félicien, les 6 veaux nés au printemps 1983 furent confiés au Jardin Zoologique d'Or- sainville, tandis que les animaux nés en captivité entre 1979 et 1981, au nombre de 13, ont été confiés au ministère du Loisir de la Chasse et de la Pêche pour fin de libération sur le territoire du Nouveau-Québec

(Le Hénaff 1986e).

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Z. BIOLOGIE DE L'ESPÈCE

2.1 Généralités

Le boeuf musqué, circumpolaire dans le Pléistocène, est maintenant confiné au Canada, à l'Alaska, au Groëndland et à la Norvè- ge. Tout récemment il a été restauré en URSS. C'est un herbivore rumi- nant de la famille des bovidés et les tests sërologiques 1'apparentent plus spécifiquement à la sous-famille des capridés (Tener 1965). Les Inuit l'on baptisé Umimmaq: le barbu. Â cette ëpithète, les taxonomis- tes ont préféré le nom d'Ovibos, voulant ainsi souligner ses caracté- ristiques anatomiques intermédiaires entre le mouton, la chèvre et le boeuf.

Il a le tronc puissant, les membres courts, la queue tron- quée complètement dissimulée sous la toison, les oreilles très courtes et les sabots arrondis et tranchants garnis de coussinets larges et mous que couvre une touffe de poils. Le crâne est massif, les cornes se développent jusqu'à l'âge de 6 ans. Plus développées chez le mâle, elles couvrent le sommet de la tête séparées par un étroit sillon fron- tal. Un long manteau de jarres rudes ou poils de garde recouvre une toison fine et douce, le qiviut, qui protège l'animal durant l'hiver contre les froids les plus intenses. Le pelage est bistre ou noirâtre;

le dos porte une tache en forme de selle et les pattes arborent des

"chaussettes" dont la couleur va du brun au jaunâtre (Banfield 1975).

Les mâles adultes plus grands que les femelles ont une hau- teur au garrot moyenne de 135 cm et un poids moyen de 340 (263 à 550)

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kg. La hauteur moyenne des femelles est de 123 cm et leur poids est sujet à de très grandes variations, n'excédant pas toutefois 295 kg (Tener 1965). Le poids moyen des veaux à la naissance, constaté à la ferme d'élevage à Umingmaqautik, entre 1971 et 1979, a été de 10 kg (Belzile et^ ji]_.). Le veau est très précoce, il tète quelques minutes après la naissance et une semaine plus tard, il broute déjà (Banfield 1975).

Les boeufs musqués sont grégaires, ils vivent en groupes formés de vaches suitëes ou non, de génisses et de jeunes taureaux.

Sauf pendant la période de reproduction, les mâles adultes préfèrent vivre seuls ou en petits groupes.

Les groupes de femelles adultes accompagnées forment des unités plutôt sédentaires qui peuvent à l'occasion se fractionner ou s'amalgamer au cours des saisons. Lent (1978) rapporte des groupements moyens de 14 à 20 en été et 12 à 18 en hiver, excluant les mâles soli- taires. Sous l'attaque, les bêtes se rangent en demi-cercle, le ou les taureaux en avant, face à l'agresseur, et les veaux à l'intérieur. Si un groupe est harcelé au point d'être déplacé, tous les animaux courent rapidement en rang très serré.

2.2 Habitat

L'espèce est confinée à la toundra arctique. En été, le boeuf musqué recherche les milieux humides, la végétation riparienne et les bosquets de saules.

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En hiver, la disponibilité de la végétation herbacée et ar- bustive aux endroits où la neige est balayée par le vent semble déter- miner le choix du boeuf musqué (Lent 1978, Tener 1965).

Selon Lent (1978), les mouvements saisonniers ont tendance à être inférieurs à 80 km.

Le régime alimentaire d'été est principalement constitué de plantes herbacées et ligneuses. Les cypéracées et les graminées forment généralement la base du régime alimentaire. Parker (1978) estime qu'une forte utilisation d'espèces ligneuses, telles les saules, est un indice de surutilisation de l'habitat, ou d'inaccessibilité à un habitat plus favorable.

Hubert (1974) indique qu'à l'état sauvage le boeuf musqué mâle adulte ne présente un bilan énergétique positif que pendant deux mois de l'été. C'est la seule période où il pourra accumuler des réser- ves adipeuses qu'il utilisera au cours des six mois d'hiver, alors que son bilan énergétique sera déficitaire. Son système digestif est donc adapté à une diète de qualité et de quantité irrégulières, tantôt riche et abondante, tantôt pauvre et insuffisante. Cependant, au Nouveau- Québec, selon des observations préliminaires (Le Henaff, non publiées), il semblerait que le boeuf musqué, en raison d'une période estivale plus longue, présenterait un bilan énergétique positif plus favorable.

Au Nouveau-Québec, le milieu idéal au boeuf musqué semble- rait être caractérisé par une alternance de plateaux d'élévation

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inférieure à 250 m et de grandes plaines cotières dégagées et bien drainées (Le Henaff 1986a). Ce type de milieu est particulièrement abondant sur le littoral de la baie d'Ungava.

2.3 Reproduction

Parmi les caractéristiques principales de la reproduction du boeuf musqué, on souligne généralement l'absence de jumeaux, un âge élevé de maturité sexuelle et la production d'un veau seulement à tous les deux ans.

D'après Lent (1978), la naissance de jumeaux viables n'a jamais été rapportée chez les populations captives ou sauvages. À la ferme d'élevage d'Umingmaqautik, on mentionne la naissance de jumeaux mâles qui seraient décèdes, semble-t-il, peu de temps après la mise bas

(Belzile et al_. 1981).

L'âge de maturité sexuelle semble mieux connu, mais aussi sujet à des variations importantes: à l'état sauvage, trois ou quatre ans pour les femelles et six ans pour les mâles (Tener 1965). Il est généralement admis maintenant que les femelles élevées en captivité avec des régimes alimentaires très nutritifs mettent bas dès l'âge de deux ans. Pour les mâles en captivité, l'expérience du Nouveau-Québec a révélé qu'ils pouvaient atteindre leur maturité sexuelle à 3 ans.

Finalement, la croyance voulant que le boeuf musqué ne se reproduise qu'une fois tous les deux ans ne paraît basée sur aucune

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observation sûre (Lent 1978). En captivité, on obtient, de façon géné- rale une reproduction annuelle continue.

Au Nouveau-Québec, en juin 1983 (Le Henaff, 1986a), sur une population sauvage inventoriée de 148 têtes, l'auteur rapporte que les femelles de trois ans et plus avaient mis bas dans une proportion de 98% et que les veaux âgés de quelques semaines, au nombre de 38, repré- sentaient 26% de la population.

Malgré ces manifestations d'un potentiel reproducteur supé- rieur à ce que l'on estimait dans le passé, le taux de reproduction ob- servé ailleurs qu'au Nouveau-Québec demeure généralement faible. Free- man (1971) mentionne que sur les îles de l'Arctique le nombre de veaux correspondrait à 12,5% de la population totale, alors que Lent (1978) rapporte des pourcentages variant entre 10 et 19% à Nunivak. Le taureau est polygame et se joint à un groupe de vaches et de veaux en juillet.

Sur les animaux introduits au Nouveau-Québec, selon des ob- servations effectuées au printemps 1983, mais non publiées, il semble- rait que la période de naissance des veaux s'étalerait de la deuxième semaine d'avril à la deuxième semaine de mai. Ces observations permet- taient de supposer que, pour une durée de gestation approximative de huit mois (Banfield 1975), la période du rut connaîtrait son sommet à partir de la mi-août. Au Canada en général, Tener (1965) fait état d'observations similaires en indiquant que la période du rut se situe en août et début septembre.

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10

Durant le rut, le mâle dominant d'un groupe de vaches éloi- gne ses rivaux en engageant de rudes combats. Les mâles écartés ne par- ticipent pas pour cette année-là à la reproduction (Gray 1973).

2.4 Facteurs limitatifs

Comme l'expérience du boeuf musqué au Nouveau-Québec est récente, une revue de littérature a été nécessaire pour déterminer les facteurs limitatifs potentiels de l'espèce et voir comment ils peuvent ou pourraient affecter nos populations. Parmi ces facteurs, on mention- ne les conditions atmosphériques défavorables, la prédation, les com- bats entre les mâles, le stress physiologique et l'habitat.

2.4.1 Les conditions climatiques

Parker ^it ^J_. (1975), mentionnent que les populations de boeufs musqués peuvent être périodiquement réduites par des condi- tions climatiques, particulièrement quand elles interviennent pour li- miter l'accessibilité au fourrage. Deux cas peuvent se produire, l'ex- cès de neige ou la formation d'une croûte de glace très épaisse.

Ce qui est vrai pour le boeuf musqué l'est aussi pour le caribou (accessibilité au lichen). Or, au Nouveau-Québec, au cours des 10 dernières années de suivi intense des différents troupeaux de caribous, jamais des conditions d'enneigement ou de verglas ont limité de façon significative l'accessibilité à la nourriture. Les autochtones n'ont par ailleurs pas souvenance que de telles conditions aient pu survenir.

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2.4.2 La prédation

Pour Hone (1934), la prédation par le loup est la cause majeure de mortalité chez les veaux, les jeunes et les mâles so- litaires. Au Nouveau-Québec, le loup est présent, sa densité n'est pas connue, mais à cause du prix élevé de la fourrure, il est très recher- ché par les autochtones qui maintiennent par la chasse ou le piëgeage une certaine pression sur les populations.

De 1976 à 1980, le niveau de récolte moyen annuel, pour l'ensemble des communautés autochtones Inuit, s'est élevé à 228 loups. Pour la seule communauté de Tasiujaq la prise annuelle moyenne a été de 28 loups, pour la même période (JBNQ-NHRC 1976-1980).

Malgré cette présence, la prédation ne semble pas af- fecter l'augmentation de la population du boeuf musqué. Les résultats de l'inventaire de juin 1983 démontrent que le niveau actuel de popula- tion du boeuf musqué, à partir de la libération de 42 individus, n'a pu pleinement se réaliser que par l'absence de prédation (référence dyna- mique des populations).

Il semblerait que la présence de deux troupeaux de caribous en expansion (troupeau du George et troupeau de la rivière- aux-Feuilles), contribuerait à la situation actuelle, en fournissant aux prédateurs un réservoir plus accessible et plus important de proies.

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2.4.3 Les combats entre les mâles

Wilkinson et Shauk (1976), signalent que les combats entre les mâles pendant la période du rut sont la cause, toute propor- tion gardée, d'un certain taux de mortalité.

Au Nouveau-Québec les combats entre les mâles à la période du rut ont entraîné 3 cas de mortalité; ces observations n'ont cependant été effectuées jusqu'à présent qu'en captivité.

Il est connu que le mâle adulte, à un moment donné, éprouve le besoin, soit de vagabonder d'un groupe de femelles et de jeunes à un autre, soit de vivre en solitaire. La rencontre entre les mâles vagabondeurs prétendants et le mâle dominant d'un groupe de fe- melles et de jeunes engendre souvent des combats. Toutefois, l'espèce étant polygame, cette cause de mortalité n'a pas d'impact négatif sur la reproduction.

2.4.4 Le stress physiologique

Urquhart (1982), mentionne que le stress physiologi- que occasionné par le survol régulier à basse altitude en aéronef des groupes de boeufs musqués semblerait interférer négativement sur le succès de la reproduction. Au Nouveau-Québec, la découverte récente d'une population très localisée et d'importance relative suscite déjà la curiosité des gens de passage ou des résidents des communautés de Kuujjuaq et Tasiujaq. Par effet de "boule de neige", ces incursions, encore actuellement limitées, pourraient devenir coutumiêres au point d'être considérées comme harcelantes.

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2.4.5 L'habitat

La perturbation de l'habitat par l'intervention hu- maine (développement du territoire et feu de toundra) doit être consi- dérée comme un facteur limitatif dont les effets seront proportionnels à l'ampleur de la perturbation. Comme, à long terme, la demande pour l'habitat est potentiellement grande, surtout au niveau des développe- ments miniers et hydroélectriques, il est à prévoir que tout secteur utilisé aux fins d'un développement réduira d'autant l'habitat poten- tiel du boeuf musqué.

Dans les régions nordiques, les feux de toundra sont la plupart du temps d'origine naturelle (foudre). Si dans l'immédiat ils détruisent les lichens limitant, ainsi l'habitat à caribou, à moyen terme ils permettent une évolution de l'habitat qui favorise le boeuf musqué.

2.5 Répartition et densité

Le boeuf musqué est indigène dans le Canada septentrional, dans le nord-ouest du Groenland et se rencontrait autrefois sur la côte nord de l'Alaska. On l'a introduit en Islande, dans l'archipel du Spitzberg au Svalbard, dans l'île Nunivak en Alaska, ainsi que dans les îles Kerguelen de l'Antarctique (Bandfield 1975, Lent 1978). On ne reconnaît aucune sous-espèce.

L'aire de dispersion canadienne s'étend dans le nord de la toundra continentale, depuis l'Inlet Chesterfield jusqu'à Paulatuk, ainsi que dans les îles suivantes de l'Arctique: Banks, Victoria,

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Prince-de-Galles, Somerset, Devon, Cornwallis, Bathurst, Melville, Ellef, Ringues, Axel, Heiberg et Ellesmere. On ne croit pas que le boeuf musqué ait jamais habité les Tles de Baffin et Southampton, (Ban- field 1975), (figure 1 ) .

Au Nouveau-Québec, l'absence de mention historique et de vestiges fossiles connus pour cette espèce indique que le boeuf musqué n'aurait jamais occupé ce territoire et qu'il s'agirait d'une véritable introduction.

De 1973 à 1983, 55 boeufs musqués (34 F et 21 M) ont été libérés dans les régions de rivière à la baleine Tasiujaq et au nord de Kuujjuaq. De ce nombre un mâle a été tué et un autre a dû être trans- porté dans un zoo (tableau 1 ) .

Jusqu'en 1982, il a été difficile de suivre l'évolution de la situation des animaux libérés et d'apprécier le degré de succès glo- bal de l'opération d'implantation; la faiblesse des ressources allouées au projet n'ayant pas permis de vérifier systématiquement toutes les informations rapportées par des autochtones ou des visiteurs.

La dispersion du boeuf musqué au Nouveau-Québec depuis son introduction, illustrée à la figure 2, a été établie à partir d'obser- vations de différentes sources (Le Henaff 1986b). Sur onze (11) obser- vations différentes, sept (7) ont été formellement vérifiées. La pre- mière observation à Inukjuak provient d'un animal tué et dont le crâne conservé a été identifié. La seconde à Ivujivik provient d'une photo-

(20)

15

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DISTRIBUTION OU BOEUF MUSQUE EN AMÉRIQUE DU

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ET DANS LES RÉGIONS AVOISINANTES

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UnalaKioat 0' be Wrangat Pànintul* Saward 10' Sendre-8tr»mljord Cap Thompaon IV Umingmaqaulik Fairbanks 12 • Péraimjl* d ' Ungava

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• Introduction; libération

NORD

Range Range

• troupeau d'élevage en captivité pour domestication Fxj distribution du boeuf muaqué à 1' état sauvage

i 1

Lam. 1071: D o u « r boaut mu«3u* C E N ; l e H s n a f ? \<\gT

Figure 1. Distribution du boeuf musqué en Amérique du nord et dans les régions avoisinantes

(21)

16

Tableau 1. Libération de boeufs musqués au Nouveau-Québec (Le Henaff 1986e)

Libérations de boeufs musqués

Année Animaux libérés Total Secteur de libération Note

1973 1975 1976 1977

1978 1983

5F 3F 13F

4F 8F

2M2

4M 1M 4M

5M 5M

3 9 4 17

9 13

Tasiujaq Tasiujaq Tasiujaq

Nord de Kuujjuaq

Nord de Kuujjuaq Rivière à la baleine

1M tué en 1978

1M trans- porté au zoo en 1978

Totaux 34F 21M 55

1: Femelle 2: Mâle

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graphie prise au terrain d'atterrissage de ce village. La troisième concerne le groupe du plateau du Lac Diana, au nord de Kuujjuaq, obser- vé pour la première fois en mars 1980, la quatrième observation porte sur deux groupes différents de 16 puis 13 animaux réciproquement loca- lisés en mai puis octobre 1982, dans la région immédiate de Tasiujaq, la cinquième, à haute falaise, sur la rivière George provient d'un ani- mal tué en 1984 par le client d'un pourvoyeur, la sixième, au lac Romanet, a été obtenue par radio-pi stage des 13 animaux libérés en 1983 (tableau 1) et la septième et dernière observation (décembre 1985) con- cerne un groupe de 7 animaux fréquentant la région du lac à l'eau claire.

D'après ces observations vérifiées et d'autres assez nom- breuses qui malheureusement n'ont pu l'être, il semble évident qu'une bonne partie des animaux libérés se soient adaptés à leur nouvel habi- tat. Comment expliquer cette dispersion qui, dans le cas des observa- tions vérifiées d'Ivujivik et d'Inukjuak, représente des déplacements de plus de 400 km. D'après L£n£ (1960), en Norvège, les plus grandes distances parcourues par les boeufs musqués introduits étaient d'envi- ron 80 km. Cependant Lent (1978) rapporte plusieurs cas en Alaska où des individus introduits ont parcouru des distances de 150 km. Il men- tionne même le cas d'un animal tué à plus de 300 km de son point de libération. Lent estime qu'en l'absence de barrière physique, les boeufs musqués de 1 à 2 ans, libérés en petits groupes, sont suscepti- bles d'effectuer des déplacements erratiques sur de plus grandes distances.

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En 1983, la D.F.T. réalisa un inventaire aérien contrôlé d'un secteur potentiel de la région de Tasiujaq, (nord-ouest de Kuuj- juaq). Ce type d'inventaire, très largement utilisé sur le caribou, (Le Hénaff 1980) permettait d'observer 148 boeufs musqués répartis en 15 groupes (Le Hënaff 1985).

Ce résultat est remarquable puisque dans ce secteur toutes les informations et les observations subséquentes, ponctuelles et non systématiques, n'avaient permis de dénombrer jusqu'à présent que 40 animaux, soit 11 au lac Diana et 29 au nord de Tasiujaq.

L'estimé de 148 boeufs musqués (juin 1983) est un niveau minimum si on considère que les secteurs potentiels d'Ivujivik, d'Inuk- juak et de Kangiqsualujjaq n'ont pas été vérifiés. Cependant, ces sec- teurs se situant à 200 et 400 km des sites de libération, il est donc raisonnable de penser que ces intrusions dans des territoires aussi éloignés sont fortuites et qu'elles ne représentent qu'un petit nombre d'animaux.

La confirmation de sa reproduction (Le Hênaff 1982) et la présence d'habitats propices le long du littoral de la baie d'Ungava, du détroit d'Hudson et la baie d'Hudson permettent d'affirmer que le boeuf musqué, au Nouveau-Québec, dans des secteurs actuellement peu utilisés par le caribou, est en voie de devenir une ressource renouve- lable non négligeable.

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3. DYNAMIQUE DES POPULATIONS

3.1 Situation actuelle

La dynamique de population du boeuf musqué au Nouveau- Québec de 1973 à 1983 est analysée à partir des données de base sur la structure de population des animaux libérés de 1973 à 1978, l'évolution du groupe du lac Diana entre février 1980 et juin 1983 et sur les ré- sultats de l'inventaire aérien systématique de juin 1983. Les animaux libérés en 1983 n'intervenant pas dans cette analyse.

Compte tenu de la structure de population des animaux libé- rés, de l'âge de la maturité sexuelle de l'espèce, de la période d'a- daptation à l'état sauvage et des effets de la libération, il est rai- sonnable de penser que les premières naissances à l'état sauvage eurent lieu en 1977, même si elles n'ont été observées pour la première fois qu'en 1980.

L'évolution, entre février 1980 et 1983, du groupe du lac Diana, (tableau 2 ) , permet de constater que le pourcentage de veaux dans la population a varié, pour cette période, de 18 à 33%, soit un taux moyen de 26% par année.

L'inventaire aérien systématique de juin 1983 permettait de recenser 148 boeufs musqués et la structure de population permettait d'établir à 26% le pourcentage de veaux. Résultat assez élevé si on le compare aux données de Freeman et de Lent (tableau 3 ) .

(25)

21

Tableau 2. Résultats des recensements et des structures de population réalisés sur le groupe de boeufs musqués du lac Diana, en- tre février 1980 et octobre 1983 (Le Henaff 1986b)

février octobre octobre octobre octobre

1980 1980 1981 1982 1983

Animaux observés

4 6 9 11 14

Classes d'âge et rapport des sexes M1 F2 2.5 1.5 Veaux

Nb 5

1 2 2 2

3 2 3 4

1 2 2

2 2 2

2 2 2 4

33 22 18 29

1: Mâle 3.5 ans et plus.

2: Femelle 3.5 ans et plus.

Les classes d'âge 2.5 ans et 1.5 ans ne tiennent pas compte du rapport des sexes.

Tableau 3. Pourcentage de veaux dans la population de boeufs musqués du Nouveau-Québec, de Nunivak et des îles de l'Arctique.

Freeman (1971) Iles de l'Arctique Lent (1978) Nunivak

Le Henaff (1986b) Nouveau-Québec

Variations en %

10 à 19 18 à 33

Taux

12 14 26

moyen

.5 .5 .6

(26)

22

Ce taux élevé s'expliquerait par le fait que les femelles adultes mettent bas à chaque année, que le taux de survie est remarqua- blement élevé et que le sexe ratio semblerait continuer à s'exercer en faveur des femelles.

Ce taux de reproduction élevé se traduit par un rythme de croissance exceptionnel, réaction normale d'une population très jeune, introduite dans un milieu très favorable.

Gunn (1982) prétend que d'une façon générale les popula- tions de boeufs musqués s'accroissent d'une façon lente. Toutefois, en présence de conditions très favorables, la réponse est immédiate et le taux d'accroissement augmente considérablement.

Urquhart (1973), rapporte que, pendant une période de 12 ans, la population de boeufs musqués de l'île Banks s'est accrue à un taux moyen de 10% par année. Dans les dix années subséquentes cette même population a connu un rythme de croissance variant de 20 à 25%

(Vincent and Gunn 1981). Sur une période de 21 ans, la population de boeufs musqués de l'île Nunivak a connu un taux d'accroissement annuel moyen de 16% (Lent 1971).

3.2 Potentiel

Pour avoir maintenu un rythme d'accroissement exceptionnel voisin de 25%, il aura fallu des conditions particulièrement favora- bles. Cependant, à long terme, ce développement est appelé à diminuer avec l'augmentation de la densité, le vieillissement de la population

(27)

23

et l'influence de plus en plus marquée des facteurs limitatifs, pour finalement atteindre la capacité de support du milieu.

Les données sur le potentiel de l'habitat pour soutenir le boeuf musqué sont très limitées. Payette (1971) estime qu'à quelques endroits du secteur de la péninsule d'Ungava (Povungnituk Pointe Chan- jou, Lac Vigneault et Mont d'Youville) le couvert nival est peu pro- fond, sauf exception, et que si les arbustes qui poussent à l'abri des vents sont enfouis sous la neige, par contre les plantes herbacées ex- posées sont assez disponibles, particulièrement les formations à Elymus arenarius de la côte. Vers l'intérieur, il considère que la neige est assez dure et recommande des études plus poussées. Ducruc (1973) a mené à l'été 1972 un inventaire biophysique sur une partie du territoire, mais ses résultats sont fragmentaires et ses conclusions préliminaires.

On ne connaît donc malheureusement pas la capacité de sup- port du milieu disponible pour le boeuf musqué et, consëquemment, il est difficile de déterminer le potentiel total en nombre d'animaux, d'autant plus que cette capacité de support du milieu pourrait éven- tuellement dépendre en partie indirectement de la compétition que peu- vent se livrer, dans certains secteurs, deux espèces.

Les connaissances disponibles suggèrent que la compétition avec le caribou est peu probable. Les habitats et les plantes recher- chées par les deux espèces semblent différents dans la plupart des en- droits où de telles études ont été menées. Wilkinson et_ a]_. (1976) et Parker et Ross (1976*), n'ont pas trouvé de preuve d'une compétition

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24

spatiale entre ces deux espèces, en été, dans les îles de l'Arctique.

Adendal (1976), mentionne que le boeuf musqué a peut-être diminué sa population au Svalbard (Norvège), à cause de la compétition avec une population de rennes en expansion rapide; dans ce cas cependant, les espèces ligneuses étaient inexistantes.

Parker et _al_. (1975), Miller et, _al_ (1977) signalent que certaines populations de boeufs musqués sont périodiquement réduites par de sévères conditions climatiques. Ces auteurs mentionnent le cas de l'île Bathurst où la population de boeufs musqués a décliné de 70%

entre 1973 et 1975.

L'expérience du boeuf musqué au Nouveau-Québec est si ré- cente qu'il est difficile de prévoir quelles peuvent être les causes pouvant entraîner des changements dans le nombre, la répartition et la structure d'une population de boeufs musqués dans le temps. Cependant, son développement au Nouveau-Québec est favorisé par l'étendue du ter- ritoire, la diversité des habitats et des conditions climatiques plus favorables que dans la plupart des îles de l'Arctique.

Tout porte à croire que le potentiel, en boeufs musqués, de la toundra du Nouveau-Québec est énorme. Cependant, son développement, à l'ensemble du territoire favorable, va être long parce qu'il devra emprunter le chemin de la colonisation. Les hardes les plus producti- ves, composées en grande partie de plusieurs femelles adultes et des descendants génisses, bouvillons et veaux, ne sont généralement pas mi- gratrices. Les déplacements exceptionnels rapportés dans la littérature et observés au Nouveau-Québec sont effectués par les mâles solitaires,

(29)

25

les jeunes taureaux ou par des groupes harcelés de 5 animaux et moins n'ayant pas atteint l'âge adulte.

(30)

26

4. L'OFFRE ; r

Là encore, il faut faire une distinction entre l'offre actuelle immédiate et l'offre potentielle.

L'offre actuelle immédiate disponible est très restreinte. Elle est limitée au territoire sujet à l'inventaire de juin 1983, soit envi- ron 725 km2, pour une population recensée de 148 boeufs musqués. Cepen- dant, il existe probablement une offre immédiate disponible dans les secteurs non vérifiés de Kangiqsualujjuaq, d'Ivujivik et d'Inukjuak.

Les plaines littorales de la baie d'Ungava, du détroit d'Hudson et de la baie d'Hudson sont propices à l'espèce. L'offre potentielle devrait s'accroître pour ensuite se stabiliser (référence dynamique des populations).

À cause de cette rareté, l'offre immédiate disponible ne peut être proposée qu'à des fins non cynégétiques, à condition que cette activité soit contrôlée pour éviter tout harcellement dommageable pour les groupes de boeufs musqués.

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5. LA DEMANDE

5.1 Pour la ressource

La demande cynégétique exprimée est locale et internationa- le. Elle est constituée par le réservoir de chasseurs de trophée, pour l'espèce considérée comme une des plus sollicitées. Dans l'immédiat, seuls les T.N.O. offrent une chasse sportive très contingentée et con- séquemment la liste d'attente est très longue.

La demande non cynégétique est locale: pour un jardin zoo- logique, cet animal vaut "son pesant d'or" de par sa capacité d'attirer l'attention des visiteurs. Cette attraction n'est pas nouvelle puisque le boeuf musqué a déjà inspiré les artistes paléolitiques qui ont re- produit sa silhouette jusque dans les cavernes du sud de la France.

Pour les naturalistes observateurs, la demande potentielle est locale et internationale, il n'y a qu'à se référer aux succès des forfaits d'observations des baleines ou des oies blanches organisés par la Société linnéenne de Québec. A dépenses comparables, mentionnons le succès des safaris photographiques africains. Il s'agit là d'une forme de loisir de plus en plus appréciée.

Dans l'immédiat, seuls les T.N.O. offrent des observations terrestres, sur le boeuf musqué, à partir de Seals Harbour et de Bathurst Inlet. Cette activité étant non consommatrice, le Québec pour- rait offrir quelque chose de similaire à partir de Kuujjuaq et Tasiujaq.

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La demande commerciale repose principalement sur l'exploi- tation de la laine (qiviut). En Alaska, en 1981, la ferme d'élevage de Nunivak a produit 295 k-g de qiviut d'une valeur marchande de 50 000 dollars (Urquhart 1982).

La demande alimentaire locale québécoise est potentielle.

Dans les T.N.O. le boeuf musqué est considéré comme le "polar beef", d'excellente qualité, la viande est très recherchée. En 1982, sur une projection de population de 45 000 ± 11 000 têtes, les autorités des T.N.O. ont autorisé l'abattage de 2 289 boeufs musqués pour fins ali- mentaires (Urquhart 1982), soit un taux d'exploitation de 5%.

À cause de la rareté de l'espèce, de son confinement et des réglementations qui régissent très sévèrement son exploitation, au Qué- bec l'offre est très limitée. Inévitablement, cette rareté de l'offre ne permet en aucune manière de satisfaire la demande locale et ou in- ternationale, cynégétique, commerciale et alimentaire.

5.2 Pour 1'habitat

Dans l'immédiat, la demande pour l'habitat du seul secteur identifié comme productif en boeufs musqués est nulle. Cependant, l'es- pèce affectionne particulièrement les plaines cotières. Sa répartition actuelle très limitée, mais potentiellement énorme, va tôt ou tard entrer en conflit sectoriel, d'une part, avec le développement poten- tiel hydroélectrique des grandes rivières et, d'autre part, avec l'ex- ploitation des gisements miniers côtiers déjà répertoriés. Cependant,

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29

l'espèce n'étant pas nomade, l'utilisation contrôlée et limitée de l'habitat n'engendrera qu'un impact local mineur.

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30

6. UTILISATION ET IMPACT ÉCONOMIQUE

6.1 Cynégétique

Dans l'immédiat, l'utilisation cynégétique du boeuf musqué au Québec étant prohibée, l'impact économique est donc nul. Cependant, à court terme, si la population maintient son rythme d'accroissement actuel, il sera possible de modifier la réglementation, pour permettre une chasse limitée à certains mâles adultes qui ne participent pas à la reproduction. Cela représenterait localement un impact économique im- portant puisque cette espèce, très rare dans le monde, est recherchée surtout par les chasseurs de trophée qui sont prêts à dépenser des som- mes très élevées, jusqu'à vingt milles dollars, pour avoir la possibi- lité d'aller se procurer un animal trophée (Jerry Poitras, corn, pers., 1981).

6.2 Non-cynégétique

Incontestablement, l'animal, par son attrait légendaire, son caractère grégaire et l'aspect insolite de son milieu, se prête très bien à l'observation, la photographie ou la cinëmatographie d'af- fût. Cependant, au Québec cette expérience n'a pas encore été tentée.

6.3 Commerciale

Au Québec, il y a eu une tentative de commercialisation du qiviut (laine de boeuf musqué) à partir des géniteurs maintenus en cap- tivité à Umingmaquautik. L'expérience n'a pas été économiquement con- cluante et la fermeture de la ferme d'élevage en 1983 a mis un terme à cette tentative.

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31

6.4 Alimentaire

Depuis 1972 (arrête en conseil no 922-72) le boeuf musqué, inclus dans la catégorie "gros gibier", est protégé à l'année, toute chasse étant interdite.

Le boeuf musqué fait partie des espèces fauniques que les autochtones bénéficiaires de la convention du Nord-est québécois et de la convention de la Baie James et du Nord Québécois peuvent récolter pour subvenir à leurs besoins alimentaires. Cependant il semblerait jusqu'ici que les Inuit, de leur plein gré, n'ont pas utilisé le boeuf musqué à des fins d'alimentation.

6.5 Impact économique

Actuellement, la ressource ne génère aucun impact économi- que. Cependant, éventuellement et dans certains cas à brève échéance, l'utilisation cynégétique par le biais d'une chasse contrôlée procure- rait des revenus supplémentaires à la pourvoi rie, tandis que l'utilisa- tion non cynégétique, sous forme de programmes de forfaits, contribue- rait au développement touristique des régions nordiques.

À long terme, selon l'expression déjà utilisée dans les T.N.O., le boeuf musqué du Québec pourrait devenir un "polar beef" en procurant aux populations autochtones des protéines de qualité à un coût abordable.

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32

Avec un quota de 2289 têtes et un rendement moyen de 220 kg par carcasse, les T.N.O. ont mis en 1982 plus d'un demi-million de ki- los de protéines animales à la disposition de leurs résidents, soit l'équivalent de plus de 8 000 caribous ou un million et demi de lagopè- des.

(37)

33

7. OUTILS DE GESTION

Au Québec la gestion de la faune est assurée par la loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (1983, chapitre 39) et la loi concernant les droits de chasse et de pêche dans les territoires de la Baie James et du Nord Québécois.

La première loi s'applique partout au Québec. Cependant, les bé- néficiaires de la convention de la Baie James et du Nord québécois et de la Convention du Nord-Est québécois, n'y sont pas assujettis sur le territoire conventionné.

Sur le territoire conventionné, il y a trois catégories de ter- res, soit les catégories I, II et III. Le droit d'exploitation est réservé aux bénéficiaires pour les terres de catégorie I et II, alors qu'il est partagé entre bénéficiaires et non bénéficiaires pour les terres de catégorie III. Toutefois, dans les terres de catégorie III, les bénéficiaires possèdent des niveaux d'exploitation garantis leur donnant préséance sur les non bénéficiaires.

Les niveaux d'exploitation garantis ont été entérinés par le comité conjoint en hiver dernier (entente 85 A-3) et ne contiennent aucune prévision quant au boeuf musqué. Cette espèce est la seule sur laquelle les bénéficiaires n'ont pas de droit d'usage prioritaire.

Dans le cas du boeuf musqué, ces deux lois s'appliquent de la façon suivante:

(38)

34

1) Pour les non bénéficiaires, partout au Québec, c'est la loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune qui prévaut et, à ce titre, depuis 1972, par l'arrêté en conseil n° 922-72 l'espèce est protégée à l'année.

2) Pour les bénéficiaires, sur le territoire conventionné, c'est la loi sur les droits de chasse et de pêche qui prévaut et qui les autorise donc, pour fins d'alimentation, à pratiquer

une chasse sans limite de prises et de saison.

Actuellement, les Inuit sembleraient avoir adopté une attitude très conservatrice vis-à-vis de l'espèce en n'exerçant pas leur droit de chasse pour fin d'alimentation.

Quand aux autres modalités de gestion, (saison de chasse, permis de groupes, contingentement, chasse sélective etc..) déjà élargies à d'autres espèces, elles demeurent, pour le boeuf musqué, des mesures potentielles qui, affinées, pourront s'appliquer en temps et lieu.

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35

8. PROBLÉMATIQUE

8.1 Distribution et densité

Nos connaissances sur la distribution et le nombre d'ani- maux sont incomplètes.

Sur 11 mentions d'observations différentes de boeufs mus- qués, 7 ont pu être vérifiées, ce qui a permis d'établir que dans 3 secteurs différents et bien identifiés des groupes de boeufs musqués avaient pris souche. Les 4 autres mentions n'ont pas été vérifiées parce qu'elles sont parvenues trop tard ou soit à un moment non propice pour une éventuelle vérification.

8.2 Utilisation

Une offre et une demande à développer.

Le boeuf musqué est une espèce très peu connue du public en général. Ceux qui la connaissent ne se doutent même pas que l'espèce existe à l'état sauvage au Nouveau Québec. Par conséquent, la demande cynégétique et non cynégétique, locale et internationale, qui excède de beaucoup l'offre mondiale, est dirigée ailleurs qu'au Québec.

8.3 Habitat

La capacité de support du milieu n'est pas connue.

On ne connaît pas encore la capacité de support de l'habi- tat au Nouveau-Québec, alors que cette connaissance est essentielle

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36

pour déterminer les densités de boeufs musqués pouvant soutenir une récolte optimum.

8.4 Gestion

Absence d'entente tangible, avec les bénéficiaires du ter- ritoire conventionné, pour assurer la protection de l'espèce.

La loi sur la conservation et la mise en valeur de la fau- ne, qui protège le boeuf musqué à l'année, ne s'applique pas aux béné- ficiaires sur le territoire conventionné. Consequemment, sur ce terri- toire, aucune mesure de protection ou de gestion de l'espèce n'est

formellement prévue par ou pour les bénéficiaires de la convention.

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9. ALTERNATIVES DE SOLUTIONS

Le tableau 4 dresse la liste des alternatives de solutions qui se rapportent aux différents problèmes identifiés. Le Ministère, qui assu- me, en tant que gestionnaire du patrimoine faunique la responsabilité de la conservation et de la mise en valeur des ressources fauniques, a trois choix possibles pour la gestion du boeuf musqué. Ces choix, qui dépendent essentiellement des ressources financières et humaines dispo- nibles, sont: (1) une gestion minimum pour assurer uniquement le suivi de la population de trois secteurs bien identifiés, (2) une gestion intermédiaire visant à accroître substantiellement nos connaissances sur la dynamique des groupes inventoriés, (3) une gestion maximum visant à développer les retombées récréatives et économiques liées à l'utilisation de l'espèce.

9.1 Gestion minimale

Le Ministère se contente d'un suivi de population, unique- ment axé sur la récolte d'informations par le biais des autochtones, des pourvoyeurs et des travaux en cours sur le caribou.

Avantage: - minimise l'effort à consentir pour la gestion du boeuf musqué.

Désavantages: - le plan de suivi du caribou ne répond que très partiel- lement aux besoins de suivi des populations invento- riées,

- difficulté d'élaborer un plan de gestion pour la mise en valeur de l'espèce.

(42)

38

9.2 Gestion intermédiaire

À cause de son unicité, la valeur scientifique de cette es- pèce est reconnue. Le Ministère développe un programme de suivi et d'acquisition de connaissances sur les groupes inventoriés à ce jour, assujetti d'une mesure de gestion et d'un programme d'information.

Avantages: - la dynamique des populations inventoriées est mieux connue,

- les autochtones participent à l'élaboration du program- me de protection.

- le public est informé,

- le potentiel récréatif et économique peut être raison- nablement évalué.

Désavantage: - effort légèrement plus important à consentir pour la gestion de 1'espèce.

9.3 Gestion maximum

Cette approche vise à évaluer la capacité de support, à dé- terminer et vérifier la distribution de l'espèce et à développer son utilisation.

Avantages: - augmentation de l'offre,

- développement des retombées récréatives et économiques liées à l'utilisation de l'espèce,

- satisfaction des autochtones, - satisfaction des utilisateurs.

Désavantage: - effort important à consentir pour la gestion de l'espè- ce.

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Tableau 4. Problèmes, alternatives de solutions et priorités d'intervention pour la gestion du boeuf musqué au Québec.

Problème

Nos connaissances sur la distribu tion et le nombre d'animaux sont

incomplètes

Une offre et une demande à déve- lopper

La capacité de support du milieu n'est pas connue

Absence d'entente tangible pour assurer la protection de l'espèce

Alternative de solution poursuivre l'étude télëmëtrique en cours,

mettre en place un système d'information par le biais des autochtones, des pourvoyeurs et des transporteurs, conduire des inventaires aériens de vérification

informer Te public sur les résultats du projet d'intro- duction et ses conséquences socio-économiques (articles de vulgarisation et réalisation d'un document audio- visuel )

expérimenter l'aménagement d'un site d'observation en milieu naturel,

développer un forfait d'observation du boeuf musqué en milieu naturel en collaboration avec les autochtones et le M.I.C.T.

développer une chasse sportive sélective

procéder à l'évaluation et à la description des milieux utilisés par les groupes de boeufs musqués

mettre sur pied un programme d'évaluation de l'habitat potentiel

maintenir le statut d'animal protégé à l'année et ce pour quelques années encore

sensibiliser les compagnies aériennes et les pilotes privés aux conséquences du survol, en aéronef, des groupes de boeufs musqués

définir et assurer la protection des habitats identifiés comme essentiels pour l'espèce.

Priorité 1 2 2 2

4 5

5 3 5

1 2

IO

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40

10. ORIENTATIONS

Les résultats obtenus à ce jour démontrent qu'il n'y a pas de problème majeur, que le niveau de population actuel est encore très bas et que l'espèce fait montre d'une surprenante productivité. Compte tenu de la demande et du grand potentiel de développement, on serait tenté de brûler certaines étapes, or c'est avant tout une question de temps.

Nous pensons qu'un statu quo pour la gestion du boeuf musqué se- rait inapproprié, compte tenu de la demande et du grand potentiel de développement. Nous pensons aussi que la ressource n'a pas encore at- teint son seuil d'utilisation. Les orientations que nous proposons re- posent donc sur une gestion intermédiaire, dont les efforts devraient être scindés, d'une part en actions de développement et de recherche limitées à une région expérimentale et, d'autre part, en une action souple et efficace de suivi et de réglementation dans les secteurs connus ou potentiels. Cette approche permettrait de raffiner nos métho- des de gestion, tout en laissant les différents groupes s'accroître le plus naturellement possible avec le temps. Il ne faut pas perdre de vue que, pour le boeuf musqué nous partons de zéro pour viser le développe- ment optimum en fonction du potentiel.

Ainsi, pour les cinq prochaines années, les principales priorités d'intervention que nous suggérons sont les suivantes:

- poursuivre l'étude tëlémétrique en cours,

- maintenir le statut d'animal protégé à l'année,

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mettre en place un système d'information par le biais des au- tochtones, des pourvoyeurs et des transporteurs,

informer le public sur les résultats du projet d'introduction et ses conséquences socio-économiques,

sensibiliser les compagnies aériennes et les pilotes privés sur les conséquences du survol, en aéronef, des groupes de boeufs musqués.

et procéder à l'évaluation et à la description des milieux utilisés par les groupes de boeufs musqués dans la région nord ouest de Kuujjuaq.

Préparé par: Didier Le Hénaff

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42

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Le 14 décembre 2004

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Références

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